‹ De l'Amour Édition revue et corrigée et précédée d'une étude sur les oeuvres de Stendhal par Sainte-BeuveChapitre 129 sur 163 · CXXVIII - CXXIX

CXXVIII - CXXIX

La constance après le bonheur ne peut se prédire que d'après celle que, malgré les doutes cruels, la jalousie et les ridicules, on a eue avant l'intimité.

Chez une femme au désespoir de la mort de son amant, qui vient d'être tué à l'armée, et qui songe évidemment à le suivre, il faut d'abord examiner si ce parti n'est pas convenable; et, dans le cas de la négative, attaquer, par cette habitude si ancienne chez l'être humain, l'_amour de sa conversation_. Si cette femme a un ennemi, on peut lui persuader que cet ennemi a obtenu une lettre de cachet pour la mettre en prison. Si cette menace n'augmente pas son amour pour la mort, elle peut songer à se cacher pour éviter la prison. Elle se cachera trois semaines, fuyant de retraite en retraite; elle sera arrêtée et au bout de trois jours se sauvera. Alors, sous un nom supposé, on lui ménagera un asile dans une ville fort éloignée, et la plus différente possible de celle où elle était au désespoir. Mais qui veut se dévouer à consoler un être aussi malheureux et aussi nul pour l'amitié?

Varsovie, 1808.