‹ Débauchées précocesChapitre 10 sur 19 · Tome 2 · Chapitre 1

Tome 2 · Chapitre 1

Rita n’était plus une fillette ; la femme en elle accomplissait son évolution morale, comme elle allait accomplir son évolution physique sous les délices sensuelles qu’elle goûtait.

Elle n’avait pas renoncé à son habitude de se lever tôt, entre sept heures et demie et huit heures.

Àneuf heures, accompagnée de la femme de chambre Annette, elle grimpait chez Clotilde, comptant la trouver aussi matinale qu’elle.

Elle poussa un cri d’étonnement quand, au bout de quelques secondes, on lui ouvrit. Elle était en présence de Finette qui, à sa vue, s’écria :

— Comment toi, Rita, ici, oh, quelle surprise, que viens-tu faire ?

Le sang de la fillette afflua au cœur : cette rencontre devant sa femme de chambre la glaçait. Elle se remit cependant et répondit, moitié miel, moitié vinaigre :

— Vous, Finette ! Mais je ne suis plus à la pension ! Je viens chez mon amie, madame Go, et je ne suis plus une enfant !

— Plus une enfant ! Oh, il y a longtemps que vous ne l’êtes plus ! Vous voulez voir madame Go, elle dort. Je compte son linge, et les domestiques sont très occupés.

Heureusement que Clément apparut, et apercevant Rita sur le palier, il lui dit :

— Vous, Mademoiselle, entrez, ma belle-sœur ne tardera pas à s’éveiller et de suite on la préviendra que vous désirez lui parler.

— Oh, je ne voudrais pas la déranger.

— Entrez, entrez.

Elle se retourna vers Annette et lui dit :

— Vous pouvez redescendre : je reviendrai après avoir causé avec madame Go.

Elle suivit Clément, sans remarquer que Finette avait adressé un signe des yeux à Annette et que celle-ci ne bougeait pas.

Quand elle ne fut plus là, Finette demanda vivement à Annette :

— Vous servez chez elle ?

— Je suis fille de chambre.

— Qu’est-ce que c’est que cette maison ?

— Le tuteur et la pupille.

— Oh, le tuteur et la pupille ! Le fouteur et la foutue, je le jurerais ! Dites, si vous me faites entrer dans la maison, on rigolera.

— Je n’ose pas trop.

— Ne soyez pas timide. Ménagez-moi une entrevue avec la petite et je me charge de tout.

— Ça, c’est facile ! le matin, elle est seule, au moins plus de trois heures, pendant que Monsieur dort. Venez, je vous l’appellerai.

— Entendu pour demain, et s’il survenait quelque anicroche, vous pourrez répondre que je me présentais pour avoir la clientèle comme blanchisserie. Du reste, je blanchis presque toute la maison.

Les yeux de Finette brillaient comme des charbons et aussi ceux d’Annette : elles se devinaient associées pour la lutte, sous n’importe quelle forme qu’elle s’offrît.

Clément avait conduit Rita dans le boudoir de sa belle-sœur, où il savait pouvoir être tranquille quelques instants.

Là, se reprenant de son émotion, elle lui sourit et dit :

— Tu as reconnu ma voix ?

— Non, je venais pour le coup de sonnette, il me semblait qu’on n’ouvrait pas.

— Et Clotilde ?

— Tu la verras dans un petit moment ; laisse-moi te regarder.

— Me regarder, et pourquoi ?

— Pour admirer combien tu es jolie.

— Tu me trouves jolie ?

— Oui, et tu m’as promis que je t’embrasserais lorsque nous serions seuls. Et nous sommes seuls !

— Embrasse-moi vite.

— Oh, quel bonheur !

— Sur chaque joue.

— Oui, et toi ?

— Et moi, je te rends tes baisers ! Elle se lève tard, Clotilde ?

— Un peu après neuf heures.

— Eh bien mais, il est après neuf heures.

— Encore un baiser !

— Tu y prends goût.

— Oh oui.

— Pour le mériter, on doit dire des gentillesses, j’attends.

— Quelles gentillesses, Rita ?

— Pour le premier, tu m’as trouvée jolie ! Qu’est-ce que tu me trouves maintenant ?

— Eh, je ne sais pas, mais je crois que tu entres en moi par tous les pores, et que c’est toi, toi seule qui me fais vivre.

— Ça, c’est une histoire un peu longue ; c’est gentil tout de même ; embrasse-moi le bout du nez.

— Le bout du nez ?

— Cela te déplairait-il !

— Oh non !

— Eh bien alors !

— C’est si près de la…

— De la bouche ?

— Oui.

— Tu veux la bouche ! Embrasse-la, bête.

— Ah, tu veux me faire mourir !

— Pas de bêtises, Clément.

Elle retira promptement les lèvres devant la pâleur du jeune garçon, et elle reprit :

— Et Clotilde ?

— Elle doit être éveillée, viens, je t’indiquerai sa chambre, tu entreras et elle ne se fâchera pas, j’en suis certain.

— Pourquoi se fâcherait-elle ?

— Parce qu’elle ne permet pas qu’on entre dans sa chambre, avant qu’elle ait appelé.

Un moment déconcertée par sa rencontre avec Finette, Rita, près de Clément, avait reconquis toute sa libre nature et, de plus, flattée de la passion qu’elle provoquait chez le jeune homme, enivrée de l’influence qu’elle se sentait gagner sur Célestin, entraînée par le vice qui lui allumait le sang, elle commençait à se reconnaître et à vouloir les plaisirs sans fin, sans arrêts.

La femme est créée pour plaire à l’homme, mais l’homme doit mériter que la femme lui plaise.

Rita se disait cela en contemplant Clément, ravi devant elle : elle se le disait en pensant à Célestin, qu’elle saurait obliger à mériter qu’elle lui plût.

Elle avait de la prescience dans la volupté, elle ne voulait pas de sottes jalousies qui l’entraveraient ; elle comptait conserver le rôle principal auprès de l’ami qu’elle devait à la bonne idée d’Agathe, et pour conserver ce rôle, elle, la plus jeune, elle agissait de façon fort politique en cherchant à attirer Clotilde à une compromission amoureuse avec Célestin.

L’enfant n’existait plus, la femme brisait l’enveloppe où l’enfermait encore le jeune âge, elle entrait dans la lice d’amour, avec cette résolution de plaire et de faire qu’on méritât qu’elle plût.

On voit souvent la femme ayant plu, ne plus chercher à plaire, et ne le cherchant plus, exhiber tout le mauvais qui est en elle ! Il en résulte ces existences atroces, où l’on ne regrette plus l’amour envolé, dont on n’a même plus souvenance, et où on se déteste cordialement entre gens destinés à vivre ensemble.

Mais, Rita entrait dans la chambre de Clotilde, comme celle-ci déjà éveillée depuis un moment, assise sur son lit, le buste appuyé sur l’oreiller, réfléchissait à la soirée de la veille ; apercevant Rita, elle s’écria :

— Toi, petite, quelle bonne pensée t’amène ?

— Petite, pas si petite que ça, répondit Rita, grimpant sur le lit pour s’asseoir à l’aise près de Clotilde, et l’embrassant les deux bras autour du cou !

— Il y a longtemps que tu es là ?

— Un instant seulement.

— Et… ton tuteur ?

— Il dort ! Oh, ce qu’il m’a parlé de toi, avant de se coucher.

— Il t’a parlé de moi, d’où vient ?

— Pour m’en faire mille compliments ! Et puis… mais je n’ose pas te conter l’affaire.

— Quelle affaire !

— C’est si drôle, un homme !

— Voyez-vous cette observatrice ! Conte l’affaire.

— Non, tu ne te doutes pas de ce qui l’épate, et je crois bien qu’il a un peu raison !

— Quoi, qu’est-ce ?

Rita se pencha sur son épaule et lui souffla dans l’oreille :

— Il dit qu’à Paris, que sur la terre entière, pas une femme n’a d’aussi beaux nénés que toi.

— Oh, cette belle farce, il ne les a pas vus.

— Ils se dessinent sur le corsage ! Et, s’il les voyait comme je les vois, je suis sûre qu’il aurait la même envie.

— Quelle envie ?

— De les téter ! Tu veux que je les tète, dis ?

Sans attendre la permission, elle porta vivement la bouche sur les seins, et Clotilde, demi rieuse, demi effarouchée, s’exclama :

— Ah, tu es toujours enfant, une terrible enfant ! Eh bien, eh bien, qu’est-ce qui te prend ?

— Dis, maintenant que je t’ai sucé les nénés… de la part de mon tuteur…

— Que signifie, petit mauvais sujet.

— Tu devrais me laisser voir si ce qui est au dessous se trouve en rapport…

— Oh, oh, Rita, perdrais-tu l’esprit ?

— Et toi, serais-tu bégueule, Clotilde ?

— Et toi, une dévergondée !

— Peut-être.

Àcette franchise, Clotilde ne s’effaroucha pas davantage, elle tira l’oreille à Rita et murmura :

— Il y a un mystère dans ta sortie de la pension, petite, tu es bien jeune pour être seule avec un tuteur dans la force de l’âge ! Prends garde.

— À quoi ? Je n’ai plus que lui pour parent : on m’a laissé sans fortune, sans ressources, et, si mon cousin n’était pas arrivé à propos, on me livrait pour mes étrennes à l’assistance publique.

— Toi !

— Les femmes qui t’ont renvoyée de la pension pour une gaminerie, ne savent que prier Dieu et exploiter le monde.

— Tu es au courant ?

— On se transmet l’histoire de classe à classe.

— Les légendes scolaires !

Clotilde eut un joyeux éclat de rire, qui fit tressauter avec ses seins la tête de Rita demeurée appuyée dessus. Cette tête glissa adroitement le long du buste jusqu’à la ceinture, et les yeux de Clotilde étincelèrent, et elle ne s’opposa pas à l’action de Rita soulevant les draps, et elle ramena la chemise à ses épaules lorsqu’elle sentit la tête de la fillette à hauteur de ses cuisses, et pour la première fois elle vit ses cuisses embrassées par des lèvres féminines, embrassées par des lèvres humaines, personne ne lui ayant encore appris les délectables jeux de la grande oie, son mari, Adrien Go, étant un homme trop pondéré et trop digne pour faire autre chose à sa femme que de la baiser.

— Rita, Rita, murmura-t-elle faiblement.

La fillette, maîtresse expérimentée de la situation, accroupie par-dessus les jambes de son amie, la manipulait déjà avec dextérité, lui chatouillant le clitoris avec le doigt, lui léchant les poils et le con, lui tripotant le cul et la retournant pour lui considérer les fesses dans leur plénitude.

Clotilde obéissait, elle était plus enfant que Rita : elle échappa cependant au vertige qui l’envahissait, se dégagea brusquement et attirant Rita près d’elle, elle l’embrassa avec tendresse et dit :

— Fi de la petite cochonne, est-ce ton tuteur qui t’enseigne cela ?

— Je le savais avant de le connaître ! il n’a rien à m’enseigner et il m’a parlé de toi. Oh, ce qu’il aurait voulu être à ma place tout à l’heure ! Comme tu es jolie et bien faite, Clotilde, et quel bonheur j’éprouvais à te caresser ! Pourquoi m’as-tu arrêtée ?

— Il faut que je me lève.

— On se reverra, dis.

— À la condition que tu seras sage.

— Sage, c’est être bête, Clotilde.

— En voilà une assurance de morale ! Je suis mariée, mignonne, et je ne dois pas commettre de vilaines actions ?

— Qu’appelles-tu vilaines actions ?

— Tromper son mari.

— On ne trompe que les imbéciles.

Clotilde voulait-elle échapper à l’entraînement qu’elle ne se sentait plus capable de maîtriser, elle avait sonné, sa femme de chambre parut, et Rita se retira, malgré son invitation de rester à déjeuner.

Annette lui ouvrit, quand elle sonna, et Rita ne remarqua pas son air gouailleur. Elle rentra dans sa chambre, et n’entendant pas de bruit chez Célestin, elle franchit la porte de communication, marcha droit au lit, et, comme il dormait encore, elle le baisa sur le front. Il s’éveilla instantanément.

— Tu te lèves donc avant le jour, s’écria-t-il !

— Avant le jour, il est plus de dix heures, grand paresseux.

— Tu me grondes.

— Oui, je te gronde. Je travaillais pour toi et tu ne t’en doutais pas.

— Raconte-moi vite ce que tu faisais ma gentille petite reine, mais approche, que je te pelote le cul, cela me secouera tout-à-fait.

— Oui, pour que tu veuilles me le chiffonner, d’abord je suis toute habillée et je ne suis pas disposée à… m’amuser… pour à présent.

— Dieu me pardonne, la voilà qui commande. Petit vaurien de fille, pourquoi n’as-tu pas passé ton pantalon, et quel toupet as-tu de prétendre imposer le calme à mes sens.

— Je n’ai pas mis de pantalon, pour le cas où on aurait voulu me toucher.

— On aurait voulu te toucher, et qui ça, morveuse ?

— Clotilde.

— Clotilde ! tu viens de chez Clotilde.

Sa main quitta le cul de Rita, qu’il patouillait, il s’assit sur son séant, l’obligea à s’asseoir près de lui, comme elle était tantôt près de Clotilde, et elle répondit :

— Oui, je viens de chez Clotilde et j’ai vu ses nénés ! Oh, ils sont encore plus beaux que tu ne crois.

— Cruelle enfant, ne me mets pas le lait à la bouche.

— Je l’ai tétée et j’ai dit que c’était de ta part.

— Oh, de cette coquine ! Elle s’est fâchée.

— Non, elle a baragouiné quelque chose de sagesse, puis, elle ne m’a pas empêchée de faufiler la tête sous les draps et d’aller la lécher.

— Où ça, dis, où ça ?

— À son petit trou de devant et aussi au cul.

— Elle ne t’a pas chassée.

— Avec ça que je lui étais désagréable ; elle en tremblait. Oh, elle ne doit pas être une savante, Clotilde ! Fiez-vous aux apparences.

— Toi, tu es le diable, ma Rita chérie.

— Alors, tu es content de moi ?

— Tu me révolutionnes ! Regarde… ce petit maître.

— Non, il est comme ça parce que tu penses aux nénés, au petit trou de devant et au cul de Clotilde.

— Je pense à Clotilde et à toi.

— Je n’ai pas de nénés, moi !

— Ils poussent, ils poussent, mais tu as du cul et de tout le reste ! Et, ton petit trou de devant, il commence à s’ouvrir tout seul, à demander son petit chienchien.

— Son petit chienchien ! Oh, ne me chatouille pas, Célestin.

— Viens, que je te baise, que je t’enfile.

— Que tu me baises ! Ne m’embrasses-tu pas assez.

— Serine, baiser, enfiler, cela veut dire enfoncer le machin.

— Tu veux l’enfoncer encore ! Non, pas maintenant : tout le monde est éveillé dans la maison et on n’aurait qu’à entrer.

— Ferme la porte.

— Non, non, je ne veux pas ; tripote tant qu’il te plaira, mais pas enfoncer.

— Vois, comme il est flambant !

— Le vilain qui m’a tant fait mal la première fois !

— Tu l’aimes bien à présent !

— Non, je le déteste.

— Tu ne le disais pas cette nuit. Embrasse-le.

— Non.

— Un petit coup de lèvres sur le bout, ou je te l’enfonce de force et dans le cul.

— Rien qu’un petit coup de lèvres, puis tu t’habilleras ! tu m’as promis de me mener apprendre à monter à cheval.

— Oui, oui, c’est entendu ! Là, le petit bécot, long, long, que ça chatouille bien ! Ah, Rita, ton petit trou est son paradis !

— Tu l’enfonceras aussi à Clotilde ?

— Elle ne le voudra pas.

— Pourquoi ne le voudrait-elle pas ?

— Elle est mariée.

— Ah, va, elle ne s’en fichera pas mal.

— Et tu ne seras pas jalouse ?

— Non, parce que j’essaierai de me le faire enfoncer par le petit Clément.

— Oh, quel aplomb !

— Je verrai la différence puisque tu la verras avec Clotilde.

Elle donna un dernier coup de langue à la queue et se recula pour qu’il pût se lever.

Elle marchait, Rita, et ne se souvenait plus de sa rencontre avec Finette : d’ailleurs, pourquoi s’en serait-elle souvenue ? Ne l’avait-elle pas remise à sa place !

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