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Tome 2 · Chapitre 2

Vers les dix heures du soir, Célestin et Rita ayant préparé le champagne, les coupes, les friandises, Clotilde et Clément arrivèrent.

Dans le fond de son cœur, Célestin n’osait l’espérer. Il redoutait que Rita ne l’eût trop vite démasqué, et il appréhendait que Clotilde, soupçonnant la vérité sur ses relations avec la petite, ne lui en tînt rigueur.

Elle était charmante, plus encore que les autres fois, Clotilde, et, sachant que ses seins tiraient l’œil à Célestin, elle les avait arrangés en relief, sous un corsage la serrant très fort, les moulant à les suivre presque dans leur sinuosité.

Clément, de son côté, accomplissait sa transformation : il exultait et il apportait un petit bouquet pour Rita, déjà parfaite maîtresse de maison, simplement vêtue d’une toilette ordinaire, lui donnant toutes ses aises pour aller et venir, s’occuper elle-même du service, les domestiques étant, comme d’habitude, exilés de l’appartement à partir de neuf heures. Seule, Félicité avait l’entrée par l’escalier de service, et encore poussait-on la targette de ce côté, pour ne l’enlever qu’au moment de se retirer dans les chambres.

La même illumination électrique qui avait salué la venue de Rita, répandait partout sa profusion de lumières. Et partout, des fleurs embaumaient et égayaient la vue.

Ces parfums, ces lumières, le feu qui pétillait dans les cheminées, malgré la douce température des calorifères, des peaux de bêtes, de lions et de tigres, jetées de ci de là, des étoffes superbes étalées sur les meubles, etc., tout cela emportait l’âme dans des vagues sensations de laisser-aller et de béatitude, prédisposant aux folies les plus inadmissibles.

Cette jeune femme, qui descendait ainsi avec son beau-frère, chez un homme, dont elle analysait depuis la veille les sentiments probables, et qu’elle finissait par juger un voluptueux sans préjugés et sans respect pour rien, se sentit, dès l’entrée, subjuguée par un trouble indéfinissable, où elle ne vit plus clair et où elle eut dans l’esprit et les chairs un vertige effrayant, contre lequel elle n’essaya même pas de réagir.

Célestin lui offrit la main pour la conduire au salon, elle l’accepta et ne la retira pas quand il la retint et dit à Clément :

— Mon jeune ami, Rita veille aux derniers apprêts dans la salle à manger, rejoignez-la, aidez-la et appelez-nous dès que ce sera prêt.

Elle tomba sur un fauteuil, près de la cheminée : ce fauteuil avait un baldaquin de couleur ponceau, qui le surmontait de façon originale : debout devant elle, Célestin darda les yeux sur les siens et murmura :

— Hier, vous étiez belle comme une femme de la terre ; aujourd’hui, vous êtes belle comme une déesse de l’Olympe ! Et vous révélez encore davantage ce qu’on admirait déjà.

— Monsieur de Kulaudan, si vous commencez à marivauder !

Elle souriait, il reprit :

— Régnez et ne vous effarouchez pas.

— M’effaroucher ! Je n’en ai nulle envie. Ah, vous vous entendez à merveille pour embellir le cadre… d’une fête ! Me permettez-vous quelques questions ?

— De tout cœur.

— Que vous est en réalité Rita ?

— Ma cousine et ma pupille.

— Et puis ?

— Que voulez-vous qu’elle soit de plus ?

— Elle est aussi votre messagère.

— C’est vous-même qui le rappelez, et ce rappel mérite d’être puni par une audace.

— Là, là, ne vous échauffez pas ! Une messagère d’une aussi grande intimité, Monsieur de Kulaudan, est plus qu’une cousine et qu’une pupille, elle est… une partageuse de lit, une compagne de débauche, si elle n’est pas une maîtresse attitrée.

Elle s’était dressée pour se chauffer le bout du pied : il l’enlaça brusquement, lui porta les mains aux seins et répondit sans plus d’embarras :

— Voilà l’audace annoncée.

Elle tourbillonna sous l’enlacement pour se placer face-à-face, sans se dégager de l’étreinte, et lui donnant une chiquenaude sur les lèvres, elle dit :

— Vos lèvres enseignent le vice et l’art de le rendre séduisant.

Ils étaient tout contre, il la tenait dans ses bras, il se pencha, approcha les lèvres de sa bouche, qu’elle ne recula pas, et l’embrassant, s’exclama :

— Ah, vous ne luttez pas, vous ne vous disputez pas, vous êtes de l’école de Rita et d’Agathe !

— Agathe, qui Agathe ?

— Agathe Luneterre.

— Ah oui, oui, je me souviens, une petite rêveuse ! Ce n’est pas bien ce que nous faisons là, Monsieur de Kulaudan.

— Vous me rendez mes baisers ! Oh, ne vous échappez pas encore.

— Et ces enfants ?

— Des enfants ! Ils emploient leur temps, allez !

— Vous le permettriez à Rita !

— Je lui permets tout.

— Qu’est-elle dans votre maison ?

— La cheville ouvrière de la volupté.

— Ah !

Elle se sauva de ses bras qui s’étaient ouverts, dans un de ses mouvements pour lui peloter les seins, et elle ajouta en riant :

— Elle n’en a pas encore, Rita, et cela manque à votre vice !

— Vous les dévoilerez !

— Ah, pas ici, dans tous les cas, avec mon beau-frère à côté.

— N’y pensez pas.

Elle s’était rassise, ils observaient une attitude correcte, Rita apparut, suivie de Clément et dit :

— Venez donc, tout est prêt.

Clément l’avait en effet trouvée dans la salle à manger, où elle disposait des fleurs sur la table. Il lui offrit son bouquet. Elle le prit, le remercia et embrassa les fleurs.

— Rita, murmura-t-il, nous sommes seuls, pourquoi ne m’embrasses-tu pas au lieu d’embrasser ces fleurs !

— Il convient que tu m’embrasses le premier, Clément.

— Tu le veux donc ?

— Ne t’y ai-je pas autorisé ! Embrasse vite.

— Sur le bout du nez ?

— Non, sur la bouche, petit sot, puisque tu connais le chemin.

Leurs lèvres s’unirent et elle caressa celles du jeune homme du bout de la langue.

— Rita, Rita, que me fais-tu ?

— Je t’ingurgite l’amour.

— L’amour ! Ah, le feu me consume !

— C’est toi la petite fille et moi le petit garçon. Clément, quand le feu vous consume, on cherche où il brûle le plus fort. Dis, où te brûle-t-il le plus fort ? Qu’est-ce qui tremble le plus en toi ?

— Rita, Rita, je n’ose parler.

Et leurs lèvres se léchaient, ne se quittaient pas ; elle glissa la main sur sa culotte, lui sentit la queue toute gonflée et murmura :

— C’est là, c’est là où tu brûles, sors-le que je le voie !

— Tu veux le voir ! Tu me feras voir aussi.

— Voir ! Oui, tiens, vois, Clément, moi je n’ai pas de machin, mais j’ai un petit coin où l’on repose le machin et où il est très bien. Vois-tu mon petit coin ?

— Tu me tueras de bonheur !

Que tu es bête ! Tu parles toujours de mourir ! Ça ne fait pas mourir, au contraire, ça pousse à vivre ! Montre ton machin, et touche avec mes poils, mon petit coin.

Il sortit la queue, et Rita la trouva gentillette, quoique moins avenante que celle de Célestin ; elle l’amena elle-même dans ses cuisses, puis la chassa et reprit :

— Nous voici de plus en plus amis à présent ; finissons de ranger la table et allons les chercher, ils doivent s’ennuyer sans nous.

Elle parait à tout : elle couvrait ainsi les tentatives possibles de Célestin sur Clotilde.

Le champagne et les friandises aidant, la joie de vivre se communiqua aux quatre fêtards, et Clément, le plus promptement lancé, comme tous les timides, n’observa bientôt plus aucune réserve.

La chaleur devenait accablante : on riait, on plaisantait, on s’amusait, Célestin inventait blagues sur blagues pour émoustiller son monde, endormir les dernières défiances ; Clotilde, serrée dans son corsage, s’en déclara incommodée et Clément s’écria :

— Ah, je comprends que tu aies chaud ! Aussi, pourquoi les femmes ne se mettent-elles pas à l’aise comme les hommes ! Nous sommes en manches de chemise, et très bien ainsi. Entre nous, pourquoi ne pas quitter votre corsage ? D’ailleurs, quand nous allons en soirée, tu te décollètes bien ? Je suis sûr que M. de Kulaudan ne s’en formalisera pas.

Elle riait en dedans, Clotilde. Son beau-frère, dans sa naïveté, la poussait à ce qu’elle mourait d’envie de faire. Pour la forme, elle dit :

— Dans le monde, il n’y a pas d’inconvénient, Clément. On est en grande toilette et cela ne tire pas à conséquence, tandis qu’ici, si je t’écoutais, ton frère Adrien m’en garderait rancune.

— Adrien ! Il est en voyage. Eh bien, on ne le lui dira pas.

— Il a raison, votre beau-frère, chère Madame, intervint Célestin, et la chaleur risque de vous indisposer. D’un autre côté, elle est nécessaire. Débarrassez-vous de votre corsage.

— Mais, dessous, j’ai les épaules et les bras nus.

— On trinquera à votre beauté.

— Oui, oui, à ta beauté et à celle de Rita.

Clément, assis entre sa belle-sœur et Rita, se montrait très empressé pour cette dernière qui lui souriait des yeux et des lèvres, répondait du pied aux invites du sien, manège qui s’exécutait aussi entre Célestin et Clotilde.

Clotilde commença à défaire son corsage, et tournée vers Clément, lui dit :

— Si tu en parles à Adrien, nous ne serons plus, plus amis.

— N’aie pas peur et attends que je t’aide.

Elle lui laissa tirer les manches, et quand elle fut les bras et les épaules nus, les seins un peu haletants sous la chemise, les yeux de Clément brillèrent une seconde, puis il dit en revenant à Rita :

— Et vous, Rita ?

— Moi aussi je quitte mon corsage.

Et les bras et les épaules de la fillette, s’ils n’avaient pas la merveilleuse beauté des bras et des épaules de Clotilde, supportaient très bien la comparaison par la finesse des contours, la blancheur des chairs, la délicatesse des attaches.

Célestin, ayant justement cherché à comparer, eut un regard de complaisance pour Rita, qui lui sourit des yeux.

— Ah ! s’écria-t-il, l’amitié règne entre nous. Vive Clotilde, vive Rita, oh, que l’on voudrait passer ainsi toute son existence !

— Vous vous lasseriez, monsieur Célestin, vous surtout qui aimez les voyages, murmura Clotilde.

Mais la vue de ces blancheurs féminines agissaient aussi bien sur Clément que sur Célestin.

Le pied de Clément ne quittait plus le pied de Rita ; sa main exécutait de fréquentes absences sous la table, et Rita parfois envoyait prestement les siennes, comme pour arrêter quelque entreprise par trop audacieuse ; le champagne l’asticotant, il se penchait sur la fillette, et un moment, ne se contenant plus, il l’embrassa avec ardeur.

— Eh bien, eh bien ! s’exclama Clotilde, qu’est-ce qui te prend, Clément ?

— Oh, je suis content, je suis content, répondit-il, il faut que je t’embrasse aussi !

— Moi, il n’y a pas de mal ; mais Rita, ce n’est pas permis.

Il attrapa sa belle-sœur à bras-le-corps et l’embrassa très fort pour diminuer l’effet de sa caresse à Rita. Clotilde, sous ce baiser, eut la malice de dénouer le ruban bleu attachant sa chemise, qui s’entrebâilla sur le champ et donna la liberté à ses seins.

— Oh, oh, dit-elle, le maladroit qui me déshabille !

Tout rouge, Clément se recula et voulut renouer le ruban, elle lui en disputa les bouts, luttant ainsi des mains, et, dans une contorsion du corps, les seins apparurent en entier.

— Laisse, laisse, Clément, s’écria-t-elle, c’est honteux, voilà mon ruban tout à fait brisé, et je vais être obligé de remettre mon corsage.

— Non, non, ne le remets pas, tes seins sont si jolis à voir.

— Grand enfant !

— N’est-ce pas, monsieur Célestin ?

Célestin parlait bas à Rita, qui hochait la tête affirmativement. Que disait-il ?

Il n’en pouvait plus, il lui fallait Clotilde, c’était l’instant, et il priait la fillette d’emmener Clément où elle voudrait, et de le garder jusqu’à ce qu’il la rappelât.

L’emmener, n’était pas difficile. Il invitait Célestin à admirer les seins de sa belle-sœur, Rita lui fit signe des yeux de la suivre, il n’hésita pas et il sortit sur ses pas.

Avant même qu’il eût disparu, les lèvres gloutonnes de Célestin se posaient sur les seins de Clotilde qui, renversée sur son siège, murmurait :

— Je n’en puis plus, je n’en puis plus, prends-moi.

La prendre ! Il lui déliait les jupes qui roulaient sur le tapis, il l’emportait en chemise dans ses bras comme on emporte une enfant de trois ans, il la déposait sur son lit, et, la chemise enlevée à son tour, il la dévorait d’ardentes minettes qui lui arrachaient ces exclamations :

— Mon Dieu, mon Dieu, tout tourne, oh, quelle extase ! Célestin, viens, viens, plus de baisers, toi, toi, je te veux, je t’en conjure, prends-moi, oh, prends-moi.

Il se dévêtissait tout en la caressant, et nu, se jetait sur elle. La chevauchée commençait, ils aspiraient à se fondre l’un dans l’autre, elle ne se reconnaissait plus ; le feu lui incendiait les cuisses, elle le provoquait et il jouissait d’un vrai corps de femme, après avoir pollué les fesses d’Agathe, après avoir dépucelé Rita : il tenait dans ses bras une splendide beauté qui ne demandait qu’à palpiter de ses désirs, et qui, consciente du crime qu’il commit en déflorant une enfant, lui disait :

— La femme te pardonne ta faute : tu as violé Rita, j’en suis convaincue ; mais tu es un rude amant, et tu sais aimer.

Il la possédait, et il ne se lassait pas de lui bécoter les seins ; elle s’en amusait dans sa fièvre et continuait :

— Ils pousseront à Rita, ils pousseront plus vite qu’à moi. À dix-huit ans, je n’en avais presque pas, il a fallu le mariage.

Il lui clouait la parole sur la bouche en aspirant un baiser de ses lèvres, et elle le mordillait, puis repartait :

— Rita, tu en feras une petite garce si tu ne la ménages pas,

— Ne pense pas à Rita, dit-il enfin.

— Si, si, je lui dois ton désir, je lui dois de connaître des caresses et des sensations que j’ignorais.

— Oh, je t’en apprendrai !

— Si nous recommençons.

— Nous ne recommencerions plus !

Il lui pinça les fesses, elle se hâta de dire :

— Si, si, si, oh si, tu fais si bien !

Puis, satisfaite, repue de caresses, elle s’inquiéta :

— Mon Dieu, et Clément !

— Rita s’est chargée de le rendre aveugle.

— Oh, la vicieuse !

— Je ne crois pas qu’il s’en plaigne !

— Supposerais-tu que…

— Rita en est bien capable.

— Toi, tu es un amour d’homme ! On fera quelque chose ensemble, et tous !

Elle se grisait de cette pensée que Clément baisait en ce moment la petite Rita, et elle chatouilla la nuque de Célestin de légers baisers, comme si elle eût voulu raviver son ardeur. À cheval sur son dos, elle se mit à rire et reprit :

— C’est mon mari qui ferait une tête s’il me voyait ainsi ! Oh, lui, il ne comprendra jamais ces choses !

Cependant elle en appela à sa raison, ils s’occupèrent de leur toilette, elle repassa sa chemise et l’expédia en explorateur, examiner si la salle à manger était libre, afin qu’elle pût s’y rendre et s’y rhabiller.

— Rien à redouter, dit-il, Rita ne reviendra qu’à ma volonté.

— Tu la tiens donc bien !

Elle rentra dans cette salle à manger où le vertige la saisit, et sourit en apercevant ses jupes en tas au bas de sa chaise.

Tu étais pressé, dit-elle… comme moi ! Aide-moi à débrouiller cela.

Elle remit ses jupes, sa robe ; il l’arrêta pour le corsage.

— Tu veux encore les contempler ? murmura-t-elle. Oh, il prépare bien les choses, mon cher beau-frère ! Si tu rappelais ces enfants, que peuvent-ils faire ?

— Si nous les cherchions ?

— Non, je veux ignorer pour qu’ils ignorent.

Le visage de Rita se montra à une porte.

— Coucou ! cria-t-elle.

— Rita !

Célestin fronça les sourcils, elle avança et dit :

— Ne te fâche pas, Célestin, il n’y a que moi.

— Et Clément ?

— Il est dans ma chambre. Je l’ai costumé en fille, et il est tout plein drôle.

— En fille !

— Pour gagner du temps, vous étiez longs !

— Hein ?

— Venez le voir, il n’oserait pas entrer.

— Qu’en as-tu fait, mauvais garnement ?

Elle regarda Célestin avec une petite moue.

Ce qu’elle en avait fait !

Elle l’emmena dans sa chambre, et l’asseyant à son côté sur le rebord du lit, elle le gronda vivement :

— Je ne veux pas que tu embrasses Clotilde, c’est idiot ! On n’embrasse ainsi que sa petite bonne amie. Puis, tu fourres les yeux sur ses seins, et ça ne me plaît pas. Aurais-je eu tort d’avoir confiance en tes sentiments ?

— Petite Rita !

— Non, Monsieur.

— Laisse-moi t’embrasser et tu jugeras bien que mes baisers sont différents !

— Je n’ai pas des nénés de nourrice, moi !

— Oh, tu n’es pas juste ! Clotilde n’a pas des nénés de nourrice : ils sont ronds et forts, mais bien plantés et bien jolis !

— Tu te trahis ! Hein, tu les as bien reluqués ?

Elle porta les mains à ses yeux comme pour pleurer ; il lui attrapa les mains, les bras, les embrassa, les lécha, et peu à peu arriva à poser les lèvres sur la pointe des petits seins et murmura :

— Et toi aussi, tu en as, ils ne sont pas encore bien poussés, mais ça leur va bien d’être ainsi.

— Bien vrai ?

Elle ne simulait plus les pleurs, elle dégrafait ses jupes, se mettait en chemise, et il disait, haletant, hébété :

— Tu te déshabilles, tu vas te coucher, tu vas dormir ?

— Bêta, déshabille-toi comme moi, nous serons mieux pour placer ton machin près de mon petit coin.

— Oh oui, oh oui ! Et si on nous surprend ?

— Ne te tourmente pas. Mon cousin aime beaucoup le champagne, et il doit chercher à le faire aimer à ta belle-sœur.

— Oh, il n’aura pas une grande peine, elle buvait bien tout à l’heure !

Elle était sur son lit et elle l’attirait dans ses bras, lui dictait sa conduite.

— Relève ta chemise, appuie ton ventre [contre] le mien, là, comme ceci : glisse-toi entre mes cuisses… es-tu bien ?

— Je nage dans le bonheur !

— Je ne connais pas cette mer ; ça ne fait rien. Là, baise-moi la bouche, tripote-moi. Ça ne te dit rien de me tripoter ? Si, si, ton machin grossit ! Oui, tu peux me toucher les fesses, ça t’amuse, moi aussi de toucher les tiennes ! Maintenant, maintenant, mon chéri, tu sens le bout de ton machin, là, contre un petit enfoncement, pousse, pousse doucement ! Eh, tu comprends, tu y es, tu vas entrer dans mon ventre, mon petit amour de Clément, et tu nageras encore plus dans le bonheur. Ah, ah, ah, tu es un bon élève, ne parlons plus, saute bien, embrasse-moi, lèche ma petite langue, ah, ah, qu’on est bien !

S’il était un bon élève, Clément !

Il avait prestement enconné Rita, et tous deux s’abandonnaient aux divines secousses, se pelotant, se caressant, se baisotant, s’énamourant.

Et la fillette, l’enfant de quatorze ans et demi, eut là son deuxième amant, amant moins bien doué que Célestin, mais qui, malgré tout, n’en profita pas moins de sa bonne fortune, et laissa chez cette récente dépucelée son pucelage.

Il jouit, et ne sut pas l’intéresser assez pour amener sa jouissance, malgré son excitation. Cependant, à la seconde suprême de la possession mâle, elle pensa à Célestin, et frissonna, en reconnaissant qu’il était le véritable maître de ses sens, lui, le brutal violeur du premier jour. Elle le vit, se délectant dans les bras de Clotilde, et n’en éprouva aucun émoi. Ça, c’était son œuvre. Son amie lui appartenait, par cela même qu’elle appartenait à Célestin.

Ces pensées ne l’empêchèrent pas de satisfaire de son mieux son jeune amant, et de lui enseigner tout ce que comportait, avant, pendant et après, l’action de posséder une femme.

Il avait l’air si ahuri quand il eût fini de la baiser, qu’elle se moqua de lui et dit :

— Je le répète, c’est toi la fille et moi le garçon ! Je vais t’habiller avec une de mes robes.

— Oh oui, ça nous amusera !

— Ensuite, je te ferai la cour pour t’apprendre à me la faire, et tu me répondras comme si tu étais vraiment la fille.

— Comment ça ?

— Tiens, en te mettant de cette manière à mon commandement.

Elle lui tourna le dos, se pencha en avant et exhiba tout son cul.

— Oh, Rita, Rita, quel toupet ! s’écria-t-il.

— Si tu étais un garçon pour de bon, tu me l’aurais déjà attrapé et embrassé !

— Oui, oui, je vais te l’embrasser.

— Il est trop tard maintenant. Passe ce jupon.

Comme elle commençait à le revêtir d’une espèce de tunique pour remplacer le corsage impossible à endosser, elle entendit le bruit de Célestin et de Clotilde qui retournaient à la salle à manger, et elle se hâta de l’ajuster pour aller voir ce qu’ils voulaient faire.

Elle assista au rhabillage de Clotilde et se montra.

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