Tome 2 · Chapitre 10
Célestin rejoignit Rita au manège ; décidément elle lui portait à la peau et il s’acoquinait avec cette morveuse.
Il lui sembla qu’elle apportait moins d’entrain à sa leçon et qu’elle était palote.
— Es-tu malade, demanda-t-il ?
— Je ne crois pas : j’ai des coliques et aussi quelques tournements de tête.
Après la leçon, il l’emmena courir au restaurant et au théâtre, elle s’amusa comme d’habitude, mais au retour, elle eut encore quelques coliques.
— Diantre, diantre, se dit-il, j’ai eu tort de ne pas me lancer avec la Tortillina, cet après-midi, je crains bien de ne pouvoir baiser Rita cette nuit.
L’égoïsme masculin n’empruntait ici aucun voile.
Rita était fatiguée, cependant la vue de l’appartement lui redonna de l’énergie et elle devint la provocatrice de la volupté.
Àdemi-déshabillée, avec son pantalon, elle s’amusa à courir de sa chambre à celle de Célestin, se tortignollant le bout de chemise qui pendait par derrière, exhibant son cul, sur lequel il se jeta, fou de délire sensuel, comptant enfin la dépuceler de ce côté ; il la prit encore une fois, mais en levrette, ne marchandant pas davantage sa sensation que le matin.
Le lendemain Rita avait ses époques.
Ça c’était ennuyeux, un danger de grossesse s’en dégageait.
Un ennui ne vient jamais seul.
Une lettre de monsieur Pleindinjust plongea Célestin dans de profondes réflexions : cette lettre lui apprenait que mademoiselle Agathe Luneterre avait été surprise enfermée dans un cabinet d’aisances avec une de ses camarades ; que cette camarade avait été chassée ; et que cette exécution accomplie, on le priait de retirer sa nièce. Il était atterré de cette aventure, que rien ne lui laissait prévoir, et il le chargeait de recevoir la misérable jusqu’à ce qu’il eût adopté une résolution à son sujet. Il pensait que mademoiselle Merrydoine, dont son cœur généreux l’avait porté à se charger, chapitrerait l’indigne enfant. Il terminait sa lettre en avisant qu’il indiquait aux demoiselles Maupinais sa maison, pour qu’on la lui menât.
Agathe chez lui ! Agathe, l’instigatrice de sa liaison avec Rita ! Agathe, qui le débaucha en chemin de fer, oui, le débaucha, car jamais il ne pensa à la possibilité de telles relations sensuelles, avant cette fatale rencontre !
Et avant même le déjeuner, on lui conduisait la fillette, et ils se retrouvaient en présence, avec des airs gênés qui le surprenaient.
Rita embrassa bien fort son amie, mais fit une petite moue de la voir appelée à partager sa chambre pour un temps plus ou moins long.
Agathe regarda Rita, un peu de travers, d’avoir accaparé à tel point Célestin, qu’il la recevait avec une allure plutôt froide.
Célestin eut une légère frayeur, à l’idée que Rita étant indisposée, il ne se contiendrait pas avec Agathe et qu’ainsi il courait à un danger redoutable.
Oui, redoutable, car ici, il était impossible d’en douter, il ne dominerait pas comme avec Rita. Agathe se sentait sûre d’elle-même et elle marchait droit à son but, sans se soucier si elle briserait à droite à gauche des destinées,
Débauchée par son oncle, elle avait trouvé en Finette une intelligence propre à lui développer ses fantaisies luxurieuses et à les placer au-dessus de tout : elle entraîna Rita ; puis devenue audacieuse pour conquérir Célestin et l’attacher à son amie, elle n’entendait pas perdre la part de félicité à laquelle elle se croyait des droits.
Remarquant à table, au déjeuner, la persistance que Célestin apportait à fuir ses regards, à ne pas saisir les rappels de mémoire qu’elle évoquait par des mots à double entente, elle attaqua dès l’après-midi Rita.
La jeune maîtresse de Célestin était horriblement fatiguée par ses règles : Célestin lui recommanda le repos et la résignation et partit sous prétexte de vaquer à ses affaires, en réalité pour échapper à l’acte qu’il prévoyait fatal avec Agathe.
Les deux amies se trouvèrent seules.
Agathe demanda à Rita.
— D’où vient que tu ne m’as pas écrit ?
— Comment l’aurais-je fait ? Je n’ai pas une minute à ma disposition et je n’eusse pu te conter tout ce que je voulais. J’espérais en ta sortie pour tout t’expliquer.
— Me voici sortie et je te retrouve mauvaise à mon égard.
— Moi mauvaise, où le vois-tu ?
— À ton accueil. Je devine les choses, moi ! Tu n’es plus la Rita de la pension.
— Il s’en est tant passé !
— Je t’ai donné un homme, pour que nous en profitions toutes les trois, oui, toutes les trois, Bernerette y comptait, et cet homme, tu le veux pour toi toute seule.
— La vie réelle n’est pas celle qu’on rêve, ou qu’on arrange à la pension.
— Tu l’avoues donc ?
— J’y suis bien forcée ! Tu devines bien des choses, dis-tu ! As-tu deviné que cet homme, que tu revendiques pour un troisième de part, me violerait avec brutalité, en me battant, et finirait par s’imposer à mes sens ; as-tu deviné que je deviendrais sa maîtresse humble et soumise et qu’il me rendrait enceinte ! Cela, je le pressens, et voilà ma vie rivée à la sienne, alors que Bernerette et toi vous rencontrerez ailleurs les voluptés que vous désirerez.
— Enceinte, toi !
— Il y a de nombreuses chances pour que je le sois ! Vois-tu, Agathe, si tu veux que je t’aime comme à la pension, tu renonceras à Célestin et moi je te promets de te favoriser dans toutes les cochonneries qui te souriront.
— Cochonneries ! Tu appelles s’amuser, des cochonneries ! T’es plus bête que je le supposais. J’appelle ça tout bonnement des plaisirs, et je les choisis à mon idée, non à la fantaisie des autres.
— Si je suis une bête, tu es une dinde de ne pas vouloir me comprendre. Célestin est un homme qui se lassera des petites filles, s’il en trouve trop sur son chemin, et je me charge de te procurer mieux que lui.
— Des petites filles ! Tu me prends pour une petite fille ! Et toi, qu’es-tu ? Une grande femme peut-être.
— Je te le répète, il s’est passé bien des choses depuis que j’ai quitté la pension, et si au lieu de nous quereller, tu te montrais mon amie, nous ne perdrions pas notre temps, nous finirions par nous entendre.
Agathe crut que Rita nourrissait toujours à son sujet le même caprice ; s’adoucissant, elle répondit :
— Mon intention n’était pas de te quereller : seule la réception en est cause. J’espérais m’amuser avec ton homme, puisque Célestin est ton homme, mais j’espérais aussi que nous reprendrions ensemble nos jolies amours.
— Je ne puis, avec mes affaires, songer à m’amuser ; mais si tu es gentille, je te procurerai qui il faut pour t’amuser.
Agathe comprit qu’elle s’était trompée, elle redevint revêche.
— Nous verrons plus tard ce qu’il en sera.
Elle prit un livre et témoigna son désir de tuer le temps en lisant.
Célestin rentra juste pour le dîner. Les deux amies se boudaient, il en fut fort joyeux.
— Elles sont jalouses l’une de l’autre, se dit-il, elles se neutraliseront et je les laisserai se détester.
En vain Agathe essaya-t-elle de le provoquer, il s’en alla aussitôt le repas terminé.
— Qu’allons-nous faire, demanda-t-elle à Rita ?
— Continuer de lire.
Clément ayant appris que Rita était fatiguée, arriva sur les huit heures et demie, pour avoir de ses nouvelles ; il fut reçu très amicalement ; elle le présenta à Agathe et réciproquement, en disant de cette dernière :
— Mon amie de pension, mademoiselle Agathe Luneterre.
— Oh, dit-il, une blonde, une brune, deux jolies fleurs pour un bouquet. Vous deviez vous aimer.
— Elle ne m’aime plus depuis que j’ai quitté la pension, répliqua Rita.
— Je ne puis le croire ! Vos yeux reflètent les mêmes pensées.
Toutes les deux éclatèrent de rire et Agathe s’écria :
— C’est Rita qui se figure que nous ne nous aimons plus ! Pour ma part, je ne demande qu’à l’aimer ! Seulement, elle a un caractère que je ne lui connaissais pas !
— Dam, observa Clément, lorsqu’une jeune fille est libre, elle est bien vite femme.
— Ça c’est vrai, riposta Agathe, et Rita est femme, tandis que je ne suis qu’une jeune fille.
Une jeune fille ! Pas précisément encore ! Mais, pour Clément et pour bien d’autres, avec la maturité acquise par le vice, elle paraissait au-dessus de son âge ; Clément dit :
— Quel dommage qu’on ne se soit pas rencontré, le jour où avec Arthur nous avons accompagné Rita au manège, mon ami vous aurait fait la cour, comme je la faisais à Rita.
— Vous faites la cour à Rita ?
Rita essaya, des yeux, d’arrêter la réponse, elle n’y parvint pas, Clément répondait :
— Rita est ma petite maîtresse, elle l’a bien voulu : vous êtes son amie, il n’est pas besoin de se cacher.
La fillette se rendit compte là qu’il est des expressions et des confidences qu’on doit interdire à un homme et elle intervint :
— Clément exagère les complaisances qu’on a eues pour lui.
— Tu as eu des complaisances, releva Agathe, eh bien moi j’en aurais eu pour son ami si je m’étais trouvée en votre société.
Rita profita de l’exclamation pour reprendre la conversation de l’après-midi.
— Qui te dit que je ne pensais pas à cela, tantôt quand nous nous sommes disputées, murmura-t-elle.
— Dans ce cas, je n’en suis plus.
Rita ne se préoccupa pas de ce mouvement de mauvaise humeur et demanda des nouvelles de Clotilde.
— Elle a écrit, répondit Clément : elle restera absente plus longtemps qu’elle ne le croyait. Mon frère a prié ses beaux-parents de la garder près d’eux le plus qu’ils pourraient.
— Tant pis ! nous étions si heureuses d’habiter la même maison ! Te rappelles-tu Agathe, la jolie Clotilde dont Bernerette nous conta l’histoire ?
— Oui.
— Eh bien, c’est la belle-sœur de Clément et c’est d’elle que nous parlions.
— Ah, j’aurais bien aimé de la connaître !
— Hélas, elle ne retournera pas encore de Rouen.
En cet instant, Annette frappa à la porte du salon, pour s’informer si ses services étaient nécessaires. Sur la réponse négative de Rita, elle se retira, et les jeunes filles se trouvant bien seules dans l’appartement avec Clément, celui-ci s’empressa de demander :
— Et monsieur de Kulaudan, pourquoi ne le voit-on pas ?
— Il est sorti.
— Vous êtes sans personne pour vous tenir compagnie !
— Oh, pour peu de temps ! Je pense qu’il ne tardera pas à rentrer.
— Ah, Rita, puisque Mademoiselle est votre amie et qu’il n’y a personne pour nous gêner, je puis bien vous embrasser et vous tutoyer !
— Oui, oui, intervint Agathe avec un air forcé, ne vous gênez pas à cause de moi.
— Je vous prierai, Clément, répliqua Rita, de vous souvenir de ce que je vous ai dit, la première fois où nous avons causé ensemble. Je ne veux d’intimité devant personne, et c’est la seconde fois que vous parlez à tort et à travers : la première devant votre ami, la seconde devant Agathe. Vous êtes un sot, et à l’avenir, je ne veux plus avoir affaire à vous.
Elle se leva, se dirigea vers la porte et ajouta :
— Votre visite a assez duré : mon tuteur ne serait pas content s’il savait que vous restez trop longtemps lorsqu’il n’est pas là.
— Rita, que vous prend-il, je ne m’en irai pas, vous laissant en colère.
— Vous ne vous en irez pas ! Eh bien, moi, je vous cède la place et je me retire dans ma chambre. Agathe est assez grande pour vous tenir tête.
Agissait-elle ainsi avec un secret dessein ? Le doute n’était pas permis. Elle referma bruyamment la porte, et doucement revint par un autre côté assister à ce qui se passerait.
Quoique tout interdit, Clément voulut s’élancer à sa poursuite, Agathe le retint :
— Eh, laissez-la, Monsieur Clément, ne vous disais-je pas qu’elle avait mauvais caractère depuis sa sortie de pension !
— Je ne l’ai jamais vue ainsi.
— Ni moi ! Vous pouvez rester tant qu’il vous plaira, je ne vous fausserai pas compagnie.
— Que vous êtes gentille !
— Pas autant que Rita, à vos yeux !
Il la regarda de plus près ; elle souriait, il s’empara de sa main et la baisa en disant :
— Quelle méchante, d’être ainsi partie ! On aurait pu s’entendre pour se réunir avec mon ami, et quelle partie de plaisir tous les quatre ensemble.
— Je ne veux pas votre ami ! Pourquoi me parler de lui puisque nous sommes seuls !
Il était écrit que Clément s’effarerait devant ces fillettes, dont l’une le dépucela et dont l’autre lui adressait une invite non dissimulée, en le saisissant par le cou et l’embrassant, en reconnaissance du baiser reçu sur sa main. Elle l’attira sur le canapé et continua :
— Asseyez-vous tout près et causons, voulez-vous ?
— Si je veux ! Néanmoins, j’ai de l’ennui de savoir Rita fâchée.
— Elle ne le sera pas toujours ! Dites, si nous jouions ensemble !
— Jouer ensemble ! À quoi ?
— Au petit mari et à la petite femme, eh ! Vous êtes le petit mari, je suis la petite femme, ça va-t-il ?
— Oui, vous êtes ma petite femme.
Elle se rapprocha, se serra contre lui et reprit :
— Quand on est le petit mari d’une petite femme, on l’embrasse gentiment, oui, comme ça, et on lui prend la taille comme vous faites, et on donne des baisers, oui, oui.
Elle y alla de ses lèvres sur les siennes, et alors il comprit la provocation.
— Oui.
Elle n’avait pas d’hésitation.
Il dit :
— N’es-tu plus pucelle ! Rita ne l’était plus.
— Si je le suis, tu me dépucelleras, aurais-tu peur ?
— Peur !
Ne marchandant pas l’offre de son corps, comme l’eût fait une femme, ou une coquette, elle se pressait de plus en plus, et comme il la tenait par la taille, elle lui passa les bras autour du cou, l’embrassa tendrement,
Il envoya la main sous ses jupes, elle écarta les cuisses, pour qu’il l’introduisit à travers le pantalon.
— Tu es pucelle, dis, et je vais te dépuceler.
— Oui, dépucelle-moi.
— Est-ce bizarre la vie, tout de même ! Rita m’a dépucelé et je vais dépuceler une de ses amies.
Il lui dégrafait le pantalon, elle le sortit vivement des jambes et murmura :
— Tu sauras bien le faire ?
— Oh, je crois ! C’est là, à ce petit coin, qu’il faut pousser. Ôte aussi ta robe et étends-toi sur le canapé, nous nous mettrons à l’aise.
La robe alla sur le tapis rejoindre le pantalon, et lui se déshabilla en chemise.
Mais avant de commencer, il la pelota, lui caressa les fesses et les tripota. Elle tremblait de désir, cette fillette, et le pelotage allongeant le temps, craignant de n’être pas dépucelée, elle lui dit :
— Dépêche-toi, dis, je voudrais être femme ! Ne me fais pas languir.
Il ne comprenait pas cette hâte, il ne savourait pas encore ce fruit vert qui demandait à mûrir, mais il éprouvait dans sa chair l’attirance de la femelle, il bandait et il l’attaqua.
Elle se prêta à l’assaut, comme elle s’y fût certainement prêtée pour Célestin ; sa jeune virginité ne tarda pas à être envahie par la queue de Clément, pénétrant dans le conin sans occasionner trop de souffrance.
— Tu rentres, tu rentres, dit-elle, ah, quoi qu’il arrive, je ne suis plus pucelle !
Ne plus être pucelle, tout était là pour elle ! Il lui semblait que délivrée de ce qui est un prestige pour la majorité des filles, elle acquérait le titre de prêtresse d’amour, elle devenait assez importante pour lutter contre son oncle, contre l’univers.
Ressentait-elle du plaisir à cet acte, unique dans la vie d’une femme ! Pas plus qu’elle ne ressentit de souffrance. Elle se confinait dans sa cérébralité viciée, pour retirer plus de satisfaction dans sa vanité, au contact mâle, que de vibrations sensuelles. Elle n’était déjà plus la fillette délurée qui, au commencement de ce livre, séduisit Célestin et prit plaisir à cette séduction : elle était la dévoyée amoureuse, courant éternellement après le feu de la passion, sans jamais en éprouver les chaleurs bienfaisantes, par cela qu’elle n’y verrait pas les clartés illuminant les joies d’autrui, mais les crispations physiques jetant ses amants dans les violences et leur infligeant des tares matérielles et morales.
Elle s’avachissait maintenant sous l’étreinte de Clément, jouissant dans sa possession plus qu’il ne jouit avec Rita, grâce à cet abandon de la fillette, lui livrant ses chairs et ses instincts : elle écartait les cuisses à se briser les articulations, et il nageait, le ventre convulsé, sur cette peau carminée et blanche qui répondait à son frottement.
L’homme ne devine jamais le degré d’influence qu’il exerce sur une femme : il se trompe dans ses jugements, il suppose être adoré de celle-ci, il se flatte d’être le maître de ses sens, parce qu’elle trépigne et s’affole à son contact. Trépignement et affolement prouvent simplement la désillusion féminine, ne trouvant pas en lui le maître du cœur et de la chair, et voulant quand même ravir au ciel voluptueux une étincelle de la vibration des feux passionnels de l’immensité. Au contraire, celle-là lui apparaît indolente, nulle, sans élans et il la méprise, s’en dégoûte, alors qu’elle s’anéantissait dans le choc de son amour, et qu’avec un peu d’attention, il en eût fait la plus merveilleuse des amoureuses.
On passe à côté de son bonheur, de la réalisation de ses rêves.
Clément avait joui vraiment avec sa belle-sœur Clotilde ; et là, cette jouissance fut une jouissance imposée du fait de la débauche qui rassembla les quatre personnages ; avec Agathe, il laissa les derniers vestiges de l’enfance, se transforma en homme, et jouit, jouit, comme un être qui conquérait la foi de la vie et l’amour.
Agathe, prise, reprise, hardiment manœuvrée par cet adolescent, se demandait ce que signifiait une telle chevauchée de ses cuisses et de son ventre, commençait à trouver longue cette course au plaisir où il lui coulait à l’intérieur un fleuve brûlant de sperme et elle s’affaissait chaque fois que ressortait la queue humide, la mouillant tout autour du conin, pour la retranspercer promptement de nouveau. Elle ne résistait pas, mais il lui naissait des velléités de rejeter hors de son étreinte cet amant insatiable.
Cependant la queue, engloutie et resserrée dans son vagin, la fourrageait en conscience ; elle reprenait l’instinct de la sensation possible et elle favorisait l’éjaculation pour atteindre le sommet idéal de béatitude qu’elle espérait.
Le mâle seul se repaissait.
Ils ne prononçaient plus un mot. Agathe de plus en plus prostrée sur le canapé, se sentait pétrir sur toutes les parties du corps par les mains de Clément ; elle crut que la mort surviendrait par cette queue conquérante, ne cessant de se délecter au pucelage qu’elle venait d’enlever.
L’un et l’autre remplissaient leur rôle : le mâle victorieux dominait la femelle abattue, sous le poids de son triomphe et de sa force. Clément exultait, il ne se reconnaissait plus, et la fille qu’il subjuguait, dont il entourait la taille d’un bras puissant, dont il inspectait toutes les chairs avec des doigts enragés, il allait l’emporter comme sa proie ; elle râlait presque sous les secousses qu’il lui imprimait, il repoussait difficilement la pensée d’affirmer sa virilité par un coup dans son cul, et il la reniflait, comme un porc renifle les immondices, une voix gouailleuse suspendit subitement leurs ébats : Célestin, debout derrière eux, disait :
— À la bonne heure, mes tourtereaux, vous n’avez pas été longs à vous mettre d’accord ! Je suis bien fâché de vous troubler, mais il ne me convient pas de prêter mon appartement à des folies dont je ne dirige pas le programme. Veuillez laisser là votre belle, Monsieur Clément, et trouvez bon qu’à partir de demain et jusqu’à nouvel ordre, je vous interdise l’accès de mon domicile. Quant à vous, ma jolie enfant, j’ai envoyé chercher Félicité, ma bonne et dévouée servante : vous coucherez avec elle, et demain, à la première heure, on vous conduira au chemin de fer. Vous irez auprès de votre respectable et vénéré oncle, continuer la série de vos hauts faits.
— Monsieur Célestin, voulut dire Clément.
— Assez.
Agathe vit partir Clément avec une indifférence plus affectée que réelle ; quand elle sortit du salon pour rejoindre Félicité qui l’attendait, toisant Célestin de la tête aux pieds, elle lui dit :
— Imbécile !
FIN