Tome 2 · Chapitre 9
Cette sortie cachait sa curiosité éveillée par Henry de Beaumelon pour les Moutonneuses, et, à une heure, il descendait chez cet homme que le matin il considérait comme un ennemi.
De Beaumelon le reçut dans le salon, les mains ouvertes.
— Nous serons d’excellents amis, cher voisin, dit-il.
— Cela se peut ! Et vos Moutonneuses ?
— Vous êtes intrigué. Ah, mon cher, un véritable attirail ! Venez par ici.
Il le conduisit dans une pièce à côté, et lui montra un panier fermé et une grande malle.
— Qu’est cela ? interrogea Célestin.
— Probablement les ustensiles, les accessoires, les costumes. On a apporté ces objets tout de suite après votre visite, avec un mot de la Tortillina, me priant de les placer dans l’appartement où elle opérerait avec ses filles, et la recommandation d’étendre un grand matelas avec un traversin qu’elle revêtirait elle-même. Voici le matelas et le traversin.
— Une femme qui traite l’amour et la volupté comme une comédie.
— Comme une pantomime plutôt ! Bah, qu’importe, si elle atteint le résultat !
— Lequel ?
— Et parbleu, celui de provoquer nos ardeurs ! Le plus joli, c’est qu’on doit la recevoir comme si elle venait en visite mondaine, et qu’elle ne fixe… le moment de la représentation qu’après l’échange de quelques banalités, en demandant à passer dans la loge.
— La loge aux pourceaux ! Elle est charmante, votre Tortillina !
Une voiture s’arrêta dans l’avenue devant la porte, et les deux hommes qui, mus par la curiosité, surveillaient d’une fenêtre, virent descendre d’un élégant coupé, avec cocher en livrée, une femme et deux fillettes, lesquelles traversèrent rapidement la chaussée et s’engouffrèrent dans la maison. Le coupé stationna.
— Elle garde sa voiture, observa Célestin avec une grimace.
— Elle est absolument maîtresse de son temps.
On sonnait, et peu après dans le grand salon de réception, où ils se tenaient, on introduisit la Tortillina vêtue d’une toilette de soie noire, pas esbrouffante, au contraire, très collet monté et la flattant à ravir dans sa beauté, dans la souplesse de son corps, s’annonçant merveilleux dans ses formes, et ses deux filles, presque de même taille, toutes les deux costumées en bébés, d’une robe rouge non serrée à la taille, tombant à peine au-dessous des genoux, avec des bas noirs dessinant les petits mollets, un grand chapeau tralala, ombrageant le front et les boucles de cheveux dorés de l’aînée, blonds de la cadette, Dorette et Blondine, d’où Rérette et Didine, les yeux souriants, la tête petite et gracieuse, les lèvres coquettes et mignonnes.
— Madame, Mesdemoiselles, dit Henry de Beaumelon, je vous présente mon ami, monsieur Célestin de Kulaudan, un voyageur intrépide, rarement à Paris, et qui bénit avec moi son étoile, du plaisir de votre visite. Veuillez prendre la peine de vous asseoir.
Célestin s’était incliné, la mère et les deux filles lui adressèrent un gracieux sourire, on s’assit et on parla de la pluie et du beau temps, de la dernière comédie, du scandale du jour, avec une parfaite aisance, de la difficulté d’élever les enfants, et la mère s’étendit en éloges sur ses fillettes.
Il s’écoula ainsi un bon petit quart d’heure, et il n’y avait d’ennui ni chez les uns ni chez les autres, Henry ayant eu la délicatesse d’offrir à ces jeunes demoiselles, un magnifique livre à images, en souvenir de leur visite. Elles l’examinaient avec une joie évidente en jetant de ci, de là, un mot dans la conversation. Enfin, la mère qui s’était dégantée, prononça le fameux mot conventionnel.
— Avez-vous préparé la loge ?
— J’ai suivi vos indications.
— Bon, voulez-vous que nous y passions ?
Instantanément les fillettes posèrent le livre sur le canapé, se débarrassèrent de leur chapeau, comme faisait leur mère, et Célestin, impressionné par l’attitude si naturelle et si correcte de la jeune femme, lui présenta le bras pour suivre Henry, tandis que les deux fillettes bras dessus bras dessous, fermaient la marche.
On arriva au salon où l’on avait rangé le matelas et le traversin ; Henry ouvrit une petite porte et montra une pièce aménagée pour les entrées et les sorties, s’il y avait lieu, et où étaient les objets de toilette nécessaires à la scène qui se préparait.
La Tortillina, aidée de ses filles, tira du panier une grande draperie de velours noir, avec laquelle elle recouvrit entièrement le matelas ; elle enferma ensuite le traversin dans une taie de satin bleu, et alors les portes closes, ces messieurs installés sur des fauteuils vis à vis d’un canapé où étaient assises Rérette et Didine, chacune à une extrémité, elle leur dit :
— Voici l’heure d’être bien sages, chéries, et de dormir, pendant que votre maman va reposer de son côté. Vous ne ferez pas de bruit pour ne pas la réveiller, et elle vous aimera bien.
Elle restaient adossées, les jambes molles, et la Tortillina se dirigea vers le matelas, s’y étendit tout de son long sur le ventre, les bras sous la tête près du traversin, dans la position d’une personne assoupie.
Ces messieurs savaient que, spectateurs, ils n’avaient à intervenir qu’à des moments précis et à mesure qu’ils se sentiraient plus ou moins émoustillés.
La Tortillina, en les voyant tous les deux seuls, dans un sourire leur avait dit :
— Oh, c’est plus difficile quand on est si peu nombreux dans le public, mais on se rattrape par une intimité plus accommodante.
Leur mère, simulant le sommeil, Didine, la plus jeune, coula lentement sur les reins, s’arcbouta sur les jambes, les pieds bien posés sur le tapis, et, par l’effet des jupes très courtes, montra à ces messieurs ses bas enfouis sous un pantalon blanc garni de dentelles, avec un gros nuage de mousseline massé vers les cuisses. Elle appuya les fesses sur le rebord du canapé, saisit la mousseline, la tira en l’air, et, les jambes écartées, exhiba ainsi son ventre, les plis du conin et murmura :
— Rérette, Rérette.
Elle balançait le corps de droite à gauche, et vice versa, lançait des regards en dessous à ces messieurs ; Rérette imita sa manœuvre, et arrangée comme sa sœur, afficha de même ses chairs secrètes.
Le mouvement oscillatoire cessa, elles se reculèrent légèrement, et tout à coup soulevant très haut leurs jambes, saisirent le bout d’un de leurs pieds, découvrant ainsi une bonne partie de leur cul.
Un instant elles demeurèrent immobiles, puis, rabaissant la jambe, se tournèrent l’une vers l’autre, à demi-couchées sur un côté, et s’adressant des agaceries, elles se défièrent à se trousser les jupes.
Soudain elles se dressèrent debout, et chacune saluant un des deux messieurs, s’en approcha timidement, se plaça entre ses jambes.
Henry de Beaumelon et Célestin de Kulaudan étaient blasés ; mais la masculinité parle quand même, lorsqu’on l’agace à propos.
Les fillettes ne bougeaient pas, elles leur souriaient, les effleuraient de leurs jupes ; ils glissèrent la main sous les jupes, leur saisirent les fesses, les pelotèrent, et elles se laissèrent faire.
Quelques secondes ils s’échauffèrent à ce jeu, et voilà qu’elles leur échappèrent, pour courir près du matelas où reposait leur mère.
Là, elles joignirent les mains dans une muette extase devant la structure du corps féminin, se dessinant sous les plis de la robe ; elles tournèrent autour du matelas, simulant l’envie de caresser les courbes du corps, se saisissant par la taille, s’envoyant les mains sous les jupes, se livrant à un rapide chatouillement, se séparant, et tout à coup, Rérette, l’aînée, s’agenouillant près du cul de sa mère, les yeux fixes, porta la main sur la rotondité des formes.
Aux pieds se précipita Didine, et ses mains lentement remontèrent la robe, découvrant les pieds délicats et fins sous des souliers à boucles, la naissance des jambes enfermées dans des chaussettes de soie bleue, des jupons de surah, et sa sœur l’aidant, les jupes de la Tortillina se massèrent sur les épaules, montrant tout son cul, ses cuisses grasses et séduisantes, ses jambes magnifiques de pureté, aucun pantalon n’interceptant la vue.
Les deux fillettes, agenouillées de chaque côté, les mains toujours jointes, semblaient prier et adorer l’astre ainsi révélé ; leurs mains s’y posèrent, elles baisèrent la raie, se redressèrent, et revinrent au canapé, où elles s’assirent pour faire de l’œil à ces messieurs.
Didine, la plus jeune, glissa la tête sous les jupes de sa sœur, celle-ci leva ses jambes en l’air, et entre ses cuisses on aperçut le visage de Didine qui, tourné vers ces messieurs, leur envoyait un baiser.
Rérette, avec ses jambes relevées, évolua pour pivoter sur ses reins, et Didine, lui sortant le cul du pantalon fit signe à Henry de Beaumelon et à Célestin de Kulaudan, de venir l’embrasser, ce qu’ils firent avec empressement.
Les baisers donnés, elles se retrouvèrent sur leurs pieds, se débarrassèrent de leur pantalon, et tendant chacune la main à un des cavaliers, elles les conduisirent devant la croupe et les jambes nues de leur mère.
Là, se plaçant par couple de chaque côté du matelas, elles se troussèrent et appuyèrent les fesses contre la culotte masculine.
Les deux hommes bandouillaient.
Rérette, quittant Célestin à qui elle était échue, tomba sur les genoux, se pencha sur le cul de sa mère, et le dévora de feuilles de roses.
Àcette vue, Henry de Beaumelon sortit sa queue et en chatouilla les fesses de Didine, qui se laissa faire quelques secondes, puis dit :
— Oh, le petit diable !
Cette exclamation suspendit les feuilles de roses de Rérette, et le simulé sommeil de la Tortillina, qui, sans se dégager de sa fille, se souleva sur les coudes, regarda autour d’elle, et, apercevant Didine acculée contre les cuisses d’Henry, se tourna vers elle, l’attira sur le matelas et lui baisa le ventre, puis la lécha au cul là où le contact mâle s’était produit.
Cette scène accomplie, toute souriante, et remarquant qu’Henry bandait, elle dit :
— Elles ont leur sel, mes petites, n’est-ce pas ?
— De véritables artistes dans leur jeu.
— Partagez-vous cet avis, monsieur Célestin, vous qui ne montrez pas vos armes ?
— Pour être cachées, elles n’en sont pas moins dans les meilleures dispositions, vous allez en juger par vous-même.
Il prouva en effet qu’il bandait ferme.
— Excellent, dit-elle, nous allons passer au second acte : l’entr’acte ne se prolongera pas trop, et Rérette viendra aider à ce que l’attente ne vous pèse pas.
Elle se retira avec ses deux fillettes dans la pièce voisine ; Henry et Célestin se réinstallèrent dans leur fauteuil et échangèrent leurs impressions.
Ils n’eurent pas le temps de causer longuement : Rérette, absolument nue, ses cheveux dorés dénoués flottant sur les épaules, apparut, avec une serviette d’avocat sous le bras.
Elle salua gentiment, et, posant la serviette sur une chaise, elle l’ouvrit, en tira des photographies, des cartes, et dit :
— Gracieux messieurs, voici des souvenirs que maman vous offre. Si vous n’avez pas été contents de notre visite, ils vous la rappelleront et vous conseilleront de dire beaucoup de mal de nous ; si, au contraire, vous en avez été satisfaits, ils vous rendront le plaisir dans le rêve.
Les photographies de la Tortillina et de ses filles étaient admirablement exécutées ; ils le reçurent avec joie et voulurent embrasser la distributrice qui y consentit sans trop de façon.
Elle donna deux cartes de visite à chacun d’eux et ajouta :
— Si notre jeu vous a plu, vous pouvez nous recommander à des messieurs honnêtes et riches ; ils écriront à maman avec un mot de vous sur une de ces cartes, et elle décidera s’il convient de leur accorder une visite. Ces cartes vous permettent aussi de demander un rendez-vous chez nous que maman vous fixera dès la réception.
Elle remit encore des petits prospectus, mentionnant toute une série d’exercices et de fantaisies dans le genre de ceux de cet après-midi, faits pour allécher la concupiscence de vieux paillards.
Célestin et Henry l’admiraient franchement dans cette partie pratique de l’exploitation maternelle, et multipliaient leur pelotage.
Elle les salua d’une très jolie pirouette, et se sauva, pour revenir peu après avec sa mère et sa sœur, entièrement nues.
Les deux fillettes, avec de petites ailes attachées aux épaules, conduisaient par la main la Tortillina qui, d’une beauté idéale dans sa nudité, s’approcha d’Henry et de Célestin, les salua très aimablement et dit :
— Des manœuvres de vue, de toucher, de moutonnements, des retards à vos fantaisies, mes chers hôtes, cela vous servirait moins que votre caprice encouragé ; nous vous accueillons, moi et mes filles, suivez votre fièvre, nous nous appliquerons à la diriger dans le sens le plus précis de vos aspirations.
Elle était magnifiquement belle et troublante, mais Célestin pensait à sa petite Rita, Henry avait fait une réelle prouesse la veille, il y eut des badinages, des folichonneries, des agaceries, il n’y eut pas de possession, et la Tortillina dut porter cette séance au compte de ses séances… surtout artistiques.
Payée pour mimer et poser, elle avait l’âme cuirassée et ne pouvait se blesser dans son amour-propre, de ne pas être baisée, alors qu’elle s’offrait. Elle partit dans les mêmes termes de correction et de convenances qu’à l’arrivée.