‹ Des causes de l’infériorité de l’agriculture françaiseChapitre 6 sur 21 · instruction

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L’agriculteur doit posséder des connaissances variées. En agriculture, cette science si difficile, subordonnée à l’influence de facteurs si divers, il appartient surtout de juger sainement ; il faut donc à l’agronome, au vrai agriculteur, ce degré d’intelligence qui n’est obtenu que par le moyen d’une instruction solide et variée. Pour exceller dans l’art cultural, le patricien doit posséder des notions exactes sur des diverses sciences naturelles : telles que la botanique, la physique, la chimie, la mécanique, la géométrie, ensemble d’études, qui tout en développant ses facultés intellectuelles, lui sont chaque jour utiles dans la pratique. Cet ensemble de connaissances, en donnant au patricien un jugement parfait, facilite les conceptions, réduit les hypothèses trop séduisantes à leur juste valeur, délimite le vrai du faux, apprécie le meilleur procédé et déduit toujours dans les opérations hasardées, le meilleur mode d’opération pour en tirer le plus grand bénéfice possible.

L’instruction entièrement agricole serait insuffisante. Il en serait de même d’une instruction purement théorique, car il faut de plus, avant d’adopter une méthode nouvelle, faire des expériences nombreuses sur différents sols et de cet ensemble d’expériences en déduire le vrai résultat, celui que l’on en peut tirer, en pratiquant en grand la culture nouvelle que l’on veut introduire.

Les écoles d’Agriculture ont le précieux avantage, d’offrir un enseignement théorique reposant sur les bases rationnelles de la pratique. En Allemagne, les jeunes gens, après leur sortie des écoles d’Agriculture vont compléter leurs études, en se plaçant chez des propriétaires ou des fermiers, qui les chargent de la direction des travaux. Cet excellent moyen n’est point dans les habitudes françaises, il serait généralement mal accueilli ; pourtant c’est un tort, car il pourrait beaucoup faire pour l’établissement d’une agriculture perfectionnée.

Une cause marquée et trop regrettable d’infériorité, c’est le mauvais mode d’enseignement pratiqué dans toutes nos écoles rurales, fréquentées par des enfants dont plus des 4/5 sont destinés à la culture du sol. On semble s’évertuer à apprendre aux enfants ce qui leur est le moins utile, on en fait de petits savants, de petits clercs d’étude, méprisant leurs camarades et préférant à la conduite de la charrue une petite place de copiste dans l’étude du notaire ou de l’avoué de la ville prochaine. Il y a 3 ans à peine aucune de ces écoles primaires, ne contenait, un seul livre d’agriculture et l’on vivait comme l’on vit encore de cette quiétude parfaite, qui semble prouver que l’on est arrivé à produire le maximum des produits, que l’on demande chaque année au sol.

N’est-ce pas là une erreur profonde, qu’il faudrait dissiper ? n’est-ce pas une plaie bien saignante que cette routine aveugle, qui ne veut pas démordre de ses anciennes traditions ? Que l’on introduise des livres d’agriculture dans les écoles rurales, que l’on consacre un jardin spécial à chaque école pour les expériences à faire et afin de ne pas perdre un temps précieux, que ces expériences, ces leçons aient lieu pendant les heures de récréation accordées aux élèves et l’on verra déjà s’accomplir un petit résultat, résultat d’autant plus certain qu’on stimulera les élèves qui y montreront du goût et de l’assiduité par de petites récompenses.

L’établissement d’écoles d’Agriculture dans chaque département, une au moins par arrondissement, serait le complément d’une telle mesure. Les places en seraient données au concours, et l’enseignement y serait gratuit.

Il y aurait ainsi dans chaque district un centre intellectuel puissant, dont l’influence heureuse se ferait sentir jusque dans les parties les plus reculées. Les agriculteurs, pour la plupart, ne peuvent faire des essais, car ils n’ont pas pour cela l’instruction nécessaire, ni les fonds pour opérer. Ils profiteraient ainsi des expériences faites dans la ferme modèle et dont ils imiteraient l’exemple. Les profits dépassant l’espérance conçue, l’exemple serait bientôt contagieux et gagnerait jusqu’aux parties les plus reculées du territoire.

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