‹ Des variations du langage français depuis le XIIe siècle ou recherche des principes qui devraient régler l'orthographe et la prononciationChapitre 35 sur 46 · CHAPITRE III.

CHAPITRE III.

DU DICTIONNAIRE DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE.

§ Ier.

Voici un livre élaboré depuis deux cents ans par la plus illustre compagnie de France. Il est arrivé à la sixième édition; et, en dehors même de la docte assemblée, que de travaux se sont produits, grammaires, vocabulaires, remarques sur la langue, dont l'Académie n'aura pas manqué de tirer le suc pour embellir et corroborer son propre travail! C'est l'oeuvre collective de quarante immortels; on n'en saurait concevoir d'espérances trop hautes. Voyons pourtant si l'ouvrage répond à tout ce qu'on avait droit d'attendre.

L'Académie, au mot _soupe_, dit: «SOUPE, _potage_, sorte d'aliment, de mets _ordinairement_ fait de bouillon et de tranches de pain, et qu'on sert au commencement du repas.»

L'Académie confond ici le genre et l'espèce. Le potage n'est pas de la soupe; mais la soupe est un potage au pain.

Potage vient de _potare_, boire, parce que c'est un aliment liquide. Du Cange le définit: «POTAGIUM, _potio quævis. Nostri potage vocant jus seu jusculum._» Le potage se faisait de légumes ou de riz: «Attendu que cette année-là fut la disette de pois, féves, et autres légumes dont on fait potage... (_Novæ Galliæ christ._ III, _instr. ad ann._ 1351.)» Dans les statuts du monastère de Saint-Claude, _potagium de riz_, _potagium de grus_ (de gruau). (DU CANGE, au mot _Potagium_.)

Potage est le terme primitif, et fut longtemps le seul. _Soupe_ est tard venu dans la langue.

_Sopa_, en espagnol, est une tranche de pain mince; _soupe_, au XVe siècle, n'avait pas d'autres sens. Le trouvère Cuvelier dit que Duguesclin ne restait à table que le temps nécessaire pour prendre à la hâte un morceau de pain trempé dans du vin:

Onques ne just Bertrand ne dormit nullement, Ne a table ne sist por son repastement, Fors _une soupe en vin_ prendre hasteement.

(_La Vie vaillant B. Duguesclin_, v. 19707.)

Un historien, parlant du cérémonial usité à l'avénement des rois d'Espagne, mentionne la coutume de présenter au nouveau monarque _trois soupes dans un gobelet_. Suivant l'Académie, ce serait donc trois potages?

Ouvrez Tallemant des Réaux, tome V, p. 103. C'est l'historiette d'un grand original appelé Vandy. Un jour, ce Vandy s'en va dîner en ville:--«On servit devant lui un _potage_ où il n'y avait que deux pauvres _soupes_ qui couraient l'une après l'autre.»--Vandy s'efforce d'en attraper une; il n'y peut réussir, car elles fuient dans le bouillon. Alors il appelle son laquais, et se fait débotter; on lui demande quel est son dessein:--«Je veux, dit-il, me jeter à la nage dans ce plat, pour voir si je pourrai attraper cette _soupe_.»

L'Académie cite quantité de locutions où entre le mot _soupe_, qui toutes démontrent la fausseté de sa définition. _Ivre_, _trempé_, _mouillé comme une soupe_, sont des façons de parler très-justes, si la soupe est la tranche de pain plongée dans le bouillon; _ivre comme un potage_ serait absurde.

L'Académie permet de dire «un cheval _soupe de lait_;--un pigeon _soupe de lait_, ou _de plumage soupe de lait_.» Il s'ensuit qu'elle autorise concurremment _soupe_ DE _lait_ et _soupe_ AU _lait_. On peut faire un potage _de lait_, mais la soupe est faite nécessairement de pain, qu'on peut ensuite mettre _au lait_ ou dans du lait. Le moyen âge aurait dit, à couvert de toute équivoque, _soupe_ EN _lait_, comme _soupe_ EN _vin_. La définition de l'Académie semble autoriser _soupe de vermicelle_, _de légumes_, _de semoule_, qui seraient intolérables, puisque dans ce dernier cas la _soupe_ est remplacée par le vermicelle, la semoule, les légumes. Il faut dire alors _potage au vermicelle_.

Je suppose que tout cela était exposé bien au long dans un savant ouvrage que l'âge nous a ravi, et qui se voyait encore, du temps de Pantagruel, dans la bibliothèque de l'abbaye Saint-Victor: c'est le beau traité de frère Bricot, _De differentiis souparum_. On ne saurait trop le regretter[133].

[133] Quelques érudits ont pensé que _soupes_, au pluriel, signifiait ici des _potages_, et qu'ainsi ce titre faisait contre notre opinion.

On répond que rien n'est moins démontré. Il est certain que de tout temps on a connu des soupes de différentes espèces de pains, de gâteaux, etc. Il n'est pas probable qu'un moine, un victorin, ait confondu des choses aussi diverses que la soupe et le potage; mais enfin, supposé que ce malheur lui fût arrivé, ce qu'il est impossible d'éclaircir, nous nous rejetterions sur l'autorité de Regnier. Voici ses vers (l'épigramme est un peu malpropre, c'est pourquoi nous l'avons cachée dans une note):

Cette femme à face de bois En tout tems peut faire _potage_, Car dans sa manche elle a des pois, Et du beurre sur son visage.

Faire potage, mais non faire la soupe: les éléments n'y étaient pas.

_Tailler_, _tremper la soupe_, sont encore des expressions exclusivement applicables au potage au pain, et qui condamnent l'Académie.

On répondra que beaucoup de gens, induits en erreur par l'habitude, entendent par le mot _soupe_ un potage quelconque. Il est vrai; mais l'Académie est-elle instituée pour consacrer ou pour corriger les effets de l'ignorance? Elle est la greffière de l'usage, soit; mais du bon usage. Sa faute en cette occasion est d'autant plus considérable, qu'en terminant son long article, elle met: «_Soupe_ se dit _aussi_ d'une tranche de pain fort mince.» Ainsi voilà l'acception véritable, l'acception unique du mot présentée comme une extension, une exception rare. Il faut espérer que, dans l'édition prochaine du Dictionnaire, cette ligne aura complétement disparu, et que l'erreur régnera sans partage.

Il est clair que confondre la soupe et le potage, c'est ignorer le français plus qu'il n'est permis même à l'Académie française; l'Académie a là fait un article que ne voudrait signer la cuisinière d'aucun académicien. Mais en voilà assez sur la soupe et le potage.

M. Arago a égayé la chambre des députés en citant les définitions mises par l'Académie aux mots _éclipse_, _marée_, _tirer de but en blanc_. Selon l'Académie, _tirer de but en blanc_, c'est tirer en ligne droite. Sur quoi M. Arago observe que l'Académie a trouvé le moyen de tirer un boulet sans qu'il retombe jamais à terre. M. le secrétaire perpétuel a répondu que c'étaient là _des singularités et des distractions_. En ce cas, l'Académie se permet des singularités bien étranges et des distractions bien fortes. Son article _vaisselle_ en offre un curieux échantillon.

L'Académie appelle _vaisselle montée_, la vaisselle «composée de plusieurs pièces _avec de la soudure_; et _vaisselle plate_, celle _où il n'y a point de soudure_.» Il résulte de cette définition que les assiettes de bois sont de la vaisselle plate, car il n'y a point de soudure, non plus qu'à la faïence ni à la porcelaine. Mais attendez! L'Académie a prévu l'objection: «Cela ne se dit que de la vaisselle d'argent ou d'or.» L'expression vaisselle plate n'a jamais pu s'appliquer à la vaisselle d'or, attendu que dans l'espagnol, d'où cette expression est tirée, _plata_ signifie _argent_, et qu'ainsi _vaisselle plate_ veut dire à la lettre _vaisselle-argent_ ou _d'argent_. Comment se fait-il que dans les séances où tous ces articles sont débattus, il ne se soit pas rencontré un seul académicien instruit d'une étymologie si simple! Enfin l'Académie arrive à nous apprendre que vaisselle plate «se dit _aujourd'hui plus particulièrement_ des plats et des assiettes d'argent.» Supprimez le mot aujourd'hui; au lieu de _plus particulièrement_, lisez _exclusivement_, et la phrase sera juste.

Du temps de Furetière, si l'Académie n'était pas plus habile, elle semblait du moins plus soucieuse de l'exactitude; elle s'informait, elle cherchait à s'éclairer. «J'ai remarqué, dit Furetière, que toute l'après-dînée du 18 novembre 1684 se passa à examiner ce que c'étoit qu'_avoir la puce à l'oreille_... Après avoir, pendant trois vacations, fait la définition du mot _oreille_, on en employa deux autres à la corriger, et on trouva à la fin que l'oreille étoit l'_organe de l'ouye_. Cette définition coûte deux cents francs au roi.» (_Second factum_, p. 36 et 37.) Si MM. les académiciens de nos jours étaient aussi scrupuleux, certainement ils eussent rencontré dans Paris quelqu'un capable de leur apprendre au juste ce que c'est que la _soupe_, le _potage_ et la _vaisselle plate_.

L'Académie, avertie par le malin Furetière, a retranché sa définition de l'oreille, mais elle en a composé depuis d'aussi naïves, en sorte que les amateurs du genre n'y perdent rien. Par exemple, il serait intéressant de savoir combien coûte aux contribuables cette définition du _pavé_, qu'on lit dans l'édition de 1835: «PAVÉ, _morceau de grès qui sert à paver_.» Véritablement, le pavé de bois n'est venu qu'après l'édition de 1835.

L'Académie donne _Anspessade_, qui vient de _lancia-spezzata_, sans avertir que c'est mal dit, et que le mot véritable est _lancepessade_. _Lancepessade_ ne se trouve même pas dans le _Dictionnaire de l'Académie_.

Elle permet de prononcer _énivrer_, _énorgueillir_, et consacre la ridicule prononciation _dorénavant_; en sorte que les racines semblent être _é-nivrer_, _é-norgueillir_, _doré-navant_. Il est superflu sans doute de remarquer que _dorénavant_ est pour _d'ore_ (_de maintenant_) _en avant_. On disait mieux autrefois, _dores-en-avant_.

Voici un article encore plus étrange, et dont l'Académie aurait pu s'épargner les frais, car le mot est du vieux langage, dont elle avait déclaré ne vouloir pas s'occuper. Il s'agit du mot _houser_, qui signifie _botter_. L'Académie ne donne que le participe, qu'elle appelle un adjectif: «HOUSÉ, ÉE, adj.; crotté, mouillé. _Il est arrivé tout housé._ _Crotté_, _housé_. Il est vieux.»

Au contraire, il est tout neuf dans ce sens. L'Académie a procédé ici par devinaille et conjecture. Elle paraît avoir cru que _housé_ était pour _bousé_, racine, _boue_; de là son explication.

Il est incroyable de combien de détails inutiles, souvent même déplacés, on a surchargé le _Dictionnaire de l'Académie_. Le mot _chien_ remplit trois colonnes; on y énumère toutes les espèces de chiens, avec leurs qualités: chien sage, chien fou, chien traître, qui mord sans aboyer, etc., etc.; on y trouve jusqu'au chien savant, avec l'explication de ce que c'est qu'un chien savant. L'Académie a pris là beaucoup de peine: mais cette peine était-elle bien nécessaire?

Furetière élevait déjà contre la première édition du Dictionnaire les plaintes que l'on est obligé de reproduire contre la sixième. Il reproche aux académiciens d'avoir été chercher des exemples saugrenus. La délicatesse du choix paraîtra, dit-il, dans les exemples suivants (je saute six lignes, et pour cause): «_Ils font comme les grands chiens_, _ils veulent pisser contre les murailles_; ou bien: _Ils veulent pisser contre les murailles comme les grands chiens_ (agréable variété), en parlant des petits garçons qui veulent faire comme les grands hommes. _Pendant que le chien pisse, le loup s'enfuit._ Voilà des marques du peu de part qu'ont les prélats et les gens de qualité au travail du Dictionnaire, parce qu'il n'y a pas d'apparence qu'ils eussent souffert qu'on y eût mis ces ordures.» (_Second factum_, p. 42.) L'Académie, notre contemporaine, a conservé textuellement ces deux exemples, sauf qu'elle a substitué, dans le premier, _grandes personnes_ à _grands hommes_, et, dans le second, _s'en va_ à _s'enfuit_. Si, d'ailleurs, on en juge par d'autres exemples trop grossiers pour être rapportés, l'argument de Furetière subsiste dans toute sa force: de tout temps, les prélats et les gens de qualité académiciens ont été fort indifférents au Dictionnaire de l'Académie, car leur intervention n'est pas plus sensible dans la dernière édition que dans la première.

Mais ce sont là des bagatelles de détail; passons à quelque chose de plus important, et qui intéresse davantage le fond de la doctrine.

Les mots qui servent exclusivement à nier sont très-rares; chaque langue ne possède guère qu'une seule négation, ordinairement un monosyllabe, avec lequel on transforme des mots de sens positif en d'autres mots de sens négatif.

Les Grecs avaient [Grec: ou], devant une voyelle, [Grec: ouk].

Les Latins, _non_, qu'ils nous ont transmis.

_Nihil_, est une négation artificielle. _Hilum_, était le point noir empreint sur la féve de marais et sur le pois chiche. On l'avait choisi comme le terme de comparaison le plus réduit possible. _Ne hilum_, pas même ce point; et par syncope _nihil_, très-peu de chose, rien.

Les Grecs avaient adopté, pour le même usage, l'expression qui signifie une rognure d'ongle, _gry_. «Mon maître, dit un valet dans Aristophane, ne répond rien, absolument rien, pas même _gry_! [Grec: to parapan oude gry].»

Chez les Français, le terme de comparaison fut longtemps une miette de pain: _Il n'y en a mie_.

Les Italiens du XVIe siècle disaient de même _miga_.

_Mie_ est tombé en désuétude. On y a substitué un _pas_, ou un _point_. Mais ces trois mots, _mie_, _pas_, _point_, sont tous trois positifs, et n'acquièrent la vertu négative que par l'adjonction de _ne_, l'unique négation que possède notre langue.

· · ·

RIEN (_rem_), chose, quelque chose.

Le roi, voyant sa fille guérie par le médecin malgré lui, lui en témoigne sa reconnaissance:

Et dist li rois: Or, sachiez bien Que je vos aim sur _tote rien_.

(_Du Vilain Mire._)

«Que je vous aime sur toute chose.»

El chapel sont trestuit entré, Mais il n'ont _nule rien_ trové.

(_Le Fabel d'Aloul._)

«Quand un soldat, dit Pascal, se plaint de la peine qu'il a, ou un laboureur, etc., qu'on les mette _sans rien faire_.»

(_Pensées de Pascal_, p. 219.)

C'est-à-dire, qu'on les mette sans faire quelque chose.

Beaucoup de gens écriraient aujourd'hui, «_qu'on les mette à rien faire_,» qui exprimerait le contraire; et, ce qu'il y a de pis, c'est que ces gens auraient pour eux l'autorité de l'Académie française, qui, dans sa dernière édition, malgré les réclamations maintes fois élevées à ce sujet, dit encore: «RIEN, néant, nulle chose,» et donne pour exemples à l'appui: _Rien ne_ me plaît davantage; il _n'_y a _rien_ de si fâcheux; je _ne_ demande _rien_; ce _n'_est _rien_, etc., etc.

On parlerait correctement, suivant l'Académie, en disant: Je fais _rien_, je demande, je dis _rien_; car puisque _rien_ contient en soi la négation, pourquoi la répéter, _ne... rien_?

Il y a beaucoup de cas où _rien_ est effectivement négatif, mais c'est en vertu d'une ellipse: Avez-vous _rien_ vu de plus beau?--_Rien._ Le premier _rien_ est positif: Avez-vous vu quelque chose?--Le second est négatif: _Rien_; c'est-à-dire, je _n'_y ai _rien_ vu. La négation est enfermée dans l'ellipse, c'est ce qui fait illusion, et semble attribuer à _rien_ la force négative.

Et comptez-vous pour rien Dieu qui combat pour nous?

Ce vers d'_Athalie_ signifie: Comptez-vous pour _quelque chose_, oui ou non? Le mot _rien_ se prête à l'incertitude; mais essayez une réponse, l'homme pieux dira: Je le compte pour _quelque chose_; l'athée: Je _ne_ le compte pour _rien_. Vous voyez que celui qui veut nier est obligé d'introduire la négation.

M. J. J. Ampère, dont l'opinion sur ces matières doit toujours être consultée, dit: «Originairement _rien_ voulait dire _quelque chose_.» (_Hist. de la form. de la lang. franç._, p. 275.) Je ne crois pas qu'on puisse le regarder aujourd'hui comme ayant un autre sens[134].

[134] M. Ampère ajoute: «_Rien_ est le cas régime de _res_ (chose), qui était le nominatif latin et provençal. Mais ici, comme bien souvent, la forme du régime l'a emporté sur la forme du nominatif, et on a dit _rien_ dans les deux cas, pour _rem_ et pour _res_.» (_Form. de la lang. franç._, p. 275.)

Cette phrase semblerait indiquer qu'on se soit jamais servi de la forme _res_ en français. Assurément ce ne saurait être la pensée de l'auteur. Quant au cas régime _rien_, je n'accorderai pas plus celui-là que les autres. Je crois avoir montré que les substantifs français s'étaient formés, non pas du nominatif, mais de l'accusatif latin (p. 194); _rien_ est donc venu directement de _rem_ par suite de l'usage établi, et nullement par suite d'aucune déclinaison française.

Ainsi, j'expliquerai le mot _asne_ par _asinum_, _asine_, et, en contractant, _asne_; et non, comme le veut M. J. J. Ampère (p. 239), par la métamorphose de l'_u_ en _e_ muet. M. Ampère, pour dériver arbre d'_arbor_, est obligé de poser en règle que l'_o_ final se changeait parfois en e muet; pour tirer _utile_ du nominatif _utilis_, il est réduit à opérer une nouvelle métamorphose de l'_i_ en _e_ muet. Cela fait bien des règles, et qui paraissent improvisées pour le besoin du moment. N'est-il pas plus simple de n'en avoir qu'une? _Arborem_ s'est contracté en _arbre_, et _utile_ vient d'_utilem_, par le seul rejet de la consonne finale.

On m'opposera l'autorité de Molière.

Il semble que Molière ait considéré _rien_ comme un terme négatif. Bélise, expliquant à Martine en quoi consiste le _vice d'oraison_ dont la reprend Philaminte:

De _pas_ mis avec _rien_ tu fais la récidive; Et c'est, comme on t'a dit, trop d'une négative.

Molière ici s'accommode aux idées reçues. Le discours de Martine,

Et tous vos biaux dictons _ne_ servent _pas_ de _rien_,

signifie, à la lettre: Et tous vos biaux dictons ne servent pas de _quelque chose_. Ce qui est irréprochable considéré logiquement. Mais au point de vue de l'usage, c'est autre chose: l'usage défend de réunir, dans la même phrase, _ne_, _pas_ et _rien_, ce dernier servant avec _ne_ à composer une négation complète; _pas_ y est donc superflu. Songez que _pas_ est un substantif, comme _rien_. _Ne_, l'unique négation de notre langue, se construit avec l'un ou avec l'autre:--_Ne_ croyez _pas_;--_ne_ dites _rien_;--mais non avec l'un et l'autre en même temps: _Ne dites pas rien_;--_ne servent pas de rien_.--Il y a double emploi, superfétation. Voilà où est la faute de Martine, faute qui blesse l'usage, une convention, mais nullement la logique, je le répète.

Et cela est si vrai, que Molière lui-même, plus attentif à la logique et au sens des mots qu'à l'usage, est tombé souvent dans le pléonasme de Martine:

CLAUDINE.

«Ah! madame, tout est perdu! voilà votre père et votre mère, accompagnés de votre mari.

CLITANDRE.

«Ah, ciel!

ANGÉLIQUE.

«_Ne faites pas semblant de rien_, et me laissez faire tous deux.»

(_Georges Dandin_, act. II, sc. 10.)

«Je _ne_ suis _point_ un homme à _rien_ craindre.»

(_L'Avare_, act. V, sc. 5.)

«Ce _n'est pas_ mon dessein de _rien_ prétendre à un coeur qui se serait donné.»

(_L'Avare_, act. V, sc. 5.)

«Il _ne_ faut _pas_ qu'il sache _rien_ de tout ceci.»

(_Georges Dandin_, act. I, sc. 2.)

«Mon intention _n'est pas_ de vous _rien_ déguiser.»

(_Ibid._, act. III, sc. 8.)

On en pourrait citer beaucoup d'autres exemples.

Il reste à décider si un pléonasme est un solécisme; pour moi, je n'en crois rien. Un solécisme, proprement dit, blesse non-seulement l'usage, mais encore la raison; or, ce n'est pas ici le cas.

· · ·

AUCUN était primitivement _alque_ (pour _auque_), contracté d'_aliquem_, et signifie _quelque_. (_Voy._ ALQUE, p. 328.)

L'habitude de voir _aucun_ employé dans des tournures négatives, a fait croire qu'il portait en soi la négation, et beaucoup de gens le prennent comme synonyme de son contraire _nul_. Il est fâcheux que l'Académie soit tombée dans ce piége, en disant que _aucun_ signifie _pas un_. On n'est pas surpris de rencontrer de telles erreurs dans le Dictionnaire de M. Napoléon Landais, où elles pleuvent; mais l'Académie se devrait à elle-même d'être un peu plus circonspecte. Comment, sur ces quarante personnes, ne s'en est-il pas trouvé une seule pour faire observer aux autres que, dans les phrases où _aucun_ n'est pas suivi d'une négation, il affirme, comme _aliquis_ en latin, _alcuno_ en italien, et _alguno_ en espagnol? _Aucuns_ ont dit... _aucuns_ ont écrit... C'est _quelques-uns_ ont dit, ont écrit:

Aucuns monstres par moi domptés jusqu'aujourd'hui _Ne_ m'ont donné le droit de faillir comme lui.

(_Phèdre._)

C'est-à-dire, _quelques_ monstres ou _plusieurs_ monstres que j'aurais domptés, _ne_ m'ont donné le droit...

· · ·

GUÈRE, JAMAIS, PERSONNE, sont dans le même cas: ce sont mots affirmatifs qui ne servent jamais à nier qu'en vertu d'une négation exprimée ou sous-entendue.

_Guère_, c'est-à-dire, _beaucoup_:

Avant qu'il soit _guères_, j'entends Qu'en la fin seront mal contens. On les pugnyra, les menteurs!

(_Les Langues esmoulues._)

L'aigle monta chez elle, et lui dit: Notre mort, Au moins de nos enfants (car c'est tout un aux mères), _Ne_ tardera possible _guères_.

(LA FONTAINE.)

A-t-on _jamais_ vu?... A-t-on vu _quelquefois_?

Y a-t-il quelqu'un?--_Personne._ C'est-à-dire, en ôtant l'ellipse: Il _n'_y a _personne_.

Au lieu de _personne_, on pourrait répondre: _Ame qui vive_. Prétendez-vous que _âme qui vive_ soit une négation?

On ne passe qu'à M. Landais de nous dire, dans sa grammaire, que l'_adjectif personne_ signifie _absence de personne_, à peu près comme si l'on disait que _blanc_ signifie _noir_.

Ouvrez maintenant l'Académie, vous y lirez, comme dans la _Grammaire des grammaires_: RIEN, _néant_, _nulle chose_;--AUCUN, _pas un_;--JAMAIS, _en aucun temps_;--GUÈRE, _pas beaucoup_, _peu_;--PERSONNE, _nul_, _qui que ce soit_[135].

[135] _Qui que ce soit_ donné comme équivalent de _nul_! Ainsi, lorsqu'on dit: Qui que ce soit qui vienne me voir, je n'y suis pas, cela veut dire, selon l'Académie: _Nul_ qui vienne me voir, etc. Évidemment, l'Académie avait en tête une phrase de cette forme: Il _n'_y a qui que ce soit; et elle a encore transporté au mot affirmatif la valeur de la négation. Quelle légèreté pour une Académie!

Ces fautes visibles avaient été signalées dans le Dictionnaire de M. Napoléon Landais; il est triste que l'Académie française s'obstine à les reproduire[136].

[136] Ménage dérive _guères_ d'_avarus_; M. Ampère, de l'allemand _gar_, beaucoup.

Ce sont là des fautes _de commission_, et je n'ai pris que la fleur du sujet. La liste des péchés _d'omission_ serait bien plus considérable encore.

Je reçus, il y a quelques jours, la visite d'un jeune Allemand. «J'entends, me dit-il, répéter chaque jour, et par les littérateurs de toutes les écoles, que Molière est le plus parfait écrivain de votre langue, celui qui en a le mieux connu l'étendue et le génie. Sur les autres, on dispute; sur Molière, tout le monde est d'accord. J'ai donc résolu d'étudier Molière, et j'ai acheté exprès pour cela le _Dictionnaire de l'Académie_. Mais je suis bien embarrassé: je n'ai essayé de lire que les deux premières pièces, et j'y rencontre à chaque pas des difficultés de mots que l'Académie n'a pas levées.»

Parlant ainsi, il tira la liste de ces difficultés; en voici un extrait. Dans l'_Étourdi_:

Donnez-lui le loisir de se _désattrister_. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . J'ai grand'peur de vous voir comme un géant grandir, Et tout votre visage affreusement _laidir_; Pour Dieu, ne prenez point de vilaine figure! _J'ai prou de ma frayeur_ en cette conjoncture.

«On ne trouve ni _désattrister_ ni _laidir_ dans le Dictionnaire; et au mot _prou_, il est dit que ce mot ne s'emploie que dans les locutions _peu ou prou_, _ni peu ni prou_.

Trufaldin, ouvrez-leur pour jouer un _momon_.

«Qu'est-ce qu'_un momon_, et _jouer un momon_? L'Académie, au mot _jouer_, n'en parle pas, et j'ai vainement cherché _momon_. Il est pourtant assez fréquent dans Molière, car, en ouvrant le _Bourgeois gentilhomme_, je suis tombé sur ces mots: «Ah! mon Dieu, miséricorde! Quelle figure! est-ce un momon que vous allez porter?»

Mascarille est un fourbe, et fourbe _fourbissime_.

«Qu'est-ce que _fourbissime_?

Et bien _à la malheure_ est-il venu d'Espagne, Ce courrier que la foudre et la grêle accompagne!

«_A la malheure_ ne se trouve pas dans le _Dictionnaire de l'Académie_; on n'y trouve que _malheur_, substantif masculin.

«Ce dictionnaire m'assure que _parmi_ ne se met qu'avec _un pluriel indéfini_; que _dedans_, _dessus_, _davantage_, sont des adverbes; or, je lis dans Molière que les ouvriers d'une maison,

_Parmi les fondements_ qu'ils en jettent encor, Auraient fait par hasard rencontre d'un trésor. . . . . . . . . . . . un trésor supposé, Dont _parmi les chemins_ on m'a désabusé. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Mon argent bien-aimé, rentrez _dedans ma poche_.

Le bonhomme, tout vieux, chérit fort la lumière, Et ne veut point de jeu _dessus cette matière_. Oui, vous ne pourriez pas lui dire _davantage Que_ ce que je lui dis pour le faire être sage.»

L'Académie, lui dis-je, a raison, en ce sens que ces mots, jadis employés comme prépositions et comme adverbes, sont aujourd'hui adverbes exclusivement; mais elle a tort de n'avoir pas averti du changement survenu dans la langue à cet égard.--Sans doute, dit mon jeune Prussien; l'Académie a l'air de déclarer que Molière ne savait pas le français.

«Mais voici deux passages terribles que je vous prie de m'expliquer:

Et là _premier que lui_, si nous faisons la prise, Il aura fait pour nous les frais de l'entreprise.

(_L'Étourdi_, act. III, sc. 7.)

_Sans que_ mon bon génie au-devant _m'a_ poussé, Déjà tout mon bonheur eût été renversé.

(_Ibid._, act. I, sc. 11.)

«Je ne comprends absolument rien à l'un de ces exemples, et il me semble que dans l'autre il y a une faute d'impression, et qu'on doit lire, Sans que mon bon génie au-devant _m'eût poussé_.--C'est ainsi que le veulent toutes les grammaires et le _Dictionnaire de l'Académie_ au mot _Sans_.

«--Vous vous trompez. _Sans que_, construit avec l'indicatif, a un sens tout particulier, et les vers de Molière signifient: _Si mon bonheur ne m'eût poussé au-devant_. La Fontaine a dit de même:

_Sans que_ je crains de commettre Géronte, Je poserais tantôt un si bon guet...

(_La Gageure des trois Commères._)

C'est-à-dire: Sans cette circonstance que je crains de commettre Géronte; ou: Si je ne craignais de commettre Géronte. _Premier que lui_ veut dire _avant lui_. Ce sont deux idiotismes aujourd'hui perdus, dont le premier surtout était précieux pour la poésie, car il substituait une tournure brève et rapide à la forme traînante qui emploie le conditionnel. Rien n'est plus commun que ces façons de dire chez les auteurs du commencement du XVIIe siècle. Il a plu à l'Académie de les rayer de son dictionnaire; elles ont péri bientôt dans l'usage.

«--Voilà un beau privilége qu'a votre Académie, de prévaloir sur des gens comme la Fontaine et Molière! Il est vrai que Molière ne fut pas académicien. L'Académie peut donc faire que des écrivains qui étaient à la tête de leur siècle, et sont restés la gloire de la France, se trouvent, par un effet rétroactif, n'avoir pas écrit en français? Je ne m'étonne plus de l'obstination de certains auteurs vivants à écrire en baragouin; ils ont la chance de devenir quelque jour, par l'autorité de cette même Académie, des modèles de style; au lieu qu'en écrivant la langue du temps de Louis XIV, ils se verraient en naissant mis au rebut.»

Croit-on que les expressions de Molière ne valussent pas la peine d'être recueillies autant, pour le moins, que _carroter_, _carroteur_ et _percer les nuits_, c'est-à-dire, les passer au jeu ou à l'étude?

N'eût-il pas mieux valu recueillir des expressions consacrées par les chefs-d'oeuvre du siècle de Louis XIV, que les néologismes barbares inventés par la tribune politique et les journaux? Par exemple, _sous le rapport de_, pour exprimer _par rapport à_. L'Académie a-t-elle jamais rien vu sur ou sous un rapport? Un rapport est une abstraction; comment peut-on être placé dessus ou dessous? Vous me dites que monsieur un tel est un homme très-distingué _sous le rapport de la science_, _sous tous les rapports_. Qu'est-ce que le rapport de la science? qu'est-ce que tous les rapports? rapports à quoi? Comment se figurer quelqu'un distingué sous tous les rapports? Dites-moi qu'il est distingué à tous égards, je vous comprendrai: _égard_ est ici pour _regard_, qu'on employait autrefois dans cette locution: _au regard de_... Un homme distingué à tous les _regards_, sous tous les aspects où on le peut envisager, m'offre une image claire et sensible. Un homme distingué par rapport à la science me satisfait également: je rapproche l'idée de cet homme de l'idée de science, et de ce rapport jaillit une troisième idée, celle de la distinction. Fort bien! Mais _un homme distingué sous tous les rapports_ ne sera jamais, en dépit de l'Académie, qu'une phrase du plus abominable jargon.

· · ·

Quel but s'est proposé l'Académie on rédigeant son dictionnaire? D'aider à l'intelligence des bons auteurs? Eh bien! je défie un étranger d'entendre Corneille, Molière, la Fontaine ni Pascal, avec le secours du Dictionnaire de l'Académie.

A-t-elle voulu fixer la langue et en consacrer le bon usage? C'est à merveille; mais où prend-elle ses autorités? Ce n'est pas au moins dans nos grands écrivains, car elle les traite avec un visible mépris, omettant la moitié, ou plus, de leurs termes, et frappant de réprobation un bon quart de leurs façons de dire. Il se trouve aujourd'hui que ceux qui ont fait le français n'ont pas su le français, ne parlaient pas français! Et cela n'empêche pas l'Académie de les recommander en toute occasion comme de parfaits modèles; elle les déclare inimitables: c'est apparemment parce qu'elle les trouve inimitables qu'elle défend de les imiter?

Tel est ce livre auquel un corps de quarante membres, l'élite de la littérature, travaille depuis deux cents ans, et qui coûte des millions à la France.

· · ·

Il n'a pas manqué de gens qui, avec des ressources infiniment moindres, ont essayé de compléter le travail de l'Académie. Malheureusement, en fuyant Charybde, ils se sont engouffrés dans Scylla. L'Académie péchait par indigence, ils périssent accablés sous le luxe. La bégueulerie académique avait repoussé une foule d'expressions de nos meilleurs écrivains; ceux-ci ont recherché jusqu'aux mots les plus bas et les plus honteux de l'argot des voleurs, jusqu'aux barbarismes les plus obscurs à la fois et les plus effrontés. Ils ont eu si peur d'un choix arbitraire, qu'ils ont tout admis indistinctement; comme si un dictionnaire, un livre quelconque, pouvait être fait sans critique, et dispenser l'auteur d'avoir du discernement! La langue française, même prise dans cette étendue, ne leur a pas suffi: ils ont mis à contribution toutes les langues anciennes et modernes, le latin et le grec, l'anglais, l'allemand, l'espagnol, l'italien. On trouve jusqu'à du turc dans M. Landais, dont le dictionnaire français serait mieux intitulé _Dictionnaire de la tour de Babel_. C'est là qu'on apprend à connaître le verbe _diatessaroner_, l'adjectif _acamalos_, et les substantifs _cobale_, _artien_, _fiolant_, _etc., etc._[137].

[137] _Diatessaroner_, c'est, en grec, employer une succession de quartes en musique; _acamatos_, et non _acamalos_, signifie, dans la même langue, _infatigable_. Un _cobale_ est un bouffon; un _artien_, un écolier de philosophie; un _fiolant_, un homme qui fait le brave. L'auteur n'a pas reculé devant les termes de la plus sale débauche. Dans son livre _De l'Instruction publique_, il appelle les études universitaires, qui n'enseignent pas ces belles choses, _des âneries de grec et de latin_; les colléges de l'université, _des cloaques_; et il espérait voir bientôt les professeurs de l'université _mourir de faim_: il n'a pas assez vécu lui-même pour goûter ce plaisir.

Le _Complément_, publié par MM. Didot, ne tombe pas précisément dans ces extravagances: c'est, à beaucoup d'égards, un livre précieux et nécessaire; mais on peut encore lui reprocher un plan si vaste qu'il est impossible d'en saisir les limites, et que cela équivaut à l'absence de plan.

A quoi bon donner, dans un dictionnaire français, _Puteal_, _Bidental_, _Epulum_, _Lacunar_, _Laquear_, etc.; ramasser dans Homère, Virgile, Ovide, dans toute la grécité et la latinité les épithètes et les noms patronymiques, par exemple: _Lampouris_, surnom d'Ulysse; _Boopis_, surnom de Junon; _Mammosa_, épithète de Cérès; _Bicorniger_, épithète de Bacchus; _Othryadès_, _Pelidès_, _Laertiadès_? A quoi bon dépouiller le _Gradus_ et le dictionnaire latin, surtout lorsqu'on ne doit pas même être complet en ce genre? On a omis _Pallantiadès_ et bien d'autres.

Qui est-ce qui s'avisera d'aller demander à un dictionnaire français les titres de tous les ouvrages grecs ou latins? «_Propempticon_, titre de la seconde silve de Stace adressée à Métius Celer.» Voilà un renseignement bien placé! Je trouve les mots _Rudens_, _Mostellaria_, accompagnés de cette explication, _titre d'une comédie de Plaute_, et je cherche vainement _Curculio_ et _Epidicus_; vous inscrivez l'_Aululaire_, et vous passez sous silence l'_Asinaire_: pourquoi cette inconséquence? Dès que vous donniez un de ces titres, vous vous obligiez à les donner tous; à mentionner chaque traité de Sénèque, de Lucien, de Plutarque, d'Aristote et de Platon; chaque discours de Cicéron; chaque poëme d'Ovide; chaque comédie d'Aristophane, de Ménandre, de Térence: on sent où ce détail conduisait! Mais, loin de s'en effrayer, les auteurs du _Complément_ ont encore compliqué la difficulté en s'imposant la tâche de recueillir aussi les noms propres, tâche mal remplie, et qu'il était impossible de remplir bien.

Le rédacteur en chef de ce livre se vante, dans son introduction, d'offrir 30,000 mots de plus que tous les dictionnaires connus jusqu'à ce jour, et d'avoir atteint un total de CENT MILLE mots!... Il y a bien de quoi se vanter, en effet! A quel prix est-il arrivé à ce chiffre? Il a été jusqu'à enregistrer le nom baroque forgé par Plaute pour un personnage de comédie! Avouez que c'est un singulier mot français que THÉSAUROCHRYSONICOCHRYSIDÈS!

_Catabaucalèse_ n'est guère moins étrange. Catabaucalèse s'appelle la chanson avec laquelle les nourrices grecques endormaient les petits enfants. Les archéologues et les antiquaires n'auront pas besoin de chercher ce mot dans le dictionnaire français, et les autres, qui ne le connaissent pas, ne s'aviseront jamais de le chercher nulle part.

A l'article _Alcmanicon_ (devrait-il y avoir un article _Alcmanicon_?), il est dit que c'est une figure familière au poëte Alcman: on en cite un exemple en grec, et l'on ajoute: «Eustathe lui donne l'épithète de _Proépizeuxis_.» Est-il possible d'imaginer de l'érudition plus hors de propos?

Mais on voulait arriver à CENT MILLE MOTS!

Par l'application du même système, on a été conduit à insérer dans un dictionnaire français, _Niebelungen_, _Heldenbuch_, _Narrenschiff_, _Morgengabe_, etc.

Pourquoi donner _pronunciamento_, _estatuto real_, _ayuntamento_, _carcere duro_, _romancero_? Est-ce parce que ces mots se rencontrent quelquefois dans les gazettes et dans quelques livres spéciaux? Sont-ils devenus français pour cela? En ce cas, vous n'avez pas besogne faite! Pourquoi omettez-vous _Abanico_, _Deleytar_, _Vivere_, _Coucaratcha_, dont on a fait des titres de romans? Si vous vous engagiez à expliquer tous les mots étrangers dont la puérile affectation de quelques auteurs enlumine leurs pages, le seul M. Victor Hugo, avec sa seule _Notre-Dame de Paris_, vous met sur-le-champ en défaut. A ne considérer que les titres de ses chapitres, nous l'y voyons parler quatre langues: grec, latin, italien et espagnol. Comment, avec votre dictionnaire, puis-je entendre le fameux _Ananké_ ou _besos para golpes_;--_la creatura bella bianco vestita_;--_lasciate ogni speranza_;--_immanis pecoris custos_;--_abbas beati Martini_? et tout cet allemand répandu à profusion dans _le Rhin_? car M. Victor Hugo est l'écrivain polyglotte par excellence.

Je lis dans le _Ruy Blas_:

_Ce bois de calembour_ est exquis... Portez cette cassette _en bois de calembour_ A mon père, monsieur l'électeur de Neubourg.

J'ai la douleur de ne trouver le bois de calembour ni dans le Dictionnaire de l'Académie, ni dans le _Complément_. Je ne puis croire que M. Hugo ait créé une nouvelle essence de bois, uniquement pour en fabriquer une cassette à l'électeur de Neubourg. Vous me faites perdre là une intention du poëte, et peut-être une des plus profondes.

Après les mots étrangers, antiques ou modernes, le _Complément_ a recueilli avec soin les barbarismes à forme française, _ingracieux_, _ingrammatical_, _inamoureux_, _indispot_, _injudideux_, _ingoûté_, _inoisif_, _indulger_ (_traiter avec indulgence_). Cette catégorie féconde a contribué le plus à parfaire le glorieux nombre des CENT MILLE MOTS!... Mais ici ces Messieurs m'arrêtent: nous ne reconnaissons pas de barbarismes. Nous faisons un lexique tout exprès pour y consigner les mots qui ont été, ne fût-ce qu'une fois, écrits ou prononcés. Ainsi, il a plu à M. Nodier de faire _laxité_: _la laxité du style de Cicéron_; il a plu un jour à M. Ch. Pougens de dire _mordillage_, quand il avait à son service _mordillement_; Laujon a créé _redanser_, dont personne n'a fait usage après lui; n'importe: nous nous empressons d'enregistrer _laxité_, _mordillage_ et _redanser_; nous ne cherchons pas ce qui est bien, mais ce qui est, n'importe comment. Autrefois les écrivains suivaient le dictionnaire et la grammaire; sottise! Aujourd'hui les écrivains s'élancent en avant, et le dictionnaire et la grammaire courent à perte d'haleine derrière eux, pour ramasser ce qu'ils laissent tomber avec intention ou par mégarde. Voilà le progrès. Nous aurons dans peu une grammaire et un vocabulaire pour chaque écrivain. On a déjà publié une grammaire d'après les écrits de M. Hugo, grammaire sérieuse, grammaire à part, où l'auteur a enfin _réhabilité l'interjection_, et _restitué à cet oiseau-mouche du langage son rang à la tête des neuf parties du discours_; maintenant nous faisons un dictionnaire d'après l'autorité de quiconque parle ou écrit, et cette oeuvre de tout le monde ne peut manquer d'être bien accueillie par tout le monde.

Un dictionnaire rédigé dans cette idée, présente un avantage et un inconvénient essentiels. L'avantage, c'est que le livre doit être complet; l'inconvénient, c'est qu'il ne peut jamais l'être. Il l'était, je suppose, le jour de son apparition; il ne l'est plus le lendemain, car dans l'intervalle on a joué _les Burgraves_, et le _Complément_ ne donne pas le mot _Burgrave_.

Le marquis Legendre de Saint-Aubin s'est donné, dans le siècle dernier, beaucoup de mal pour rassembler, dans son _Traité de l'Opinion_, toutes les opinions qui ont régné sur la terre. C'est une compilation très-bien exécutée, qui est tombée à plat et très-légitimement, car l'ouvrage est très-inutile. Il ne s'agit pas, dit à ce propos Voltaire, de savoir tout ce qu'on a pensé, mais ce qu'on a pensé de bien. De même il ne s'agit pas ici de savoir tout ce qu'on a dit, mais ce qu'on a eu raison de dire.

On s'est arrêté à ces détails sur le _Complément_, parce qu'il vaudrait la peine d'un examen autant que le _Dictionnaire de l'Académie_; parce que c'est dès aujourd'hui un livre utile, le meilleur en son genre, sans comparaison, et que des améliorations successives doivent l'amener à un point très-satisfaisant. C'est un devoir de dire leurs vérités aux gens susceptibles de s'amender; aux autres, ce serait temps perdu.

MM. Charassin et Ferdinand François ont eu l'idée d'un ouvrage remarquable: c'est un _Dictionnaire des racines et dérivés_, où les mots sont rangés par familles. Cet ouvrage, exécuté avec une sobriété judicieuse et pleine de talent, est peut-être ce qu'on saurait faire de mieux pour le matériel de notre langue. C'est là qu'on la voit réduite à ses éléments, et que l'on peut prendre une juste idée de ses procédés et de ses ressources.

Combien de mots renferme notre langue? Cette question mène à des calculs assez curieux.

MM. François et Charassin en reconnaissent VINGT-DEUX MILLE, tant racines que dérivés, qui suffisent à tout. Le reste n'est que barbarisme et superfétation.

L'Académie a découvert VINGT-HUIT MILLE mots;

Les auteurs du Dictionnaire de Trévoux, SOIXANTE MILLE (dont trente-huit mille à peine usités);

M. Laveaux se borne à CINQUANTE-SEPT MILLE;

M. Gattel atteint SOIXANTE-DOUZE MILLE;

M. Raymond s'enorgueillit de QUATRE-VINGT MILLE;

M. Boiste pousse à CENT DIX MILLE!

M. Napoléon Landais triomphe de tout le monde sur un amas de CENT QUARANTE MILLE mots!

Encore n'a-t-il pas mis _thésaurochrysonicochrysidès_!

§ II.

Voltaire écrivant à Damilaville lui parle du Dictionnaire de l'Académie: «Les étrangers se plaignent qu'il est sec et décharné, et qu'aucun des doutes qui embarrassent tous ceux qui veulent écrire n'y est éclairci. Il est triste que nous ne puissions parvenir à donner un dictionnaire tel que ceux de la Crusca et de Madrid.»

(Du 28 mai 1762.)

Le jour même où il fut saisi de la maladie qui l'emporta, Voltaire devait lire à l'Académie le plan d'un dictionnaire.

Voici ce plan, tel que M. Beuchot, le modèle des éditeurs, l'a copié sur l'original de la main de Voltaire.

PLAN.

«On propose de faire un dictionnaire qui puisse tenir lieu d'une grammaire, d'une rhétorique, d'une poétique française.

«Chaque académicien se chargera de la composition d'une lettre.

«A chaque mot de cette lettre on apportera l'étymologie reçue et l'étymologie probable de ce mot.

«Les diverses acceptions de ce mot, les exemples tirés des auteurs approuvés depuis Amyot et Montaigne.

«On remarquera ce qui est d'usage et ce qui ne l'est plus; ce que nos voisins ont pris de nous, et ce que nous avons pris d'eux.»

· · ·

Lorsque l'Académie voulut, il y a quelques années, s'occuper d'une nouvelle édition de son Dictionnaire, son premier devoir n'était-il pas de consulter le plan de Voltaire et de le suivre, sauf à le compléter, s'il y avait lieu, en raison du progrès des études de linguistique?

Mais on n'y songea même pas; et, loin que l'Académie se montre en 1835 en avant du plan tracé en 1778, c'est au contraire ce plan qui se trouve encore aujourd'hui fort en avant de l'Académie.

Que dire, par exemple, d'un dictionnaire rédigé au hasard, sans qu'on ait pris la précaution d'en poser les bases, et d'en fonder l'autorité sur une liste d'ouvrages qui auraient servi de _textes de langue_? Et cela quand on avait sous les yeux l'exemple de la Crusca et la recommandation expresse de Voltaire! La primitive Académie avait commencé par arrêter cette liste, que Pellisson nous a conservée; et l'Italie a profité d'une idée française, que la France n'a pas même su reprendre pour en tirer parti à son tour.

Voilà comment il se fait que Molière, la Fontaine, Pascal et la Bruyère ne parlent pas français, par arrêt de l'Académie française; et comment les décisions contenues au Dictionnaire de l'Académie doivent avoir force de loi, sur la simple garantie du titre.

Le plan de Voltaire est resté jusqu'ici le meilleur, le plus complet, et le seul raisonnable. Seulement, le progrès des études veut que le point de départ, que Voltaire fixait à Montaigne, soit reculé jusqu'à l'origine de la langue, et qu'ainsi l'exécution du travail ait lieu en deux parties.

La première comprendrait un vocabulaire de la langue du moyen âge, depuis le XIe siècle, date des plus anciens monuments, jusqu'à l'entrée du XVIe, où la langue se renouvelle: cinq cents ans.

La seconde partie irait depuis l'entrée du XVIe siècle jusqu'au milieu du XIXe: deux cent cinquante ans.

On aurait ainsi en deux volumes toute la vieille langue et toute la langue moderne. On pourrait, à l'aide de ce dictionnaire, remonter la langue française jusqu'aux sources, ou bien la descendre, en observant les changements survenus sur les rives, et qui ont déterminé les sinuosités du cours.

Pour la première partie: dresser un catalogue de textes par ordre chronologique, où ne seraient admis, pour éviter l'erreur, que ceux dont on connaîtrait sûrement l'âge et l'origine. On en ferait ensuite des _index_, d'où l'on tirerait la matière du dictionnaire, ayant soin d'accompagner chaque mot de son étymologie et de nombreux exemples, mais surtout d'exemples datés; en sorte qu'on saisirait chaque mot à son entrée chez nous, et on ne le laisserait aller qu'avec son acte de naissance et son passe-port.

Ce travail n'est pas, à beaucoup près, si long ni si difficile qu'il le paraît. Les _index_ y seraient d'un secours rapide et incalculable. Si le gouvernement avait exigé des _index_ aux textes anciens qu'il a fait publier, la besogne, serait aujourd'hui bien préparée. Faute de cette précaution, pourtant bien simple, l'utilité de ces publications se trouve restreinte des trois quarts. Par exemple, un bon index où seraient dépouillés fidèlement la _chanson de Roland_, le _livre des Rois_, le commentaire sur Job et les sermons de saint Bernard, nous fournirait le noyau de la langue française; il n'y aurait plus qu'à guetter les accroissements successifs qui l'ont grossi. Ce n'était pas un grand surcroît de peine à l'éditeur, et c'eût été pour le lecteur studieux une différence prodigieuse.

Voltaire voulait les étymologies, avec raison. L'étymologie tient à l'histoire politique et morale de la nation, et renferme le secret de la langue. L'Académie n'en donne aucune, parce que, dit sa préface, c'est un travail qu'il ne faut point essayer à demi. Mais c'est là un tour de rhétorique. La maxime est leste et commode pour se dispenser d'un embarras, ou pallier quelque chose de pis. Comment! parce que sur vingt-huit mille mots il y en aura le quart dont l'étymologie vous échappe, il faut que j'ignore les trois autres quarts[138]? Parce que vous ne pouvez payer la dette entière, vous vous croyez autorisé à me faire banqueroute du tout! Et vous venez de sang-froid me proposer ce beau principe! En vérité, c'est une étrange doctrine pour une Académie! Je doute qu'aucun créancier l'acceptât de son débiteur: Eh! mon ami, paye-moi toujours ce que tu pourras: je t'attendrai pour le reste.

[138] Cette proportion est très-exagérée, à dessein; car il ne serait besoin que de l'étymologie des racines.

Mon fils n'a pas en lui l'étoffe d'un Jean-Jacques ni d'un Montesquieu; il est donc inutile de lui faire apprendre à lire et à écrire. Que penseriez-vous d'un père qui raisonnerait de la sorte? Il serait hué par les marmots des frères Ignorantins.

Mais il faut se garder d'un autre excès. Prenant au pied de la lettre la maxime de l'Académie, M. Napoléon Landais s'est cru tenu de fournir toutes les étymologies, celles même qu'il ignorait. C'est pour remplir cet engagement imaginaire qu'il dérive _croup_ de _roupie_, et _spencer_ de _sphincter_. Il prétend que _spencer_ est un mot corrompu, et veut qu'on dise, sans corruption: _un sphincter bleu_; _voilà un beau sphincter_; _mon sphincter est à raccommoder_. Je doute qu'il obtienne cela des dames. Il vaut mieux s'abstenir que de donner de pareilles étymologies, comme il vaut mieux rester débiteur de quelque chose que de s'acquitter en recourant à la fausse monnaie.

· · ·

Le second volume reproduirait exactement le plan du premier. J'y voudrais la même fidélité aux dates de l'apparition des mots, le même zèle et les mêmes scrupules pour l'étymologie, la même abondance d'exemples. Les explications grammaticales ont l'inconvénient d'être diffuses, lourdes et obscures; au lieu que l'esprit le plus ordinaire saisit sans effort une analogie qui le frappe. Ainsi, moins d'explications, et plus d'exemples. La pédanterie n'est bonne qu'à assommer les gens; il faut donc la fuir tant qu'on peut, surtout dans les matières où elle paraît le plus inévitable. Je voudrais qu'un dictionnaire offrît une lecture intéressante par le choix et le rapprochement des citations; que ce fût un livre de littérature et de chronologie, presque autant que de scolastique.

Vous me direz que cela entraînerait bien loin. Non; car je me ferais de la place en écartant beaucoup de choses qu'on a fait entrer dans les dictionnaires compilés de nos jours. Il s'agit, avant tout, de savoir ce que nous voulons faire: Une histoire des mots si exacte qu'elle éclaire toutes les époques de la langue. Cela posé, je supprime comme superfétation tout ce qui ne va pas directement à ce but.

Je ne mettrai pas au mot _Jésuites_ un long abrégé de leur histoire depuis saint Ignace jusqu'à leur chute; ni au mot _Proposition_ l'histoire des cinq propositions de Jansénius, avec les dates; ni à DANSE un article comme celui-ci: «_Danse d'ours_, composition dans laquelle on cherche à imiter les airs de musette. Dans une _danse d'ours_, les basses ronflent en pédale, tandis qu'un hautbois ou un violon exécute à l'aigu un air villageois. La finale de la seizième symphonie d'Haydn est une _danse d'ours_.» C'est divaguer. De quoi sert au mot _Jésus_ la nomenclature de toutes les institutions religieuses où ce nom se trouve associé? Je n'aurais même pas le mot _Jésus_, ni aucun nom propre, attendu qu'ils ne sont pas plus d'une langue que d'une autre[139]. Cela me dispenserait de résumer sous le mot _Ossian_ toutes les querelles pour et contre l'authenticité des poésies gaëliques. En un mot, je bannirais de mon plan la Géographie, la Mythologie et l'Histoire, dont on a encombré le _Complément du Dictionnaire de l'Académie_. Un dictionnaire n'est pas fait pour tenir lieu d'une bibliothèque. Par cette raison, je ne me piquerais pas d'entasser dans le mien la technologie complète des arts et métiers, les faunes, les flores, la nomenclature chimique, etc., etc. Je me contenterais des termes généraux qu'on est exposé à rencontrer dans les livres ou dans la conversation; le surplus appartient aux vocabulaires spéciaux, et reste en dehors de la langue proprement dite.

[139] Un livre infiniment précieux serait un dictionnaire universel des noms propres ramenés tous à des noms communs. Ce serait un trésor pour la linguistique.

Les proverbes sont dans le même cas: ils valent la peine d'être recueillis à part. Je ne les voudrais pas exclure lorsqu'ils se présenteraient naturellement et à propos; mais je fuirais la prétention d'être complet sur ce point, d'autant qu'on ne l'est jamais.

Il existe une quantité de proverbes niais, bas, ridicules, et peu connus: «Il a mangé des oeufs de fourmis;--il est fait comme quatre oeufs,» et bien d'autres que je trouve dans le _Complément_. Est-ce là la langue française? La plupart des proverbes roulent sur une métaphore. Je tiendrais avant tout à donner le sens propre de chaque mot, d'où l'esprit descend de lui-même au sens figuré, parce qu'il n'y a rien de plus naturel que les figures. Le sens propre, au contraire, n'existant qu'en vertu d'une convention, c'est celui qu'il importe de déterminer et de fixer.

Ce principe admis retrancherait encore une foule de détails parasites. J'ai déjà dit que l'article _Chien_ du _Dictionnaire de l'Académie_ avait trois colonnes _in-quarto_; l'article _coeur_ en a cinq. Évidemment, c'est trop: il y a du luxe. J'aurais voulu réduire ce _chien_ des deux tiers, et encore j'y aurais observé que Racine, l'industrieux Racine, comme l'appelle Voltaire, a su faire entrer _chien_ dans le style de la tragédie:

Les _chiens_ a qui son bras a livré Jézabel... Dans son sang inhumain les _chiens_ désaltérés...

Pour introduire cette remarque, je n'aurais pas hésité de supprimer: «Il est fait à cela comme un chien à aller nu-tête!» En faveur de qui cette citation? Il n'y a là aucune difficulté qui tienne à la langue; il n'y en a d'aucune espèce.

Il n'est que trop aisé d'enfler un livre ou un article. En toute chose, le mérite est moins grand d'atteindre au nécessaire que de savoir s'y tenir. Je vous remercie de m'expliquer ce que c'est que le chien d'un pistolet; quant au chien savant, je vous en tiens quitte.

Mettez le mot _cul_, puisqu'il est français; mais croyez-vous bien nécessaire d'expliquer, même à un étranger, ce que c'est que _baiser le cul à quelqu'un_, et le sens moral de ce précepte: _Il ne faut pas péter plus haut que le cul_? N'est-ce pas ici le cas de dire, avec la comtesse d'Escarbagnas: Cela s'explique assez de soi? Le _Dictionnaire de l'Académie_ est trop riche de pareilles superfluités, qui sont les immondices du langage.

Passons aux définitions. L'Académie, qui a repoussé les étymologies, admet les définitions, et pourtant elle semble professer à l'égard des unes et des autres la même doctrine: qu'il faut ou n'en point donner, ou les donner toutes. C'est une erreur; car comment et à quoi bon définir la lumière, le feu, l'âme, le soleil? _etc._ Le premier tort de pareilles définitions, c'est d'être inutiles; le second, d'être inexactes ou trop naïves. Rien n'est plus difficile qu'une bonne définition. Il ne faut donc pas s'y risquer légèrement; encore moins doit-on s'y étendre au delà du nécessaire. L'Académie définit le _coeur_: «Viscère qui est le principal organe de la circulation du sang, et qui est situé dans la poitrine.» Cela suffisait; mais elle ajoute: «Il consiste en un muscle creux, dont la forme est à peu près celle d'un cône renversé, légèrement aplati de deux côtés, arrondi à la pointe, et ovoïde à la base.» Cette description anatomique est de trop; ce n'était point là sa place. Au contraire, à l'article _Moulin_, je vois _moulin à vent_, _moulin à foulon_, sans aucune explication ni description. Les étrangers qui n'ont pas de ces moulins dans leur pays, auraient été peut-être aussi curieux de les connaître que d'apprendre la structure du coeur. Il est vrai qu'on leur explique ce que c'est qu'un _moulin à paroles_.

Au mot _cul_ (pardon, lecteur), l'Académie française définit l'objet; elle en donne même deux définitions à choisir. En bonne foi, n'est-ce pas trop de deux? Passe encore pour le _coeur_.

Voltaire, dans son projet, ne mentionne pas les définitions. Sans doute il ne les eût pas rejetées absolument, comme aussi ne s'en fût-il pas fait une loi. Il se fût réservé de juger l'opportunité.

Quant à vouloir noter la prononciation, c'est une puérilité qui ne soutient pas l'examen. En vertu de quelle règle y procéderez-vous? En quoi _Kotizâcion_, _Bourguoignie_, _Èlelipece_, sont-ils plus exacts que _Cotisation_, _Bourgogne_ et _Ellipse_? Convention pour convention, j'aurai encore plutôt fait d'apprendre les valeurs de l'orthographe publique, que d'étudier l'orthographe privée de M. Landais, qui ne me dispensera point de l'autre.

La critique est la qualité essentielle qui doit présider à la rédaction d'un dictionnaire. Par quelle étrange fatalité a-t-on jusqu'ici commencé toujours par l'exclure?

L'opinion publique conserve au _Dictionnaire de l'Académie_ l'autorité nominale dont il est en possession depuis si longtemps. C'est une affaire d'habitude, une religion extérieure; car, dans l'usage, on consulte plus souvent le _Dictionnaire de Boiste_. Un seul mortel a triomphé de quarante immortels: Hercule et Diomède n'en ont pas tant fait. Mais, malgré sa supériorité relative, le _Dictionnaire de Boiste_ n'est pas encore le _Dictionnaire français_. Ce livre reste à faire. Il faudra que ce soit un ouvrage d'érudition solide, claire et piquante; ne péchant ni par le luxe ni par l'indigence; qui institue une comparaison perpétuelle entre la vieille langue et la langue moderne, et relie entre elles toutes les époques de notre littérature depuis son origine. Cet inventaire judicieux de notre passé et de notre présent contiendrait en germe notre avenir, et le placerait sous l'influence et les auspices de tout ce que la France enfanta jamais d'hommes de génie. Ce serait un service considérable rendu non-seulement à la patrie, mais à l'esprit humain. L'Académie, dit-on, s'en occupe: puisse-t-elle y réussir mieux que dans son premier travail! mais l'idée de le lui confier est peut-être dans le projet de Voltaire l'unique point à réformer:

Vivite felices, quibus est fortuna peracta.

INDEX.

A.

_A_, s'élidait, 182-184.

--de l'infinitif latin remplacé par _e_, en français, 208.

--suivi de _l_, sonnait _au_, 54.

--élidé, 118.

--substitué à l'_e_ dans _guerre_, _pierre_, etc., 291, 292.

ABBON, son témoignage sur la suppression de l'_s_, 40.

_Abre_ et _mabre_, 22.

ACADÉMIE, consacre le barbarisme _mie_, pour _amie_, 343;--et le contre-sens de madame de Sévigné sur _chape-chute_, 344.

--se trompe sur _faire à savoir_, 324.

--ne se décide qu'après 160 ans à réformer l'orthographe vicieuse des imparfaits, par l'orthographe dite de Voltaire, 305.

--commet deux erreurs sur le mot _fonts_, _fonts baptismaux_, 382.

--veut que _fort_ soit invariable dans _se faire fort_, ce qui ne saurait se justifier, 370;--a omis le substantif masculin _fleur_, 379;--autorise _de la fleur d'orange_, et même _un bouquet de fleur d'orange_, _Ibid._

--admet dans son Dictionnaire des définitions et des explications inutiles ou fausses, 526, 527.

--n'autorise _parmi_ qu'avec un pluriel indéfini: règle arbitraire, 411, 412, 413.

--donne pour des négations les mots positifs _rien_, _aucun_, _jamais_, _guère_, _personne_, 505.

--contre-sens de l'Académie sur le mot _Houzé_, 498;--l'Académie autorise l'emploi d'accents vicieux, 497.

--semble déclarer que Molière, Pascal, la Fontaine, etc., ne parlaient pas français, 508, 509;--repousse les expressions consacrées par les chefs-d'oeuvre du XVIIe siècle et admet d'affreux néologismes, 509.

--son erreur sur la _soupe_ et le _potage_, 492 à 495;--définit mal _tirer de but en blanc_, 495;--et _vaisselle plate_, 496;--sa définition d'un _pavé_, 497.

--distingue _ou_ pris _dans un sens moral_, 405.

--omet _sur peine de_..., 431; et autorise _sous le rapport de_, néologisme détestable, 432.

--(du Dictionnaire de l'), 492-528; _Lancepessade_ ne s'y trouve pas, 497. (Voy. _Dictionnaire_.)

_Accents_, comment notés dans l'ancienne orthographe, 6.

--vicieux chez les modernes, 175, 177, 178 et suiv.

--autorisés par l'Académie, 497.

_Accusatif latin_, a servi à former nos substantifs français, et non pas le nominatif, 194.

_Accusatifs latins_, contractés pour former des substantifs français, 502 (_note_).

_Accuser réception d'une lettre_, locution créée par Balzac, 315.

_Acte de naissance de chaque mot_, indispensable pour faire un bon dictionnaire français, 308.

ADAM, ADANES, ADENES, transformé en _Adenez_, 178.

_Adenes_, auteur de _Berte aus grans piez_, 32, 33.

_Adjectifs invariables en genre_, 226 et suiv.;--à quelles conditions, 228.

_Adverbes_ ou _prépositions_ terminés par _s_ euphonique, 102.

_Æ_, sonnait, par diérèse, _a-é_, 131.

--sonnait _aï_ dans les premiers temps de la langue latine, 129.

_Aé_, _âge_, par apocope d'_ætas_, 131.

_Aga_, _agardez_, pour _regarde_, _regardez_, 225.

_Age de quelques mots et de quelques locutions_, 308 à 320.

--étymologie de ce mot, 310.

_AI_, _a-i_, 132, 137.

--en quelle occasion sonnait _â_, 148 et suiv.

_Aïe_, 332;--_aïer_, aider, 332.

_Aigre-doux_, créé par Baïf, 317.

_Ail_, substantifs terminés par _ail_: _bail_, _corail_, _émail_, etc., 322, 323.

_Ail_, _al_, _au_, _aulx_, 320 et suiv.

_Aim (j')_, j'aime, 222.

_Aimont (ils)_, 295.

_Ain_, terminaison qui marque le cas régime dans les substantifs féminins, selon M. Ampère, 255, 257;--exemples de cette même terminaison au nominatif, _ibidem_.

--cette terminaison marque le cas régime dans les noms féminins, selon M. Ampère, 255 et suiv.

_Ainsin_, 95.

_Ainsis_, 97.

_Aiue_, aide, 137, 332.

_Ajussiane (l')_, c'est-à-dire _l'Égyzziane_ ou _l'Égyptienne_, 396.

_Alches_ ou _alques_, 328.

ALES, c'est ainsi qu'on prononçait le nom d'_Arles_, 455, 456.

ALESCHANS, 456.

ALES-LE-BLANC, ARLES-LE-BLANC, 456 (_note_).

_Alesine_, c'est comme on devrait dire, et non pas _lésine_, 390, 391;--compagnie de l'_Alesine_, _ibidem_.

_Alexandrins (vers)_, sont nécessairement partagés par la musique en deux petits vers de six syllabes, 475.

ALICHINO, étymologie proposée par un commentateur de Dante, 461 (_note_).

_Almarie_, armoire, 374.

_Alquanz_, 328.

_Alques_ ou _auques_, fait aussi l'office d'adverbe traduisant _aliquantum_ ou _aliquando_, 328, 329.

_Altération des finales pour le besoin de la rime_, 239, 240 et suiv.

_Altisme_ (altissimus), 353.

AMPÈRE (M. J. J.), son opinion sur le son primitif de l'_u_, 166, 168.

--son opinion sur l'antiquité des formes _al_, _el_, _ol_, 59.

--voit dans _amin_ le cas régime d'_ami_, 95.

--son opinion sur l'_a_ latin traduit en _ai_, dans _aimer_, _pain_, _main_, 148.

--examen de son système sur les prétendues déclinaisons françaises, 251 et suiv.;--explique par l'habitude l'_s_ ou le _t_ final ajouté aux adverbes ou prépositions, 254;--repousse l'idée de l'_s_ euphonique, en affirmant que la vieille langue ne craignait point l'hiatus, 255.

--sa proposition sur les noms composés, comme _Fête-Dieu_, _Ferté-Milon_, _Château-Thierry_, _etc._, combattue, 266 à 269;--son argument tiré des noms composés par juxtaposition se retourne contre lui, 268.

--explique par la métamorphose des voyelles la formation des mots _âne_, _arbre_, _utile_, 512 (_note_).

_Amphore_, voy. _Hydrie_.

_Anatolie (l')_, transformée en _la Natolie_, 397.

ANDRIEU (saint), André, 178.

_Aneme_, syncopé en _anme_, 20.

--_anme_, âme (d'_animam_), 196.

_Anglais_, peuple remarquable par l'esprit de vagabondage et d'émigration; ne connaissent pas le mot _patrie_, qu'ils remplacent par _contrée_, _country_, 417.

_Angle_ (angelum), 197.

_Ans-guarde_ ou _enguarde_ (avant-garde), 197.

_Anspessade_, on doit dire _lancepessade_, 497.

_Ante_ (angl., _aunt_), première forme de _tante_, 342.

_AO_, par diérèse, 136-138.

_AOI_, 324 et suiv.

_Aoi_, _avoi_, 116.

_Apocope_, 218.

--selon M. J. J. Ampère, marque le cas régime, 269.

APOLIN, syncope d'_Apollinem_, 195.

_Apostrophe_, absurdité de l'apostrophe dans _grand'messe_, _grand'route_, _etc._, 480.

_Appelont, enmenont (ils)_, 295.

_Appenser_, mal écrit _à penser_, 324.

_Arbre_, formé par contraction d'_arborem_, 502 (_note_).

_Ardene_, _Ardane_, 61.

_Ardenois_, on prononçait _Adanois_, 396.

_Ardre_ et _arder_, 207.

_Argent sec_, expression du temps de saint Louis, 319.

ARLEQUIN, son origine, ses métamorphoses, 451;--n'est point le _Panniculus_ des mimes romains, 453;--son habit bariolé est moderne, _Ibid._;--est vêtu de noir en Italie, _Ibid._;--nouvelle étymologie qu'on propose de son nom, 454.

--est le même que _Hellequin_, 454;--cité dans _la Divine comédie_, 461.

--qualifié comte _van Hellequin_ dans un poëme flamand, 462.

--son costume parodié de celui d'Hellequin, 466;--Arlequin est le fantôme noir, et Pierrot, le fantôme blanc, 467;--doit avoir figuré dans les processions dramatiques du roi René, 468;--Bergame n'est point sa patrie, et l'Italie ne saurait fournir d'étymologie satisfaisante de son nom, 468, 469.

_Arlequins_, prêtres ainsi appelés par Pierre de Blois, 462.

ARLES, son magnifique cimetière des _Champs Élysées_, ou _Elyscamps_, 455.

ARLESCAMPS (les) ou _Allecans_, fantômes qui revenaient dans le cimetière d'Arles, 460.

ARLESCAMPS ou _Arleschamps_, 455 et suiv. Le labarum y apparaît à Constantin, 456;--guerriers de Charlemagne qui y étaient enterrés, 457;--chanson d'Arlescamps, 458.

_Arlichino_, l'Italie ne saurait donner d'étymologie satisfaisante de ce nom, 469. (_Voy._ ALICHINO.)

_Arpent_, mot employé dans _la chanson de Roland_, 309.

_Article (déclinaison de l')_, 269;--invention savante et chimérique, 385-387;--la forme de son datif sing. _à le_, _à la_, _à li_, _à lo_, se réduisant par l'élision à celle-ci, _al'_, a causé une confusion de genres, 386.

_Article_ redoublé dans le mot _lierre_ (_l'ière_, _hedra_), 200;--dans _le lendemain_ (_l'endemain_), 199, 397.

_Articulation des consonnes chez les modernes_, et conséquences du système actuel, 277 et suiv.

_As per se_, et non _percé_; as tout seul, 410.

_Asi_ ou _arsi_, participe passé de _ardre_, 24.

_Asne_, formé par contraction d'_asinum_, 502 (_note_).

_Assavoir_, _assavourer_, _assécher_, 323.

_Atapir (s')_, 312.

_At-il, at_, 109, 110 et suiv.

_AU_, _a-ü_, 132, 133, 135.

AUBÉRÉE, s'introduit chez une jeune dame sous prétexte de demander la charité, 240, 241.

--son désespoir d'être obligée de payer trente sous, 212.

_Aucun_, _alques_, 327;--contracté d'_aliquem_, ne peut être un mot négatif, 504, 328.

AUDAIN, au cas régime, 357;--au nominatif, _ibidem_.

AUDE, au nominatif, 257;--au cas régime, _ibidem_.

_AussiS_, 96.

_Avec_, 330;--étymologie de ce mot, 331.

_Avec z'un cuir_, 299.

_Avenant_, invariable en genre; 229.

_Avérai (j')_, futur primitif d'_avoir_, 210, 211.

_Avidité_, créé par Ronsard, 317.

_Avocats_, comparés à la mesnie Hellequin, 463, 464.

_Avoi_, _à voi_, ou _away_, 327.

_Avoient_, en trois syllabes, 137.

_Avoir la haute main_, expression du XIe siècle, 311.

_Avommes (nous)_, 293.

_A'vous_, _sa'vous_, 225, 298.

_Ay!_ exclamation, faisait toujours deux syllabes, et signifie _secours!_ 333.

_Aye_, son étymologie, 331.

AYMES ou AYMON, servaient indifféremment pour le nominatif et pour le cas régime, 265.

AYMON (LES QUATRE FILS); leur nom prouve contre le système de M. Ampère, 265, 266.

_Away_, mot anglais pris du français _aoi_ ou _avoi_, 324 et suiv.

B.

_B_ final, 44.

_Baal_, où le verbe actif requerrait _Baalim_, si le système de M. Ampère était vrai, 387.

_Baalim_, 259.

_Bailler la cotte verte_, et non _baisser_, comme l'a imprimé le dernier éditeur des _Contes de la Reine de Navarre_, 336, 337.

_Baptismaux_, au féminin, 383.

_Barbarie prétendue de l'ancien langage français_, 1.

_Barboires_, masques à barbe d'étoffe, 466 (_et en note_).

_Bargagne_ (angl., _bargain_), barguignage, action de marchander, d'hésiter, 334.

_Bargain_, mot anglais pris du vieux français _bargagne_, 333, 334.

_Barguigner_, marchander, 333, 334.

_Bataille d'Arlescamps_, 457.

_Battant_, _tout battant neuf_, expression du XIe siècle, 310.

_Beaugency_, _Bois-Gency_, 160.

BEAUMARCHAIS, a pris dans le _Petit Jehan de Saintré_ ses personnages de la comtesse Almaviva et de Chérubin, 369.

--Juge bien le caractère mélancolique de l'air de Malbrou, 471.

BEFFROY DE REGNY, auteur d'un mauvais poëme sur Malbrough, 471 (_note_).

BEGONS ou BEGUES, au nominatif, 262, 263.

BEGUES DE BELIN.--_Begues_ est au nominatif, 262.

_Béjaune_, bec jaune, 44.

BELLEAN, BELLIAM, BÉLIANT, sont au cas régime, selon M. Ampère, 258.

_Ben_, bien, 154.

_Béni_, _bénit_; _bénie_, _bénite_; origine de cette double forme, 479.

BÉRAIN, avocat de Rouen, qui propose d'écrire par _ais_ les imparfaits en _ois_, dès 1675, dix-neuf ans avant la naissance de Voltaire, 304.

_Berbis_, brebis, 33.

_Bergame_, passe à tort pour la patrie d'Arlequin, 468, 469.

_Bergier_, _bregier_, 33.

_Berlan_, brelan, 33.

_Besoin_, _témoin_, se sont prononcés _beson_, _témon_, 162.

_Bévu_, participe de _boire_, 144.

BÈZE (Théodore de), atteste que, de son temps, on prononçait un _fan_ de biche, et _faonner_, 140.

--auteur d'un traité en latin sur la prononciation du français, 8;--son témoignage sur la rapidité de la prononciation, 9, 10.

--son témoignage sur le _t_ intercalaire, 107.

--veut qu'on aspire l'_h_, 51;--témoigne qu'on prononçait _il ont_, _il avaient_, sans _s_, 82;--se trompe sur l'origine des consonnes muettes, 87.

--sur la liaison des mots en français, 42.

--autorise _a'vous_, _sav'ous_, pour _avez-vous_, _savez-vous_, 226;--blâme _aga_, pour _regarde_, ibid.

--atteste que toute la France prononçait _hûreux_, 171.

--son erreur sur la prétendue élision de l'_e_ dans _grand messe_, 230;--ne doit être écouté qu'avec circonspection, _Ibid._

--ne veut pas admettre l'orthographe _fesant_, parce qu'elle change le spondée en ïambe, 305.

_Blouque_, 34.

_Boeuf_, _boeu_, 47.

_Bois_ rimant à _dos_, 159, 160.

_Bois-Gency_, _Bos-Gency_, _Beaugency_, 160.

BONIFACE (M.), veut qu'on dise _quelque que_, 422;--proscrit _davantage que_, 426.

_Bonisme_ pour _bonissime_, 352.

_Border_, broder, 36.

BOUHOURS (le P.), critique injustement le mot _prosateur_, créé par Ménage, 314.

--rejette les mots _calvitie_, _obscénité_, et les locutions: _impatient du joug..._, _bien mériter de..._, _il n'est pas donné de..._, 315.

--attaque les mots nouveaux que MM. de Port-Royal s'efforçaient d'introduire, 319.

--rejette _insidieux_, 312.

--prétend à tort qu'il n'y a point en français de superlatif en _issime_, 351;--écrivain correct et élégant, autorise _davantage que_, 425.

_Bouquet d'orange_, dans Corneille, 379.

BRAMIDONE, femme du roi Marsile, monte à sa tour, 481, 482.

_Bues_, boeufs, 173.

_Burgrave_, mot qui manque au _Complément du Dictionnaire de l'Académie_, 516.

_Burlesque_, créé par Sarrazin, 318.

_By_, employé chez les Anglais comme autrefois _par_ en France, _by himself_; _tout seul_, _tout par lui_, 408.