C
=ÇÀ= (Il a de): Se dit de quelqu’un qui possède beaucoup d’argent.
Les filles, pour vanter les agréments d’un homme, disent: _Il a de çà_; mais ce n’est pas d’argent qu’il s’agit (Argot du peuple).
=CABASSEUR=: Cancanier ou cancanière (Argot du peuple).
=CABASSER=: Bavarder sans cesse à tort et à travers (Argot du peuple).
=CABESTAN=: Officier de paix.
Il fait virer ses sous-ordres (Argot des voleurs). =V.= _Bricule_.
=CABOCHE=: Tête (Argot des voleurs).
=CABOMBE=: La chandelle.
Quelques-uns écrivent _calombe_ ou _calbombe_; le vrai mot est _cabombe_ (Argot du peuple).
=CABOT=: Chien (Argot du peuple). =V.= _Alarmiste_.
=CABOT FERRÉ=: Gendarme.
Allusion aux clous qui garnissent les semelles de bottes des gendarmes (Argot des voleurs). =V.= _Hirondelle de potence_.
=CABOT=: Chien du commissaire de police.
Par abréviation on dit simplement le _cabot du quart_ (Argot du peuple).
=CABRIOLET=: Corde de boyau de chat, ou forte ficelle de fouet, terminée par deux chevilles.
Les gardes et les agents passent le _cabriolet_ au poignet des prisonniers pour prévenir les évasions et empêcher les récalcitrants de se révolter.
(Argot des voleurs).
=CABOULOT=: Cabaret de bas étage.
Brasserie où les consommateurs sont servis par des femmes.
_Caboulot_ n’est pas juste, on devrait dire _maison tolérée_.
Cette expression a pour berceau le quartier latin (Argot du peuple).
=CACHALOT=: Femme qui a des aptitudes spéciales.
Elle rend par le nez ce qu’elle a avalé par la bouche (Argot des filles). _N._
=CACHE-FRINGUES=: Armoire (Argot des voleurs). _N._
=CACHET DE M. LE MAIRE=: Tache à la chemise, derrière, ce qui indique l’oubli du papier traditionnel (Argot du peuple).
=CADENNE=: Chaîne de montre.
Quelques-uns écrivent _cadelle_, mais c’est bien _cadenne_, car on appelait ainsi la grande _chaîne_ de forçats qui autrefois partaient de Bicètre pour les bagnes de Brest ou de Toulon.
Cette expression est restée (Argot des voleurs).
=CADET=: Le postérieur.
—Viens ici, bibi, que je torche ton petit _cadet_.
—Tu as une figure qui ressemble à mon _cadet_ (Argot du peuple).
=CADETS=: Outils de voleurs (Argot des voleurs). =V.= _Agobilles_.
=CADRAN SOLAIRE=: Le derrière.
Allusion à sa forme ronde.
Cette expression vient du _Pont cassé_, pièce représentée au théâtre Séraphin, au Palais-Royal.
Nicolas, le comique de la troupe de marionnettes, répondait à l’officier, le jeune premier, qui lui demandait l’heure, en lui montrant son _derrière_.
En même temps il lui chantait:
Voilà le _cadran solaire_, Tire lire, lire....
(Argot du peuple).
=CAFARD=: Individu qui affecte des dehors religieux.
Hypocrite qui n’en croit pas un traître mot et exploite la crédulité publique.
_Cafard_ est employé comme terme de mépris (Argot du peuple). _N._
=CAFARD=: Ouvrier qui, dans les ateliers, capte la confiance de ses camarades pour rapporter aux patrons ce qu’ils pensent et ce qu’ils disent (Argot du peuple). _N._
=CAFARDE=: La lune (Argot des voleurs). =V.= _Moucharde_.
=CAFARDER=: Moucharder, dénoncer (Argot du peuple). _N._
=CAFIOT=: Mauvais café fait avec de la chicorée ou avec des résidus de vieux marc de café déjà épuisés (Argot du peuple). =V.= _Jus de chapeau_.
=CAILLOU=: Tête.
Il a rien un sale caillou (Argot du peuple).
=CAISSE D’ÉPARGNE=: Le marchand de vin.
C’est là, en effet, que les ouvriers placent non seulement leurs économies, mais souvent l’argent de la paie (Argot du peuple). _N._
=CALANCHER=: Mourir.
Pour indiquer qu’un objet n’est pas d’aplomb, on dit: il _calanche_ (penche) à droite ou à gauche (Argot du peuple).
=CALEBASSE=: Seins.
Se dit quand les malheureux sont sans consistance, qu’ils pendent et se _répandent_ (Argot du peuple).
=CALÈCHE DU PRÉFET=: Le panier à salade qui transporte les voleurs des postes de police au Dépôt de la préfecture (Argot des voleurs).
=CALENDRINER SUR LE SABLE=: Être dans une misère noire (Argot des voleurs).
=CALER=: On _cale_ un meuble avec un coin de bois.
Un homme riche est _calé_.
Les typographes emploient cette expression pour dire qu’ils attendent de la copie, ils _calent_ (Argot du peuple).
=CALER LES JOUES=: Bien boire et bien manger.
Allusion aux joues qui gonflent lorsqu’elles sont pleines (Argot du peuple).
=CALIBORGNE= ou =CALIBORGNON=: Borgne (Argot des voleurs). =V.= _Guigne à gauche_.
=CALOQUET=: Chapeau (Argot du peuple). =V.= _Bloum_.
=CALOTS=: Les yeux mauvais.
_Calots_ à la manque (Argot des voleurs).
=CALOT=: Grosse bille avec laquelle les enfants jouent, à la _poucette_ (Argot du peuple).
=CALTER=: S’en aller.
_Calter_ est synonyme de _débiner_; on dit à quelqu’un en danger: _calte_ au plus vite ou bien _débine_-toi (Argot du peuple).
=CAMARDE=: La mort.
Mais si la _grive_, Parfois arrive, Pour nous _servir_, Nous _suivre_ ou nous _courir_, Cont’ la _camarde_, Toujours en garde, On a bien soin, De jouer du _surin_.
(_Romance du Pegre_).
(Argot des voleurs).
=CAMARLUCHE=: Camarade (Argot du peuple).
=CAMAROS=: Même signification. Même argot.
=CAMBOLA=: Faux épileptique (Argot des voleurs). =V.= _Battre un dig-dig_.
=CAMBRIOLEUR=: Vol à la _cambriotte_.
Ce vol fut célébré par B. Maurice:
Travaillant d’ordinaire, La _sorgue_ dans _Pantin_, Pour mainte et mainte affaire, Faisant très bon _chopin_. Ma gente _cambriotte_. _Rendoublée_ de _camelotte_, De la _dalle_ au _flaquet_, Je vivais sans disgrâce, Sans _regout_ ni _morace_, Sans _taf_ et sans regret. Le _quart-d’œil_ lui _jabotte_: _Mange_ sur tes _nonneurs_; Lui tire une carotte, Lui montrant la _couleur_. L’on vient, l’on me _ligotte_, Adieu, ma _cambriotte_, Mon beau _pieu_, mes _dardants_. Je monte à la _Cigogne_. On me _gerbe_ à la _grotte_, Au _tap_ et pour douze ans[1].
[1] La traduction de toutes ces expressions est dans le _Dictionnaire_.
=CAMBROUSIER=: Escarpe qui vole tout ce qui lui tombe sous la main on parcourant la France.
Ce nom lui vient de ce qu’il opère dans les _cambrousses_ (maison) (Argot des voleurs).
=CAMBUSE=: Maison qui ne tient pas debout, bâtie avec de la boue et du crachat.
_Cambuse_: cabaret où l’on sert mal et de mauvaise marchandise (Argot du peuple).
=CAMBUSIER=: Le maître de la _cambuse_.
_Cambusier_: qui tient la cantine au bagne ou à bord (Argot du peuple).
=CAMELOTTE=: Marchandise.
Pour qualifier quelque chose d’inférieur on dit: c’est de la _camelotte_ (Argot du peuple).
=CAMOUFLE=: Chandelle (Argot du peuple). =V.= _Cabombe_.
=CAMOUFLER= (se): Changer de costumes et de physionomie afin de n’être pas reconnu (Argot des souteneurs et des agents de la Sûreté).
=CAMOUFLER=: Réparer.
On _camoufle_ un décor (Argot des artistes).
=CANAPÉ=: Femme copieusement douée du côté des fesses.
Le mot est en usage chez les pédérastes qui ne recherchent pas cet avantage du côté féminin (Argot des voleurs).
=CANARD=: Mauvais journal.
Quand un journal est mal rédigé, mal imprimé, pas même bon pour certain usage, car le papier se déchire, c’est un _canard_ (Argot du peuple et des journalistes).
=CANARD=: Terme de mépris employé dans les ateliers vis-à-vis d’un mauvais camarade.
—Bec salé, c’est un sale _canard_ (Argot du peuple). _N._
=CANARD=: Nouvelle fausse ou exagérée.
Ce système est employé par certains journaux aux abois.
On pourrait en citer cinquante exemples depuis les écrevisses mises par un mauvais plaisant dans un bénitier de l’église Notre-Dame-de-Lorette et qui retournèrent à la Seine en descendant par les ruisseaux de la rue Drouot; jusqu’au fameux _canard_ belge.
Un huissier à l’aide d’une ficelle pêcha vingt _canards_ qui s’enfilèrent successivement, comme Trufaldin dans les _Folies Espagnoles_ de Pignault Lebrun, il fut enlevé dans les airs, mais la ficelle se cassa et il tomba dans un étang où il se noya.
Ce _canard_ fit le tour du monde arrangé ou plutôt dérangé par chacun, il y a à peine quelques années qu’il était reproduit par un journal, mais la fin était moins tragique, l’huissier était sauvé par un membre de la Société des Sauveteurs à qui on décernait une médaille de 1^re classe.
Pour sauver un huissier on aurait dû lui fourrer dix ans de prison (Argot du peuple).
=CANARDER SANS FAFFS=: Braconner sans port d’armes (Argot des voleurs).
=CANASSON=: Vieux cheval hors de service.
On appelle aussi les vieillards: _canasson_ (Argot du peuple). =V.= _Gaye_.
=CANFOUINE=: Domicile (Argot des voleurs).
=CANICHE=: Ballot à oreilles.
Allusion aux longues oreilles de chien-mouton (Argot des voleurs). _N._
=CANER=: Avoir peur, reculer.
_Caner_: synonyme de lâcheté (Argot du peuple).
=CANER LA PEGRENNE=: Mourir de faim (Argot des voleurs).
=CANNE D’AVEUGLE=: Bougie.
Allusion à la forme droite comme la _canne_ sur laquelle s’appuie l’_aveugle_ (Argot des voleurs).
=CANON=: Verre de vin.
Allusion à la forme sphérique du verre (Argot du peuple).
=CANONNER=: Boire des _canons_ sur le _zinc_ du _mastroquet_ (Argot du peuple).
=CANONNIER DE LA PIÈCE HUMIDE=: Soldat infirmier qui opère sur les derrières de l’armée (Argot du peuple).
=CANONNIER=: Les _cambrioleurs_. =V.= ce mot.
=CANTON=: Prison.
Le prisonnier y est en effet _cantonné_ (Argot des voleurs).
=CAPISTON=: Capitaine (Argot des troupiers).
=CAPITONNÉE=: Femme bien en chair, qui a une gorge bien développée, qui se tient ferme sans le secours du corset.
On dit aussi qu’elle est _meublée_.
—Ah! Gugusse, mince de viande, ça ferait rien un bath traversin (Argot du peuple). _N._
=CAPSULE=: Chapeau (Argot du peuple). =V.= _Bloum_.
=CARAMBOLAGE=: Choc de deux voitures dans la rue.
Les voyous que cela amuse disent:
—Ah zut, _mince_ de carambolage (Argot du peuple).
=CARAMBOLER=: Au billard, faire toucher les trois billes (Argot du peuple). _N._
=CARAMBOLER=: =V.= _Rouscailler_.
=CARCAGNOT=: Brocanteur, usurier, juif qui achète tout à vil prix sans s’occuper de la provenance (Argot des voleurs). _N._
=CARCASSER=: Tousser.
—_Carcasse_-donc ton dernier poumon tu ne nous emmerderas plus la nuit (Argot du peuple).
=CARE= (Vol à la care): Les _careuses_ entrent dans un magasin, principalement dans les bureaux de tabacs et demandent à changer des pièces d’un certain millésime contre d’autres.
Profitant de l’inattention des commerçants, elles escamotent une partie des pièces (Argot des voleurs).
=CARGOT=: Cantinier.
Ce n’est pas une corruption, de _gargotier_, car d’après les règlements des prisons le _cargot_ ne fait pas de cuisine et ne vend que des aliments froids, du fromage et de la charcuterie.
Comme les cantiniers sont _arabes_, qu’ils étranglent le plus qu’ils peuvent, on les a baptisés du nom de _cargot_, synonyme d’_usurier_, abréviation de _carcagnot_ (Argot des voleurs). _N._
=CARRÉMENT=: N’aie pas peur, vas-y carrément.
‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ Maintenant que tu n’as plus q’ta chemise, Tu peux y aller _carrément_.
(Argot du peuple).
=CARME=: Argent (Argot des souteneurs). =V.= _Aubert_.
=CARME À L’ESTORGUE=: Fausse monnaie (Argot des voleurs).
=CARMER=: Payer (Argot des voleurs). =V.= _Billancher_.
=CARNE=: Viande dure.
On dit d’un homme impitoyable:
—Il est dur comme une vieille _carne_.
L’ouvrier qui ne veut rien faire est également une _carne_ (Argot du peuple).
=CAROTTE=: Mensonge pour tromper ou duper quelqu’un.
Tirer une _carotte_: emprunter de l’argent.
Tirer une _carotte de longueur_: la préparer de longue main.
Le troupier, tire une _carotte_ à sa famille quand il lui écrit qu’il a perdu la clé du champ de manœuvre, ou qu’il a cassé une pièce de canon (Argot du peuple).
=CAROTTIER=: Homme qui fait le métier d’en tirer pour vivre (Argot du peuple).
=CARRÉ DES PETITES GERBES=: La police correctionnelle (Argot des voleurs).
=CARRÉ DE REBECTAGE=: La Cour de cassation.
Quelquefois elle diminue la peine du condamné ou l’acquitte complètement.
Il est _rebecqueté_.
_Rebecqueté_ se dit pour raccommoder, se rapprocher (Argot des voleurs).
=CARREAUX=: Les yeux (Argot des voleurs).
=CARREAUX=: Outils spéciaux des malfaiteurs (Argot des voleurs). =V.= _Tateuse_.
=CARREAUX=: Fer à repasser dont se servent les tailleurs pour aplatir les coutures (Argot du peuple).
=CAROUBLE=: Clé employée par les _carroubleurs_ (Argot des voleurs).
=CAROUBLEUR=: Vol à l’empreinte à l’aide de fausses clés (Argot des voleurs). =V.= _Boîte de Pandore_.
=CARRUCHE=: Prison (Argot des voleurs). =V.= _Gerbe_.
=CASIMIR=: Gilet.
Allusion à l’étoffe (Argot des voleurs). =V.= _Boîte à Sigue_.
=CASQUE= (Avoir le): Être malin, savoir profiter des occasions, les saisir aux cheveux, même lorsqu’elles sont chauves.
_Avoir son casque_: avoir bu a en être saturé.
—_Il a son casque_, il en a plein la peau (Argot du peuple).
=CASQUER=: Payer (Argot des filles). =V.= _Billancher_.
=CASTU=: Infirmerie, hôpital (Argot des voleurs).
=CASUEL=: Vente de hasard sur laquelle on ne comptait pas.
_Casuel_: ce que les mariages, les baptêmes et les enterrements rapportent aux curés.
_Casuel_: le _miché_ que fait la fille en dehors de son entreteneur (Argot du peuple). _N._
=CASSANTES=: Les dents (Argot du peuple). =V.= _Dominos_.
=CASSER LA HANE=: Couper la bourse (Argot des voleurs).
=CASSER DU SUCRE=: Dénoncer.
_Casser du sucre_ sur quelqu’un: en dire du mal (Argot des voleurs). =V.= _Mouton_.
=CASSE-POITRINE=: Mauvaise eau-de-vie.
En effet, elle _casse_ rudement la poitrine de ceux qui en boivent (Argot du peuple). =V.= _Eau d’aff_.
=CASSER SA CANNE=: Rompre sa surveillance.
_Casser sa canne_: mourir.
_Casser une canne_: dormir (Argot du peuple). =V.= _Sorguer_.
=CASSER SA PIPE=: Mourir.
On donne pour origine à cette expression qu’un fumeur, attablé dans un cabaret, mourut subitement. Sa _pipe_ lui tomba des lèvres et se cassa. Quand on le releva, un des assistants s’écria:
—Tiens il a _cassé_ sa _pipe_ (Argot du peuple).
=CASSER UNE LOURDE=: Briser une porte (Argot des voleurs).
=CASSER SA FICELLE=: S’évader de la prison.
Allusion au hanneton qui s’évade quand le fil qu’il a à la patte se brise (Argot des voleurs). _N._
=CASSER SON VERRE DE MONTRE=: Tomber sur le derrière (Argot du peuple). =V.= _Tomber pile_.
=CASSEROLE= (La remuer): Dénoncer. Mot à mot: _cuisiner_ (faire parler). Allusion au _cuisinier qui remue la casserole_ (Argot des voleurs).
=CATIN=: Fille publique.
_Catin_: petite poupée.
_Catin_: nom d’amitié donné à une maîtresse.
C’est aujourd’hui la St-Crépin Les savetiers se frisent Mon cousin ira voir catin. ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧
(Argot du peuple).
=CATICHE=: Diminutif de _catin_ (Argot du peuple).
=CAVALER=: Se sauver.
—_Cavale_-toi v’là la rousse (Argot du peuple).
=CAVE=: Homme.
Allusion à l’estomac de l’homme qui emmagasine une foule de choses (Argot des voleurs).
=CELLOTTE=: Cellule (Argot des voleurs).
=CENT PIEDS DE MERDE= (Je voudrais te voir dans):
Souhait d’un gendre à sa belle-mère féroce ou à une femme crampon (Argot du peuple). _N._
=CENTRE=: Nom.
Quant une personne donne un faux nom, c’est un _centre à l’estorgue_ (Argot des voleurs).
=CENTROUSSE=: Maison centrale (Argot des voleurs).
=CERF-VOLANT=: Jouet d’enfant composé de baguettes d’osier, recouvertes de feuilles de papier, que les gamins enlèvent en l’air avec une ficelle.
Les voleuses qui dans les jardins publics s’emparent des boucles d’oreilles des jeunes enfants se nomment des _cerf-volants_, parce que le vol accompli elles se sauvent en courant comme un _cerf_ (Argot des voleurs).
=CES MESSIEURS=: Agents de police.
—Ne vous hasardez pas ce soir sur le trottoir, _ces messieurs_ y seront (Argot des filles).
=C’EST PLUS FORT QUE DE JOUER AU BOUCHON AVEC DES PAINS À CACHETER DANS SIX PIEDS DE NEIGE=: Expression employée pour marquer le comble de l’étonnement.
Ou dit aussi _c’est fort de café_ (Argot du peuple). _N._
=CHABANNAIS=: Faire du tapage, du bruit.
—Allons, viens boire le dernier verre.
—Y a pas de pet, la bourgeoise ferait un rude _chabannais_.
Faire du _chabannais_ dans une assemblée: troubler l’ordre (Argot du peuple).
=CHABLER=: Lancer des pierres dans un arbre pour en abattre les fruits.
_Chabler_ est le synonyme de _gauler_ (Argot du peuple) _N._
=CHAMBARD= (En faire): Faire un _potin_ infernal (Argot du peuple). =V.= _Chambarder_.
=CHAMBARDER=: Tout casser, tout démolir, bouleverser une maison de fond en comble, renouveler son personnel.
Mot à mot: faire _balai neuf_ (Argot du peuple).
=CHAMBERTER=: S’amuser.
Quand les troupiers mettent les lits en bascules, qu’ils _chahutent_ toute la chambrée, ils _chambertent_ les camarades (Argot du troupier).
=CHAMP DE NAVET=: Cimetière d’Ivry.
Il est ainsi nommé parce qu’il est sur l’emplacement de champs dans lesquels jadis les paysans cultivaient des _navets_.
Au Château d’Eau sur l’emplacement de la caserne du prince Eugène (ci-devant) il existait un bal qui se nommait aussi pour les mêmes raisons, vers 1855, _le Champ de Navet_ (Argot du peuple).
=CHANDELLE= (Moucher la): On dit cela au moutard qui laisse pendre sous son nez un filet de morve.
On appelait autrefois _chandelle_ les troupiers qui faisaient le service des postes de Paris pour conduire les voleurs aux bureaux des commissaires de police.
—J’ai été conduit entre _quatre chandelles_.
Allusion à la raideur du fusil (Argot du peuple).
=CHANGER SON POISSON D’EAU=: Aller pisser.
L’allusion est claire (Argot du peuple).
=CHANGER SON FUSIL D’ÉPAULE=: Changer d’avis ou d’opinion.
On dit pour exprimer la même chose: _mettre son drapeau dans sa poche_.
Ou bien encore: _retourner sa veste_ (Argot du peuple).
=CHANGEUR=: Le fripier chez lequel les voleurs vont se _camoufler_ moyennant un abonnement: tout comme les avocats chez le costumier du barreau.
Ils trouvent là tous les costumes nécessaires pour leurs transformations (Argot des voleurs).
=CHAPARDER=: Aller à la maraude (Argot des troupiers).
=CHAPARDEUR=: Qui _chaparde_ (Même argot).
=CHAPELET DE SAINT-FRANÇOIS=: Chaîne qui sert à attacher les condamnés.
C’est un _chapelet_ que volontiers ils n’égrèneraient bien pas (Argot des voleurs).
=CHAPELLE BLANCHE=: Le lit.
Allusion à la blancheur des draps (Argot du peuple). _N._
=CHAPELURE SUR LE JAMBONNEAU= (Pas de): Absence complète de cheveux.
Genou hors ligne.
On dit aussi: _pas de cresson sur le caillou_ (Argot du peuple).
=CHAPERONNER=: Protéger quelqu’un.
Mot à mot: lui servir de _chaperon_ pour le couvrir (Argot du peuple).
=CHARGÉ=: Quand une fille fait un _miché_ elle dit:
—J’ai _chargé_.
Dans la nuit elle fait le contraire elle le _décharge_ de son _morlingue_ (Argot des filles). _N._
=CHARGÉ PAR LA CULASSE=: Prendre un lavement.
Les _passifs_ se _chargent_ également par le même côté.
Allusion aux canons (Argot du peuple). =V.= _Passifs_.
=CHARLEMAGNE= (faire): Se mettre au jeu avec peu d’argent, gagner une certaine somme et se retirer de la partie sans donner de revanche (Argot des joueurs).
=CHATELLERAULT=: Couteau.
Allusion à la ville renommée pour sa fabrication.
On pourrait aussi bien dire _Thiers_ ou _Nontron_ (Argot des voleurs). =V.= _Lingre_.
=CHARRIAGE À LA MÉCANIQUE=: Ce genre de vol est l’enfance de l’art; un mouchoir suffit. Le voleur le jette au cou d’un passant, il l’étrangle à moitié, le charge sur son épaule pendant qu’un complice le dévalise.
C’est exactement _le coup du père François_, toutefois pour exécuter celui-ci les voleurs se servent d’une courroie flexible ou d’un foulard de soie (Argot des voleurs).
=CHARRIAGE AU POT=: Ne demande pas non plus un grand effort d’imagination: _un pot_ et un imbécile aussi bête que lui suffisent.
Deux voleurs abordent un individu à l’air naïf. Après quelques stations dans les cabarets, ils lui offrent de le conduire dans un _bocard_ éloigné. En chemin, ils avisent un terrain vague, l’un des deux voleurs exprime à ses compagnons la crainte d’être volé car il porte sur lui une grosse somme. Devant eux il la cache dans le pot qu’il enterre. Plus loin il se ravise et dit au naïf d’aller déterrer l’argent caché, mais auparavant il lui fait donner ce qu’il a sur lui. Le naïf part, ne trouve que des rouleaux de plomb dans le _pot_ et quand il revient les voleurs sont loin (Argot des voleurs).
=CHARRIAGE AU COFFRET=: Ce vol là est plus drôle.
Un individu, avant l’aspect d’un anglais s’adresse à la dame de comptoir d’un grand café, et lui confie _un coffret_, mais avant de le fermer à clé il lui fait voir qu’il contient une quantité de rouleaux d’or. Il le ferme, la dame le serre précieusement. Dans la soirée, il revient dire qu’il a perdu sa clé, et lui emprunte quelques centaines de francs. Sans crainte (elle est garantie), elle les lui donne, et ne le revoit plus. Finalement, on fait ouvrir le coffret, il n’y a que des jetons de cercles (Argot des voleurs).
=CHARRIER=: Signifie se moquer de quelqu’un.
Synonyme de _mener en bateau_ (Argot du peuple).
=CHARLOT=: Le bourreau (Argot des voleurs).
=CHARLOTTE=: Pince (Argot des voleurs). =V.= _Monseigneur_.
=CHARIBOTÉE=: En avoir sa charge.
Cela veut aussi dire beaucoup.
—Elle a une _charibotée_ d’enfants (Argot du peuple). =V.= _Tiolée_.
=CHARMANTE=: La gâle.
Par allusion aux vives démangeaisons que cause cette maladie, on la nomme aussi _la frotte_ (Argot du peuple).
=CHAROGNE=: Individu rugueux, difficile à vivre, être insociable.
Ou dit aussi de quelqu’un qui sent mauvais:
—Tu pues comme une _charogne_.
De _charogne_ on a fait _charognard_.
Généralement les patrons ou les contremaîtres qui commandent durement sont qualifiés tels par les ouvriers (Argot du peuple). _N._
=CHASSES=: Les yeux.
On dit d’une femme qui pleure:
—Elle chie des yeux (Argot du peuple).
=CHASSER AVEC UN FUSIL DE TOILE=: Mendier dans les campagnes.
Allusion à la _besace_ de _toile_ que portent les mendiants pour y mettre ce qu’on leur donne (Argot des voleurs).
=CHÂTAIGNE=: Soufflet.
—Je vais le coller une _châtaigne_, ou je vais te _plaquer_ un _marron_ (Argot du peuple).
=CHATTE=: Homme aimé des pédérastes pour ses manières câlines.
La femme aussi est _chatte_; si elle est câline à ses heures, à d’autres elle sait _griffer_ (Argot du peuple). _N._
=CHAUD= (Il est): Malin, rusé, méfiant.
Se dit de quelqu’un difficile à tromper (Argot du peuple).
=CHAUD DE LA PINCE=: Hommes pour qui toutes les femmes sont bonnes.
On dit d’un homme _chaud_:
—Chien enragé mord partout (Argot du peuple).
=CHAUDE LANCE=: Maladie qui se soigne à l’hôpital Ricord, ou chez les charlatans qui vantent leurs spécifiques dans les pissotières.
—Traitement facile à suivre, en secret, même en voyage, guérison radicale sans rechute (Argot du peuple).
=CHAUDE COMME BRAISE=: Femme hystérique qui aime tous les hommes (Argot du peuple).
=CHAUFFE LA COUCHE=: Homme qui fait dans son ménage l’ouvrage de la femme.
Il soigne les enfants, il _chauffe la couche_ (Argot du peuple).
=CHAUFFE GRIPPARD=: Chaufferette (Argot du peuple).
=CHAUFFER=: On _chauffe_ une pièce pour la faire réussir et obtenir un succès.
_Chauffer_ une réunion publique.
_Chauffer_ une femme: la serrer de près, lui faire une cour assidue.
On disait autrefois: _coucher une femme en joue_. On ajoute de nos jours, par ironie:
—Tu ne la _tireras_ pas, ou bien encore: Ce n’est pas pour toi que le _four chauffe_.
_Chauffer_ une affaire pour attirer les actionnaires (Argot du peuple).
=CHAUSSETTES RUSSES=: Être nu-pieds dans ses souliers (Argot du peuple).
=CHAUSSON=: Putain.
Femme pour qui tout homme est bon.
On dit _putain_ comme _chausson_, parce que le _chausson_ prête beaucoup et va à tous les pieds (Argot du peuple).
=CHAUSSURE À SON PIED=: Femme laide et défectueuse qui trouve quand même un amant ou à se marier.
Elle a trouvé _chaussure à son pied_ (Argot du peuple). _N._
=CHELINGOTER DE LA GUEULE=: Puer de la bouche (Argot du peuple). =V.= _Trouilloter de la hurlette_.
=CHENILLE=: Femme laide (Argot du peuple). _N._
=CHEVALIER GRIMPANT=: Les _cambrioleurs_.
Allusion à ce que les voleurs opèrent aux étages supérieurs des maisons et qu’ils gravissent tous les escaliers (Argot des voleurs).
=CHEVALIER DE LA GRIPETTE=: Homme qui suit les femmes (Argot du peuple). _N._
=CHEVRONNÉ=: Voleur récidiviste qui a fait plusieurs congés en prison.
Allusion aux anciens _briscards_ de l’armée qui portaient des _chevrons_ sur le bras (Argot des voleurs).
=CHIALER=: Pleurer.
On dit aussi: y aller de sa larme (Argot du peuple).
=CHIARD=: Petit enfant.
Allusion à ce qu’il fait dans ses couches (Argot du peuple). _N._
=CHIASSE= (Avoir la): Avoir peur.
Mot à mot: se lâcher dans sa culotte (Argot du peuple). =V.= _Taf._
=CHIASSE=: Vieille fille publique.
C’est le dernier degré de l’abaissement (Argot des souteneurs).
=CHICAN=: Marteau (Argot des voleurs). =V.= _Balançon_.
=CHIC=: Il a du _chic_, il est bien.
C’est une femme _chic_, un beau porte-manteau, sa toilette est bien accrochée.
L’origine de cette expression n’est pas éloignée.
Un ministre de l’Empire, habitué des coulisses de l’Opéra, envoya deux danseuses du corps de ballet souper à ses frais chez le restaurateur Maire. Très modestes, elles ne dépensèrent à elles deux que quinze francs.
Quand le ministre demanda la note, il fit la moue. Le soir même il leur en fit le reproche et leur dit: Vous manquez de _chic_, pas de _chic_.
Quelques jours plus tard il renvoya deux autres danseuses souper au même restaurant. Elles dépensèrent cinq cents francs. Quand il paya il fit une grimace sérieuse: Trop de _chic_, trop de _chic_, fit-il.
Le mot fit fortune dans les coulisses et est resté (Argot des filles).
=CHICANE= (Grinchir à la): Variété du vol à la rencontre.
_Chicaner_ un individu pour le battre, pendant, qu’un complice le dévalise (Argot des voleurs). =V.= _Aquigeurs_.
=CHICHE=: Avare de son argent, lésineur qui tondrait un œuf.
_Chiche_ de ses pas, de sa personne, qui ne rendrait jamais un service à qui que ce soit.
_Chiche_ veut aussi dire: défier quelqu’un de faire quelque chose.
—_Chiche_ de faire ça (Argot du peuple).
=CHIE TOUT DEBOUT=: Se dit d’un ouvrier indolent, nonchalant.
Synonyme de _dort debout_ (Argot du peuple). _N._
=CHIEN TOUT PUR=: Eau-de-vie.
Allusion au buveur qui a la voix rauque et _aboie_ en parlant (Argot du peuple). =V.= _Eau d’aff_.
=CHIEN= (Avoir du): Posséder un aplomb remarquable.
Femme qui n’est pas belle, mais qui a beaucoup d’audace et plaît quand même.
Elle a du _chien_ (Argot du peuple).
=CHIÉE= (En avoir une): Avoir une _chiée_ d’enfants.
Avoir une _chiée_ d’ennuis à ne savoir où donner de la tête (Argot du peuple). _N._
=CHIER= (Tu me fais): Tu m’ennuies (Argot du peuple).
=CHIER DANS MON PANIER JUSQU’A L’ANSE= (Il a): Je n’en veux plus, j’en ai plein le dos.
On dit aussi: il a _chié dans ma malle_ (Argot du peuple). _N._
=CHIER DU POIVRE=: Se sauver des mains des agents.
S’en aller sans tambour ni trompette.
Synonyme de _pisser à l’anglaise_ (Argot du peuple). _N._
=CHIER DES CORDES À PUITS=: Individu qui est tellement constipé qu’il reste une heure sur la tinette en poussant des soupirs à fendre l’âme (Argot du peuple). _N._
=CHIER DES YEUX=: Pleurer (Argot du peuple). =V.= _Baver des clignots_.
=CHIEUR D’ENCRE=: Écrivain (Argot du peuple). =V.= _Cul de plomb_.
=CHIFFARDE=: Pipe (Argot du peuple). =V.= _Bouffarde_.
=CHINER=: Blaguer quelqu’un.
—Il est tellement _chineur_ que tout le monde passe à la _chine_ (Argot du peuple). _N._
=CHINER=: Courir les rues ou les campagnes pour vendre sa _camelotte_.
_Chiner_ est synonyme de _fouiner_.
Comme superlatif on dit _chignoler_ (Argot du peuple).
=CHINEUR=: Genre de voleurs dont les procédés se rapprochent de ceux des _charrieurs_.
Ils sont pour la plupart originaires du Midi (Argot des voleurs).
=CHIPER=: Prendre (Argot du peuple).
=CHIPOTER=: Marchander.
_Chipoter_ dans son assiette avant de manger (Argot du peuple). _N._
=CHIQUER-CONTRE=: =V.= _Battre comtois_.
=CHLASSE=: Saoul à ne pas tenir debout (Argot des souteneurs). _N._
=CHOPIN= (Faire un). Bonne affaire.
Mettre la main sur une femme qui possède des qualités exceptionnelles.
Si la chose faite ne vaut rien, on dit:
—Tu as fait un sale _chopin_ (Argot du peuple).
=CHOUCROUTMANN=: Allemand.
Allusion au mangeur de choucroute (Argot du peuple). _N._
=CHOUETTE=: Superlatif de tout ce qu’il y a de plus beau, le suprême de l’admiration.
_Chouette_ (être fait): être arrêté par les agents.
Ce n’est pas _chouette_: ce n’est pas bien.
Elle n’est pas _chouette_: elle est laide (Argot du peuple).
=CIBIGE=: Cigarette (Argot du peuple).
=CIGOGNE=: Le Dépôt de la Préfecture de police (Argot des voleurs).
=CINGLER LE BLAIRE= (Se): Se saouler.
Se piquer le nez (Argot du peuple).
=CIPAL=: Abréviation de municipal.
Il est franc et loyal, Y craint pas le _cipal_.
(Argot du peuple).
=CINQ CONTRE UN=: =V.= _Bataille des jésuites_.
=CINQ ET TROIS FONT HUIT=: Boiteux.
On dit aussi _ban-ban_.
Allusion au balancement du boiteux en marchant (Argot du peuple).
=CIREUX=: Qui a de la _cire_ aux yeux.
Dans le peuple on dit de celui qui est affligé de cette infirmité qu’il fournit les cierges au Sacré-Cœur (Argot du peuple).
=CIREUR=: Vol à la _cire_.
Voleur qui barbotte les couverts dans les rares restaurants où l’on se sert encore d’argenterie.
Il s’attable, déjeune tranquillement, puis, profitant du mouvement occasionné par le service, il colle adroitement avec de la cire un couvert sous la table, puis s’en va tranquillement.
Quelques instants plus tard un complice vient s’asseoir à la même table et fourre le couvert dans sa poche.
Ce vol est sans danger, si on s’aperçoit de la soustraction, le voleur demande que l’on le fouille, comme on ne trouve rien on lui fait des excuses (Argot des voleurs).
=CITRON=: Se dit d’un individu qui n’a jamais à la bouche que des paroles amères pour tous (Argot du peuple). _N._
=CLAQUE=: Maison de tolérance.
Abréviation de _claque-dents_ (Argot du peuple).
=CLAQUER=: Donner une _claque_ sur la figure ou sur le contraire.
Synonyme de _gifle_.
Allusion au bruit que produit la main (Argot du peuple).
=CLAQUER=: Mourir.
Allusion à un objet qui _claque_, qui _casse_ (Argot du peuple).
=CLAQUER DU BEC=: Avoir faim et ne rien avoir à se mettre sous la dent.
La faim donne la fièvre, les dents _claquent_ (Argot du peuple).
=CLAQUEURS=: Applaudisseurs à gages (Argot du peuple). =V.= _Romains_.
=CLAVINS=: Clous.
Les voleurs ne connaissent pourtant guère le latin.
_Clavin_ vient de _clavus_ (Argot des voleurs).
=CLIGNOTS=: Yeux (Argot des voleurs). =V.= _Chasses_.
=CLIQUETTES=: Oreilles (Argot du peuple). =V.= _Esgourdes_.
=CLOCHE DE BOIS=: Déménager furtivement sans prévenir son propriétaire.
Quand le déménagement s’opère par la fenêtre on dit: _déménager à la ficelle_.
Brûler ses meubles, c’est _déménager par la cheminée_.
On dit aussi: _déménager à la cloche de cuir_ ou à la _sonnette de bois_.
=CLOU=: Le mont-de-piété.
On va, les jours de _dèche_, y accrocher ses habits.
On dit aussi: aller chez _ma tante_, mon oncle en aura soin.
On dit également: au _plan_ (Argot du peuple).
=CLOUS=: Fausses clés (Argot des voleurs). =V.= _Caroubles_.
=CLOUS=: Terme de mépris employé dans les ateliers.
—Tu n’es qu’un _clou_ (Argot du peuple).
=COCU=: Pourquoi diable fait-on dériver _cocu_ de _coucou_?
Si l’on suivait la véritable étymologie du mot, ce n’est pas le _mari_, mais bien l’_amant_, qu’on devrait appeler _cocu_; en effet la légende veut que le _coucou_ lasse ses petits dans le _nid_ des autres oiseaux.
Qui cinquante ans aura vécu Et jeune femme épousera, S’il est galeux se grattera Avec les ongles d’un cocu.
(Argot du peuple).
=COGNE=: Gendarme (Argot des voleurs). =V.= _Hirondelle de potence_.
=COIFFÉ=: Être né _coiffé_, avoir de la chance, réussir toutes ses entreprises.
_Coiffé_ de quelque chose ou de quelqu’un (Argot du peuple). =V.= _Béguin_.
=COIRE=: Ferme ou métairie (Argot des voleurs).
=COLBACE=: Conscrit.
C’est une erreur d’écrire _colbasse_ pas plus que _colback_.
Ce mot est employé par les vieux _briscards_ qui n’aiment pas les _bleus_.
Il l’est également, par les anciens marlous pour désigner les jeunes souteneurs inexpérimentés (Argot des souteneurs).
=COLLE=: Mensonge.
Synonyme de _craque_.
—Tu penses que l’on ne croit pas à tes _craques_ (Argot du peuple).
=COLLÉ= (Être): Vivre maritalement avec une femme sans avoir passé par la mairie (Argot du peuple).
=COLLÉ= (Être) à un examen.
Avoir sa bille au billard, _collée_ sous bande.
Être _collé_: être pris en flagrant délit de mensonge (Argot du peuple).
=COLLÈGE=: Prison.
Cette expression est d’une grande justesse; c’est, en effet, en prison que les voleurs se perfectionnent dans leur art et que nos grands financiers du jour apprennent à ne plus se faire repincer (Argot des voleurs).
=COLIS=: Les courtiers ou placeurs qui racolent les femmes sur la voie publique pour les expédier dans les maisons de tolérance; nomment les femmes des _colis_:
—J’ai à vous expédier un _colis_ de 50 kilos (Argot dos souteneurs). _N._
=COLIFICHET=: Pain (Argot des voleurs). =V.= _Brichelon_.
=COLLIGNON=: Cocher de fiacre.
Cette expression date de l’assassinat de M. Juge par un cocher de fiacre nommé _Collignon_, qui fut arrêté par Proudhon, rue de l’Ouest.
_Collignon_ fut exécuté.
Ce nom est resté un terme de mépris (Argot du peuple).
=COMBERGE=: Aller à confesse (Argot des voleurs).
=COMBERGO= (Aller à): =V.= _Comberge_.
=COMPAS= (L’Avoir dans l’œil): Ouvrier qui a le coup d’œil juste, qui réussit une pièce d’un coup comme s’il avait pris ses mesures avec un _compus_ (Argot du peuple). _N._
=COMPLET= (Il est): Avoir bu outre mesure (Argot du peuple). _N._
=COMMANDITE=: Association d’un certain nombre d’ouvriers compositeurs pour faire un journal (Argot d’imprimerie).
=COMPTER SON LINGE=: Vomir (Argot du peuple). =V.= _Mettre du cœur sur du carreau_.
=CONCE DE CASTU=: Infirmier d’hôpital.
_Conce_ doit être une corruption de _gonce_ (Argot des voleurs).
=CONDÉ= (Avoir un): Individu qui obtient l’autorisation de tenir un jeu ou une boutique ambulante sur la voie publique, à condition de rendre des _services_ à la préfecture de police.
Avoir un _condé_ c’est être protégé et faire ce que les autres ne peuvent pas (Argot des camelots).
=CONASSE=: Fille peu au courant du métier, qui raccroche à n’importe quel prix (Argot des souteneurs). _N._
=CONNERIE=: Bêtise.
—Tu _déconnes_, tu ne sais pas ce que tu dis.
Mot à mot: tu es un _c-o-n_, pantoufle, un crétin.
Ce mot ancien vient de _conard_.
Il est employé dans le peuple pour désigner un autre objet (Argot du peuple).
=CONSOLATION= (S’en offrir une): Aller boire un coup et même plusieurs chez le marchand de vin pour faire passer un chagrin réel ou imaginaire.
Un _assommoir_ de Belleville avait pris cette enseigne; les buveurs se _consolaient_ en s’empoisonnant (Argot du peuple).
=CONSOLATION=: Jeu qui se joue dans les wagons de chemins de fer au retour des courses.
Les _bonneteurs_ offrent la _consolation_ aux joueurs malheureux, qui ont celle de se voir encore dépouillés (Argot des camelots).
=CONTRE-COUP=: Contre-maître.
Quand un ouvrier fait un _loup_ (manque une pièce), c’est le contremaître qui reçoit le _contre-coup_ du patron (Argot du peuple). _N._
=CONVALESCENCE= (Être en): Sous la surveillance de la haute police (Argot des voleurs). =V.= _Surbine_.
=COPAIN=: Camarade de collège, compagnon.
Ce mot n’appartient pas à Ed. About, comme le dit M. Lorédan Larchey, c’est un dérivé du vieux mot français _compaing_.
_Copaille_ pour _copain_ (Argot des voleurs).
=COQUER=: Dénoncer (Argot des voleurs). =V.= _Mouton_.
=COQUER DE RIFLE=: Allumer une femme.
S’enflammer en la regardant (Argot des voleurs).
=COQUER LA LOFFITUDE=: Prêtre qui donne l’absolution.
—J’ai été _à comberge_ et le _ratichon_ m’a _coqué la loffitude_ (Argot des voleurs).
=CORBEAU=: Frère ignorantin.
Quand les gamins rencontrent un frère, ils crient: _Couac! couac!_ imitant le _croassement_ du corbeau (Argot du peuple).
=CORBILLARD=: On écrivait autrefois _corbeillard_, parce que ce mot désignait le coche d’eau qui faisait le service entre Paris et Corbeil.
On a écrit également _corbillas_ et _corbillat_.
Gouffé a chanté la lugubre voiture:
Que j’aime à voir un _corbillard_; Ce goût-là vous étonne? Mais il faut partir tôt ou tard, Le sort ainsi l’ordonne
Et loin de craindre l’avenir, Moi de cette aventure Je n’aperçois que le plaisir D’aller en voiture.
L’expression de _corbillard_ date de 1793, époque de la création de ces voitures (Argot du peuple). _N._
=CORBUCHE LOFF=: Faux ulcère.
Les mendiants, pour exciter la charité publique, employent toutes sortes de moyens; ils se font manchots, culs-de-jatte, boiteux, etc.
Le truc le plus usité est celui des faux ulcères; une simple mouche de Milan suffit pour produire une plaie artificielle qui peut disparaître par un simple lavage.
Les troupiers carottiers pratiquent ce moyen pour aller à l’infirmerie (Argot des voleurs). _N._
=CORCIFÉ=: La prison de la Conciergerie (Argot des voleurs).
=CORDELETTE=: Chaîne de montre (Argot des voleurs). =V.= _Cadenne_.
=CORNARD=: Vient de _cornette_, de la _cornette_ des femmes.
Autrefois, un mari qui se laissait tromper par sa femme était appelé _porteur de cornette_ (Argot du peuple).
=COSQSIS=: =V.= _Balanceur de tinettes_.
=COSTEL= ou =CAUSTEL=: Souteneur.
Balance moi-là: et ne sois plus _caustel_, Casser des lourdes vaut mieux que... des chats.
(Argot des souteneurs).
=COTES EN LONG=: Fainéant (Argot du peuple). =V.= _la Basse_.
=CÔTELETTE DE PERRUQUIER=: Deux sous de fromage de Brie (Argot du peuple).
=COTTERET=: Forçat libéré.
_Cotteret_: Petit fagot de bois.
_Cotteret de bordel_: Paquet de petites bûchettes qui coûte dix centimes et s’allume instantanément.
Allusion à la courte durée de la passe qui ne dure pas plus que le petit paquet de bois (Argot du peuple).
=COUACHE=: Tête (Argot des voleurs).
=COUCHE= (En avoir une): Être bête à manger du foin.
Allusion à la _couche_ de fumier que mettent les maraîchers dans leurs châssis pour faire hâtivement pousser les melons; plus la _couche_ est épaisse, meilleur est le résultat (Argot du peuple). _N._
=COUCHER À LA BELLE ÉTOILE=: Dormir dans les champs.
On dit aussi: _coucher dans le lit aux pois verts_ (Argot du peuple).
=COUILLE EN BÂTON= (De la): C’est une bêtise.
Mot à mot: ce n’est rien (Argot du peuple).
=COUILLON=: Imbécile, peureux (Argot du peuple).
=COULAGE= (Avoir du): Ne pas surveiller ses ouvriers.
Perdre sur une commande ou sur une vente.
_Couler_ le patron: le ruiner petit à petit (Argot du peuple).
=COULE= (Être à la): Malin qui croit que personne ne peut le tromper.
On dit: _Il la connaît dans les coins_; pas moyen de lui introduire: _il est à la coule_ (Argot du peuple).
=COULER DOUCE= (Se la): Faire le moins de travail possible et vivre pour le mieux (Argot du peuple).
=COULER UN ENFANT=: Faire avorter une femme (Argot du peuple).
=COULER QUELQU’UN=: _Couler_ un individu dans l’esprit de quelqu’un en disant de lui pis que pendre; le perdre dans l’estime d’autrui (Argot du peuple).
=COULEURS= (En faire voir de toutes les): Mentir, tromper.
Faire à quelqu’un tous les tours possibles (Argot du peuple).
=COUILLONADE=: Il ne faut pas faire attention à ce qu’il dit, il ne raconte jamais que des _couillonades_ (Argot du peuple).
=COUP=: Procédé secret et particulier (Argot des voleurs).
=COUP DE BAS=: Coup dangereux.
Achever quelqu’un, le finir (Argot des voleurs).
=COUP DE FLAN=: Voler au hasard (Argot des voleurs).
=COUP DE FUSIL=: Vendre à n’importe quel prix (Argot des camelots).
=COUP A MONTER=: Piège à tendre.
Tromper quelqu’un (Argot des voleurs).
=COUP DE LA BOUFFÉE=: Genre de vol pratiqué chez les grands bijoutiers.
Le voleur fume un énorme cigare, il lance au visage de la bijoutière un formidable jet de fumée; aveuglée, elle ne voit pas les mains du voleur travailler (Argot des voleurs).
=COUP DE CHASSES=: Coup d’œil.
Système employé par certaines filles pour raccrocher les passants.
—Tu ne _marches_ pas, as-tu vu ce _coup de chasses_? (Argot du peuple).
=COUP DE CANIF DANS LE CONTRAT=: Homme qui trompe sa femme ou femme qui trompe son mari.
On dit aussi, quand une femme a une masse d’amants, que le _contrat est criblé de coups de sabre_ (Argot du peuple).
=COUP DE FION=: Terminer un ouvrage (Argot du peuple). =V.= _Fignoler_.
=COUP DU CHANDELIER= (Le): Dans les maisons de rendez-vous ou chez les femmes publiques un peu cossues, une fois la séance terminée, la bonne vous reconduit en vous éclairant (c’est à charge de revanche), on lui donne généralement un pourboire; elle vous remercie gracieusement, en ajoutant comme Bilboquet:
—Si vous êtes content et satisfait, envoyez-nous du monde.
C’est le _coup du chandelier_ (Argot des filles).
=COUP DU LAPIN=: Achever un adversaire, lui donner le coup suprême.
Le bourreau donne le _coup du lapin_ au condamné à mort (Argot des voleurs).
=COUP DU MALADE=: Le voleur va chez un bijoutier choisir des bijoux; il demande qu’on lui porte sa commande à son appartement; il s’en va, et, aussitôt rentré, il se couche en attendant le commis et simule un mal subit.
Quand le commis arrive il trouve l’acheteur entouré de fioles et de pommades, gémissant, il paraît souffrir mille douleurs.
Il renvoie le commis chercher un autre objet, qu’il dit avoir commandé la veille; le commis part sans défiance en laissant les bijoux sur la cheminée; aussitôt le malade se lève et se sauve au plus vite. Quand le commis revient, visage de bois (Argot des voleurs).
=COUP DE MARTEAU=: Fou par instant (Argot du peuple). =V.= _Mailloché_.
=COUP DU MOINEAU=: Un _pégriot_ a un pierrot apprivoisé; il avise une boutique et lâche son oiseau; celui-ci se sauve derrière les sacs; il entre, pleure, se désole:
—Mon pierrot, mon pierrot.
Les garçons, le patron, la patronne, tout le monde est après le pierrot. Le _pégriot_ profite de cette chasse improvisée pour fouiller dans le comptoir et prendre une poignée de monnaie.
Le pierrot est pris, le gamin se sauve en remerciant, le tour est joué (Argot des voleurs). _N._
=COUP DU PÈRE FRANÇOIS=: Ce coup est très ancien. Autrefois les détenus l’employaient pour se débarrasser d’un personnage qui _moutonnait_.
Il consiste simplement à étrangler un passant à l’aide d’un foulard de soie.
Louis le _Bull-Dogue_, élève du _père François_ explique ainsi la manière d’opérer:
Pour faire le coup du Père _François_, Vous prenez un foulard de soie; Près au client en tapinois Vous vous glissez sans qu’il vous voie Et crac! vous lui coupez la voix. Sitôt qu’il est devenu de bois Vous lui prenez son _os, ses noix_. Et c’est ainsi qu’un Pantinois Peut faire fortune avec ses doigts.
=COUP DE POUCE=: Système employé par certains commerçants pour aider la balance à pencher du côté de la pesée.
Les bouchers jouissent d’une grande habileté pour le _coup de pouce_ (Argot du peuple).
=COUP DE SOLEIL=: Avoir trop bu du petit bourguignon.
On dit aussi un _coup de sirop_ (Argot du peuple).
=COUPE SIFFLET=: Couteau (Argot des voleurs). =V.= _Lingre_.
=COUPER=: Échapper.
—Tu n’y échapperas pas, tu n’y _couperas pas_.
On _coupe_ à une corvée, à une obligation quelconque (Argot du peuple).
=COURIR= (D’une peur et d’une envie de): Voleur qui s’offre un paletot à l’étalage sans s’occuper du prix.
—Te voilà bien rupin, ma vieille branche, combien que ta pelure te coûte?
—Une peur et une envie de _courir_ (Argot du peuple). =V.= _Foire d’empoigne_. _N._
=COURTAUD DE BOUTANCHE=: Lourdaud de boutique.
Synonyme de _calicot_ (Argot des voleurs).
=COURTIER=: Voleur qui prépare le coup à faire (Argot des voleurs). =V.= _Nourrisseur de poupard_.
=CRACHER DANS LE SAC=: Allusion à la tête du condamné à mort qui tombe dans le sac de sciure.
On dit aussi: _éternuer dans le sac_ (Argot des voleurs).
=CRACHER DES PIÈCES DE QUATRE SOUS=: Avoir la gorge sèche au lendemain d’une soulographie.
Allusion à l’absence de salive (Argot du peuple). =V.= _Gueule de bois_.
=CRACHER AU BASSINET=: Faire _cracher_ (payer) un débiteur dur à la détente (Argot du peuple).
=CRAIE D’AUVERPIN=: Charbon (Argot du peuple).
CRAMPE (La tirer): =V.= _Rouscailler_.
=CRAMPON=: Femme ou maîtresse qui ne vous lâche pas et dont rien ne peut vous débarrasser pas même la mort—quand on en rêve (Argot du peuple).
=CRAMPONNER= (Être): =V.= _Crampon_.
=CRAN= (Être à cran): Être furieux.
On dit aussi: être à _crin_ (Argot du peuple).
=CRANEUR= (Faire le): Homme qui se fait plus fort qu’il ne l’est, au physique comme au moral.
Un souteneur qui veut tenir le haut du pavé, est un _crâneur_ (Argot du peuple).
=CRAPAUD=: Cadenas (Argot des voleurs).
=CRAPAUD=: Moutard (Argot du peuple).
=CRAPSER=: Mourir.
D’aucuns écrivent _clamser_ ou _krapser_. C’est _crapser_ qui est le vrai mot (Argot des voleurs).
=CRAPULARD=: Superlatif de _crapule_.
Synonyme de canaille, gredin, scélérat.
Injure adressée à des individus assez adroits pour commettre des délits sans tomber sous l’application des lois.
Terme très usité dans le peuple (Argot du peuple). _N._
=CRAQUEUR=: Menteur (Argot du peuple).
=CRÈME=: C’est une _crème_ d’homme pour dire: _il est bon_.
Même signification que: _c’est un beurre_.
Les bourgeois pour exprimer qu’un être est beau disent également:
—C’est une _crème_.
—C’est une bonne pâte d’homme (Argot du peuple).
=CRÊPER LE CHIGNON= (Se): Se dit de deux femmes qui se battent avec acharnement.
C’est le contraire qu’il faudrait dire, car après la bataille, le _chignon_ est plus que _décrêpé_ (Argot du peuple).
=CRESSON SUR LE CAILLOU= (N’en plus en avoir): Homme chauve (Argot du peuple).
=CREVER LE BOCAL= (S’en faire): Avoir trop mangé.
S’être bourré au point que le _bocal_ (ventre) en _crève_ (Argot du peuple).
=CREVETTE=: Nom donné aux filles du demi-monde.
On appelle aussi _crevette_ une femme maigre (Argot du boulevard). =V.= _Agenouillée_.
=CRIBLER À LA GRIVE=: Crier à la garde. Appeler au secours (Argot des voleurs).
=CRIBLEUR DE VERDOUZE=: Marchand des quatre saisons (Argot des voleurs).
=CRIBLEUR DE FRUSQUES=: Marchand d’habits (Argot des voleurs).
=CRIER AUX PETITS PÂTÉS=: Femme qui accouche difficilement et qui crie comme une baleine (Argot du peuple).
=CRIGNE=: Viande dure comme une vieille semelle (Argot des voleurs) =V.= _Bidoche_.
=CRIGNOLIER=: Boucher.
Marchand de _crigne_ (Argot du peuple).
=CRIN= (Être comme un): Homme sans cesse furieux.
Individu plus gênant que gêné (Argot du peuple).
=CRIN-CRIN=: Violon.
Allusion au grincement de l’archet sur les cordes (Argot du peuple).
=CROCHETTES=: Clés (Argot des voleurs). =V.= _Carouble_.
=CROMPER LA TANTE=: Détenu qui s’emploie, pour faire évader un de ses camarades (Argot des voleurs).
=CRONÉE=: Écuelle.
Une _cronée_ de _barbillons de Beauce_, voilà la _pitance_ à la _Centrousse_.
=CROQUE-MORT=: Porteur de mort.
Monsieur le Mort, laissez-vous faire, Il ne s’agit que du salaire.
Le _croque-mort_ est généralement joyeux, il a toujours le _petit mort_ pour rire. C’est l’un d’eux qui a trouvé que la meilleure _bière_ est celle de _sapin_ (Argot, du peuple).
=CROQUANT=: Paysan (Argot du peuple). =V.= _Pétrousquin_.
=CROQUENEAUX VERNEAUX=: Souliers vernis (Argot du peuple).
=CROSSEUR=: L’avocat général (Argot des voleurs). =V.= _Bêcheur_.
=CROTTE DE PIE=: Pièce de cinquante centimes (Argot des voleurs).
=CROTTE D’ERMITE=: Poire cuite.
Allusion à la forme (Argot des voleurs).
=CROUSTILLAGE=: Nourriture (Argot du peuple). _N._
=CROUSTILLANT=: Quelque chose qui _croustille_ sous la dent.
Pain appétissant, bien cuit.
Jolie fille dont les appâts sont pleins de promesses.
Un récit vif, animé, plein de situations égrillardes, est _croustillant_.
Paul de Kock et Pigault Lebrun sont restés les maîtres du genre (Argot du peuple).
=CROUTER=: Casser la croûte.
Le matin, avant de commencer la journée et à quatre heures, les ouvriers mangent un morceau sur le pouce.
Ils cassent une _croûte_.
On dit aussi: l’heure de la _croustille_ (Argot du peuple). _N._
=CROUTON=: Vieillard bon à rien (Argot du peuple). =V.= _Birbe_.
=CRU DU CHÂTEAU LA POMPE=: Eau.
Se dit par ironie (Argot du peuple).
CUILLER DANS LA TASSE (L’avoir laissée): Femme enceinte (Argot du peuple). =V.= _Avaler le pépin_.
=CUIR=: Peau (Argot du peuple).
=CUIR À RASOIR=: Tétasses d’une vieille femme dont la peau est dure comme du _cuir_.
On pourrait repasser ses rasoirs dessus (Argot du peuple). =V.= _Calebasse_.
=CUISINER=: Quand un prisonnier ne veut pas avouer, les agents le «cuisinent» pendant trois ou quatre heures s’il le faut.
Ils réussissent presque toujours, et le prisonnier ne trouve jamais cette _cuisine_ à son goût (Argot des voleurs).
=CUITE= (En prendre une): Se saouler royalement (Argot du peuple). =V.= _Culotte_.
=CULBUTE OU CULBUTANT=: Pantalon (Argot du peuple). =V.= _Falzar_.
=CULBUTE= (Faire la): Négociant qui fait faillite.
Il fait littéralement _la culbute_ (Argot du peuple).
=CUL DE PLOMB=: Employ rivé à son fauteuil d’un bout de l’année à l’autre (Argot du peuple).
=CULOTTE= (En prendre une): Être abominablement pochard.
On dit également: il est _cuit_, il a trop _chauffé le four_ (Argot du peuple).
=CULOTTE= (Prendre une): Perdre une grosse somme au jeu (Argot des joueurs).
=CUL TERREUX=: Paysan.
L’allusion est transparente (Argot du peuple). =V.= _Pétrousquin_.
=CURÉ DE CAMPAGNE=: Femme à tout faire, qui sait se retourner à l’occasion (Argot des filles).
=CURIEUX=: Juge (Argot des voleurs). =V.= _Palpeurs_.
=CŒUR SUR LE CARREAU= (Mettre le): Vomir (Argot du peuple).
D
=DAB= ou =DABE=: Père (Argot du peuple).
=DAB DES RENIFLEURS=: Préfet de police (Argot des voleurs).
=DABIER=: Père (Argot du peuple).
=DADA= (Avoir un). =V.= _Marotte_.
=DAIM=: Imbécile (Argot du peuple). =V.= _Couillon_.
=DANDILLANTE=: La cloche.
Dans les usines, la _cloche_ sonne les heures d’entrées et de sorties et aussi l’heure des repas.
—Si je suis en retard c’est parce que tu as foutu un _coup de pouce_ à la _tocante_ du _singe_.
Mot à mot: la cloche _dandille_ (Argot du peuple).
=DANDINETTE=: Diminutif de _danse_, battre légèrement.
_Dandinette_ est une correction infligée à un enfant désobéissant (Argot du peuple).
=DANDILLER=: Sonner.
Les faubouriens en ont fait _dardiller_, de _dard_.
—Je _dardille_ pour une belle fille (Argot du peuple). _N._
=DANSE= (En donner une): Battre un individu.
Entrer en _danse_, entrer dans une affaire, apparaître (Argot du peuple).
=DANSER=: Faire _danser_ quelqu’un.
Synonyme de faire payer (Argot du peuple).
=DANSER DU BEC=: Puer de la bouche (Argot du peuple). =V.= _Trouilloter de la hurlette_.
=DANSER L’ANSE DU PANIER= (La faire): Domestique qui majore les denrées qu’elle achète et fait payer cent sous à la patronne ce qui en vaut quarante (Argot du peuple).
=DARDANTS=: Mes amours (Argot des voleurs).
=DARDUNNE=: Cinq francs (Argot des voleurs). =V.= _Tune_.
=DARIOLE=: Soufflet, coup de poing. _A. D._
La _dariole_ est une pâtisserie commune qui se vend dans les fêtes publiques.
Le pâtissier se nomme _darioleur_ (Argot du peuple). _N._
=DARON=: =V.= _Dabe_.
=DARONNE=: Mère; dans le peuple on dit la _dabuche_ (Argot du peuple).
=DAUF=: =V.= _Paf_.
=DAUDÉE= (Passer à la): Souteneur qui _floppe_ sa _marmite_ quand elle ne rapporte pas de _pognon_ (Argot des souteneurs). _N._
=DÉBACHER LA ROULOTTE=: Changer la voiture de place.
Les forains emploient cette expression pour indiquer qu’il vont d’une ville à une autre (Argot des saltimbanques).
=DÉBAGOULER=: Cette expression est usitée dans les faubourgs pour qualifier un orateur de réunion publique qui _débagoule_ son _boniment_ (Argot du peuple).
=DÉBALLAGE=: Étalage par les camelots de marchandise sur la voie publique ou dans des boutiques louées au mois.
_Déballage_ se dit aussi dans le peuple d’une femme avec qui on couche pour la première fois.
—Tu la crois dodue, bien faite tu vas la voir au _déballage_; elle a été moulée dans un cor de chasse (Argot du peuple).
=DÉBALLER=: Soulager ses entrailles pour quinze centimes, ce que ne pouvait digérer Villemessant qui trouvait exorbitant d’être forcé de donner trois sous pour restituer un petit pain qui n’en coûtait qu’un et encore en laissant la marchandise (Argot du peuple).
=DÉBALLONNER= (Se): S’évader.
Mot à mot: se sauver du _ballon_ (prison).
_Déballonner_: accoucher.
Se défaire de son _ballon_ ou mieux du _lève-jupes_ (Argot des voleurs).
=DÉBINE=: Se prend de manières différentes.
Être dans la misère la plus complète.
—Je suis dans la _débine_.
—Je m’en vais, je me sauve, je me _débine_ (Argot du peuple).
=DÉBINER=: Dire du mal de quelqu’un.
—Nous l’avons tellement _débiné_ qu’il n’a pu réussir (Argot du peuple).
=DÉBINER LE TRUC=: Compère mécontent qui révèle le secret de son associé (Argot des voleurs).
=DÉBOUCLER SA VALISE=: Mourir.
On devrait plutôt dire _boucler_ car le voyage est assez long (Argot des commis voyageurs).
=DÉBOULER=: Arrivée subite de quelqu’un que l’on n’attendait pas.
—Il _déboule subito_ (Argot du peuple).
=DÉBOULER=: Femme qui accouche.
Allusion de forme; enceinte à pleines ceintures, elle est ronde comme une boule; accouchant elle _déboule_ (Argot du peuple).
=DÉBOULONNER SA COLONNE=: Mourir.
Cette expression n’est employée que depuis 1871, lorsque les communards jetèrent la colonne Vendôme par terre parce qu’elle gênait Courbet (Argot du peuple).
=DÉBOURRER SA PIPE=: =V.= _Déballer_.
=DÉBRIDOIRE=: Outil de malfaiteurs (Argot des voleurs). =V.= _Tâteuse_.
=DÉBOUTONNER=: Parler, avouer.
—Tu peux te _déboutonner_ mon vieux, il faut que nous sachions ce que tu as dans le ventre.
On dit aussi: _Déculotte ta pensée_ (Argot du peuple).
=DÉBROUILLARD=: Individu qui sait se débrouiller au milieu des ennuis de la vie et qui en sort victorieux.
On emploie, dans les ateliers, cette image caractéristique, mais peu parfumée:
—Il sortirait de cent pieds de merde (Argot du peuple).
=DÉCALITRE=: Chapeau.
Il a, en effet, la forme d’un boisseau (Argot du peuple).
=DÉCAMPER SANS TAMBOUR NI TROMPETTE=: Lâcher une femme ou un patron sans les prévenir.
Fausser compagnie à quelqu’un.
Laisser une affaire en plan (Argot du peuple).
=DÉCANILLER=: Se lever de sa chaise ou de son lit.
—Allons, paresseux, _décanille_ plus vite que ça (Argot du peuple).
=DÉCARADE=: S’en aller au plus vite.
En un mot, _décarrer_, partir.
Une vieille chanson dit:
Allons, Flipote, Met ta capote, Et puis, _décarrons_-nous.
(Argot du peuple).
=DÉCARCASSER= (Se): S’échiner à faire un travail qui produit peu.
Se _décarcasser_ à courir pour arriver à l’heure de la cloche.
—J’ai beau me _décarcasser_, je ne suis pas plus avancé une année que l’autre (Argot du peuple).
=DÉCARRER DE BELLE=: Sortir de prison à la suite d’une ordonnance de non-lieu.
Mot à mot: Je l’échappe belle (Argot des voleurs).
=DÉCARTONNER=: Mourir de consomption.
Les commères disent: mourir à petit feu.
_Décartonner_ est synonyme de _décoller_ (Argot du peuple).
=DÉCHARD=: Qui est dans la dèche (Argot du peuple).
=DÈCHE=: Synonyme de _débine_.
Cette expression est due à une circonstance curieuse:
Un colosse, nommé _Hache_, marchand de _ribouis_ au marché du Temple, avait la passion du théâtre; il figurait au cirque de l’ancien boulevard du Temple. Il occupait l’emploi de tambour-major de la garde; c’était insuffisant pour son ambition: il voulait parler. À force d’obsessions, il obtint de Lalouc de dire un mot dans une pièce. Il devait dire à Napoléon:
—Quel échec, mon Empereur!
La langue lui fourcha, il avait oublié sa phrase.
Alors, à tout hasard, il s’écria:
—Sire, ah! quelle _dèche_!
L’expression est restée, et, dans le peuple, quand on veut indiquer un grand malheur elle est employée (Argot du peuple).
=DÉCHIRER SA TOILE=: Péter.
Allusion au bruit qui souvent ressemble à un déchirement (Argot du peuple). =V.= _Peau courte_.
=DÉCORS=: Bijoux.
L’expression est jolie. On dit dans le peuple, d’une femme chargée de bijoux: Elle est _décorative_ (Argot du peuple).
=DÉCRASSER=: Les filles _décrassent_ un homme en le débauchant d’abord, en le ruinant ensuite.
Les voleurs _décrassent_ un pante en le volant.
_Décrasser_, dans un autre sens, est synonyme de _déniaiser_ (Argot du peuple).
=DÉCROCHER UN LARDON=: Faire avorter une femme.
Les spécialistes qui se livrent à ce genre de travail se nomment des _faiseuses d’anges_ (Argot du peuple). _N._
=DÉCROCHER LA LUNE AVEC LES DENTS=: Vouloir accomplir une chose impossible.
Expression employée par ironie (Argot du peuple).
=DÉCROCHER LA TIMBALE=: Arriver bon premier, réussir.
Allusion au mât de cocagne, où le premier arrivé au sommet _décroche_ le premier prix qui est généralement une _timbale_.
Cette expression est populaire depuis la représentation de la pièce intitulée la _Timbale_ (Argot du peuple). _N._
=DÉCROCHEZ-MOI ÇA=: Vêtements fripés que vendent les marchandes à la toilette.
Comme les vêtements sont _accrochés_ et étiquetés, inutile de marchander; on n’a qu’à dire à la vendeuse: _Décrochez-moi ça_.
Toute personne mal habillée sent le _décrochez-moi ça_ (Argot du peuple).
=DÉCROCHER SES TABLEAUX=: Individu qui sans cesse se fourre les doigts dans le nez pour on retirer les ordures.
—Tu reçois donc du monde que tu _décroches tes tableaux_? (Argot du peuple).
=DÉCULOTTÉ=: Homme qui a mis son mobilier ou son commerce au nom de sa femme.
Il ne porte plus la _culotte_.
_Déculotté_ aussi quand la femme est maîtresse au logis: elle porte les _culottes_ (Argot du peuple).
=DÉFARGUER=: Pâlir.
Le parrain fargue, Le bêcheur défargue,
dit une vieille chanson (Argot des voleurs).
=DÉFARGUER=: Les joueurs disent cela d’une carte qui les gêne.
Au _polignac_ ils se _défarguent_ du valet de pique (Argot des voleurs). _N._
=DÉFENDRE SA QUEUE=: Défendre sa peau dans une bataille.
Quand deux chiens se battent dans la rue, les spectateurs crient:
—Toto, _défend ta queue_.
_Défendre sa queue_, c’est défendre ses intérêts de toutes manières (Argot du peuple).
=DÉFILER LA PARADE=: Se dit à quelqu’un que l’on chasse.
—Allons, _défilez la parade_, et plus vite que ça (Argot du peuple).
=DÉFLEURIR= ou =DÉFLOUER LA PICOUSE=: Voler le linge qui sèche dans les campagnes, sur des haies (Argot des voleurs). =V.= _Batousier_.
=DÉFOURAGER=: S’en aller, quitter un endroit pour un autre.
—Je _défourage_ de la _Centrousse_ pour _renquiller_ à _Pantin_ (Argot des voleurs).
=DÉGLINGUE= (Tomber dans la): Être tout à fait par terre.
Plus misérable que les misérables (Argot du peuple). _N._
=DÉGOBILLER=: Vomir (Argot du peuple). =V.= _Mettre du cœur sur le carreau_.
=DÉGOTTER=: Se dit de quelqu’un mal habillé.
—Tu la _dégottes_ mal.
_Dégotter_, signifie également trouver.
—Il y a deux mois que je la cherche, j’ai fini par la _dégotter_.
_Dégotter_ quelqu’un: faire quelque chose mieux que lui.
Victor-Hugo, par exemple _dégotte_ Sarrazin, le poète aux olives (Argot du peuple).
=DÉGOURDI=: Se dit par ironie d’un homme lourd et pâteux.
—J’ai froid, je vais marcher vite pour me _dégourdir_ les jambes.
On dit d’une gamine qui connaît à six ans ce qu’elle devrait ignorer à quinze: elle est _dégourdie_ pour son âge (Argot du peuple).
=DÉGRAISSEUR=: Le garçon de banque qui à chaque échéance vient _dégraisser_ les débiteurs (Argot du peuple). _N._
=DÉGRINGOLADE=. =V.= _Dégringoler_.
=DÉGRINGOLADE À LA FLÛTE=: Vol commis par une fille sur un _miché_ de passage.
L’expression _flûte_ est assez significative (Argot des voleurs).
=DÉGRINGOLER=: Tomber d’une haute situation dans la misère.
_Dégringoler_ un _pante_: tuer un bourgeois.
_Dégringoler_ des hauteurs d’un succès pour tomber dans la médiocrité (Argot du peuple).
=DÉGUEULAS, DÉGUEULATIF, DÉGUEULBIF, DÉGOÛTATIF ET EMMERDATOIRE=: Individu à l’aspect tellement dégoûtant que sa vue soulève le cœur et donne envie de vomir (Argot du peuple). _N._
=DÉGUISER EN CERF= (Se): Se sauver le plus rapidement possible.
—Je t’invite à un bal masqué, quel costume prendras-tu?
—Je me _déguise en cerf_.
Mot à mot: Je n’y vais pas (Argot du peuple). _N._
=DÉMARQUEUR DE LINGE=: Homme de lettres qui pille ses confrères sans façon.
_Démarquer_ un article de journal: changer simplement les phrases.
Allusion aux voleurs qui _démarquent_ le linge avant de le _bazarder_ au _fourgat_ (Argot du peuple).
=DEMI-AUNE=: Le bras.
Les mendiants disent:
—_Je tends la demi-aune._
C’est une façon de ne pas avoir l’air que l’on tend la main (Argot des mendiants).
=DEMI-RÉCOLTE=: Personne petite, naine, chétive.
On dit dans le peuple:
—Sa mère devait être concierge, un locataire aura demandé le cordon au bon moment (Argot du peuple). =V.= _Bas du cul_.
=DEMOISELLE DE PAVEUR=: Sorte de pilon en bois garni à sa base d’un fort morceau de fer. Il sert à enfoncer les pavés pour égaliser la rue.
Ce pilon a deux anses en forme de bras; pour le soulever, les paveurs le prennent par les bras.
Allusion au bras que l’on donne aux _demoiselles_.
Elles sont généralement moins dures à soulever que la _demoiselle_ du paveur (Argot du peuple). _N._
=DÉMONTER SON CHOUBERSKI=: Mourir.
L’expression n’est pas juste, on devrait plutôt dire: _monter son chouberski_, car chacun sait que ce poêle n’a rien de commun avec l’élixir de longue vie (Argot du peuple). _N._
=DÉMORGANER=: Accepter une observation.
Comprendre que la _morgue_ est inutile (Argot du peuple).
=DEMORRE=: Homme (Argot des voleurs).
=DÉMURGER=: Fuir.
Cette expression est fréquemment employée par les souteneurs au cours d’une bataille:
—Voilà la rousse, _démurge_, ou y vont le faire _chouette_. La _copaille_ va rendre l’_affe_, il est _saigné_ au bon coin (Argot des voleurs).
=DÉNICHEUR DE FAUVETTES=: Terme ironique employé pour se moquer d’un individu qui se vante de prendre la virginité des filles (Argot du peuple). =V.= _Dépuceleur de nourrices_. _N._
=DÉPAILLER=: Jusqu’ici cette expression était employée pour dire qu’une chaise n’avait plus de paille: elle était _dépaillée_.
Dans les quartiers pauvres, les ouvriers n’ont généralement pas de sommiers; ils couchent sur des _paillasses_ garnies de _paille_ de seigle; quand un propriétaire, un vautour impitoyable, veut les faire expulser, ils disent:
—Tu peux aller chercher le _quart_ et tous ses _sergots_, tu ne me feras pas _dépailler_.
Mot à mot: _abandonner ma paille_ (Argot du peuple). _N._
=DÉPENDEUR D’ANDOUILLES=: Homme grand comme une perche à houblon.
Allusion à ce qu’il pourrait sans échelle _dépendre les andouilles_ suspendues au plafond (Argot du peuple).
=DÉPENSER SA SALIVE=: Orateur qui parle à un auditoire distrait; il parle en pure perte et _dépense sa salive_ inutilement.
On dépense sa salive à vouloir convaincre quelqu’un qui ne veut rien savoir (Argot du peuple). _N._
=DÉPIAUTER=: Synonyme de _dépouiller_.
Terme commun.
—Je me déshabille, je me _dépiaute_.
Quand les voleurs _s’en veulent_ pour un motif quelconque, ils tentent de _s’arracher la peau_.
Mot à mot: se _dépiauter_ comme un lapin (Argot des souteneurs).
=DÉPITÉ=: Ennuyé, éprouver du _dépit_, dans le sens de _déception_.
Dans le peuple on applique cette expression aux _députés_ non réélus.
Le mot français est devenu un mot d’argot.
—C’est un _dépité_ de la Seine ou d’ailleurs.
On dit encore qu’il a été _dépoté_, prenant la Chambre pour un _pot_.
Ou bien:
—Les électeurs l’ont enfin _déporté_ (Argot du peuple). _N._
=DÉPLANQUER=: Quand un voleur est en prison, il est en _planque_.
Il est également en _planque_ quand il est _filé_ par un agent; quand il sort de prison ou quand il _grille_ l’agent, il se _déplanque_ (Argot des voleurs). =V.= _Déplanqueur_.
=DÉPLANQUEUR=: Complice qui déterre les objets volés pendant que son camarade subit sa peine.
C’est un usage chez les voleurs d’enterrer pour les soustraire à la justice, les objets volés; au moins s’ils subissent une peine ils ne font pas du _plan de couillé_ (Argot des voleurs).
=DÉPONER=: _Levare ventris onus_. _A. D._
Nous voilà suffisamment renseigné si on ajoute pour comprendre que _déponer_ vient de _ponant_, _derrière_, et que _déponer_ est synonyme de _débourrer_.
Quand un individu vous cramponne par trop, on l’envoie... _déponer sur la planche_ où il met son pain (Argot du peuple).
=DÉPOTOIR=: Confessionnal.
C’est bien en effet un _dépotoir_, puisque l’on y laisse ses ordures, une fois l’absolution reçue (Argot des voleurs). =V.= _Comberge_.
=DÉPOT=: Prison située sous le Palais de Justice, où l’on conduit par le _panier à salade_ tous les individus arrêtés par les agents.
C’est un lieu infect, indigne de notre époque, en raison de la promiscuité des détenus et de l’absence d’air et de lumière.
Ce n’est pas _dépôt_ que l’on devrait dire, mais bien _dépotoir_, car il y passe annuellement 67,000 individus.
Environ 15,000 vagabonds et 22,000 filles publiques.
Je ne compte pas les voleurs qui ont horreur de ce lieu de détention surnommé la _Cigogne_ (Argot des voleurs). _N._
=DÉPUCELEUR DE NOURRICE=: Fanfaron qui s’imagine avoir trouvé la pie au nid et qui y trouve souvent une chose désagréable (Argot du peuple).
=DÉPUCELEUR DE FEMME ENCEINTE=. =V.= _Enfonceur de porte ouverte_.
=DÉRONDINER=: Un sou se nommant un _rond_, de là l’expression pour indiquer que l’on s’en sépare en payant:
—Je me _dérondine_ tous les jours pour _sorguer_ (Argot du peuple).
=DÉROUILLER=: Recouvrer sa souplesse, se mettre au fait d’un service _L. L._
_Dérouiller_: enlever la _rouille_ d’une pièce de fer ou d’acier.
_Dérouiller_: perdre ses habitudes casanières pour reprendre ses relations.
_Dérouiller_ a dans le peuple une autre signification.
Pour _dérouiller_, ce n’est pas le papier émeri qui est employé, mais la première femme venue (Argot du peuple). _N._
=DÉSATILLER=: Châtrer (Argot des voleurs).
=DESCENDRE LA GARDE=:
Mourir (Argot du peuple).
=DESCENDRE À LA CRÈMERIE=: Cette expression est employée par les filles qui n’aiment pas les hommes; elle est suffisamment claire.
Par la satisfaction qu’elles éprouvent, elles boivent du lait non écrémé (Argot des filles). =V.= _Accouplée_. _N._
=DESCENTE DE GOSIER=: Avoir une soif perpétuelle.
Pochard jamais rassasié (Argot du peuple).
=DESCENTE DE LIT=: Femme facile, qui se couche au moindre signe.
Synonyme de _paillasse_ (Argot du peuple). _N._
=DÉSENFLAQUER=: Se tirer d’un mauvais pas.
Mot à mot: sortir de la merde.
Un prisonnier est _enflaqué_; le _désenflaquer_, c’est lui rendre la liberté (Argot des voleurs).
=DÉSENTIFLAGE=: Rompre avec quelqu’un avec qui on était lié.
Mot à mot: se _désentifler_, se quitter, se séparer.
C’est l’opération contraire à celle d’_entifler_ (Argot du peuple).
=DESSALÉ=: Noyé que l’on retire de l’eau.
Allusion à la morue que les ménagères font _dessaler_ avant de la manger (Argot du peuple).
=DESSALEURS=: C’était une compagnie d’assassins qui attendaient sur les quais déserts du canal Saint-Martin les passants attardés.
Ils les dépouillaient d’abord et les jetaient ensuite à l’eau.
Le lendemain matin ils arrivaient comme par hasard sur la berge, armés d’un croc et repêchaient le _dessalé_ pour avoir la prime.
L’opération était doublement fructueuse.
La bande fut arrêtée et condamnée. L’expression est restée dans le peuple; tout _noyé_ pour lui est un _dessalé_ (Argot du peuple). _N._
=DÉTACHER LE BOUCHON=: Vider ses intestins.
Allusion à la bouteille qui se vide le bouchon retiré (Argot du peuple). =V.= _Débourrer sa pipe_.
=DÉTOCE=: Détresse, misère.
Quand les _aminches_ n’ont plus d’os, ils sont dans la _détoce_ (Argot du peuple).
=DÉTOURNEUR=: Voleur.
_Détourner_, un objet de sa destination (Argot du voleurs).
=DÉTOURNEUSE=: Voleuse qui opère spécialement dans les grands magasins de nouveautés.
Il y a bien des manières de pratiquer ce vol, elles sont expliquées à leur place (Argot des voleurs).
=DÉTOURNEUSE AU MOMIGNARD=: =V.= _Abéqueuse_.
=DEUX SŒURS= (mes): Dans le peuple, par abréviation, on dit: _mes deux_ pour te faire une paire de lunettes.
Ce n’est pas des fesses qu’il s’agit, comme le dit Delvau, mais des testicules.
On appelle aussi _deux sœurs_, les deux nattes de cheveux que les femmes portent sur leurs épaules (Argot du peuple).
=DÉVIDAGE A L’ESTORGUE=: Acte d’accusation lu en cours d’assises par le greffier.
_Dévider_: parler; à _l’estorgue_, faussement (Argot des voleurs).
_Dévider_: promenade en _dévidoir_ que font les prisonniers sur le préau (Argot des voleurs). =V.= _Queue de cervelas_.
=DÉVIDER SON CHAPELET=: Les portières se chargent de cette opération en _cancanant_ sur les locataires (Argot du peuple).
=DÉVISSER SON BILLARD=: Mourir.
Quand le _billard_ est _dévissé_, adieu la partie.
Un à peu près dit qu’il n’y a plus _Moyaux_ de faire une partie de _Billoir_ quand on joue _Troppmann_ (Argot du peuple).
=DIABLE=: Agent provocateur.
Malgré que ce mot fasse partie du vocabulaire des voleurs, il n’est pas d’usage que les agents de la sûreté provoquent les voleurs à commettre un vol; ils n’ont pas besoin d’être stimulés pour cela.
En politique c’est un fait constant, car, sous l’Empire, jamais il n’y a eu un complot sans que, parmi les pseudo-conspirateurs, il n’y se soient trouvés plusieurs agents de la préfecture de police.
Il y en eut même un du service du fameux Lagrange dans l’affaire des bombes d’Orsini.
Dans le peuple on dit simplement _mouchard_ (Argot du peuple).
=DIGELETTES= ou =DÉGELETTES=: Bagues (Argot du peuple).
=DILIGENCE DE LYON=: (La promettre).
Chose invraisemblable que promit un jour une fille à un client de hasard.
Elle mourut subitement avant d’avoir réalisé sa promesse.
C’était, à ce qu’il paraît, vraiment fantastique: il fallait cinquante mètres de câble, une ancre de marine en acier fondu, cinq kilos de chandelles-des-six, un tonneau de mélasse, un kilo d’essence de géranium, trente éponges, la graisse d’un guillotiné, un fémur de fille vierge, dix litres de pétrole, deux cartouches de dynamite....
Le client parcourut le monde entier à la recherche de la _diligence de Lyon_, il mourut à son tour sans la rencontrer (Argot des filles). _N._
=DINDORNIER DE CASTU=: Infirmier.
Prisonnier employé comme auxiliaire pour remplir ces fonctions dans les infirmeries des prisons (Argot des voleurs). _N._
=DINGUER=: Envoyer _dinguer_ quelqu’un, c’est l’envoyer promener.
Quand deux hommes se battent et que l’un tombe sur le pavé, sa tête _dingue_.
Synonyme de _sonner_ (Argot du peuple).
=DISTRICT=: Maison de tolérance.
Ces maisons sont parquées dans des quartiers spéciaux. C’est un restant des vieilles coutumes du moyen-âge, où les _ribaudes_ étaient parquées dans les _clapiers_ de la Cité.
Mot à mot: maison dans un _district_ (Argot des souteneurs). =V.= _Bocard_.
=DIX-HUIT=: Ce mot est né d’un calembourg.
Un soulier ressemelé est deux fois _neuf_.
2 fois 9 18 (Argot du peuple).
=DOIGT DANS L’ŒIL= (Se fourrer le): Prendre ses désirs pour la réalité, croire que s’est _arrivé_.
S’imaginer être aimé pour soi-même.
Se figurer avoir du talent (Argot du peuple).
=DOMBEUR=: Pince qui sert aux voleurs pour fracturer les portes (Argot des voleurs). =V.= _Monseigneur_.
=DONNER=: Dénoncer.
Les _nonneurs_ en _dénonçant_, mot à mot: _donnent_ (livrent) leurs complices à la justice (Argot des voleurs).
=DONNEZ-LA=: Prenez garde, il y a du danger.
Mot d’avertissement pour prévenir de l’arrivée de la police.
Synonyme d’_acrée_ (Argot des voleurs).
=DONNER UN COUP DE PILON=: Les mendiants qui ont une jambe de bois nomment cette jambe un _pilon_.
L’allusion de forme est juste.
Quand ils vont mendier à une porte, ils ont soin de faire voir leur infirmité, de là l’expression _donner un coup de pilon_ (Argot des mendiants). _N._
=DONNER À LA BOURBONNAISE= (La):
Vouloir du mal à un individu, n’oser lui en faire, ne lui rien dire, mais le regarder d’un _mauvais œil_.
—Qu’est-ce que tu as donc que tu _la donnes à la Bourbonnaise_ sur le _barbauttier_?
—Y m’a foutu huit _jornes_ de _franc carreau_ (Argot des voleurs).
=DORANCHER=: Pour dorer, par extension comme _billancher_ pour _biller_.
On trouve fréquemment dans l’argot du peuple un changement de finale pour exprimer un mot (Argot du peuple).
=DORMIR À LA CORDE=: Avant l’invention des refuges municipaux (les haras de la vermine) il existait, rue des Trois-Bornes, un bouge tenu par le père Jean.
L’unique salle avait à peu près vingt mètres de long sur trois mètres de largeur. Dans toute la longueur, une grosse _corde_ était tendue; elle était terminée par deux forts anneaux qui la fixaient à chaque extrémité.
Les clients, la plupart des _giverneurs_, payaient trois sous d’entrée; cette somme leur donnait le droit de s’accroupir les bras sur la _corde_ et de dormir.
Cinquante environ pouvaient y trouver place.
À cinq heures du matin le père Jean sonnait le réveil en tapant avec un morceau de fer sur une vieille casserole.
Parmi les dormeurs il y en avait dont le sommeil était dur: ils ne se levaient pas. Alors le père Jean _décrochait la corde_ et les dormeurs tombaient sur les dalles.
_Dormir à la corde_ est resté légendaire (Argot du peuple). _N._
=DORMIR DANS L’AUGE=: Paresseux pour qui le travail est un supplice.
Allusion au cochon, qui, lorsqu’il est gavé, s’endort dans son _auge_ (Argot du peuple). _N._
=DORMIR EN CHIEN DE FUSIL=: Dormir en cerceau.
Allusion à la forme de l’ancien chien de fusil à piston (Argot du peuple).
=DORMIR D’UN ŒIL=: Faire semblant de dormir, avoir l’_œil_ ouvert et l’oreille aux aguets.
Le prévenu enfermé dans sa cellule avec un _mouton_ ne _dort_ que d’_un œil_ pour ne pas, pendant son sommeil, laisser échapper des révélations.
On dit aussi _dormir en gendarme_ (être en éveil) (Argot du peuple).
=DORMIR SUR LE PAN DE LA CHEMISE DE SA FEMME=: Quand un ouvrier arrive en retard à l’atelier, les camarades le plaisantent et le saluent par cette phrase, qui a un sens caché.
—Tu as _dormi sur le pan de la chemise_ de ta _femme_ (Argot du peuple). _N._
=DORMIR SUR LE RÔTI=: Être couché avec sa femme et s’endormir au moment psychologique.
S’_endormir_ sur son travail (Argot du peuple). _N._
=DORT EN CHIANT=: Ouvrier qui va fréquemment au cabinet et y reste longtemps: pendant ce temps-là il ne travaille pas.
Cette expression s’applique surtout aux maçons qui restent accroupis jusqu’à ce que les jambes leur fassent mal.
Dans le peuple on dit:
—_Tu chies comme les maçons_ (Argot du peuple). _N._
=DOUBLE-SIX=: Nègre (Argot des voleurs).
=DOUBLEUR DE SORGUE=: Voleur de nuit.
Il _double_ la journée (Argot des voleurs). =V.= _Attristé_.
=DOS VERT=: Maquereau.
Ce poisson, en effet, est mélangé de plusieurs couleurs sur le _dos_.
L’allusion est transparente (Argot du peuple).
=DOSSIÈRÉ=: Chaise (Argot du peuple). _N._
=DOUCE= (S’en offrir une): =V.= _Bataille des Jésuites_. _N._
=DOUCETTE=: =V.= _Mordante_.
=DOUILLARD=: Peut s’entendre de deux manières.
Clovis Hugues a beaucoup de _douilles_ (cheveux).
Rothschild a beaucoup de _douilles_ (argent) (Argot du peuple).
=DOULOUREUSE= (La): La carte à payer.
Quand on paye c’est toujours douloureux, c’est l’éternel _quart d’heure_ de Rabelais (Argot du peuple).
=DOUILLES=: Cheveux (Argot du peuple). =V.= _Alfa_.
=DOUILLES SAVONNÉES=: Cheveux blancs.
Lorsque les cheveux commencent à grisonner, la chevelure est _poivre et sel_ (Argot du peuple). _N._
=DOUSSIN=: Plomb (Argot des voleurs). =V.= _Gras double_.
=DRAGEOIRES=: Les joues (Argot des voleurs). =V.= _Jaffles_.
=DRAGUE=: Le médecin.
Allusion à la _drague_ qui nettoye la Seine.
Le médecin de prison qui a le purgatif facile, _drague_ les intestins des malades qui sont au _castu_ (Argot des voleurs).
=DRINGUE=: Pièce de cinq francs en argent (Argot des voleurs). =V.= _Tune_.
=DROGUER=: Demander.
Allusion à _droguer_, attendre.
—Voilà deux heures que ce pierrot-là me fait _droguer_ pour la _peau_ (Argot du peuple et des voleurs).
=DROGUEUR DE LA HAUTE=: Voleur du grand monde (Argot des voleurs).
=DUC DE GUICHE=: Guichetier.
À l’instar des anciens ducs féodaux, il règne sur ses vassaux:—les prisonniers (Argot des voleurs).
=DUCONNEAU=: Être niais.
—Tu es plus bête que celui d’où tu sors (Argot du peuple). _N._
=DU MÊME TONNEAU=: La même chose.
Un homme politique veut tout réformer, il fait de belles promesses à ses électeurs et ne fait pas mieux que ses devanciers.
C’est _du même tonneau_.
Du vin à douze ou du vin à seize, Bordeaux ou Bourgogne:
C’est _du même tonneau_ (Argot du peuple). _N._
=DUO D’AMOUR=: Yeux pochés (Argot des voleurs). _N._
=DUR=: Il est au _dur_: en prison.
C’est _dur_: pénible, difficile.
C’est _dur à digérer_: grosse sottise ou blague impossible à avaler.
_Dur à cuire_: vieux troupier qui ne ressent rien.
_Dur_ (être dans son): être ce jour-là plus courageux qu’à l’ordinaire (Argot des voleurs).
=DURAILLE=: Pierre (Argot des voleurs).
=DURAILLE SUR MINCE=: Diamant sur carte (Argot des voleurs). _N._
=DURE= (La): Terre.
Les vagabonds, qui y couchent souvent, savent par expérience qu’elle n’a pas la mollesse d’un lit de plume (Argot des voleurs).
=DURÈME=: Fromage blanc (Argot des voleurs).
=DURINER=: Ferrer.
Allusion à la _dureté_ des chaînes avec lesquelles autrefois on _ferrait_ les forçats (Argot des voleurs).
E
=EAU D’AFF=: Eau-de-vie (Argot du peuple).
=EAU DE SAVON=: Absinthe.
Allusion à l’eau troublée par la dissolution qui ressemble à de _l’eau de savon_ surtout l’absinthe blanche (Argot du peuple). =V.= _Poileuse_.
=EAUX BASSES=: Les _eaux_ sont _basses_ quand arrive la fin de la semaine.
Quand la rivière est _basse_ les bateaux ne circulent pas, quand les _eaux_ sont _basses_ qu’il n’y a plus d’argent pas _mèche_ de naviguer (Argot du peuple). _N._
=ÉCARTER DU FUSIL=: Lancer en parlant des jets de salive.
On dit aussi: lancer des _postillons_.
Quand quelqu’un a cette infirmité on ouvre son parapluie en l’écoutant et on ajoute:
—Tu baves et tu dis qu’il pleut (Argot du peuple).
=ÉCHAPPÉ DE CAPOTE=: Chétif, malingre (Argot du peuple). =V.= _Avorton_.
=ÉCLAIRER=: Payer.
—C’est mon vieux qui tient le _flambeau_.
Mot à mot qui _éclaire_.
=ÉCOPPER=: Épuiser l’eau d’un bateau avec une _écoppe_.
_Écopper_: recevoir un mauvais coup dans une bagarre.
Dans les faubourgs on dit par ironie:
—Tu boiras de l’anis dans une _écoppe_.
_D’écopper_, par corruption, on dit de celui qui est blessé: il est _escloppé_ (Argot du peuple).
=ÉCORNER LES BOUTANCHES=: Forcer les portes des boutiques.
Cela indique bien l’action de la pince-monseigneur qui fait éclater le bois par la pesée (Argot des voleurs).
=ÉCREVISSE DANS LA TOURTE= (Avoir une): Être à moitié toqué (Argot du peuple).
=ÉCURER LE CHAUDRON=: Aller à confesse (Argot des voleurs). =V.= _Comberge_ et _Dépotoir_.
=ÉCUREUIL= (Faire l’): Faire une besogne inutile, marcher sans avancer. _A. D._
On nomme _écureuil_ les ouvriers qui tournent la roue chez les petits tourneurs en bois; c’est au contraire un métier extrêmement fatiguant.
Autrefois les _écureuils_ se réunissaient au carré Saint-Martin; c’était un ramassis de toute la fripouille parisienne; depuis que la machine à vapeur s’est vulgarisée ils ont presque disparu.
On les nomme aussi _chiens de cloutier_.
C’est une allusion au pauvre animal qui tourne la roue toute la journée pour actionner les soufflets de forge, allusion également à _l’écureuil_ qui tourne sans cesse dans sa cage (Argot du peuple). _N._
=EFFAROUCHER=: Prendre, s’évanouir sur la monnaie.
Cela arrive fréquemment dans les cercles, où l’on a remplacé l’expression _effaroucher_ par celle _d’apprivoiser_.
—J’ai _apprivoisé_ un _sigue_.
=ÉGRUGEOIR= (l’): Une tribune quelconque.
L’orateur _égruge_ ses paroles.
_Égrugeoir_: la chaire à prêcher.
_Égrugeoir_: les petites boîtes qui ressemblent à un comptoir dans lequel se tiennent les sœurs qui font la lecture aux prisonnières de Saint-Lazare.
Allusion à l’antique _égrugeoir_ qui sert à piler le sel (Argot du peuple). _N._
=ELLE EST ENCEINTE D’UN PET ELLE ACCOUCHERA D’UNE MERDE DEMAIN=: Se dit d’une femme qui a un gros ventre sans pour cela être enceinte (Argot du peuple). _N._
=EMBALLEUR=: Les agents de la sûreté.
Ils _emballent_ en effet les prisonniers dans le _panier à salade_.
=EMBARDER=: Entrer dans une affaire (Argot du peuple).
=EMBAUDER=: Voler de force, d’autorité.
Il est évident que personne ne se laisse voler de bonne volonté, mais il est des voleurs qui reculent devant l’emploi de la force.
_Embauder_: signifie voleur que rien n’arrête, pas même la police et qui assassine à l’occasion (Argot des voleurs).
=EMBOÎTÉ= (Il est): Suivi ou arrêté.
On _emboîte_ le pas à quelqu’un pour le suivre sans le perdre.
Être _emboîté_ dans une affaire.
_Emboîté_, embauché; mot à mot: entrer dans la _boîte_.
—Je vais _t’emboîter_ (te battre) (Argot du peuple). _N._
=EMBRASSADE= (Le vol à l’): Le voleur feint de reconnaître un ami dans un homme qui vient de faire un encaissement; il se jette dans ses bras et l’embrasse chaleureusement.
En un tour de main il lui vole son portefeuille ou son porte monnaie; il s’excuse de l’erreur qu’il a commise grâce à une ressemblance extraordinaire, puis il file lestement.
Ce tour s’exécute aux environs de la Banque de France et des grandes maisons de crédit (Argot des voleurs).
=ÉMÊCHÉ= (Être): N’avoir pas assez bu pour être pochard mais suffisamment pour avoir une légère _pointe_; être _allumé_.
Allusion à la rougeur du visage (Argot du peuple).
=EMMAILLOTER UN MÔME=: Combiner un vol.
C’est une redondance de _nourrir un poupard_ (Argot des voleurs).
=EMMANCHÉ=: Individu qui se tient raide comme un pieu.
Dans le peuple, on dit qu’il à un _manche_ à balai de cassé quelque part.
On _emmanche_ une affaire.
_Emmanché_ se dit aussi dans une autre sens.
—J’ai _emmanché_ la gosse (Argot du peuple).
=EMMERDÉ=: L’être jusqu’à la garde.
N’avoir plus rien à espérer.
C’est un démenti an dicton populaire qui prétend que marcher dans la _merde_ cela porte bonheur (Argot du peuple).
=EMMERDEMENT=: J’en éprouve un à cinquante francs par têtes.
Se dit de tous les ennuis possibles.
Travailler, par exemple, est un _emmerdement_ perpétuel (Argot du peuple).
=ÉMOUCHEUR=: =V.= _Bête à chagrin_.
=EMPAVES=: Drap de lit.
—Je vais m’_empaver_ dans mon pieu (Argot des voleurs). _N._
=EMPAILLÉ=: Imbécile qui ne remue pas plus que s’il était _empaillé_ dans une vitrine du Musée zoologique (Argot du peuple).
=EMPIFFRER=: Manger comme un cochon (Argot du peuple).
=EMPOUSTEUR=: Truc très commun employé par des placiers.
Ils déposent chez des commerçants des mauvaises marchandises, à condition; des compères les achètent; les marchands alléchés prennent de nouveaux dépôts qui, cette fois, leur restent pour compte (Argot des voleurs).
=EMPROSEUR=: Variété de pédéraste (Argot des voleurs).
=ENCALDOSSÉ=: Superlatif d’_endossé_ (Argot des voleurs). =V.= _Passif_.
=ENCHTIBÉ= (Il est): Être pris, arrêté (Argot des voleurs).
=ENCLOUÉ=: Allusion au canon dont on _encloue_ la lumière (Argot des voleurs). =V.= _Passif_.
=ENDORMI=: Juge.
Allusion à ce que les juges _dorment_ dans leur fauteuil pendant que les avocats plaident (Argot des voleurs). _N._
=ENDORMEUR=: Individu qui sans cesse promet une chose et ne la tient jamais.
_Endormir_ est aussi synonyme de voler.
—Il s’est _endormi_ sur des bijoux (Argot des voleurs).
=ENDORMEUR=: Voleur qui opère au moyen d’un narcotique.
Les _romanichels_ se servent pour ce genre de vol d’une décoction de _datura stramonium_.
Ce vol se pratique en wagon. Le voleur profite du sommeil d’un voyageur pour lui couvrir le visage d’un mouchoir imbibé de chloroforme.
Les voleurs qui ont cette spécialité forment une secte à part (Argot des voleurs).
=ENDROGUER=: Chercher un coup à faire.
Le voleur _drogue_ (attend) sur le trottoir l’occasion favorable (Argot des voleurs). =V.= _Arracheur de chiendent_.
=ENFIGNEUR=: Vient de _fignoton_.
Ce dernier mot en dit assez. C’est l’_actif_ du _passif_ (Argot du peuple).
=ENFLAQUÉ= (Être): Enfermé, emprisonné (Argot des voleurs).
=ENFLÉE=: Femme enceinte.
On dit aussi: avoir une fluxion de neuf mois (Argot du peuple).
=ENFONCEUR=: Banquier qui promet 50% par mois aux imbéciles et qui termine ses opérations en emportant la _grenouille_ à l’étranger (Argot du peuple).
=ENFONCEUR DE PORTE OUVERTE=: Homme qui se vante d’avoir pris la virginité d’une fille alors qu’elle était enceinte de six mois (Argot du peuple). _N._
=ENFRIMER= ou =ENFRIMOUSSER=: Dévisager quelqu’un.
Les agents de la Sûreté _enfriment_ les voleurs pour reconnaître les récidivistes (Argot des voleurs).
=ENGAYEUR=: Complice qui attire le _trèpe_ (la foule) pendant que son complice explore les poches des badauds.
L’_engayeur_ est indispensable à tous les camelots; c’est lui qui le premier achète l’objet mis en vente, pour entraîner les acheteurs.
L’_engayeur_ est le complice du _bonneteur_; il mise pour engager les pontes à jouer (Argot des camelots).
=ENQUILLER=: Entrer.
—Il y a longtemps que je cherche à m’_enquiller_ dans cette boîte (Argot du peuple).
=ENQUILLEUSE=: Voleuse qui opère dans les grands magasins de nouveautés.
Elle _enquille_ la marchandise volée entre ses cuisses.
Il faut vraiment être organisée particulièrement pour cacher un coupon de soie à cet endroit-là (Argot des voleurs).
=ENRHUMÉ DU CERVEAU=: Allusion au nez qui coule sans cesse.
Mais ce n’est pas du nez qu’il s’agit (Argot du peuple). =V.= _Lazzi-loff_.
=ENTAILLER=: Tuer quelqu’un.
C’est en effet une fameuse _entaille_.
Avinain et Billoir étaient deux rudes _entailleurs_ (Argot des prisons).
=ENTAULER=: Entrer dans une _taule_ (maison) (Argot des voleurs).
=ENTAULER À LA PLANQUE=: Entrer dans une cachette pour se soustraire aux recherches de la police.
On _entaule_ aussi _à la planque_ des objets volés pour les reprendre au sortir de prison (Argot des voleurs).
=ENTERREMENT=: Morceau de gras-double, de lard et de pain que les femmes vendent aux environs des halles.
On les appelle _Mesdames la poële_, parce qu’elles font frire leur marchandise dans cet instrument de cuisine.
Un _enterrement_ de première classe coûte trois sous, de deuxième deux sous, de troisième un sou.
Ces femmes gagnent de dix à douze francs par jour (Argot du peuple). _N._
=ENTOILÉ=: Emprisonné.
Synonyme d’_enflaqué_.
Cette expression vient de ce que dans les camps, la salle de police est sous une tente-abri: de là _entoilé_.
Mot à mot: emprisonné sous la _toile_.
S’_entoiler_: se coucher, se fourrer dans ses draps (Argot du peuple). _N._
=ENTRAVES=: Les cordes et les courroies qui ligottent les condamnés à mort pour _entraver_ leurs mouvements quand ils marchent à l’échafaud (Argot des voleurs).
=ENTRAVER=: Empêcher une affaire.
Mettre des bâtons dans les roues.
_Entraver_: comprendre.
—_J’entrave bigorne._
Mot à mot: Je _comprends_ l’argot et non pas je le _parle_.
_Entraver_ a un double sens:
—_J’entrave nibergue ou niente._
Je n’entends rien, je ne comprends pas (Argot des voleurs).
=ENTRECÔTE DE BRODEUSE=: Une saucisse de deux sous ou une côtelette panée que les charcutiers tiennent au chaud dans des boîtes de fer blanc, et que les ouvrières mangent pour leur déjeuner—pas la boîte, mais la côtelette (Argot du peuple).
=ENTROLER=: Emporter des objets volés.
_Troller_ serait plus exact, car ce mot signifie _porter_ (Argot des voleurs).
=ENVOYER UNE LETTRE CHARGÉE AU PAPE=: Allusion au papier employé qui est en effet _chargé_ d’un singulier cachet (Argot du peuple). =V.= _Déballer_.
=ENVOYER AUX PELOTTES=:
Envoyer promener quelqu’un.
On dit aussi envoyer à la _balançoire_, ou va le _baigner_ (Argot du peuple). =V.= _Dinguer_.
=ENVOYER À LA GOUILLE=: Jeter quelque chose en l’air, au hasard.
Jeter une poignée de sous à des enfants (Argot du peuple).
=ÉPARGNER LE POITOU=: Cette expression se comprend peu; en effet, _Poitou_ veut dire _public_; or, il n’est pas d’usage que les voleurs l’_épargnent_, puisque c’est lui justement qui forme toute sa clientèle.
_Poitou_ veut aussi dire _non point_.
=ÉPASTROUILLANT=: Extraordinaire (Argot du peuple). _N._
=ÉPATANT=: M. Jean Rigaud, dans son _Dictionnaire d’argot moderne_ (1881) dit à ce propos du mot _épater_:
—_Épater_, _épate_ et leurs dérivés viennent du mot _épenter_, qui signifiait au XVIII‧ siècle _intimider_.
Il y a quelques années, M. Francisque Sarcey écrivait que le vocable appartenait à Edmond About, qu’il avait été dit par Pradeau dans le _Savetier et le Financier_, pièce représentée en 1877 aux Bouffes Parisiens; le savant écrivain ajoutait que huit jours après, le «Tout-Paris» répétait ce mot.
Cette expression, n’en déplaise au maître critique et à M. Jean Rigaud, n’appartient ni au XVIII^e siècle ni à Edmond About, elle a _cinquante quatre ans_ seulement d’existence.
Elle a pris naissance au =Café Saint-Louis=, rue Saint-Louis, au Marais (aujourd’hui rue de Turenne).
Des ouvriers ciseleurs sur bronze jouaient au billard une partie de _doublé_. À la suite d’un _bloc fumant_, Catelin, une contrebasse du Petit Lazzari, qui avait parié pour un des joueurs et qui perdait par ce coup, se leva furieux, et d’un brusque mouvement fit tomber son verre sur la table de marbre.
Le verre se _décolla_ net.
—Tiens, dit Catelin, mon verre est _épaté_—le verre n’avait plus de _pied_.
À chaque coup, les joueurs répétaient à l’adversaire: tu es _épaté_ et, quand la partie se termina par un coup merveilleux, un des joueurs dit au vainqueur:—Si nous sommes _épatés_, tu es _épatant_.
Catelin, sans le savoir, se servait du mot _épaté_ qui est en usage depuis des siècles dans les verreries, parmi les ouvriers verriers.
Ils disent d’un _verre sans pied_, mis à la refonte pour ce motif, il est _épaté_.
_Épaté_ signifie étonnement (Argot de tout le monde). _N._
=ÉPINGLE AU COL= (En mettre une): Avaler un demi setier d’un seul trait.
On dit aussi: mettre _une épingle à sa cravate_ (Argot du peuple). _N._
=ÉPOILANT=: Plus fort que tout ce que l’on peut rêver.
Pourtant la source de ce mot est des plus simples et ne signifiait au début rien d’extraordinaire.
À l’école de Saumur, en faisant un travail dans le manège, un cheval tomba et se couronna les deux genoux. En le relevant, l’élève dit:
—Mon pauvre cheval est _époilé_.
L’expression est restée, mais elle est autrement appliquée (Argot du peuple). _N._
=ÉPOUFFER=: Saisir à l’improviste un passant par derrière, comme cela se pratique pour exécuter le _coup du père François_ (Argot des voleurs).
=ÉPOUSER LA VEUVE=: Être guillotiné.
C’est _Charlot_ qui remplit l’office de maire et les aides qui servent de témoins pour ce mariage forcé (Argot des voleurs).
=ÉPOUSER LA FOUCANDIÈRE=: Quand un voleur est pris par les agents en flagrant délit, en se sauvant, il jette sur la voie publique ou dans les égouts, s’il le peut, les objets volés, afin de se débarrasser des preuves compromettantes (Argot des voleurs).
=ÉPPRENER=: Appeler quelqu’un.
L’_auseignot_ vient d’_épprener bancalo_ pour aller au _rastue_ (greffe) (Argot des voleurs). _N._
=ERMITE=: Voleur de grands chemins.
Ainsi nommé parce qu’il opère généralement seul.
On dit aussi un _solitaire_ (Argot des voleurs).
=ESBIGNER= (s’): Se sauver.
Dans les faubourgs, quand un voyou sait qu’il va recevoir une maîtresse correction, il s’_esbigne_ (Argot du peuple).
=ESBROUFFE= (En faire): Faire des embarras, du vent, de la mousse.
_Esbrouffe_ est un vieux mot qui vient d’_esbouffer_, éclabousser.
C’est Théophile Gautier qui a transformé ce mot dans le sens de _vent_ et de _mousse_.
Les escarpes se sont emparés du mot _esbrouffer_ pour désigner un genre de vol assez répandu.
Ce vol consiste à _bousculer_ un passant dans la rue, à profiter de sa surprise pour le voler et s’excuser ensuite (Argot des voleurs).
=ESBROUFFER=: Dire des sottises à quelqu’un, le secouer vertement (Argot du peuple).
=ESBROUFFEUR=: Qui fait des _esbrouffes_.
Voleur à l’_esbrouffe_ (Argot des voleurs).
=ESCABRANTE=: Échelle (Argot des voleurs) =V.= _Montante_.
=ESCARGOT=: Vagabonds, les habitués des refuges, les gouapeurs des halles, les _hirondelles du Pont-Neuf_.
Dans la pièce des _Bohémiens de Paris_, Colbrun chantait:
‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ Sur mon dos comme un limaçon, Portant mon bagage, Mon mobilier et ma maison.
(Argot du peuple).
=ESCARGOT=: Casquette que portaient les souteneurs avant la _david_, laquelle fut à son tour détrônée par la casquette à trois ponts (Argot des souteneurs). _N._
=ESCARGOT D’HIVER=: Vieillard impuissant.
L’allusion est on ne peut mieux trouvée.
Comme _l’escargot_ il rentre dans sa coquille (Argot du peuple). _N._
=ESCARPE=: Voleur, assassin.
A. Delvau pense que cette expression vient de _scarp_ mot allemand qui signifie instrument tranchant et aigu ou bien du couteau _d’escalpe_ (du _scalp_ des sauvages).
C’est aller chercher bien loin une étymologie bien simple.
Les voleurs et les assassins travaillent dans des endroits isolés, _escarpés_ (Argot des voleurs).
=ESCARPER UN ZIGUE À LA CAPAHUT=: Assassiner un complice pour lui voler sa part de butin.
Sur les deux mots, il y en a un de trop, _capahut_ comme _escarpe_ voulant dire assassin (Argot des voleurs). _N._
=ESCOFFIER=: Blesser ou tuer quelqu’un.
Se dit également au point de vue moral.
—Je l’ai rudement _escoffié_ dans l’estime de ses amis (Argot du peuple).
=ESCOLE=: Trois francs (Argot des voleurs).
=ESCLOTS=: Sabots (Argot des voleurs).
=ESCRACHE=: Passeport, papier. _L. L._
_Escrache_ veut dire voleur; c’est le synonyme _d’escarpe_ et de _fripouille_ (Argot du peuple). _N._
=ESGOURDES= ou =ESGOURNES=: Oreilles.
Quand elles sont démesurées on dit: Ah! _quelles feuilles de chou_.
On dit également: _plat à barbe_.
Les voleurs disent: _cliquettes_.
=ESPATROUILLANT=: Cette expression est employée pour exprimer le comble de l’admiration.
C’est le mot _épaté_ allongé (Argot du peuple). _N._
=ESQUINE=: Le temps (Argot des voleurs). =V.= _Boilard_.
=ESQUINTÉ=: Fatigué, moulu, rompu.
L’ouvrier qui travaille mal _esquinte_ son ouvrage.
Quand deux individus se battent, le plus fort _esquinte_ son adversaire.
Dans une polémique, on _esquinte_ son contradicteur pour avoir raison (Argot du peuple).
=ESTAFFIOU= ou =ESTAFFION=: Chat.
_Estaffiou_ veut dire aussi gifle, baloche (Argot des voleurs).
=ESTAMPER=: Tromper quelqu’un.
Emprunter de l’argent sens le rendre, c’est _estamper_ le prêteur.
Allusion au _balancier_ de machine qui frappe.
_L’estampeur tape_ (Argot du peuple).
=ESTAMPEUR=. =V.= _Estamper_.
=ESTOURBIR=: Tuer un individu par surprise (Argot des voleurs).
=ESSENCE DE CHAUSSETTES=: Sueur des pieds (Argot du peuple).
=ÉTALER SA BIDOCHE=: Se décolleter par en haut.
Raccourcir ses jupes par en bas.
Mot à mot: _étaler sa viande_.
Les filles appellent cette manière de s’habiller ou plutôt de se déshabiller _l’éloquence de la chair_ car elles ne pratiquent pas le proverbe: À bon vin pas d’enseigne (Argot du peuple). _N._
=ÉTEIGNOIR=: Cafard qui éteint l’intelligence des enfants qu’il est chargé d’instruire.
_Éteignoir_: individu morose qui _éteint_ toute gaieté dans une réunion.
_Éteignoir_: nez monumental.
—Dérange donc ton nez que je voie la tour Eiffel (Argot du peuple).
=ÉTOUFFER=: Du vieux mot _estouffer_, prendre, cacher, faire disparaître (Argot du peuple). =V.= _Étouffeur_.
=ÉTOUFFEUR=: On _étouffe_ une affaire, un scandale.
Un libraire _étouffe_ un livre qu’il ne sait pas lancer.
Le caissier qui vole son patron _étouffe_ la monnaie.
C’est surtout dans les cercles que les croupiers _étouffent_ les jetons.
On _étouffe_ un _perroquet_.
_Étouffer_, en un mot, est le synonyme de voler (Argot du peuple).
=ÉTOUFFOIR=: Agence d’affaires ou de renseignements (Argot des voleurs). _N._
=ÊTRE CHARGÉ À CUL=: Être saoul comme la bourrique à Robespierre.
Allusion à une voiture _chargée à cul_ qui ne peut avancer; l’ivrogne fait de même (Argot du peuple).
=ÊTRE EN FINE PÉGRAINE=: Être sur le point de mourir.
—Le _ratichon_ vient d’être _eppréné_ au _castu_; pour faire avaler _le père la Tuile_ au _frisé_, il va _tourner de l’œil_ (Argot des voleurs).
=ET TA SŒUR?= Façon ironique de répondre à une question ennuyeuse.
Il arrive fréquemment que la réponse est raide.
—_Et ta sœur?_
—Elle est à Saint-Lazare qui bat du beurre; quand elle battra de la merde la crème sera pour toi.
—_Et ta sœur?_
—Elle est couverte d’ardoises, les crapauds ne montent pas dessus.
—_Et ta sœur?_
—Elle est à Saint-Lazare qui fait de la charpie pour la tienne.
—_Et ta sœur?_
—Elle est au Panthéon qui prie le bon Dieu pour que tu soies moins... melon.
On pourrait varier à l’infini ces citations (Argot du peuple). _N._
=ÉTUI=: =V.= _Cuir_.
=EUSTACHE=: Couteau (Argot du peuple). =V.= _Lingre_.
=EXPULSER UN LOCATAIRE GÊNANT=: Péter (Argot du peuple).
F
=FABE=: Poches (Argot des voleurs). =V.= _Fouilleuse_.
=FABRIQUÉ=: Fait, cuit, pris.
_Fabriquer_ quelqu’un: le prendre dans un piège sans qu’il s’en doute.
_Fabriquer_ est synonyme de voler (Argot du peuple). _N._
=FACE=: Argent.
Allusion à l’effigie des pièces de monnaie.
—As-tu des _faces_, nous irons voir jouer la _misloque_ (Argot des voleurs).
=FACTIONNAIRES= (En relever un):
Aux Halles, les porteurs ne peuvent abandonner leur poste tous à la fois, pour aller boire chez le marchand de vin, ils laissent le verre de chaque camarade au comptoir, le _bistro_ donne un _jeton_; quand le camarade vient boire son verre, il _relève le factionnaire_.
À la fin de la journée le _jeton_ souvent répété devient une _contremarque_ pour _la sorgue_ car la soulographie est complète (Argot du peuple). _N._
=FAFFES À L’ESTORGUE=: Faux papiers.
Il faut que les filles aient vingt-et-un ans pour être admises dans les maisons de tolérance; il existe des fabriques de faux papiers pour _maquiller_ les états civils; d’une brune on en fait une blonde, d’une Marseillaise on en fait une Lilloise (Argot des souteneurs). =V.= _Lopheur_. _N._
=FAFIOT À PIPER=: Mandat d’amener délivré par le juge d’instruction.
Ce sont les agents de la sûreté qui sont chargés du _mandat à prendre_.
Mot à mot: _fafiot_, papier; _pipé_, pris (Argot des voleurs).
=FAFIOTS À PARER=: Papiers en règle.
Il est à remarquer qu’il n’y a que les gens qui n’ont pas la conscience nette qui sont toujours munis des meilleurs papiers (Argot des voleurs).
=FAFIOT SEC=: Livret.
_Fafiot à roulotter_: papier pour circuler.
_Fafiot à roulotter_: papier à cigarettes.
_Fafiot garaté_: billet de banque, quand c’était =M.= _Garat_ qui les signait.
_Fafiot du Bourguignon_: quand il était signé _Soleil_ (Argot des voleurs). =V.= _Talbin d’altèque_.
=FAFIOTEUR=: Banquier.
Allusion aux billets de banque ou à ordre qu’il manie sans cesse (Argot des voleurs).
=FAFFLARD D’EMBALLAGE=: Même signification que _fafiot à piper_ (Argot des voleurs).
=FAGOTS= (En débiter): Passer son temps à dire des niaiseries, à raconter des histoires de grand’mères (Argot du peuple).
=FAIBLARD=: Un homme en convalescence après une longue maladie, est _faiblard_.
Un article de journal mal conçu, mal écrit, sans conclusion, est _faiblard_.
_Faiblard_: synonyme de rachitique.
On dit aussi quelquefois, pour exprimer la même pensée.
—C’est _faiblot_ (Argot du peuple). _N._
=FAIRE ALLER EN BATEAU=: Trimballer quelqu’un et le remettre toujours au lendemain (Argot du peuple).
=FAIRE CHAPELLE=: Il existe une catégorie d’individus certainement malades du cerveau, car leur passion idiote ne peut autrement s’expliquer.
Ils s’arrêtent devant la devanture des magasins ou travaillent les jeunes filles, généralement des modistes, ils entr’ouvrent leur paletot, en tenant un pan de chaque main et font voir ce que contient leur culotte déboutonnée.
Ces cochons opèrent également dans les jardins publics ou jouent les petites filles.
Ce n’est pas la police correctionnelle qu’il leur faudrait mais bien un cabanon à Charenton.
On les nomme aussi des _exhibitionnistes_, de ce qu’ils font une _exhibition_ (Argot du peuple).
=FAIRE CHAPELLE=: Écarter les jambes et retrousser ses jupes pour se chauffer devant le feu.
Une _accouplée_ se chauffe de cette manière, l’autre qui la regarde lui dit:
—Fais-le assez cuire car je ne l’aime pas saignant (Argot des filles). _N._
=FAIRE CHIBIS=: S’enfuir d’une prison avec le concours d’un camarade, sans prévenir le gardien.
C’est brûler la politesse au directeur (Argot des voleurs).
=FAIRE CUIRE SON HOMARD=: Rougir subitement.
Synonyme de _piquer son fard_ (Argot du peuple).
=FAIRE DES YEUX DE HARENGS=: Crever les yeux à quelqu’un au moyen d’un coup bien connu des voleurs.
Allusion à l’œil vide du hareng quand il arrive des ports de mer sur nos marchés (Argot du peuple).
=FAIRE DES PETITS PAINS=: Faire des manières.
Prendre des airs mystérieux pour causer avec quelqu’un, lui dire des riens et avoir l’air de lui parler de choses intéressantes.
Faire la cour à une femme c’est _faire des petits pains_ (Argot du peuple). _N._
=FAIRE DU POTIN=: Faire du bruit, du tapage (Argot du peuple).
=FAIRE ÉTERNUER SON CYCLOPE=: Inscrire cent sous sur son carnet de dépenses sous cette rubrique significative:
On n’est pas de bois! (Argot du peuple). _N._
=FAIRE FAUX-BOND À L’ÉCHÉANCE=:
Manquer à un rendez-vous, ne pas payer une traite (Argot du peuple).
=FAIRE L’ÉGARD=: Garder la part d’un vol qui revient à un complice.
Ce devrait être plutôt _faire l’écart_, à moins que ce ne soit pris dans le sens de _manquer d’égard_ en ne partageant pas (Argot des voleurs).
=FAIRE DE L’HARMONE=: Parler bruyamment dans un lieu public.
Abréviation _d’harmonie_ (Argot du peuple).
=FAIRE LA GRANDE SOULASSE=: Assassiner tous les habitants d’une maison (Argot des voleurs).
=FAIRE LA NIQUE=: Se moquer de quelqu’un au moyen d’un geste familier aux voyous (Argot du peuple). =V.= _Battre une basane_.
=FAIRE LA PAIRE (Se)=: Se sauver à toutes jambes.
Ou dit aussi: se _tirer des deux_ (Argot du peuple).
=FAIRE LA SOURIS=: Fille qui vole son client pendant qu’il dort.
Albert Glatigny a dit à ce sujet:
En robes plus ou moins pompeuses, Elles vont comme des _souris_. Ce sont les jeunes _retapeuses_ Qui font la gloire de Paris.
(Argot des filles).
=FAIRE LE JACQUES=: Faire l’imbécile.
On fait le _Jacques_ auprès d’une femme pendant qu’elle est la maîtresse d’un autre (Argot du peuple). _N._
=FAIRE LE LÉZARD=: Battre sa _flemme_ sur l’herbe, le ventre au soleil.
On dit aussi: _manger une soupe à l’herbe_ (Argot du peuple). =V.= _Loupeur_.
=FAIRE LE POIREAU=: Attendre longtemps quelqu’un, si la personne ne vient pas, celui qui attend est planté là pour reverdir.
On dit aussi: _poiroter_.
Synonyme de: _Attends-moi sous l’orme_ (Argot du peuple).
=FAIRE NONNE=: Se rendre le complice d’un vol préparé de longue main par le _nonneur_ lui-même (Argot des voleurs).
=FAIRE SA GUEULE=: Faire une figure renfrognée.
Être mécontent sans en rien dire (Argot du peuple). _N._
=FAIRE SA MERDE=: Faiseur d’embarras.
Les gascons ont ce privilège (Argot du peuple).
=FAIRE SA POIRE=: Ne jamais rien trouver de bien; s’imaginer être au-dessus de tout et de tous (Argot du peuple). _N._
=FAIRE SA SOPHIE=: Faire le dégoûté, à table ne manger que du bout des lèvres.
Mot à mot: faire des manières.
Synonyme de _chipie_ (Argot du peuple). _N._
=FAIRE SES ORGES=: Gratter.
Faire _danser l’anse du panier_.
Engraisser ses poches aux dépens de celles des autres (Argot du peuple).
=FAIRE SON BEURRE= a la même signification.
=FAIRE SUER=: Faire _suer_ une affaire, lui faire rendre l’impossible.
_Faire suer_, expression employée par les cuisiniers pour faire revenir certaines viandes très légèrement dans la casserole.
Dire à quelqu’un: _Vous me faites suer_, signifie: _Vous m’embêtez_ (Argot du peuple).
FAIRE SUER LE CHÊNE: Tuer un homme (Argot des voleurs).
=FAIRE SUISSE=: Ouvrier qui boit seul et ne fraternise jamais avec ses camarades (Argot du peuple). =V.= _Ours_.
=FAIRE UN HOMME=: Action de _lever_ au bal ou ailleurs un individu à la recherche d’une bonne ou d’une mauvaise fortune, à l’heure, à la course ou à la nuit (Argot des filles).
=FAIRE UN RIGOLO=: Vol identique à celui que l’on nomme l’_embrassade_.
L’homme volé n’a guère envie de _rigoler_ et ne trouve pas _rigolo_ le vol dont il est victime (Argot des voleurs).
=FAIRE UN TROU DANS LA LUNE=: Faire banqueroute (Argot du peuple).
=FALOURDE ENGOURDIE=: Un cadavre.
Allusion à la rigidité (Argot du peuple).
=FANAL=: La gorge.
—Viens-tu nous arroser le _fanal_.
L’ivrogne, en buvant son premier verre de vin, s’écrie:
—Place-toi bien, mon vieux, il y aura foule ce soir (Argot du peuple). _N._
=FALZAR=: Pantalon (Argot des voleurs).
=FANANDEL=: Ami.
Expression usitée dans les prisons (Argot des voleurs).
=FANFE=: Tabatière (Argot des voleurs).
=FANTABOCHE=: Fantassin (Argot du peuple).
=FANTAISIE SUR LA TRINGLE=: =V.= _Bataille, des Jésuites_. _N._
=FARAUDENE=: Madame (Argot des voleurs).
=FARAUDEC=: Mademoiselle.
Ce mot vient de _faraude_; c’est un simple changement de finale (Argot des voleurs).
=FARCHER DANS LE PONT=: Tomber dans un piège tendu par les agents (Argot des voleurs).
=FARFOUILLARD= pour =FARFOUILLEUR=: Individu obstiné et méticuleux qui cherche sans cesse ce qu’il ne trouve jamais, excepté quand il _farfouille_ les poches d’un homme cossu. On dit également: il cherche la petite-bête (Argot du peuple).
=FARFOUILLER DANS SES ESGOURDES (Se)=: Nettoyer ses oreilles pour en enlever les mucosités (Argot du peuple).
=FARGUER=: Rougir (Argot des voleurs).
=FARIDONDAINE= (Être à la): Être dans la purée la plus complète.
Par abréviation, on dit être à la _faridon_ (Argot du peuple).
=FAUCHANTS=: Les ciseaux (Argot des voleurs).
=FAUCHÉ=: Guillotiné.
Par allusion au supplicié qui est sans _tête_, on dit d’un homme sans le sou, qui n’a pas de _faces_ dans ses poches:
—Il est _fauché_ (Argot des voleurs).
=FAUCHE-ARDENTS=: Les mouchettes.
Les mouchettes coupent, en effet, la mèche de la chandelle (Argot des voleurs).
=FAUCHEMANN=: _Fauché_.
—Je suis _fauchemann_ (Argot des souteneurs). _N._
=FAUCHEUR=: Le bourreau (Argot des voleurs).
=FAUX-BLAZE=: Donner un faux numéro (Argot des voleurs).
=FAUSSE COUCHE=: Homme, petit, chétif, qui n’a pas été terminé.
Terme de mépris employé dans les ateliers (Argot du. peuple). =V.= _Avorton_.
=FAUVETTE À TÊTE NOIRE=: Gendarme.
Allusion au chapeau bicorne (Argot des voleurs). =V.= _Hirondelle de Potence_.
=FÉE AUX YEUX VERTS (La)=: Absinthe.
Elle charme les buveurs, qui ne savent se soustraire à son influence (Argot du boulevard).
=FEIGNANT=: Propre à rien. Lâche, poltron, paresseux.
Descends-donc de ton cheval, eh! _feignant!_
Apostrophe d’un voyou charitable à Henri IV sur le Pont-Neuf pour lui offrir un canon.
On dit également _feignasse_ (Argot du peuple).
=FÊLÉ=: Toqué, un peu fou.
—Il a le coco _fêlé_.
Allusion à une marmite _fêlée_, elle fuit; par la _fêlure_ de la tête, la mémoire s’en va (Argot du peuple).
=FENDRE À S’ÉCORCHER= (Se): Dépenser tout son argent sans profit.
—Allons _fends_-toi d’une tournée (Argot du peuple).
=FENDRE L’ARCHE=: Quand un homme pressé marche vite, les voyous lui crient:
—Prends garde, tu vas te _fendre l’arche_.
Couper une carte de son adversaire, c’est lui _fendre l’arche_ (Argot du peuple).
=FENDRE L’OREILLE=: Mise à la retraite de quelqu’un, fonctionnaire, officier ou employé avant l’âge révolu.
—Sacré nom de Dieu, les cochons m’ont _fendu l’oreille_: J’ai pourtant encore du sang.
Allusion à la coutume de _fendre l’oreille_ aux chevaux mis à la réforme (Argot des troupiers).
=FENÊTRE=: =V.= _Carreau_.
=FERLAMPIER=: Homme à qui tous les métiers sont bons.
Mendiant, voleur, souteneur (Argot des voleurs).
=FERME ÇA=: _Ferme_ ta bouche (Argot du peuple).
=FERMÉ SON VASISTAS= (Avoir): Mourir (Argot du peuple).
=FERRÉ À GLACE=: Sachant parfaitement ce qu’il doit savoir. _A. D._
Dans le peuple, cette expression signifie être _affranchi_, ne rien craindre.
C’est la conséquence d’un vieux proverbe:
—Il est _ferré à glace_. Il ne craint ni putain ni garce (Argot du peuple). _N._
=FERTANCE= ou =FERTILLE=: La paille.
—Dans mon _garno_ à quatre _ronds_ la _sorgue_, y a des _pégoces_ dans la _fertance_ (Argot des voleurs).
=FESTILLANTE=: La queue du chien; il la remue pour témoigner sa joie à son maître.
Elle _frétille_.
_Festillante_ est la corruption de _frétillante_ (Argot des voleurs).
=FESTONNER=: Pochard qui ne tient pas sur ses jambes.
Il _festonne_ en marchant, pour essayer de maintenir son équilibre (Argot du peuple).
=FESSER LA MESSE=: Prêtre qui expédie à la vapeur une messe d’enterrement de dernière classe.
—Le _ratichon_ a _fessé sa messe_ en cinq secs (Argot du peuple).
=FEUILLES DE CHOUX=: Oreilles (Argot du peuple). =V.= _Esgourdes_.
=FEUILLE DE CHOU=: Mauvais journal qui ne se vend qu’au poids (Argot d’imprimerie).
=FICELÉ=: Se dit de quelqu’un bien habillé, tiré à quatre épingles (Argot du peuple).
=FICELEUSE=: La ceinture (Argot du peuple). =V.= _Anguille_.
=FICELLE=: Être _ficelle_, malin, rusé, employer toutes sortes de _ficelles_ pour réussir dans une affaire.
—Je la connais, vous êtes trop _ficelle_ pour ma cuisine.
—Vous ne me tromperez pas, je vois la _ficelle_ (Argot du peuple).
=FIÈVRE CÉRÉBRALE=: Condamné à mort.
Il meurt, en effet subitement (Argot des voleurs).
=FIGNE=: Le _podex_ (Argot des voleurs).
=FIGNOL=: Joli (Argot des voleurs).
=FIGNOLER=: Polir une pièce d’ouvrage, l’achever avec un soin tout particulier (Argot du peuple).
=FIGNOTON=: Derrière (Argot du peuple). _N._
=FIGURE DE CAMPAGNE=: Faire ses nécessités en plein air.
On comprend quelle figure est au vent (Argot du peuple).
=FIGURANTS DU SALON=: Certaines maîtresses de maison de tolérance pour faire croire à une clientèle choisie, paient chaque soir plusieurs individus qui _figurent au Salon_.
Rue Sainte-Appoline, une de ces maisons eut pour _figurants_ pendant plusieurs années deux acteurs devenus très célèbres (Argot du peuple). _N._
=FIGURE À CLAQUES=: Visage ingrat, pas précisément laid, mais antipathique de prime abord.
Dans le peuple, tout individu qui ne vous regarde pas en face, franchement, comme on dit l’œil dans l’œil, est une _figure à claques_.
—Tiens, tu me dégoûtes, ta gueule appelle la _claque_ (Argot du peuple).
=FIGURE D’ÉCUMOIRE=: Homme affreusement grêlé (Argot du peuple). =V.= _Poêle à marrons_.
=FIGURE DE PAPIER MÂCHÉ=: Personne sans couleur, aux joues creuses et à visage pâle.
Le peuple, sans pitié, ne manque jamais d’employer cette expression pour un malheureux qui meurt de consomption.
—Il ne tient pas debout avec sa _figure de papier mâché_ (Argot du peuple).
=FIL À LA PATTE= (En avoir un): Être gêné par quelqu’un.
Être entravé dans ses affaires, n’avoir pas ses coudées franches.
Une femme crampon est un rude _fil à la patte_ (Argot du peuple).
=FIL À RETORDRE= (Avoir du): Peiner pour réussir une affaire.
Essayer de convertir un incrédule.
—Pas moyen de venir à bout de cette mauvaise tête d’Alfred, En voilà un enfant qui m’a donné du _fil à retordre_ (Argot du peuple).
=FILATURE=: Terme employé par les agents de la Sureté pour indiquer qu’ils _filent_ un voleur (Argot des voleurs).
=FIL DE SOIE=: Filou, voleur (Argot du peuple).
=FIL EN QUATRE=: Eau-de-vie supérieure (Argot du peuple).
=FILER=: Suivre.
Pour organiser une _filature_, les agents se mettent deux, l’un devant le _filé_, l’autre derrière, de façon à ce qu’il ne puisse échapper.
Il y a des _filatures_ qui sont extrêmement mouvementées, c’est une véritable chasse où toutes les ruses sont mises en œuvre.
Le _gibier_ cherche toutes les occasions de se dérober pour éviter le _sapement_ (Argot des voleurs).
=FILER LA COMÈTE=: Malheureux qui n’a pas de domicile et qui marche toute la nuit pour éviter d’être emballé par les agents.
Quand il n’y a pas de _comète_ il _file les étoiles_ quand il n’est pas _filé_ lui-même (Argot du peuple).
=FILER UN SINVE=: _Filer_, suivre, _sinve_, homme facile à duper.
Mot à mot: le filer jusqu’au moment favorable pour le dévaliser sans danger (Argot des voleurs).
=FILOCHE=: Bourse.
Avoir sa _filoche à jeun_, c’est être sans le sou (Argot du peuple).
=FINIR EN QUEUE DE POISSON=: Chose qui commence bien et finit mal ou pas du tout.
Un livre qui commence en empoignant ses lecteurs et se termine bêtement, c’est _finir en queue de poisson_ (Argot du peuple).
=FLAC D’AL=: Sacoche à argent.
_Flac_ sac, _dal_ argent: abréviation d’_altèque_.
Pour _flaquer_, on dit aussi je vais à _flacdal_ (Argot du peuple).
=FLAGORNER=: Flatter quelqu’un bassement.
Trouver une _croûte_, une œuvre de maître.
Comparer un mauvais vaudevilliste à Molière ou à Legouvé.
Mot à mot: prodiguer des éloges tarifés ou intéressés (Argot du peuple).
=FLAGORNEUR=: Flatteur.
Race assez commune. Il y en a toujours au moins un dans un atelier.
Le _flagorneur_ descend sans vergogne au rôle de mouchard (Argot du peuple).
=FLAMAND=: Amis (Argot des voleurs). =V.= _Aminche_.
=FLAMBEAU= (En avoir un):
—Je connais le _flambeau_, c’est-à-dire je connais la chose.
Faire une belle invention c’est avoir un _chouette flambeau_.
—Tu ne me monteras pas le coup, mon vieux, je sais ou est le _flambeau_.
Être très habile dans un métier c’est avoir le _flambeau_.
_Flambeau_, dans le peuple, veut dire être supérieur aux gens de sa profession.
Francisque Sarcey, Bouguereau, Ambroise Thomas, Clovis Hugues, sont des _flambeaux_.
Émile de Girardin, Victor Hugo, Lamartine, Diaz, etc., étaient des _flambeaux_ (Argot du peuple). _N._
=FLANCHER=: Avoir peur (Argot du peuple).
=FLANCHER=: Jouer sur les places publiques au _bouchon_ (_radin_) ou à l’_anglaise_ (_monac_).
En général de tous jeux on dit _flancher_ (Argot du peuple).
=FLANCHET=: Part de vol.
Lot qui échoit à un brocanteur.
Morceau de viande qui forme la _pointe_ dans l’intérieur du bœuf (Divers argots).
=FLANCHEUR=: Qui _flanche_ (Argot du peuple).
=FLANELLE= (Faire): Entrer dans une maison de tolérance, peloter le personnel sans consommer (Argot des souteneurs).
=FLAQUER=: =V.= _Déballer_.
=FLAQUET=: L’endroit ou le dos change de nom.
Dans le peuple on ne prend pas de mitaine pour donner au _flaquet_ son vrai nom (Argot du peuple).
=FLEMME=: Maladie que la plupart des ouvriers ont les lundis.
On dit: battre une _flemme_.
Bien souvent la _flemme_, la _flemme_, Bien souvent la _flemme_ me prend. En hiver comme en été, Elle ne m’a jamais quitté.
(Argot du peuple).
=FLEURE-FESSES=: Homme qui moucharde ses compagnons d’atelier et est sans cesse _derrière_ le patron (Argot du peuple). =V.= _Lèche-cul_.
=FLEUR DE SACRISTIE=: Calotin qui fréquente les églises sans en croire un mot.
C’est un commerce comme un autre.
On dit aussi: _rat de sacristie_ (Argot du peuple). _N._
=FLIQUE= ou =FLICK=: Sergent de ville (Argot du peuple). =V.= _Bec de gaz_.
=FLIC À DARD=: Sergent de ville.
Allusion à ce que dans les manifestations, ils mettent sabre au clair, ils _lardent_ les manifestants.
Dans le peuple, le mot est soudé, on dit _flicadard_ (Argot du peuple). _N._
=FLINGOT=: Fusil (Argot des troupiers). =V.= _Bottoche_.
=FLÔME=: Femme.
Cette expression est nouvelle dans les faubourgs.
D’où vient-elle?
Probablement de ce que les femmes d’ouvriers, pendant que leurs maris travaillent, _flemment_ chez les voisines.
_Flôme_ est une corruption de _flemme_, comme _flemmard_ pour paresseux, et une adjonction de finale à _flemme_ (Argot du peuple). _N._
=FLOPPÉE=: En donner une ou la recevoir.
Être battu ou battre violemment.
Quand la _marmite_ du souteneur ne rapporte pas, elle reçoit une _floppée_.
Allusion au cordonnier qui _bat_ son cuir pour l’assouplir: il le _floppe_ (Argot des souteneurs).
=FLOTTE=: Eau.
La rivière _flotte_.
On dit d’une personne mince dans des vêtements trop larges:
—Ses membres _flottent_.
Toute la _flotte_ (l’atelier en entier) a été manger une friture.
Nous étions une _flotte_ pour nous étions un _tas_ (Argot du peuple). _N._
=FLOTTANT=: Bal où se réunissent les souteneurs du quartier.
Toute la _flotte_ s’y donne rendez-vous.
Les souteneurs n’ont pas de préjugés, une expression même injurieuse glisse sur les oreilles de ces messieurs.
Ils savent très bien que le mot _flottant_ vient de _flotte_, eau, or les _poissons_ sont dans leur élément (Argot des souteneurs). _N._
=FLOUMANN=: Floueur, filou.
_Mann_, en allemand veut dire _homme_. Mot à mot, en retournant la finale, cela fait _homme floueur_.
Être _floué_, est synonyme d’être trompé.
Ainsi, un homme épouse une femme qu’il croyait vierge, elle sort de la maternité.
—Il est _floué_ (Argot du peuple). _N._
=FLOUPIN=: Diminutif de _floumann_, comme _pégriot_ l’est de _pègre_.
Un _floupin_ est un petit filou qui travaille dans les bas prix.
—Il vole un mouchoir; le _floumann_ vole des millions (Argot du peuple). _N._
=FLOUTIÈRE=: Rien.
Au XVI^e siècle on critiquait les archi-suppôts chargés de réformer le langage (l’argot) en usage dans les _cours des Miracles_, on disait d’eux... sans _ficher floutière_.
Le mot est resté en usage (Argot du peuple).
=FLUTES=: Jambes.
On dit d’une femme maigre: Elle a volé les _flutes_ du boulanger.
_Flute_, synonyme de _zut_ (Je ne veux pas) (Argot du peuple).
=FLUTENCUL=: Pharmacien.
Bonjour Mam’zelle Zirzabelle J’vous apporte un p’tit lavement, Ça vous r’fra le tempérament. Allons, tournez-vous, mam’zelle. Fi! Monsieur, pas tant d’raideur, Car jamais apothicaire Ne verra c’que par pudeur Je n’fais voir qu’à ma chère mère!
(Argot du peuple).
=FLUXION DE PAVÉS=: Pochard qui tombe et s’abime la figure: elle enfle comme s’il avait mal aux dents.
De là l’expression (Argot du peuple).
=FOIRE D’EMPOIGNE=: Voler à la force du poignet (Argot des voleurs).
=FOIREUX=: Poltron.
On dit aussi: _foireux comme un geai_.
L’ami Mac-Nab nous a laissé une chanson connue, à ce sujet:
‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ Il reste les Napoléon, Des muff’s qu’a toujours la colique Et qui _foire_ dans ses pantalons Pour em... bêter la République.
Allusion à la fuite de _Craint-plomb_, pendant la guerre de Crimée (Argot du peuple).
=FOIRON=: Le derrière (Argot du peuple).
=FOND DE PÊCHE=: Le nombril (Argot des voleurs). _N._
=FONDRIÈRES=: Les poches.
Allusion à leur profondeur (Argot du peuple).
=FORTANCHE=: Fortune.
C’est un changement, de finale comme _boutanche_ pour _boutique_, _dorancher_ pour _dorer_, _brodancher_ pour _broder_, etc., etc.
—_Turbiner_, c’est bon pour les _pantes_, j’ai fait ma _fortanche_ à la _foire d’empoigne_ (Argot des voleurs). _N._
=FORT EN GUEULE=: Crier beaucoup.
Les poissardes bavardes et insolentes sont _fortes en gueule_ (Argot du peuple).
=FOU=: Marteau (Argot du peuple). =V.= _Balançon_.
=FOUETTER DU BEC=: Avoir une haleine fétide qui exhale une odeur d’égout (Argot du peuple).
=FOUILLE AU POT=: Petit cuisinier qui sert les ouvriers dans les gargotes.
—Il _fouille au pot_ pour en retirer les légumes (Argot du peuple).
=FOUILLE MERDE=: Tatillon qui fourre son nez partout (Argot du peuple).
=FOUILLER= (Tu peux te): Tu n’auras rien, ou il ne reste rien (Argot du peuple).
=FOUILLEUSES=: Poches (Argot du peuple).
=FOUINETTE=: Juge.
Diminutif de _fouinard_, malin, rusé, chercheur (Argot des voleurs). =V.= _Palpeur_.
=FOULER= (Ne pas se): Ouvrier ou employé jamais pressé, plus exact à la soupe qu’au travail.
—Tu vas te _fouler la rate_.
—Prends garde de _te casser_.
Même signification (Argot du peuple).
=FOUR= (En faire un): Manquer une affaire (Argot du peuple).
=FOURBI=: Piège, malice. _A. D._
C’est une erreur. Cette expression très usitée vient du régiment, où le caporal chargé de l’ordinaire gratte sur la nourriture des hommes.
_Fourbi_ signifie bénéfice (Argot du peuple). _N._
=FOURCHETTE=: Voleur à la tire.
Allusion à ce que les voleurs qui ont cette spécialité, ne se servent que des deux doigts de la main droite qui forment _fourchette_ pour extraire les porte-monnaies des poches des badauds (Argot des voleurs). _N._
=FOURGAT=: Recéleur qui achète les objets volés (Argot des voleurs). =V.= _Meunier_.
=FOURGUER=: Vendre des objets volés (Argot des voleurs).
=FOURLINES=: Voleurs et meurtriers à l’occasion (Argot des voleurs).
=FOURMILLON=: Marché.
La foule _fourmille_: endroit propice pour les voleurs.
—Il y a un riche coup à faire sur la _placarde_ du _fourmilion_ (Argot des voleurs).
=FOURNAISE=: On sait que les _mornifleurs-tarte_ sont réunis en _tierce_ (par trois). Le _mornifleur_, le faux monnayeur, le _gaffe_ qui détient la réserve des pièces fausses, et _l’émetteur_ qui écoule les pièces chez les commerçants.
L’_émetteur_ se nomme la _fournaise_.
L’allusion est juste, car il est dans le _feu_, courant à chaque minute le risque d’être pincé.
Mot à mot: il est _dans la gueule du loup_ (Argot des voleurs). _N._
=FOURNEAU=: Vagabond, mendiant habitué du fourneau de charité. _L. L._
_Fourneau_, signifie crétin, imbécile.
Quand on imprime dans les journaux que nos ministres et nos députés sont des _fourneaux_ ils ne sont pas je pense habitués des asiles de nuit (Argot du peuple). _N._
=FOURNEAUTIN=: Diminutif de _fourneau_ (Argot du peuple). _N._
=FOURNITURE=: Allusion aux fines herbes que l’on met dans la salade pour lui donner du goût et la _parer_ (Argot du peuple). =V.= _As de pique_.
=FOURRACHON=: Le lit (Argot des voleurs). =V.= _Juge de paix_.
=FOUTAISE=: Rien.
—Tu m’offres cent sous d’acompte sur mille francs la belle _foutaise_.
—Tu nous en raconte des _foutaises_. On dit aussi:
—C’est de _la fouterie de pauvre_ (Argot du peuple).
=FOUTIMASSER=: S’applatir sur un ouvrage, le faire traîner en longueur.
C’est une corruption de deux mots accouplés _foutu_, mauvais, _masseur_, travailleur (Argot du peuple). _N._
=FRANC CARREAU=: Quand un prisonnier est incorrigible il est mis au cachot.
On lui enlève sa literie, il couche alors sur le _franc carreau_ (Argot des voleurs). _N._
=FRACASSÉ=: Être vêtu d’un habit, d’un _frac_.
C’est un mauvais calembour.
—J’en ai du _frac assez_.
Il me rappelle la célèbre scie d’atelier sur le mot _Afrique_:
—J’ai de la _fricassée_, du _fracandeau_, de la _fripouille_, de la _friture_, etc., etc (Argot des ateliers).
=FRANC DE COLLIER=: Cheval qui remplit sa besogne en conscience.
Homme franc, ouvert, loyal.
—Il est _franc du collier_ (Argot du peuple). _N._
=FRANGIN=: Frère (Argot du peuple).
=FRANGINE=: Sœur (Argot des voleurs).
=FRÈRE FRAPPART=: Marteau.
L’allusion est frappante (Argot des forgerons). =V.= _Balançon_.
=FRÈRE JACQUES=: Pince (Argot des voleurs). =V.= _Monseigneur_.
=FRÉROT DE LA CAQUE=: Filou (Argot des voleurs).
=FRÉTILLON=: Grisette chantée par Béranger.
L’expression est heureuse, rien de plus _frétillant_ en effet qu’une fille du peuple qui s’amuse et aime pour son compte (Argot des bourgeois). =V.= _Grisette_.
=FRIAUCHE=: =V.= _Aller au rebectage_.
=FRIC-FRAC= (Vol au).
Ainsi nommé à cause du bruit que produit l’outil en fracturant les portes (Argot des voleurs).
=FRICADIER=: Un sou.
C’était l’expression favorite de Pradier, le célèbre bâtonniste qui travaillait devant l’Institut (sur la place) (Argot du peuple).
=FRICASSÉE DE MUSEAU=: S’embrasser mutuellement.
Cela indique bien le frottement de deux visages.
Mot à mot: s’embrasser avec effusion (Argot du peuple).
=FRIMASSARD=: Le froid (Argot des voleurs). =V.= _Frisbi_.
=FRIME=: La figure.
_Tomber en frime_, se rencontrer face à face avec quelqu’un (Argot du peuple).
=FRIME= (Pour la): Pour rien.
Faire semblant (Argot du peuple).
_Frimer_: Faire de l’embarras.
—Il est bien mis, il _frime_ (Argot du peuple).
=FRIMOUSSE=: Vieille expression qui veut dire _visage_.
On la trouve dans la _Henriade travestie_ (Argot du peuple).
=FRINGUER=: S’habiller.
Rabelais dans _Pantagruel_ écrit _fringuez_ (Argot du peuple).
=FRIPE=: Nourriture.
—L’heure de la _fripe_ va sonner (Argot d’imprimerie).
=FRIPES=: Mauvais vêtements que revendent les _fripiers_ sur le carreau du Temple (Argot du peuple). =V.= _Loques_.
=FRIPOUILLE=: Rien de bon.
Dans le peuple, quand on a dit d’un homme c’est une _fripouille_, c’est tout dire.
_Fripouille_ est certainement une corruption de _friperie_, donc on avait fait _fripaille_ (Argot du peuple).
=FRIQUET=: Mouchard. _A. D._, _L. L._
C’est une erreur, _friquet_ est un _moineau_, c’est une variété du pierrot parisien, l’effronté gavroche de la gent ailée (Argot du peuple).
=FRISBI=: Froid.
On dit aussi: il fait _friot_, _frisquet_, et comme superlatif:
—Nom de Dieu, que ça _pince_ il gèle à pierre _fente_ (pour _fendre_) (Argot du peuple).
=FRISÉ=: Juif (Argot des voleurs).
=FRISER SON NAZ=: Être mécontent.
_Friser son naz_ est une variante de la vieille expression, même adressée à un chauve:
—Ça te _défrise_, mon vieux (Argot du peuple). _N._
=FROMGY=: Fromage (Argot du peuple).
=FROTTE-BOTTES=: Domestique (Argot du peuple).
=FROTTÉE=: Recevoir une bonne _frottée_ ou la donner.
Se battre (Argot du peuple).
=FROTTER=: Faire la cour à une femme.
—Elle est rien raide, faut pas s’y _frotter_ (Argot du peuple). _N._
=FROTTIN=: Billard.
—Viens-tu faire une partie de _frottin_? (Argot du peuple).
=FROUSSARD=: Individu qui a peur (Argot du peuple). _N._
=FROUSSE=: =V.= _Taf_.
=FRUSQUES=: Vêtements.
Pour indiquer des habits en mauvais état, on dit des _frusques boulinées_.
Quand ils sont tout à fait effilochés, on dit que l’on pourrait y _accrocher toute une batterie de cuisine_ (Argot du peuple). _N._
=FUITE DE GAZ= (En avoir une): Laisser échapper un pet en sourdine; si on ne l’entend pas, on le sent.
Allusion à l’odeur insupportable du gaz, quand un conduit est crevé (Argot du peuple).
=FUMER SANS TABAC=: Être furieux, _fumer_ de colère (Argot du peuple). _N._
=FUMER SES TERRES=: Être enterré dans sa propriété.
Épouser une fille riche quand on n’a pas le sou.
Déposer dans son jardin ce que l’on dépose pour trois sous dans un châlet, de nécessité (Argot du peuple). _N._
=FUMERONS=: Les jambes.
—Il est à moitié _décati_, il ne tient plus sur ses _fumerons_.
Pour exprimer la même idée, on dit aussi:
—Il tremble sur ses _fils de fer_ (Argot du peuple).
=FUMERON=: Galopin qui fume dans la rue en allant à l’école.
—Comment tu fumes sale crapaud?
—Mais oui.
—Tu as raison les étrons _fument_ bien! (Argot du peuple). _N._
=FUMIER DE LAPIN=: Bon à rien, individu inutile.
On dit aussi: il ne vaut pas un _pet de lapin_ (Argot du peuple). _N._
=FUMISTE=: Farceur, mystificateur, qui cherche toutes les occasions possibles de faire des blagues.
Les plus grands fumistes des temps passés furent Romieu et Sapeck.
Ils sont remplacés par _Lemice-Terrieux_.
À propos de Sapeck dont la réputation est encore grande au quartier latin; la fameuse farce des bougies coupées ne lui appartient pas, elle fut faite quarante ans avant lui, on la raconte dans une brochure intitulée: _Les mystères de la Tour de Nesles_ (Paris 1835) (Argot du peuple). _N._
=FUNICULÉ= (Être): Refuser de marcher ou de travailler.
Allusion au _funiculaire_ de Belleville, qui marche quand il veut.
_Funiculé_ remplace le mot _capricieux_ et modifiera le dicton: _capricieux_ comme une jolie femme.
—Cette jolie femme est _funiculée_ (Argot du peuple). _N._
=FUSAIN=: Curé.
Allusion au vêtement noir (Argot du peuple).
=FUSEAUX=: Jambes minces comme des baguettes de fusil.
Dans le peuple, on dit:
Minces du bas, fines du haut.
On dit également:
_Mince_ d’aiguilles à tricoter (Argot du peuple). _N._
=FUSÉE= (En lâcher une): Quand un ivrogne a trop bu, il soulage son estomac en _lâchant une fusée_.
Allusion à ce que la déjection retombe en _gerbe_.
Quand elles se suivent, on dit dans le peuple:
—Quel riche feu d’artifice, voilà le bouquet (Argot du peuple).
=FUSER=: Fusée d’un autre genre qui ne s’envole pas par le même côté.
—Où donc qu’il est, Dumanet?
—Il est en train de _fuser_ (Argot des troupiers).
=FUSILLER=: Donner un mauvais dîner. _A. D._
_Fusiller_ se dit des _soldeurs_ qui _fusillent_ des marchandises volées.
Ils les vendent à n’importe quel prix.
On les nomme des _fusilleurs_ (Argot des camelots). _N._
G
=GABARI=: Perdre au jeu, jargon des ouvriers de fer. _L. L._
Le _gabari_ est une plaque de tôle ou de zinc taillée sur un modèle donné pour que l’ouvrier mécanicien ou menuisier puisse confectionner exactement sa pièce.
Avant l’invention de la machine à diviser, une roue d’engrenage ne pouvait être juste sans le secours du _gabari_ pour aligner les dents (Argot des ouvriers). _N._
=GÂCHER DU GROS=: Aller pisser comme les poules.
Allusion aux maçons qui mangent énormément et qui _font_ de même (Argot du peuple).
=GÂCHEUR=: Le président de la Cour d’assises.
Quand il condamne, il _gâche_ la vie des gens (Argot des voleurs). _N._
=GADIN=: Vieux chapeau. _L. L._
Le _gadin_ est un _bouchon_.
Le jeu qui consiste à abattre le bouchon chargé de gros sous se nomme _gadiner_.
Il y a plus de cinquante ans que cette expression est populaire (Argot du peuple). _N._
=GAFFE= (En commettre une): Dire ou faire une bêtise, parler trop et à côté (Argot du peuple).
=GAFFE=: Faire le guet pour avertir des complices de l’arrivée de la rousse ou des passants qui pourraient les déranger (Argot des voleurs).
=GAFFE DE SORGUE=: Gardien de marché ou surveillant de maisons en construction.
Autrefois, c’étaient des invalides qui remplissaient ces fonctions (Argot des voleurs).
=GAFFEUR=: Qui commet des _gaffes_.
Il y en a de célèbres, par exemple, dire au maître de la maison dans laquelle on est invité:
—Qui est donc cette vilaine bossue qui fait tant de grimaces.
—Monsieur, c’est ma femme (Argot du peuple).
=GAGNER LE GROS LOT=: C’est assez extraordinaire de ne pas mettre à une loterie et d’avoir cette chance.
Ce _gros lot se gagne_ sans billet.
La garde qui veille aux barrières du Louvre N’en défend pas les rois.
On dit aussi: je suis _assaisonné_ (Argot du peuple). =V.= _Quinte, quatorze et le point_.
=GAILLARDES=: Joues (Argot des voleurs). =V.= _Jaffles_.
=GAJARD=: Gros homme (Argot des voleurs). _N._
=GALBEUX=: Avoir du _galbe_, posséder un visage correct et avenant.
On dit d’une jolie fille:
—Elle est _galbeuse_.
Au superlatif: elle est _truffée de galbe_ (Argot des filles).
=GALETTE=: Argent (Argot du peuple). =V.= _Aubert_.
=GALOUBET= (En avoir): Posséder une belle voix ou crier bien fort.
On dit d’un chanteur émérite:
—Il a un rude _galoubet_.
=GALTOUZE=: Argent (Argot du peuple). =V.= _Aubert_.
=GALURIN=: Chapeau.
On dit quand il a une hauteur exagérée:
—_Mince_ de _galure_ (Argot du peuple). =V.= _Bloum_.
=GAMBETTES=: Jambes.
—Elle est bien _molletonnée_ (montée en _gambettes_) (Argot du peuple). =V.= _Brancards_.
=GAMBILLER=: Danser.
Mot à mot: faire marcher ses _gambettes_ (Argot du peuple).
=GAMBILLEUR=: Danseur (Argot du peuple).
=GAMBILLEUR DE TOURTOUSE=: Danseur de corde.
_Gambiller_, danser, _tourtouse_, corde.
Cette expression servait autrefois à désigner la _corde_ employée par le bourreau pour expédier ses clients dans l’autre monde.
L’image est juste, le condamné _gambille_ au bout de la _tourtouse_ (Argot des voleurs).
=GAMELLES=: Seins.
Les troupiers, dans les jardins publics, se placent de préférence sur les bancs, à côté des nourrices qui allaitent leurs nourrissons.
Ils se pourlèchent les lèvres à la vue des _nichons_ blancs et volumineux.
—Mademoiselle, en voilà un heureux gaillard de manger à une pareille _gamelle_.
Quand il y en a pour un, il y en a pour deusse.
Le camarade se penche:
«Il y en aurait bien pour troisse» (Argot des troupiers). _N._
=GAMELLE= (En attacher une): Quitter une femme avec laquelle ou est collé, sans la prévenir.
Rendre son tablier sans faire ses huit jours (Argot du peuple).
=GANCE=: Bande.
Association de malfaiteurs (Argot des voleurs).
=GANDIN D’ALTÈQUE=: Homme décoré d’un ruban quelconque.
Homme portant une particule (Argot du peuple).
=GANTS= (Pour mes): Pourboire sous quelque forme que ce soit.
Cette expression, néanmoins, est plus généralement employée pour les filles qui réclament un supplément au prix convenu.
_Gant_ est synonyme d’_épingle_ (Argot des filles).
=GANTER=: Il ou elle me _gante_.
Synonyme de _chausse_.
—Cet homme me _gante_, il a une rude pointure.
Pas d’explications superflues (Argot des filles).
=GARÇON=: Les hôtes habituels des prisons appellent _garçon_ un voleur.
Le _garçon de campagne_ est un voleur de grand chemin, qui a pour spécialité de dévaliser les _garnaffes_. =V.= ce mot (Argot des voleurs).
=GARDE NATIONAL=: Paquet de couennes.
On dit aussi _nœud_ d’épée. Allusion à la forme (Argot des charcutiers).
=GARDE NATIONALE= (En être): Femme pour femme (Argot des filles). =V.= _Accouplées_.
=GARE À FAFFLARDS=: Bureau.
Allusion à l’utilité de ce meuble pour _garer_ ses papiers.
_Garer_, serrer, _fafflards_ papiers (Argot des voleurs).
=GARER SON PITON=: Mettre son nez à l’abri des coups qu’il pourrait recevoir.
Cette précaution est nécessaire dans les quartiers excentriques où les souteneurs mangent sans faire de façon, le _piton_ du bourgeois qui n’apprécie pas les charmes de leurs marmites.
Avant l’annexion de la banlieue à Paris, Belleville et la Villette étaient renommés pour ce genre d’exercice (Argot des souteneurs).
=GARGAMELLE=: Le gosier.
C’est une très vieille expression qui a été remplacée par celles plus modernes de _dalle_, _sifflet couloir_ (Argot du peuple).
=GARGOINE=: La bouche.
Par abréviation: _la gargue_.
Quelques-uns écrivent _gargouenne_ (Argot du peuple). =V.= _Affamée_.
=GARGOTER=: Cuisinière qui rate tous ses ragoûts.
Mot à mot: faire de la mauvaise cuisine, de la _gargote_.
_Gargoter_ un travail ou le _savater_, le _gâcher_ en un mot (Argot du peuple).
=GARGUE=: La bouche (Argot du peuple).
=GÂTE-SAUCE=: Garçon pâtissier. _A. D._
_Gâte-sauce_ ne s’emploie pas exclusivement pour désigner un garçon pâtissier, cette expression s’applique à tous les métiers.
Dire à un mari qu’il est cocu et troubler la félicité des amants, c’est _gâter la sauce_.
Quand un commissaire de police tombe comme un aréolithe au milieu d’un tripot, la _sauce_ est _gâtée_ pour les joueurs.
Dans le peuple, de tout ce qui va mal, la _sauce se gâte_.
Le synonyme est: _ça tourne au vinaigre_ (Argot du peuple).
=GAULES DE SCHTARD=: Barreau de prison.
_Gaule_: allusion à la rigidité du fer (Argot des voleurs).
=GAU PICANDI=: _Pou_ qui _pique_.
Quand il provoque des démangeaisons trop vives, qu’il _pique_ trop fort, comme aux jours d’orages, par exemple, pour s’en débarrasser on le tue; cela s’appelle: _basourdir un gau_ (Argot du peuple).
=GAVIOT=: Le gosier.
Serrer le _gaviot_: faire passer le goût du pain.
Mot à mot: étrangler un individu (Argot du peuple). =V.= _Qui-Qui_.
=GAYE=: Cheval.
Quand le cheval est vieux on dit qu’il est une _rosse_ (Argot des maquignons).
=GENDARME=: Fer à repasser.
_Gendarme_ est le nom du fabricant le plus renommé (Argot des blanchisseuses).
=GÊNÉ=: Malheureux momentanément, embarrassé dans ses affaires.
_Gêné_ dans ses entournures: être habillé trop étroitement.
_Gêné_ par quelqu’un: n’avoir pas ses coudées franches, être tenu en laisse.
_Gêné_: être mal à l’aise dans un milieu auquel on n’est pas habitué.
Dans le peuple, _gêné_ a une signification toute différente.
Quand une femme a un amant, elle lui dit au moment psychologique:
—Fais comme mon mari, _gêne-toi_ (Argot du peuple). _N._
=GÉNÉRAL PAVÉ=: Les filles publiques qui arpentent les rues du matin au soir à la recherche de clients sont entretenues par ce _général_, qui est souvent bien dur pour elles.
L’allusion est claire (Argot du peuple). _N._
=GERBE=: Prison.
_Gerbé_: condamné.
_Gerbé à vioc_: être condamné aux travaux forcés à perpétuité.
_Gerbé à la passe_: condamné à mort (Argot des voleurs).
=GERBIER=: président de la Cour d’assises (Argot des voleurs).
=GERCE=: Femme (Argot du peuple).
=GERMINYSER=: Membre d’un cercle catholique qui cherche à pénétrer dans un centre ouvrier.
La condamnation qui frappa un personnage célèbre reconnu coupable d’un délit, qui n’était assurément qu’un acte de folie érotique a donné naissance à cette expression devenue populaire (Argot du peuple).
=GIBELOTTE DE GOUTTIÈRE=: Il existe des industriels qui, la nuit, vont chasser les chats!
Ils les fourrent dans un sac de toile, les dépouillent, puis les vendent aux restaurateurs de bas-étage qui les transforment en _lapin sauté_ ou en _lapin chasseur_.
Ils les préparent plus particulièrement en _gibelotte_ parce que le vin et les épices atténuent un peu l’odeur sauvage du chat-lapin.
Dans les portions servies au public, jamais il n’y a de tête; elle ferait reconnaître facilement la nature du _lapin_ (Argot du peuple).
=GIGOLETTE=: Fille des faubourgs qui, à l’âge où les autres vont encore à l’école, a déjà jeté son bonnet par dessus la Tour Eiffel.
La _gigolette_ travail pour l’amour de l’art.
Comme elle fréquente les bals publics où elle _gigotte_ avec frénésie, l’expression _gigolette_ est indiquée (Argot du peuple).
=GIGOLO=: L’amoureux de la _gigolette_. Un vieux refrain très populaire, dit:
Si tu veux être ma _gigolette_ Moi, je serai ton _gigolo_.
_Gigolo_ s’applique aussi à un individu peu aimable.
—Qu’est-ce qui nous a foutu un _gigolo_ aussi _bassinant_ que toi (Argot du peuple).
=GIGOTS=: Les cuisses.
—Mon cher elle a des _gigots épastrouillants_, c’est de la _bidoche_ première catégorie (Argot du peuple). =V.= _Boudinots_.
=GIBIER DE POTENCE=: Filou, voleur, souteneur; tous ceux qui, en un mot, se mettent en dehors des lois et sont justiciables de la _planche à pain_ ou du _carré des petites gerbes_ (Argot du peuple).
=GILET=: La poitrine.
On dit d’une femme qui en possède une copieuse:
—La nature a _rien_ été généreuse, _pige_ donc le _bath devant de gilet_.
On dit également:
—Elle a un rude plastron.
Cela a donné naissance à un jeu de mots que les farceurs ne manquent jamais de faire. À l’époque des élections, ils arrêtent une fille dans la rue et lui demandent:
—Mademoiselle, pour qui _vos têtons_?
Une autre plaisanterie est encore commune:
—Mademoiselle qu’avez-vous donc dans votre corset?
—Du foin pour amuser les ânes? (Argot du peuple). _N._
=GINGLARD=, =GUINGLET= ou =REGINGLARD=: Petit vin aigre, il faut se cramponner à la table pour le boire.
Une vieille chanson dit:
C’est un nectar, un vrai chasselas Ça vous coupe la gueule à quinze pas.
Ce petit vin tire son nom d’un clos très ancien qui était situé sur les hauteurs du Mesnil-Montant: il appartenait au XVI^e siècle à un nommé _Guinguet_ (Argot du peuple). _N._
=GIROFLÉE À CINQ FEUILLES=: Gifle.
Allusion aux cinq doigts (Argot du peuple). =V.= _Salsifits_.
=GIROLLE=: Soit, volontiers, je marche.
Par abréviation on dit simplement:
—_Gy_, mon ange (Argot des voleurs).
=GIRONDE=: Belle femme.
Le souteneur qui se lamente lorsqu’elle vieillit, lui chante:
Dans ce temps-là t’était rien _gironde_. Maint’nant tu toquardes de la frime T’es comme une planche toujours en bombe, T’es même des mois sans changer de lime.
(Argot des souteneurs).
=GIVERNEUR=: Vagabond habitué des refuges municipaux et de la _bouchée de pain_.
Quand le _giverneur_ ne trouve pas à coucher, il _file la comète_ (Argot des voleurs).
=GLACE=: Verre.
On dit également _glacis_.
—Allons-nous _sucer_ un _glacis_? (Argot du peuple).
=GLAVIOT=: Crachat.
Un poitrinaire qui _crache_ ses poumons lâche son _glaviot_.
Dans les ateliers, par plaisanterie, on compte les _glaviots_; arrivés à onze, les ouvriers, sans pitié, disent au malheureux:
—Il n’en faut plus qu’un pour faire la douzaine de _Portugaises_.
Pas ragoûtant pour les amateurs d’huîtres (Argot du peuple). _N._
=GLIER=: Le diable.
Quand quelqu’un vous embête par trop, on dit dans le peuple:
—Va-t’en aux cinq cents _diables_.
—Que le _diable_ t’emporte.
—Que le _diable_ te _patafiole_.
Dans le monde des prisons on dit:
—Que le _glier t’entôle en son patelin_.
_Patelin_ (l’enfer), le _pays_ du _diable_ (Argot des voleurs).
=GLISSER= (Se laisser): Mourir (Argot du peuple).
=GLOBE=: La tête.
Allusion de forme (Argot des voleurs).
=GLUAU= (Lâcher son): Déballer.
Pisser son _gluau_: accoucher.
Allusion à l’aspect gélatineux du nouveau-né (Argot du peuple).
=GLUAU= (En poser un): Quand les agents tendent un piège pour prendre des voleurs, ils _posent un gluau_.
Allusion au chasseur qui _pose des gluaux_ dans les arbres pour prendre les petits oiseaux.
—Ne va pas _rôder_ avec la _Tine_, vous allez vous _faire poser un gluau_.
Mot à mot: ne va pas avec les autres, vous allez vous faire mettre en prison (Argot des voleurs).
=GNIAF=: Plusieurs degrés au-dessous du savetier.
On appelle _gniaf_ tout individu qui gâte un ouvrage.
Se conduire comme un _gniaf_: commettre des bassesses (Argot du peuple).
=GNIAFFERIE= (En faire une): Faire une malpropreté à un camarade.
Mot à mot: se conduire vis à vis de lui comme un _goujat_.
=GNIAS= ou =GNIASSE=: Soi-même.
—Pas _mèche_ de me _gerber_, il n’y a que _nib_ sur mon _gniasse_ (Argot des voleurs).
=GNOLLE= ou =GNOLE=: Imbécile aussi niais qu’il est possible de l’être.
—Si ton _point de côté_ savait que nous _pagnotons_ ensemble, il te _carderait_ le _cuir_.
—Y a pas de _pet_, il est trop _gnolle_, il a de la _merde_ dans les _chasses_ (Argot du peuple).
=GNON=: Donner un _coup_ ou le recevoir.
—Ce pauvre Léon, il est _crapsé_ du _gnon_ que lui a _foutu_ sa _pouffiace_ (Argot des souteneurs).
=GNOUGNOUTTE=: Cette expression est employée par les filles dont ce n’est pas la profession d’_aimer_ à crédit.
Pas de _galette_, pas de _gnougnoutte_.
L’expression est claire: pas d’argent, pas de viande (Argot des filles).
=GOBE MOUCHE=: Flâneur qui s’arrête à chaque boutique.
Allusion à ce qu’il _baille_ ébahi (Argot du peuple).
=GOBE-SON=: Le calice.
À l’élévation le prêtre _gobe son_ hostie (Argot des voleurs). =V.= _Baignoire à bondieu_.
=GOBER=: Aimer quelqu’un.
_Gober_: croire à quelque chose, même à une chose fausse.
=GOBER LA CHÈVRE=: Être furieux d’une chose qui va de travers.
On dit aussi pour exprimer la même idée: _bouffer son bœuf_.
Ce que font souvent les typographes quand les casses sont embrouillées et que les lettres de différents corps y sont mélangés.
Ils _gobent aussi la chèvre_ quand un auteur méticuleux, qui ne connaît pas le métier, se mêle de leur donner des conseils (Argot d’imprimerie).
=GOBER=: la pilule.
_Gober_ une aventure extraordinaire.
_Gober_ (se): s’imaginer valoir plus que les autres (Argot du peuple).
=GOBET=: Morceau de viande, bœuf ou mouton entier.
—Je ne veux pas de cette viande coupée, elle a été _tripotée_.
—Je vais vous en couper dans un _gobet_, répond le boucher (Argot des bouchers).
=GOBETTE=: Gobelet de fer-blanc qui mesure 33 centilitres.
Ce gobelet, sert aux détenus dans les prisons pour prendre une ration de vin à la cantine où ils ont droit à trois _gobettes_ par jour, en payant, bien entendu.
_Passer à la gobette_, c’est prendre une tournée chez le marchand de vin (Argot des voleurs). _N._
=GOBEUR=: Individu qui avale tout, même les bourdes les plus impossibles (Argot du peuple).
=GODAILLER=: Courir les cabarets.
Ce verbe est un souvenir de l’occupation de Paris par les Anglais, amateurs de _good ale_. _A. D._
_Godailler_ est synonyme d’être en _patrouille_ et aussi de _flâner_.
Manquer un travail, c’est le _godailler_.
_Godailler_, c’est ne jamais se trouver bien nulle part.
—On n’en fera jamais rien, c’est un mauvais ouvrier, il _godaille_ sans cesse (Argot du peuple). _N._
=GODAN= (Donner dans le): Croire à un mensonge.
Synonyme de _couper dans le pont_ (Argot du peuple).
=GODAN= (Le connaître): Éventer le mensonge et ne pas se laisser tromper (Argot du peuple).
=GODETS=: Les yeux (Argot des voleurs). =V.= _Boule de loto_.
=GODILLER=: Se réjouir, être content. _A. D._
_Godiller_ veut dire _convoiter_ une femme.
Ce couplet de la célèbre chanson d’_Alphonse du Gros Caillou_ me dispensera d’explication:
Pourtant, des fois, fallait être solide Le 15 août, fête de l’empereur. C’était chez nous tout rempli d’invalides, De fantassins, de dragons, d’artilleurs, Dame! Ce jour-là, ce que le soldat _godille_! Eh bien tout ça sortait content de chez nous. ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧
_Godille_ vient du mot ancien _gaudille_ (Argot du peuple).
=GODINETTE=: Grisette.
Elle _gode_ pour tous les hommes (Argot du peuple).
=GOGUENOT=: Pot de chambre.
Le locataire de la table de nuit (Argot du peuple).
=GOINFRE=: Gourmand qui mange à en crever.
On dit aussi: _goulaffe_ (Argot du peuple).
=GOINFRE=: Chantre.
Sans doute parce qu’ils ouvrent, pour chanter, des bouches aussi grandes que des fours.
On y _engamerait_ un pain de deux livres (Argot des voleurs). _N._
=GOLGOTHE=: Martyr imaginaire.
Ceux qui sont atteints du délire de la persécution _golgothent_ sans cesse (Argot du peuple).
=GONCE=, =GONCIER=: Bourgeois facile à tromper (Argot des voleurs).
=GONDOLER= (Se): Se tordre de rire.
Rire à s’en mordre l’œil.
C’est _gondolant_ (Argot du peuple). _N._
=GONGONNER=: Terme employé dans les ménages d’ouvriers lyonnais et aussi par _Gnaffron_ dans les _Guignols_:
—Ma vieille colombe _gongonne_ toujours quand je _liche_ une chopine.
—Tais-toi donc, vieux _gongon_.
_Gongonner_, synonyme de _bougonner_ et de _ronchonner_ (Argot du peuple). _N._
=GOUALER=: Chanter.
On se souvient de la _goualeuse_ des _Mystères de Paris_.
La _goualante_ signifiant chanson, la chanter, _goualer_, cela va de soi (Argot du peuple).
=GOUAPEUR=: Individu qui ne travaille jamais (Argot du peuple). =V.= _Loupeur_.
=GOUGNOTTE=: Femme qui déteste les hommes et qui a des mœurs à part.
On dit aussi _gousse_ (Argot des filles). =V.= _Accouplées_.
=GOULU=: Dévorer ses aliments (Argot du peuple). =V.= _Baffrer_.
=GOUPINER=: Voler.
On applique également ce mot à quelqu’un de mal habillé.
—Est-il _goupiné_? (Argot des voleurs).
=GOUPINEURS=: Voleurs qui ont la spécialité de dévaliser les pochards qui s’endorment sur la voie publique.
Ils _goupinent_ les _profondes_ (Argot des voleurs).
=GOUPLINE=: Litre de vin.
—C’est pas malin que nous étions _chlasse_; à quatre, nous avons étranglé douze _gouplines_ de _ginglard_ à Charonne, au _Petit Bonhomme qui chie_ (Argot du peuple). _N._
=GOURDE=: Homme pâteux, paysan mal dégrossi.
Au superlatif: _crème de gourde_ (Argot du peuple). _N._
=GOURDIFFLOT=: Petite _gourde_ (Argot du peuple). _N._
=GOUREURS=: Les _goureurs_ sont des individus qui se déguisent en marins étrangers venant des pays lointains.
Ils offrent au public des marchandises qu’ils ont soi-disant rapportées de l’Inde ou de la Perse, et qui proviennent tout bonnement d’un bazar quelconque (Argot des voleurs).
=GOUVERNEMENT=: Épée à l’École Polytechnique. _A. D._
_Gouvernement_: La femme dans les ménages d’ouvriers.
—Mon vieux, pas _mèche_ d’aller _gouaper_ avec toi, mon _gouvernement_, est tellement _rosse_ que je serais _engeulé_ toute la semaine (Argot du peuple). _N._
=GRAILLON=: Cuisinière, laveuse de vaisselle.
Fille sale qui pue la mauvaise graisse (Argot du peuple).
=GRAILLONNEUSE=: Ménagère qui va laver accidentellement son linge au lavoir (Argot des blanchisseuses). =V.= _Baquet_.
=GRAISSER=: Je vais te _graisser_, te battre.
_Graisser_ les poches de quelqu’un: y mettre de l’argent.
_Graisser_ sa femme: allusion au _graissage_ de l’essieu pour que la voiture roule mieux (Argot des souteneurs).
=GRAISSER LES BOTTES=: Mourir. _L. L._
_Graisser les bottes_: l’extrême-onction.
Mot à mot: _graisser les bottes_ pour le voyage lointain (Argot du peuple). _N._
=GRAND PRÉ= (Le): Bagne.
Les voleurs, autrefois, appelaient ainsi Toulon et Brest; depuis ils disent _la Nouvelle_ (Argot des voleurs).
=GRAND RESSORT=: Le cœur.
C’est en effet le _grand ressort_ de la vie.
Quand un individu meurt on dit: le _grand ressort est cassé_ (Argot du peuple).
=GRAS= (Il y a): Il y a beaucoup d’argent.
—Nous pouvons _nettoyer_ le _gonce_, il y a _gras_ dans sa _cambrousse_.
C’est de cette expression, _gras_, qu’est née celle de _dégraisseur_ (le garçon de banque), pour exprimer qu’il enlève le _gras_ (Argot des voleurs). _N._
=GRAS DOUBLE=: Plomb (Argot des voleurs). =V.= _Limousinier_.
=GRATIN=: Il y a du _gratin_, il y a de quoi.
Il est _gratin_: il est à la mode.
Pour un homme du monde, on dit: C’est un homme du _gratin_.
On traduit dans le peuple: _personna grata_ par _personne gratinée_, du _gratin_.
Les moutards préfèrent manger le _gratin_ qui s’attache à la casserole, quand la mère prépare la bouillie du petit frère (Argot du peuple). _N._
=GRATOUILLE=: La gale (Argot du peuple). =V.= _Charmante_.
=GRATTE-CUL=: Vieille femme repoussante, laide à faire peur.
—Elle est laide comme un _cul gratté à deux mains_ (Argot du peuple).
=GRATTE-PAPIER=: Employé aux écritures (Argot du peuple). =V.= _Chieur d’encre_.
=GRATTE= (En faire): Chiper sa patronne en majorant les achats (Argot du peuple). =V.= _Gratter_.
=GRATTER=: Battre quelqu’un.
—Je vais te _gratter_.
_Gratter_: prendre, _grapiller_ sur tout pour grossir son lopin (Argot du peuple).
=GRATTER LA COUENNE= (Se faire): Se faire raser (Argot du peuple).
=GREFFER=: Attendre (Argot des voleurs).
=GREFFIER=: Chat (Argot du peuple).
=GRÊLE=: Patron.
Il tombe souvent sur le dos des ouvriers comme la _grêle_ sur les vignes.
—Attention, gare la _grêle_.
Signal pour prévenir les camarades (Argot du peuple). _N._
=GRELOT=: La voix (Argot du peuple). =V.= _Affaler son grelot_.
=GRENADIER=: Pou énorme.
Allusion à l’expression populaire qui dit d’un enfant pouilleux: il a une rude garnison.
_Grenadier_: pou d’élite (Argot du peuple).
=GRENAFE=: Grange.
Les mendiants qui voyagent couchent dans les _grenafes_.
Cela vient de ce que la grange abrite les _grenailles_ (Argot des voleurs).
=GRENOUILLE=: Femme de rien (Argot du peuple).
=GRIACHES=: Seaux qui étaient dans les cellules des prisonniers et dans lesquels ils faisaient leurs ordures.
Ce terme était employé dans les prisons vers 1790; on le trouve dans un rapport sur la Conciergerie, adressé au roi, qui voulait détruire l’horrible infection qui empoisonnait les malheureux (Argot des prisons).
=GRIB’LOGE=: Individu qui se plaint lorsqu’il est battu (Argot des voleurs).
=GRILLÉ=: Une affaire est _grillée_ quand on n’en peut plus rien tirer.
Un agent est _grillé_ quand il est démasqué par ceux qu’il est chargé de poursuivre (Argot des voleurs). =V.= _Brûlé_.
=GRILLE= (Jeter de la): Arrêter un individu au nom de la loi.
—Il n’y a pas de _grille_ (il n’y a pas de danger) (Argot du peuple).
=GRILLEUSES DE BLANC=: Les repasseuses sont souvent distraites par les passants qui admirent leurs bras blancs; alors, si le fer est trop chaud, tant pis pour la chemise elle est _grillée_ (Argot du peuple).
=GRIMPANT=: Pantalon (Argot du peuple). =V.= _Falzar_.
=GRINCHE=: Voler (Argot des voleurs).
=GRINCHISSEUR=: Voleur (Argot des voleurs).
=GRINCHISSEUSE À LA MITAINE=: Voler avec les pieds.
La voleuse laisse tomber un objet qu’elle cache prestement dans son soulier sans empeigne (Argot des voleurs).
=GRINGALE=: Pain (Argot des voleurs). =V.= _Bricheton_.
=GRINGALET=: Mièvre, malingre, enfant pas réussi (Argot du peuple). =V.= _Avorton_.
=GRIPPARD= et non _Griffard_: Chat (Argot du peuple). =V.= _Greffier_.
=GRIPPE-SAUCISSES=: Apprenti qui va chercher le déjeuner des ouvriers et qui en chemin égratigne un petit morceau de chaque saucisse (Argot du peuple). _N._
=GRIPPE-SOUS=: Avare qui pousse sa passion jusqu’à se relever la nuit pour mettre un bouchon dans la douille de son soufflet pour en économiser le vent (Argot du peuple). _N._
=CRIS COMME UN CORDELIER=: Saoul à n’en plus pouvoir, incapable de retrouver sa maison et être obligé de s’asseoir sur une borne pour attendre qu’elle passe.
_Gris_, allusion à la couleur de la robe de ces religieux (Argot du peuple).
=GRISAILLE=: Sœur de charité (Argot des voleurs). =V.= _Pampine_.
=GRISETTE=: Jeune fille, ouvrière plumassière, fleuriste, modiste ou polisseuse qui fit la joie de nos pères et le désespoir des leurs.
Depuis qu’elle a passé les ponts, ce n’est plus qu’une vulgaire cocotte.
Type charmant, _grisette_ sémillante, Au frais minois, sous un piquant bonnet Où donc es-tu, gentille étudiante Reine sans fard de nos bals sans apprêts.
Ainsi s’exprime la chanson en vogue autrefois au quartier latin (Argot du peuple).
=GRIVIER=: Soldat de la ligne (Argot du peuple). =V.= _Lignard_.
=GROSSE CULOTTE=: Ivrogne, beau parleur. _L. L._
_Grosse culotte_ est encore en usage dans les ateliers de forgerons.
C’est une expression connue. Chez les compagnons forgerons depuis la création du compagnonnage, on l’applique à l’ouvrier le plus habile de la partie, à celui qui était appelé à finir les grosses pièces avant l’invention des marteaux pilons.
Deux d’entre eux furent célèbres, on s’en souvient, encore dans les ateliers; ils se nommaient Dany et Pierre Virmaitre, dit _Bourguignon_.
_Grosse culotte_ est toujours un terme consacré (Argot des ouvriers). _N._
=GROSSES LÉGUMES=: Gens millionnaires, magistrats élevés, généraux, etc.
Quand, sous la Commune, un voyou demandait à être nommé général, à entrer dans les _grosses légumes_, il donnait pour raison qu’une de plus ou de moins dans le tas ça ne paraîtrait pas (Argot du peuple). _N._
=GROSSES LÈVRES=: La tinette.
Allusion aux rebords (Argot des voleurs). _N._
=GROTTE=: Prison (Argot des voleurs). =V.= _Gerbe_.
=GRUE=: Fille publique, jolie mais bête à manger du foin.
De cette allusion est né un mauvais calembourg:
Les camelots crient: Demandez l’_Indicateur des grues de Paris_ pour _rues_ (Argot du peuple).
=GUENILLON=: Femme mal habillée.
Traîneuse des rues.
On dit aussi: vieille _guenipe_ (Argot du peuple).
=GUEULE EN CUL DE POULE=: Individu mâle ou femelle qui en faisant la moue serre les lèvres (Argot du peuple).
=GUEULE EN COUP DE SABRE=: Bouche fendue jusqu’aux oreilles.
—Il peut manger la soupe avec une cuiller à pot (Argot du peuple).
=GUEULE D’EMPEIGNE=: Palais habitué aux liqueurs fortes. _L. L._
Dans tous les ateliers de France, _gueule d’empeigne_ signifie bavard intarissable qui a le verbe haut, qui _gueule_ constamment.
C’est un sobriquet généralement donné aux Parisiens qui font partie du compagnonnage (Argot du peuple). _N._
=GUETTE AU TROU=: Sage-femme (Argot du peuple).
=GUEUSARD=: Rideau (Argot des voleurs). _N._
=GUEUX=: Misérable.
Tout le monde connaît la chanson de Béranger:
Les gueux, les gueux Sont des gens heureux, Ils s’aident entre eux, Vivent les gueux!
(Argot du peuple).
=GUEUX=: Coquin, canaille, gredin.
—Vous êtes un _gueux_ d’avoir commis une aussi mauvaise action (Argot du peuple).
=GUEUX=: Petit vase en argile qui sert de chaufferette aux portières ou aux marchandes des halles.
C’est la chaufferette primitive.
Le _gueux_ a donné naissance à une plaisanterie assez drôle.
À la foire de Saint-Romain, qui a lieu à Rouen tous les ans le 1^er novembre, une marchande, pour utiliser son feu, fait cuire des harengs; elle a son _gueux_ sous ses jupons, un gamin lui crie:
—Hé? la mère, tes harengs vont brûler.
—A pas peur, petit, j’ai l’_œil_ dessus (Argot du peuple).
=GUIBOLLES=: Jambes (Argot du peuple). =V.= _Brancards_.
=GUICHES=: Les cheveux que les souteneurs ramènent sur les tempes.
On dit aussi _roufflaquettes_ (Argot du peuple).
=GUIGNE À GAUCHE=: Se dit d’une personne qui louche.
Dans le peuple, on dit de celui qui est affligé d’une semblable infirmité, qu’il trempe la soupe et renverse les légumes dans les cendres, ou bien qu’il regarde en Bourgogne si la Champagne brûle (Argot du peuple). _N._
=GUINAL=: Juif (Argot des voleurs). =V.= _Bout coupé_.
=GUINCHE=: Bal de barrière (Argot du peuple).
GUINCHER et non _Guinguer_: Danser, fréquenter la _guinche_ (Argot du peuple).
=GUITARE=: Soufflet dont se servent les plombiers.
Allusion de forme (Argot du peuple).
H
=HABIT À QUEUE DE MORUE=: Habit de soirée.
Les pans ressemblent, en effet, à une _queue de morue_ (Argot du peuple).
=HABIT À QUEUE DE PIE=: Même signification (Même argot).
=HABILLÉ DE SOIE=: Cochon ou sanglier.
Allusion à la peau dont les _soies_ servent aux cordonniers pour préparer leur fil (Argot du peuple).
=HARICOT VERT=: Voleur en grande réputation dans le monde des prisons (Argot des voleurs).
=HARPE=: Barreau de prison.
Les voleurs disent plus communément d’un prisonnier qui s’ennuie:
—Il pince de la _guitare_ à travers ses barreaux (Argot des voleurs).
=HAUTOCHER=: Monter à une certaine hauteur.
—J’ai _hautoché_ jusqu’au sixième (Argot des voleurs).
=HERBE À LA VACHE=: L’as de trèfle (Argot du peuple).
=HERBE SAINTE=: L’absinthe (Argot du peuple).
=HIBOU=: Voleur solitaire qui ne travaille que la nuit (Argot des voleurs). =V.= _Attristé_.
=HIRONDELLES=: Les moustaches.
Les voleurs emploient généralement l’expression plus caractéristique d’_ombreuses_ (Argot des voleurs.)
=HIRONDELLES D’HIVER=: Les ramoneurs et les marchands de marrons.
Quand les hirondelles partent pour un climat plus doux, on les voit arriver (Argot du peuple).
=HIRONDELLES DE POTENCE=: Les gendarmes (Argot des voleurs).
=HIRONDELLES DU PONT-NEUF=: Messieurs les _Giverneurs_ viennent l’été coucher sous le pont; ils y font fréquemment de bonnes ripailles avec les produits des vols de la journée (Argot du peuple).
=HOMELETTE=: Homme tout petit.
La ménagère n’a pas mis la quantité d’œufs nécessaire (Argot du peuple). _N._
=HOSTO=: Prison (Argot des voleurs).
=HOTEL DES QUATRE COLONNES (L’)=: Salle commune du Dépôt de la préfecture de police où sont enfermés les prévenus, voleurs, souteneurs et vagabonds.
La raison de ce nom est que quatre colonnes supportent les voûtes de cette salle (Argot des voleurs). _N._
=HUGREMENT=: Beaucoup.
Corruption de l’expression _bougrement_, qui signifie beaucoup (Argot du peuple).
=HUMILIÉ (L’)=: Le dos.
On dit d’un homme qui s’_humilie_: il baisse le dos (Argot des voleurs). _N._
=HURE=: La tête (Argot du peuple). =V.= _Tronche_.
=HUS-MUS=: Grand merci (Argot des voleurs).
=HUSSARDS DE LA VEUVE=: Les gendarmes ou la garde républicaine qui entourent l’échafaud les matins où l’on exécute un condamné à mort (Argot des voleurs).