I
=ICIGO=: Ici.
On dit aussi icicaille.
Icicaille est un vieux mot français; on le trouve en effet dans une édition du Jargon, imprimée à Troyes, de 1686 à 1711.
Icicaille est le théâtre Du petit Dardant.
On avait attribué cet opuscule à Cartouche, le célèbre voleur, mais M. Marcel Schwob détruit cette légende.
Il faut croire que les voleurs ont le respect de la tradition, puisque le mot icicaille est encore en usage (Argot des voleurs).
=IL PLEUT=: Quand un étranger pénètre dans un atelier de compositeurs-typographes, les ouvriers crient: il pleut pour avertir.
Il pleut veut dire: silence.
Ce mot est en usage chez les forains; quand un pitre allonge par trop son boniment, le patron lui dit:
—Écoute s’il pleut (silence).
Il pleut est également un terme ironique, une façon de répondre négativement à une demande:
Prête-moi cent sous.
—Il pleut.
(Argot du peuple). N.
=IMPAIR=: Commettre un impair: se couper dans un interrogatoire et dire ce qu’il ne faudrait pas.
Faire un impair à quelqu’un, c’est lui manquer de respect.
Impair: commettre une faute, se tromper dans l’appréciation de la valeur d’une affaire.
Aller un peu trop de l’avant, c’est commettre un impair (Argot du peuple). N.
=INCONOBRÉ=: Inconnu ou étranger.
On dit aussi: inconnu au bataillon (Argot des voleurs).
=INSÉPARABLE=: Cigare à sept centimes et demi.
Petites perruches.
Femmes qui s’aiment (Argot du peuple). =V.= Accouplée.
=INSINUANT=: Pharmacien.
Malgré l’invention du docteur Eguisier, qui permet avec le petit appareil que l’on sait, d’opérer seul, le mot insinuant est resté pour caractériser le pharmacien, descendant de l’apothicaire Flutencul, qui insinuait la canule de la seringue dans le derrière du malade (Argot du peuple).
=INSOUMISE=: Fille en carte qui s’affranchit volontairement de la visite sanitaire imposée par le règlement.
Les insoumises sont très nombreuses à Paris et forment la majeure partie du personnel de la prostitution (Argot des filles). N.
=INSPECTER LES PAVÉS=: Fille qui raccroche à la flan (au hasard).
Elle espère voir surgir des clients (Argot des filles). N.
=INSPIRÉ=: Le front (Argot des voleurs). N.
=INTERMITTENTE=: Femme qui fréquente par intervalle irrégulier, suivant les besoins de son ménage, les maisons de rendez-vous; elle est toujours servie comme nouvelle aux étrangers (Argot des filles). N.
=ISOLÉE=: Fille publique qui travaille seule dans les rues, loin de son quartier, et qui n’a pas de souteneur.
L’isolée fait les bureaux d’omnibus, les jardins publics, les églises et les cimetières (Argot des filles). N.
=ITALO=: Abréviation d’Italien (Argot du peuple).
=INVALO=: Invalide.
Il est à remarquer que l’argot moderne a une tendance à transformer la finale de la plupart des expressions: sergent, sergot; mendiant, mendigot; Saint-Lazare, Saint-Lago, etc.
Ce procédé est des plus simples; il suffit de couper le mot et d’y ajouter le suffixe o: invalide, invalo (Argot du peuple). N.
J
=JABOT=: La gorge.
Allusion au jabot du dindon.
Dans l’argot des voleurs, on dit aussi étal, sans doute par analogie avec l’étal du boucher, sur lequel il passe toutes sortes de viandes (Argot des voleurs). N.
=JABOT= (S’arroser le): Boire.
—Toute la tine s’arrose le jabot (Argot des voleurs). N.
=JACQUES=: Sou (Argot du peuple). =V.= Fricadier.
Jacques: mollets (Argot du peuple). =V.= Jacquots.
=JACQUELINE=: Grisette.
—J’ai été promener ma petite jacqueline (Argot du peuple). N.
=JACQUOT=: Niais, bavard importun. A. D.
Jacquot: mollet (Argot du peuple). N.
=JACOBIN=: Pince à l’usage des cambrioleurs (Argot des voleurs). =V.= Monseigneur. N.
=JACTE=: Crie (Argot des voleurs).
=JACTER=: Parler, crier.
Si quelque pante Se glisse et entre Et se permet Chez nous de faire du pet On l’saigne, on l’frotte, Et c’est fini par là. S’il se cavale et jacte dans la rue Pour ameuter tous les daims contre nous,
dit une des plus vieilles chansons d’argot connue.
Jacter vient sûrement de jactare (Argot des voleurs).
=JAFFLES= ou =JAFFES=: Les joues.
En Normandie, on dit jaffe pour soufflet (Argot du peuple).
=JAMBES EN L’AIR=: Potence. A. D.
Il est vrai que le pendu a les jambes en l’air; mais le peuple ne donne pas du tout le même sens à cette expression quand il dit: faire une partie de jambes en l’air.
Généralement cette partie se joue sans témoins.
Ce jeu est connu chez tous les peuples (Argot du peuple). N.
=JAMBES EN MANCHE DE VESTE=: Individu mal bâti, tordu, qui festonne en marchant (Argot du peuple). N.
=JAMBES DE LAINE=: Individu peu solide sur ses jambes.
Quand un homme sort de l’hôpital, il a généralement des jambes de laine: il flageole.
Autrefois on disait, pour exprimer la même image: jambes de coton (Argot du peuple). N.
=JAMBONNEAU=: Les cuisses (Argot du peuple). =V.= Boudinots.
=JARDINER=: Médire de quelqu’un, fouiller dans sa vie, comme le jardinier fouille dans la terre pour en mettre à jour les coins les plus secrets.
Jardiner est synonyme de bêcher (Argot du peuple). N.
=JARDINIER=: Nom donné au complice des voleurs à l’américaine (Argot des voleurs).
=JARNAFFLE= ou =JARNAFFE=: Jarretière (Argot des voleurs).
=JASANTE=: Prière.
—Y me fait suer le ratichon avec sa jasante en latimpem (Argot des voleurs).
=JASPINER=: Signe convenu d’aboyer sur la voie publique pendant que des complices dévalisent les poches des badauds (Argot des voleurs).
=JAVARD=: Lin que les paysans mettent en javelles avant le rouissage (Argot des voleurs). N.
=J’MENFOUTISTE=: Gens qui se foutent de tout et de tous.
Cette catégorie devient chaque jour de plus en plus nombreuse.
—Que pensez-vous de la politique?
—J’m’en fous.
—Votre femme vous trompe.
—J’m’en fous (Argot du peuple). N.
=JE ME LA BRISE=: Je m’en vais.
Quand un individu vous ennuie, dans le peuple on lui dit sans façon:
—Tu peux te la briser, il y aura moins de perte qu’une pièce de vin (Argot du peuple). N.
=J’EN AI MON PIED=: J’en ai assez.
J’en ai soupé signifie la même chose.
J’ai soupé de ta fiole, de même.
Donne-moi mon pied veut dire: Donnez-moi ma part.
Ça fait le pied, synonyme de ça fait le joint (l’affaire) (Argot des voleurs). N.
=JÉSUITE=: Dindon.
Ce sont les jésuites qui, en 1570, ont introduit le dindon en France; mais tous ceux qui ont été leurs victimes ne pensent pas comme les voleurs (Argot des voleurs).
=JÉSUS=: Jeune homme à l’aspect efféminé, frisé, parfumé, qui sert d’appât pour attirer les individus à passions honteuses.
Souvent il travaille réellement pour son compte (Argot des voleurs).
=JETER SON BONNET PAR DESSUS LES MOULINS=: Traîner sa fleur d’oranger dans les ruisseaux (Argot du peuple).
=JETER UN FROID=: Au milieu d’une soirée joyeuse, raconter une histoire macabre.
L’invité au maître de la maison:
—Quelle est donc cette horrible femme, laide, vieille, sèche et revêche qui fait tapisserie.
—C’est ma sœur.
Voilà qui s’appelle jeter un froid (Argot du peuple).
=JEUNE HOMME= (Avoir son): Être ivre (Argot du peuple).
=JEUNE HOMME= (Suivez-moi): Rubans que les femmes laissent pendre sur leur dos (Argot du peuple). N.
=JONC=: Or (Argot des voleurs).
=JONCS=: Lit des prisonniers.
Allusion à la dureté de la paille des matelas (Argot des voleurs). =V.= Plumes de beauce.
=JONQUILLE=: Cocu.
Allusion à la couleur jaune qui est l’emblème des prédestinés (Argot du peuple).
=JORNE=: Le jour (Argot des voleurs). N.
=JOSEPH=: Homme trop chaste. A. D.
Joseph, dans le peuple, est le patron des cocus.
On ne dit pas: tu fais ton Joseph, mais bien: tu es un Joseph, à celui qui a assez de cornes sur la tête pour alimenter de manches une fabrique de couteaux (Argot du peuple). N.
=JOSÉPHINE=: Mijaurée, bégueule. A. D.
Joséphine est le nom donné à la tête de carton sur laquelle les modistes essayent l’effet des chapeaux avant de les ajuster sur la tête de la cliente (Argot du peuple). N.
=JOUER À LA MAIN=
=CHAUDE=: Être guillotiné.
Cette expression n’est plus juste, car, comme autrefois, le condamné ne s’agenouille plus pour recevoir le coup fatal, il est couché sur la planche.
On dit: Il fait la planche (Argot des voleurs). N.
=JOUER UN AIR DE VIOLON=: Prisonnier qui scie les barreaux de sa cellule pour s’évader (Argot des voleurs).
=JOUER UN PIED DE COCHON=: Jouer un bon tour à quelqu’un; s’en aller, le laisser en plan au moment de payer son écot, sachant qu’il est sans le sou (Argot du peuple). N.
=JOUR DE LA SAINT-JEAN-BAPTISTE= (Le): Le jour de l’exécution d’un condamné.
À la prison de la Roquette, le jour d’une exécution, les prisonniers ne descendent pas à l’atelier, à l’heure réglementaire, ils savent ce que cela veut dire: c’est le jour de la Saint-Jean-Baptiste: on décolle un copain (Argot des voleurs).
=JOURNAILLE=: La journée.
On dit d’un paresseux qu’il trouve la journaille plus longue que la queue au pain (Argot du peuple).
=JOURNALISTES À RICHER=: Les vidangeurs.
Cette expression vient d’un mauvais calembour.
Les journalistes publient souvent des fausses nouvelles.
Les vidangeurs recherchent les fosses nouvelles (Argot du peuple). N.
=JUDÉE=: La préfecture de police.
Ce mot n’est plus en circulation depuis la démolition de la rue de Jérusalem (Argot des voleurs).
=JUGE DE PAIX=: Le lit.
Dans le peuple, on trouve qu’après une dispute et même une bataille, le lit est un instrument de raccommodement.
Cette expression vient d’une enseigne d’un marchand de meubles établi boulevard de Belleville.
L’enseigne figurait un lit complet, et sur l’oreiller placé au milieu, il y avait cette inscription:
=Au Juge de Paix= (Argot du peuple). N.
=JUGE DE PAIX=: Un cornet contenant trois dés, la partie qui se nomme zanzibar se joue sur le comptoir du marchand de vins.
Ce jeu est ainsi appelé parce qu’il met les joueurs d’accord (Argot du peuple). N.
=JUGEOTTE= (En avoir):
Bien juger les choses, avoir un jugement sain (Argot du peuple).
=JULES=: Pot de chambre (Argot du peuple). =V.= Goguenot.
=JUS DE CHAPEAU=: Mauvais café, celui que les femmes vendent le matin au coin des rues, aux ouvriers qui se rendent à leur travail.
Quand il pleut sur un chapeau, le jus a exactement la couleur de ce café (Argot du peuple).
=JUTEUX=: Il a du jus, il est rupin.
Une affaire est juteuse, quand elle donne beaucoup de bénéfices.
Tomber à l’eau, c’est tomber dans le jus.
Boire du vin, licher un coup de jus.
Faire du jus, faire de l’embarras (Argot du peuple). N.
K
=KANGUROO= (Le vol au):
Ce vol consiste à engloutir les dentelles ou les coupons volés aux étalages dans une vaste poche dissimulée sous la robe (Argot des voleurs).
=KILO=: Litre (Argot du peuple). N.
=KLÉBER=: Manger.
Ce mot vient du russe kleb (manger).
Nos soldats l’ont rapporté de la guerre de Crimée, et il est resté en usage dans le peuple (Argot du peuple).