‹ Dictionnaire d'argot fin-de-siècleChapitre 3 sur 8 · L

L

=LAC= (Être dans le): Être pendu. L. L.

Être dans le lac, c’est ne plus rien avoir à espérer, être aussi bas que possible.

Lac, ici, est synonyme de lacet, être enlacé, pris par la misère, enserré dans les filets d’une femme ou d’un usurier, comme le pauvre oiseau dans le lac du braconnier (Argot du peuple). N.

=LACETS=: Menottes.

Le gendarme ou l’agent sont des marchands de passe-lacets (Argot des voleurs). =V.= Alliances.

=LACHARD=: Diamant de vitrier (Argot des voleurs). N.

=LÂCHER LA BONDE=: Se comprend de deux manières.

Lâcher la bonde: faire ses besoins.

Lâcher la bonde à son tempérament: donner cours à sa violence, à son mauvais caractère.

Dans les ateliers, quand le contre-coup gueule trop fort, on dit: Gare, il a lâché sa bonde (Argot du peuple). N.

=LÂCHEZ-MOI D’UN CRAN=: Allez-vous en.

Compliment peu flatteur fait habituellement aux gens qui vous importunent.

On lâche sa ceinture d’un cran quand on a trop mangé.

On la serre d’un cran quand on a faim.

On lâche sa femme ou sa maîtresse d’un cran quand elle est par trop embêtante.

Mourir, c’est lâcher la vie d’un cran.

Quand un homme est maussade en société, on lui dit:

—Allons, lâchez-vous d’un cran, déboutonnez-vous.

Ce à quoi un farceur répond.—Ah! non, il y a des dames.

On dit aussi: remonter d’un cran dans l’estime du monde (Argot du peuple). N.

=LÂCHER LES ÉCLUSES=: Pisser.

L’allusion est juste, malgré que cela ne fasse pas monter la Seine.

On dit aussi: mon pantalon ne tient pas l’eau (Argot du peuple). N.

=LÂCHER LA RAMPE=: Mourir (Argot des serruriers).

=LÂCHER SON GAZ=: Éternuer bruyamment, par en bas.

Quand cela arrive à quelqu’un dans la rue, les gamins lui disent:

—Dieu vous bénisse! (Argot du peuple). N.

=LÂCHER UNE TUBÉREUSE=: Pet foireux qui répand une odeur qui ne rappelle pas précisément la rose (Argot du peuple).

=LÂCHER UNE SOURNOISE=: Vesser en sourdine.

Pet avorté (Argot du peuple).

=LACHETON=: Diamant de vitrier (Argot du peuple). =V.= Lachard.

=LAFFE=: Soupe.

On dit aussi: mouise, tambouille.

Les maçons disent mortier, parce qu’ils empilent du pain dans le bol tant qu’il en peut tenir, ce qui forme une pâtée épaisse qui ressemble à du mortier (Argot du peuple). N.

=LAISSEZ PISSER LE MÉRINOS=: Ne vous tourmentez pas, laissez marcher les choses, elles vont bien.

Autrefois on disait: Laissez pisser le mouton, ce qui est absolument la même chose (Argot du peuple).

=LAISSER TOMBER UNE PERLE=: Ces perles-là ne pourraient guère se mettre aux oreilles des dames car elles n’ont pas le parfum de celles de la gazelle (Argot du peuple). =V.= Pousser sa moulure.

=LAIT À BRODER=: Encre.

Dans les prisons, quand le lazagneur écrit une lettre pour un camarade, il dit qu’il se sert du lait à brodancher pour attendrir celui à qui on écrit.

Brodancher pour broder.

Encre est ici une figure, car souvent c’est le lait qui en sert.

Dans les prisons on sait que toutes les lettres des détenus adressées à des parents ou à des amis passent par le greffe.

Le greffier ou le directeur lit la lettre et si elle ne contient rien de contraire au règlement il la vise par ce signe: =V.=

Le plus grand souci des prisonniers est d’éviter cette formalité gênante surtout si la lettre est adressée à un complice.

Alors ils emploient le lait pour écrire entre les lignes écrites à l’encre.

Pour cela il faut du lait écrémé et du papier non glacé, parce que l’écriture serait grasse, brillante et la supercherie serait apparente.

Pour faire apparaître l’écriture il suffit de frapper fortement la lettre avec un chausson plein de poussière; la poussière s’attache aux caractères qui deviennent lisibles.

Autrefois dans les prisons on se servait d’oignons, mais le truc fut découvert, on n’en vend plus dans les cantines, tandis que l’on y trouve du lait (Argot des voleurs). N.

=LAMPISTRON=: Lanterne.

Vient de lampiste, c’est le mot déformé (Argot des voleurs). =V.= Brulotte. N.

=LANCE=: Eau, pluie.

—Il tombe de la lance à ne pas mettre un chien dehors.

Le peuple a emprunté ce mot à l’argot des voleurs.

=LANCIER DU PRÉFET=: Balayeur.

Allusion au long manche du balai qui ressemble à celui de la lance des lanciers (Argot du peuple).

=LANGUE DE CHAT=: Petit morceau de savon très mince, en forme de langue de chat, que les vagabonds portent constamment dans leur poche.

On nomme aussi langue de chat, une sorte de petit gâteau sec que l’on mange en buvant du thé (Argot du peuple). N.

=LANSQUAILLER=: Faire ses besoins.

Je viens de mettre dans un trou rond Ce qu’un jour avec impudence Le ministre Thiers sur un balcon Fit voir aux citoyens de France.

Ce quatrain est de Gérard de Nerval (Argot des voleurs).

=LANSQUINE=: Eau, pluie (Argot du peuple). =V.= Lance.

=LANSQUINER=: Pleuvoir.

—Il lansquine à torrent.

Lansquiner des chasses: Pleurer.

La pluie tombe des yeux (Argot du peuple).

=LANSQUINEUR=: Petit mendiant qui fait semblant de pleurer à chaudes larmes sur la voie publique pour attendrir les passants (Argot du peuple).

=LANTERNER=: Faire une chose mollement, accomplir un travail à regret: lanterner pour l’achever.

Lanterner: synonyme de muser (abréviation de s’amuser). Marcher comme un chien qu’on fouette (Argot du peuple).

=LANDIER=: Employé de l’octroi.

Autrefois, lorsque la foire du landit battait son plein, toutes les marchandises devaient payer un droit fixe, des employés étaient préposés pour le percevoir; les fraudeurs nombreux les nommaient les landiers.

Dans le peuple, on dit des gabelous, en souvenir de la gabelle (Argot du peuple).

=LANDIÈRE=: Boutique de marchand forain.

Ce mot est également un souvenir de la célèbre foire du landit où les escholiers de la rue du Fouarre allaient en procession s’approvisionner de papier.

Une chronique du temps dit que la tête de la colonne était à la Plaine-Saint-Denis, alors que la queue était encore sur le parvis Notre-Dame (Argot des forains).

=LANTIPONNER=: Synonyme de rasoir et de bassinant.

Généralement, les concierges passent leur temps à lantiponner, c’est-à-dire à bavarder (Argot du peuple).

=LAPIN= (En poser un): Promettre cinq louis à une fille, ne pas les lui donner et lui faire son mouchoir.

Faire attendre quelqu’un dans la rue par dix degrés de froid (Argot des filles). N.

=LAPIN FERRÉ=: Gendarme à cheval (Argot des voleurs).

=LAPIN= (Un rude): Homme fort, un risque tout, en tout et en toutes choses.

Dans le peuple, une femme dit:

—Mon homme est un rude lapin (Argot du peuple). N.

=LAPIN DE COLLIDOR=: Domestique.

Quand une femme vient aux halles accompagnée d’un larbin, les marchandes, en remettant les achats au domestique pour les porter à la voiture, lui disent:

—Tiens, mon vieux lapin de collidor (Argot du peuple). N.

=LAPINEUR=: Genre de vol accompli par le conducteur d’omnibus qui oublie de sonner les voyageurs.

Lapineur vient sans doute du nom du voyageur, qu’on désignait jadis sous le nom de lapin (Argot des voleurs).

=LARBIN=: Domestique (Argot du peuple).

=LARBINIER=: Complice qui se déguise en domestique pendant que le cambrioleur opère.

C’est le larbinier qui va préalablement en reconnaissance pour préparer le vol (Argot des voleurs).

=LARD= (Vieux): Terme de mépris employé pour qualifier les vieilles rouleuses.

Superlatif: Vieux lard rance (Argot du peuple). N.

=LARDON=: Enfant.

Diminutif de lard.

Dans le peuple, pour la chair de l’homme ou de la femme, on dit: le lard; comme l’enfant est le produit des deux sexes, de là, lardon.

Quand quelqu’un, dans une conversation, vous pique à chaque moment, on dit:

—As-tu bientôt fini de me larder?

Allusion au veau que le charcutier pique de lardons (Argot du peuple). N.

=LARGUE=: Femme publique.

Les voleurs disent larguepé par une adjonction de finale.

M. Marcel Schwob dit que largue s’explique par marque (Villon. J. de l’arg.), qu’on a eu lasquemé, puis que la finale mé est tombée; de là largue.

Halbert d’Angers donne largue ou lasque.

C’est largue qui a subsisté (Argot des voleurs).

=LARMON=: Étain (Argot des voleurs). N.

=LARTIF= ou =LARTILLE=: Pain (Argot des voleurs). =V.= Bricheton.

=LARTON=: Pain (Argot des voleurs). =V.= Bricheton.

=LARTONNIER=: Voleur qui a pour spécialité de dévaliser les boutiques de boulangers.

Lartonnier est impropre; on devrait dire lartonneur (Argot des voleurs). N.

=LASQUÉ=: Vingt centimes (Argot des voleurs). N.

=LA SEMAINE DES QUATRE JEUDIS=: On dit d’une personne sale et crasseuse qu’elle se débarbouille la semaine des quatre jeudis, c’est-à-dire jamais.

Un paresseux ne travaille jamais que cette semaine-là.

—Quand allez-vous me paver mon terme? demande un propriétaire à son locataire.

—La semaine des quatre jeudis.

Cette expression est synonyme de remettre aux calendes grecques (Argot du peuple). N.

=LA TABLE EST MISE=: Les enfants du peuple portent des pantalons fendus par derrière, on en comprend la raison.

Quand le moutard a fait ses besoins, il oublie de rentrer sa chemise; il en passe toujours un lambeau, souvent taché de moutarde; les gamins lui crient:

—La table est mise.

Allusion à la nappe (Argot du peuple). N.

=LATIF=: Linge blanc (Argot des voleurs).

=LAUMIR=: Perdre.

—Il a laumi son pognon (Argot des voleurs).

=LAVER=: Vendre ses frusques.

On dit aussi nettoyer son complet (Argot du peuple).

=LAVER LA VAISSELLE=: =V.= Descendre à la crémerie.

=LAVER SON LINGE= (Avoir): Le condamné qui a subi sa peine a lavé son linge.

Il sort de prison blanc comme neige (Argot des voleurs).

=LAVER SON LINGE SALE EN FAMILLE=: Se disputer dans son intérieur, se faire des reproches sanglants (Argot du peuple). N.

=LAVEUR=: Complice qui vend aux recéleurs les effets volés (Argot des voleurs).

=LAVETTE=: Langue.

Dans le peuple, cette expression veut dire mou.

On dit aussi: Mou comme une chiffe, apocope de chiffon rouge, langue (Argot des voleurs). N.

=LAVOIR=: Confessionnal.

Mot à mot, on y lave sa conscience (Argot des voleurs). =V.= Planche à lavement.

=LAZAGNE=: Lettre (Argot des voleurs).

=LAZAGNEUR=: Prisonnier qui écrit pour ses camarades de prison (Argot des voleurs).

=LAZZI-LOFF=: M. Prudhomme tient son fils par la main, un collégien de quinze ans, rue Notre-Dame-de-Lorette; il hèle l’omnibus Batignolles-Clichy-Odéon:

—Conducteur, vous passez rue de Tournon, devant chez Ricord?

—Oui, Monsieur.

Alors, poussant son fils dans la voiture:

—Montez, petit cochon!

(Argot du peuple). =V.= Chaude-lance.

=LE 36 DU MOIS=: Réponse à un créancier qui demande:

—Quand me paierez-vous? (Argot du peuple). N.

=LÉCHARD=: Jeune homme (Argot des voleurs). N.

=LÈCHE-CUL=: =V.= Fleure-fesse.

=LÉCHER=: Peindre un tableau avec un soin méticuleux.

Dans les ateliers, on dit d’un peintre lécheur qu’il fait de la peinture de demoiselle (Argot des artistes peintres). N.

=LECTURE= (Être en): Femme occupée sur sa chaise longue (Argot des filles). N.

=LÉDÉ=: Dix centimes (Argot des voleurs). N.

=LÈGRE=: Foire, marché (Argot des voleurs). =V.= Légreur.

=LEGRER=: Lever, tromper (Argot des voleurs). N.

=LÉGREUR= (Le): Est un forain qui tient un jeu dans les foires et qui annonce, pour allécher le public, des lots imaginaires (Argot des voleurs). N.

=LÉON=: Le président de la cour d’assises.

—Quelle tapette, le léon de la planche à pain.

Léon, dans le peuple, est employé à tout propos:—

—Vas y Léon, tape dessus (Argot du peuple).

=LENTILLE=: Punaise (Argot des voleurs). N.

=LESBONDE=: =V.= Accouplée.

=LES ROUTES SONT SURES ICI, ON NE VERSE PAS SOUVENT=: Exclamation d’un ivrogne dans une maison où l’on verse à boire avec parcimonie (Argot du peuple). N.

=LES TOILES SE TOUCHENT=: Cette expression signifie ne pas avoir d’argent: les toiles des poches se touchent (Argot du peuple). N.

=LES VINGT-HUIT JOURS=: Quand les réservistes partent, ils emportent généralement dans un mouchoir quelques menus objets de toilette.

Quand les agents arrêtent un individu, on le conduit au poste de police où on le fouille très minutieusement; les objets qu’il possède sont enveloppés dans un mouchoir. Quand le lendemain, à 9 heures du matin, on le conduit au bureau du commissaire de police, l’agent qui le tient porte le petit paquet; comme généralement ils sont huit ou dix à la file, quand ils passent, le peuple dit par allusion: Tiens! les vingt-huit jours! (Argot du peuple). N.

=LESSIVANT=: Avocat d’office (Argot des voleurs).

=LESSIVEUR=: Avocat.

Il y a souvent des clients qui en ont besoin d’une rude de lessive pour blanchir leur conscience. =V.= Blanchisseur.

=LESSIVEUR DE PÉTROUSQUIN=: Voleur qui dévalise les paysans. Mot à mot: Il les lessive (Argot des voleurs).

=LEVAGE AU CRACHOIR= (Un):

Lever une femme par une faconde intarissable, l’éblouir par un luxe de paroles, pour l’empêcher de songer à la galette (Argot du peuple).

=LEVANQUÉ=: Deux francs (Argot des voleurs). N.

=LÈVE-PIEDS=: =V.= Montante.

=LEVER=: Lever une affaire, la prendre à un autre.

Lever un homme au café ou sur une promenade publique.

—À quelle heure vous levez-vous?

—Quand on me couche (Argot des filles).

=LEVER LA LETTRE=: Prendre les lettres dans la casse pour aligner les mots dans le composteur et former les phrases (Argot d’imprimerie).

=LEVER LE CUL DEVANT= (S’être): Être de mauvaise humeur.

On dit aussi: il est de mauvais poil (Argot du peuple).

=LEVER LE PIED=: =V.= Mettre la clé sous la porte.

=LICHANCE=: Repas épatant où les convives repus roulent sous la table.

—À la noce de mon cousin Bo-bosse, il y a eu une si bath lichance, que j’en ai boulotté pour quinze jours (Argot du peuple).

=LICHE-FRITE=: Pommes de terre frites (Argot du peuple).

=LIGNARD=: =V.= Fantaboche.

=LIGOTTANTE=: La corde (Argot des voleurs).

=LIGOTTER=: Attacher les mains.

Quand le prisonnier est trop récalcitrant, on le ficèlle comme un saucisson (Argot du peuple).

=LIMACE=: =V.= Rodeuse.

=LIMACE=: Chemise (Argot du peuple).

=LIMANDE=: Plate comme une limande.

—Prends garde, ta limande va te couper dans le pieu.

On dit également d’une femme qui a la figure en lame de couteau:

—Elle a une gueule de limande.

Quand elle grimace:

—Elle a une gueule de raie (Argot du peuple). =V.= Sac à os.

=LIME=: Diminutif de limace (Argot des souteneurs).

=LIMER=: Fait qui se produit après trente ans de mariage (Argot du peuple).

=LIMONADE=: Eau.

Tomber dans la limonade, ce n’est pas «se laisser choir dans l’eau», comme le dit A. Delvau, c’est tomber dans la misère:—Il est tombé dans la limonade.

Il existe à ce sujet une chanson:

Ah! il est tombé dans la limonade.

(Argot du peuple). N.

=LIMOUSINIER=: Voleur de tuyaux de plomb dans les maisons en construction.

Il se nomme également voleur de gras double, parce que les feuilles de plomb ou de zinc roulées ressemblent aux rouleaux de tripes que l’on voit à l’étalage des tripiers (Argot du peuple).

=LINCÉ=: Vingt-cinq centimes (Argot des voleurs).

=LINGE LAVÉ= (Avoir son):

Les voleurs en prison comme les troupiers, n’ont plus à s’occuper de la blanchisseuse (Argot des voleurs).

=LINGOT=: Forain qui met de la porcelaine ou de la verrerie en loterie.

La roue qui tourne pour indiquer le numéro gagnant se nomme un lingot (Argot des forains). N.

=LINGRE=: Couteau.

Quelques auteurs disent lingue, c’est une erreur, lingre est une corruption de Langres, ville renommée pour la fabrication de ses couteaux (Argot des voleurs).

=LINGREUR=: Assassin qui tue à l’aide d’un couteau (Argot des voleurs).

=LINSPRE= ou =L’INSAPRÉ=: C’est plutôt cette dernière expression qui est la vraie, car elle signifie inspecteur et non prince (Argot des bouchers).

=LINVÉ=: Un franc (Argot des voleurs). N.

=LIQUETTE=: =V.= Limace.

=LIQUIDE DE BACCHUS=: Vin (Argot du peuple).

=LIQUIDE DE CANARD=: Eau (Argot du peuple). =V.= Lance.

=LIRE AUX ASTRES=: Synonyme de bailler à la lune, mettre trois heures pour faire une course de cinq minutes (Argot du peuple). =V.= Gobe-mouches.

=LISDRÉ=: =V.= Fricadier.

=LITARGE=: =V.= Lance.

=LIVRAISON DE BOIS DEVANT LA PORTE=: =V.= Capitonnée.

=LOCANDIER=: =V.= Bonjourier.

=LOCANDIER=: Variété de voleur au bonjour (Argot des voleurs). =V.= Bonjourier.

=LOCHE=: Oreilles (Argot des voleurs). =V.= Esgourdes.

=LOCHE=: Paresseux, fainéant.

Allusion à la loche qui se traîne péniblement.

On dit également: Paresseux comme un loir.

Le loir dort au soleil (Argot du peuple). N.

=LOCHER=: Branler, tomber.

—Tu branles dans le manche, tu vas être renvoyé de ta place.

Ce à quoi les farceurs répondent:

—Tout ce qui branle ne tombe pas (Argot du peuple). N.

=LOGER RUE DU CROISSANT=: Si tous les maris cocus devaient rester rue du Croissant, il faudrait prolonger cette rue jusqu’à Vincennes (Argot du peuple). =V.= Joseph. N.

=LOITÉ=: Quinze centimes (Argot des voleurs). N.

=LONG DU MUR= (Le): Les murs sont blancs; quand on s’y frotte, on blanchit ses effets.

Allusion à une bonne qui, avant d’entrer en place, demande ce qu’elle gagnera:

—Nourrie, vingt francs par mois, un jour de sortie.

—Et blanchie?

—Le long des murs (Argot du peuple). N.

=LONGE=: =V.= Berge.

=LOPHEUR=: Fabricant de faux papiers (Argot des voleurs).

=LOQUES=: Vieux vêtements usés jusqu’à la corde.

Cette expression s’applique également aux vieux morceaux de ferrailles qui servent d’enjeu aux enfants (Argot du peuple).

=LORCEFÉ DES PONIFFES=: Prison de Saint-Lazare (Argot des filles).

=LORGNE=: Borgne.

On dit aussi: lorgnebé. Le borgne ne lorgne que d’un œil.

On dit aussi: Il ne peut voir que d’un bon œil (Argot du peuple).

=LOUCHONNE=: La cuillère (Argot des voleurs). N.

=LOUF=: Abréviation de loufoque (Argot du peuple).

=LOUFIARDER=: Vesser sourdement (Argot du peuple). N.

=LOUFOQUE=: Fou (Argot des bouchers).

=LOUP=: =V.= Contre-coup.

=LOUPEUR=: Mauvais ouvrier qui flâne, qui tue le temps en loupant pour attendre l’heure de la sortie et qui a plus souvent les yeux fixés sur la pendule que sur son ouvrage.

En 1848, un marchand de vins, boulevard de Belleville, avait pris pour enseigne: Au camp de la loupe, tenu par Feignant (Argot du peuple).

=LOUPEUR=: Désigne le voleur qui, à la tombée de la nuit, vole des diamants chez les bijoutiers au moyen d’une loupe à deux branches (Argot des voleurs).

=LOUP-CERVIER=: Alors que les boursiers se réunissaient devant Tortoni, on les nommait ainsi.

Aujourd’hui, l’expression n’est plus en vogue, mais le boursier est toujours synonyme de loup-cervier (Argot des boursiers).

=LOUPIOT=: Enfant (Argot du peuple).

=LOURDIER= (Le): =V.= Pessigner les lourdes.

=LUISANT=: Le jour (Argot des voleurs). N.

=LUISARD=: =V.= Bourguignon.

=LUMIGNON=: =V.= Bourguignon.

=LUNE= (La faire voir): Montrer son cul:

Quand j’étais petit je n’étais pas grand Je montrais mon cul à tous les passants.

Allusion à la rondeur; facile à comprendre (Argot du peuple).

=LUQUEUR=: Voleur qui escroque les gens à l’aide de faux papiers (Argot des voleurs).

=LUSQUINEUR=: Voleur qui s’habille en charbonnier pour dévaliser les haquets des véritables charbonniers. C’est une variété du roulottier (Argot des voleurs).

=LUSQUIN=: Charbon (Argot des voleurs).

=LUSTRE=: =V.= Palpeurs.

M

=MAC=: Diminutif de maquereau.

Quelques-uns écrivent mec, d’autres mecque.

C’est mac qui est le vrai mot (Argot des souteneurs).

=MACADAM=: Accoster les hommes. L. L.

On voit d’ici les filles faire le macadam qui est la chaussée des boulevards, pour raccrocher sans doute les omnibus, les fiacres et les becs de gaz.

Macadam est le nom donné à un vin blanc épais, venant soi-disant de Montbazillac, qui est vendu par les mastroquets au moment des vendanges (Argot du peuple). N.

=MACARONER=: Vient de macaron.

Macaron dans le peuple veut dire huissier; dans l’argot des voleurs, il veut dire traître.

Il est vrai qu’il n’y a pas grande différence entre les deux.

Un voleur est traître en dénonçant ses complices; un huissier est traître vis-à-vis des malheureux (Argot des voleurs). N.

=MACÉDOINE=: Combustible. L. L.

Macédoine est une salade composée de toutes sortes de légumes; on la nomme salade russe.

Macédoine est également synonyme d’arlequin (Argot du peuple). N.

=MACHER LES MOTS= (Ne pas): Dire carrément à quelqu’un ce que l’on pense.

Parler grossièrement; ainsi, dans le peuple, quand on dit merde à quelqu’un, on répond: mâche (Argot du peuple). N.

=MACROTIN=: Petit maquereau d’occasion qui glane par-ci par-là quelques sous, en attendant qu’il soit assez fort pour avoir une marmite à lui seul.

Le petit macrotin commence généralement à être raton et pégriot (Argot des souteneurs). N.

=MACCHABÉE=: Cadavre.

Se dit plus particulièrement d’un noyé que les mariniers retirent de l’eau.

Les croque-morts disent aussi du mort qu’ils vont enlever:

—Emballons vivement le macchabée, il fouette à en crever (Argot du peuple). =V.= Bouffi.

=MADAME LA RESSOURCE=: La marchande à la toilette, la brocanteuse, le mont-de-piété (ma tante), tous ces rongeurs sont madame la Ressource pour les pauvres gens qui vendent ou engagent leurs dernières nippes (Argot du peuple).

=MADEMOISELLE DU BITUME=: Péripatétitienne qui foule le bitume du matin au soir.

Le bitume, c’est son atelier, son champ de manœuvres, elle y règne en souveraine, elle l’a conquis à la pointe de ses bottines (Argot du peuple).

=MADEMOISELLE DU PONT NEUF=: Fille publique.

L’allusion est typique.

Comme sur le Pont-neuf tout le monde y passe librement, avec cette différence, toutefois que le pont est à péage (Argot du peuple). N.

=MADRICE=: Finesse.

Vient de madré.

—Il a roulé le palpeur. Il est rien madrice, le gonce (Argot des voleurs).

=MAGASIN DE BLANC=: Maison de tolérance.

Il est assez difficile d’expliquer le pourquoi de cette expression; elle vient sans doute de ce que dans le peuple, tous ceux qui vivent de la femme sont des mangeurs de blanc.

La maquerelle est dans ce cas (Argot du peuple). N.

=MAGNES=: Abréviation de manières.

Magne est ici pour façon.

—Ne fais donc pas tant de magnes, il faut y aller carrément.

—Tu fais des magnes ma vieille, ça ne prend pas (Argot du peuple). N.

=MAILLOCHÉ= (Il est): Synonyme d’avoir reçu un coup de marteau.

On connaît la légende de Martin et Martine, de l’horloge de Cambrai, qui a donné naissance au dicton populaire pour qualifier un être déséquilibré:

—Il a passé à Cambrai, il a reçu un coup de marteau.

Mot à mot: il est timbré (Argot du peuple). N.

=MAILLOCHONS=: Les pieds.

Allusion au bruit que font les pieds en marchant.

—Ils frappent le pavé, ce qui produit des coups de mailloche (Argot des voleurs). N.

=MAÎTRES CHANTEURS=: Individus qui font payer des imbéciles pour acheter leur silence.

Il y en a de différentes catégories.

Le maître chanteur financier qui fait chanter les sociétés financières.

Le maître chanteur qui se sert d’un Jésus pour faire chanter l’homme à passions contre nature.

Il y a des maîtres chanteurs dans toutes les classes de la société (Argot du peuple).

=MAÎTRESSE DE PIANO=: Professeur qui apprend aux cocottes illettrées le moyen de tirer des carottes par correspondance à leurs amants.

En fait de musique elle coupe les cors et tire les cartes.

Elle procure au besoin (Argot des filles).

=MAJOR DE TABLE D’HÔTE=: Individu à tout faire, qui est maquereau à l’occasion.

Le major a toutes les apparences d’un militaire en retraite; il porte à la boutonnière une rosette multicolore d’ordres exotiques. Le major de table d’hôte est un rastaquouère de premier ordre (Argot du peuple et des filles).

=MAL BLANCHI=: Nègre.

Une plaisanterie populaire très usitée consiste à dire à un nègre:

—Si on te conduit chez le commissaire, je ne te vois pas blanc (Argot du peuple). N.

=MALADIE=: Emprisonné (Argot des voleurs).

=MALTAISE=: Pièce de vingt francs (Argot des voleurs). =V.= Sigue.

=MALTOUSE=: Contrebande.

Halbert d’Angers dit pasquiner la maltouse.

C’est une erreur; c’est pastiquer, parce que ce mot veut dire passer.

Mot à mot, pastiquer la maltouse: passer de la contrebande, faire la fraude sur des objets soumis aux droits de l’octroi (Argot des voleurs).

=MAMAN-MACA=: Maquerelle qui tient une maison de tolérance.

Les pensionnaires appellent la tenancière maman; quand elle est vieille, ce qui est fréquent, elles y joignent le mot maca, abréviation de macaque qui, dans le peuple, signifie vieille guenon (Argot des filles). N.

=MANCHE= (Faire la): Mendier, quêter.

Les voleurs restés en liberté font la manche pour venir en aide à un camarade qui est en prison.

Les sœurs de charité font la manche dans les maisons aisées pour soulager les pauvres et les malades des hôpitaux (Argot des voleurs). N.

=MANCHE À MANCHE=: Quand deux adversaires ont perdu chacun une partie, ils sont manche à manche (Argot des voleurs). =V.= Belle.

=MANCHON= (Avoir des vers dans son): Avoir le crâne dénudé par place.

Allusion aux mites qui font des stries dans les étoffes de laine (Argot du peuple).

=MANDOLLE= (En jeter une): Donner un soufilet à quelqu’un (Argot des voleurs). =V.= Giroflée à cinq feuilles.

=MANGER LA GRENOUILLE=: Caissier qui mange le contenu de la caisse.

Notaire qui vole les fonds qui lui sont confiés.

Sergent-major qui lève le pied avec la solde de sa compagnie.

Se dit en général de tous ceux qui mangent l’argent qui ne leur appartient pas.

Cette expression vient de ce que, en Hollande, les banquiers avaient pour emblème protecteur, sur la serrure de leur coffre-fort, une grenouille en bronze; lorsque le coffre-fort était fracturé, la grenouille était déplacée. De là, manger la grenouille (Argot du peuple). N.

=MANGER LE MORCEAU=: Dénoncer ses complices, ou avouer ses méfaits (Argot des voleurs). =V.= Mouton.

=MANGER DE LA VACHE ENRAGÉE=: Malheureux qui ne mange pas tous les jours.

—Ah! tu ne veux pas travailler, propre à rien, tu vas foutre le camp, tu mangeras de la vache enragée (Argot du peuple).

=MANGER DU PAIN ET DU FROMAGE=: Repas de funérailles.

C’est une vieille coutume.

Quand on enterre un camarade, on mange du pain et du fromage, ou on casse la gueule à un lapin en souvenir du mort (Argot du peuple).

=MANGER LE BON DIEU=: Communier.

L’allusion est claire (Argot du peuple).

=MANGER SUR L’ORGUE=: Charger un complice.

Mot à mot: lui mettre ses méfaits sur le dos pour essayer de s’en décharger (Argot des voleurs).

=MANGEUR DE BLANC=: Homme qui vit aux dépens des autres, et particulièrement des femmes qui se livrent à la prostitution.

L’allusion est suffisamment claire pour se passer d’explication (Argot du peuple).

=MANGEUSE DE VIANDE CRUE=: Cette figure dégoûtante, mais très caractéristique, désigne une fille publique qui a une certaine spécialité (Argot des souteneurs).

=MANNEQUIN= (Tu n’es qu’un): Pas grand’chose de bon.

Mannequin: individu guindé, habillé à la dernière mode.

Mot à mot, qui ressemble à un mannequin exposé à la porte d’un tailleur.

Mannequin: hotte de chiffonnier (Argot du peuple).

=MANNEQUIN DE MACHABÉES=: Corbillard.

Allusion au panier dans lequel est jeté le condamné après l’exécution (Argot des voleurs). =V.= Omnibus de coni.

=MAQUEREAU=: Les uns croient que ce mot vient de l’hébreu machar, qui signifie vendre, parce que c’est le métier de ces sortes de gens de vendre les faveurs des filles.

D’autres font dériver cette expression d’aquarius ou d’aquariolas, parce que chez les Romains les porteurs d’eau étaient les intermédiaires de la prostitution, d’où nous avons fait, en ajoutant la lettre M, Maquariolus, et que de là s’est formé le nom de maquereau.

D’autres encore affirment que ce mot vient du latin macalarellus, parce que dans les anciennes comédies, à Rome, les proxénètes de la débauche portaient des habits bizarres, et ils étayent leur opinion sur ce que ce nom n’a été donné à l’un de nos poissons de mer que parce qu’il est mélangé de plusieurs couleurs dans le dos (Dessessart, Dictionnaire de police, Bulenger opuscul.)

Quoi qu’il en soit, la signification du mot maquereau est de vivre aux dépens de quelqu’un, mais l’expression s’applique plus généralement à ceux qui vivent de la prostitution des femmes.

Souteneur, qui vit des filles publiques, ou mari qui laisse sa femme se prostituer, lequel est un maquereau légitime (Argot du peuple).

=MAQUERELLE=: Maîtresse de maisons de tolérance ou de maisons de rendez-vous, femme qui vit du travail des filles (Argot du peuple). =V.= Maman-Maca.

=MAQUECÉE=: Abbesse d’une maison de tolérance.

Vient des deux mots: maq, abréviation de maquerelle, et de cé, femme d’argent; de là maquecée (Argot des souteneurs). N.

=MAQUILLER=: Se farder le visage.

Pour réparer des nuits l’irréparable outrage.

Quand un ouvrage est raté, on le maquille pour le faire accepter.

Maquiller un tableau. Il existe des peintres spéciaux qui font du vieux avec du neuf.

Une toile est fabriquée par un rapin quelconque, une signature de maître figure au bas, le maquilleur lui donne l’aspect de la vétusté, et un amateur naïf l’achète.

Il y a comme cela des Velasquez peints à Montmartre (Argot des filles et des peintres). N.

=MAQUILLEUSE DE BRÊMES=: La tireuse de cartes.

Il en existe de célèbres dans le monde des filles. Elles font des recettes fructueuses.

La maquilleuse de brêmes ne se borne pas à tirer les cartes, elle procure pour les deux sexes.

Généralement, c’est une ancienne fille sur le retour qui ne peut plus peloter que le valet de cœur (Argot des filles).

=MARBRE=: Ainsi nommé parce que c’est une table en fonte.

Table sur laquelle les typographes alignent les paquets composant les articles.

Avoir un article sur le marbre: attendre son tour pour être imprimé.

Quand un article reste trop longtemps sur le marbre, il faut le distribuer.

Marbre est une ironie pour les pauvres journalistes.

Leurs articles refroidissent sur le marbre (Argot d’imprimerie). N.

=MARCANDIER=: Cette expression désigne les marchands, quel que soit leur commerce (Argot des voleurs).

=MARCHAND DE MORT SUBITE=: Le maître d’armes et le bourreau.

Le maître d’armes apprend à ses élèves les moyens de tuer un homme proprement.

Le bourreau coupe la tête du condamné pour lui apprendre à vivre (Argot du peuple). N.

=MARCHER DEDANS=: Mettre les pieds sur une sentinelle.

Marcher dans la merde, suivant un dicton populaire, cela porte bonheur.

On dit d’un homme heureux en toutes choses, à qui tout réussit:

—C’est pas possible, il a marché dans la merde.

On dit également:

—Il a écrasé un colombin (Argot du peuple). N.

=MARCHER SUR LE DERNIER QUARTIER=: User le restant de ses souliers.

Par dérision, on dit à un homme dont les souliers boivent l’eau du ruisseau:

—Tes pafs sont pochards.

On dit encore:

—Tu vas t’enrhumer, tes rigodons ont un courant d’air (Argot du peuple). N.

=MARCHEUSE=: Belle femme qui figure à l’Opéra.

Marcheuse: la femme qui appelait les passants en termes très engageants; elle détaillait avec complaisance les charmes de la marchandise qui était dans l’intérieur de la maison.

La marcheuse était généralement un beefteack à corbeau hors d’âge et de service.

Les marcheuses furent supprimées à la porte des maisons de tolérance par arrêté de M. Andrieux, préfet de police, en 1881 (Argot des souteneurs).

=MARGOT=: Femme de peu.

—Tu n’es qu’une sale Margot.

Pourquoi chercher dans Margot le diminutif de Marguerite?

Toutes les Marguerites ne sont pas de Bourgogne.

Il y en a qu’on aimerait à effeuiller.

On dit aussi Margoton (Argot du peuple). N.

=MARGOULETTE=: La bouche.

Il existe en Bourgogne des vases en terre vernissée qui ont un goulot semblable à la bouche. Pour cette raison, on appelle ces vases des goulettes.

Mar a tout simplement été ajouté, déformant le mot primitif pour en former un autre qui a le même sens, car les nourrices disent aux enfants:

—Viens que j’embrasse ta petite goulette.

Rincer la margoulette à un ami, c’est lui payer à boire (Argot du peuple), N.

=MARGOULIN=: Débiteur de mauvaises boissons.

Marchand de vin qui a une fontaine dans sa cave pour fabriquer le fameux cru de Château la Pompe.

Margoulin: méchant ouvrier, fainéant, grossier, brutal, qui lève plus souvent le coude qu’un marteau.

C’est, dans le peuple, un gros terme de mépris que de dire à un individu:

—Tu n’es qu’un margoulin! (Argot du peuple). N.

=MARIAGE À LA DÉTREMPE=: Mariage à la colle. Quand elle est trop détrempée, le papier ne tient pas.

Autrefois, avant l’annexion de la banlieue à Paris, on disait:

—Ils sont mariés au treizième arrondissement.

Parce qu’il n’y en avait que douze.

Aujourd’hui on dit au vingt et unième, parce qu’il n’y en a que vingt (Argot du peuple). N.

=MARIE-COUCHE-TOI-LA=: Femme qui se met sur le dos pour un oui ou un non.

Rôdeuse de caserne (Argot des troupiers). N.

=MARIE-SAC-AU-DOS=: Femme toujours prête.

Allusion aux troupiers qui, quand le quartier est consigné en vue d’un événement quelconque, campent dans la cour de la caserne sac au dos, prêts à partir (Argot des troupiers). =V.= Rempardeuses. N.

=MARIE-PIQUE-REMPART=: Femme qui rôde la nuit sur les remparts, aux environs des postes de soldats.

On devine ce qu’elle cherche: un gîte et un restant de soupe.

Huit ou dix jours plus tard, le troupier sait ce qu’elle a apporté (Argot des troupiers). N.

=MARIOLE=: Malin, rusé, roublard.

On est mariole ou on le fait.

Dans les ateliers, un mariole passe pour un phénix.

Mariole doit être pris ici comme synonyme de marlou.

—Tu n’as pas coupé la patte à coco, tu n’es pas si mariole que ça, on pourrait bien te river ton clou.

Il existe une chanson qui dit:

Tant qu’il y aura des pantes, Les marioles boulotteront.

(Argot du peuple et des souteneurs). =N.=

=MARKOUSE=: Carte marquée visiblement par le bonneteur. Mais aussitôt qu’elle a été vue par la dupe, elle est démarquée.

Il la devine, mais ce n’est plus la même (Argot des camelots).

=MARLOU=: Individu qui vit de la prostitution des femmes.

Marlou vient du vieux mot marlier, avec un changement de finale (Argot des filles).

=MARLOU À LA MIE DE PAIN=: Marlou qui ne sait pas faire travailler sa marmite ou qui en a une récalcitrante.

Je lis dans les Lamentations d’un souteneur:

Quoi? C’est éteint... tu r’buttes au flanche. Y’a pu de trottinage à la clé. Des dattes pour que tu fass’ la planche, L’anse de la marmite est cassée.

(Argot des souteneurs). N.

=MARLOUPIN=: Jeune marlou qui fait son apprentissage dans les bals publics.

On dit aussi goussepin: petit vagabond dont la première étape est la petite Roquette et la dernière souvent, la grande.

Goussepin gouspiné: voler (Argot des voleurs).

=MARLOUSIER=: Malin, rusé, diminutif de marlou (Argot des souteneurs).

=MARMITE=: D’après M. Lorédan Larchey, c’est une fille publique nourrissant son souteneur.

Un souteneur sans sa marmite est un ouvrier sans ouvrage, dit Canler.

La marmite de terre est une prostituée qui ne gagne pas de pognon à son souteneur.

La marmite de fer commence à être cotée; elle gagne un peu de galette.

La marmite de cuivre, suivant Halbert, c’est une mine d’or.

Marmite, d’après Pierre, est une femme qui n’abandonne pas son mari ou son amant en prison et lui porte des secours.

Le peuple qui ne cherche ni si haut ni si loin, considère tout tranquillement la femme comme une marmite.

Quand elle trompe son mari avec son consentement, elle fait bouillir la marmite.

Quand elle fait la noce pour son compte, qu’elle ne rapporte pas, il y a un crêpe sur la marmite (Argot du peuple). N.

=MARMITE ANARCHISTE=: Comme la précédente, celle-là ne rapporte pas; elle fait sauter—pas les écus, mais les maisons.

C’est une marmite qui n’est guère en faveur, car elle fait perdre la tête (Argot du peuple). N.

=MARMITEUX=: Homme qui a sans cesse la larme à l’œil.

Corruption par extension du mot miteux (qui a la cire aux yeux) (Argot du peuple). N.

=MARMITON DE DOMANGE=: Vidangeur.

On dit aussi: marmiton de Richer (Argot du peuple).

=MARMOTTE=: Madras que les marchandes portent encore sur la tête en guise de coiffure.

Marmotte: diminutif de marmite.

—Tu n’es qu’une sale marmotte (Argot du peuple).

=MARMOUSET=: Le pot au feu.

—Amène-ta morue ce soir, nous boulotterons, mince de bidoche dans le marmouset.

Allusion au bruit que fait l’eau en bouillant: elle marmouse (Argot des voleurs).

=MARNER=: Signifie travailler.

Les voleurs disent également marner pour voler, puisque voler est pour eux travailler.

Marner est une variété du vol à l’embrassade, à l’exception toutefois qu’il est généralement pratiqué par des femmes (Argot des voleurs).

=MARNEUSES=: Filles publiques qui travaillent au bord des rivières.

On dit aussi: poniffes et magneuses.

Cette dernière expression indique une spécialité (Argot des souteneurs).

=MARNOIS=: Souliers énormes.

Synonyme de péniche (Argot des voleurs).

=MARRAINE=: Témoin femelle (Argot des voleurs).

=MARRÉ=: En avoir assez, s’ennuyer d’être en prison.

—Je vais me marrer pendant cinq berges (Argot des voleurs).

=MAROTTE= (Avoir une): Idée fixe qui varie suivant les tempéraments.

Tous les collectionneurs sont des gens à marotte.

Marotte est synonyme de dada.

Marotte signifie également chanter.

—À toi, la Saucisse, c’est ton tour de marotte (Argot des voleurs). N.

=MARRON=: Livre imprimé clandestinement (Argot d’imprimerie).

=MARRONNER UN GRINCHISSAGE=: Cette expression n’est pas juste, car marronner veut dire en vieux français pirate, et, en même temps, bouder, murmurer entre ses dents.

Les voleurs l’emploient pour dire qu’ils ont manqué un vol (Argot des voleurs). N.

=MARQUE-MAL=: Se dit de quelqu’un qui a un vilain aspect (Argot du peuple).

=MARQUÉ OU MARQUETS=: Mois (Argot des voleurs).

=MARQUÉ= (Il est): Être gravé par la petite vérole (Argot du peuple). =V.= Poêle à marrons.

=MARQUÉ=: Être ridé comme une vieille pomme (Argot du peuple).

=MARQUE DE CÉ=: Femme légitime de voleur.

Femme d’argent (Argot des voleurs).

=MARQUER= (Ne plus): Femme qui n’a plus d’échéance à chaque fin de mois (Argot du peuple).

=MARQUER À LA FOURCHETTE=: Marchand de vin qui majore ses notes.

Allusion aux quatre dents de la fourchette; il fait quatre raies à la fois (Argot du peuple).

=MARQUIS DE LA BOURSE PLATE=: Homme absolument sans le sou (Argot du peuple). =V.= Les toiles se touchent.

=MASTIC=: Terme usité en imprimerie pour indiquer qu’il y a erreur dans le classement des phrases et des alinéas, ce qui rend l’article tout à fait incompréhensible (Argot d’imprimeur). N.

=MASTIC= (Péter sur le): Le peintre en bâtiment qui, le lundi, veut flâner, emploie cette expression pour dire qu’il ne veut pas travailler:

—Je pète sur le mastic (Argot du peuple). N.

=MASTROQUET=: Marchand de vin.

Dernière transformation du mot mannezingue.

Mann, homme, zinc, par corruption zingue, comptoir (Argot du peuple). =V.= Bistro.

=MASSEPAIN=: Ce nom se donne généralement à une sorte de gâteau que l’on vend dans les foires; il a aujourd’hui une signification bien autrement «fin-de-siècle»; il sert à désigner la catégorie d’individus qui ont à Paris des salons d’essayages pour dames, avant de les expédier dans les maisons hospitalières de France ou de l’étranger (Argot des souteneurs). N.

=MASSER=: Travailler, peiner ferme.

Allusion au cantonnier qui casse avec une masse les cailloux sur les routes.

Il n’existe pas de métier plus pénible, il est vrai qu’ils n’en prennent qu’à leur aise, car la sueur des cantonniers n’a pas de prix.

Ce n’est sûrement pas eux qui ont créé la fameuse, légende, que les riches mangeaient la sueur du peuple (Argot du peuple). N.

=MASTARDIER=: Faire le mastar au gras double (Argot des voleurs). =V.= Limousinier.

=MATADOR=: Homme riche ou qui en a les apparences.

—Tu fais le matador, pour: Tu fais rudement tes embarras (Argot du peuple).

=MATADOR=: Partie de dominos.

Les gros dés: double-six, double-cinq, etc., sont les matadors (Argot du boulevard). N.

=MATELASSÉE=: Femme qui a des seins énormes.

Son estomac est matelassée.

Quand c’est une fille et qu’elle maigrit, son souteneur lui dit:

—Tu t’débines des matelassés.

Quand une femme est plate comme une limande elle se matelasse en bourrant son corset d’assez de coton pour donner l’illusion.

Les femmes fin-de-siècle en portent en caoutchouc qu’elles gonflent chaque matin (Argot des souteneurs). N.

=MATHURINS=: Dés pipés qui servent aux camelots pour voler au 7, au passe-dix et à la consolation (Argot des camelots).

=MAZAGRAN=: Café servi dans un verre.

Par abréviation on dit un mazag (Argot du peuple).

=MEC= pour meg: Chef, patron, Dieu, le mec plus ultra (Argot des voleurs).

=MEC À LA COLLE FORTE=: Se dit d’un voleur redoutable, par opposition au mec à la mie de pain.

Voleur de rien (Argot des voleurs).

=MÈCHE=: Les mauvais ouvriers qui voyagent sans cesse demandent mèche dans les ateliers qu’ils rencontrent sur leur route:

—Y a-t-il mèche de travailler?

Mèche pour moyen (Argot du peuple).

=MÉDAILLE= ou =MÉDAILLON=: =V.= Pièce de dix sous.

=MÉDAILLON=: Derrière.

Les joueurs de manille appellent ainsi les as, par corruption de manillon; quelques-uns disent le merdaillon (Argot du peuple). N.

=MEG DE LA ROUSSE= (Le grand): Le préfet de police (Argot des voleurs). =V.= Dabe des renifleurs.

=MÉLASSE= (Être dans la): Dans la misère jusqu’au cou (Argot du peuple) =V.= Purée.

=MÊLÉ CASS.=: Mélange d’eau-de-vie et de cassis que les ouvriers boivent le matin sur le zinc pour tuer le ver.

On dit dans le peuple:

—Faire ses dévotions à Notre-Dame de Mêlé-Cassis (Argot du peuple). N.

=MELET=: Petit, petite (Argot des voleurs).

=MENÉE=: Une douzaine.

—Nous étions une menée pour ratiboiser le goncier; pas mèche d’en venir à bout, c’était un rude lapin (Argot des voleurs).

=MENDIGOT=: Mendiant.

D’un petit mendiant on dit qu’il mendigotte.

Mendigot, changement de finale (Argot du peuple).

=MENER PAS LARGE= (N’en): Être fort mal à son aise.

Mot à mot: serrer les fesses ou n’être pas dans ses petits papiers.

Le condamné qui va être exécuté n’en mène pas large (Argot du peuple).

=MENESSE=: Femme (Argot des souteneurs).

=MENTEUSE=: Langue.

On dit par opposition d’une langue d’animal:

—Allons manger une langue qui n’a jamais menti.

Parce qu’elle ne parle pas (Argot du peuple).

=MENOUILLE=: Monnaie (Argot du peuple).

=MENTON DE GALOCHE=: Menton qui avance comme celui du classique Polichinelle.

On dit de celui ou de celle qui possède un menton semblable qu’il fait carnaval avec son nez (Argot du peuple).

=MÉQUARD=: Commandant d’une bande de voleurs (Argot des voleurs).

=MERCE=: Pour merci (Argot des voleurs).

=MERDAILLON=: Moins que rien, une sous-merde (Argot du peuple). =V.= Avorton.

=MERDE=: À bout d’argument, dans le peuple, on dit:

—Merde, est-ce français?

C’est-à-dire: Me comprends-tu?

Ce à quoi on répond:

—Goûtes tes paroles.

—Tu peux te retourner et te mettre à table.

—S’il pleuvait de la merde et que chacun en ait suivant son grade, t’en aurais un rude paquet, car tu es le colonel des imbéciles (Argot du peuple). N.

=MÈRE AU BLEU=: La guillotine. Les voleurs veulent faire croire que c’est le chemin du ciel. A. D.

Pas du tout, c’est parce que le condamné n’y voit que du bleu (Argot des voleurs).

=MÈRE D’OCCASION=: Les mendiantes louent à des industriels du quartier Mouffetard des petits enfants qu’elles traînent dans les rues pour exciter la charité publique.

Ces enfants changent chaque jour de mère; de là, mère d’occasion ou de rencontre (Argot du peuple). N.

=MERLAN= (Rouler des yeux de merlan frit).

Homme langoureux et timide qui, n’osant adresser la parole à une femme, la regarde en roulant des yeux (Argot du peuple). N.

=MERLAN=: Coiffeur perruquier.

Quand le perruquier met de la poudre de riz à son client, il l’enfarine comme le merlan avant d’être mis dans la poêle à frire (Argot du peuple).

=MESSE= (Être à la): Quand un ouvrier arrive à l’atelier cinq minutes après la cloche, la porte est fermée, il perd un tiers ou une demie journée; il va pendant ce temps boire des canons sur le zinc, l’autel des pochards; le mastroquet officie.

De là, aller à la messe (Argot du peuple).

=METTRE À L’OMBRE=: Aller en prison.

En effet, on ne craint pas l’ardeur du soleil (Argot du peuple).

=METTRE AU CHAUD=: =V.= Rouscailler.

=METTRE DANS LE MILLE=: Réussir une affaire du premier coup.

Terme usité chez les pédérastes; mille: podex (Argot du peuple).

=METTRE EN BRINDEZINGUE= (Se): Faire la noce.

Être dans les brindezingues: être pochard (Argot du peuple). N.

=METTRE EN BRINGUE=: Mettre en morceaux, briser. A. D.

Bringue, signifie femme maigre, l’expression est donc fausse.

Mettre en bringue, est synonyme de brindezingue (Argot du peuple). N.

=METTRE EN PÂTE=: Les compositeurs lient les paquets de caractères avec une ficelle.

Quand le paquet est mal lié ou que le bout de la ficelle est emprisonné, le metteur en pages met le paquet en pâte, c’est-à-dire que les caractères se mélangent et qu’il faut recomposer.

Quand, dans le paquet, il y a des lettres qui ne sont pas du corps, ou que le paquet n’a pas été assez mouillé, en le déliant, si les lettres tournent, on appelle cela: faire un soleil (Argot d’imprimerie). N.

=METTRE LA TÊTE À LA FENÊTRE=: Condamné à mort qui passe la tête dans la lunette (Argot des voleurs).

=METTRE LA CLEF SOUS LA PORTE=: Se sauver, déménager furtivement.

Se dit communément d’un commerçant, qui, ne faisant pas ses affaires, abandonne sa boutique (Argot du peuple).

=METTRE LA CLEF SOUS LE PAILLASSON=: =V.= Mettre la clef sous la porte.

=METTRE LES BOUCHÉES DOUBLES=: Se dépêcher de faire quelque chose.

Synonyme de manger un morceau sur le pouce, à la hâte.

Cette expression est employée pour tout ce qui est fait précipitamment (Argot du peuple).

METTRE DU PAPIER DANS SA SONNETTE: =V.= Affaler son grelot.

=METTRE SUR LES FONDS DE BAPTÊME= (Se): Quand le nourrisseur de poupard a mal renseigné ses complices et qu’ils sont dans une position difficile, pour se sauver et n’être pas paumés marrons:

—Ils sont sur les fonds de baptême (Argot des voleurs).

=METTRE UNE ÉPINGLE À SA CRAVATE=: S’enfiler un demi-setier (Argot du peuple). N.

=MEULARD=: Veau.

Allusion à la mollesse de la viande.

On dit aussi: un bœuf en bas âge (Argot du peuple). N.

MEULE: Vide.

C’est veule qu’il faudrait dire, veule signifie mou.

Meule est une corruption (Argot des souteneurs). N.

=MEUNIER=: Recéleur qui a la spécialité d’acheter aux mastardiers ou voleurs de gras double, le plomb, l’étain ou le zinc, volés dans les maisons en construction (Argot des voleurs).

=MEZIGUE=: Moi.

On dit aussi mezigo (Argot des voleurs).

=MICHÉ=: Homme qui monte avec une fille, en payant, ou qui y couche.

Miché était déjà connu en 1764. Merard de Saint-Just dit ceci:

D’où vient qu’on appelle miché Quiconque va de nuit et se glisse en cachette Chez des filles d’amour, Barbe, Rose ou Fanchette?

(Argot des souteneurs).

=MICHÉ DE CARTON=: Homme à qui une fille demande cinq louis et qui lui offre quarante sous.

On dit aussi: miché à la mie de pain (Argot des filles).

=MICHETON=: Petit miché qui rale sur le prix des faveurs des filles (Argot des souteneurs).

=MIE DE PAIN=: Moins que rien.

Les typos, par la grande habitude, savent, du premier coup d’œil, discerner un bon article d’un mauvais.

Le mauvais, c’est de la mie de pain (Argot d’imprimerie).

=MIE DE PAIN=: Pou.

On sait combien une mie de pain est désagréable sur la peau; le pou occasionne une démangeaison semblable (Argot des voleurs).

=MIJOU= (Faire le): Simuler une maladie (Argot des voleurs).

=MILLED=: Billet de mille francs (Argot des voleurs). N.

=MILLERIE=: Loterie que tiennent les camelots dans les fêtes publiques (Argot des camelots).

=MINCE=: Rien.

Mais, dans le peuple, cette expression sert à manifester l’étonnement.

—Ah! mince alors, elle en a une nichée dans la paillasse (Argot du peuple).

=MINETTE=: =V.= Descendre à la crèmerie.

=MINISTRE DE L’INTÉRIEUR=: Doigt.

Allusion à une coutume très en usage dans les couvents de jeunes filles (Argot du peuple).

=MIOU=: Enfant.

Allusion au miaou du jeune chat (Argot du peuple).

=MIRADOU=: =V.= Mirante.

=MIRANTE=: La glace (Argot des voleurs).

=MIRETTES=: Les yeux (Argot des voleurs).

=MIROIR À PUTAINS=: Joli garçon qui s’en croit beaucoup, une espèce de «Nicolas» de faubourg.

Dis-lui qu’un miroir à putain Pour dompter le pays latin Est un fort mauvais personnage.

Cette expression était employée au temps de Scarron (Argot du peuple).

=MIRQUIN=: Bonnet.

—J’ai vu une gerce au raslue de Saint-Lago; elle était rudement gironde avec son melet mirquin; il y manquait un rayon de miel (Argot des voleurs). N.

=MIRZALES=: Boucles d’oreilles (Argot des voleurs).

=MISE-BAS=: Quand une équipe de compositeurs est mécontente pour une raison ou pour une autre, elle met bas, elle quitte le travail (Argot d’imprimerie).

=MISÉREUX=: Malheureux.

Homme qui est dans une profonde misère (Argot du peuple). N.

=MISLOQUE=: Théâtre (Argot des voleurs).

=MISTOUFLES=: Faire des misères, causer des désagréments à quelqu’un (Argot du peuple).

=MITARD=: Cachot (Argot des voleurs).

=MI-TEMPS=: Milieu.

A. Delvau écrit mitan, ce n’est pas exact (Argot du peuple).

=MITRE=: Cachot.

Allusion à la mitre de l’évêque, qui est un signe de dignité.

Être au cachot, pour un voleur, est un titre à la considération de ses pareils.

—Où donc est Barbe-à-Poux?

—Il est mitré pour huit jornes (Argot des voleurs).

=MOINE=: Qu’une épreuve typographique soit faite à la brosse ou à la machine, la partie qui ne prend pas l’encre se nomme un moine (Argot d’imprimerie).

=MOISSONNEUR=: Le commissaire de police.

En effet, il moissonne ceux qui sont amenés à son burlingue.

Mot à mot: il les fauche comme des blés mûrs... pour la prison (Argot des voleurs). =V.= Quart d’œil.

=MOLARD=: Cracher des mucosités qui filent comme du macaroni.

Graillonner salement.

Quand un large crachat s’étale sur un trottoir, on dit:

—Quel beau molard (Argot du peuple).

=MOLETTE=: La bouche.

Je ne vois pas bien qui a pu donner naissance à cette expression.

La molette sert à un éperon, elle sert aussi à couper la pâte pour une certaine espèce de gâteau; enfin, quoi qu’il en soit, ce mot est usuel (Argot des voleurs). N.

=MOME=: Petit.

On appelle aussi une femme la môme.

Il y en a de célèbres: la Môme-Fromage, la Môme-Goutte-de-Sperme, la Môme-Caca.

On dit aussi momaque (Argot du peuple). N.

=MOME D’ALTÉQUE=: Jeune homme beau et efféminé que l’on rencontre vêtu d’un ça ne te gêne pas dans le parc (veston), d’un pantalon collant gris clair, d’une cravate voyante à larges bouts, et maquillé la plupart du temps.

On le rencontre dans la galerie d’Orléans, au Palais-Royal, ou au passage Jouffroy.

Ce n’est pas l’omnibus qu’il attend.

On les nomme aussi chouard, en souvenir du fameux procès Germiny (Argot du peuple). N.

=MOMIGNARD=: Diminutif de môme.

Petit enfant (Argot des voleurs). =V.= Abéqueuse.

=MOMINETTE=: Absinte servie dans un petit verre mousseline.

Allusion à la petitesse, du verre, qui est un môme, en le comparant à un grand verre (Argot du peuple). N.

=MONSEIGNEUR= (Pince): Outil qui sert spécialement, à fracturer les portes; il est tout spécialement employé par les cambrioleurs.

Cet outil en acier mesure 45 centimètres de hauteur et 25 millimètres de circonférence.

Il est connu depuis le XVIII^e siècle.

C’était un des principaux instruments dont se servait le légendaire Cartouche (Argot des voleurs).

=MONTANT=: Pantalon.

Il monte en effet le long des jambes.

Le montant à pattes d’éléphant est, depuis des années, le signe distinctif des citoyens à trois ponts (Argot des souteneurs). =V.= Falzar. N.

=MONTANTE=: Échelle.

L’image est frappante. Quand, autrefois, l’échafaud était élevé de treize marches que le condamné devait gravir, on nommait les marches la montante du calvaire (Argot des voleurs). N.

=MONTE EN L’AIR=: Les cambrioleurs.

Ils sont ainsi nommés parce que ces voleurs opèrent généralement dans les chambres de domestiques situées aux étages supérieurs.

Ils montent en l’air (Argot des voleurs). N.

=MONTER UN BATEAU=: Faire croire à une affaire imaginaire; présenter à des niais un projet de mise en actions pour exploiter une fonderie de pavés ou une filature de pains de sucre.

Monter un bateau, synonyme de monter le coup (Argot du peuple). N.

=MONTER LE VERRE EN FLEUR= (Se): Se monter le coup à soi-même. S’illusionner sur toutes choses.

S’imaginer être aimé par désintéressement.

En un mot, croire que c’est arrivé.

—Mon miché qui s’est monté le verre en fleur que j’y allais de mon voyage, faut-y qu’il soit poire (Argot du peuple). N.

=MONTER LE JOB= (Se): Se monter le coup.

Croire que c’est arrivé ou vouloir le faire croire à un autre (Argot du peuple).

=MONTER À L’ÉCHELLE=: Être guillotiné.

Mot à mot: monter à l’échelle de l’échafaud. L. L.

Monter à l’échelle a une toute autre signification dans le peuple; cela veut dire: faire mettre quelqu’un en colère.

—Il a la tête près du bonnet, il s’enlève comme une soupe au lait.

On dit aussi:

—Il a un si sale caractère qu’il grimpe à tout bout de champ (Argot du peuple). N.

=MONTER UN SCHTOSSE=: Mentir.

Synonyme de monter le coup à quelqu’un.

Stoss en allemand veut dire coup.

Ce mot s’est francisé et court les ateliers.

—Pour faire le lundi et ne pas avoir son sac, on monte un schtosse au patron en lui disant que l’on va à l’enterrement de son père.

Il en est qui ont enterré leur père autant qu’il y a de jours dans l’année (Argot du peuple). N.

=MONNAIE DE SINGE=: Une monnaie qui n’a pas cours à la Banque de France, car les garçons de recette n’accepteraient pas des grimaces en paiement (Argot du peuple).

=MONTRETOUT= (Aller à): Quand les filles vont au dispensaire, tous les quinze jours, pour passer la visite sanitaire, elles montrent tout au docteur (Argot des filles).

=MORACE=: Cri.

—Si le pante morace et que les becs de gaz accourent, lingre le pour ne pas être paumé (Argot des voleurs). N.

=MORBAC=: Moutard désagréable.

Morbac, diminutif de morpion (Argot du peuple).

=MORCEAU DE GRUYÈRE=: Individu grêlé dont le visage est percé de trous comme une passoire.

Morceau de gruyère est une allusion aux innombrables trous dont ce fromage est percé (Argot du peuple). N.

=MORDANTE=: Lime.

On dit d’un individu fielleux, qui ne peut prononcer une parole sans dire une méchanceté, qu’il est mordant comme une râpe (Argot des voleurs).

=MORFE=: Repas.

Refaite du matin, déjeuner.

Refaite du jorne, dîner.

Refaite de sorgue, souper.

Refaite exprimé bien l’action de se refaire l’estomac.

Morfer est ici pour manger (Argot des voleurs).

=MORFIALLER=: Manger.

Vieux mot employé par Rabelais au Propos des Beuveurs.

Où diable les escarpes ont-ils été dénicher cette expression? (Argot des voleurs).

=MORFILLER LE DARDANT= (Se): Se faire du mauvais sang, se manger le cœur. A. D.

Morfiller veut bien dire manger, mais dardant signifie amour.

C’est morfiller le vermeil (sang) ou le palpitant (cœur) (Argot des voleurs).

=MORLINGUE=: Porte-monnaie.

D’aucuns disent morningue.

Il serait plus juste de dire morniflingue, puisque mornifle veut dire monnaie (Argot des voleurs). N.

=MORNANTE=: Bergerie (Argot des voleurs).

=MORNIFFLE=: Gifle.

—Je vais te plaquer une morniffle sur la hure si tu m’emmerdes longtemps (Argot du peuple). =V.= Giroflée à cinq feuilles.

=MORNIFFLEUR=: Fabricant de fausse monnaie, argent, or, ou billets de banque (Argot des voleurs).

=MORNOS=: La bouche.

Manger une bouchée, avaler une mornée (Argot des voleurs).

=MORPION=: Insecte qui occasionne des démangeaisons fort désagréables.

Par analogie, on dit de quelqu’un dont on se débarrasse difficilement:

—Il colle comme un morpion.

On dit également: mille pattes (Argot du peuple).

=MORUE=: Terme employé par les femmes des halles pour répondre aux raleuses qui leur offrent un prix dérisoire de leurs marchandises.

—Va donc, morue, faudrait-y pas te foutre du beurre avec et te le porter à ton poussier (Argot du peuple).

=MOU COMME UNE CHIQUE=: Homme de peu de consistance, sans volonté, qui travaille mollement.

Allusion au morceau de tabac que le chiqueur a mâché toute une journée: il est mou.

De là, mou comme une chique (Argot du peuple).

=MOU POUR TON CHAT=: Quand on regarde avec insistance une jolie fille et que cela ne lui plaît pas, elle répond:

—Ça, mon vieux, c’est pas du mou pour ton chat.

D’aucunes, plus expressives, disent:

—Tu peux regarder, c’est pas de la viande pour ton serin (Argot du peuple). N.

=MOUCHARDE=: La lune.

Elle se montre souvent fort mal à propos pour déranger messieurs les voleurs dans leurs expéditions nocturnes (Argot des voleurs). N.

=MOUCHE=: Laid, bête, ridicule.

—Elle est rien mouche, la môme à Poil-aux-pattes (Argot du peuple).

=MOUCHES= (Tuer les): On dit de quelqu’un qui a une haleine infecte:

—Il tue les mouches à quinze pas (Argot du peuple). =V.= Pot de chambre cassé dans l’estomac.

=MOUCHER LE QUINQUET= (Se faire): Recevoir une verte correction, une formidable volée (Argot du peuple).

=MOUCHIQUE=: Laid à faire peur.

Vient du mot russe mejiks (Argot du peuple). N.

=MOUCHIQUE À LA SECTION=: Mal noté dans son quartier.

Quartier est synonyme de section, depuis la division des arrondissements en sections pour les votes (Argot du peuple). N.

=MOULE À GAUFRE=: Individu dont le visage a été ravagé par la petite vérole.

Allusion au moule employé par les gaufriers (Argot du peuple). N.

=MOULE À PETS=: Homme qui se lâche facilement.

Dans le peuple on dit:

—Avec un vent pareil, il va pleuvoir de la merde.

On dit également:

—Si on chante comme ça à ton enterrement, il y aura plus de cochons que de curés (Argot du peuple). N.

=MOULE EST CASSÉ= (Le): Se dit d’un personnage exceptionnel, inimitable. L. L.

Cette expression n’est pas prise dans ce sens parmi le peuple; elle est employée pour dire d’une femme qui a passé l’âge, qui ne marque plus, qu’elle ne peut plus faire d’enfants: le moule est cassé (Argot du peuple). N.

=MOULIN=: Boutique du recéleur.

C’est pour cette raison, sans doute, que l’on nomme le recéleur, le meunier (Argot des voleurs). N.

=MOULIN À MERDE=: La bouche.

En mangeant, elle travaille pour Richer (Argot du peuple).

=MOULIN À PAROLES=: Femme bavarde qui ne tarit pas, qui parle avec volubilité.

Elle broie les paroles comme le moulin, le café (Argot du peuple).

=MOULIN À VENT=: Le derrière.

Dans la Chanson du Propriétaire on trouve:

Moulin à eau par devant, Moulin à vent par derrière.

(Argot du peuple). N.

=MOUILLANTE=: La soupe (Argot du peuple). =V.= Laffe.

=MOUSCAILLE=: La marchandise que l’on abandonne avec satisfaction dans les châlets de nécessité.

Mouscailler: faire ses besoins (Argot du peuple).

=MOUSQUETAIRE GRIS=: Pou.

Allusion à la couleur de cet horrible animal que pourtant certains adorent.

Un amateur marchande un pou à un chiffonnier; il lui offre d’un pou magnifique un prix dérisoire. L’éleveur le remet délicatement dans sa chemise en lui chantant le refrain célèbre:

Tu n’en veux pas! J’l’remets dans ma chemise. Ça n’mange pas d’pain.

(Argot du peuple). N.

=MOUSSANTE=: Bière (Argot du peuple).

=MOUSSERIE=: Fosse d’aisance des prisons (Argot des voleurs).

=MOUSTIQUE DANS LA BOÎTE AU SEL=: =V.= Asticot dans la noisette.

=MOUTON=: Dénonciateur qui vend ses complices.

Prisonnier qu’on place dans une cellule avec un autre prévenu pour le moutonner.

C’est-à-dire le faire avouer dans la conversation (Argot des voleurs).

=MOUTON=: Matelas.

Quand il est plus que plat, on dit: galette (Argot du peuple).

=MOUVETTE=: Indicateur qui fournit des indications à la police.

C’est généralement un camelot; il se meut d’un point à un autre, suivant les cas (Argot des voleurs). N.

=MUETTE= (Avoir une puce à la): Condamné qui a des remords.

On dit aussi: jouer à la muette (ne pas parler) (Argot du peuple).

=MUFFÉE= (En avoir une): S’être empiffré jusqu’à en étouffer.

Avoir une soulographie numéro un.

Muffée: n’en plus pouvoir (Argot du peuple). N.

=MUFFLE=: Communément, ce sont les maçons qu’on appelle ainsi.

La chanson dit:

Tous les muffles que nous connaissons Ne sont pas à la grève.

En effet, il y a plusieurs genres de muffles:

Tout individu qui se conduit mal avec quelqu’un est un muffle.

Muffle est synonyme de goujat (Argot du peuple).

=MURON=: Sel.

Muronnière: la salière (Argot des voleurs).

=MUSETTE= (S’en faire jouer un air): Expression employée dans les maisons de rendez-vous pour désigner un certain travail très estimé des écoliers (Argot des filles).

=MUSETTE= (Couper la): Empêcher quelqu’un de parler.

On dit aussi: lui couper la chique (Argot du peuple).

=MUSICIEN=: =V.= Mouton.

N

=NAZ=: Nez.

On dit aussi nase.

C’est certainement une abréviation de naseau (Argot du peuple).

=NE PAS ATTACHER SON CHIEN AVEC DES SAUCISSES=: Avare.

C’est une expression très populaire, superlatif de chien, grippe-sous.

On ne peut rien dire plus d’un homme (Argot du peuple). N.

=NE RIEN AVOIR DANS LE FUSIL=: Avoir le ventre vide.

L’allusion est facile à saisir:

J’sens l’paquet d’tripes qui s’cavale.

(Argot du peuple).

=NEG AU PETIT CROCH=: Chiffonnier.

Neg est une abréviation de négociant, et croch de crochet, outil indispensable aux chiffonniers (Argot du peuple).

=NÈGRE=: Heure de minuit, à laquelle l’obscurité est la plus profonde (Argot des voleurs).

=NÉGRESSE=: Puce.

Allusion de couleur (Argot du peuple).

=NÉGRESSE=: Bouteille.

—Allons-nous étouffer une négresse de ginglard à Argenteuil? (Argot du peuple).

=NEP=: Rastaquouère vendant aux imbéciles des décorations exotiques (Argot des voleurs).

=NETTOYÉ=: N’avoir plus rien, être absolument à sec.

Nettoyé, être à l’agonie, se sentir mourir.

—Le médecin m’a dit que j’étais nettoyé (Argot du peuple).

=NEZ CULOTTÉ=: Nez d’ivrogne.

Dans le peuple on dit:

—Si on lui pressait le piton il en sortirait du vin.

Le nez culotté a été célébré par Ch. Colmance:

Un nez culotté, Piquante parure, Gracieuseté De dame nature. Heureux l’effronté doté D’un nez culotté.

Il y a des nez culottés qui coulent plus cher que s’ils étaient en or (Argot du peuple).

=NEZ RETROUSSÉ=: Nez à narines larges et ouvertes.

—Il va te pleuvoir dans le nez.

—Elle se pleure dans le nez quand elle a du chagrin (Argot du peuple).

=NIB=: Signifie rien.

Cette expression n’est pourtant pas toujours prise dans ce sens.

Quand on dit: nib de blaire, par exemple, pour qualifier un nez énorme, nib devient synonyme de mince qui veut dire beaucoup (Argot du peuple). N.

=NIB DE BRAISE=: Pas d’argent.

—Par un bourguignon pareil tu restes à la piaule, allons décanille.

—Nib de braise, les valades sont dégraissées (Argot des voleurs).

=NICHE À SEINS=: Corset.

Allusion à ce qu’il soutient les forts, augmente le volume des faibles, discipline les vagabonds et protège les égarés (Argot du peuple). N.

=NICHONS=: Les seins.

—Laissez-moi tâter vos jolis nichons.

—Combien qu’tu payes? (Argot du peuple).

=NIÈRE=: Homme quelconque, lui.

—Le gonce a rudement le trac pour son nière.

On dit aussi: mon nière bobéchon pour moi.

Bobéchon, ici, fait double emploi (Argot des voleurs).

=NIF=: Non (Argot des voleurs).

=NIPPÉ=: Bien habillé.

—J’avais plus rien, les requins m’avaient bazardée pour payer mon probloque, j’ai dégotté un miché qui m’a renippée, à présent je suis rupine je peux trimarder (Argot du peuple)

=NIQUE DE MÈCHE=: N’avoir pas de complice.

—J’ai fait mon coup de vogue sans nique de mèche (Argot des voleurs).

=NIQUE DE MÈCHE=: Refus d’un complice de partager le produit d’un vol.

—Nique de mèche, je ne fade pas le pognon (Argot des voleurs).

=NIORTE=: Viande (Argot des voleurs). =V.= Crigne.

=NOCE DE TAILLEUR=: (Faire une): Se promener le long des berges et faire des ronds dans l’eau avec des cailloux (Argot du peuple). N.

=NOIX= (En avoir): Avoir beaucoup de bijoux (Argot des voleurs).

=NONNE= (Faire): Faire la foule.

Rien de plus simple: les nonneurs (complices) se groupent autour de l’un d’eux, qui simule un mal subit, de préférence dans une rue barrée; les badauds s’amassent, le tireur peut à l’aise explorer les poches, et souvent la moisson est féconde.

Quand l’un d’eux est pris et qu’il se met à table, on dit qu’il mange sur ses nonneurs (complices) (Argot des voleurs).

=NONNEURS=: Complices de voleurs, plus particulièrement des pick-pockets (Argot des voleurs).

=NORD=: Tête.

Dans le peuple, on dit souvent de quelqu’un qui devient fou:

—Il perd le nord (Argot du peuple).

=NOZIÈRES=: Qui? (Argot des voleurs). N.

=NOURISSEUR DE POUPARDS=: Complice qui prépare les vols à accomplir.

Un bon nourrisseur de poupards est très recherché par les voleurs (Argot des voleurs).

=NOUSAILLES=: Nous.

Nosigues est beaucoup plus usité (Argot des voleurs).

=NOUVELLE= (La): Le bagne.

Abréviation de Nouvelle Calédonie.

Autrefois, quand les bagnes étaient à Brest et à Toulon, on disait le grand pré.

—Il est sapé à faucher le grand pré à perpète (Argot des voleurs).

=NOYEUSE D’ÉTRONS=: Mère de famille qui va au lavoir public laver le linge de ses enfants.

Allusion aux déjections des bébés qui souillent les couches (Argot du peuple).

=NUAGE=: La tournure, que portent les femmes; ainsi nommé parce qu’il cache la lune (Argot du peuple). N.

O

=ŒIL À LA COQUE=: Recevoir sur l’œil un formidable coup de poing qui le poche et en fait un œil au beurre noir.

La violence du coup fait extravaser le sang et le lendemain, l’œil est couvert par une large tache noire.

On appelle alors le blessé: tape à l’œil (Argot du peuple).

=ŒIL EN COULISSE=: Regarder quelqu’un amoureusement, tendrement, avoir l’air de lui dire:

—Veux-tu?

Faire le genou à sa voisine sous la table, est aussi significatif et beaucoup moins visible, surtout si le mari est là (Argot du peuple).

=ŒIL QUI DIT MERDE À L’AUTRE=: Deux yeux qui ne vivent pas en bonne intelligence, qui se regardent en chiens de faïence (Argot du peuple). =V.= Guigne à gauche.

=ŒIL= (Faire de l’): Les filles font de l’œil aux passants qu’elles veulent raccrocher:

Ses deux beaux chasses vous rembroquaient Puis à la piaule tous les gonces rappliquaient,

dit la chanson du marlou (Argot des filles).

=ŒIL= (Faire l’): Avoir à crédit chez les fournisseurs.

Dans le peuple, quand on oublie de payer, le fournisseur refuse crédit; alors on dit que l’œil est crevé (Argot du peuple).

=OGRESSE=: La procureuse ou la proxénète, bouquetière ou marchande à la toilette; elle donne cent sous aux filles quand elle touche vingt francs, elle leur vend mille francs ce qui vaut cent francs.

Mot à mot: l’ogresse les mange toutes crues (Argot des filles).

=OGRESSE=: Femme friande de chair fraîche appartenant à son sexe (Argot des filles). =V.= Accouplées.

=OIGNON (L’)=: Il s’appelle aussi trou de balle (Argot des souteneurs). =V.= Figne. N.

=OIGNON=: Montre énorme. Argot du peuple qui dit: ognon.

—Ton ognon marque-t-il l’heure et le linge? (Argot du peuple).

=OISEAU=: Hélas! quand il est envolé c’est pour longtemps et les regrets si amers qu’ils soient sont superflus.

Heureux encore s’il ne laisse pas un petit dans la cage.

—Elle a perdu son oiseau (Argot du peuple). N.

=OLIVIER DE SAVETIER=: Navet.

Comme ils sont économes pour la plupart, ils se servent de l’huile de navette qui se vend bon marché pour assaisonner leur salade.

C’est exactement la même chose que pour les pommes de terre; on dit des oranges de limousins (Argot du peuple).

=OMNIBUS=: Femme à tous.

On dit aussi: wagons et omnibusardes.

Fréquemment, ces omnibus là donnent une correspondance pour l’hôpital du Midi (Argot du peuple).

=OMNIBUS À CONI=: Voiture qui emporte le guillotiné du lieu d’exécution au cimetière (Argot des voleurs).

=ONCLE=: Le guichetier qui garde la première porte d’entrée d’une prison.

Je ne vois pas trop pourquoi on l’appelle mon oncle car il n’a guère de tendresse pour les visiteurs, à moins que ce ne soit un à peu près. Quand on va au clou, mon oncle prend soin des objets déposés (Argot des prisons).

=ONGLES CROCHES= (Les avoir): Ce sont généralement les Normands qui ont cette spécialité, car on dit très souvent d’un grippe-sous que l’on pourrait le jeter au plafond qu’il ne retomberait pas.

Avoir les ongles croches est synonyme de poser zéro et de retenir tout (Argot du peuple).

=ORANGER DE SAVETIER=: Pied de sarriette, que les savetiers placent dans leur échoppe à côté d’eux (Argot du peuple).

=ORDINAIRE=: La soupe et le bœuf que les ouvriers mangent le matin.

Comme presque toute l’année c’est la nourriture ordinaire, de là, le nom (Argot du peuple).

=ORDINAIRE=: Homme habitué à venir à heure et à jour fixe chez une fille.

C’est un protecteur intermittent (Argot des filles).

=ORGUE=: Homme.

Mon orgue, moi.

Ton orgue, toi.

Son orgue, lui.

Leur orgue, eux.

(Argot des voleurs).

=ORGUE= (Jouer de l’): Ronfler.

Il ronfle comme un tuyau d’orgue.

Il ronfle comme une toupie d’Allemagne.

Allusion au ronflement sonore que fait la toupie en tournant sur elle-même (Argot du peuple).

=ORNICHON=: Oie, volaille.

Les voleurs qui ont la spécialité de dévaliser les poulaillers dans les campagnes se nomment des nettoyeurs d’ornichons (Argot des voleurs). =V.= Angluce.

=ORNIE DE BALLE=: Dindon (Argot des voleurs).

=ORPHELIN DE MURAILLE=: Les étrons qui s’alignent le long des murs isolés.

Pourquoi orphelins?

Ils sont parfois en nombreuse société et beaucoup ne peuvent être pris pour des vagabonds étant munis de papiers (Argot du peuple).

=ORPHELIN=: Bout de cigare ou de cigare que le fumeur abandonne dédaigneusement.

Ils sont aussitôt recueillis par le ramasseur de mégots qui leur fait un sort (Argot du peuple).

=ORPHELIN=: Verre de vin à moitié bu que le buveur abandonne sur le comptoir du mastroquet.

Quand un consommateur boit seul sans trinquer, il étouffe un orphelin.

Dans les bars, il ne manque pas de Saint-Vincent-de-Paul pour les recueillir (Argot du peuple).

=OSEILLE=: La faire à l’oseille.

Jouer un tour désagréable à quelqu’un. A. D.

Il attribue ce mot à un cabotin habitué d’une petite gargote de la rue de Malte où mangeaient les artistes des théâtres du boulevard et du Temple.

Selon lui, ce mot date de 1861 environ.

Comme cette locution: la faire à l’oseille est très répandue, il est bon de rétablir son origine.

Le petit père Vinet, mort il y a deux ans dans un taudis de la rue de Tourtille, à Belleville, était vers 1840 un chansonnier en vogue.

Il avait été sauvage au Caveau des Aveugles, au Palais-Royal, avant le père Blondelet; il mangeait dans la gargote citée par Delvau.

La gargote était non rue de Malte, mais rue de la Tour. Un après-déjeuner, il composa une chanson intitulée: Vous me la faites à l’oseille. Bouvard, l’homme à la vessie la chantait encore en 1848, place de la Bastille.

Voici un couplet de cette chanson:

Comme papa j’suis resté garçon Pour bonne j’ai pris Gervaise. Elle est maîtresse à la maison Je la trouve mauvaise De la cave au grenier La danse du panier Que c’est une merveille. Elle mange à son goût Mes meilleurs ragoûts, Vous me la faites à l’oseille.

Comme on le voit, il y a plus de cinquante ans que l’on connaît cette expression (Argot du peuple). N.

=OS=: Argent, or ou monnaie.

—J’ai de l’os à moelle dans ma poche (plusieurs pièces de cent sous) (Argot du peuple).

=OSEILLE=: Argent (Argot du peuple). =V.= Aubert.

=OSEILLE= (La faire à l’): Réussir un bon vol qui a été bien nourri.

Sûrement c’est la faire à l’oseille à celui qui a été dévalisé.

Les voleurs sont quelquefois facétieux (Argot des voleurs).

=OSSELETS=: Les cinq doigts.

Les gamins jouent un jeu qui se nomme osselet avec des os de pied de mouton (Argot du peuple). =V.= Apôtres.

=OURLER LE BEC=: Besogne terminée.

Quand un ouvrier graveur met sa signature au bas de sa planche ou de son bois, le bec est ourlé (Argot d’atelier).

=OURS=: Homme sombre, triste.

Dans les ateliers, on dit d’un ouvrier qui fuit ses camarades: c’est un ours.

En réalité, ours mal léché est synonyme de mufle (Argot du peuple).

=OURS=: Mauvais livre qui reste pour compte à l’éditeur.

Mauvais manuscrit de pièce qui dort dans les cartons du directeur.

En un mot, tout ce qui ne vaut rien, qui est raté, est un ours (Argot du peuple).

=OURS= (En poser un): Quitter sa casse pour raser un copain; la séance se prolongeant, les camarades crient:

—Mince d’ours (Argot d’imprimerie).

=OURSER=: Il est très difficile d’expliquer le sens brutal de ce mot autrement que comme ceci:

Mari qui remplit ses devoirs conjugaux comme un ours (Argot du peuple). N.

=OUTIL=: Vieille femme.

Objet de rebut qui ne peut servir à aucun usage.

Terme de mépris fréquemment employé:

—Sale outil (Argot du peuple).

=OUTIL DE BESOIN=: Femme ou fille.

Elles ne deviennent outil que par l’habitude de la cohabitation.

Un souteneur qui n’a pas de poigne pour défendre sa marmite est également un outil de besoin... jusqu’à temps qu’elle en trouve un autre (Argot du peuple).

=OUVRIR SA SOUPAPE=: Péter bruyamment.

Allusion à la soupape de la chaudière qui se soulève pour laisser échapper la vapeur quand la pression est trop haute.

On crie à celui qui s’oublie aussi fort:

—Ferme ta soupape, ça pue (Argot du peuple). N.

=OUVRIR SA TABATIÈRE=: Péter.

Par allusion à l’odeur, on dit: Quelle rude prise! On en prend plus avec son nez qu’avec une pelle (Argot du peuple). N.

P

=PAF=: Cette expression désigne l’objet qui distingue l’homme de la femme.

Ce sont les voyous qui ont inventé le mot.

Quand un tenancier d’une maison de tolérance se retire des affaires et qu’il se fait construire une maison à la campagne, s’il éprouve, par vanité, le besoin de mettre au fronton de sa maison un écusson, il peut y ajouter cette devise qui explique le mot paf:

Pene erexit domum (Argot du peuple). N.

=PAF= (Être): Être gris.

—Je me suis paffé hier soir que c’en est dégoûtant.

—Paf, ça y est.

Chose accomplie. Synonyme de: J’en ai mon pied (Argot du peuple).

=PAFFS=: Souliers.

C’est à peu près le meilleur mot d’argot pour désigner le bruit que fait le marcheur ou frappant le sol du pied.

C’est une image: paff! paff! (Argot du peuple).

=PAGNE=: Lit.

Allusion au pagne qui entoure la taille des sauvages; les draps cachent également la nudité de l’homme et de la femme (Argot du peuple). N.

=PAGNE=: Provision.

On n’les but’plus, car c’est un mauvais flanche, Y en a toujours qui sont paumés marrons, Mais sans r’niffler, pour eux on fait la manche, On leur envoie le pagne au violon.

(Argot des voleurs).

=PAGNOTER= (Se): Se coucher.

Malgré le double emploi, on dit dans le peuple:

—Je vais me pagnoter dans mon pieu avec mes dardants (Argot du peuple).

=PAILLASSE=: Femme.

Un homme se promène, sa femme au bras; il est rencontré par un ami:

—Tiens, tu déménages, Charlot?

—Pourquoi donc?

—Puisque t’as ta paillasse sous le bras (Argot du peuple). =V.= Boulet.

=PAILLASSE À SOLDAT=: Femme sur laquelle tout un régiment couche.

Mot à mot: qui sert de paillasse (Argot du peuple). N.

=PAILLASSE=: Pitre qui fait le boniment devant les baraques de saltimbanques.

Paillasses: les hommes politiques qui servent tous les gouvernements, pourvu qu’ils paient.

Paillass’, mon ami, N’saut’ pas à demi. Saute pour tout le monde.

(Argot du peuple).

=PAILLE= (C’est une): Signe d’étonnement qui veut dire beaucoup, trop gros fardeau à porter:

C’est une paille que de porter ça là bas (Argot du peuple). N.

=PAILLE AU CUL= (Avoir la): Être mis à la réforme. L. L.

S’en aller la paille au cul, c’est quitter le régiment en ayant encore de la salle de police ou de la prison à faire.

Allusion à la paille sur laquelle couchent les prisonniers (Argot des troupiers). N.

=PALABRE=: Discours ennuyeux, prudhommesque. A. D.

Palabra, en langue espagnole, signifie parole, il est vrai, mais ce n’est pas le sens dans le langage populaire.

Palabre trembleuse: figure de bourgeois qui tremble à propos de rien, qui a peur de son ombre, qui se cache au moindre bruit.

Palabre signifie figure:

—Le biffard a tellement la frousse que sa palabre défargue (Argot du peuple). N.

=PALAIS=: Pièce de cinq francs.

Allusion à la forme plate du palais qui sert pour jouer au tonneau (Argot du peuple). =V.= Tune.

=PALLAS=: Discours.

—Tu ne vas pas bientôt nous lâcher le coude avec ton pallas à dormir debout.

—Viens-tu entendre le bénisseur, il va pallasser sur la tombe de son ami (Argot des voleurs).

=PALLASSEUR=: Individu qui parle d’abondance, longuement, sur tout ce qu’il ne sait pas.

—Gare aux inondations! le pallasseur a ouvert son robinet (Argot du peuple).

=PALPEUR=: Juge d’instruction.

Il palpe en effet les prisonniers pour les faire avouer.

Cette expression est plus jolie que l’ancienne: curieux (Argot des voleurs). N.

=PALPITANT=: Le cœur (Argot des voleurs). =V.= Grand ressort. N.

=PAMPINE=: Sœur de charité (Argot des voleurs).

=PANAMISTE=: Cette expression date de 1892.

Ce sont les dénonciations faites par M. Andrieux contre les 104 députés qui auraient touché des chèques à la caisse du Panama qui ont donné naissance à ce mot (Argot du peuple). N.

=PANADE=: Soupe de pain qui mijote lentement sur un feu doux.

Dans le peuple, être dans la panade, c’est être dans la misère.

Allusion à ce que la panade est généralement faite avec des croûtes de pain (Argot du peuple). N.

=PANAIS=: Pan de chemise.

Être en panais, être en chemise.

Dans le peuple, panais est employé comme négation.

—Veux-tu me prêter cent sous?

—Des panais, tu te fouterais de ma fiole (Argot du peuple). N.

=PANIER=: Lit.

—Mon petit homme, veux-tu venir avec moi faire une séance de panier, tu verras comme je suis aimable (Argot des filles).

=PANIER À SALADE=: Voiture cellulaire pour conduire les prisonniers des postes de police au Dépôt de la préfecture, ainsi nommée parce qu’autrefois cette voiture était à claire-voie (Argot des voleurs).

=PANIER À DEUX ANSES=: Avoir une femme à chaque bras (Argot du peuple).

=PANIER PERCÉ=: Homme qui n’a rien à lui.

Allusion au panier sans fond que jamais on ne peut emplir (Argot du peuple).

=PANSU=: Terme de mépris employé par le peuple pour qualifier un bourgeois qui fait un dieu de son ventre et qui a une panse arrondie.

Pansu: égoïste qui ne songe qu’à lui (Argot du peuple). N.

=PANTIN=: Paris.

Quand on a bien billanché pour son compte, On défourage et renquille à PANTIN. L’long du trimard, bequillant son décompte, De gueule en gueule on pique un gai refrain.

Pantin: Argot du peuple.

Pantruche: Argot des voleurs.

=PANTE=: Imbécile qui se laisse facilement duper.

Inutile, je pense, de dire que pante vient de pantin: gens de Paris (Argot des voleurs).

=PANTRE ARGOTÉ=: Imbécile de la pire espèce, plus bête que ses pieds; être facile à tromper (Argot des voleurs).

=PANTRE ARNAU=: Mot à mot: individu qui renaude, qui marronne en s’apercevant qu’il vient d’être victime d’un vol (Argot des voleurs).

=PANUCHE=: Femme élégamment mise. L. L.

Panuche est la maîtresse d’une maison de tolérance (Argot des souteneurs). =V.= Maman-maca.

=PAPILLON=: Blanchisseur de campagne (Argot des voleurs).

=PAPILLON=: Vol à la marque.

Il se pratique dans les voitures de blanchisseuses qui viennent de la campagne et confient leurs voitures à la garde d’un enfant (Argot des voleurs).

=PAQUET=: Homme ou femme gros, court sur pattes, sans élégance, ressemblant à un paquet de chair (Argot du peuple).

=PARANGONNER=: Arranger au moyen d’interlignes des caractères de différents corps (Argot d’imprimerie).

=PARAPHE= (En détacher un): Donner un soufflet à quelqu’un.

On dit aussi:

—Je vais te poser un cachet.

Détacher un paraphe est rarement employé, c’est trop long; bègne vaut mieux (Argot du peuple).

=PARC AUX HUÎTRES=: Mouchoir.

L’allusion n’est pas tout ce qu’il y a de plus distingué, mais l’image est juste (Argot du peuple). N.

=PARFAIT AMOUR DE CHIFFONNIER=: Eau-de-vie vendue dans les assommoirs (Argot du peuple).

=PARFUMEUR=: Avocat.

Mot à mot: il couvre son client de fleurs (Argot du peuple). =V.= Blanchisseur.

=PARISIEN À GROS BEC=: Quand, dans les ateliers, un provincial fait de l’embarras, qu’il prend des airs casseurs, qu’il fait le crâne et dit: nous autres Parisiens, parce qu’il habite la capitale depuis six mois, on lui répond:

—Tu n’es qu’un Parisien à gros bec (Argot du peuple). N.

=PARLOIR DES SINGES=: Parloir des prisons.

Allusion aux trois grilles entre lesquelles sont enfermés les visiteurs et les prisonniers (Argot des voleurs).

=PAROUFLE=: La paroisse.

C’est un sale parouflard; pour sale paroissien (Argot des voleurs). N.

=PARRAIN=: Avocat.

Il sert en effet de parrain à l’accusé, il le tient sur les fonds baptismaux eu cour d’assises (Argot des voleurs). N.

=PASCAILLER=: Passer.

—Le gonce a pascaillé avant toi au carré des petites gerbes, il est enflaqué pour dix berges.

Pascailler veut dire également prendre le tour ou la place de quelqu’un.

—J’ai pascaillé la Môme Livarot au Rouquin (Argot des voleurs). N.

=PAS CUIT=: Un courtier demande à un libraire un livre ou une revue; s’ils ne sont pas parus, on lui répond laconiquement: pas cuit.

Mot à mot: ils sont encore au four (en confection) (Argot des libraires). N.

=PAS SI CHER=: Silence, parlez plus bas, on nous écoute.

Expression employée dans les prisons pour signaler l’arrivée d’un gardien qui punirait les causeurs.

Synonyme de: il pleut, employé dans les imprimeries quand le prote ou le patron entre à l’atelier (Argot des voleurs).

=PAS MÈCHE=: Impossible de réussir.

Mèche pour moyen.

—J’ai beau la chauffer, pas mèche d’y arriver (Argot du peuple).

=PASSE= (Être gerbé à la): Mauvaise affaire pour celui qui est dans ce cas-là.

Être gerbé à la passe, c’est être condamné à mort.

La passe, c’est la guillotine (Argot des voleurs).

=PASSE= (Faire une): Fille qui raccroche sur la voie publique et conduit ses clients de hasard au premier hôtel venu.

Elle ne fait que passer.

Faire une passe vient aussi de faire un passant (Argot des filles).

=PASSE-BOURGEOISE=: Femme mariée, habituée des maisons de rendez-vous et qui, par ses passes, aide à faire bouillir la marmite (Argot du peuple).

=PASSER À LA PIPE=: Quand un individu est arrêté et conduit dans un poste, les agents le battent.

On le passe à la pipe.

Mot à mot: il est fumé.

Synonyme de passer à tabac (Argot du peuple).

=PASSER DE BELLE= (Se): Né pas recevoir sa part d’un vol ou d’une affaire.

Il s’en passe de belles: homme qui vit, joyeusement.

Mot à mot: qui passe de belles journées.

Il s’en passe de belles pour exprimer que dans tel endroit il se passe de vilaines choses.

Il en fait de belles: commettre de mauvaises actions.

—Il en fait de belles ton vilain sujet, il crèvera sur l’échafaud (Argot du peuple et des voleurs). N.

=PASSER DEVANT LE FOUR DU BOULANGER=: Voilà une expression qui n’est pas banale et qui est très usitée.

Quand un gamin ou une gamine sont trop précoces, qu’ils ont l’esprit plus éveillé qu’il ne faudrait, on emploie ce mot.

Mais il est plus typique dans ce sens.

Quand une toute jeune fille a avalé son pépin et qu’elle pose quand même pour la vertu, on lui dit:

—Ne fais donc pas tant ta gueule, tu as passé devant le four du boulanger.

Mot à mot, elle a vu enfourner (Argot du peuple). N.

=PASSER LE GOÛT DU PAIN=: Étrangler un individu, lui faire passer le goût du pain (Argot du peuple).

=PASSER DEVANT LA GLACE=: Payer.

Allusion à la glace qui est toujours derrière le comptoir, chez le marchand de vin (Argot du peuple).

=PASSER L’ARME À GAUCHE=: Mourir (Argot du peuple).

=PASSER L’ÉPONGE=: Oublier, pardonner.

Mot à mot: laver le passé (Argot du peuple).

=PASSER À TABAC=: Cette expression est toute récente.

Quand un individu est arrêté et conduit dans un poste de police, il est souvent frappé par la police, de là: passer à tabac (Argot du peuple).

=PASSÉ-SINGE=: Roué. A. D.

Singe ne doit pas ici être pris dans le sens de patron; singe est l’animal de ce nom.

Passé-singe, passé maître dans l’art de faire des grimaces et de se contorsionner.

Synonyme de souplesse et d’agilité.

—Il est donc passé-singe qu’il a pu cromper la tante malgré l’oncle et les barbauttiers (Argot des voleurs). N.

=PASSE VANTERNE=: Échelle.

Mot à mot: passer par la fenêtre (Argot des voleurs).

PASSIFS: Souliers.

Il en est peu, en effet, qui résistent au mauvais temps, surtout depuis l’invention des semelles en cuir factice (Argot du peuple).

=PASSIF=: Homme pour homme, celui qui subit.

Habitué des latrines de la berge du Pont-Neuf, des bains de la rue de Penthièvre ou des pissotières des Champs-Élysées.

Dans le peuple on dit:

—Il va ramasser des marrons dans l’allée des Veuves.

L’allusion est claire (Argot du peuple).

=PATAPOUF=: Homme gros et court sur jambes, qui peut à peine souffler en marchant.

Dans le peuple on dit:

—Ce patapouf souffle comme un phoque (Argot du peuple).

=PATELIN=: Pays.

Corruption du vieux mot pasquelin, qui signifiait la même chose (Argot du peuple).

=PATINER= (Se): Se sauver.

—Je me patine parce que je suis en retard.

Allusion aux patineurs qui avancent rapidement.

Patiner veut aussi dire se dépêcher de terminer une besogne.

—Je me patine de finir ma pièce, autrement samedi pas de galette.

Patiner du chiffon rouge, se patiner de la langue: parler vite (Argot du peuple). N.

=PATOUILLER=: Manier.

—Vous n’avez pas bientôt fini de me patouiller avec vos sales pattes?

On patouille dans un coffre-fort.

On dit également patrifouiller.

—Ce cochon de quart d’œil a passé deux heures à patrifouiller dans mes frusques pour trouver de quoi me faire sapé, mais il est grinchi. C’était au moulin.

Patrifouiller est le superlatif de fouiller (Argot des voleurs). N.

=PATRICOTAGE=: Les danseurs patricotent des jambes.

On dit aussi:

—Il a patricoté dans la caisse.

Patricoter est ici pour tricoter (Argot du peuple). N.

=PAUMER=: Perdre.

—Tu fais une drôle de gueule.

—J’avais deux sigues d’affaire et j’en paume quatre, y a de quoi.

—Fallait pas jouer (Argot des voleurs). N.

=PAUMÉ=: Être pris, empoigné.

Les agents arrêtent un voleur en lui mettant généralement la paume de la main sur l’épaule.

L’allusion est claire.

Être empaumé: être fourré en prison (Argot des voleurs).

=PAUMÉ MARRON=: Paumé, pris, marron, l’être.

Je suis marron signifie être refait.

Un gogo est marron dans une affaire qui rate.

—On m’a pris ma place, je suis marron.

Synonyme de rester en panne (Argot des voleurs). N.

=PAVE= (On): Rue dans laquelle on ne peut passer à cause d’un créancier (Argot du peuple).

=PAYER UN HOMME= (Se): Moyen que possèdent toutes les femmes sans débourser d’argent.

Cette expression est généralement employée par les femmes à caprices.

—Elle se paye autant d’hommes qu’elle change de chemises (Argot des filles). N.

=PEAU COURTE= (Avoir la): Accident qui arrive à ceux qui mangent trop de haricots.

Mot à mot: péter (Argot du peuple).

=PEAU DE LAPIN=: Nom donné aux ouvrières cartonnières:

—Jamais mes peaux de lapins ne turbinent le lundi (Argot du peuple). N.

=PÉDÉRASTE=: Ce mot est trop connu pour avoir besoin de l’expliquer autrement que par ceci: homme qui commet volontairement des erreurs de grammaire et met au masculin ce qui devrait être au féminin (Argot du peuple).

=PÉGOCE=: Pou.

On dit aussi gau.

Abasourdir des gaux: tuer les poux qui morganent sur son cuir (Argot des voleurs).

=PÈGRES=: Voleurs.

Les pègres forment deux catégories: la haute et la basse pègre (Argot des voleurs).

=PÉGRIOT=: Petit voleur.

Diminutif de pègre.

Le pégriot est d’une très grande utilité pour les ratiboiseurs de boutanches, qui pratiquent le vol au radin (Argot des voleurs).

=PEIGNER UN DIABLE QUI N’A PAS DE CHEVEUX=: Réponse d’un débiteur malheureux à un créancier obstiné (Argot du peuple).

=PEIGNE-CUL=: Homme vil, bas, flatteur.

Mot à mot: homme de rien.

Terme de profond mépris, en usage dans les ateliers, pour qualifier un ouvrier qui donne toujours raison au patron (Argot du peuple).

=PÉLAGO=: La prison de Sainte-Pélagie.

Cette expression est une défiguration du mot Pélagie par l’emploi du suffixe go.

Ce fait se produit souvent en argot (Argot des voleurs).

=PÉLO=: Sou.

—Je suis dans une dèche carabinée, depuis une semaine je n’ai pas louché un pélo (Argot du peuple).

=PELOTER LE CARME=: On sait que les changeurs, pour attirer les regards, placent dans leurs vitrines des sébiles remplies d’or; les pauvres diables s’arrêtent à contempler ces richesses comme le savoyard mange son pain à l’odeur des cuisines du Café Anglais.

Ils pelotent le carme... moralement (Argot du peuple).

=PELURE=: Paletot ou veston.

—J’enquille ma pelure à manger le rôti (Argot du peuple).

=PENDARDS=: Seins qui pendent comme de vieilles vessies.

Cette expression est attribuée à Talleyrand.

Il assistait à la toilette d’une grande dame. Il regardait une femme de chambre lui lacer son corset; elle lui dit en minaudant:

—Vous regardez mes petits coquins?

—Vous pourriez dire vos grands pendards (Argot du peuple).

=PENDU= (Se payer un): On sait que les brocanteurs pendent à leur étalage les vêtements qu’ils ont à vendre.

Ils passent les manches dans un bâton, ce qui donne l’aspect des bras.

Vu d’un peu loin, on jurerait un pendu.

Se payer un pendu, c’est acheter ce vêtement (Argot du peuple).

=PENDU GLACÉ=: Le candélabre en forme de potence qui supporte le bec de gaz.

Les voleurs n’aiment pas beaucoup ces pendus-là.

—J’ai été paumé pour avoir barbotté un pante, sans ce chameau de pendu glacé, je me cavalais à la frime du sergot (Argot des voleurs). N.

=PENDULARD=: Voleur de pendules.

Les Allemands, en 1870, nous ont donné un joli échantillon de leur savoir faire dans ce genre de vol.

Ce sont les bonjouriers qui pratiquent ce vol, principalement dans les loges de concierges (Argot des voleurs). N.

=PENDULE À PLUMES=: Le coq qui chante chaque matin à heures fixes.

On dit également réveil-matin.

C’en est un très économique qui n’a pas besoin d’être remonté et qui a l’avantage de pouvoir être mangé quand il a cessé de plaire (Argot du peuple).

=PÉNICHES=: Souliers, lorsqu’ils sont d’une dimension démesurée (Argot du peuple).

=PÉ-PÈTES=: Sous.

—Ça commence à être rudement rasant, pas un pé-pète à la clé (Argot du peuple).

=PÉPIN=: Avoir un pépin, aimer quelqu’un.

Se dit aussi à la poule qui se joue au billard. Quand un joueur a derrière lui un adversaire maladroit, il est protégé par un pépin, il est couvert.

Pépin, par le même motif, signifie parapluie (Argot du peuple). N.

=PERCHER=: Loger au hasard, tantôt ici, tantôt là.

Allusion à l’oiseau qui perche tantôt sur une branche tantôt sur une autre (Argot du peuple).

=PERDRE SES BAS=: Oublier.

—Tu perds donc tes bas, que tu manques au rendez-vous que tu m’as donné?

—Prêtez-moi mille francs.

—Vous perdez donc vos bas, mon vieux?

Ici le sens est ironique.

On dit aussi:

—Tu fais dans tes bas.

Pour: Tu te moques de moi (Argot du peuple).

=PÈRE PEINARD (En)=: Y aller doucement, sans se presser, sans se faire de bile.

Les agents arrivent en Père Peinard pour surprendre un voleur en flagrant délit (Argot du peuple). N.

=PERLOT=: Tabac—dérivé de semper. L. L.

Semper s’écrit Saint-Père dans toutes les prisons.

À la centrousse de Melun, on chante depuis des années:

Pour du tabac, disait un pègre, Et pour trois pouces de Saint-Père.

(Argot des voleurs).

=PERSIL=: Faire le persil, aller au persil: raccrocher.

On n’est pas fixé sur l’origine et la valeur de cette expression. Francisque Michel la fait venir de pesciller; Delvau dit qu’elle a pour motif que les filles raccrochent dans les terrains vagues où pousse le persil; le peuple, qui ne connaît ni l’un ni l’autre, applique cette expression aussi bien aux filles de la rue qu’à celles du boulevard, parce que la fille trotte dans la boue et qu’elle a les pieds sales; or, depuis plus de cinquante ans, on dit d’une fille qui a les pieds malpropres:

—Elle a du persil dans les pieds; de là: faire son persil (Argot des souteneurs).

=PERROQUET=: Absinthe.

Allusion à la couleur verte de la liqueur, qui ressemble à celle du perroquet (Argot du peuple). =V.= Poileuse.

=PERRUQUE=: Vieille perruque, vieux serin, homme qui n’est pas fin-de-siècle.

Perruque (En faire une): Vendre des matériaux qui appartiennent à autrui (Argot des entrepreneurs).

=PESCILLER D’ESBROUFFE=: Prendre d’autorité.

Le voleur à l’esbrouffe pescille de cette façon le portefeuille ou le porte-monnaie du bourgeois (Argot des voleurs). =V.= Vol à l’esbrouffe.

=PESSIGNER= ou =PESSIGUER=: Ouvrir.

—J’ai une carouble qui pessigne toutes les lourdes sans fric-frac (Argot des voleurs).

=PESTAILLES=: Agents de la sûreté ou sergents de ville.

Pour les voleurs, ce sont des pestes; ils ont ajouté la finale de railles, l’ancien mot, et n’en ont fait qu’un (Argot des voleurs). N.

=PET=: Signal convenu pour prévenir ses complices qu’il y a du danger.

—Pet, pet, v’là les pestailles.

On dit également:

—Au bastringue du Pou Volant, il y aura du pet ce soir (Argot des voleurs).

=PET À VINGT ONGLES=: Enfant nouveau-né (Argot du peuple).

PÉTARD: Sou.

C’est une corruption du mot patard, expression employée par François Villon.

En Suisse, il y a des siècles, patard était une monnaie divisionnaire; en terme de mépris, on disait: un patard de vache (Argot du peuple). N.

=PÉTARD=: Le derrière.

—Crois-tu qu’elle est bien en viande? Quel riche pétard! On en mangerait une tranche.

L’allusion se devine; souvent il tire des feux d’artifice (Argot du peuple). N.

=PÉTARDIER=, =PÉTARDIÈRE=: Faire du tapage, du bruit.

—Ah! tu sais, il ne faut pas l’emmener quand il a le nez sale, c’est un pétardier (Argot du peuple).

=PÉTASE=: Chapeau ridicule comme en portent les paysans les jours de fête.

Ce chapeau se transmet de père en fils, tant pis si la tête est plus ou moins forte.

Il en est qui datent du siècle dernier (Argot du peuple).

=PÉTASSE=: Vieille femme avachie qui perd ses vestiges en marchant.

Putain et soularde (Argot des souteneurs).

=PÈTE-SEC= (Monsieur): Individu qui ne rit jamais et paraît toujours en colère.

Surnom donné au régiment aux officiers dont la rigueur est proverbiale (Argot du peuple).

=PÉTER=: Se plaindre.

—Ah! mon vieil aminche, comme ta frime est toquarde, tu as les douilles savonnées, d’où que tu sors?

—De la boîte aux cailloux. À cause d’un mec qui a pété au moissonneur, j’ai passé à la planche à pain.

Péter, mot à mot: faire du pet, se plaindre à la justice (Argot des voleurs). N.

=PÉTER LA SOUS-VENTRIÈRE= (S’en faire): Terme ironique employé pour dire à quelqu’un qui vous fait une demande saugrenue:

—Tu t’en ferais péter la sous-ventrière.

Synonyme de: Tu n’en voudrais pas.

Avoir mangé à s’en faire péter la sous-ventrière (Argot du peuple). N.

=PÉTER PLUS HAUT QUE LE CUL=: Faire de l’embarras, de l’esbroufe, vouloir prouver que l’on est riche lorsque l’on n’a pas le sou.

Homme ou femme qui s’habille élégamment en se privant sur la nourriture:

—Ils veulent péter plus haut qu’ils n’ont le cul.

C’est le cas des filles de boutique et des commis de magasins.

Dans le peuple, par ironie, on les appelle:

Tout sur le dos, rien dans l’estomac (Argot du peuple). N.

=PÉTEUR=: Dénonciateur.

Comme pour dénoncer il faut parler, le mot péteur doit être pris dans le sens de péter du bec (Argot des voleurs).

=PETIT MONDE=: Lentille.

On dit aussi par allusion de forme et presque de couleur: punaise (Argot des voleurs).

=PÉTILLARDS=: Diamants.

Pétiller est dit pour briller. C’en est le superlatif.

—Les durailles de la gonzesse sont pétillants aux pendus glacés (Argot des voleurs). N.

=PETIT SALÉ=: Petit enfant.

—Tu ne vas pas faire taire ton salé; fous-y donc sa gamelle pour qu’il ne chialle plus (Argot du peuple).

=PETITE FILLE=: Demi-bouteille.

—Viens-tu boire une bouteille?

—Non, une petite-fille suffira (Argot du peuple).

=PÉTROLE=: Mauvaise eau-de-vie servie dans les assommoirs.

Elle brûle l’estomac (Argot du peuple). N.

=PÉTROUSQUIN=: La partie du corps sur laquelle on tombe le plus souvent. A. D.

Pétrousquin, paysan.

Malgré la croyance populaire, le paysan n’est pas aussi cul qu’il le paraît.

Ce n’est donc pas de là, que vient l’expression.

Pétrousquin, ne viendrait-il pas de Pétrus, avec une finale ajoutée (Argot du peuple).

=PETSOUILLE=: Cette expression est suffisamment claire.

Elle désigne un jardinier habitué à travailler la terre; elle est un terme de mépris lorsqu’elle est employée vis-à-vis d’un bourgeois (Argot du peuple).

=PÈRE LA TUILE= (Le): Dieu.

Il n’est pourtant jamais tombé sur personne.

Cette expression est en usage dans le monde des prisons.

—As-tu entendu le ratichon balancer sa jasante au Père la Tuile? (Argot des voleurs).

=PÈZE= ou =PÈSE=: Argent.

L’expression est due à Frédérick-Lemaître.

Il jouait avec Clarisse Miroy à la Porte-Saint-Martin sous la direction Harel. Ce dernier n’aimait pas payer; un soir qu’il était en retard avec les appointements du grand artiste, celui-ci ne voulut pas entrer en scène avant d’être réglé. Il envoya Clarisse à la caisse; elle en revint peu après avec un énorme sac de pièces de cent sous. Elle le tendit à Frédérick.

—Tiens, pèse?

Depuis ce temps, on dit dans le peuple:

—As-tu du pèse? (Argot du peuple).

=PHILÉMON-BAUCIS=: Quand deux bourgeois jouent aux dominos, et que l’un d’eux se débarrasse du double-six, il s’écrie en riant:

—Filez mon beau six (Argot des bourgeois).

=PIANO DU PAUVRE= (Le): Des haricots.

Allusion au bruit du lendemain (Argot du peuple).

=PIAU=: Cette expression est employée dans les ateliers de composition en réponse à une question indiscrète ou ridicule. Piau, c’est tout dire.

Quand on ne veut pas répondre, on se contente de dire:

—Il est derrière le poêle chez Cosson. C’est tout.

Si l’insistance est trop grande, on dit:

—Va donc chier dans le cassetin aux apostrophes.

Cette dernière expression est également employée quand un camarade devient riche:

—Il a chié dans le cassetin aux apostrophes.

En ce cas, elle ne sert pas souvent, car nos camarades, les typos, nous ressemblent, le travail ne les enrichit guère (Argot d’imprimerie). N.

=PIAULE=: La maison.

—Y a pas, faut rappliquer à la piaule de la dabe, sans ça pas de boulottage à la clé.

Pourquoi piaule?

Delvau dit que c’est une allusion aux nombreux enfants qui piaillent dans la maison. Ne serait-ce pas plutôt à cause du pieu (lit) dont par déformation on a fait piaule?

C’est plus que probable (Argot du peuple).

=PICHENET=: Petit vin aigre que l’on boit à Argenteuil (Argot du peuple).

=PICOREUR=: Voleur de grands chemins.

Le picorage est le vol commis au hasard sur le passant qui est picoré, ou dans les fermes isolées.

Le voleur picore comme la poule, dans les armoires; il y trouve plus de butin que sur le fumier (Argot des voleurs).

=PIED DE BICHE=: Pince (Argot des voleurs). =V.= Monseigneur.

=PIEDS FUNICULÉS= (Avoir les): Refuser de marcher.

Allusion au funiculaire de Belleville qui marche quand il veut (Argot du peuple). N.

=PIERRE À AFFÛTER=: Le pain.

En le coupant, cela n’affûte pourtant pas le couteau, mais c’est une allusion au va et vient du couteau sur la pierre à repasser, quand le rémouleur lui donne le fil, ou quand le boucher l’aiguise sur son fusil (Argot du peuple).

=PIERREUSE=: Fille publique qui bat son quart dans les terrains vagues, où il se trouve plus de cailloux que d’herbe (Argot des souteneurs).

PIEU: Le lit.

Se fourrer au pieu.

Se coller dans le pieu.

Allusion à ce que l’on s’y enfonce comme le pieu s’enfonce dans la terre (Argot du peuple).

=PIÈCE DE DIX SOUS=: Monnaie affectionnée par les pédérastes.

Ils la préfèrent particulièrement quand elle est neuve (Argot du peuple). N.

=PIGE=: Année.

Synonyme de berge (Argot des voleurs).

=PIGE=: Expression employée dans les imprimeries pour constater quel est celui des compositeurs qui lève le plus de lignes à l’heure (Argot des imprimeurs).

=PIGE=: Employé par les enfants quand ils jouent aux billes; à l’aide d’une paille ou d’un petit morceau de bois, ils mesurent la distance de la bille la plus près du but pour trancher le différend (Argot du peuple).

=PIGEON=: Homme facile à plumer.

Patiner un pigeon, c’est plumer un individu qui a un béguin pour une fille.

—Je tiens mon pigeon, il laissera sa dernière plume dans mon alcove (Argot des filles).

=PIGNOCHER=: Terme employé dans les ateliers de peintres pour désigner un artiste qui peint à petits coups de pinceau.

Il pignoche sa toile.

Meissonier était le roi des pignocheurs (Argot des artistes).

PIGNOUF: Un miché qui pose un lapin à une fille est un pignouf (Argot des filles).

=PILE= (En recevoir une): Être battu à plate couture (Argot du peuple).

=PILE= (Une): Cent francs (Argot des voleurs).

=PILER DU POIVRE=: Individu qui a des chaussures neuves qui lui font mal; il marche sur la pointe des pieds.

Il pile du poivre.

On dit également:

—Il est dans la prison de Saint-Crépin.

Quand une personne est absente et que l’on médit d’elle, on pile du poivre sur son compte.

On connaît cette anecdote de Tortoni:

Il y avait une vingtaine de journalistes réunis. Chaque fois que l’un s’en allait, aussitôt il était arrangé de belle façon, et ainsi de suite jusqu’au dernier.

Celui-là, en partant, se dit: au moins on ne pilera pas de poivre sur mon compte; je reste seul.

Le garçon l’accompagna et dit en fermant la porte:—Quel crétin que ce coco-là, il se croit l’égal de Victor Hugo et il est plus bête que trente-six cochons.

Le garçon pilait du poivre.

Faire piler du poivre à quelqu’un: lui casser la tête sur le pavé (Argot du peuple). N.

=PILIER DE CABARET=: Soulard qui ne quitte pas le mastroquet.

C’est, en effet, une des colonnes de la boutique.

Les ménagères emploient souvent cette expression quand leur mari rentre par trop imbibé (Argot du peuple).

=PILIER DE COUR D’ASSISES=: Récidiviste qui a subi plusieurs condamnations.

Cheval de retour (Argot du peuple).

=PINCEAU=: Balai.

—Quel riche coup de pinceau (Argot du peuple).

=PINCE-CUL=: Bal de bas étage où l’on pelote la marchandise avant de l’emmener bacher (Argot des souteneurs).

=PINCÉ=: Être pincé, être pris.

Être pincé: être amoureux.

—Je suis pincé pour Nana. Je n’en dors plus.

En pincer pour quelqu’un, c’est avoir un ardent désir (Argot du peuple). N.

=PINCER DE LA GUITARE=: Toutes les fenêtres des cellules des prisonniers sont garnies de barreaux de fer.

Ils pincent de la guitare avec les barreaux.

Allusion aux cordes de la guitare (Argot des voleurs).

=PINCE-LOQUES=: Aiguille.

L’aiguille, en effet, sert à repriser les loques, à les raccommoder. Elle rapproche les trous, elle les pince (Argot des voleurs).

=PINCER DES FRÉTILLANTES=: Danser.

L’image est jolie, les jambes frétillent.

Quand la Goulue pince des frétillantes dans un cavalier seul distingué, elle pince le pas du hareng saur en détresse (Argot du peuple).

=PINCETTES=: Jambes, quand elles sont minces.

—Tu fais sécher les bas sur des pincettes (Argot du peuple).

=PINGAUD= (Il est): Il est joli, bien élevé.

—Ah! Madame, le joli enfant que vous avez là.

—Fais voir à Madame que tu es pingaud; souhaite-lui le bonjour.

—Est-ce que je la connais, c’te vache-là.

—Oh! c’est y Dieu possible, un enfant que j’ai porté neuf mois dans mon sein...

—Fous-moi le cul dans ta hotte, tu me porteras trois mois de plus; ça fera un an (Argot du peuple).

=PINGRE=: Avare qui rapine sur tout.

Le roi des pingres était un nommé Crétin, un des plus riches propriétaires de Lyon; il déchirait les marges blanches des affiches apposées sur les murs, pour en faire des quittances pour toucher ses loyers.

Quand il pleuvait, il lâchait ses poules dans les champs; elles lui rapportaient à leurs pattes la terre du voisin! (Argot du peuple).

=PIOCHER=: Travailler dur et ferme.

—Je pioche mon examen.

Piocher est synonyme de fouiller.

Allusion à l’ouvrier qui fouille la terre en la piochant (Argot du peuple).

=PIONCER=: Dormir à poings fermés (Argot du peuple).

=PIPE= (Tête de): La tête.

Allusion à ce que la plupart de nos grands hommes ont eu l’honneur d’être moulés en terre de pipe et fumés par le peuple, culottés quelquefois.

Il existe une chanson sur ce sujet:

Ils dis’nt en le voyant picter Sa pipe enfin commence à s’culotter.

On dit d’un individu grotesque qu’il a une tête de pipe (Argot du peuple).

=PIPÉ=: Château.

Il est presque impossible de trouver le pourquoi des principales expressions employées par les voleurs pour désigner des choses spéciales, telles que bergerie, grange, ferme, etc., etc.

J’en ai questionné un certain nombre, tous m’ont répondu:

—Ça s’appelle comme ça, voilà tout (Argot des voleurs).

=PIQUE-PRUNE=: Ouvrier tailleur. Allusion à la marche de l’aiguille.

On dit aussi: Pique-puce et pique-poux.

C’est un terme de métier (Argot du peuple).

=PIQUER UNE ROMANCE=: Dormir.

Allusion au ronflement du dormeur qui est une sorte de chanson en faux-bourdon (Argot du peuple).

=PIQUER LE NEZ= (Se): Se payer une belle soulographie (Argot du peuple).

=PIQUER SON MOULIN=: Salade trop épicée.

Elle vous pique le moulin (la bouche) (Argot du peuple). N.

=PIQUER SON FARD=: Rougir en entendant un propos grossier (Argot du peuple).

=PIQUE-VERT=: Petite scie fabriquée avec un ressort de montre (Argot des voleurs).

=PIQUETTE=: Fourchette.

L’allusion est claire (Argot des voleurs). N.

=PISSER DE L’ŒIL=: Pleurer.

—Depuis que mon homme a foutu le camp, je pisse de l’œil comme une fontaine Wallace (Argot du peuple). N.

=PISSE-FROID=: Homme guindé, raide, froid, dont l’aspect vous glace.

Homme qui, en parlant, laisse tomber ses mots avec une lenteur monotone.

Se dit de tout homme à l’aspect peu sympathique (Argot du peuple).

=PISSER COMME LES POULES=: Aller au cabinet.

Pour qualifier un individu très niais, on dit:

—Il a une gueule à mener les poules pisser (Argot du peuple).

=PISSER DES LAMES DE RASOIR EN TRAVERS=: Celui qui est dans ce cas-là n’est pas heureux.

L’image est juste pour indiquer les douleurs cuisantes qu’éprouvent les pauvres diables qui ont reçu un coup de pied de Vénus.

Pour témoigner à une personne qu’elle vous impatiente, on lui dit: Vous me faites pisser des lames de rasoir en travers (Argot du peuple).

=PISSER UNE CÔTELETTE=: Accoucher.

On dit aussi:

—Elle pisse des os.

Pisser une côtelette est une allusion à la légende biblique d’Adam et Ève (Argot du peuple).

=PISSER À L’ANGLAISE=: S’en aller subrepticement sans payer son écot.

Pisser à l’anglaise: quitter un salon sans saluer les maîtres de la maison pour ne pas jeter le trouble dans la réunion... ou parce que l’on s’embête à quarante francs par tête (Argot du peuple).

=PISTOLE=: Pièce de dix francs dans l’argot des maquignons et des bouchers.

La pistole, dans les prisons, est une chambre à part où les détenus, par faveur et moyennant une redevance quotidienne, jouissent de quelques douceurs.

Sous la Révolution, pour être à la pistole, à la Conciergerie, les prisonniers payaient pour un lit 27 livres 12 sous le premier mois, et 22 livres 10 sous les mois suivants.

Sous la Terreur, les prisonniers payaient 15 livres par nuit. Chaque lit rapportait 22,000 livres par mois.

Alboize et A. Maquet qui me donnent ces chiffres dans leur Histoire des prisons de l’Europe, ajoutent que la Conciergerie était le premier hôtel garni de Paris.

Les détenus qui sont à la pistole s’appellent des pistoliers (Argot des voleurs).

=PITON=: Nez extraordinaire qui se rapproche de la trompe de l’éléphant.

—Monsieur, ôtez votre nez de là, dit Gavroche à un homme affligé d’un piton phénoménal, pour que je voie l’heure à Notre-Dame (Argot du peuple).

=PIVE=: Vin (Argot des voleurs). =V.= Pivois.

=PIVOIS=: Vin rouge.

Je ne vois guère qu’une raison à cette expression: c’est une allusion de couleur.

Pivois vient certainement de pivoine (Argot du peuple).

=PIVOIS DE BLANCHIMONT=: Vin blanc (Argot des voleurs).

=PLACARDE=: La place.

Non pas seulement comme le dit A. Delvau la place où se font les exécutions, mais bien n’importe laquelle.

La placarde du fourmillon: la place du marché (Argot des voleurs).

=PLACE D’ARMES=: La poitrine (Argot du peuple).

=PLAN DE COUILLÉ=: Faire de la prison pour un autre.

Faire de la prison sans avoir joui du produit de son vol.

Couillé est le diminutif de couillon.

Dialogue au Dépôt:

—Pourquoi que t’es ici?

—J’ai pas de piaule pour pagnoter.

—Je file la comète; j’ai été fabriqué par un sale sergot.

—Et ton nière?

—Mon orgue? J’étais méquard de la bande à Bibi.

—Alors tu vas aller au carré des petites gerbes.

—Veux-tu me désenflaquer et m’aider à casser la ficelle?

—Pour aller à la boîte aux cailloux, où y a pas mèche de faire chibis; où on ne boulotte que des bourres-coquins et où on ne lampe que du sirop de macchabée? y a pas de pet.

—Je te donne la paire de sigues, mais tu ne bonniras que peau.

—Tes sigues, c’est du carme à l’estorgue.

—Non, c’est du bath.

—C’est pas assez, car si les palpeurs me foutent deux berges de Centrousse, ça serait du plan de couillé.

Mot à mot: de la prison pour rien (Argot des voleurs).

=PLAN=: Le Mont-de-Piété.

Allusion à la planche sur laquelle on emmagasine les effets engagés (Argot du peuple).

=PLAN=: Prison.

—Je tire dix berges de plan.

Tomber en plan: se faire arrêter.

Être en plan: rester en gage pour un écot.

Laisser sa femme en plan c’est synonyme de la lâcher (Argot du peuple).

=PLANTEUSE DE BOIS=: Femme qui fait son mari cocu.

Mot à mot: elle lui plante du bois sur la tête (Argot du peuple). N.

=PLANCHE À PAIN=: Cour d’assises.

Se dit aussi d’une femme maigre (Argot des voleurs). N.

=PLANCHE À LAVEMENT=: Le confessionnal.

On y lave sa conscience; pour certains, il faudrait une rude lessive (Argot des voleurs).

=PLANQUE= (En faire une): Agent qui se planque pour surveiller des individus.

Être en planque, être filé.

Mot à mot: planque, attendre.

La chanson des mecs dit:

Jadis pour une fille, la plus chouette des catins Tous les mecs se mettaient en planque C’qui lui valait le flac dont casquaient les rupins Sans les grinchir ni d’truc ni d’banque.

(Argot des voleurs).

=PLANQUE À LARBIN=: Bureau de placement spécial pour les domestiques (Argot des voleurs). =V.= Suce-larbin.

=PLANQUER=: Cacher.

—Pour dépister la rousse, je vais me planquer un marqué chez un garnaffier de mes aminches (Argot des voleurs).

=PLANTER UN DRAPEAU=: Autrefois on disait faire un puff.

Les ouvriers et les petits employés ont l’habitude de manger à la semaine ou au mois chez leur restaurateur; fréquemment quand ils quittent leur place, ils ne payent pas le gargotier.

—Pourquoi ne passes-tu pas par-là?

—J’ai planté un drapeau.

Allusion au drapeau planté par les cantonniers sur la voie publique qu’ils réparent pour avertir qu’il ne faut pas passer là (Argot du peuple). N.

=PLÂTRE= (En avoir): Posséder beaucoup d’argent.

Allusion au propriétaire qui fait construire une maison: il a du plâtre (Argot du peuple).

=PLAT-CUL=: Tomber sur le côté pile.

Les typographes disent sur le côté de deux.

Allusion à l’envers de la page (Argot du peuple).

=PLATS À BARBE=: Oreilles démesurées, se détachant du visage.

—Faudrait un balai pour nettoyer tes plats à barbe (Argot du peuple).

=PLAT DU JOUR=: Femme nouvelle servie aux habitués des maisons de rendez-vous avant qu’elle ne serve au public (Argot des filles). N.

=PLAT DE CHAT=: Il ne s’agit pas de la gibelotte de gouttière servie chez les Borgias à vingt-trois sous (Argot des filles). =V.= Accouplées.

=PLAT-GUEUX=: Homme lâche (Argot du peuple). =V.= Plat-ventre.

=PLAT-VENTRE= (Se mettre à): Se dit de quelqu’un qui rampe devant un supérieur.

Se mettre à plat ventre, c’est le comble de l’humiliation et de l’abaissement (Argot du peuple).

=PLEIN COMME UN BOUDIN= (Être): Être repu de nourriture et de boisson.

Mot à mot: avoir mangé comme un cochon (Argot du peuple).

=PLOMB= (Avoir une carotte dans le): Puer de la bouche.

Plomb est une expression déjà ancienne.

Théophile Gautier faisant goûter à Alexandre Dumas père de la fine Champagne excessivement rare, celui-ci avala son petit verre d’un seul coup.

—Ah! dit Théophile Gautier, tu jettes ça dans le plomb (Argot du peuple). N.

=PLOMBÉ=: Ivre: l’homme ivre est lourd comme du plomb. L. L.

Plombé veut dire atteint d’une maladie qui a fait la fortune de Charles Albert.

—Elle m’a plombé jusqu’à la moelle (Argot du peuple). N.

=PLOMBES=: Heures.

—Voilà dix plombes qui se décrochent au tintamarre de l’antonne; le ratichon va grimper à son zinc pour débagouler sa jasante au père la Tuile.

Plombes, allusion au marteau qui tombe d’aplomb sur la cloche (Argot des voleurs).

=PLOMBER DE LA CARGUE=: Sentir mauvais de la bouche. Tuer les mouches au vol (Argot du peuple).

=PLUMARD=: Lit de plumes. C’est un simple changement de finale, comme pour épicemar et frimard (Argot du peuple).

=PLUMES=: Cheveux.

—Tu veux toujours paraître jeune, mais tu te déplumes.

—Tu as rudement, grandi; ta tête dépasse tes cheveux (Argot du peuple).

=PLUMES DE BEAUCE=: Bottes de paille.

On sait que les plaines de la Beauce sont fertiles en graminées; le blé, le seigle et l’avoine y sont cultivés avec soin.

Dans les prisons, où les détenus n’ont pour literie qu’une simple paillasse, ils disent, par ironie, qu’ils couchent sur de la plume de Beauce (Argot des prisons).

=PLUMER=: Dépouiller.

Allusion à l’oiseau que la cuisinière plume pour le faire rôtir.

Ruiner un individu, lui prendre jusqu’à sa dernière plume.

—Il faut à tout prix que vous sortiez de cette affaire, vous y laisseriez vos plumes (Argot du peuple).

=POCHETTES=: Les joues.

Comme les poches, elles se gonflent (Argot du peuple).

=POCHETÉE= (Avoir une):

Avoir une forte dose de bêtise.

—Il en a une rude pochetée.

Synonyme de gourde (Argot du peuple).

=POÊLE A MARRONS=: Homme grêlé.

Allusion à la poêle percée de trous (Argot du peuple). N.

=POGNON=: Argent, monnaie.

Allusion à l’argent mis à même la poche et que l’on prend à poignée.

Une poignée d’argent; de là, pognon (Argot des souteneurs).

=POIGNE= (Avoir de la): Raide, dur comme une barre de fer.

Diriger une affaire avec énergie, commander avec rudesse.

Cette expression date de l’Empire, qui inventa les préfets à poigne (Argot du peuple).

=POIL DE BRIQUE=: Femme ou homme à cheveux rouges, rouquin.

On dit dans le peuple, par allusion à la couleur:

—Trois jours de plus dans le ventre de sa mère, elle était rôtie (Argot du peuple). N.

=POIL= (En avoir quelque part): Homme courageux qui ne redoute rien.

Dans le peuple, on dit le mot carrément (Argot du peuple).

=POIL= (En recevoir un): Être fortement grondé.

On dit aussi recevoir un galop ou un gras.

Ce mot remplace suif (Argot du peuple).

=POILS= (Être à): Être dans un costume primitif, comme Geneviève de Brabant, avoir ses cheveux pour vêtement, ou, comme au bal des Quatr’z’Arts, avoir laissé sa chemise au vestiaire (Argot du peuple).

=POIL DANS LA MAIN= (En avoir un): Paresseux qui ne veut pas travailler, qui fête tous les jours la Sainte-Flemme.

—Il faudrait une rude paire de ciseaux pour lui couper le poil qu’il a dans la main (Argot du peuple).

=POILEUSE=: Absinthe.

Dans les assommoirs où l’on débite de l’absinthe commune à la mesure, on emploie cette expression.

Elle vient de ce que l’homme, abruti par cette boisson, ne peut plus travailler; il est poileux.

Mol à mot: il a un poil (Argot du peuple). N.

=POINCELETS=: Clés fabriquées d’une certaine manière.

Au lieu d’avoir un anneau à son extrémité comme les clés ordinaires, le poincelet se termine en pointe et peut servir à deux usages: à caroubler les portes ou à pratiquer une pesée pour faire sauter les gâches des serrures (Argot des voleurs).

=POINT DE COTÉ=: Créancier.

Maître-chanteur exploitant les hommes qui ont un certain vice.

Allusion à la gêne causée par le mal de ce nom. L. L.

Point de côté: tiers gêneur. Celui qui, par exemple, vous empêche, par sa présence, de lever une femme et de l’emmener après l’avoir levée. A. D.

Point de côté, mari gênant, ombrageux, jaloux, qui surveille sa femme comme Bartholo sa nièce:

—Je ne peux pas sortir, mon point de côté est à la maison, il ne me lâche pas d’une semelle (Argot du peuple). N.

=POIRE=: Tête.

On dit d’un homme naïf et simple:

—Il a une bonne poire, il est facile à acheter.

—Vous n’allez pas longtemps vous moquer de ma poire, je suppose?

Se payer la tête de quelqu’un est synonyme de se payer sa poire (Argot du peuple).

=POIROTER=: =V.= Faire le poireau.

=POISSE=: Voleur. A. D.

C’est absolument, tout le contraire; un poisse est un agent de la sûreté.

La poix du cordonnier s’attache aux mains en poissant le fil; l’agent s’attache au voleur, il le poisse.

Il le fait bon pour Poissy.

Nous sommes poissés: nous sommes pris (Argot des voleurs). N.

=POISSÉ SUR LE TAS=: Être pris en flagrant délit de vol.

Poissé de poisse, agent; tas, terrain (Argot des voleurs). N.

=POISSER DES PHILIPPES=: Poisser, voler; philippes, pièces de cinq francs.

Mot à mot: voler des pièces de cinq francs (Argot du peuple).

=POISSON SOUFFLEUR=: Rendre par les narines, comme le font certains fumeurs de cigarettes, ce qui est aspiré par la bouche.

Se prend dans deux sens (Argot du peuple).

=POITOU=: Non. A. D.

Poitou: Public. A. D.

Poitou: Nulle chose. L. L.

C’est assez difficile à accorder. Qui a raison des deux auteurs?

Moi, je crois que poitou veut dire silence, prenez garde, car ce mot est employé dans les prisons à l’arrivée d’un surveillant (Argot des voleurs). N.

=POIVRE ET SEL=: Cheveux qui commencent à grisonner.

L’allusion est claire (Argot du peuple).

=POIVRER=: Quand la cuisinière poivre trop ses mots, elle met le feu au palais des convives.

Quand une femme poivre un homme, le poivré maudit Christophe Colomb comme François I^er la belle Ferronnière (Argot du peuple).

=POIVRIER=: Voleur qui dévalise les ivrognes qui s’endorment sur les bancs ou sur l’herbe des fortifications.

Ce vol est connu sous le nom de vol au poivrier (Argot des voleurs).

=POIVROT=: Ivrogne qui se colle des bitures à tout casser.

Poivrot vient sûrement de ce que dans les assommoirs, on débite de l’eau-de-vie qui ressemble à une décoction de poivre long.

Il est saoûl, il est poivré, de là poivrot (Argot du peuple).

=POLOCHON=: Le traversin qui complète la fourniture du troupier à la caserne.

Quand on a bu un coup de trop, on a reçu un coup de polochon.

Allusion à la farce qui se fait dans les chambrées aux jeunes conscrits: on les étourdit à coups de polochon (Argot des troupiers).

=POMMADEUR=: Réparateur de vieux meubles à qui il donne l’apparence du neuf en les truquant avec de la cire et de la gomme laque (Argot du peuple).

=POMMADEUR=: Flatteur.

Passer de la pommade à quelqu’un, lui trouver toutes les qualités possibles.

Dire à un bossu, par exemple, qu’il est droit comme un cierge. On en a fait ce calembour: la louange comme le tonnerre fout droit (Argot du peuple). N.

=POMMADIN=: Individu infatué de lui-même, qui ne songe qu’à soigner sa tête.

Mot à mot: qui ressemble à une poupée de coiffeur (Argot du peuple).

=POMPER=: Boire comme un trou.

Dialogue devant le comptoir d’un marchand de vins:

—Voulez-vous, en buvant, ressembler à deux empereurs romains?

—Comment?

—Soyez César et pompez (Argot des bourgeois facétieux). N.

=POMPER=: Travailler ferme.

Quand le travail se ralentit, le metteur en pages dit:

—Allons, les amis, encore un petit coup de pompe (Argot des typographes).

=POMPEZ, SEIGNEUR, POUR LES BIENS DE LA TERRE ET LE REPOS DU PAUVRE MILITAIRE.=

Pomper signifie pleuvoir; alors le soldat coupe à la corvée ou à la revue (Argot des troupiers).

=POMPON= (Vieux): Se dit d’un vieux soldat:

Le soldat est comme son pompon Plus il devient vieux, plus il devient... melon.

(Argot des troupiers).

=POMPON= (En avoir un): Être abominablement gris.

Avoir la face rouge comme une pivoine.

Allusion à la couleur rouge du pompon des grenadiers (Argot du peuple).

=PONTES POUR L’AFF=: Ponte doit être pris dans le sens de bailleur de fonds assemblés pour lancer une affaire plus ou moins véreuse.

On sait que le ponte (joueur) est généralement peu scrupuleux (Argot des boursiers).

=PONANTE=: Fille publique.

On dit également ponette quand elle est jeune (Argot des voleurs). N.

=PONIFLE=: Raccrocheuse de bas étage.

Ponifle est le diminutif de ponifler, aimer (Argot des souteneurs).

=PORC-ÉPIC=: L’ostensoir.

Allusion aux rayons qui l’entourent (Argot des voleurs).

=PORTE-BONHEUR=: Le cabriolet que les agents passent aux poignets des prisonniers.

Allusion de forme (Argot des voleurs). N.

=PORTE-EFFETS=, =PORTE-TURBIN=: Porte-turbin est une expression heureuse; elle désigne à merveille les épaules du coltineur (Argot des voleurs). =V.= Bascules. N.

=PORTEFEUILLE=: Le lit.

—Je vais me fourrer dans mon portefeuille.

Allusion de forme (Argot du peuple).

=PORTER LE BÉGUIN=: Pâlir, perdre sa fraîcheur.

Celui des deux jeunes mariés qui est le moins robuste ou le plus gourmand, porte le béguin le premier (Argot du peuple).

=PORTER LES CULOTTES=: Virago qui traite son mari comme un petit garçon (Argot du peuple). =V.= Déculotté.

=PORTE-MORNIFLE=: Porte-monnaie (Argot des voleurs). =V.= Morlingue.

=PORTION=: Fille publique.

Allusion à l’heure de la soupe.

Quand le soldat a faim, il tombe sur la bidoche (Argot des troupiers).

=POSE TA CHIQUE ET FAIS LE MORT=: Reste tranquille et ne parle pas (Argot du peuple).

=POSER UN GLUAU=: Ce ne sont pas les oiseaux qui se prennent dans ce gluau-là, mais le plus souvent les pieds (Argot du peuple).

=POSTICHE=: Quand, dans un atelier de composition, un compagnon raconte une histoire à dormir debout, on lui crie:

—À Chaillot le posticheur.

Postiche: faire un boniment sur la voie publique pour amasser le trèpe (la foule).

Les saltimbanques qui font des tours de cartes ou jonglent avec des poids sur les places publiques, font une postiche.

Postiche: travail (Argots divers). N.

=POSTILLON=: Baver en parlant, c’est lancer des postillons (Argot du peuple).

=POSTILLON=: Boulette de mie de pain dans laquelle est un billet laconique.

Cette boulette est lancée dans la cour où se trouve le prisonnier que l’on veut prévenir qu’un de ses complices s’est mis à table.

La postillon est aussitôt ramassé, et ouvert; le billet est collé sur la muraille; quand les gardiens s’aperçoivent du coup, il est trop tard (Argot des voleurs).

=POSTILLON D’EAU CHAUDE=: Infirmier (Argot du peuple). =V.= Canonnier de la pièce humide.

=POT À COLLE=: Ouvrier menuisier (Argot du peuple).

=POT À TABAC=: Homme énormément gros et court, par analogie avec le cochon gras.

On dit aussi dans le peuple: bon à tuer (Argot du peuple).

=POT DE VIN=: Argent donné pour obtenir un privilège, un monopole, une adjudication en dehors des voies légales.

Un maître maçon donne un pot de vin à un architecte pour obtenir des travaux (Argot du peuple).

=POT DE VINARD=: Qui accepte le pot devin.

Nous en avons eu un triste exemple dans l’affaire du Panama (Argot du peuple).

=POTEAU=: Ami.

La figure en juste; un poteau soutient.

Poteau veut dire aussi complice (Argot des voleurs).

=POTEAUX=: Jambes énormes, comme disent les voyous: grosses du bas et énormes du haut (Argot du peuple).

=POUBELLE= (La): Boîte à ordures qui tire son nom du préfet de la Seine qui en a ordonné l’usage.

Avant, les ordures étaient jetées en tas dans la rue (Argot du peuple). N.

=POUFFIACE=: Fille publique avariée.

On dit aussi: chameau, chiasse, camelotte (Argot des souteneurs).

=POULE D’EAU=: Blanchisseuse.

Elle est bien nommée, puisqu’elle passe sa vie à l’eau (Argot du peuple).

=POULET DE CARÊME=: Hareng saur.

C’est un triste poulet qui pourtant fait le bonheur d’un tas de pauvres gens. Le hareng se nomme aussi un gendarme (Argot du peuple).

=POUSSAH=: Homme gros, ventripotent, qui a peine à traîner son corps difforme sur ses jambes courtes (Argot du peuple).

=POUSSE-MOULIN=: Eau.

Allusion à ce que l’eau sert de moteur pour faire tourner la roue du moulin (Argot du peuple).

=POUSSE-FAUTEUIL=: Valet (Argot du peuple).

=POUSSE-MOU=: Homme mou qui travaille avec mollesse, sans courage (Argot du peuple).

=POUSSER SA MOULURE=: Faire ses besoins.

Allusion à la moulure ronde qu’il faut pousser avec effort sous le fer du rabot (Argot du peuple).

=POUSSER À LA PEAU=: Femme de feu, amoureuse, chaude comme braise dont l’ensemble parle aux sens.

Elle pousse à la peau (Argot du peuple).

=POUSSIER=: Lit malpropre.

Poussier, chambre pauvre, en désordre.

—Comment peux-tu vivre dans un pareil poussier?

Synonyme de taudis (Argot du peuple).

=PRÉ AU DAB COURT TOUJOURS=: Prison de Mazas (Argot des voleurs).

=PRÉFECTANCE=: La Préfecture.

Quelques-uns écrivent: Préfectanche (Argot du peuple).

=PRENDRE LE COLLIER DE MISÈRE=: Aller travailler.

L’établi est bien un collier de misère, c’est même un collier de force, car l’ouvrier ne peut le lâcher, il subit ce carcan jusqu’à la tombe.

Ce qui fait dire quand l’un d’eux meurt:

—Il a quitté le collier de misère (Argot du peuple).

=PRENDRE LA VACHE PAR LES .....= (ce que porte le taureau entier): Prendre les choses au rebours, commencer quelque chose par la fin (Argot du peuple).

=PRENDRE UN PLAT=: =V.= Rouscailler.

=PRÊTER LOCHE=: Prête moi ton oreille.

Écoute bien ce que je vais te dire (Argot des voleurs).

=PRINCESSE=: Vivre pour rien. Vivre aux frais de la princesse (Argot du peuple).

=PROBLOQUE=: Propriétaire (Argot du peuple). N.

=PROCUREUSE=: Ancienne fille publique qui fait métier de procurer sur commande des jeunes filles aux vieux cochons.

Elle alimente les maisons clandestines.

Souvent, c’est une marchande à la toilette qui masque sa honteuse profession sous les apparences de son commerce (Argot du peuple).

=PRODUISANTE=: La terre.

L’allusion est juste: la terre produit (Argot des voleurs).

=PROFONDES=: Poches.

Elles sont, hélas! parfois si profondes; que l’on ne peut parvenir à y trouver le moindre maravédis (Argot du peuple).

=PROLO=: Abréviation de prolétaire.

Travailleur de n’importe quel métier qui n’a d’autres ressources que ses dix doigts pour vivre (Argot du peuple). N.

=PROPRIO=: Abréviation de propriétaire (Argot du peuple).

=PROUTER=: Marronner, ne pas être content (Argot du peuple). =V.= À cran.

=PROXÉNÈTE=: Ou maquerelle; c’est la même chose.

La proxénète est à l’affût de toutes les misères pour livrer les malheureuses à la prostitution.

Celle-là ne connaît pas la grève des mineures.

Elle revêt toutes les formes, depuis la grande dame qui a «eu des malheurs», qui tient une agence dramatique, jusqu’à l’ancienne cuisinière qui tient un bureau de placement (Argot du peuple).

=PRUNEAU=: Tabac en carotte qui se nomme grosse ou petite ficelle; il se chique. Comme le morceau, une fois mâché, est noir et juteux, on le nomme un pruneau (Argot du peuple).

=PRUSSIEN=: Le derrière.

—Je vais te fourrer un coup de pied dans le prussien (Argot du peuple).

=PUCE DE MEUNIER=: =V.= Pégoce.

=PUCE TRAVAILLEUSE=: C’est l’ancienne expression pour désigner les femmes pour femmes.

C’est dans les maisons de rendez-vous, où il y a des voyeurs (voyez ce mot), que ce travail s’accomplit, à la grande satisfaction des vieux érotomanes qui viennent là, chercher par les yeux un spectacle écœurant pour émoustiller ce qui leur reste de sens.

Les femmes qui opèrent dans ces maisons sont payées à la séance (Argot du peuple).

=PUCELAGE=: Petit oiseau qui s’envole quand il lui pousse une queue.

On sait que les petits sortent du nid quand cet appendice caudal arrive à point (Argot du peuple). N.

=PUNAISE=: Cette expression date de 1862; elle est due à un voyou. Sur le boulevard Montmartre, une fille hèle un cocher.

—Au Bois, lui dit-elle.

—Au bois de lit, punaise, fait le gamin.

Le mot est resté (Argot du peuple).

=PURÉE= (Être dans la): =V.= Mélasse.

=PURÉE=: Absinthe.

Quand elle est forte, la liqueur épaisse ressemble, en effet, à une purée de pois cassés (Argot du peuple).

=PURGATION=: Quand un avocat plaide en cour d’assises ou en police correctionnelle, les voleurs de profession appellent sa plaidoirie une purgation.

—As-tu entendu mon blanchisseur; ce qu’il a assis l’avocat bêcheur et les nonneurs. Quelle purgation! (Argot des voleurs).

=PUROTAIN=: Qui est dans la purée (Argot du peuple) =V.= Mélasse.

=PUTAIN=: Femme qui va à tous, soit à l’œil, soit par métier.

La putain est vieille comme le monde; depuis le lupanar antique elle existe.

Malgré la brutalité de cette expression, on la retrouve chez tous les poètes anciens.

Le Dict des rues de Paris, par Guillot (1270), publié en 1754 par l’abbé Fleury.

‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ Y entrai dans la maison Luce Qui maint en la rue Tyron. Des Dames hymnes vous diron, Une femme vi destrecié Pour toi pignier qui me donna Au bon vin ma voix a donné Où l’on trouve bien por denier Femmes, par son cors solacier Où il a maintes tencheresses Qui ont maint homme pris au brai.

(Argot du peuple).

Q

=QUANTÈS?=: Bienvenue que paie un ouvrier nouvellement embauché dans un atelier.

Tant qu’il n’a pas satisfait à cette vieille coutume, qui date du compagnonnage, les camarades lui crient: quantès? (Argot du peuple). N.

=QUART D’ŒIL=: Commissaire de police (Argot du peuple). =V.= Moissonneur.

=QUART DE MARQUÉ=: Semaine.

Le quart du mois (marqué) (Argot des voleurs).

=QUATRE-VINGT-DIX=: Truc, secret de métier.

Vendre le quatre-vingt-dix: révéler le secret. A. D.

Le quatre-vingt-dix est une loterie composée de quatre-vingt-dix billets qui sont, contenus dans un sac; le 90 gagne le gros lot. Les 90 numéros sont divisés par 30 cartons qui sont placés dans le public, deux compères (engayeurs) prennent deux cartons; le tenancier du jeu s’arrange de façon à les faire gagner par un truc ingénieux; le public volé n’y voit que du feu (Argot des saltimbanques). N.

=QUATRE-COINS=: Mouchoir.

La figure coule de source.

Il y a aussi un jeu qui se nomme les quatre-coins, il faut être cinq pour le jouer.

Chaque joueur se place à l’angle du carré, le cinquième au milieu fait le pot de chambre, et essaye de prendre un des coins; s’il y arrive, celui qui a perdu sa place prend la sienne (Argot du peuple).

=QUELPOIQUE=: Rien (Argot des voleurs).

=QUEUE=: Faire une queue à sa femme: la tromper avec une autre et réciproquement.

On fait également une queue à un fournisseur, en achetant chez son concurrent.

Laisser une queue: ne donner qu’un acompte sur une dette.

Se tirer la queue, se... battre (Argot du peuple).

=QUEUE DE CERVELAS= (Faire la): Promenade dans les promenoirs des prisons (Argot des voleurs). =V.= Dévidage.

=QUI A DU ONZE CORPS-BEAU?=: Quand un curé entre dans un atelier de composition, cette question salue son apparition.

On répond en chœur: —Ache (Argot d’imprimerie).

=QUIMPER=: Tomber (Argot des voleurs).

=QUINTE ET QUATORZE ET LE POINT=: =V.= Plombé.

=QUI-QUI=: Rognures de viandes ramassées par les chiffonniers dans les ordures.

Ils les revendent aux Borgias à 1 fr. 15 qui en font des potages (Argot du peuple).

=QUI-QUI=: Le col.

—Si tu rebiffes, je vais te serrer le qui-qui (Argot du peuple).

=QUINQUET=: Les yeux. La marmotte allume le pante du quinquet (Argot des souteneurs). =V.= Chasses.

=QUOQUANTE=: Armoire à glace (Argot des voleurs). N.

=QUOQUARD=: Arbre.

—J’ai planqué la gallouze sous le premier quoquard à gauche de la garnaffe (Argot des voleurs). N.

=QUOQUERET=: Rideau (Argot des voleurs). =V.= Gueusard.

R

=RABATTEURS=: Individus qui font le métier de rabattre les filles pour les hommes et les hommes pour les filles.

On peut lire la monographie curieuse de cette catégorie d’individus dans Trottoirs et Lupanars (Argot des souteneurs). N.

=RABATTEURS À LA SORGUE=: Voleurs qui opèrent la nuit.

C’est un redoublement de syllabe; ils ne rabattent pas, ils s’abattent sur les maisons à dévaliser.

Les rabatteurs sont les complices qui nourrissent le poupard (Argot des voleurs).

=RABIAGE=: En avoir, c’est posséder des rentes (Argot des voleurs).

=RABIBOCHER=: Quand un ménage est en désaccord et qu’un raccomodage a lieu, il est rabiboché.

Le rabibochage n’est le plus souvent qu’un replâtrage.

Quand les enfants jouent aux billes, ceux qui ont perdu disent au gagnant:

—Veux-tu nous rabibocher?

C’est-à-dire nous rendre quelques billes (Argot du peuple).

=RABIOT=: Faire plus de temps qu’il n’a été convenu.

Au régiment, un homme puni fait autant de jours de présence en plus qu’il a eu de jours de punition.

=Avoir du rabiot=: avoir du bon, toucher un reliquat sur lequel on ne comptait pas (Argot du peuple).

=RABOTÉ=: Synonyme de nettoyé, plus rien.

On dit aussi d’une femme mince:

—Elle a été rabotée (Argot du peuple).

=RABOTER LE SIFFLET= (Se): Boire un verre d’eau-de-vie qui gratte si fort le gosier qu’il semble en emporter des lambeaux.

L’eau-de-vie, qui joue le rôle du fer du rabot, enlève des copeaux dans le sifflet du buveur (Argot du peuple). N.

=RABOUIN=: Le diable (Argot des voleurs).

=RACINE DE BUIS=: Dents.

Ainsi nommées lorsqu’elles sont sales et noires.

Vesinier, membre de la Commune en 1871, fut surnommé par Henri Rochefort: racine de buis, par allusion à la racine de cet arbuste qui est noueuse avec des protubérances qui ressemblent à des verrues difformes.

Racine de buis caractérise la tête des individus qui ressemblent à cette racine (Argot du peuple). N.

=RACAILLE=: Moins que rien.

Terme suprême de mépris plus fort que crapule; résidu de tout ce qu’il y a de plus abject.

—Tu n’es qu’une sale racaille (Argot du peuple).

=RACOLER=: Fille qui racole les passants (Argot des souteneurs).

=RACCROCHER À LA FLAN=: Fille qui n’a pas de poste fixe; elle part de chez elle à l’aventure.

Elle raccroche à la flan, au hasard (Argot des souteneurs).

=RACCOURCIR=: Se dit d’un condamné à mort à qui on coupe la tête. Il est en effet raccourci d’autant.

Le mot est vieux; il date de Martinville.

Il était devant le tribunal révolutionnaire. Fouquier-Tinville lui dit:

—Citoyen de Martinville, qu’as-tu à répondre?

—Je ne suis pas ici pour qu’on m’allonge, mais pour qu’on me raccourcisse (Argot des voleurs).

=RACLETTE=: Agent de police de la Sûreté ou sergent de ville.

Allusion à la raclette du ramoneur qui enlève la suie des cheminées.

Les agents raclent les malfaiteurs qui sont la suie de la société (Argot des voleurs). N.

=RADE= ou =RADEAU=: Tiroir de comptoir où sont les radis.

Signifie aussi boutique. A. D.

Ce n’est ni rade ni radeau, c’est radin.

Le vol au radin est célèbre; ceux qui le pratiquent se nomment le radineur et le raton (Argot des voleurs). N.

=RADICAILLE=: Ceux qui professent des opinions radicales (Argot du peuple).

=RADIS=: =V.= Fricadier.

=RADIS NOIR=: Prêtre.

Allusion à la robe noire.

Cette expression date du temps où l’on jouait à l’Ambigu la pièce des Mystères de Paris.

Rodin, célèbre type de canaille, mangeait pour son dîner un plat de radis noir (Argot du peuple). N.

=RADINER=: Revenir.

—Je radine à la piaule.

Radiner: faire le radin, voler le tiroir-caisse d’un comptoir.

Ce tiroir est nommé radin parce qu’il renferme des radis (sous) (Argot des voleurs).

=RADURER=: Repasser son couteau sur une meule.

—Je radure mon lingre afin que le pante soit fait d’un coup et qu’il n’ait pas le temps de cribler à la grive (Argot des voleurs).

=RAFFALE= (Je suis dans la): Être au plus mal, près de mourir (Argot des voleurs).

=RAFFALÉS=: Être dans la misère, emporté par la raffale de la dèche (Argot des voleurs).

=RAFLE=, =RAFLER=: Prendre.

Quand un crime est commis et que les auteurs sont introuvables, la police organise des rafles dans les lieux suspects et dans les endroits où se réunissent les vagabonds.

On nomme ces rafles un coup d’épervier, parce que l’on y prend généralement beaucoup de poissons.

Quand les filles publiques deviennent par trop encombrantes, on les rafle en masse.

Le croupier rafle l’argent des joueurs.

Le voleur rafle l’argent des passants (Argot des souteneurs).

=RAFFURER=: Regagner.

C’est le redoublement d’affure (gagner).

—J’ai raffuré du terrain sur les pescailles qui voulaient me paumer (Argot des voleurs).

=RAGOÛT=: Soupçon.

—J’ai du ragoût sur sézières, il s’est mis à table sur mon orgue.

—Fais attention de ne pas faire de ragoût, le quart nous a au chasse (Argot des voleurs).

=RAGOUT DE POITRINE=: Femme ragoûtante qui a sur la poitrine des tétons volumineux (Argot du peuple). =V.= Capitonnée.

=RAIDIR=: Mourir (Argot des voleurs).

=RAILLE=: Cette expression est ancienne, elle se trouve dans les Mystères de Paris (Argot des voleurs). =V.= Arnaque.

=RAIGUISÉ=: Avoir tout perdu.

Mot à mot: il est réguisé, il va mourir (Argot du peuple).

RAISINÉ: Sang.

—J’ai lingré le gonce, il a répandu son raisiné sur le trimard (Argot des voleurs).

=RAMASSER=: Se faire ramasser, c’est se faire arrêter.

Quand un individu tient un langage imprudent ou qu’il dit des bêtises, il se fait ramasser (rappeler à l’ordre).

Dans le peuple, on dit:

—Nous l’avons relevé du péché de paresse.

On dit également à une femme qui vous embête:

—Allons, ramasse tes cliques et tes claques et fous le camp (Argot du peuple). N.

=RAMASSEUR DE MÉGOTS=: Ramasseur de bouts de cigares et de débris de cigarettes.

Ces mégots sont séchés, triés, hachés, puis vendus par paquets aux ouvriers.

La bourse aux mégots se tient place Maubert, au pied de la statue d’Étienne Dolet (Argot du peuple).

=RAMASSER UNE PELLE=: Être certain de réussir une affaire et la rater.

Faire la cour six mois à une femme au bout desquels elle vous envoie promener.

Ramasser une pelle, se dit de tout ce qui manque (Argot du peuple). N.

=RAMASTIQUEUR=: Désigne le genre de vol qui consiste à ramasser à terre un bijou faux qu’un compère a préalablement laissé tomber (Argot des voleurs). =V.= Trouveurs.

=RAMENEUR=: Homme qui n’a que quelques cheveux et les ramène en avant sur son front pour faire croire à une chevelure abondante (Argot du peuple).

=RAMENEUSE=: Fille publique qui ramène les hommes qu’elle raccroche à son garni.

—J’ai une chouette gosse, hier elle a ramené dix fois (Argot des souteneurs).

=RAMOLLOT=: Homme ramolli, sans consistance, qui rabâche vingt fois la même chose.

Le capitaine Ramollot a fait rire tout Paris.

L’expression est récente (Argot du peuple). N.

=RANCARD= ou =RANCART=. Mettre quelque chose ou quelqu’un dont on ne veut plus au rancart de côté.

Un coup de rancart est aussi une chose imprévue, comme le fait par exemple de raccrocher une femme dans un lieu public (Argot des souteneurs).

=RANCARD=: Renseignements.

—J’ai besoin d’un rancard sur un tel.

—Le rancard du probloque est tout ce qu’il y a de plus mouche.

Le rancard est un terme convenu pour la correspondance des tenanciers de claquedents avec les placiers qui les alimentent de camelottes (Argot des souteneurs).

=RAPAPILLOTER=: Un ménage désuni se rapapillotte.

Mot à mot: se raccommode.

La chanson populaire dit:

Je me rapapillote Avec Charlotte.

(Argot du peuple). N.

=RAPE=: Le dos.

Rape, avare.

—Il est dur comme la rape du menuisier.

C’est de rape qu’on a fait rapiat, pour désigner les auvergnats, qui, comme on le sait, n’attachent pas leur chien avec des saucisses (Argot des voleurs et du peuple). N.

=RAPER=: Chanter.

Vieille expression de goguette pour qualifier un chanteur qui écorchait les oreilles de ses auditeurs.

Mot à mot: il rapait sa chanson (Argot du peuple). N.

=RAPPLIQUER=: Revenir.

—Depuis huit jornes que je suis en bordée, je rapplique à la piaule, mince de suif à la clé (Argot du peuple).

=RAPIOTER=: Fouiller dans les poches de quelqu’un.

Ce devrait être dépioter puisque l’on le fouille dans l’intention de le dévaliser.

Cette expression est néanmoins employée par les voleurs.

Les ouvriers tailleurs sont plus logiques. Pour rapiécer (mettre une pièce), ils disent rapioter (Argot des voleurs et des tailleurs).

=RAPPOINTIS=: Morceau du fer pointu, forgé par un apprenti.

On appelle ainsi les chétifs (Argot du peuple). =V.= Avorton. N.

=RASEUR=: Être ennuyeux, qui vous raconte des riens pendant des heures entières (Argot du boulevard) =V.= Crampon.

=RAT= (Courir le): Voler la nuit.

Allusion au chat qui ne sort que la nuit pour chasser le rat, excepté qu’ici il faut retourner le fait, c’est le rat qui chasse le chat—le passant (Argot des voleurs). N.

=RAT DE PRISON=: Avocat.

Allusion à ce que ces messieurs grignottent à belles dents l’argent des prisonniers qui ont besoin de leurs services.

Sangsue serait plus juste que rat (Argot des voleurs).

=RAT DE PALAIS=: Clerc d’huissier qui attend les malheureux avant l’audience des référés pour accrocher une pièce de cent sous.

Hommes d’affaires véreux qui passent leur existence dans la salle des Pas-Perdus à la recherche d’un imbécile.

Rat de palais, en un mot tous les rongeurs qui rongent les plaideurs (Argot du peuple). N.

=RATATOUILLE= (En recevoir une): Être battu.

—Je vais te foutre une ratatouille, numéro un.

On dit également:

—Je vais te tremper une soupe (Argot du peuple). N.

=RATÉ=: Manquer une affaire, rater un coup... de fusil, un examen.

D’un homme petit, on dit: il est raté.

En littérature, en musique, en peinture, une œuvre est ratée lorsqu’elle est incomplète.

Un homme qui donnait de belles espérances et qui n’arrive à rien est un raté.

En un mot, raté se dit de tout ce qui n’est pas bien (Argot du peuple).

=RATEAU=: Agents de police.

Ils ratissent les voleurs (Argot des voleurs).

=RATIBOISÉ=: Plus le sou.

—Je n’ai plus le sou, je n’ai plus de crédit et pas envie de bien faire, je suis ratiboisé (Argot du peuple).

=RATIBOISEUR DE CABOT=: Voleur de chiens.

C’est une industrie toute spéciale, elle est florissante au printemps quand les chiennes sont amoureuses.

Les chiens une fois volés, sont tondus, maquillés pour les rendre méconnaissables, puis expédiés en Angleterre à une association affiliée aux voleurs parisiens.

Ce vol est des plus simples, il faut être deux pour l’accomplir. Pendant que l’un fait la cour à la bonne qui promène Tom ou Mirza, le complice profite de son inattention, il enlève le cabot (Argot des voleurs). N.

=RATIBOISEUR DE LANDAU À BALEINES=: Voleur de parapluies.

On les nomme aussi des ratiboiseurs à l’échange.

Le voleur entre dans un grand café, il a un mauvais parapluie à la main, il le place au porte-parapluie, au milieu des autres. Il s’assied a côté pour guigner de l’œil le plus beau, il paye sa consommation, se lève sans affectation en emportant le parapluie sur qui il a jeté son dévolu.

Si l’on s’aperçoit, de l’échange, il s’excuse de s’être trompé, puis s’en va tranquillement.

Il est rare que ce vol ne réussisse pas (Argot du peuple). N.

=RATICHON=: Curé.

Ratichon est un mot ancien. On le trouve dans Olivier Chéreau à propos des Arche-Suppots chargés de réformer le langage, mais là, il n’est pas pris dans le sens de prêtre (Argot des voleurs).

=RATISSER=: Voler, retourner la poche d’un individu, le ratisser avec autant de soin que le jardinier en met à ratisser ses allées (Argot du peuple).

=RATISSER LE BAS DES=

=REINS AVEC UNE BRIQUE=: Ce n’est guère récréatif, c’est pourtant ce que l’on dit aux personnes qui s’ennuient.

—Ah! comme je m’ennuie.

—Ratissez-vous le bas des reins avec une brique.

Ou bien encore:

—Raclez-vous les os des jambes avec un tesson de bouteille (Argot du peuple).

=RATON=: Apprenti voleur qui s’introduit par l’imposte dans une boutique et se cache dans un coin. Quand tout bruit a cessé, il ouvre la porte à son complice (Argot des voleurs).

=RAVAGEUR=: Individu qui, aux bords de la Seine, recherche les débris de ferrailles et d’os.

Autrefois les ravageurs formaient une puissante corporation; ils opéraient dans les ruisseaux qui coulaient au milieu des rues de Paris (Argot du peuple).

=RAVIGNOLE=: Récidiviste.

Ce doit être une corruption de revignole.

Gnole veut dire imbécile, de revient on a fait revi on y a soudé gnole, de là l’expression.

Mot à mot:

—Tu reviens imbécile (Argot des voleurs).

=RAVIGNOLET= (Se payer un): =V.= Bataille des jésuites.

=REBIFFE= (Il y a de la): Revenir à la charge, retomber sur un adversaire plus fort que soi.

Se rebiffer contre une autorité quelconque (Argot du peuple).

=REBONNETER=: Amadouer un individu pour le fourrer dans une affaire.

Cacher ses griffes sous un gant de velours, faire le patelin pour mieux tromper.

—As-tu rebonneté le pante pour l’aff?

—Oui, il est bon!

Rebonneter dans le peuple veut dire raccommoder (Argot du peuple). N.

=REBONNETEUR=: Le confesseur.

Il rebonnète le pécheur avec Dieu.

Mot à mot: il le réconcilie dans la planche à lavement (Argot des voleurs).

=REBOUISER DU CORRIDOR=: Sentir affreusement mauvais de la bouche.

—Ce cochon-là pue tellement qu’il fait tourner le bouillon (Argot du peuple). N.

=REBROUSSE-POIL (À)=: Prendre les choses de travers, à l’envers, du côté où ça n’est pas vrai.

Ne pas savoir prendre les gens par leur côté faible.

Mot à mot: les prendre à rebrousse-poil (Argot du peuple).

=REBUTTER=: Ne plus vouloir.

Synonyme de refouler et de renifler.

On rebutte sur un ouvrage qui déplaît ou qui dure trop longtemps (Argot du peuple).

=RÉCALCITRANT=: Coffre-fort.

Les voleurs éprouvent souvent de la résistance à l’ouvrir; de là l’expression (Argot des voleurs). N.

=RECEVOIR UN SAVON OU EN DONNER UN=: Gronder quelqu’un, être grondé.

—Quand un ouvrage est mal fait, on reçoit un savon.

—Attends un peu mon neveu, je vais te savonner la tête (Argot du peuple).

=RECHASSER=: Regarder quelqu’un ou quelque chose.

—As-tu vu ce coup de chasse?

Les filles rechassent les passants pour les allumer.

Cela se nomme: distribuer son prospectus (Argot des filles).

=RÉCHAUFFANTE=: Perruque.

Elle tient chaud à la tête et ceux qui en portent ne craignent pas de se prendre aux cheveux.

Un coiffeur de la rue de Bondy avait pris cette enseigne:

D’Absalon pendu par la nuque, Passants, contemplez la douleur! S’il avait porté perruque. Il eût évité ce malheur.

(Argot du peuple).

=RÉCHAUFFÉ= (C’est du): Quand un individu fait un discours émaillé de lieux communs, ou raconte une histoire à dormir debout, c’est du réchauffé.

Allusion aux mets réchauffés qui ne valent plus rien.

On dit également:

—Lâche-nous avec tes boniments; c’est de la vingtième resucée (Argot du peuple).

=RÈCHE=: Sou

—Pas un rèche dans mes profondes; je ne suis pas réchard.

Rèche veut aussi dire: femme qui a un caractère cassant.

—Elle est tellement mauvaise que l’on ne peut pas la toucher avec des pincettes (Argot du peuple).

=RECONOBRER=: Reconnaître.

Quelques-uns écrivent conobrer. Ce n’est pas exact. Conobrer veut dire connaître et non reconnaître (Argot des voleurs).

=RECORDER=: Réconcilier. L. L.

Recorder veut dire prévenir, remonter le moral à un désespéré; lui apprendre ce qu’il doit faire (Argot du peuple). N.

=RECOURIR À L’ÉMÉTIQUE=: Escompter de faux billets (Argot du peuple).

=RÉDAM=: Grâce.

Comme le dit A. Delvau, redam ne peut venir de rédemption.

C’est une corruption de retam.

Allusion à la casserole qui est neuve lorsqu’elle est étamée.

Dans le peuple on dit rétamé pour étamé: le voleur gracié est rétamé, il est remis à neuf (Argot des voleurs). N.

=REDINGUE=: Abréviation de redingote (Argot du peuple).

=REDOUBLEMENT DE FIÈVRE=: Fièvre, révélation.

Quand un voleur a été dénoncé, il a la fièvre.

Une nouvelle révélation à sa charge lui occasionne un redoublement de fièvre (Argot des voleurs).

=REDRESSE= (Être à la).

—Il est à la redresse le mec, pas moyen de lui monter le verre en fleur; il la connaît, c’est lui qui a inventé les queues de billard cintrées pour faire les effets dans les coins.

Être à la redresse, rusé, malin.

On dit aussi: être à la hauteur (Argot du peuple).

=REFILER=: Veut dire: donne-moi.

Le souteneur dit à sa marmite:

—Refile-moi le pognon.

Refiler quelqu’un: c’est le suivre ou le rechercher.

—J’ai eu beau le refiler, c’est comme si j’avais cherché une aiguille dans une botte de foin (Argot des voleurs). N.

=REFROIDIR=: Tuer un individu.

Refroidi: Allusion au cadavre qui, aussitôt la mort, devient froid comme le marbre (Argot des voleurs).

=REFUGES=: Les croyants disent au pécheur: réfugiez-vous dans le sein de Dieu.

C’est un refuge qui est bougrement haut.

Les giverneurs préfèrent de beaucoup les refuges municipaux et d’autres, inconnus de la masse des Parisiens: rue Galande, rue Julien-le-Pauvre, rue St-Denis et rue St-Séverin, où l’on couche pour quatre sous, sur un banc, avec une soupe par dessus le marché.

Ces refuges ont pour enseigne: Crémerie. Je ne conseille pas aux lecteurs de s’y aventurer, s’ils ne veulent pas être saignés (Argot du peuple). N.

=RÉGLER SON TRIMESTRE=: Battre quelqu’un.

Synonyme de régler son compte.

Quand une marmite ne rend pas, le souteneur dit:

—Je vais lui régler son trimestre.

Pour certaines de ces malheureuses, le trimestre est tous les jours (Argot des souteneurs). N.

=REGON=: Dette.

Regon est une corruption de regout (rancune).

Quand un voleur a été donné par un nonneur, il a du regout, de la rancune, il a contracté une dette de haine qu’il lui paiera tôt ou tard (Argot des voleurs). N.

=REGOUT=: Rancune.

Avoir du regout contre quelqu’un, lui vouloir du mal.

Les voleurs ont du regout contre un complice qui les a dénoncés.

—Je renquille dans Pantin sans regout ni morace.

Mot à mot: Je rentre à Paris sans colère, sans rancune et sans cri (Argot des voleurs). N.

=RÉJOUISSANCE=: Qui ne réjouit pas du tout la ménagère, lorsque le boucher lui donne plus d’os que de viande (Argot des bouchers).

=RELEVEUR DE CHANDELIER=: Quand un miché monte avec une fille, il ne lui donne pas toujours l’argent de la main à la main; discrètement, avant de se mettre en chantier, il fait sa mise sous le chandelier; aussitôt partis, le souteneur arrive et relève la monnaie qui est sous le chandelier (Argot des souteneurs).

=RELEVEUR DE PESOCHE=: Garçon de banque qui la relève les 1^er, 15 et 30 de chaque mois.

La pesoche est le sac où il enferme la monnaie (Argot des voleurs).

=RELUQUER=: Regarder.

—Qu’avez-vous donc à me reluquer comme ça, est-ce que je vous ai vendu des pois qui n’ont pas voulu cuire?

—Reluque-moi un peu ce canard, en a-t-il une trompette (Argot du peuple).

=RELICHER SON MORVIAU=: Voilà une image qui n’est pas propre.

Dans le peuple on dit à un enfant qui ne se mouche pas et qui de son nez laisse pendre deux chandelles:

—Reliche ton morviau (Argot du peuple). N.

=RELUIT=: L’œil (Argot des voleurs). =V.= Abat-reluit.

=REMBINER=: Quand on a bien débiné un individu, on le rembine.

Rembiner est synonyme de rebonneter (Argot du peuple).

=REMBROCABLE= (Elle est): Beau visage que l’on peut regarder.

—Tu n’en perdras pas la vue ni le poil de dessus, la môme est rembrocable.

Mot à mot: tu peux la regarder, elle vaut la secousse (Argot des voleurs).

=REMBROQUAGE DE PARRAIN=: Confrontation avec le parrain fargueur (témoin à charge).

Le parrain rembroque (regarde) le détenu pour voir s’il le reconnaît (Argot du peuple).

=REMBROQUER=: Regarder.

Ses deux beaux chasses vous rembroquaient, Puis à la piaule tous les gonces la refilaient, Elle fit mince casquer les marlous,

dit la chanson du mac de Grenelle (Argot des souteneurs).

=REMÈDE À L’AMOUR=: Femme laide à faire reculer même le plus intrépide.

—Quelle bouillotte, mon vieux, s’il n’y avait qu’elle et moi sur terre nous ne ferions pas de petits.

Elle guérirait de l’amour pour la vie (Argot du peuple).

=REMONTER SA PENDULE=: Battre sa femme, mot à mot: la faire marcher. L. L.

Remonter sa pendule se dit d’une personne qui renifle pour remonter sa morve et éviter de se moucher.

Remonter le moral d’une personne désespérée (Argot du peuple). N.

=REMOUCHER=: Regarder.

—Remouche moi cette petite gueule-là, elle ferait relever un mort.

On dit aussi:

—Je vais te remoucher pour: te battre (Argot du peuple).

=REMPARDEUSE=: Fille qui fait les soldats autour des casernes, sur les glacis ou dans les fossés des fortifications (Argot des troupiers).

=RENACHÉ=: Fromage (Argot des voleurs).

=RENARD= (Le lâcher): Dégueuler.

Expression ancienne; dans les ateliers, quand un ouvrier a trop bu, il lâche son renard; un camarade charitable dit alors quand il est copieux: il en a une de queue.

Une vieille chanson de compagnon dit:

Quand je sens que ça me gargouille, Je lâche le renard.

(Argot du peuple).

=RENAUD=: Faire des reproches à quelqu’un, c’est lui pousser un renaud.

—Y m’en a foutu un de renaud à l’instruction, y m’a dit que je crapserai d’une fièvre cérébrale soignée par Charlot (Argot des voleurs).

=RENAUDER=: Ne pas être content.

Ce mot vient du verbe arnauder.

Avoir du renaud contre quelqu’un veut également dire: avoir de la rancune.

Synonyme de l’expression être à feu (Argot du peuple).

=RENDEZ-MOI= (Le vol au): C’est très simple. L’un des complices jette un louis sur le comptoir; pendant que le marchand rend la monnaie, l’autre ramasse pièce et monnaie et se sauve.

Cette manière de procéder se nomme par abréviation: le rendem (Argot des voleurs).

=RENDOUBLÉE=: Signifie plusieurs choses.

Dans le peuple on dit:

Rendoublée de putain, pour exprimer qu’il est impossible de l’être davantage.

On dit d’une femme enceinte:

—Elle est rendoublée pour doublée (Argot du peuple).

=RENDRE L’ÂME=: Mourir.

Rendre son âme à Dieu ou au diable.

On dit aussi d’un pochard qui a le renard facile:

—Il a rendu tripes et boyaux jusqu’à son âme.

Là, il n’en meurt pas, il recommence le lendemain (Argot du peuple).

=RENCARD=: À l’écart.

On met un objet au rencard quand on en a assez.

La faire au rencard: lever une femme qui est seule sur un banc, dans un square, ou sur une promenade publique.

Les courtiers qui lèvent les bonnes pour les placer dans les maisons de tolérance disent:

—J’ai fait la môme au rencard (Argot des souteneurs). N.

=RENCŒUR=: En avoir gros sur le cœur contre quelqu’un.

Ne pouvoir avaler ou digérer une affaire.

Synonyme de la locution très populaire:

—Je travaille à contre-cœur.

—Je n’y vais pas de bon cœur, je n’y vais pas avec courage.

Épouser un homme malgré soi, c’est avoir un rencœur (Argot du peuple).

=RENFONCEMENT=: Vigoureux coup de poing appliqué sur un chapeau haut de forme.

Quand les voyous se battent, le coup du renfoncement, c’est un coup de tête donné en pleine poitrine (Argot du peuple).

=RENGAINER SON COMPLIMENT=: Faire du plat à une femme, elle vous envoie à l’ours, il faut rengainer son compliment.

Être en tête-à-tête avec une femme mariée pour la première-fois; au moment psychologique, le mari arrive... il faut rengainer son compliment (Argot du peuple). N.

=RENIFLANTES=: Des bottes.

L’image est heureuse: quand un pauvre diable a des bottes éculées et percées, elles reniflent l’eau des ruisseaux (Argot du peuple).

=RENIFLER=: Ne rien vouloir faire.

—Tu renifles sur le truc.

Mot à mot: rebuter (Argot des voleurs).

=RENIFLEURS=: Agents de la sûreté.

Il faut avoir un certain nez, un certain flair, pour faire ce métier.

Quand les agents arrêtent un voleur, ils le reniflent (Argot des voleurs).

=RENIFLEUR DE CAMELOTTE À LA FLANC=: Voleur qui flâne au hasard pour dévaliser le premier étalage qui se présente à lui (Argot des voleurs).

=RENQUILLER=: Rentrer.

—Je renquille à la piaule.

Renquiller veut dire aussi retourner.

—Je renquille au patelin (Argot du peuple).

=RENQUILLER=: Faire fortune, devenir gros et gras (Argot d’imprimerie).

=RENVERSER SA CHAUFFERETTE=: Mourir.

Synonyme d’éteindre sa braise (Argot du peuple).

=RENVERSER SA MARMITE=: Mourir.

Renverser la marmite: ne plus tenir table ouverte, évincer les parasites.

Renverser la marmite: refuser le service.

Allusion aux Janissaires qui renversaient la marmite pour indiquer qu’ils se mettaient en état d’insurrection.

Nous avons, c’est le progrès, la marmite à renversement des anarchistes (Argot du peuple). N.

=REPASSÉ=: N’avoir plus rien.

Quand un créancier tenace importune son débiteur, ce dernier par ironie lui dit:

—Vous repasserez.

C’est le créancier qui est repassé quand on ne le paye pas (Argot du peuple).

=REPÉSIGNÉ=: Arrêté de nouveau. A. D.

Pesigner veut dire ouvrir.

Il faut donc prendre le mot repésigner dans le sens de voir ouvrir, à nouveau la porte de la prison et non dans celui d’arrêter (Argot des voleurs).

=REPIGER=: Je vais te repiger au demi-cercle.

On dit de quelqu’un qui a été pigé—pris une première fois:

—Je vais te repiger une seconde (Argot du peuple).

=REPIQUER=: Deux joueurs font une partie; l’un joue pique, l’autre répond: repique.

Repiquer de riffe: rappliquer d’autorité (Argot du peuple).

=REPIQUER AU TRUC=: Revenir à la charge.

Avoir été chassé par la porte et rentrer par la fenêtre.

Demander à crédit et se le voir refuser, le redemander à nouveau, c’est repiquer au truc (Argot du peuple). N.

=REPORTER SON OUVRAGE=: Dans le peuple, quand un médecin suit le convoi d’un malade qu’il a soigné, les voyous disent:

—Tiens, le docteur qui reporte son ouvrage (Argot du peuple).

=REPOUSSER DU GOULOT=: Puer de la bouche.

L’image est typique; ceux qui sont affligés de cette infirmité repoussent en effet tous ceux qui les approchent (Argot du peuple).

=REPOUSSER LES URINES=: Il est, je pense, inutile d’expliquer cette expression; sa brutalité la rend très compréhensible.

Allusion au piston qui repousse la vapeur dans le cylindre (Argot des voyous). N.

=REPOUSSER DU PARLEMENT=: =V.= Trouilloter de la hurlette.

=REQUIN DE TERRE=: Huissier.

Voilà un nom qui n’est pas volé. En effet, comme le requin dont on trouva dans le ventre une paire de bottes, une armoire à glace et un poêle de faïence, l’huissier dévore tout (Argot du peuple). N.

=RESSAUT= (Avoir du): Être surpris à en ressauter.

Une proposition saugrenue fait ressauter d’étonnement, celui à qui elle est faite.

On ressaute à la pensée de faire une chose qui ne plaît pas (Argot des souteneurs). N.

=RESTANT DE SOUPER=: Terme de mépris employé dans le peuple à l’égard d’une fille qui a roulé pendant vingt ans les restaurants de nuit.

Restant de souper, mot à mot: tout le monde a mangé sur son cuir.

On dit également pour exprimer une idée plus basse: rognures d’abattoir; c’est le suprême dégoût (Argot du peuple). N.

=RÉSURRECTION= (La): Prison de Saint-Lazare.

Allusion biblique à Lazare le ressuscité. L. L.

En quoi cette prison d’où les femmes sortent plus pourries moralement qu’à leur entrée peut-elle être une résurrection?

Ce n’est une résurrection que pour celles qui sortent guéries de l’infirmerie, parce qu’elles peuvent recommencer leur commerce (Argot du peuple).

=RETAPE=: On retape un vieux chapeau pour lui donner l’aspect d’un neuf.

On retape une seconde fois un ami déjà tapé une première.

Les filles du trottoir retapent les hommes, mais pas pour les rendre neufs, car quelquefois elles laissent des souvenirs qui ne sont pas tapés.

Mot à mot: retaper, raccrocher (Argot des souteneurs).

=RETIRATION= (Être en): Ouvrier typographe qui commence à vieillir et qui trouve difficilement de l’ouvrage. Le progrès n’a pas encore inventé la machine à tuer ceux qui ne peuvent plus travailler après avoir fait la fortune des patrons (Argot d’imprimerie).

=RETOURNER LA MOULE=: =V.= Avaler le pépin.

=RETOURNER SA VESTE=: Changer d’opinion.

Reproche fait souvent à la plupart de nos hommes politiques par le peuple qui ne connaît pas le mot de Thiers:

—Il n’y a que l’homme absurde qui ne change jamais (Argot du peuple). N.

=RETOURNER= (Savoir se): Se tirer d’embarras. L. L.

S’en retourner, c’est vieillir.

Dans le peuple, cette expression n’est pas prise dans ce sens; ceux qui font métier de se retourner, ont pour atelier les Champs-Élysées.

On les appelle plus communément des ramasseurs de marrons (Argot du peuple).

=REVENDRE=: Révéler un secret confié.

Commerson disait à ce sujet que les secrets c’est le contraire des fruits, que ce n’est pas ceux qu’on veut garder qu’on confie.

Revendre: commettre une indiscrétion qui amène l’arrestation de quelqu’un.

—Il est revendu à la police (Argot des voleurs). N.

=REVIDAGE=: Revision des marchandises achetées par les brocanteurs dans les ventes publiques.

La revision consiste en ceci:

—Pour ne pas faire monter les enchères et acheter bon marché, un ou deux de la bande noire pousse les enchères. Les objets en vente sont, par ce système, généralement adjugés à vil prix.

La vente terminée, ils se réunissent dans le cabinet d’un marchand de vin voisin et ils procèdent au revidage, c’est-à-dire à de nouvelles enchères.

Chacun prend alors le lot de marchandises qu’il peut écouler dans sa boutique, et la différence entre le total de la vente publique et l’opération du revidage est partagée également.

Cette opération illicite est défendue, c’est pourquoi elle se pratique au grand jour (Argot des brocanteurs).

=REVISER=: =V.= Revidage.

=REVOLVER=: Femme légitime.

Les voleurs qui emploient cette expression estiment qu’elle suicide son mari quand, elle est par trop acariâtre (Argot des voleurs). N.

=RIBOUIS=: Souliers.

Au carreau du Temple, c’est une spécialité.

Les ribouiseurs achètent toutes les vieilles chaussures: ils ont des ouvriers qu’on nomme des passifleurs, ils les ribouisent si bien que souvent on les prend pour du neuf, pas les jours de pluie par exemple, car les malheureux qui les chaussent rentrent chez eux sans semelles (Argot du peuple).

=RIC-À-RAC=: Avoir du ressaut pour payer.

Payer ric-à-rac: par acomptes, prolonger la dette le plus longtemps possible (Argot du peuple).

=RICHONNER=: Rire.

—Tu richonnes à te mordre l’œil, ce n’est pourtant pas richonnant (Argot des voleurs).

=RIFFAUDER=: Brûler.

Riffaudante: flamme.

Une vieille chanson qui date au moins de cinquante ans, bien connue des voleurs, dit:

L’autre jour, fumant ma bayadaise, Je rifflaudais, la fumant dans un coin.

Rifflauder voudrait donc dire sommeiller (Argot des voleurs).

=RIF= ou =RIFLE=: Feu.

—Passe-moi un peu de rif que j’allume Joséphine (Argot du peuple).

=RIFFE=: Prendre de force, d’autorité.

—Il a pris une fille de riffe.

Synonyme de violer (Argot des voleurs).

=RIFFLARD=: Parapluie.

Le mot date de Picard et de la Petite Ville, comédie dans laquelle il y a un personnage nommé Rifflard, qui ne marche qu’escorté d’un parapluie. A. D.

Au quinzième siècle, on trouve déjà ce mot employé dans des comédies ou mystères avec un sens satirique et bouffon. Rifflard, bouffard, narinard, dentard étaient des épithètes burlesques que les acteurs se renvoyaient constamment—même quand elles n’étaient pas dans leur rôle.

Le personnage le plus important de la Passion, mystère d’Arnould Gresban, bachelier en théologie, qui fut joué avec un immense succès au quinzième siècle, est un berger nommé Rifflard, qui se plaint amèrement et impudemment des impôts excessifs dont le peuple était accablé. Il faudrait pouvoir citer la scène où Rifflard est amené devant un magistrat qu’il appelle Machefoin:

Comment te nomme-t-on? Rifflard, Tout norry de pois et de lard.

Plus tard, le mot rifflard fut appliqué aux sergents, ainsi que nous le voyons par une charte citée par Ducange.

Picard, en appelant, dans sa comédie de la Petite Ville, un de ses personnages François Rifflard, n’a fait qu’emprunter, ce qu’ignorait sans doute Delvau, ce nom au mystère d’Arnould Gresban (Argot du peuple).

=RIFLER=: Brûler (Argot du peuple).

=RIFFLER=: Veut également dire brûler.

Riffler est aussi le synonyme de souffler: prendre.

En ce cas, c’est une corruption de rafler (Argot du peuple).

=RIGODON= (En pincer un): Vieux mot qui veut dire danser (Argot du peuple).

=RIGODONS=: Souliers.

Dans le peuple, on dit d’un homme qui a ses souliers percés et éculés:

—Ses rigodons engueulent le pavé.

On dit également des rigadins (Argot du peuple).

=RIGOLARD=: Chose très amusante (Argot du peuple).

=RIGOLBOCHE=: Quelque chose de supérieurement amusant, beaucoup plus fort que rigolo.

Rigolboche était connue à Bullier sous le nom de Marie la Huguenote; ce nom lui venait de ce qu’elle protestait sans cesse quand le municipal la rappelait à l’ordre ou plutôt à la décence.

Elle débuta aux Délassements-Comiques en 1860 sous le nom de Rigolboche.

On la nommait aussi Boboche.

Ce n’est pas elle l’inventeur de ce mot; il était connu dans les ateliers depuis 1840.

On dit également, pour affirmer que l’on s’est bien amusé:

—Nous avons rudement rigolboché (Argot du peuple).

=RIGOLOTTE=: Nom donné par Eugène Suë à un des personnages des Mystères de Paris.

Ce nom est resté pour désigner une jeune fille joyeuse.

—Elle est rigolotte (Argot du peuple). N.

=RIGOLO=: Attaque nocturne. L. L.

Rigolo: terme employé dans les ateliers pour qualifier un camarade qui rigole sans cesse, qui amuse les autres.

Il y eut, en 1866, un mulet qui portait ce nom au Cirque-Napoléon; il fit courir tout Paris, tant il était amusant, rigolo (Argot du peuple). N.

=RIGOLO=: Sinapisme de farine de moutarde.

Rigolo, c’est le nom de l’inventeur.

Autrement, cette appellation serait une amère ironie, car un sinapisme n’est pas plus rigolo que d’avoir un clou planté dans les fesses (Argot du peuple). N.

=RIGOLO=: Pince.

Si elle fait rigoler quelqu’un, ce n’est certainement pas la victime du vol avec effraction.

Elle est rigolo pour le voleur, car avec l’argent volé il peut se payer de la rigolade (Argot des voleurs). =V.= Monseigneur.

=RIGOUILLARD=: Chose drôle, c’est plus fort que rigolo.

C’est tellement rigouillard qu’il y a de quoi s’en tamponner le coquillard, c’est à se tordre, c’est crevant (Argot du peuple). N.

=RINCÉ=: Être rincé comme un verre à bière, n’avoir plus rien.

Recevoir une rincée: être battu comme des œufs à la neige.

Rincer quelqu’un: le voler jusqu’à son dernier sou (Argot du peuple). =V.= Raboté.

=RINCER LA DALLE= (Se faire): Se faire régaler par un camarade.

—Je lui ai tellement rincé la dalle qu’il n’a pas une dent dans la gueule qui ne me coûte au moins vingt francs (Argot du peuple).

=RIOLE=: Ruisseau ou rivière dans l’argot des voleurs.

Riole se dit aussi dans le peuple de quelqu’un qui est pochard:

—Il est en riole.

Ce n’est pourtant pas dans la rivière que le vin a été puisé (Argot du peuple).

=RIPATINS=: Brodequins (Argot des voleurs).

=RIPATONS=: Souliers (Argot du peuple).

=RIPATONNER=: Le passifleur qui racommode les vieux souliers, ripatonne (Argot du peuple).

=RIPER=: Embrasser tendrement. A. D.

C’est une singulière façon d’embrasser tendrement les gens que de les voler car riper dans le peuple signifie: prendre.

—Je lui ai ripé sa galette (Argot du peuple). N.

=RIPOPÉE=: Quelque chose qui ne vaut rien.

Synonyme de ratatouille.

On dit aussi:

—Ton Borgia à 23 sous ne nous fait boulotter que de la ragougnace (Argot du peuple). N.

=RIQUET=: Tout petit.

Sobriquet donné dans les ateliers aux apprentis mal formés.

—Viens ici, mon petit riquet.

C’est un pléonasme d’accoupler ces deux mots identiques, mais dans le peuple, on n’y regarde pas de si près (Argot du peuple). N.

=RIQUIQUI=: Mauvaise eau-de-vie.

Riquiqui est généralement employé pour peindre quelque chose de mesquin, de petit, d’étroit.

—Son esprit est comme sa taille, c’est riquiqui.

—Ah! regardez-moi cette toilette, est-elle assez riquiqui?

Il existait jadis une liqueur appelée riquiqui; on ne la connaît plus (Argot du peuple).

=RIRE COMME UN CUL=: Rire sans desserrer les dents.

Veut dire aussi rire comme un imbécile, sans savoir pourquoi.

Être cul, dit M. Lorédan Larchey, c’est être bête et grossier.

Ce pauvre cul n’a vraiment pas de chance, car, non content d’en faire le synonyme de tout ce qui est sale, on en fait le synonyme de tout ce qui est bête et ridicule.

S’il pouvait répondre autrement qu’en pétant! (Argot du peuple). N.

=RIRE JAUNE=: N’être pas content et être forcé de rire quand même; avoir les larmes dans les yeux et le cœur gros et être forcé de paraître joyeux.

On dit aussi:

—Son rire est jonquille. Allusion au cocu qui rit jaune quand la sage-femme lui présente son dernier en lui disant:

C’est tout le portrait, d’son père, Quel cochon d’enfant!

(Argot du peuple).

=RISETTE=: Surnom donné à une jeune fille rieuse et aimable qui a toujours le sourire sur les lèvres.

C’est un vieux boniment employé dans les foires:

—Entrez, mesdames et messieurs, vous verrez la femme colosse; cent kilos sur l’estomac et le sourire sur les lèvres.

Quand une amie est fâchée, qu’elle boude, on l’embrasse et on lui dit:

—Allons, fais une petite risette à papa, il revient d’Afrique.

Quand une femme vous fait des risettes, on peut y aller carrément (Argot du peuple). N.

=RISQUER LE PAQUET=: Synonyme de tout risquer, c’est-à-dire de tenter l’aventure.

—Tu n’oses pas! risque donc le paquet (Argot du peuple).

=RIVANCHER=: Aimer (Argot des voleurs).

=RIVER SON CLOU=: Quand un bavard intarissable ennuie quelqu’un par un discours filandreux, on lui rive son clou en lui disant carrément:

—Tais ta gueule ou je chie dedans.

Mot à mot: river le clou, c’est empêcher d’aller plus loin (Argot du peuple). N.

=RIVETTE=: Prostituée, du verbe rivancher, se livrer à l’amour. L.

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