‹ Dictionnaire d'argot fin-de-siècleChapitre 3 sur 8 · L

L

=LAC= (Être dans le): Être pendu. _L. L._

_Être dans le lac_, c’est ne plus rien avoir à espérer, être aussi bas que possible.

_Lac_, ici, est synonyme de _lacet_, être _enlacé_, pris par la misère, _enserré_ dans les filets d’une femme ou d’un usurier, comme le pauvre oiseau dans le _lac_ du braconnier (Argot du peuple). _N._

=LACETS=: Menottes.

Le gendarme ou l’agent sont des marchands de _passe-lacets_ (Argot des voleurs). =V.= _Alliances_.

=LACHARD=: Diamant de vitrier (Argot des voleurs). _N._

=LÂCHER LA BONDE=: Se comprend de deux manières.

_Lâcher la bonde_: faire ses besoins.

_Lâcher la bonde_ à son tempérament: donner cours à sa violence, à son mauvais caractère.

Dans les ateliers, quand le _contre-coup_ gueule trop fort, on dit: Gare, il a _lâché sa bonde_ (Argot du peuple). _N._

=LÂCHEZ-MOI D’UN CRAN=: Allez-vous en.

Compliment peu flatteur fait habituellement aux gens qui vous importunent.

On _lâche_ sa ceinture _d’un cran_ quand on a trop mangé.

On la _serre d’un cran_ quand on a faim.

On _lâche_ sa femme ou sa maîtresse _d’un cran_ quand elle est par trop embêtante.

Mourir, c’est _lâcher_ la vie _d’un cran_.

Quand un homme est maussade en société, on lui dit:

—Allons, _lâchez-vous d’un cran_, déboutonnez-vous.

Ce à quoi un farceur répond.—Ah! non, il y a des dames.

On dit aussi: _remonter d’un cran_ dans l’estime du monde (Argot du peuple). _N._

=LÂCHER LES ÉCLUSES=: Pisser.

L’allusion est juste, malgré que cela ne fasse pas monter la Seine.

On dit aussi: mon pantalon ne tient pas l’eau (Argot du peuple). _N._

=LÂCHER LA RAMPE=: Mourir (Argot des serruriers).

=LÂCHER SON GAZ=: Éternuer bruyamment, par en bas.

Quand cela arrive à quelqu’un dans la rue, les gamins lui disent:

—Dieu vous bénisse! (Argot du peuple). _N._

=LÂCHER UNE TUBÉREUSE=: Pet foireux qui répand une odeur qui ne rappelle pas précisément la rose (Argot du peuple).

=LÂCHER UNE SOURNOISE=: Vesser en sourdine.

Pet avorté (Argot du peuple).

=LACHETON=: Diamant de vitrier (Argot du peuple). =V.= _Lachard_.

=LAFFE=: Soupe.

On dit aussi: _mouise_, _tambouille_.

Les maçons disent _mortier_, parce qu’ils empilent du pain dans le bol tant qu’il en peut tenir, ce qui forme une pâtée épaisse qui ressemble à du _mortier_ (Argot du peuple). _N._

=LAISSEZ PISSER LE MÉRINOS=: Ne vous tourmentez pas, laissez marcher les choses, elles vont bien.

Autrefois on disait: _Laissez pisser le mouton_, ce qui est absolument la même chose (Argot du peuple).

=LAISSER TOMBER UNE PERLE=: Ces _perles_-là ne pourraient guère se mettre aux oreilles des dames car elles n’ont pas le parfum de celles de la gazelle (Argot du peuple). =V.= _Pousser sa moulure_.

=LAIT À BRODER=: Encre.

Dans les prisons, quand le _lazagneur_ écrit une lettre pour un camarade, il dit qu’il se sert du _lait à brodancher_ pour attendrir celui à qui on écrit.

_Brodancher_ pour _broder_.

_Encre_ est ici une figure, car souvent c’est le _lait_ qui en sert.

Dans les prisons on sait que toutes les lettres des détenus adressées à des parents ou à des amis passent par le greffe.

Le greffier ou le directeur lit la lettre et si elle ne contient rien de contraire au règlement il la vise par ce signe: =V.=

Le plus grand souci des prisonniers est d’éviter cette formalité gênante surtout si la lettre est adressée à un complice.

Alors ils emploient le _lait_ pour écrire entre les lignes écrites à l’_encre_.

Pour cela il faut du _lait_ écrémé et du papier non glacé, parce que l’écriture serait grasse, brillante et la supercherie serait apparente.

Pour faire apparaître l’écriture il suffit de frapper fortement la lettre avec un chausson plein de poussière; la poussière s’attache aux caractères qui deviennent lisibles.

Autrefois dans les prisons on se servait d’oignons, mais le truc fut découvert, on n’en vend plus dans les cantines, tandis que l’on y trouve du _lait_ (Argot des voleurs). _N._

=LAMPISTRON=: Lanterne.

Vient de _lampiste_, c’est le mot déformé (Argot des voleurs). =V.= _Brulotte_. _N._

=LANCE=: Eau, pluie.

—Il tombe de la _lance_ à ne pas mettre un chien dehors.

Le peuple a emprunté ce mot à l’argot des voleurs.

=LANCIER DU PRÉFET=: Balayeur.

Allusion au long manche du balai qui ressemble à celui de la lance des lanciers (Argot du peuple).

=LANGUE DE CHAT=: Petit morceau de savon très mince, en forme de _langue de chat_, que les vagabonds portent constamment dans leur poche.

On nomme aussi _langue de chat_, une sorte de petit gâteau sec que l’on mange en buvant du thé (Argot du peuple). _N._

=LANSQUAILLER=: Faire ses besoins.

Je viens de mettre dans un trou rond Ce qu’un jour avec impudence Le ministre Thiers sur un balcon Fit voir aux citoyens de France.

Ce quatrain est de Gérard de Nerval (Argot des voleurs).

=LANSQUINE=: Eau, pluie (Argot du peuple). =V.= _Lance_.

=LANSQUINER=: Pleuvoir.

—Il _lansquine_ à torrent.

_Lansquiner des chasses_: Pleurer.

La pluie tombe des yeux (Argot du peuple).

=LANSQUINEUR=: Petit mendiant qui fait semblant de pleurer à chaudes larmes sur la voie publique pour attendrir les passants (Argot du peuple).

=LANTERNER=: Faire une chose mollement, accomplir un travail à regret: _lanterner_ pour l’achever.

_Lanterner_: synonyme de _muser_ (abréviation de s’_amuser_). Marcher comme un chien qu’on fouette (Argot du peuple).

=LANDIER=: Employé de l’octroi.

Autrefois, lorsque la foire du _landit_ battait son plein, toutes les marchandises devaient payer un droit fixe, des employés étaient préposés pour le percevoir; les fraudeurs nombreux les nommaient les _landiers_.

Dans le peuple, on dit des _gabelous_, en souvenir de la _gabelle_ (Argot du peuple).

=LANDIÈRE=: Boutique de marchand forain.

Ce mot est également un souvenir de la célèbre foire du _landit_ où les escholiers de la rue du Fouarre allaient en procession s’approvisionner de papier.

Une chronique du temps dit que la tête de la colonne était à la Plaine-Saint-Denis, alors que la queue était encore sur le parvis Notre-Dame (Argot des forains).

=LANTIPONNER=: Synonyme de _rasoir_ et de _bassinant_.

Généralement, les concierges passent leur temps à _lantiponner_, c’est-à-dire à bavarder (Argot du peuple).

=LAPIN= (En poser un): Promettre cinq louis à une fille, ne pas les lui donner et lui faire son mouchoir.

Faire attendre quelqu’un dans la rue par dix degrés de froid (Argot des filles). _N._

=LAPIN FERRÉ=: Gendarme à cheval (Argot des voleurs).

=LAPIN= (Un rude): Homme fort, un risque tout, en tout et en toutes choses.

Dans le peuple, une femme dit:

—Mon homme est un rude _lapin_ (Argot du peuple). _N._

=LAPIN DE COLLIDOR=: Domestique.

Quand une femme vient aux halles accompagnée d’un _larbin_, les marchandes, en remettant les achats au domestique pour les porter à la voiture, lui disent:

—Tiens, mon vieux _lapin de collidor_ (Argot du peuple). _N._

=LAPINEUR=: Genre de vol accompli par le conducteur d’omnibus qui _oublie_ de sonner les voyageurs.

_Lapineur_ vient sans doute du nom du voyageur, qu’on désignait jadis sous le nom de _lapin_ (Argot des voleurs).

=LARBIN=: Domestique (Argot du peuple).

=LARBINIER=: Complice qui se déguise en domestique pendant que le _cambrioleur_ opère.

C’est le _larbinier_ qui va préalablement en reconnaissance pour préparer le vol (Argot des voleurs).

=LARD= (Vieux): Terme de mépris employé pour qualifier les vieilles rouleuses.

Superlatif: _Vieux lard rance_ (Argot du peuple). _N._

=LARDON=: Enfant.

Diminutif de _lard_.

Dans le peuple, pour la _chair_ de l’homme ou de la femme, on dit: le _lard_; comme l’_enfant_ est le produit des deux sexes, de là, _lardon_.

Quand quelqu’un, dans une conversation, vous _pique_ à chaque moment, on dit:

—As-tu bientôt fini de me _larder_?

Allusion au veau que le charcutier _pique_ de _lardons_ (Argot du peuple). _N._

=LARGUE=: Femme publique.

Les voleurs disent _larguepé_ par une adjonction de finale.

M. Marcel Schwob dit que _largue_ s’explique par _marque_ (Villon. _J. de l’arg._), qu’on a eu _lasquemé_, puis que la finale _mé_ est tombée; de là _largue_.

Halbert d’Angers donne _largue_ ou _lasque_.

C’est _largue_ qui a subsisté (Argot des voleurs).

=LARMON=: Étain (Argot des voleurs). _N._

=LARTIF= ou =LARTILLE=: Pain (Argot des voleurs). =V.= _Bricheton_.

=LARTON=: Pain (Argot des voleurs). =V.= _Bricheton_.

=LARTONNIER=: Voleur qui a pour spécialité de dévaliser les boutiques de boulangers.

_Lartonnier_ est impropre; on devrait dire _lartonneur_ (Argot des voleurs). _N._

=LASQUÉ=: Vingt centimes (Argot des voleurs). _N._

=LA SEMAINE DES QUATRE JEUDIS=: On dit d’une personne sale et crasseuse qu’elle se débarbouille _la semaine des quatre jeudis_, c’est-à-dire jamais.

Un paresseux ne travaille jamais que cette semaine-là.

—Quand allez-vous me paver mon terme? demande un propriétaire à son locataire.

—_La semaine des quatre jeudis._

Cette expression est synonyme de remettre aux _calendes grecques_ (Argot du peuple). _N._

=LA TABLE EST MISE=: Les enfants du peuple portent des pantalons fendus par derrière, on en comprend la raison.

Quand le moutard a fait ses besoins, il oublie de rentrer sa chemise; il en passe toujours un lambeau, souvent taché de _moutarde_; les gamins lui crient:

—_La table est mise._

Allusion à la _nappe_ (Argot du peuple). _N._

=LATIF=: Linge blanc (Argot des voleurs).

=LAUMIR=: Perdre.

—Il a _laumi_ son _pognon_ (Argot des voleurs).

=LAVER=: Vendre ses _frusques_.

On dit aussi _nettoyer son complet_ (Argot du peuple).

=LAVER LA VAISSELLE=: =V.= _Descendre à la crémerie_.

=LAVER SON LINGE= (Avoir): Le condamné qui a subi sa peine a _lavé son linge_.

Il sort de prison _blanc_ comme neige (Argot des voleurs).

=LAVER SON LINGE SALE EN FAMILLE=: Se disputer dans son intérieur, se faire des reproches sanglants (Argot du peuple). _N._

=LAVEUR=: Complice qui vend aux recéleurs les effets volés (Argot des voleurs).

=LAVETTE=: Langue.

Dans le peuple, cette expression veut dire _mou_.

On dit aussi: _Mou comme une chiffe_, apocope de _chiffon rouge_, langue (Argot des voleurs). _N._

=LAVOIR=: Confessionnal.

Mot à mot, on y lave sa conscience (Argot des voleurs). =V.= _Planche à lavement_.

=LAZAGNE=: Lettre (Argot des voleurs).

=LAZAGNEUR=: Prisonnier qui écrit pour ses camarades de prison (Argot des voleurs).

=LAZZI-LOFF=: M. Prudhomme tient son fils par la main, un collégien de quinze ans, rue Notre-Dame-de-Lorette; il hèle l’omnibus Batignolles-Clichy-Odéon:

—Conducteur, vous passez rue de Tournon, devant chez Ricord?

—Oui, Monsieur.

Alors, poussant son fils dans la voiture:

—Montez, petit cochon!

(Argot du peuple). =V.= _Chaude-lance_.

=LE 36 DU MOIS=: Réponse à un créancier qui demande:

—Quand me paierez-vous? (Argot du peuple). _N._

=LÉCHARD=: Jeune homme (Argot des voleurs). _N._

=LÈCHE-CUL=: =V.= _Fleure-fesse_.

=LÉCHER=: Peindre un tableau avec un soin méticuleux.

Dans les ateliers, on dit d’un peintre _lécheur_ qu’il fait de la peinture de demoiselle (Argot des artistes peintres). _N._

=LECTURE= (Être en): Femme occupée sur sa chaise longue (Argot des filles). _N._

=LÉDÉ=: Dix centimes (Argot des voleurs). _N._

=LÈGRE=: Foire, marché (Argot des voleurs). =V.= _Légreur_.

=LEGRER=: Lever, tromper (Argot des voleurs). _N._

=LÉGREUR= (Le): Est un forain qui tient un jeu dans les foires et qui annonce, pour allécher le public, des lots imaginaires (Argot des voleurs). _N._

=LÉON=: Le président de la cour d’assises.

—Quelle _tapette_, le _léon_ de la _planche à pain_.

_Léon_, dans le peuple, est employé à tout propos:—

—Vas y _Léon_, tape dessus (Argot du peuple).

=LENTILLE=: Punaise (Argot des voleurs). _N._

=LESBONDE=: =V.= _Accouplée_.

=LES ROUTES SONT SURES ICI, ON NE VERSE PAS SOUVENT=: Exclamation d’un ivrogne dans une maison où l’on verse à boire avec parcimonie (Argot du peuple). _N._

=LES TOILES SE TOUCHENT=: Cette expression signifie ne pas avoir d’argent: les _toiles_ des poches se touchent (Argot du peuple). _N._

=LES VINGT-HUIT JOURS=: Quand les réservistes partent, ils emportent généralement dans un mouchoir quelques menus objets de toilette.

Quand les agents arrêtent un individu, on le conduit au poste de police où on le fouille très minutieusement; les objets qu’il possède sont enveloppés dans un mouchoir. Quand le lendemain, à 9 heures du matin, on le conduit au bureau du commissaire de police, l’agent qui le tient porte le petit paquet; comme généralement ils sont huit ou dix à la file, quand ils passent, le peuple dit par allusion: Tiens! _les vingt-huit jours!_ (Argot du peuple). _N._

=LESSIVANT=: Avocat d’office (Argot des voleurs).

=LESSIVEUR=: Avocat.

Il y a souvent des clients qui en ont besoin d’une rude de _lessive_ pour blanchir leur conscience. =V.= _Blanchisseur_.

=LESSIVEUR DE PÉTROUSQUIN=: Voleur qui dévalise les paysans. Mot à mot: Il les _lessive_ (Argot des voleurs).

=LEVAGE AU CRACHOIR= (Un):

Lever une femme par une faconde intarissable, l’éblouir par un luxe de paroles, pour l’empêcher de songer à la _galette_ (Argot du peuple).

=LEVANQUÉ=: Deux francs (Argot des voleurs). _N._

=LÈVE-PIEDS=: =V.= _Montante_.

=LEVER=: _Lever une affaire_, la prendre à un autre.

_Lever_ un homme au café ou sur une promenade publique.

—À quelle heure vous _levez_-vous?

—Quand on me couche (Argot des filles).

=LEVER LA LETTRE=: Prendre les lettres dans la casse pour aligner les mots dans le composteur et former les phrases (Argot d’imprimerie).

=LEVER LE CUL DEVANT= (S’être): Être de mauvaise humeur.

On dit aussi: il est de mauvais poil (Argot du peuple).

=LEVER LE PIED=: =V.= _Mettre la clé sous la porte_.

=LICHANCE=: Repas épatant où les convives repus roulent sous la table.

—À la noce de mon cousin Bo-bosse, il y a eu une si _bath lichance_, que j’en ai _boulotté_ pour quinze jours (Argot du peuple).

=LICHE-FRITE=: Pommes de terre frites (Argot du peuple).

=LIGNARD=: =V.= _Fantaboche_.

=LIGOTTANTE=: La corde (Argot des voleurs).

=LIGOTTER=: Attacher les mains.

Quand le prisonnier est trop récalcitrant, on le ficèlle comme un saucisson (Argot du peuple).

=LIMACE=: =V.= _Rodeuse_.

=LIMACE=: Chemise (Argot du peuple).

=LIMANDE=: Plate comme une _limande_.

—Prends garde, ta _limande_ va te couper dans le _pieu_.

On dit également d’une femme qui a la _figure en lame de couteau_:

—Elle a une gueule de _limande_.

Quand elle grimace:

—Elle a une gueule de raie (Argot du peuple). =V.= _Sac à os_.

=LIME=: Diminutif de _limace_ (Argot des souteneurs).

=LIMER=: Fait qui se produit après trente ans de mariage (Argot du peuple).

=LIMONADE=: Eau.

Tomber dans la _limonade_, ce n’est pas «se laisser choir dans l’eau», comme le dit A. Delvau, c’est tomber dans la misère:—Il est tombé dans la _limonade_.

Il existe à ce sujet une chanson:

Ah! il est tombé dans la _limonade_.

(Argot du peuple). _N._

=LIMOUSINIER=: Voleur de tuyaux de plomb dans les maisons en construction.

Il se nomme également voleur de _gras double_, parce que les feuilles de plomb ou de zinc roulées ressemblent aux rouleaux de tripes que l’on voit à l’étalage des tripiers (Argot du peuple).

=LINCÉ=: Vingt-cinq centimes (Argot des voleurs).

=LINGE LAVÉ= (Avoir son):

Les voleurs en prison comme les troupiers, n’ont plus à s’occuper de la blanchisseuse (Argot des voleurs).

=LINGOT=: Forain qui met de la porcelaine ou de la verrerie en loterie.

La roue qui tourne pour indiquer le numéro gagnant se nomme un _lingot_ (Argot des forains). _N._

=LINGRE=: Couteau.

Quelques auteurs disent _lingue_, c’est une erreur, _lingre_ est une corruption de _Langres_, ville renommée pour la fabrication de ses couteaux (Argot des voleurs).

=LINGREUR=: Assassin qui tue à l’aide d’un couteau (Argot des voleurs).

=LINSPRE= ou =L’INSAPRÉ=: C’est plutôt cette dernière expression qui est la vraie, car elle signifie _inspecteur_ et non _prince_ (Argot des bouchers).

=LINVÉ=: Un franc (Argot des voleurs). _N._

=LIQUETTE=: =V.= _Limace_.

=LIQUIDE DE BACCHUS=: Vin (Argot du peuple).

=LIQUIDE DE CANARD=: Eau (Argot du peuple). =V.= _Lance_.

=LIRE AUX ASTRES=: Synonyme de _bailler à la lune_, mettre trois heures pour faire une course de cinq minutes (Argot du peuple). =V.= _Gobe-mouches_.

=LISDRÉ=: =V.= _Fricadier_.

=LITARGE=: =V.= _Lance_.

=LIVRAISON DE BOIS DEVANT LA PORTE=: =V.= _Capitonnée_.

=LOCANDIER=: =V.= _Bonjourier_.

=LOCANDIER=: Variété de voleur au bonjour (Argot des voleurs). =V.= _Bonjourier_.

=LOCHE=: Oreilles (Argot des voleurs). =V.= _Esgourdes_.

=LOCHE=: Paresseux, fainéant.

Allusion à la _loche_ qui se traîne péniblement.

On dit également: Paresseux comme un _loir_.

Le _loir_ dort au soleil (Argot du peuple). _N._

=LOCHER=: Branler, tomber.

—Tu _branles_ dans le manche, tu vas être renvoyé de ta place.

Ce à quoi les farceurs répondent:

—Tout ce qui _branle_ ne _tombe_ pas (Argot du peuple). _N._

=LOGER RUE DU CROISSANT=: Si tous les maris cocus devaient rester rue du Croissant, il faudrait prolonger cette rue jusqu’à Vincennes (Argot du peuple). =V.= _Joseph_. _N._

=LOITÉ=: Quinze centimes (Argot des voleurs). _N._

=LONG DU MUR= (Le): Les murs sont blancs; quand on s’y frotte, on blanchit ses effets.

Allusion à une bonne qui, avant d’entrer en place, demande ce qu’elle gagnera:

—Nourrie, vingt francs par mois, un jour de sortie.

—Et blanchie?

—Le _long des murs_ (Argot du peuple). _N._

=LONGE=: =V.= _Berge_.

=LOPHEUR=: Fabricant de faux papiers (Argot des voleurs).

=LOQUES=: Vieux vêtements usés jusqu’à la corde.

Cette expression s’applique également aux vieux morceaux de ferrailles qui servent d’enjeu aux enfants (Argot du peuple).

=LORCEFÉ DES PONIFFES=: Prison de Saint-Lazare (Argot des filles).

=LORGNE=: Borgne.

On dit aussi: _lorgnebé_. Le _borgne_ ne _lorgne_ que d’un œil.

On dit aussi: Il ne peut voir que d’_un bon œil_ (Argot du peuple).

=LOUCHONNE=: La cuillère (Argot des voleurs). _N._

=LOUF=: Abréviation de _loufoque_ (Argot du peuple).

=LOUFIARDER=: Vesser sourdement (Argot du peuple). _N._

=LOUFOQUE=: Fou (Argot des bouchers).

=LOUP=: =V.= _Contre-coup_.

=LOUPEUR=: Mauvais ouvrier qui flâne, qui tue le temps en _loupant_ pour attendre l’heure de la sortie et qui a plus souvent les yeux fixés sur la pendule que sur son ouvrage.

En 1848, un marchand de vins, boulevard de Belleville, avait pris pour enseigne: _Au camp de la loupe_, tenu par _Feignant_ (Argot du peuple).

=LOUPEUR=: Désigne le voleur qui, à la tombée de la nuit, vole des diamants chez les bijoutiers au moyen d’une _loupe_ à deux branches (Argot des voleurs).

=LOUP-CERVIER=: Alors que les _boursiers_ se réunissaient devant Tortoni, on les nommait ainsi.

Aujourd’hui, l’expression n’est plus en vogue, mais le _boursier_ est toujours synonyme de _loup-cervier_ (Argot des boursiers).

=LOUPIOT=: Enfant (Argot du peuple).

=LOURDIER= (Le): =V.= _Pessigner les lourdes_.

=LUISANT=: Le jour (Argot des voleurs). _N._

=LUISARD=: =V.= _Bourguignon_.

=LUMIGNON=: =V.= _Bourguignon_.

=LUNE= (La faire voir): Montrer son cul:

Quand j’étais petit je n’étais pas grand Je montrais mon cul à tous les passants.

Allusion à la rondeur; facile à comprendre (Argot du peuple).

=LUQUEUR=: Voleur qui escroque les gens à l’aide de faux papiers (Argot des voleurs).

=LUSQUINEUR=: Voleur qui s’habille en charbonnier pour dévaliser les haquets des véritables charbonniers. C’est une variété du _roulottier_ (Argot des voleurs).

=LUSQUIN=: Charbon (Argot des voleurs).

=LUSTRE=: =V.= _Palpeurs_.

M

=MAC=: Diminutif de maquereau.

Quelques-uns écrivent _mec_, d’autres _mecque_.

C’est _mac_ qui est le vrai mot (Argot des souteneurs).

=MACADAM=: Accoster les hommes. _L_. _L_.

On voit d’ici les filles faire le _macadam_ qui est la chaussée des boulevards, pour raccrocher sans doute les omnibus, les fiacres et les becs de gaz.

_Macadam_ est le nom donné à un vin blanc épais, venant soi-disant de Montbazillac, qui est vendu par les mastroquets au moment des vendanges (Argot du peuple). _N._

=MACARONER=: Vient de _macaron_.

_Macaron_ dans le peuple veut dire _huissier_; dans l’argot des voleurs, il veut dire _traître_.

Il est vrai qu’il n’y a pas grande différence entre les deux.

Un voleur est traître en _dénonçant_ ses complices; un huissier est traître vis-à-vis des malheureux (Argot des voleurs). _N._

=MACÉDOINE=: Combustible. _L. L._

_Macédoine_ est une salade composée de toutes sortes de légumes; on la nomme _salade russe_.

_Macédoine_ est également synonyme d’_arlequin_ (Argot du peuple). _N._

=MACHER LES MOTS= (Ne pas): Dire carrément à quelqu’un ce que l’on pense.

Parler grossièrement; ainsi, dans le peuple, quand on dit _merde_ à quelqu’un, on répond: _mâche_ (Argot du peuple). _N._

=MACROTIN=: Petit maquereau d’occasion qui glane par-ci par-là quelques sous, en attendant qu’il soit assez fort pour avoir une _marmite_ à lui seul.

Le petit _macrotin_ commence généralement à être _raton_ et _pégriot_ (Argot des souteneurs). _N._

=MACCHABÉE=: Cadavre.

Se dit plus particulièrement d’un noyé que les mariniers retirent de l’eau.

Les croque-morts disent aussi du mort qu’ils vont enlever:

—Emballons vivement le _macchabée_, il _fouette_ à en crever (Argot du peuple). =V.= _Bouffi_.

=MADAME LA RESSOURCE=: La marchande à la toilette, la brocanteuse, le mont-de-piété (ma tante), tous ces rongeurs sont _madame la Ressource_ pour les pauvres gens qui vendent ou engagent leurs dernières nippes (Argot du peuple).

=MADEMOISELLE DU BITUME=: Péripatétitienne qui foule le _bitume_ du matin au soir.

Le _bitume_, c’est son atelier, son champ de manœuvres, elle y règne en souveraine, elle l’a conquis à la pointe de ses bottines (Argot du peuple).

=MADEMOISELLE DU PONT NEUF=: Fille publique.

L’allusion est typique.

Comme sur le _Pont-neuf_ tout le monde y passe librement, avec cette différence, toutefois que le pont est à péage (Argot du peuple). _N._

=MADRICE=: Finesse.

Vient de _madré_.

—Il a _roulé_ le _palpeur_. Il est rien _madrice_, le _gonce_ (Argot des voleurs).

=MAGASIN DE BLANC=: Maison de tolérance.

Il est assez difficile d’expliquer le pourquoi de cette expression; elle vient sans doute de ce que dans le peuple, tous ceux qui vivent de la femme sont des _mangeurs de blanc_.

La maquerelle est dans ce cas (Argot du peuple). _N._

=MAGNES=: Abréviation de _manières_.

Magne est ici pour _façon_.

—Ne fais donc pas tant de _magnes_, il faut y aller carrément.

—Tu fais des _magnes_ ma vieille, ça ne prend pas (Argot du peuple). _N._

=MAILLOCHÉ= (Il est): Synonyme d’avoir reçu un coup de marteau.

On connaît la légende de Martin et Martine, de l’horloge de Cambrai, qui a donné naissance au dicton populaire pour qualifier un être déséquilibré:

—Il a passé à Cambrai, il a reçu un coup de marteau.

Mot à mot: _il est timbré_ (Argot du peuple). _N._

=MAILLOCHONS=: Les pieds.

Allusion au bruit que font les pieds en marchant.

—Ils frappent le pavé, ce qui produit des coups de _mailloche_ (Argot des voleurs). _N._

=MAÎTRES CHANTEURS=: Individus qui font payer des imbéciles pour acheter leur silence.

Il y en a de différentes catégories.

Le _maître chanteur_ financier qui fait _chanter_ les sociétés financières.

Le _maître chanteur_ qui se sert d’un _Jésus_ pour faire _chanter_ l’homme à passions contre nature.

Il y a des _maîtres chanteurs_ dans toutes les classes de la société (Argot du peuple).

=MAÎTRESSE DE PIANO=: Professeur qui apprend aux cocottes illettrées le moyen de tirer des carottes par correspondance à leurs amants.

En fait de musique elle coupe les cors et tire les cartes.

Elle procure au besoin (Argot des filles).

=MAJOR DE TABLE D’HÔTE=: Individu à tout faire, qui est maquereau à l’occasion.

Le _major_ a toutes les apparences d’un militaire en retraite; il porte à la boutonnière une rosette multicolore d’ordres exotiques. Le _major de table d’hôte_ est un _rastaquouère_ de premier ordre (Argot du peuple et des filles).

=MAL BLANCHI=: Nègre.

Une plaisanterie populaire très usitée consiste à dire à un nègre:

—Si on te conduit chez le commissaire, je ne te vois pas blanc (Argot du peuple). _N._

=MALADIE=: Emprisonné (Argot des voleurs).

=MALTAISE=: Pièce de vingt francs (Argot des voleurs). =V.= _Sigue_.

=MALTOUSE=: Contrebande.

Halbert d’Angers dit _pasquiner la maltouse_.

C’est une erreur; c’est _pastiquer_, parce que ce mot veut dire _passer_.

Mot à mot, _pastiquer_ la _maltouse_: passer de la contrebande, faire la fraude sur des objets soumis aux droits de l’octroi (Argot des voleurs).

=MAMAN-MACA=: Maquerelle qui tient une maison de tolérance.

Les pensionnaires appellent la tenancière _maman_; quand elle est vieille, ce qui est fréquent, elles y joignent le mot _maca_, abréviation de _macaque_ qui, dans le peuple, signifie _vieille guenon_ (Argot des filles). _N._

=MANCHE= (Faire la): Mendier, quêter.

Les voleurs restés en liberté font la _manche_ pour venir en aide à un camarade qui est en prison.

Les sœurs de charité font la _manche_ dans les maisons aisées pour soulager les pauvres et les malades des hôpitaux (Argot des voleurs). _N._

=MANCHE À MANCHE=: Quand deux adversaires ont perdu chacun une partie, ils sont _manche à manche_ (Argot des voleurs). =V.= _Belle_.

=MANCHON= (Avoir des vers dans son): Avoir le crâne dénudé par place.

Allusion aux mites qui font des stries dans les étoffes de laine (Argot du peuple).

=MANDOLLE= (En jeter une): Donner un soufilet à quelqu’un (Argot des voleurs). =V.= _Giroflée à cinq feuilles_.

=MANGER LA GRENOUILLE=: Caissier qui mange le contenu de la caisse.

Notaire qui vole les fonds qui lui sont confiés.

Sergent-major qui lève le pied avec la solde de sa compagnie.

Se dit en général de tous ceux qui _mangent_ l’argent qui ne leur appartient pas.

Cette expression vient de ce que, en Hollande, les banquiers avaient pour emblème protecteur, sur la serrure de leur coffre-fort, une _grenouille_ en bronze; lorsque le coffre-fort était fracturé, la _grenouille_ était déplacée. De là, _manger la grenouille_ (Argot du peuple). _N._

=MANGER LE MORCEAU=: Dénoncer ses complices, ou avouer ses méfaits (Argot des voleurs). =V.= _Mouton_.

=MANGER DE LA VACHE ENRAGÉE=: Malheureux qui ne mange pas tous les jours.

—Ah! tu ne veux pas travailler, propre à rien, tu vas foutre le camp, tu _mangeras de la vache enragée_ (Argot du peuple).

=MANGER DU PAIN ET DU FROMAGE=: Repas de funérailles.

C’est une vieille coutume.

Quand on enterre un camarade, on _mange du pain et du fromage_, ou on casse la gueule à un lapin en souvenir du mort (Argot du peuple).

=MANGER LE BON DIEU=: Communier.

L’allusion est claire (Argot du peuple).

=MANGER SUR L’ORGUE=: Charger un complice.

Mot à mot: lui mettre ses méfaits sur le dos pour essayer de s’en décharger (Argot des voleurs).

=MANGEUR DE BLANC=: Homme qui vit aux dépens des autres, et particulièrement des femmes qui se livrent à la prostitution.

L’allusion est suffisamment claire pour se passer d’explication (Argot du peuple).

=MANGEUSE DE VIANDE CRUE=: Cette figure dégoûtante, mais très caractéristique, désigne une fille publique qui a une certaine spécialité (Argot des souteneurs).

=MANNEQUIN= (Tu n’es qu’un): Pas grand’chose de bon.

_Mannequin_: individu guindé, habillé à la dernière mode.

Mot à mot, qui ressemble à un _mannequin_ exposé à la porte d’un tailleur.

_Mannequin_: hotte de chiffonnier (Argot du peuple).

=MANNEQUIN DE MACHABÉES=: Corbillard.

Allusion au _panier_ dans lequel est jeté le condamné après l’exécution (Argot des voleurs). =V.= _Omnibus de coni_.

=MAQUEREAU=: Les uns croient que ce mot vient de l’hébreu _machar_, qui signifie vendre, parce que c’est le métier de ces sortes de gens de vendre les faveurs des filles.

D’autres font dériver cette expression d’_aquarius_ ou d’_aquariolas_, parce que chez les Romains les porteurs d’eau étaient les intermédiaires de la prostitution, d’où nous avons fait, en ajoutant la lettre _M_, _Maquariolus_, et que de là s’est formé le nom de _maquereau_.

D’autres encore affirment que ce mot vient du latin _macalarellus_, parce que dans les anciennes comédies, à Rome, les proxénètes de la débauche portaient des habits bizarres, et ils étayent leur opinion sur ce que ce nom n’a été donné à l’un de nos poissons de mer que parce qu’il est mélangé de plusieurs couleurs dans le dos (Dessessart, _Dictionnaire de police_, Bulenger _opuscul_.)

Quoi qu’il en soit, la signification du mot _maquereau_ est de vivre aux dépens de quelqu’un, mais l’expression s’applique plus généralement à ceux qui vivent de la prostitution des femmes.

_Souteneur_, qui vit des filles publiques, ou mari qui laisse sa femme se prostituer, lequel est un _maquereau légitime_ (Argot du peuple).

=MAQUERELLE=: Maîtresse de maisons de tolérance ou de maisons de rendez-vous, femme qui vit du travail des filles (Argot du peuple). =V.= _Maman-Maca_.

=MAQUECÉE=: Abbesse d’une maison de tolérance.

Vient des deux mots: _maq_, abréviation de _maquerelle_, et de _cé_, femme d’argent; de là _maquecée_ (Argot des souteneurs). _N._

=MAQUILLER=: Se farder le visage.

Pour réparer des _nuits_ l’irréparable outrage.

Quand un ouvrage est raté, on le _maquille_ pour le faire accepter.

_Maquiller un tableau._ Il existe des peintres spéciaux qui font du vieux avec du neuf.

Une toile est fabriquée par un rapin quelconque, une signature de maître figure au bas, le _maquilleur_ lui donne l’aspect de la vétusté, et un amateur naïf l’achète.

Il y a comme cela des Velasquez peints à Montmartre (Argot des filles et des peintres). _N._

=MAQUILLEUSE DE BRÊMES=: La tireuse de cartes.

Il en existe de célèbres dans le monde des filles. Elles font des recettes fructueuses.

La _maquilleuse de brêmes_ ne se borne pas à tirer les cartes, elle procure pour les deux sexes.

Généralement, c’est une ancienne fille sur le retour qui ne peut plus peloter que le valet de cœur (Argot des filles).

=MARBRE=: Ainsi nommé parce que c’est une table en fonte.

Table sur laquelle les typographes alignent les _paquets_ composant les articles.

_Avoir un article sur le marbre_: attendre son tour pour être imprimé.

Quand un article reste trop longtemps sur le marbre, il faut le distribuer.

_Marbre_ est une ironie pour les pauvres journalistes.

Leurs articles _refroidissent_ sur le marbre (Argot d’imprimerie). _N._

=MARCANDIER=: Cette expression désigne les marchands, quel que soit leur commerce (Argot des voleurs).

=MARCHAND DE MORT SUBITE=: Le maître d’armes et le bourreau.

Le maître d’armes apprend à ses élèves les moyens de tuer un homme proprement.

Le bourreau coupe la tête du condamné pour lui apprendre à vivre (Argot du peuple). _N._

=MARCHER DEDANS=: Mettre les pieds sur une _sentinelle_.

_Marcher dans la merde_, suivant un dicton populaire, cela porte bonheur.

On dit d’un homme heureux en toutes choses, à qui tout réussit:

—C’est pas possible, il a _marché dans la merde_.

On dit également:

—Il a _écrasé un colombin_ (Argot du peuple). _N._

=MARCHER SUR LE DERNIER QUARTIER=: User le restant de ses souliers.

Par dérision, on dit à un homme dont les souliers boivent l’eau du ruisseau:

—Tes _pafs_ sont _pochards_.

On dit encore:

—Tu vas t’enrhumer, tes _rigodons_ ont un courant d’air (Argot du peuple). _N._

=MARCHEUSE=: Belle femme qui figure à l’Opéra.

_Marcheuse_: la femme qui appelait les passants en termes très engageants; elle détaillait avec complaisance les charmes de la marchandise qui était dans l’intérieur de la maison.

La _marcheuse_ était généralement un _beefteack à corbeau_ hors d’âge et de service.

Les _marcheuses_ furent supprimées à la porte des maisons de tolérance par arrêté de M. Andrieux, préfet de police, en 1881 (Argot des souteneurs).

=MARGOT=: Femme de peu.

—Tu n’es qu’une sale _Margot_.

Pourquoi chercher dans _Margot_ le diminutif de _Marguerite_?

Toutes les _Marguerites_ ne sont pas de Bourgogne.

Il y en a qu’on aimerait à effeuiller.

On dit aussi _Margoton_ (Argot du peuple). _N._

=MARGOULETTE=: La bouche.

Il existe en Bourgogne des vases en terre vernissée qui ont un _goulot_ semblable à la bouche. Pour cette raison, on appelle ces vases des _goulettes_.

_Mar_ a tout simplement été ajouté, déformant le mot primitif pour en former un autre qui a le même sens, car les nourrices disent aux enfants:

—Viens que j’embrasse ta petite _goulette_.

_Rincer la margoulette_ à un ami, c’est lui payer à boire (Argot du peuple), _N._

=MARGOULIN=: Débiteur de mauvaises boissons.

Marchand de vin qui a une fontaine dans sa cave pour fabriquer le fameux cru de _Château la Pompe_.

_Margoulin_: méchant ouvrier, fainéant, grossier, brutal, qui lève plus souvent le coude qu’un marteau.

C’est, dans le peuple, un gros terme de mépris que de dire à un individu:

—Tu n’es qu’un _margoulin_! (Argot du peuple). _N._

=MARIAGE À LA DÉTREMPE=: Mariage à la colle. Quand elle est trop _détrempée_, le papier ne tient pas.

Autrefois, avant l’annexion de la banlieue à Paris, on disait:

—Ils sont mariés au treizième arrondissement.

Parce qu’il n’y en avait que douze.

Aujourd’hui on dit au vingt et unième, parce qu’il n’y en a que vingt (Argot du peuple). _N._

=MARIE-COUCHE-TOI-LA=: Femme qui se met sur le dos pour un oui ou un non.

Rôdeuse de caserne (Argot des troupiers). _N._

=MARIE-SAC-AU-DOS=: Femme toujours prête.

Allusion aux troupiers qui, quand le quartier est consigné en vue d’un événement quelconque, campent dans la cour de la caserne _sac au dos, prêts_ à partir (Argot des troupiers). =V.= _Rempardeuses_. _N._

=MARIE-PIQUE-REMPART=: Femme qui rôde la nuit sur les remparts, aux environs des postes de soldats.

On devine ce qu’elle _cherche_: un gîte et un restant de soupe.

Huit ou dix jours plus tard, le troupier sait ce qu’elle a _apporté_ (Argot des troupiers). _N._

=MARIOLE=: Malin, rusé, roublard.

On est _mariole_ ou on le fait.

Dans les ateliers, un _mariole_ passe pour un phénix.

_Mariole_ doit être pris ici comme synonyme de _marlou_.

—Tu n’as pas _coupé la patte à coco_, tu n’es pas si _mariole_ que ça, on pourrait bien _te river ton clou_.

Il existe une chanson qui dit:

Tant qu’il y aura des _pantes_, Les _marioles_ boulotteront.

(Argot du peuple et des souteneurs). =N.=

=MARKOUSE=: Carte marquée visiblement par le _bonneteur_. Mais aussitôt qu’elle a été vue par la dupe, elle est _démarquée_.

Il la devine, mais ce n’est plus la même (Argot des camelots).

=MARLOU=: Individu qui vit de la prostitution des femmes.

_Marlou_ vient du vieux mot _marlier_, avec un changement de finale (Argot des filles).

=MARLOU À LA MIE DE PAIN=: _Marlou_ qui ne sait pas faire travailler sa _marmite_ ou qui en a une récalcitrante.

Je lis dans les _Lamentations d’un souteneur_:

Quoi? C’est éteint... tu r’buttes au flanche. Y’a pu de trottinage à la clé. Des dattes pour que tu fass’ la planche, L’anse de la marmite est cassée.

(Argot des souteneurs). _N._

=MARLOUPIN=: Jeune _marlou_ qui fait son apprentissage dans les bals publics.

On dit aussi _goussepin_: petit vagabond dont la première étape est la petite Roquette et la dernière souvent, la grande.

_Goussepin gouspiné_: voler (Argot des voleurs).

=MARLOUSIER=: Malin, rusé, diminutif de _marlou_ (Argot des souteneurs).

=MARMITE=: D’après M. _Lorédan Larchey_, c’est une fille publique nourrissant son souteneur.

Un souteneur sans sa marmite est un ouvrier sans ouvrage, dit _Canler_.

_La marmite de terre_ est une prostituée qui ne gagne pas de _pognon_ à son souteneur.

La _marmite de fer_ commence à être cotée; elle gagne un peu de _galette_.

La _marmite de cuivre_, suivant _Halbert_, c’est une mine d’or.

_Marmite_, d’après _Pierre_, est une femme qui n’abandonne pas son mari ou son amant en prison et lui porte des secours.

Le peuple qui ne cherche ni si haut ni si loin, considère tout tranquillement la femme comme une _marmite_.

Quand elle trompe son mari avec son consentement, _elle fait bouillir la marmite_.

Quand elle fait la noce pour son compte, qu’elle ne rapporte pas, _il y a un crêpe sur la marmite_ (Argot du peuple). _N._

=MARMITE ANARCHISTE=: Comme la précédente, celle-là ne rapporte pas; elle fait sauter—pas les écus, mais les maisons.

C’est une _marmite_ qui n’est guère en faveur, car elle fait perdre la tête (Argot du peuple). _N._

=MARMITEUX=: Homme qui a sans cesse la larme à l’œil.

Corruption par extension du mot _miteux_ (qui a la cire aux yeux) (Argot du peuple). _N._

=MARMITON DE DOMANGE=: Vidangeur.

On dit aussi: _marmiton de Richer_ (Argot du peuple).

=MARMOTTE=: Madras que les marchandes portent encore sur la tête en guise de coiffure.

_Marmotte_: diminutif de _marmite_.

—Tu n’es qu’une sale _marmotte_ (Argot du peuple).

=MARMOUSET=: Le pot au feu.

—Amène-ta _morue_ ce soir, nous _boulotterons_, mince de _bidoche_ dans le _marmouset_.

Allusion au bruit que fait l’eau en bouillant: elle _marmouse_ (Argot des voleurs).

=MARNER=: Signifie travailler.

Les voleurs disent également _marner_ pour voler, puisque voler est pour eux travailler.

_Marner_ est une variété du _vol à l’embrassade_, à l’exception toutefois qu’il est généralement pratiqué par des femmes (Argot des voleurs).

=MARNEUSES=: Filles publiques qui travaillent au bord des rivières.

On dit aussi: _poniffes_ et _magneuses_.

Cette dernière expression indique une spécialité (Argot des souteneurs).

=MARNOIS=: Souliers énormes.

Synonyme de _péniche_ (Argot des voleurs).

=MARRAINE=: Témoin femelle (Argot des voleurs).

=MARRÉ=: En avoir assez, s’ennuyer d’être en prison.

—Je vais me _marrer_ pendant cinq _berges_ (Argot des voleurs).

=MAROTTE= (Avoir une): Idée fixe qui varie suivant les tempéraments.

Tous les collectionneurs sont des gens à _marotte_.

_Marotte_ est synonyme de _dada_.

_Marotte_ signifie également _chanter_.

—À toi, la Saucisse, c’est ton tour de _marotte_ (Argot des voleurs). _N._

=MARRON=: Livre imprimé clandestinement (Argot d’imprimerie).

=MARRONNER UN GRINCHISSAGE=: Cette expression n’est pas juste, car _marronner_ veut dire en vieux français _pirate_, et, en même temps, _bouder_, _murmurer_ entre ses dents.

Les voleurs l’emploient pour dire qu’ils ont _manqué un vol_ (Argot des voleurs). _N._

=MARQUE-MAL=: Se dit de quelqu’un qui a un vilain aspect (Argot du peuple).

=MARQUÉ OU MARQUETS=: Mois (Argot des voleurs).

=MARQUÉ= (Il est): Être gravé par la petite vérole (Argot du peuple). =V.= _Poêle à marrons_.

=MARQUÉ=: Être ridé comme une vieille pomme (Argot du peuple).

=MARQUE DE CÉ=: Femme légitime de voleur.

Femme d’argent (Argot des voleurs).

=MARQUER= (Ne plus): Femme qui n’a plus d’échéance à chaque fin de mois (Argot du peuple).

=MARQUER À LA FOURCHETTE=: Marchand de vin qui majore ses notes.

Allusion aux quatre dents de la fourchette; il fait quatre raies à la fois (Argot du peuple).

=MARQUIS DE LA BOURSE PLATE=: Homme absolument sans le sou (Argot du peuple). =V.= _Les toiles se touchent_.

=MASTIC=: Terme usité en imprimerie pour indiquer qu’il y a erreur dans le classement des phrases et des alinéas, ce qui rend l’article tout à fait incompréhensible (Argot d’imprimeur). _N._

=MASTIC= (Péter sur le): Le peintre en bâtiment qui, le lundi, veut flâner, emploie cette expression pour dire qu’il ne veut pas travailler:

—Je _pète sur le mastic_ (Argot du peuple). _N._

=MASTROQUET=: Marchand de vin.

Dernière transformation du mot _mannezingue_.

_Mann_, homme, _zinc_, par corruption _zingue_, comptoir (Argot du peuple). =V.= _Bistro_.

=MASSEPAIN=: Ce nom se donne généralement à une sorte de gâteau que l’on vend dans les foires; il a aujourd’hui une signification bien autrement «fin-de-siècle»; il sert à désigner la catégorie d’individus qui ont à Paris des salons d’essayages pour dames, avant de les expédier dans les maisons hospitalières de France ou de l’étranger (Argot des souteneurs). _N._

=MASSER=: Travailler, peiner ferme.

Allusion au cantonnier qui casse avec une _masse_ les cailloux sur les routes.

Il n’existe pas de métier plus pénible, il est vrai qu’ils n’en prennent qu’à leur aise, car la sueur des cantonniers n’a pas de prix.

Ce n’est sûrement pas eux qui ont créé la fameuse, légende, que les riches mangeaient la sueur du peuple (Argot du peuple). _N._

=MASTARDIER=: Faire le _mastar_ au _gras_ double (Argot des voleurs). =V.= _Limousinier_.

=MATADOR=: Homme riche ou qui en a les apparences.

—Tu fais le _matador_, pour: Tu fais rudement tes embarras (Argot du peuple).

=MATADOR=: Partie de dominos.

Les gros dés: double-six, double-cinq, etc., sont les _matadors_ (Argot du boulevard). _N._

=MATELASSÉE=: Femme qui a des seins énormes.

Son estomac est matelassée.

Quand c’est une fille et qu’elle maigrit, son souteneur lui dit:

—Tu t’débines des _matelassés_.

Quand une femme est plate comme une limande elle se _matelasse_ en bourrant son corset d’assez de coton pour donner l’illusion.

Les femmes fin-de-siècle en portent en caoutchouc qu’elles gonflent chaque matin (Argot des souteneurs). _N._

=MATHURINS=: Dés pipés qui servent aux camelots pour voler au 7, au _passe-dix_ et à la _consolation_ (Argot des camelots).

=MAZAGRAN=: Café servi dans un verre.

Par abréviation on dit un _mazag_ (Argot du peuple).

=MEC= pour _meg_: Chef, patron, Dieu, le _mec plus ultra_ (Argot des voleurs).

=MEC À LA COLLE FORTE=: Se dit d’un voleur redoutable, par opposition au _mec à la mie de pain_.

Voleur de rien (Argot des voleurs).

=MÈCHE=: Les mauvais ouvriers qui voyagent sans cesse demandent _mèche_ dans les ateliers qu’ils rencontrent sur leur route:

—Y a-t-il _mèche_ de travailler?

_Mèche_ pour _moyen_ (Argot du peuple).

=MÉDAILLE= ou =MÉDAILLON=: =V.= _Pièce de dix sous_.

=MÉDAILLON=: Derrière.

Les joueurs de manille appellent ainsi les as, par corruption de _manillon_; quelques-uns disent le _merdaillon_ (Argot du peuple). _N._

=MEG DE LA ROUSSE= (Le grand): Le préfet de police (Argot des voleurs). =V.= _Dabe des renifleurs_.

=MÉLASSE= (Être dans la): Dans la misère jusqu’au cou (Argot du peuple) =V.= _Purée_.

=MÊLÉ CASS.=: Mélange d’eau-de-vie et de cassis que les ouvriers boivent le matin sur le zinc pour _tuer le ver_.

On dit dans le peuple:

—Faire ses dévotions à Notre-Dame de Mêlé-Cassis (Argot du peuple). _N._

=MELET=: Petit, petite (Argot des voleurs).

=MENÉE=: Une douzaine.

—Nous étions une _menée_ pour _ratiboiser_ le _goncier_; pas _mèche_ d’en venir à bout, c’était un _rude lapin_ (Argot des voleurs).

=MENDIGOT=: Mendiant.

D’un petit mendiant on dit qu’il _mendigotte_.

_Mendigot_, changement de finale (Argot du peuple).

=MENER PAS LARGE= (N’en): Être fort mal à son aise.

Mot à mot: _serrer les fesses_ ou n’être pas dans _ses petits papiers_.

Le condamné qui va être exécuté _n’en mène pas large_ (Argot du peuple).

=MENESSE=: Femme (Argot des souteneurs).

=MENTEUSE=: Langue.

On dit par opposition d’une langue d’animal:

—Allons manger une langue qui n’a jamais _menti_.

Parce qu’elle ne parle pas (Argot du peuple).

=MENOUILLE=: Monnaie (Argot du peuple).

=MENTON DE GALOCHE=: Menton qui avance comme celui du classique Polichinelle.

On dit de celui ou de celle qui possède un menton semblable qu’il fait carnaval avec son nez (Argot du peuple).

=MÉQUARD=: Commandant d’une bande de voleurs (Argot des voleurs).

=MERCE=: Pour _merci_ (Argot des voleurs).

=MERDAILLON=: Moins que rien, une _sous-merde_ (Argot du peuple). =V.= _Avorton_.

=MERDE=: À bout d’argument, dans le peuple, on dit:

—_Merde_, est-ce français?

C’est-à-dire: Me comprends-tu?

Ce à quoi on répond:

—Goûtes tes paroles.

—Tu peux te retourner et te mettre à table.

—S’il pleuvait de la merde et que chacun en ait suivant son grade, t’en aurais un rude paquet, car tu es le colonel des imbéciles (Argot du peuple). _N._

=MÈRE AU BLEU=: La guillotine. Les voleurs veulent faire croire que c’est le chemin du _ciel_. _A. D._

Pas du tout, c’est parce que le condamné n’y voit que du _bleu_ (Argot des voleurs).

=MÈRE D’OCCASION=: Les mendiantes louent à des industriels du quartier Mouffetard des petits enfants qu’elles traînent dans les rues pour exciter la charité publique.

Ces enfants changent chaque jour de _mère_; de là, _mère d’occasion_ ou de rencontre (Argot du peuple). _N._

=MERLAN= (Rouler des yeux de merlan frit).

Homme langoureux et timide qui, n’osant adresser la parole à une femme, la regarde en roulant des yeux (Argot du peuple). _N._

=MERLAN=: Coiffeur perruquier.

Quand le perruquier met de la poudre de riz à son client, il l’enfarine comme le merlan avant d’être mis dans la poêle à frire (Argot du peuple).

=MESSE= (Être à la): Quand un ouvrier arrive à l’atelier cinq minutes après la cloche, la porte est fermée, il perd un tiers ou une demie journée; il va pendant ce temps boire des canons sur le zinc, l’autel des pochards; le mastroquet officie.

De là, _aller à la messe_ (Argot du peuple).

=METTRE À L’OMBRE=: Aller en prison.

En effet, on ne craint pas l’ardeur du soleil (Argot du peuple).

=METTRE AU CHAUD=: =V.= _Rouscailler_.

=METTRE DANS LE MILLE=: Réussir une affaire du premier coup.

Terme usité chez les pédérastes; _mille_: _podex_ (Argot du peuple).

=METTRE EN BRINDEZINGUE= (Se): Faire la noce.

Être dans les _brindezingues_: être pochard (Argot du peuple). _N._

=METTRE EN BRINGUE=: Mettre en morceaux, briser. _A. D._

_Bringue_, signifie femme maigre, l’expression est donc fausse.

_Mettre en bringue_, est synonyme de _brindezingue_ (Argot du peuple). _N._

=METTRE EN PÂTE=: Les compositeurs lient les _paquets_ de caractères avec une ficelle.

Quand le _paquet_ est mal lié ou que le bout de la ficelle est emprisonné, le metteur en pages met le _paquet_ en _pâte_, c’est-à-dire que les caractères se mélangent et qu’il faut recomposer.

Quand, dans le _paquet_, il y a des lettres qui ne sont pas du corps, ou que le _paquet_ n’a pas été assez mouillé, en le déliant, si les lettres tournent, on appelle cela: _faire un soleil_ (Argot d’imprimerie). _N._

=METTRE LA TÊTE À LA FENÊTRE=: Condamné à mort qui passe la tête dans la lunette (Argot des voleurs).

=METTRE LA CLEF SOUS LA PORTE=: Se sauver, déménager furtivement.

Se dit communément d’un commerçant, qui, ne faisant pas ses affaires, abandonne sa boutique (Argot du peuple).

=METTRE LA CLEF SOUS LE PAILLASSON=: =V.= _Mettre la clef sous la porte_.

=METTRE LES BOUCHÉES DOUBLES=: Se dépêcher de faire quelque chose.

Synonyme de manger un morceau sur le pouce, à la hâte.

Cette expression est employée pour tout ce qui est fait précipitamment (Argot du peuple).

METTRE DU PAPIER DANS SA SONNETTE: =V.= _Affaler son grelot_.

=METTRE SUR LES FONDS DE BAPTÊME= (Se): Quand le _nourrisseur de poupard_ a mal renseigné ses complices et qu’ils sont dans une position difficile, pour se sauver et n’être pas _paumés marrons_:

—Ils sont sur _les fonds de baptême_ (Argot des voleurs).

=METTRE UNE ÉPINGLE À SA CRAVATE=: S’enfiler un demi-setier (Argot du peuple). _N._

=MEULARD=: Veau.

Allusion à la mollesse de la viande.

On dit aussi: un _bœuf en bas âge_ (Argot du peuple). _N._

MEULE: Vide.

C’est _veule_ qu’il faudrait dire, _veule_ signifie _mou_.

_Meule_ est une corruption (Argot des souteneurs). _N._

=MEUNIER=: Recéleur qui a la spécialité d’acheter aux _mastardiers_ ou voleurs de _gras double_, le plomb, l’étain ou le zinc, volés dans les maisons en construction (Argot des voleurs).

=MEZIGUE=: Moi.

On dit aussi _mezigo_ (Argot des voleurs).

=MICHÉ=: Homme qui monte avec une fille, en payant, ou qui y couche.

_Miché_ était déjà connu en 1764. Merard de Saint-Just dit ceci:

D’où vient qu’on appelle _miché_ Quiconque va de nuit et se glisse en cachette Chez des filles d’amour, Barbe, Rose ou Fanchette?

(Argot des souteneurs).

=MICHÉ DE CARTON=: Homme à qui une fille demande cinq louis et qui lui offre quarante sous.

On dit aussi: _miché à la mie de pain_ (Argot des filles).

=MICHETON=: Petit _miché_ qui rale sur le prix des faveurs des filles (Argot des souteneurs).

=MIE DE PAIN=: Moins que rien.

Les typos, par la grande habitude, savent, du premier coup d’œil, discerner un bon article d’un mauvais.

Le mauvais, c’est de la _mie de pain_ (Argot d’imprimerie).

=MIE DE PAIN=: Pou.

On sait combien une _mie de pain_ est désagréable sur la peau; le _pou_ occasionne une démangeaison semblable (Argot des voleurs).

=MIJOU= (Faire le): Simuler une maladie (Argot des voleurs).

=MILLED=: Billet de mille francs (Argot des voleurs). _N._

=MILLERIE=: Loterie que tiennent les camelots dans les fêtes publiques (Argot des camelots).

=MINCE=: Rien.

Mais, dans le peuple, cette expression sert à manifester l’étonnement.

—Ah! _mince_ alors, elle en a une nichée dans la paillasse (Argot du peuple).

=MINETTE=: =V.= _Descendre à la crèmerie_.

=MINISTRE DE L’INTÉRIEUR=: Doigt.

Allusion à une coutume très en usage dans les couvents de jeunes filles (Argot du peuple).

=MIOU=: Enfant.

Allusion au _miaou_ du jeune chat (Argot du peuple).

=MIRADOU=: =V.= _Mirante_.

=MIRANTE=: La glace (Argot des voleurs).

=MIRETTES=: Les yeux (Argot des voleurs).

=MIROIR À PUTAINS=: Joli garçon qui s’en croit beaucoup, une espèce de «Nicolas» de faubourg.

Dis-lui qu’un miroir à putain Pour dompter le pays latin Est un fort mauvais personnage.

Cette expression était employée au temps de Scarron (Argot du peuple).

=MIRQUIN=: Bonnet.

—J’ai vu une _gerce_ au _raslue_ de _Saint-Lago_; elle était rudement _gironde_ avec son _melet mirquin_; il y manquait un _rayon de miel_ (Argot des voleurs). _N._

=MIRZALES=: Boucles d’oreilles (Argot des voleurs).

=MISE-BAS=: Quand une équipe de compositeurs est mécontente pour une raison ou pour une autre, elle _met bas_, elle quitte le travail (Argot d’imprimerie).

=MISÉREUX=: Malheureux.

Homme qui est dans une profonde _misère_ (Argot du peuple). _N._

=MISLOQUE=: Théâtre (Argot des voleurs).

=MISTOUFLES=: Faire des misères, causer des désagréments à quelqu’un (Argot du peuple).

=MITARD=: Cachot (Argot des voleurs).

=MI-TEMPS=: Milieu.

A. Delvau écrit _mitan_, ce n’est pas exact (Argot du peuple).

=MITRE=: Cachot.

Allusion à la _mitre_ de l’évêque, qui est un signe de dignité.

Être au cachot, pour un voleur, est un titre à la considération de ses pareils.

—Où donc est Barbe-à-Poux?

—Il est _mitré_ pour huit _jornes_ (Argot des voleurs).

=MOINE=: Qu’une épreuve typographique soit faite à la brosse ou à la machine, la partie qui ne prend pas l’encre se nomme un _moine_ (Argot d’imprimerie).

=MOISSONNEUR=: Le commissaire de police.

En effet, il _moissonne_ ceux qui sont amenés à son _burlingue_.

Mot à mot: il les _fauche_ comme des blés mûrs... pour la prison (Argot des voleurs). =V.= _Quart d’œil_.

=MOLARD=: Cracher des mucosités qui filent comme du macaroni.

_Graillonner_ salement.

Quand un large crachat s’étale sur un trottoir, on dit:

—Quel beau _molard_ (Argot du peuple).

=MOLETTE=: La bouche.

Je ne vois pas bien qui a pu donner naissance à cette expression.

La _molette_ sert à un éperon, elle sert aussi à couper la pâte pour une certaine espèce de gâteau; enfin, quoi qu’il en soit, ce mot est usuel (Argot des voleurs). _N._

=MOME=: Petit.

On appelle aussi une femme la _môme_.

Il y en a de célèbres: la _Môme-Fromage_, la _Môme-Goutte-de-Sperme_, la _Môme-Caca_.

On dit aussi _momaque_ (Argot du peuple). _N._

=MOME D’ALTÉQUE=: Jeune homme beau et efféminé que l’on rencontre vêtu d’un _ça ne te gêne pas dans le parc_ (veston), d’un pantalon collant gris clair, d’une cravate voyante à larges bouts, et maquillé la plupart du temps.

On le rencontre dans la galerie d’Orléans, au Palais-Royal, ou au passage Jouffroy.

Ce n’est pas l’omnibus qu’il attend.

On les nomme aussi _chouard_, en souvenir du fameux procès Germiny (Argot du peuple). _N._

=MOMIGNARD=: Diminutif de _môme_.

Petit enfant (Argot des voleurs). =V.= _Abéqueuse_.

=MOMINETTE=: Absinte servie dans un petit verre mousseline.

Allusion à la petitesse, du verre, qui est un _môme_, en le comparant à un grand verre (Argot du peuple). _N._

=MONSEIGNEUR= (Pince): Outil qui sert spécialement, à fracturer les portes; il est tout spécialement employé par les _cambrioleurs_.

Cet outil en acier mesure 45 centimètres de hauteur et 25 millimètres de circonférence.

Il est connu depuis le XVIII^e siècle.

C’était un des principaux instruments dont se servait le légendaire Cartouche (Argot des voleurs).

=MONTANT=: Pantalon.

Il _monte_ en effet le long des jambes.

Le _montant_ à _pattes d’éléphant_ est, depuis des années, le signe distinctif des citoyens _à trois ponts_ (Argot des souteneurs). =V.= _Falzar_. _N._

=MONTANTE=: Échelle.

L’image est frappante. Quand, autrefois, l’échafaud était élevé de treize marches que le condamné devait gravir, on nommait les marches la _montante du calvaire_ (Argot des voleurs). _N._

=MONTE EN L’AIR=: Les cambrioleurs.

Ils sont ainsi nommés parce que ces voleurs opèrent généralement dans les chambres de domestiques situées aux étages supérieurs.

Ils _montent en l’air_ (Argot des voleurs). _N._

=MONTER UN BATEAU=: Faire croire à une affaire imaginaire; présenter à des niais un projet de mise en actions pour exploiter une fonderie de pavés ou une filature de pains de sucre.

_Monter un bateau_, synonyme de _monter le coup_ (Argot du peuple). _N._

=MONTER LE VERRE EN FLEUR= (Se): Se _monter le coup_ à soi-même. S’illusionner sur toutes choses.

S’imaginer être aimé par désintéressement.

En un mot, croire que c’est arrivé.

—Mon _miché_ qui s’est _monté le verre en fleur_ que j’y allais de mon voyage, faut-y qu’il soit _poire_ (Argot du peuple). _N._

=MONTER LE JOB= (Se): Se monter le coup.

Croire que c’est arrivé ou vouloir le faire croire à un autre (Argot du peuple).

=MONTER À L’ÉCHELLE=: Être guillotiné.

Mot à mot: monter à l’échelle de l’échafaud. _L. L._

_Monter à l’échelle_ a une toute autre signification dans le peuple; cela veut dire: faire mettre quelqu’un en colère.

—Il a la _tête près du bonnet_, il s’enlève comme une _soupe au lait_.

On dit aussi:

—Il a un si sale caractère qu’il _grimpe_ à tout bout de champ (Argot du peuple). _N._

=MONTER UN SCHTOSSE=: Mentir.

Synonyme de _monter le coup_ à quelqu’un.

_Stoss_ en allemand veut dire _coup_.

Ce mot s’est francisé et court les ateliers.

—Pour faire le lundi et ne pas avoir son _sac_, on _monte un schtosse_ au patron en lui disant que l’on va à l’enterrement de son père.

Il en est qui ont enterré leur père autant qu’il y a de jours dans l’année (Argot du peuple). _N._

=MONNAIE DE SINGE=: Une monnaie qui n’a pas cours à la Banque de France, car les garçons de recette n’accepteraient pas des _grimaces_ en paiement (Argot du peuple).

=MONTRETOUT= (Aller à): Quand les filles vont au dispensaire, tous les quinze jours, pour passer la visite sanitaire, elles _montrent tout_ au docteur (Argot des filles).

=MORACE=: Cri.

—Si le _pante morace_ et que les _becs de gaz_ accourent, _lingre_ le pour ne pas être _paumé_ (Argot des voleurs). _N._

=MORBAC=: Moutard désagréable.

_Morbac_, diminutif de _morpion_ (Argot du peuple).

=MORCEAU DE GRUYÈRE=: Individu grêlé dont le visage est percé de trous comme une passoire.

_Morceau de gruyère_ est une allusion aux innombrables trous dont ce fromage est percé (Argot du peuple). _N._

=MORDANTE=: Lime.

On dit d’un individu fielleux, qui ne peut prononcer une parole sans dire une méchanceté, qu’il est _mordant_ comme une _râpe_ (Argot des voleurs).

=MORFE=: Repas.

_Refaite_ du matin, déjeuner.

_Refaite_ du jorne, dîner.

_Refaite_ de sorgue, souper.

_Refaite_ exprimé bien l’action de se _refaire_ l’estomac.

_Morfer_ est ici pour manger (Argot des voleurs).

=MORFIALLER=: Manger.

Vieux mot employé par Rabelais au _Propos des Beuveurs_.

Où diable les escarpes ont-ils été dénicher cette expression? (Argot des voleurs).

=MORFILLER LE DARDANT= (Se): Se faire du mauvais sang, _se manger le cœur_. _A. D._

_Morfiller_ veut bien dire _manger_, mais _dardant_ signifie _amour_.

C’est _morfiller_ le _vermeil_ (sang) ou le _palpitant_ (cœur) (Argot des voleurs).

=MORLINGUE=: Porte-monnaie.

D’aucuns disent _morningue_.

Il serait plus juste de dire _morniflingue_, puisque _mornifle_ veut dire _monnaie_ (Argot des voleurs). _N._

=MORNANTE=: Bergerie (Argot des voleurs).

=MORNIFFLE=: Gifle.

—Je vais te _plaquer_ une _morniffle_ sur la _hure_ si tu m’emmerdes longtemps (Argot du peuple). =V.= _Giroflée à cinq feuilles_.

=MORNIFFLEUR=: Fabricant de fausse monnaie, argent, or, ou billets de banque (Argot des voleurs).

=MORNOS=: La bouche.

Manger une _bouchée_, avaler une _mornée_ (Argot des voleurs).

=MORPION=: Insecte qui occasionne des démangeaisons fort désagréables.

Par analogie, on dit de quelqu’un dont on se débarrasse difficilement:

—Il colle comme un _morpion_.

On dit également: _mille pattes_ (Argot du peuple).

=MORUE=: Terme employé par les femmes des halles pour répondre aux _raleuses_ qui leur offrent un prix dérisoire de leurs marchandises.

—Va donc, _morue_, faudrait-y pas te foutre du beurre avec et te le porter à ton _poussier_ (Argot du peuple).

=MOU COMME UNE CHIQUE=: Homme de peu de consistance, sans volonté, qui travaille _mollement_.

Allusion au morceau de tabac que le _chiqueur_ a mâché toute une journée: il est _mou_.

De là, _mou comme une chique_ (Argot du peuple).

=MOU POUR TON CHAT=: Quand on regarde avec insistance une jolie fille et que cela ne lui plaît pas, elle répond:

—Ça, mon vieux, c’est pas du _mou pour ton chat_.

D’aucunes, plus expressives, disent:

—Tu peux regarder, c’est pas de la _viande pour ton serin_ (Argot du peuple). _N._

=MOUCHARDE=: La lune.

Elle se montre souvent fort mal à propos pour déranger messieurs les voleurs dans leurs expéditions nocturnes (Argot des voleurs). _N._

=MOUCHE=: Laid, bête, ridicule.

—Elle est _rien mouche_, la _môme_ à Poil-aux-pattes (Argot du peuple).

=MOUCHES= (Tuer les): On dit de quelqu’un qui a une haleine infecte:

—Il _tue les mouches_ à quinze pas (Argot du peuple). =V.= _Pot de chambre cassé dans l’estomac_.

=MOUCHER LE QUINQUET= (Se faire): Recevoir une verte correction, une formidable volée (Argot du peuple).

=MOUCHIQUE=: Laid à faire peur.

Vient du mot russe _mejiks_ (Argot du peuple). _N._

=MOUCHIQUE À LA SECTION=: Mal noté dans son quartier.

Quartier est synonyme de section, depuis la division des arrondissements en _sections_ pour les votes (Argot du peuple). _N._

=MOULE À GAUFRE=: Individu dont le visage a été ravagé par la petite vérole.

Allusion au moule employé par les _gaufriers_ (Argot du peuple). _N._

=MOULE À PETS=: Homme qui se lâche facilement.

Dans le peuple on dit:

—Avec un vent pareil, il va pleuvoir de la merde.

On dit également:

—Si on chante comme ça à ton enterrement, il y aura plus de cochons que de curés (Argot du peuple). _N._

=MOULE EST CASSÉ= (Le): Se dit d’un personnage exceptionnel, inimitable. _L. L._

Cette expression n’est pas prise dans ce sens parmi le peuple; elle est employée pour dire d’une femme qui a passé l’âge, qui ne _marque_ plus, qu’elle ne peut plus faire d’enfants: le _moule est cassé_ (Argot du peuple). _N._

=MOULIN=: Boutique du recéleur.

C’est pour cette raison, sans doute, que l’on nomme le recéleur, le _meunier_ (Argot des voleurs). _N._

=MOULIN À MERDE=: La bouche.

En mangeant, elle travaille pour Richer (Argot du peuple).

=MOULIN À PAROLES=: Femme bavarde qui ne tarit pas, qui parle avec volubilité.

Elle broie les paroles comme le _moulin_, le café (Argot du peuple).

=MOULIN À VENT=: Le derrière.

Dans la _Chanson du Propriétaire_ on trouve:

_Moulin_ à eau par devant, _Moulin_ à vent par _derrière_.

(Argot du peuple). _N._

=MOUILLANTE=: La soupe (Argot du peuple). =V.= _Laffe_.

=MOUSCAILLE=: La marchandise que l’on abandonne avec satisfaction dans les châlets de nécessité.

_Mouscailler_: faire ses besoins (Argot du peuple).

=MOUSQUETAIRE GRIS=: Pou.

Allusion à la couleur de cet horrible animal que pourtant certains adorent.

Un amateur marchande un pou à un chiffonnier; il lui offre d’un pou magnifique un prix dérisoire. L’éleveur le remet délicatement dans sa chemise en lui chantant le refrain célèbre:

Tu n’en veux pas! J’l’remets dans ma chemise. Ça n’mange pas d’pain.

(Argot du peuple). _N._

=MOUSSANTE=: Bière (Argot du peuple).

=MOUSSERIE=: Fosse d’aisance des prisons (Argot des voleurs).

=MOUSTIQUE DANS LA BOÎTE AU SEL=: =V.= _Asticot dans la noisette_.

=MOUTON=: Dénonciateur qui vend ses complices.

Prisonnier qu’on place dans une cellule avec un autre prévenu pour le _moutonner_.

C’est-à-dire le faire avouer dans la conversation (Argot des voleurs).

=MOUTON=: Matelas.

Quand il est plus que plat, on dit: _galette_ (Argot du peuple).

=MOUVETTE=: Indicateur qui fournit des _indications_ à la police.

C’est généralement un _camelot_; il se _meut_ d’un point à un autre, suivant les cas (Argot des voleurs). _N._

=MUETTE= (Avoir une puce à la): Condamné qui a des remords.

On dit aussi: jouer à la _muette_ (ne pas parler) (Argot du peuple).

=MUFFÉE= (En avoir une): S’être _empiffré_ jusqu’à en étouffer.

Avoir une soulographie numéro un.

_Muffée_: n’en plus pouvoir (Argot du peuple). _N._

=MUFFLE=: Communément, ce sont les _maçons_ qu’on appelle ainsi.

La chanson dit:

Tous les muffles que nous connaissons Ne sont pas à la grève.

En effet, il y a plusieurs genres de _muffles_:

Tout individu qui se conduit mal avec quelqu’un est un _muffle_.

_Muffle_ est synonyme de _goujat_ (Argot du peuple).

=MURON=: Sel.

_Muronnière_: la salière (Argot des voleurs).

=MUSETTE= (S’en faire jouer un air): Expression employée dans les maisons de rendez-vous pour désigner un certain travail très estimé des écoliers (Argot des filles).

=MUSETTE= (Couper la): Empêcher quelqu’un de parler.

On dit aussi: _lui couper la chique_ (Argot du peuple).

=MUSICIEN=: =V.= _Mouton_.

N

=NAZ=: Nez.

On dit aussi _nase_.

C’est certainement une abréviation de _naseau_ (Argot du peuple).

=NE PAS ATTACHER SON CHIEN AVEC DES SAUCISSES=: Avare.

C’est une expression très populaire, superlatif de _chien_, _grippe-sous_.

On ne peut rien dire plus d’un homme (Argot du peuple). _N._

=NE RIEN AVOIR DANS LE FUSIL=: Avoir le ventre vide.

L’allusion est facile à saisir:

J’sens l’paquet d’tripes qui s’cavale.

(Argot du peuple).

=NEG AU PETIT CROCH=: Chiffonnier.

_Neg_ est une abréviation de _négociant_, et _croch_ de _crochet_, outil indispensable aux chiffonniers (Argot du peuple).

=NÈGRE=: Heure de minuit, à laquelle l’obscurité est la plus profonde (Argot des voleurs).

=NÉGRESSE=: Puce.

Allusion de couleur (Argot du peuple).

=NÉGRESSE=: Bouteille.

—Allons-nous _étouffer_ une _négresse_ de _ginglard_ à Argenteuil? (Argot du peuple).

=NEP=: Rastaquouère vendant aux imbéciles des décorations exotiques (Argot des voleurs).

=NETTOYÉ=: N’avoir plus rien, être absolument à sec.

_Nettoyé_, être à l’agonie, se sentir mourir.

—Le médecin m’a dit que j’étais _nettoyé_ (Argot du peuple).

=NEZ CULOTTÉ=: Nez d’ivrogne.

Dans le peuple on dit:

—Si on lui pressait le piton il en sortirait du vin.

Le _nez culotté_ a été célébré par Ch. Colmance:

Un _nez culotté_, Piquante parure, Gracieuseté De dame nature. Heureux l’effronté doté D’un _nez culotté_.

Il y a des _nez culottés_ qui coulent plus cher que s’ils étaient en or (Argot du peuple).

=NEZ RETROUSSÉ=: Nez à narines larges et ouvertes.

—Il va te pleuvoir dans le _nez_.

—Elle se pleure dans le _nez_ quand elle a du chagrin (Argot du peuple).

=NIB=: Signifie rien.

Cette expression n’est pourtant pas toujours prise dans ce sens.

Quand on dit: _nib de blaire_, par exemple, pour qualifier un nez énorme, _nib_ devient synonyme de _mince_ qui veut dire beaucoup (Argot du peuple). _N._

=NIB DE BRAISE=: Pas d’argent.

—Par un _bourguignon_ pareil tu restes à la _piaule_, allons _décanille_.

—_Nib de braise_, les _valades_ sont _dégraissées_ (Argot des voleurs).

=NICHE À SEINS=: Corset.

Allusion à ce qu’il soutient les forts, augmente le volume des faibles, discipline les vagabonds et protège les égarés (Argot du peuple). _N._

=NICHONS=: Les seins.

—Laissez-moi tâter vos jolis _nichons_.

—Combien qu’tu payes? (Argot du peuple).

=NIÈRE=: Homme quelconque, lui.

—Le _gonce_ a rudement le _trac_ pour son _nière_.

On dit aussi: _mon nière bobéchon_ pour _moi_.

_Bobéchon_, ici, fait double emploi (Argot des voleurs).

=NIF=: Non (Argot des voleurs).

=NIPPÉ=: Bien habillé.

—J’avais plus rien, les _requins_ m’avaient _bazardée_ pour payer mon _probloque_, j’ai _dégotté_ un _miché_ qui m’a _renippée_, à présent je suis _rupine_ je peux _trimarder_ (Argot du peuple)

=NIQUE DE MÈCHE=: N’avoir pas de complice.

—J’ai fait mon _coup de vogue_ sans _nique de mèche_ (Argot des voleurs).

=NIQUE DE MÈCHE=: Refus d’un complice de partager le produit d’un vol.

—_Nique de mèche, je ne fade pas le pognon_ (Argot des voleurs).

=NIORTE=: Viande (Argot des voleurs). =V.= _Crigne_.

=NOCE DE TAILLEUR=: (Faire une): Se promener le long des berges et faire des ronds dans l’eau avec des cailloux (Argot du peuple). _N._

=NOIX= (En avoir): Avoir beaucoup de bijoux (Argot des voleurs).

=NONNE= (Faire): Faire la foule.

Rien de plus simple: les _nonneurs_ (complices) se groupent autour de l’un d’eux, qui simule un mal subit, de préférence dans une rue barrée; les badauds s’amassent, le _tireur_ peut à l’aise explorer les poches, et souvent la moisson est féconde.

Quand l’un d’eux est pris et qu’il se _met à table_, on dit qu’il _mange sur ses nonneurs_ (complices) (Argot des voleurs).

=NONNEURS=: Complices de voleurs, plus particulièrement des pick-pockets (Argot des voleurs).

=NORD=: Tête.

Dans le peuple, on dit souvent de quelqu’un qui devient fou:

—Il perd le _nord_ (Argot du peuple).

=NOZIÈRES=: Qui? (Argot des voleurs). _N._

=NOURISSEUR DE POUPARDS=: Complice qui prépare les vols à accomplir.

Un bon _nourrisseur de poupards_ est très recherché par les voleurs (Argot des voleurs).

=NOUSAILLES=: Nous.

_Nosigues_ est beaucoup plus usité (Argot des voleurs).

=NOUVELLE= (La): Le bagne.

Abréviation de _Nouvelle Calédonie_.

Autrefois, quand les bagnes étaient à Brest et à Toulon, on disait le _grand pré_.

—Il est _sapé à faucher le grand pré à perpète_ (Argot des voleurs).

=NOYEUSE D’ÉTRONS=: Mère de famille qui va au lavoir public laver le linge de ses enfants.

Allusion aux déjections des bébés qui souillent les couches (Argot du peuple).

=NUAGE=: La tournure, que portent les femmes; ainsi nommé parce qu’il cache la _lune_ (Argot du peuple). _N._

O

=ŒIL À LA COQUE=: Recevoir sur l’œil un formidable coup de poing qui le poche et en fait un _œil au beurre noir_.

La violence du coup fait extravaser le sang et le lendemain, l’œil est couvert par une large tache noire.

On appelle alors le blessé: _tape à l’œil_ (Argot du peuple).

=ŒIL EN COULISSE=: Regarder quelqu’un amoureusement, tendrement, avoir l’air de lui dire:

—Veux-tu?

_Faire le genou_ à sa voisine sous la table, est aussi significatif et beaucoup moins visible, surtout si le mari est là (Argot du peuple).

=ŒIL QUI DIT MERDE À L’AUTRE=: Deux yeux qui ne vivent pas en bonne intelligence, qui se regardent en _chiens de faïence_ (Argot du peuple). =V.= _Guigne à gauche_.

=ŒIL= (Faire de l’): Les filles font de l’_œil_ aux passants qu’elles veulent raccrocher:

Ses deux beaux chasses vous _rembroquaient_ Puis à la piaule tous les gonces rappliquaient,

dit la _chanson du marlou_ (Argot des filles).

=ŒIL= (Faire l’): Avoir à crédit chez les fournisseurs.

Dans le peuple, quand on _oublie_ de payer, le fournisseur refuse crédit; alors on dit que l’_œil_ est crevé (Argot du peuple).

=OGRESSE=: La procureuse ou la proxénète, bouquetière ou marchande à la toilette; elle donne cent sous aux filles quand elle touche vingt francs, elle leur vend mille francs ce qui vaut cent francs.

Mot à mot: l’_ogresse_ les mange toutes crues (Argot des filles).

=OGRESSE=: Femme friande de chair fraîche appartenant à son sexe (Argot des filles). =V.= _Accouplées_.

=OIGNON (L’)=: Il s’appelle aussi _trou de balle_ (Argot des souteneurs). =V.= _Figne_. _N._

=OIGNON=: Montre énorme. Argot du peuple qui dit: _ognon_.

—Ton _ognon_ marque-t-il l’heure et le linge? (Argot du peuple).

=OISEAU=: Hélas! quand il est envolé c’est pour longtemps et les regrets si amers qu’ils soient sont superflus.

Heureux encore s’il ne laisse pas un petit dans la cage.

—Elle a perdu son _oiseau_ (Argot du peuple). _N._

=OLIVIER DE SAVETIER=: Navet.

Comme ils sont économes pour la plupart, ils se servent de l’huile de _navette_ qui se vend bon marché pour assaisonner leur salade.

C’est exactement la même chose que pour les pommes de terre; on dit des _oranges de limousins_ (Argot du peuple).

=OMNIBUS=: Femme à tous.

On dit aussi: _wagons_ et _omnibusardes_.

Fréquemment, ces _omnibus_ là donnent une correspondance pour l’hôpital du Midi (Argot du peuple).

=OMNIBUS À CONI=: Voiture qui emporte le guillotiné du lieu d’exécution au cimetière (Argot des voleurs).

=ONCLE=: Le guichetier qui garde la première porte d’entrée d’une prison.

Je ne vois pas trop pourquoi on l’appelle mon _oncle_ car il n’a guère de tendresse pour les visiteurs, à moins que ce ne soit un à peu près. Quand on va au _clou_, mon _oncle_ prend soin des objets déposés (Argot des prisons).

=ONGLES CROCHES= (Les avoir): Ce sont généralement les Normands qui ont cette spécialité, car on dit très souvent d’un _grippe-sous_ que l’on pourrait le jeter au plafond qu’il ne retomberait pas.

Avoir les _ongles croches_ est synonyme de _poser zéro_ et de _retenir tout_ (Argot du peuple).

=ORANGER DE SAVETIER=: Pied de _sarriette_, que les savetiers placent dans leur échoppe à côté d’eux (Argot du peuple).

=ORDINAIRE=: La soupe et le bœuf que les ouvriers mangent le matin.

Comme presque toute l’année c’est la nourriture _ordinaire_, de là, le nom (Argot du peuple).

=ORDINAIRE=: Homme habitué à venir à heure et à jour fixe chez une fille.

C’est un protecteur intermittent (Argot des filles).

=ORGUE=: Homme.

_Mon orgue_, moi.

_Ton orgue_, toi.

_Son orgue_, lui.

_Leur orgue_, eux.

(Argot des voleurs).

=ORGUE= (Jouer de l’): Ronfler.

Il ronfle comme un tuyau d’_orgue_.

Il ronfle comme une _toupie d’Allemagne_.

Allusion au ronflement sonore que fait la toupie en tournant sur elle-même (Argot du peuple).

=ORNICHON=: Oie, volaille.

Les voleurs qui ont la spécialité de dévaliser les poulaillers dans les campagnes se nomment des _nettoyeurs d’ornichons_ (Argot des voleurs). =V.= _Angluce_.

=ORNIE DE BALLE=: Dindon (Argot des voleurs).

=ORPHELIN DE MURAILLE=: Les étrons qui s’alignent le long des murs isolés.

Pourquoi _orphelins_?

Ils sont parfois en nombreuse société et beaucoup ne peuvent être pris pour des vagabonds étant munis de papiers (Argot du peuple).

=ORPHELIN=: Bout de cigare ou de cigare que le fumeur abandonne dédaigneusement.

Ils sont aussitôt recueillis par le ramasseur de _mégots_ qui leur _fait un sort_ (Argot du peuple).

=ORPHELIN=: Verre de vin à moitié bu que le buveur abandonne sur le comptoir du mastroquet.

Quand un consommateur boit seul sans trinquer, il _étouffe un orphelin_.

Dans les _bars_, il ne manque pas de Saint-Vincent-de-Paul pour les recueillir (Argot du peuple).

=OSEILLE=: _La faire à l’oseille_.

Jouer un tour désagréable à quelqu’un. _A. D._

Il attribue ce mot à un cabotin habitué d’une petite gargote de la rue de Malte où mangeaient les artistes des théâtres du boulevard et du Temple.

Selon lui, ce mot date de 1861 environ.

Comme cette locution: _la faire à l’oseille_ est très répandue, il est bon de rétablir son origine.

Le petit père Vinet, mort il y a deux ans dans un taudis de la rue de Tourtille, à Belleville, était vers 1840 un chansonnier en vogue.

Il avait été _sauvage_ au _Caveau des Aveugles_, au Palais-Royal, avant le père Blondelet; il mangeait dans la gargote citée par Delvau.

La gargote était non rue de Malte, mais rue de la Tour. Un après-déjeuner, il composa une chanson intitulée: _Vous me la faites à l’oseille_. Bouvard, l’_homme à la vessie_ la chantait encore en 1848, place de la Bastille.

Voici un couplet de cette chanson:

Comme papa j’suis resté garçon Pour bonne j’ai pris Gervaise. Elle est maîtresse à la maison Je la _trouve mauvaise_ De la cave au grenier La danse du panier Que c’est une merveille. Elle mange à son goût Mes meilleurs ragoûts, _Vous me la faites à l’oseille_.

Comme on le voit, il y a plus de cinquante ans que l’on connaît cette expression (Argot du peuple). _N._

=OS=: Argent, or ou monnaie.

—J’ai de l’_os à moelle_ dans ma poche (plusieurs pièces de cent sous) (Argot du peuple).

=OSEILLE=: Argent (Argot du peuple). =V.= _Aubert_.

=OSEILLE= (La faire à l’): Réussir un bon vol qui a été bien nourri.

_Sûrement_ c’est la _faire à l’oseille_ à celui qui a été dévalisé.

Les voleurs sont quelquefois facétieux (Argot des voleurs).

=OSSELETS=: Les cinq doigts.

Les gamins jouent un jeu qui se nomme _osselet_ avec des _os_ de pied de mouton (Argot du peuple). =V.= _Apôtres_.

=OURLER LE BEC=: Besogne terminée.

Quand un ouvrier graveur met sa signature au bas de sa planche ou de son bois, le _bec est ourlé_ (Argot d’atelier).

=OURS=: Homme sombre, triste.

Dans les ateliers, on dit d’un ouvrier qui fuit ses camarades: c’est un _ours_.

En réalité, _ours mal léché_ est synonyme de _mufle_ (Argot du peuple).

=OURS=: Mauvais livre qui reste pour compte à l’éditeur.

Mauvais manuscrit de pièce qui dort dans les cartons du directeur.

En un mot, tout ce qui ne vaut rien, qui est raté, est un ours (Argot du peuple).

=OURS= (En poser un): Quitter sa casse pour _raser_ un _copain_; la séance se prolongeant, les camarades crient:

—_Mince d’ours_ (Argot d’imprimerie).

=OURSER=: Il est très difficile d’expliquer le sens brutal de ce mot autrement que comme ceci:

Mari qui remplit ses devoirs conjugaux comme un _ours_ (Argot du peuple). _N._

=OUTIL=: Vieille femme.

Objet de rebut qui ne peut servir à aucun usage.

Terme de mépris fréquemment employé:

—Sale _outil_ (Argot du peuple).

=OUTIL DE BESOIN=: Femme ou fille.

Elles ne deviennent _outil_ que par l’habitude de la cohabitation.

Un souteneur qui n’a pas de poigne pour défendre sa _marmite_ est également un _outil de besoin_... jusqu’à temps qu’elle en trouve un autre (Argot du peuple).

=OUVRIR SA SOUPAPE=: Péter bruyamment.

Allusion à la _soupape_ de la chaudière qui se soulève pour laisser échapper la vapeur quand la pression est trop haute.

On crie à celui qui s’oublie aussi fort:

—Ferme ta _soupape_, ça pue (Argot du peuple). _N._

=OUVRIR SA TABATIÈRE=: Péter.

Par allusion à l’odeur, on dit: Quelle rude _prise_! On en prend plus avec son nez qu’avec une pelle (Argot du peuple). _N._

P

=PAF=: Cette expression désigne l’objet qui distingue l’homme de la femme.

Ce sont les voyous qui ont inventé le mot.

Quand un tenancier d’une maison de tolérance se retire des affaires et qu’il se fait construire une maison à la campagne, s’il éprouve, par vanité, le besoin de mettre au fronton de sa maison un écusson, il peut y ajouter cette devise qui explique le mot _paf_:

_Pene erexit domum_ (Argot du peuple). _N._

=PAF= (Être): Être gris.

—Je me suis _paffé_ hier soir que c’en est dégoûtant.

—_Paf_, ça y est.

Chose accomplie. Synonyme de: J’en ai mon pied (Argot du peuple).

=PAFFS=: Souliers.

C’est à peu près le meilleur mot d’argot pour désigner le bruit que fait le marcheur ou frappant le sol du pied.

C’est une image: _paff! paff!_ (Argot du peuple).

=PAGNE=: Lit.

Allusion au _pagne_ qui entoure la taille des sauvages; les draps cachent également la nudité de l’homme et de la femme (Argot du peuple). _N._

=PAGNE=: Provision.

On n’les but’plus, car c’est un mauvais flanche, Y en a toujours qui sont paumés marrons, Mais sans r’niffler, pour eux on fait la manche, On leur envoie le _pagne_ au violon.

(Argot des voleurs).

=PAGNOTER= (Se): Se coucher.

Malgré le double emploi, on dit dans le peuple:

—Je vais me _pagnoter_ dans mon _pieu_ avec mes _dardants_ (Argot du peuple).

=PAILLASSE=: Femme.

Un homme se promène, sa femme au bras; il est rencontré par un ami:

—Tiens, tu déménages, Charlot?

—Pourquoi donc?

—Puisque t’as ta _paillasse_ sous le bras (Argot du peuple). =V.= _Boulet_.

=PAILLASSE À SOLDAT=: Femme sur laquelle tout un régiment couche.

Mot à mot: qui sert de _paillasse_ (Argot du peuple). _N._

=PAILLASSE=: Pitre qui fait le boniment devant les baraques de saltimbanques.

_Paillasses_: les hommes politiques qui servent tous les gouvernements, pourvu qu’ils paient.

Paillass’, mon ami, N’saut’ pas à demi. Saute pour tout le monde.

(Argot du peuple).

=PAILLE= (C’est une): Signe d’étonnement qui veut dire beaucoup, trop gros fardeau à porter:

C’est une _paille_ que de porter ça là bas (Argot du peuple). _N._

=PAILLE AU CUL= (Avoir la): Être mis à la réforme. _L. L._

S’en aller la _paille au cul_, c’est quitter le régiment en ayant encore de la salle de police ou de la prison à faire.

Allusion à la paille sur laquelle couchent les prisonniers (Argot des troupiers). _N._

=PALABRE=: Discours ennuyeux, prudhommesque. _A. D._

_Palabra_, en langue espagnole, signifie _parole_, il est vrai, mais ce n’est pas le sens dans le langage populaire.

_Palabre trembleuse_: figure de bourgeois qui tremble à propos de rien, qui a peur de son ombre, qui se cache au moindre bruit.

_Palabre_ signifie _figure_:

—Le _biffard_ a tellement la _frousse_ que sa _palabre défargue_ (Argot du peuple). _N._

=PALAIS=: Pièce de cinq francs.

Allusion à la forme plate du _palais_ qui sert pour jouer au tonneau (Argot du peuple). =V.= _Tune_.

=PALLAS=: Discours.

—Tu ne vas pas bientôt nous lâcher le coude avec ton _pallas_ à dormir debout.

—Viens-tu entendre le _bénisseur_, il va _pallasser_ sur la tombe de son ami (Argot des voleurs).

=PALLASSEUR=: Individu qui parle d’abondance, longuement, sur tout ce qu’il ne sait pas.

—Gare aux inondations! le _pallasseur_ a ouvert son robinet (Argot du peuple).

=PALPEUR=: Juge d’instruction.

Il _palpe_ en effet les prisonniers pour les faire avouer.

Cette expression est plus jolie que l’ancienne: _curieux_ (Argot des voleurs). _N._

=PALPITANT=: Le cœur (Argot des voleurs). =V.= _Grand ressort_. _N._

=PAMPINE=: Sœur de charité (Argot des voleurs).

=PANAMISTE=: Cette expression date de 1892.

Ce sont les dénonciations faites par M. Andrieux contre les 104 députés qui auraient touché des chèques à la caisse du _Panama_ qui ont donné naissance à ce mot (Argot du peuple). _N._

=PANADE=: Soupe de pain qui mijote lentement sur un feu doux.

Dans le peuple, être dans _la panade_, c’est être dans la misère.

Allusion à ce que _la panade_ est généralement faite avec des croûtes de pain (Argot du peuple). _N._

=PANAIS=: Pan de chemise.

Être en _panais_, être en chemise.

Dans le peuple, _panais_ est employé comme négation.

—Veux-tu me prêter cent sous?

—Des _panais_, tu te fouterais de ma _fiole_ (Argot du peuple). _N._

=PANIER=: Lit.

—Mon petit homme, veux-tu venir avec moi faire une séance de _panier_, tu verras comme je suis aimable (Argot des filles).

=PANIER À SALADE=: Voiture cellulaire pour conduire les prisonniers des postes de police au Dépôt de la préfecture, ainsi nommée parce qu’autrefois cette voiture était à claire-voie (Argot des voleurs).

=PANIER À DEUX ANSES=: Avoir une femme à chaque bras (Argot du peuple).

=PANIER PERCÉ=: Homme qui n’a rien à lui.

Allusion au panier sans fond que jamais on ne peut emplir (Argot du peuple).

=PANSU=: Terme de mépris employé par le peuple pour qualifier un bourgeois qui fait un dieu de son ventre et qui a une _panse_ arrondie.

_Pansu_: égoïste qui ne songe qu’à lui (Argot du peuple). _N._

=PANTIN=: Paris.

Quand on a bien _billanché_ pour son compte, On _défourage_ et _renquille_ à PANTIN. L’long du _trimard_, _bequillant_ son décompte, De gueule en gueule on _pique_ un gai refrain.

_Pantin_: Argot du peuple.

_Pantruche_: Argot des voleurs.

=PANTE=: Imbécile qui se laisse facilement duper.

Inutile, je pense, de dire que _pante_ vient de _pantin_: gens de _Paris_ (Argot des voleurs).

=PANTRE ARGOTÉ=: Imbécile de la pire espèce, plus bête que ses pieds; être facile à tromper (Argot des voleurs).

=PANTRE ARNAU=: Mot à mot: individu qui _renaude_, qui marronne en s’apercevant qu’il vient d’être victime d’un vol (Argot des voleurs).

=PANUCHE=: Femme élégamment mise. _L. L._

_Panuche_ est la maîtresse d’une maison de tolérance (Argot des souteneurs). =V.= _Maman-maca_.

=PAPILLON=: Blanchisseur de campagne (Argot des voleurs).

=PAPILLON=: Vol à la _marque_.

Il se pratique dans les voitures de blanchisseuses qui viennent de la campagne et confient leurs voitures à la garde d’un enfant (Argot des voleurs).

=PAQUET=: Homme ou femme gros, court sur pattes, sans élégance, ressemblant à un _paquet_ de chair (Argot du peuple).

=PARANGONNER=: Arranger au moyen d’interlignes des caractères de différents corps (Argot d’imprimerie).

=PARAPHE= (En détacher un): Donner un soufflet à quelqu’un.

On dit aussi:

—Je vais te _poser un cachet_.

_Détacher un paraphe_ est rarement employé, c’est trop long; _bègne_ vaut mieux (Argot du peuple).

=PARC AUX HUÎTRES=: Mouchoir.

L’allusion n’est pas tout ce qu’il y a de plus distingué, mais l’image est juste (Argot du peuple). _N._

=PARFAIT AMOUR DE CHIFFONNIER=: Eau-de-vie vendue dans les assommoirs (Argot du peuple).

=PARFUMEUR=: Avocat.

Mot à mot: il couvre son client de fleurs (Argot du peuple). =V.= _Blanchisseur_.

=PARISIEN À GROS BEC=: Quand, dans les ateliers, un provincial fait de l’embarras, qu’il prend des airs casseurs, qu’il fait le crâne et dit: nous autres _Parisiens_, parce qu’il habite la capitale depuis six mois, on lui répond:

—Tu n’es qu’un _Parisien à gros bec_ (Argot du peuple). _N._

=PARLOIR DES SINGES=: Parloir des prisons.

Allusion aux trois grilles entre lesquelles sont enfermés les visiteurs et les prisonniers (Argot des voleurs).

=PAROUFLE=: La paroisse.

C’est un sale _parouflard_; pour sale _paroissien_ (Argot des voleurs). _N._

=PARRAIN=: Avocat.

Il sert en effet de _parrain_ à l’accusé, il le tient sur les fonds baptismaux eu cour d’assises (Argot des voleurs). _N._

=PASCAILLER=: Passer.

—Le _gonce_ a _pascaillé_ avant toi au _carré des petites gerbes_, il est _enflaqué_ pour dix _berges_.

_Pascailler_ veut dire également prendre le tour ou la place de quelqu’un.

—J’ai _pascaillé_ la _Môme Livarot_ au _Rouquin_ (Argot des voleurs). _N._

=PAS CUIT=: Un courtier demande à un libraire un livre ou une revue; s’ils ne sont pas parus, on lui répond laconiquement: _pas cuit_.

Mot à mot: ils sont encore au four (en confection) (Argot des libraires). _N._

=PAS SI CHER=: Silence, parlez plus bas, on nous écoute.

Expression employée dans les prisons pour signaler l’arrivée d’un gardien qui punirait les causeurs.

Synonyme de: _il pleut_, employé dans les imprimeries quand le _prote_ ou le patron entre à l’atelier (Argot des voleurs).

=PAS MÈCHE=: Impossible de réussir.

_Mèche_ pour _moyen_.

—J’ai beau la chauffer, pas _mèche_ d’y arriver (Argot du peuple).

=PASSE= (Être gerbé à la): Mauvaise affaire pour celui qui est dans ce cas-là.

_Être gerbé à la passe_, c’est être condamné à mort.

La _passe_, c’est la guillotine (Argot des voleurs).

=PASSE= (Faire une): Fille qui raccroche sur la voie publique et conduit ses clients de hasard au premier hôtel venu.

Elle ne fait que _passer_.

Faire une _passe_ vient aussi de faire _un passant_ (Argot des filles).

=PASSE-BOURGEOISE=: Femme mariée, habituée des maisons de rendez-vous et qui, par ses _passes_, aide à faire bouillir la marmite (Argot du peuple).

=PASSER À LA PIPE=: Quand un individu est arrêté et conduit dans un poste, les agents le battent.

On le _passe à la pipe_.

Mot à mot: il est _fumé_.

Synonyme de _passer à tabac_ (Argot du peuple).

=PASSER DE BELLE= (Se): Né pas recevoir sa part d’un vol ou d’une affaire.

Il s’en _passe de belles_: homme qui vit, joyeusement.

Mot à mot: qui _passe de belles journées_.

Il s’en _passe de belles_ pour exprimer que dans tel endroit il _se passe de vilaines choses_.

Il _en fait de belles_: commettre de mauvaises actions.

—Il _en fait de belles_ ton vilain sujet, il crèvera sur l’échafaud (Argot du peuple et des voleurs). _N._

=PASSER DEVANT LE FOUR DU BOULANGER=: Voilà une expression qui n’est pas banale et qui est très usitée.

Quand un gamin ou une gamine sont trop précoces, qu’ils ont l’esprit plus éveillé qu’il ne faudrait, on emploie ce mot.

Mais il est plus typique dans ce sens.

Quand une toute jeune fille _a avalé son pépin_ et qu’elle pose quand même pour la vertu, on lui dit:

—Ne fais donc pas tant ta gueule, tu as _passé devant le four du boulanger_.

Mot à mot, elle a vu _enfourner_ (Argot du peuple). _N._

=PASSER LE GOÛT DU PAIN=: Étrangler un individu, lui faire _passer le goût du pain_ (Argot du peuple).

=PASSER DEVANT LA GLACE=: Payer.

Allusion à la _glace_ qui est toujours derrière le comptoir, chez le marchand de vin (Argot du peuple).

=PASSER L’ARME À GAUCHE=: Mourir (Argot du peuple).

=PASSER L’ÉPONGE=: Oublier, pardonner.

Mot à mot: _laver le passé_ (Argot du peuple).

=PASSER À TABAC=: Cette expression est toute récente.

Quand un individu est arrêté et conduit dans un poste de police, il est souvent frappé par la police, de là: _passer à tabac_ (Argot du peuple).

=PASSÉ-SINGE=: Roué. _A. D._

_Singe_ ne doit pas ici être pris dans le sens de patron; _singe_ est l’animal de ce nom.

_Passé-singe_, passé maître dans l’art de faire des grimaces et de se contorsionner.

Synonyme de souplesse et d’agilité.

—Il est donc _passé-singe_ qu’il a pu _cromper la tante_ malgré l’_oncle_ et les _barbauttiers_ (Argot des voleurs). _N._

=PASSE VANTERNE=: Échelle.

Mot à mot: passer par la fenêtre (Argot des voleurs).

PASSIFS: Souliers.

Il en est peu, en effet, qui _résistent_ au mauvais temps, surtout depuis l’invention des semelles en cuir factice (Argot du peuple).

=PASSIF=: Homme pour homme, celui qui subit.

Habitué des latrines de la berge du Pont-Neuf, des bains de la rue de Penthièvre ou des pissotières des Champs-Élysées.

Dans le peuple on dit:

—Il va ramasser des marrons dans l’allée des Veuves.

L’allusion est claire (Argot du peuple).

=PATAPOUF=: Homme gros et court sur jambes, qui peut à peine souffler en marchant.

Dans le peuple on dit:

—Ce _patapouf_ souffle comme un phoque (Argot du peuple).

=PATELIN=: Pays.

Corruption du vieux mot _pasquelin_, qui signifiait la même chose (Argot du peuple).

=PATINER= (Se): Se sauver.

—Je me _patine_ parce que je suis en retard.

Allusion aux _patineurs_ qui avancent rapidement.

_Patiner_ veut aussi dire se dépêcher de terminer une besogne.

—Je me _patine_ de finir ma pièce, autrement samedi pas de _galette_.

_Patiner du chiffon rouge_, se _patiner_ de la _langue_: parler vite (Argot du peuple). _N._

=PATOUILLER=: Manier.

—Vous n’avez pas bientôt fini de me _patouiller_ avec vos sales pattes?

On _patouille_ dans un coffre-fort.

On dit également _patrifouiller_.

—Ce cochon de _quart d’œil_ a passé deux heures à _patrifouiller_ dans mes _frusques_ pour trouver de quoi me faire _sapé_, mais il est _grinchi_. C’était au _moulin_.

_Patrifouiller_ est le superlatif de _fouiller_ (Argot des voleurs). _N._

=PATRICOTAGE=: Les danseurs _patricotent_ des jambes.

On dit aussi:

—Il a _patricoté_ dans la caisse.

_Patricoter_ est ici pour _tricoter_ (Argot du peuple). _N._

=PAUMER=: Perdre.

—Tu fais une drôle de gueule.

—J’avais deux _sigues d’affaire_ et j’en _paume_ quatre, y a de quoi.

—Fallait pas jouer (Argot des voleurs). _N._

=PAUMÉ=: Être pris, empoigné.

Les agents arrêtent un voleur en lui mettant généralement la _paume_ de la main sur l’épaule.

L’allusion est claire.

Être _empaumé_: être fourré en prison (Argot des voleurs).

=PAUMÉ MARRON=: _Paumé_, pris, _marron_, l’être.

Je suis _marron_ signifie être _refait_.

Un gogo est _marron_ dans une affaire qui rate.

—On m’a pris ma place, je suis _marron_.

Synonyme de _rester en panne_ (Argot des voleurs). _N._

=PAVE= (On): Rue dans laquelle on ne peut passer à cause d’un créancier (Argot du peuple).

=PAYER UN HOMME= (Se): Moyen que possèdent toutes les femmes sans débourser d’argent.

Cette expression est généralement employée par les femmes à caprices.

—Elle se _paye autant d’hommes_ qu’elle change de chemises (Argot des filles). _N._

=PEAU COURTE= (Avoir la): Accident qui arrive à ceux qui mangent trop de haricots.

Mot à mot: _péter_ (Argot du peuple).

=PEAU DE LAPIN=: Nom donné aux ouvrières cartonnières:

—Jamais mes _peaux de lapins ne turbinent_ le lundi (Argot du peuple). _N._

=PÉDÉRASTE=: Ce mot est trop connu pour avoir besoin de l’expliquer autrement que par ceci: homme qui commet volontairement des erreurs de grammaire et met au masculin ce qui devrait être au féminin (Argot du peuple).

=PÉGOCE=: Pou.

On dit aussi _gau_.

_Abasourdir des gaux_: tuer les poux qui _morganent_ sur son cuir (Argot des voleurs).

=PÈGRES=: Voleurs.

Les _pègres_ forment deux catégories: la _haute_ et la _basse pègre_ (Argot des voleurs).

=PÉGRIOT=: Petit voleur.

Diminutif de _pègre_.

Le _pégriot_ est d’une très grande utilité pour les _ratiboiseurs de boutanches_, qui pratiquent le vol au _radin_ (Argot des voleurs).

=PEIGNER UN DIABLE QUI N’A PAS DE CHEVEUX=: Réponse d’un débiteur malheureux à un créancier obstiné (Argot du peuple).

=PEIGNE-CUL=: Homme vil, bas, flatteur.

Mot à mot: homme de rien.

Terme de profond mépris, en usage dans les ateliers, pour qualifier un ouvrier qui donne toujours raison au patron (Argot du peuple).

=PÉLAGO=: La prison de Sainte-Pélagie.

Cette expression est une défiguration du mot _Pélagie_ par l’emploi du suffixe go.

Ce fait se produit souvent en argot (Argot des voleurs).

=PÉLO=: Sou.

—Je suis dans une _dèche carabinée_, depuis une semaine je n’ai pas louché un _pélo_ (Argot du peuple).

=PELOTER LE CARME=: On sait que les changeurs, pour attirer les regards, placent dans leurs vitrines des sébiles remplies d’or; les pauvres diables s’arrêtent à contempler ces richesses comme le savoyard mange son pain à l’odeur des cuisines du Café Anglais.

Ils _pelotent le carme_... moralement (Argot du peuple).

=PELURE=: Paletot ou veston.

—_J’enquille_ ma _pelure_ à manger le rôti (Argot du peuple).

=PENDARDS=: Seins qui pendent comme de vieilles vessies.

Cette expression est attribuée à Talleyrand.

Il assistait à la toilette d’une grande dame. Il regardait une femme de chambre lui lacer son corset; elle lui dit en minaudant:

—Vous regardez mes petits coquins?

—Vous pourriez dire vos grands _pendards_ (Argot du peuple).

=PENDU= (Se payer un): On sait que les brocanteurs _pendent_ à leur étalage les vêtements qu’ils ont à vendre.

Ils passent les manches dans un bâton, ce qui donne l’aspect des bras.

Vu d’un peu loin, on jurerait un _pendu_.

Se _payer un pendu_, c’est acheter ce vêtement (Argot du peuple).

=PENDU GLACÉ=: Le candélabre en forme de potence qui supporte le bec de gaz.

Les voleurs n’aiment pas beaucoup ces _pendus_-là.

—J’ai été _paumé_ pour avoir _barbotté_ un _pante_, sans ce chameau de _pendu glacé_, je me _cavalais_ à la _frime_ du _sergot_ (Argot des voleurs). _N._

=PENDULARD=: Voleur de pendules.

Les Allemands, en 1870, nous ont donné un joli échantillon de leur savoir faire dans ce genre de vol.

Ce sont les _bonjouriers_ qui pratiquent ce vol, principalement dans les loges de concierges (Argot des voleurs). _N._

=PENDULE À PLUMES=: Le coq qui chante chaque matin à heures fixes.

On dit également _réveil-matin_.

C’en est un très économique qui n’a pas besoin d’être remonté et qui a l’avantage de pouvoir être mangé quand il a cessé de plaire (Argot du peuple).

=PÉNICHES=: Souliers, lorsqu’ils sont d’une dimension démesurée (Argot du peuple).

=PÉ-PÈTES=: Sous.

—Ça commence à être rudement rasant, pas un _pé-pète_ à la clé (Argot du peuple).

=PÉPIN=: Avoir un _pépin_, aimer quelqu’un.

Se dit aussi à la poule qui se joue au billard. Quand un joueur a derrière lui un adversaire maladroit, il est protégé par un _pépin_, il est couvert.

_Pépin_, par le même motif, signifie parapluie (Argot du peuple). _N._

=PERCHER=: Loger au hasard, tantôt ici, tantôt là.

Allusion à l’oiseau qui _perche_ tantôt sur une branche tantôt sur une autre (Argot du peuple).

=PERDRE SES BAS=: Oublier.

—Tu _perds_ donc _tes bas_, que tu manques au rendez-vous que tu m’as donné?

—Prêtez-moi mille francs.

—Vous _perdez_ donc _vos bas_, mon vieux?

Ici le sens est ironique.

On dit aussi:

—Tu _fais dans tes bas_.

Pour: Tu te moques de moi (Argot du peuple).

=PÈRE PEINARD (En)=: Y aller doucement, sans se presser, sans se faire de bile.

Les agents arrivent en _Père Peinard_ pour surprendre un voleur en flagrant délit (Argot du peuple). _N._

=PERLOT=: Tabac—dérivé de _semper_. _L. L._

_Semper_ s’écrit _Saint-Père_ dans toutes les prisons.

À la _centrousse_ de Melun, on chante depuis des années:

Pour du tabac, disait un pègre, Et pour trois pouces de _Saint-Père_.

(Argot des voleurs).

=PERSIL=: Faire le _persil_, aller au _persil_: raccrocher.

On n’est pas fixé sur l’origine et la valeur de cette expression. Francisque Michel la fait venir de _pesciller_; Delvau dit qu’elle a pour motif que les filles raccrochent dans les terrains vagues où pousse le _persil_; le peuple, qui ne connaît ni l’un ni l’autre, applique cette expression aussi bien aux filles de la rue qu’à celles du boulevard, parce que la fille trotte dans la boue et qu’elle a les pieds sales; or, depuis plus de cinquante ans, on dit d’une fille qui a les pieds malpropres:

—Elle a du _persil dans les pieds_; de là: faire son _persil_ (Argot des souteneurs).

=PERROQUET=: Absinthe.

Allusion à la couleur verte de la liqueur, qui ressemble à celle du perroquet (Argot du peuple). =V.= _Poileuse_.

=PERRUQUE=: Vieille _perruque_, vieux serin, homme qui n’est pas _fin-de-siècle_.

_Perruque_ (En faire une): Vendre des matériaux qui appartiennent à autrui (Argot des entrepreneurs).

=PESCILLER D’ESBROUFFE=: Prendre d’autorité.

Le voleur à l’_esbrouffe pescille_ de cette façon le portefeuille ou le porte-monnaie du bourgeois (Argot des voleurs). =V.= _Vol à l’esbrouffe_.

=PESSIGNER= ou =PESSIGUER=: Ouvrir.

—J’ai une _carouble_ qui _pessigne_ toutes les _lourdes_ sans _fric-frac_ (Argot des voleurs).

=PESTAILLES=: Agents de la sûreté ou sergents de ville.

Pour les voleurs, ce sont des _pestes_; ils ont ajouté la finale de _railles_, l’ancien mot, et n’en ont fait qu’un (Argot des voleurs). _N._

=PET=: Signal convenu pour prévenir ses complices qu’il y a du danger.

—_Pet, pet_, v’là les _pestailles_.

On dit également:

—Au bastringue du Pou Volant, il y aura du _pet_ ce soir (Argot des voleurs).

=PET À VINGT ONGLES=: Enfant nouveau-né (Argot du peuple).

PÉTARD: Sou.

C’est une corruption du mot _patard_, expression employée par François Villon.

En Suisse, il y a des siècles, _patard_ était une monnaie divisionnaire; en terme de mépris, on disait: _un patard de vache_ (Argot du peuple). _N._

=PÉTARD=: Le derrière.

—Crois-tu qu’elle est bien en viande? Quel riche _pétard_! On en mangerait une tranche.

L’allusion se devine; souvent il tire des feux d’artifice (Argot du peuple). _N._

=PÉTARDIER=, =PÉTARDIÈRE=: Faire du tapage, du bruit.

—Ah! tu sais, il ne faut pas l’emmener quand il a le _nez sale_, c’est un _pétardier_ (Argot du peuple).

=PÉTASE=: Chapeau ridicule comme en portent les paysans les jours de fête.

Ce chapeau se transmet de père en fils, tant pis si la tête est plus ou moins forte.

Il en est qui datent du siècle dernier (Argot du peuple).

=PÉTASSE=: Vieille femme avachie qui perd ses _vestiges_ en marchant.

Putain et soularde (Argot des souteneurs).

=PÈTE-SEC= (Monsieur): Individu qui ne rit jamais et paraît toujours en colère.

Surnom donné au régiment aux officiers dont la rigueur est proverbiale (Argot du peuple).

=PÉTER=: Se plaindre.

—Ah! mon vieil _aminche_, comme ta _frime_ est _toquarde_, tu as les _douilles savonnées_, d’où que tu sors?

—De la _boîte aux cailloux_. À cause d’un mec qui a _pété_ au _moissonneur_, j’ai passé à la _planche à pain_.

_Péter_, mot à mot: faire du _pet_, se _plaindre à la justice_ (Argot des voleurs). _N._

=PÉTER LA SOUS-VENTRIÈRE= (S’en faire): Terme ironique employé pour dire à quelqu’un qui vous fait une demande saugrenue:

—Tu t’en _ferais péter la sous-ventrière_.

Synonyme de: _Tu n’en voudrais pas_.

Avoir mangé à s’en _faire péter la sous-ventrière_ (Argot du peuple). _N._

=PÉTER PLUS HAUT QUE LE CUL=: Faire de l’embarras, de l’esbroufe, vouloir prouver que l’on est riche lorsque l’on n’a pas le sou.

Homme ou femme qui s’habille élégamment en se privant sur la nourriture:

—Ils veulent _péter plus haut qu’ils n’ont le cul_.

C’est le cas des filles de boutique et des commis de magasins.

Dans le peuple, par ironie, on les appelle:

Tout sur le dos, rien dans l’estomac (Argot du peuple). _N._

=PÉTEUR=: Dénonciateur.

Comme pour _dénoncer_ il faut parler, le mot _péteur_ doit être pris dans le sens de _péter du bec_ (Argot des voleurs).

=PETIT MONDE=: Lentille.

On dit aussi par allusion de forme et presque de couleur: _punaise_ (Argot des voleurs).

=PÉTILLARDS=: Diamants.

_Pétiller_ est dit pour _briller_. C’en est le superlatif.

—Les _durailles_ de la _gonzesse_ sont _pétillants_ aux _pendus glacés_ (Argot des voleurs). _N._

=PETIT SALÉ=: Petit enfant.

—Tu ne vas pas faire taire ton _salé_; fous-y donc sa _gamelle_ pour qu’il ne _chialle_ plus (Argot du peuple).

=PETITE FILLE=: Demi-bouteille.

—Viens-tu boire une bouteille?

—Non, une _petite-fille_ suffira (Argot du peuple).

=PÉTROLE=: Mauvaise eau-de-vie servie dans les _assommoirs_.

Elle brûle l’estomac (Argot du peuple). _N._

=PÉTROUSQUIN=: La partie du corps sur laquelle on tombe le plus souvent. _A. D._

_Pétrousquin_, paysan.

Malgré la croyance populaire, le paysan n’est pas aussi _cul_ qu’il le paraît.

Ce n’est donc pas de là, que vient l’expression.

_Pétrousquin_, ne viendrait-il pas de _Pétrus_, avec une finale ajoutée (Argot du peuple).

=PETSOUILLE=: Cette expression est suffisamment claire.

Elle désigne un jardinier habitué à travailler la terre; elle est un terme de mépris lorsqu’elle est employée vis-à-vis d’un bourgeois (Argot du peuple).

=PÈRE LA TUILE= (Le): Dieu.

Il n’est pourtant jamais tombé sur personne.

Cette expression est en usage dans le monde des prisons.

—As-tu entendu le _ratichon balancer sa jasante_ au _Père la Tuile_? (Argot des voleurs).

=PÈZE= ou =PÈSE=: Argent.

L’expression est due à Frédérick-Lemaître.

Il jouait avec Clarisse Miroy à la Porte-Saint-Martin sous la direction Harel. Ce dernier n’aimait pas payer; un soir qu’il était en retard avec les appointements du grand artiste, celui-ci ne voulut pas entrer en scène avant d’être réglé. Il envoya Clarisse à la caisse; elle en revint peu après avec un énorme sac de pièces de cent sous. Elle le tendit à Frédérick.

—Tiens, _pèse_?

Depuis ce temps, on dit dans le peuple:

—As-tu du _pèse_? (Argot du peuple).

=PHILÉMON-BAUCIS=: Quand deux bourgeois jouent aux dominos, et que l’un d’eux se débarrasse du double-six, il s’écrie en riant:

—_Filez mon beau six_ (Argot des bourgeois).

=PIANO DU PAUVRE= (Le): Des haricots.

Allusion au bruit du lendemain (Argot du peuple).

=PIAU=: Cette expression est employée dans les ateliers de composition en réponse à une question indiscrète ou ridicule. _Piau_, c’est tout dire.

Quand on ne veut pas répondre, on se contente de dire:

—Il est _derrière le poêle chez Cosson_. C’est tout.

Si l’insistance est trop grande, on dit:

—Va donc _chier dans le cassetin aux apostrophes_.

Cette dernière expression est également employée quand un camarade devient riche:

—_Il a chié dans le cassetin aux apostrophes_.

En ce cas, elle ne sert pas souvent, car nos camarades, les typos, nous ressemblent, le travail ne les enrichit guère (Argot d’imprimerie). _N._

=PIAULE=: La maison.

—Y a pas, faut _rappliquer_ à la _piaule_ de la _dabe_, sans ça pas de _boulottage_ à la clé.

Pourquoi _piaule_?

Delvau dit que c’est une allusion aux nombreux enfants qui _piaillent_ dans la maison. Ne serait-ce pas plutôt à cause du _pieu_ (lit) dont par déformation on a fait _piaule_?

C’est plus que probable (Argot du peuple).

=PICHENET=: Petit vin aigre que l’on boit à Argenteuil (Argot du peuple).

=PICOREUR=: Voleur de grands chemins.

Le _picorage_ est le vol commis au hasard sur le passant qui est _picoré_, ou dans les fermes isolées.

Le voleur _picore_ comme la poule, dans les armoires; il y trouve plus de butin que sur le fumier (Argot des voleurs).

=PIED DE BICHE=: Pince (Argot des voleurs). =V.= _Monseigneur_.

=PIEDS FUNICULÉS= (Avoir les): Refuser de marcher.

Allusion au _funiculaire_ de Belleville qui _marche_ quand il veut (Argot du peuple). _N._

=PIERRE À AFFÛTER=: Le pain.

En le coupant, cela _n’affûte_ pourtant pas le couteau, mais c’est une allusion au va et vient du couteau sur la _pierre à repasser_, quand le rémouleur lui donne le _fil_, ou quand le boucher l’aiguise sur son _fusil_ (Argot du peuple).

=PIERREUSE=: Fille publique qui bat son quart dans les terrains vagues, où il se trouve plus de _cailloux_ que d’herbe (Argot des souteneurs).

PIEU: Le lit.

Se fourrer au _pieu_.

Se coller dans le _pieu_.

Allusion à ce que l’on s’y enfonce comme le _pieu_ s’enfonce dans la terre (Argot du peuple).

=PIÈCE DE DIX SOUS=: Monnaie affectionnée par les pédérastes.

Ils la préfèrent particulièrement quand elle est neuve (Argot du peuple). _N._

=PIGE=: Année.

Synonyme de _berge_ (Argot des voleurs).

=PIGE=: Expression employée dans les imprimeries pour constater quel est celui des compositeurs qui _lève_ le plus de lignes à l’heure (Argot des imprimeurs).

=PIGE=: Employé par les enfants quand ils jouent aux billes; à l’aide d’une paille ou d’un petit morceau de bois, ils mesurent la distance de la bille la plus près du but pour trancher le différend (Argot du peuple).

=PIGEON=: Homme facile à _plumer_.

_Patiner un pigeon_, c’est _plumer_ un individu qui a un _béguin_ pour une fille.

—Je tiens mon _pigeon_, il laissera sa dernière _plume_ dans mon alcove (Argot des filles).

=PIGNOCHER=: Terme employé dans les ateliers de peintres pour désigner un artiste qui peint à petits coups de pinceau.

Il _pignoche_ sa toile.

Meissonier était le roi des _pignocheurs_ (Argot des artistes).

PIGNOUF: Un _miché_ qui pose un lapin à une fille est un _pignouf_ (Argot des filles).

=PILE= (En recevoir une): Être battu à plate couture (Argot du peuple).

=PILE= (Une): Cent francs (Argot des voleurs).

=PILER DU POIVRE=: Individu qui a des chaussures neuves qui lui font mal; il marche sur la pointe des pieds.

Il _pile du poivre_.

On dit également:

—Il est dans la _prison de Saint-Crépin_.

Quand une personne est absente et que l’on médit d’elle, on _pile du poivre_ sur son compte.

On connaît cette anecdote de Tortoni:

Il y avait une vingtaine de journalistes réunis. Chaque fois que l’un s’en allait, aussitôt il était arrangé de belle façon, et ainsi de suite jusqu’au dernier.

Celui-là, en partant, se dit: au moins on ne _pilera pas de poivre_ sur mon compte; je reste seul.

Le garçon l’accompagna et dit en fermant la porte:—Quel crétin que ce coco-là, il se croit l’égal de Victor Hugo et il est plus bête que trente-six cochons.

Le garçon _pilait du poivre_.

_Faire piler du poivre à quelqu’un_: lui casser la tête sur le pavé (Argot du peuple). _N._

=PILIER DE CABARET=: Soulard qui ne quitte pas le _mastroquet_.

C’est, en effet, une des _colonnes_ de la boutique.

Les ménagères emploient souvent cette expression quand leur mari rentre par trop _imbibé_ (Argot du peuple).

=PILIER DE COUR D’ASSISES=: Récidiviste qui a subi plusieurs condamnations.

Cheval de retour (Argot du peuple).

=PINCEAU=: Balai.

—Quel riche coup de pinceau (Argot du peuple).

=PINCE-CUL=: Bal de bas étage où l’on pelote la marchandise avant de l’emmener _bacher_ (Argot des souteneurs).

=PINCÉ=: Être _pincé_, être pris.

Être pincé: être amoureux.

—Je suis _pincé_ pour Nana. Je n’en dors plus.

En _pincer_ pour quelqu’un, c’est avoir un ardent désir (Argot du peuple). _N._

=PINCER DE LA GUITARE=: Toutes les fenêtres des cellules des prisonniers sont garnies de barreaux de fer.

Ils _pincent de la guitare_ avec les barreaux.

Allusion aux cordes de la _guitare_ (Argot des voleurs).

=PINCE-LOQUES=: Aiguille.

L’aiguille, en effet, sert à repriser les _loques_, à les raccommoder. Elle rapproche les trous, elle les _pince_ (Argot des voleurs).

=PINCER DES FRÉTILLANTES=: Danser.

L’image est jolie, les jambes _frétillent_.

Quand la _Goulue pince_ des _frétillantes_ dans un cavalier seul distingué, elle _pince le pas du hareng saur en détresse_ (Argot du peuple).

=PINCETTES=: Jambes, quand elles sont minces.

—Tu fais sécher les bas sur des _pincettes_ (Argot du peuple).

=PINGAUD= (Il est): Il est joli, bien élevé.

—Ah! Madame, le joli enfant que vous avez là.

—Fais voir à Madame que tu es _pingaud_; souhaite-lui le bonjour.

—Est-ce que je la connais, c’te vache-là.

—Oh! c’est y Dieu possible, un enfant que j’ai porté neuf mois dans mon sein...

—Fous-moi le cul dans ta hotte, tu me porteras trois mois de plus; ça fera un an (Argot du peuple).

=PINGRE=: Avare qui rapine sur tout.

Le roi des _pingres_ était un nommé Crétin, un des plus riches propriétaires de Lyon; il déchirait les marges blanches des affiches apposées sur les murs, pour en faire des quittances pour toucher ses loyers.

Quand il pleuvait, il lâchait ses poules dans les champs; elles lui rapportaient à leurs pattes la terre du voisin! (Argot du peuple).

=PIOCHER=: Travailler dur et ferme.

—Je _pioche_ mon examen.

_Piocher_ est synonyme de fouiller.

Allusion à l’ouvrier qui _fouille_ la terre en la _piochant_ (Argot du peuple).

=PIONCER=: Dormir à poings fermés (Argot du peuple).

=PIPE= (Tête de): La tête.

Allusion à ce que la plupart de nos grands hommes ont eu l’honneur d’être moulés en terre de pipe et fumés par le peuple, culottés quelquefois.

Il existe une chanson sur ce sujet:

Ils dis’nt en le voyant picter Sa pipe enfin commence à s’culotter.

On dit d’un individu grotesque qu’il a une _tête de pipe_ (Argot du peuple).

=PIPÉ=: Château.

Il est presque impossible de trouver le pourquoi des principales expressions employées par les voleurs pour désigner des choses spéciales, telles que _bergerie_, _grange_, _ferme_, etc., etc.

J’en ai questionné un certain nombre, tous m’ont répondu:

—Ça s’appelle comme ça, voilà tout (Argot des voleurs).

=PIQUE-PRUNE=: Ouvrier tailleur. Allusion à la marche de l’aiguille.

On dit aussi: _Pique-puce_ et _pique-poux_.

C’est un terme de métier (Argot du peuple).

=PIQUER UNE ROMANCE=: Dormir.

Allusion au ronflement du dormeur qui est une sorte de chanson en faux-bourdon (Argot du peuple).

=PIQUER LE NEZ= (Se): Se payer une belle soulographie (Argot du peuple).

=PIQUER SON MOULIN=: Salade trop épicée.

Elle vous _pique le moulin_ (la bouche) (Argot du peuple). _N._

=PIQUER SON FARD=: Rougir en entendant un propos grossier (Argot du peuple).

=PIQUE-VERT=: Petite scie fabriquée avec un ressort de montre (Argot des voleurs).

=PIQUETTE=: Fourchette.

L’allusion est claire (Argot des voleurs). _N._

=PISSER DE L’ŒIL=: Pleurer.

—Depuis que mon homme a foutu le camp, je _pisse de l’œil_ comme une fontaine Wallace (Argot du peuple). _N._

=PISSE-FROID=: Homme guindé, raide, froid, dont l’aspect vous glace.

Homme qui, en parlant, laisse tomber ses mots avec une lenteur monotone.

Se dit de tout homme à l’aspect peu sympathique (Argot du peuple).

=PISSER COMME LES POULES=: Aller au cabinet.

Pour qualifier un individu très niais, on dit:

—Il a une gueule à mener _les poules pisser_ (Argot du peuple).

=PISSER DES LAMES DE RASOIR EN TRAVERS=: Celui qui est dans ce cas-là n’est pas heureux.

L’image est juste pour indiquer les douleurs cuisantes qu’éprouvent les pauvres diables qui ont reçu _un coup de pied de Vénus_.

Pour témoigner à une personne qu’elle vous impatiente, on lui dit: _Vous me faites pisser des lames de rasoir en travers_ (Argot du peuple).

=PISSER UNE CÔTELETTE=: Accoucher.

On dit aussi:

—Elle _pisse des os_.

_Pisser une côtelette_ est une allusion à la légende biblique d’Adam et Ève (Argot du peuple).

=PISSER À L’ANGLAISE=: S’en aller subrepticement sans payer son écot.

_Pisser à l’anglaise_: quitter un salon sans saluer les maîtres de la maison pour ne pas jeter le trouble dans la réunion... ou parce que l’on s’embête à quarante francs par tête (Argot du peuple).

=PISTOLE=: Pièce de dix francs dans l’argot des maquignons et des bouchers.

La _pistole_, dans les prisons, est une chambre à part où les détenus, par faveur et moyennant une redevance quotidienne, jouissent de quelques douceurs.

Sous la Révolution, pour être à la _pistole_, à la Conciergerie, les prisonniers payaient pour un lit 27 livres 12 sous le premier mois, et 22 livres 10 sous les mois suivants.

Sous la Terreur, les prisonniers payaient 15 livres par nuit. Chaque lit rapportait 22,000 livres par mois.

Alboize et A. Maquet qui me donnent ces chiffres dans leur _Histoire des prisons de l’Europe_, ajoutent que la Conciergerie était le premier hôtel garni de Paris.

Les détenus qui sont à la _pistole_ s’appellent des _pistoliers_ (Argot des voleurs).

=PITON=: Nez extraordinaire qui se rapproche de la trompe de l’éléphant.

—Monsieur, ôtez votre nez de là, dit Gavroche à un homme affligé d’un _piton_ phénoménal, pour que je voie l’heure à Notre-Dame (Argot du peuple).

=PIVE=: Vin (Argot des voleurs). =V.= _Pivois_.

=PIVOIS=: Vin rouge.

Je ne vois guère qu’une raison à cette expression: c’est une allusion de couleur.

_Pivois_ vient certainement de _pivoine_ (Argot du peuple).

=PIVOIS DE BLANCHIMONT=: Vin blanc (Argot des voleurs).

=PLACARDE=: La place.

Non pas seulement comme le dit A. Delvau _la place_ où se font les exécutions, mais bien n’importe laquelle.

La _placarde du fourmillon_: la place du marché (Argot des voleurs).

=PLACE D’ARMES=: La poitrine (Argot du peuple).

=PLAN DE COUILLÉ=: Faire de la prison pour un autre.

Faire de la prison sans avoir joui du produit de son vol.

_Couillé_ est le diminutif de _couillon_.

Dialogue au _Dépôt_:

—Pourquoi que t’es ici?

—J’ai pas de _piaule_ pour _pagnoter_.

—Je _file_ la _comète_; j’ai été _fabriqué_ par un sale _sergot_.

—Et ton _nière_?

—Mon _orgue_? J’étais _méquard_ de la bande à Bibi.

—Alors tu vas aller _au carré des petites gerbes_.

—Veux-tu me _désenflaquer_ et m’aider à _casser la ficelle_?

—Pour aller à la _boîte aux cailloux_, où y a pas _mèche_ de faire _chibis_; où on ne _boulotte_ que des _bourres-coquins_ et où on ne _lampe_ que du _sirop de macchabée_? y a pas de _pet_.

—Je te donne la _paire de sigues_, mais tu ne _bonniras que peau_.

—Tes _sigues_, c’est du _carme à l’estorgue_.

—Non, c’est du _bath_.

—C’est pas assez, car si les _palpeurs_ me foutent _deux berges de Centrousse_, ça serait du _plan de couillé_.

Mot à mot: de la prison pour rien (Argot des voleurs).

=PLAN=: Le Mont-de-Piété.

Allusion à la _planche_ sur laquelle on emmagasine les effets engagés (Argot du peuple).

=PLAN=: Prison.

—Je tire dix _berges_ de _plan_.

_Tomber en plan_: se faire arrêter.

_Être en plan_: rester en gage pour un écot.

Laisser sa femme en _plan_ c’est synonyme de la _lâcher_ (Argot du peuple).

=PLANTEUSE DE BOIS=: Femme qui fait son mari cocu.

Mot à mot: elle _lui plante du bois_ sur la tête (Argot du peuple). _N._

=PLANCHE À PAIN=: Cour d’assises.

Se dit aussi d’une femme maigre (Argot des voleurs). _N._

=PLANCHE À LAVEMENT=: Le confessionnal.

On y lave sa conscience; pour certains, il faudrait une rude lessive (Argot des voleurs).

=PLANQUE= (En faire une): Agent qui se _planque_ pour surveiller des individus.

Être en _planque_, être _filé_.

Mot à mot: _planque_, attendre.

La chanson des _mecs_ dit:

Jadis pour une fille, la plus chouette des catins Tous les _mecs_ se mettaient en _planque_ C’qui lui valait le _flac_ dont _casquaient_ les _rupins_ Sans les _grinchir_ ni d’_truc_ ni d’_banque_.

(Argot des voleurs).

=PLANQUE À LARBIN=: Bureau de placement spécial pour les domestiques (Argot des voleurs). =V.= _Suce-larbin_.

=PLANQUER=: Cacher.

—Pour dépister la rousse, je vais me _planquer_ un _marqué_ chez un _garnaffier_ de mes _aminches_ (Argot des voleurs).

=PLANTER UN DRAPEAU=: Autrefois on disait faire un _puff_.

Les ouvriers et les petits employés ont l’habitude de manger à la semaine ou au mois chez leur restaurateur; fréquemment quand ils quittent leur place, ils ne payent pas le gargotier.

—Pourquoi ne passes-tu pas par-là?

—J’ai _planté un drapeau_.

Allusion au _drapeau_ planté par les cantonniers sur la voie publique qu’ils réparent pour avertir qu’il ne faut pas passer là (Argot du peuple). _N._

=PLÂTRE= (En avoir): Posséder beaucoup d’argent.

Allusion au propriétaire qui fait construire une maison: il a du _plâtre_ (Argot du peuple).

=PLAT-CUL=: Tomber sur le côté pile.

Les typographes disent sur le _côté de deux_.

Allusion à l’envers de la page (Argot du peuple).

=PLATS À BARBE=: Oreilles démesurées, se détachant du visage.

—Faudrait un balai pour nettoyer tes _plats à barbe_ (Argot du peuple).

=PLAT DU JOUR=: Femme nouvelle servie aux habitués des maisons de rendez-vous avant qu’elle ne serve au public (Argot des filles). _N._

=PLAT DE CHAT=: Il ne s’agit pas de la _gibelotte de gouttière_ servie chez les Borgias à vingt-trois sous (Argot des filles). =V.= _Accouplées_.

=PLAT-GUEUX=: Homme lâche (Argot du peuple). =V.= _Plat-ventre_.

=PLAT-VENTRE= (Se mettre à): Se dit de quelqu’un qui _rampe_ devant un supérieur.

Se mettre à _plat ventre_, c’est le comble de l’humiliation et de l’abaissement (Argot du peuple).

=PLEIN COMME UN BOUDIN= (Être): Être repu de nourriture et de boisson.

Mot à mot: avoir mangé comme un cochon (Argot du peuple).

=PLOMB= (Avoir une carotte dans le): Puer de la bouche.

_Plomb_ est une expression déjà ancienne.

Théophile Gautier faisant goûter à Alexandre Dumas père de la fine Champagne excessivement rare, celui-ci avala son petit verre d’un seul coup.

—Ah! dit Théophile Gautier, tu jettes ça dans le _plomb_ (Argot du peuple). _N._

=PLOMBÉ=: Ivre: l’homme ivre est lourd comme du plomb. _L. L._

_Plombé_ veut dire atteint d’une maladie qui a fait la fortune de Charles Albert.

—Elle m’a _plombé_ jusqu’à la moelle (Argot du peuple). _N._

=PLOMBES=: Heures.

—Voilà dix _plombes_ qui se _décrochent_ au _tintamarre_ de l’_antonne_; le _ratichon_ va _grimper_ à son _zinc_ pour _débagouler_ sa _jasante_ au _père la Tuile_.

_Plombes_, allusion au marteau qui tombe _d’aplomb_ sur la cloche (Argot des voleurs).

=PLOMBER DE LA CARGUE=: Sentir mauvais de la bouche. Tuer les mouches au vol (Argot du peuple).

=PLUMARD=: Lit de plumes. C’est un simple changement de finale, comme pour _épicemar_ et _frimard_ (Argot du peuple).

=PLUMES=: Cheveux.

—Tu veux toujours paraître jeune, mais tu te _déplumes_.

—Tu as rudement, grandi; ta tête dépasse tes cheveux (Argot du peuple).

=PLUMES DE BEAUCE=: Bottes de paille.

On sait que les plaines de la Beauce sont fertiles en graminées; le blé, le seigle et l’avoine y sont cultivés avec soin.

Dans les prisons, où les détenus n’ont pour literie qu’une simple paillasse, ils disent, par ironie, qu’ils couchent sur de la _plume de Beauce_ (Argot des prisons).

=PLUMER=: Dépouiller.

Allusion à l’oiseau que la cuisinière _plume_ pour le faire rôtir.

Ruiner un individu, lui prendre jusqu’à sa dernière _plume_.

—Il faut à tout prix que vous sortiez de cette affaire, vous y laisseriez vos _plumes_ (Argot du peuple).

=POCHETTES=: Les joues.

Comme les poches, elles se gonflent (Argot du peuple).

=POCHETÉE= (Avoir une):

Avoir une forte dose de bêtise.

—Il en a une rude _pochetée_.

Synonyme de _gourde_ (Argot du peuple).

=POÊLE A MARRONS=: Homme grêlé.

Allusion à la poêle percée de trous (Argot du peuple). _N._

=POGNON=: Argent, monnaie.

Allusion à l’argent mis à même la poche et que l’on prend à _poignée_.

Une _poignée_ d’argent; de là, _pognon_ (Argot des souteneurs).

=POIGNE= (Avoir de la): Raide, dur comme une barre de fer.

Diriger une affaire avec énergie, commander avec rudesse.

Cette expression date de l’Empire, qui inventa les _préfets à poigne_ (Argot du peuple).

=POIL DE BRIQUE=: Femme ou homme à cheveux rouges, _rouquin_.

On dit dans le peuple, par allusion à la couleur:

—Trois jours de plus dans le ventre de sa mère, elle était rôtie (Argot du peuple). _N._

=POIL= (En avoir quelque part): Homme courageux qui ne redoute rien.

Dans le peuple, on dit le mot carrément (Argot du peuple).

=POIL= (En recevoir un): Être fortement grondé.

On dit aussi recevoir un _galop_ ou un _gras_.

Ce mot remplace _suif_ (Argot du peuple).

=POILS= (Être à): Être dans un costume primitif, comme Geneviève de Brabant, avoir ses cheveux pour vêtement, ou, comme au bal des _Quatr’z’Arts_, avoir laissé sa chemise au vestiaire (Argot du peuple).

=POIL DANS LA MAIN= (En avoir un): Paresseux qui ne veut pas travailler, qui fête tous les jours la Sainte-Flemme.

—Il faudrait une rude paire de ciseaux pour lui couper le _poil_ qu’il a dans la main (Argot du peuple).

=POILEUSE=: Absinthe.

Dans les assommoirs où l’on débite de l’absinthe commune à la mesure, on emploie cette expression.

Elle vient de ce que l’homme, abruti par cette boisson, ne peut plus travailler; il est _poileux_.

Mol à mot: il a un _poil_ (Argot du peuple). _N._

=POINCELETS=: Clés fabriquées d’une certaine manière.

Au lieu d’avoir un anneau à son extrémité comme les clés ordinaires, le _poincelet_ se termine en _pointe_ et peut servir à deux usages: à _caroubler_ les portes ou à pratiquer une pesée pour faire sauter les gâches des serrures (Argot des voleurs).

=POINT DE COTÉ=: Créancier.

Maître-chanteur exploitant les hommes qui ont un certain vice.

Allusion à la gêne causée par le mal de ce nom. _L. L._

_Point de côté_: tiers gêneur. Celui qui, par exemple, vous empêche, par sa présence, de _lever_ une femme et de l’emmener après l’avoir _levée_. _A. D._

_Point de côté_, mari gênant, ombrageux, jaloux, qui surveille sa femme comme Bartholo sa nièce:

—Je ne peux pas sortir, mon _point de côté_ est à la maison, il ne me lâche pas d’une semelle (Argot du peuple). _N._

=POIRE=: Tête.

On dit d’un homme naïf et simple:

—Il a une bonne _poire_, il est facile à _acheter_.

—Vous n’allez pas longtemps vous moquer de ma _poire_, je suppose?

Se _payer la tête_ de quelqu’un est synonyme de se _payer sa poire_ (Argot du peuple).

=POIROTER=: =V.= _Faire le poireau_.

=POISSE=: Voleur. _A. D._

C’est absolument, tout le contraire; un _poisse_ est un agent de la sûreté.

La _poix_ du cordonnier s’attache aux mains en _poissant_ le fil; l’agent s’attache au voleur, il le _poisse_.

Il le fait bon pour _Poissy_.

Nous sommes _poissés_: nous sommes pris (Argot des voleurs). _N._

=POISSÉ SUR LE TAS=: Être pris en flagrant délit de vol.

_Poissé_ de _poisse_, agent; tas, terrain (Argot des voleurs). _N._

=POISSER DES PHILIPPES=: _Poisser_, voler; _philippes_, pièces de cinq francs.

Mot à mot: voler des pièces de cinq francs (Argot du peuple).

=POISSON SOUFFLEUR=: Rendre par les narines, comme le font certains fumeurs de cigarettes, ce qui est aspiré par la bouche.

Se prend dans deux sens (Argot du peuple).

=POITOU=: Non. _A. D._

_Poitou_: Public. _A. D._

_Poitou_: Nulle chose. _L. L._

C’est assez difficile à accorder. Qui a raison des deux auteurs?

Moi, je crois que _poitou_ veut dire _silence_, prenez garde, car ce mot est employé dans les prisons à l’arrivée d’un surveillant (Argot des voleurs). _N._

=POIVRE ET SEL=: Cheveux qui commencent à grisonner.

L’allusion est claire (Argot du peuple).

=POIVRER=: Quand la cuisinière _poivre_ trop ses mots, elle met le _feu_ au palais des convives.

Quand une femme _poivre_ un homme, le _poivré_ maudit Christophe Colomb comme François I^er la belle Ferronnière (Argot du peuple).

=POIVRIER=: Voleur qui dévalise les ivrognes qui s’endorment sur les bancs ou sur l’herbe des fortifications.

Ce vol est connu sous le nom de _vol au poivrier_ (Argot des voleurs).

=POIVROT=: Ivrogne qui se colle des _bitures_ à tout casser.

_Poivrot_ vient sûrement de ce que dans les _assommoirs_, on débite de l’eau-de-vie qui ressemble à une décoction de _poivre long_.

Il est saoûl, il est _poivré_, de là _poivrot_ (Argot du peuple).

=POLOCHON=: Le traversin qui complète la fourniture du troupier à la caserne.

Quand on a bu un coup de trop, on a reçu un _coup de polochon_.

Allusion à la farce qui se fait dans les chambrées aux jeunes conscrits: on les _étourdit à coups de polochon_ (Argot des troupiers).

=POMMADEUR=: Réparateur de vieux meubles à qui il donne l’apparence du neuf en les _truquant_ avec de la cire et de la gomme laque (Argot du peuple).

=POMMADEUR=: Flatteur.

Passer de la _pommade_ à quelqu’un, lui trouver toutes les qualités possibles.

Dire à un bossu, par exemple, qu’il est droit comme un cierge. On en a fait ce calembour: la louange comme le tonnerre _fout droit_ (Argot du peuple). _N._

=POMMADIN=: Individu infatué de lui-même, qui ne songe qu’à soigner sa tête.

Mot à mot: qui ressemble à une poupée de coiffeur (Argot du peuple).

=POMPER=: Boire comme un trou.

Dialogue devant le comptoir d’un marchand de vins:

—Voulez-vous, en buvant, ressembler à deux empereurs romains?

—Comment?

—Soyez César et _pompez_ (Argot des bourgeois facétieux). _N._

=POMPER=: Travailler ferme.

Quand le travail se ralentit, le metteur en pages dit:

—Allons, les amis, encore un petit _coup de pompe_ (Argot des typographes).

=POMPEZ, SEIGNEUR, POUR LES BIENS DE LA TERRE ET LE REPOS DU PAUVRE MILITAIRE.=

_Pomper_ signifie _pleuvoir_; alors le soldat _coupe_ à la corvée ou à la revue (Argot des troupiers).

=POMPON= (Vieux): Se dit d’un vieux soldat:

Le soldat est comme son pompon Plus il devient vieux, plus il devient... melon.

(Argot des troupiers).

=POMPON= (En avoir un): Être abominablement gris.

Avoir la face rouge comme une pivoine.

Allusion à la couleur rouge du _pompon_ des grenadiers (Argot du peuple).

=PONTES POUR L’AFF=: _Ponte_ doit être pris dans le sens de _bailleur de fonds_ assemblés pour lancer une _affaire_ plus ou moins véreuse.

On sait que le _ponte_ (joueur) est généralement peu scrupuleux (Argot des boursiers).

=PONANTE=: Fille publique.

On dit également _ponette_ quand elle est jeune (Argot des voleurs). _N._

=PONIFLE=: Raccrocheuse de bas étage.

_Ponifle_ est le diminutif de _ponifler_, aimer (Argot des souteneurs).

=PORC-ÉPIC=: L’ostensoir.

Allusion aux rayons qui l’entourent (Argot des voleurs).

=PORTE-BONHEUR=: Le cabriolet que les agents passent aux poignets des prisonniers.

Allusion de forme (Argot des voleurs). _N._

=PORTE-EFFETS=, =PORTE-TURBIN=: _Porte-turbin_ est une expression heureuse; elle désigne à merveille les _épaules_ du coltineur (Argot des voleurs). =V.= _Bascules_. _N._

=PORTEFEUILLE=: Le lit.

—Je vais me fourrer dans mon portefeuille.

Allusion de forme (Argot du peuple).

=PORTER LE BÉGUIN=: Pâlir, perdre sa fraîcheur.

Celui des deux jeunes mariés qui est le moins robuste ou le plus gourmand, _porte le béguin_ le premier (Argot du peuple).

=PORTER LES CULOTTES=: Virago qui traite son mari comme un petit garçon (Argot du peuple). =V.= _Déculotté_.

=PORTE-MORNIFLE=: Porte-monnaie (Argot des voleurs). =V.= _Morlingue_.

=PORTION=: Fille publique.

Allusion à l’heure de la soupe.

Quand le soldat a faim, il tombe sur la _bidoche_ (Argot des troupiers).

=POSE TA CHIQUE ET FAIS LE MORT=: Reste tranquille et ne parle pas (Argot du peuple).

=POSER UN GLUAU=: Ce ne sont pas les oiseaux qui se prennent dans ce _gluau_-là, mais le plus souvent les pieds (Argot du peuple).

=POSTICHE=: Quand, dans un atelier de composition, un compagnon raconte une histoire à dormir debout, on lui crie:

—À Chaillot le _posticheur_.

_Postiche_: faire un boniment sur la voie publique pour amasser le _trèpe_ (la foule).

Les saltimbanques qui font des tours de cartes ou jonglent avec des poids sur les places publiques, font une _postiche_.

_Postiche_: travail (Argots divers). _N._

=POSTILLON=: Baver en parlant, c’est lancer des _postillons_ (Argot du peuple).

=POSTILLON=: Boulette de mie de pain dans laquelle est un billet laconique.

Cette boulette est lancée dans la cour où se trouve le prisonnier que l’on veut prévenir qu’un de ses complices s’est _mis à table_.

La _postillon_ est aussitôt ramassé, et ouvert; le billet est collé sur la muraille; quand les gardiens s’aperçoivent du coup, il est trop tard (Argot des voleurs).

=POSTILLON D’EAU CHAUDE=: Infirmier (Argot du peuple). =V.= _Canonnier de la pièce humide_.

=POT À COLLE=: Ouvrier menuisier (Argot du peuple).

=POT À TABAC=: Homme énormément gros et court, par analogie avec le cochon gras.

On dit aussi dans le peuple: bon à tuer (Argot du peuple).

=POT DE VIN=: Argent donné pour obtenir un privilège, un monopole, une adjudication en dehors des voies légales.

Un maître maçon donne un _pot de vin_ à un architecte pour obtenir des travaux (Argot du peuple).

=POT DE VINARD=: Qui accepte le _pot devin_.

Nous en avons eu un triste exemple dans l’affaire du Panama (Argot du peuple).

=POTEAU=: Ami.

La figure en juste; un _poteau_ soutient.

_Poteau_ veut dire aussi complice (Argot des voleurs).

=POTEAUX=: Jambes énormes, comme disent les voyous: grosses du bas et énormes du haut (Argot du peuple).

=POUBELLE= (La): Boîte à ordures qui tire son nom du préfet de la Seine qui en a ordonné l’usage.

Avant, les ordures étaient jetées en tas dans la rue (Argot du peuple). _N._

=POUFFIACE=: Fille publique avariée.

On dit aussi: _chameau_, _chiasse_, _camelotte_ (Argot des souteneurs).

=POULE D’EAU=: Blanchisseuse.

Elle est bien nommée, puisqu’elle passe sa vie à l’eau (Argot du peuple).

=POULET DE CARÊME=: Hareng saur.

C’est un triste poulet qui pourtant fait le bonheur d’un tas de pauvres gens. Le _hareng_ se nomme aussi un _gendarme_ (Argot du peuple).

=POUSSAH=: Homme gros, ventripotent, qui a peine à traîner son corps difforme sur ses jambes courtes (Argot du peuple).

=POUSSE-MOULIN=: Eau.

Allusion à ce que l’eau sert de moteur pour faire tourner la roue du moulin (Argot du peuple).

=POUSSE-FAUTEUIL=: Valet (Argot du peuple).

=POUSSE-MOU=: Homme mou qui travaille avec mollesse, sans courage (Argot du peuple).

=POUSSER SA MOULURE=: Faire ses besoins.

Allusion à la _moulure ronde_ qu’il faut _pousser_ avec effort sous le fer du rabot (Argot du peuple).

=POUSSER À LA PEAU=: Femme de feu, amoureuse, chaude comme braise dont l’ensemble parle aux sens.

_Elle pousse à la peau_ (Argot du peuple).

=POUSSIER=: Lit malpropre.

_Poussier_, chambre pauvre, en désordre.

—Comment peux-tu vivre dans un pareil _poussier_?

Synonyme de _taudis_ (Argot du peuple).

=PRÉ AU DAB COURT TOUJOURS=: Prison de Mazas (Argot des voleurs).

=PRÉFECTANCE=: La Préfecture.

Quelques-uns écrivent: _Préfectanche_ (Argot du peuple).

=PRENDRE LE COLLIER DE MISÈRE=: Aller travailler.

L’établi est bien un _collier de misère_, c’est même un _collier de force_, car l’ouvrier ne peut le lâcher, il subit ce _carcan_ jusqu’à la tombe.

Ce qui fait dire quand l’un d’eux meurt:

—Il a quitté le _collier de misère_ (Argot du peuple).

=PRENDRE LA VACHE PAR LES .....= (ce que porte le taureau entier): Prendre les choses au rebours, commencer quelque chose par la fin (Argot du peuple).

=PRENDRE UN PLAT=: =V.= _Rouscailler_.

=PRÊTER LOCHE=: Prête moi ton oreille.

Écoute bien ce que je vais te dire (Argot des voleurs).

=PRINCESSE=: Vivre pour rien. Vivre aux frais de la _princesse_ (Argot du peuple).

=PROBLOQUE=: Propriétaire (Argot du peuple). _N._

=PROCUREUSE=: Ancienne fille publique qui fait métier de _procurer_ sur commande des jeunes filles aux vieux cochons.

Elle alimente les maisons clandestines.

Souvent, c’est une marchande à la toilette qui masque sa honteuse profession sous les apparences de son commerce (Argot du peuple).

=PRODUISANTE=: La terre.

L’allusion est juste: la terre _produit_ (Argot des voleurs).

=PROFONDES=: Poches.

Elles sont, hélas! parfois si _profondes_; que l’on ne peut parvenir à y trouver le moindre maravédis (Argot du peuple).

=PROLO=: Abréviation de _prolétaire_.

Travailleur de n’importe quel métier qui n’a d’autres ressources que ses dix doigts pour vivre (Argot du peuple). _N._

=PROPRIO=: Abréviation de propriétaire (Argot du peuple).

=PROUTER=: Marronner, ne pas être content (Argot du peuple). =V.= _À cran_.

=PROXÉNÈTE=: Ou maquerelle; c’est la même chose.

La _proxénète_ est à l’affût de toutes les misères pour livrer les malheureuses à la prostitution.

Celle-là ne connaît pas la grève des _mineures_.

Elle revêt toutes les formes, depuis la grande dame qui a «eu des malheurs», qui tient une _agence dramatique_, jusqu’à l’ancienne cuisinière qui tient un _bureau de placement_ (Argot du peuple).

=PRUNEAU=: Tabac en carotte qui se nomme grosse ou petite ficelle; il se chique. Comme le morceau, une fois mâché, est noir et juteux, on le nomme un _pruneau_ (Argot du peuple).

=PRUSSIEN=: Le derrière.

—Je vais te fourrer un coup de pied dans le _prussien_ (Argot du peuple).

=PUCE DE MEUNIER=: =V.= _Pégoce_.

=PUCE TRAVAILLEUSE=: C’est l’ancienne expression pour désigner les femmes pour femmes.

C’est dans les maisons de rendez-vous, où il y a des _voyeurs_ (voyez ce mot), que ce travail s’accomplit, à la grande satisfaction des vieux érotomanes qui viennent là, chercher par les yeux un spectacle écœurant pour émoustiller ce qui leur reste de sens.

Les femmes qui opèrent dans ces maisons sont payées à la séance (Argot du peuple).

=PUCELAGE=: Petit oiseau qui s’envole quand il lui pousse une queue.

On sait que les petits sortent du nid quand cet appendice caudal arrive à point (Argot du peuple). _N._

=PUNAISE=: Cette expression date de 1862; elle est due à un voyou. Sur le boulevard Montmartre, une fille hèle un cocher.

—Au Bois, lui dit-elle.

—Au _bois de lit_, _punaise_, fait le gamin.

Le mot est resté (Argot du peuple).

=PURÉE= (Être dans la): =V.= _Mélasse_.

=PURÉE=: Absinthe.

Quand elle est forte, la liqueur épaisse ressemble, en effet, à une _purée_ de pois cassés (Argot du peuple).

=PURGATION=: Quand un avocat plaide en cour d’assises ou en police correctionnelle, les voleurs de profession appellent sa plaidoirie une _purgation_.

—As-tu entendu mon _blanchisseur_; ce qu’il a _assis l’avocat bêcheur_ et les _nonneurs_. Quelle _purgation_! (Argot des voleurs).

=PUROTAIN=: Qui est dans la purée (Argot du peuple) =V.= _Mélasse_.

=PUTAIN=: Femme qui va à tous, soit à l’œil, soit par métier.

La _putain_ est vieille comme le monde; depuis le _lupanar_ antique elle existe.

Malgré la brutalité de cette expression, on la retrouve chez tous les poètes anciens.

Le _Dict des rues de Paris_, par Guillot (1270), publié en 1754 par l’abbé Fleury.

‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ Y entrai dans la maison Luce Qui maint en la rue Tyron. Des Dames hymnes vous diron, Une femme vi destrecié Pour toi pignier qui me donna Au bon vin ma voix a donné Où l’on trouve bien por denier Femmes, par son cors solacier Où il a maintes tencheresses Qui ont maint homme pris au brai.

(Argot du peuple).

Q

=QUANTÈS?=: Bienvenue que paie un ouvrier nouvellement embauché dans un atelier.

Tant qu’il n’a pas satisfait à cette vieille coutume, qui date du compagnonnage, les camarades lui crient: _quantès?_ (Argot du peuple). _N._

=QUART D’ŒIL=: Commissaire de police (Argot du peuple). =V.= _Moissonneur_.

=QUART DE MARQUÉ=: Semaine.

Le _quart_ du mois (_marqué_) (Argot des voleurs).

=QUATRE-VINGT-DIX=: Truc, secret de métier.

_Vendre le quatre-vingt-dix_: révéler le secret. _A. D._

Le _quatre-vingt-dix_ est une loterie composée de _quatre-vingt-dix billets_ qui sont, contenus dans un sac; le 90 gagne le gros lot. Les 90 numéros sont divisés par 30 cartons qui sont placés dans le public, deux compères (engayeurs) prennent deux cartons; le tenancier du jeu s’arrange de façon à les faire gagner par un truc ingénieux; le public volé n’y voit que du feu (Argot des saltimbanques). _N._

=QUATRE-COINS=: Mouchoir.

La figure coule de source.

Il y a aussi un jeu qui se nomme les _quatre-coins_, il faut être cinq pour le jouer.

Chaque joueur se place à l’angle du carré, le cinquième au milieu fait le pot de chambre, et essaye de prendre un des coins; s’il y arrive, celui qui a perdu sa place prend la sienne (Argot du peuple).

=QUELPOIQUE=: Rien (Argot des voleurs).

=QUEUE=: Faire une _queue_ à sa femme: la tromper avec une autre et réciproquement.

On fait également une _queue_ à un fournisseur, en achetant chez son concurrent.

Laisser une _queue_: ne donner qu’un acompte sur une dette.

Se tirer la _queue_, se... battre (Argot du peuple).

=QUEUE DE CERVELAS= (Faire la): Promenade dans les promenoirs des prisons (Argot des voleurs). =V.= _Dévidage_.

=QUI A DU ONZE CORPS-BEAU?=: Quand un curé entre dans un atelier de composition, cette question salue son apparition.

On répond en chœur: —_Ache_ (Argot d’imprimerie).

=QUIMPER=: Tomber (Argot des voleurs).

=QUINTE ET QUATORZE ET LE POINT=: =V.= _Plombé_.

=QUI-QUI=: Rognures de viandes ramassées par les chiffonniers dans les ordures.

Ils les revendent aux Borgias à 1 fr. 15 qui en font des potages (Argot du peuple).

=QUI-QUI=: Le col.

—Si tu _rebiffes_, je vais te serrer le _qui-qui_ (Argot du peuple).

=QUINQUET=: Les yeux. La _marmotte allume le pante_ du _quinquet_ (Argot des souteneurs). =V.= _Chasses_.

=QUOQUANTE=: Armoire à glace (Argot des voleurs). _N._

=QUOQUARD=: Arbre.

—J’ai _planqué_ la _gallouze_ sous le premier _quoquard_ à gauche de la _garnaffe_ (Argot des voleurs). _N._

=QUOQUERET=: Rideau (Argot des voleurs). =V.= _Gueusard_.

R

=RABATTEURS=: Individus qui font le métier de _rabattre_ les filles pour les hommes et les hommes pour les filles.

On peut lire la monographie curieuse de cette catégorie d’individus dans _Trottoirs et Lupanars_ (Argot des souteneurs). _N._

=RABATTEURS À LA SORGUE=: Voleurs qui opèrent la nuit.

C’est un redoublement de syllabe; ils ne _rabattent_ pas, ils s’_abattent_ sur les maisons à dévaliser.

Les _rabatteurs_ sont les complices qui _nourrissent le poupard_ (Argot des voleurs).

=RABIAGE=: En avoir, c’est posséder des rentes (Argot des voleurs).

=RABIBOCHER=: Quand un ménage est en désaccord et qu’un raccomodage a lieu, il est _rabiboché_.

Le _rabibochage_ n’est le plus souvent qu’un _replâtrage_.

Quand les enfants jouent aux billes, ceux qui ont perdu disent au gagnant:

—Veux-tu nous _rabibocher_?

C’est-à-dire nous rendre quelques billes (Argot du peuple).

=RABIOT=: Faire plus de temps qu’il n’a été convenu.

Au régiment, un homme puni fait autant de jours de présence en plus qu’il a eu de jours de punition.

=Avoir du rabiot=: avoir du bon, toucher un reliquat sur lequel on ne comptait pas (Argot du peuple).

=RABOTÉ=: Synonyme de _nettoyé_, plus rien.

On dit aussi d’une femme mince:

—Elle a été _rabotée_ (Argot du peuple).

=RABOTER LE SIFFLET= (Se): Boire un verre d’eau-de-vie qui gratte si fort le _gosier_ qu’il semble en emporter des lambeaux.

L’eau-de-vie, qui joue le rôle du fer du _rabot_, enlève des copeaux dans le _sifflet_ du buveur (Argot du peuple). _N._

=RABOUIN=: Le diable (Argot des voleurs).

=RACINE DE BUIS=: Dents.

Ainsi nommées lorsqu’elles sont sales et noires.

Vesinier, membre de la Commune en 1871, fut surnommé par Henri Rochefort: _racine de buis_, par allusion à la _racine_ de cet arbuste qui est noueuse avec des protubérances qui ressemblent à des verrues difformes.

_Racine de buis_ caractérise la _tête_ des individus qui ressemblent à cette racine (Argot du peuple). _N._

=RACAILLE=: Moins que rien.

Terme suprême de mépris plus fort que _crapule_; résidu de tout ce qu’il y a de plus abject.

—Tu n’es qu’une sale _racaille_ (Argot du peuple).

=RACOLER=: Fille qui _racole_ les passants (Argot des souteneurs).

=RACCROCHER À LA FLAN=: Fille qui n’a pas de poste fixe; elle part de chez elle à l’aventure.

Elle _raccroche à la flan_, au hasard (Argot des souteneurs).

=RACCOURCIR=: Se dit d’un condamné à mort à qui on coupe la tête. Il est en effet _raccourci_ d’autant.

Le mot est vieux; il date de Martinville.

Il était devant le tribunal révolutionnaire. Fouquier-Tinville lui dit:

—Citoyen _de_ Martinville, qu’as-tu à répondre?

—Je ne suis pas ici pour qu’on m’_allonge_, mais pour qu’on me _raccourcisse_ (Argot des voleurs).

=RACLETTE=: Agent de police de la Sûreté ou sergent de ville.

Allusion à la _raclette_ du ramoneur qui enlève la suie des cheminées.

Les agents _raclent_ les malfaiteurs qui sont la suie de la société (Argot des voleurs). _N._

=RADE= ou =RADEAU=: Tiroir de comptoir où sont les _radis_.

Signifie aussi boutique. _A. D._

Ce n’est ni _rade_ ni _radeau_, c’est _radin_.

Le vol au _radin_ est célèbre; ceux qui le pratiquent se nomment le _radineur_ et le _raton_ (Argot des voleurs). _N._

=RADICAILLE=: Ceux qui professent des opinions _radicales_ (Argot du peuple).

=RADIS=: =V.= _Fricadier_.

=RADIS NOIR=: Prêtre.

Allusion à la robe noire.

Cette expression date du temps où l’on jouait à l’Ambigu la pièce des _Mystères de Paris_.

_Rodin_, célèbre type de canaille, mangeait pour son dîner un plat de _radis noir_ (Argot du peuple). _N._

=RADINER=: Revenir.

—Je _radine_ à la _piaule_.

_Radiner_: faire le _radin_, voler le tiroir-caisse d’un comptoir.

Ce tiroir est nommé _radin_ parce qu’il renferme des _radis_ (sous) (Argot des voleurs).

=RADURER=: Repasser son couteau sur une meule.

—Je _radure_ mon _lingre_ afin que le _pante_ soit _fait_ d’un coup et qu’il n’ait pas le temps de _cribler à la grive_ (Argot des voleurs).

=RAFFALE= (Je suis dans la): Être au plus mal, près de mourir (Argot des voleurs).

=RAFFALÉS=: Être dans la misère, emporté par la _raffale_ de la _dèche_ (Argot des voleurs).

=RAFLE=, =RAFLER=: Prendre.

Quand un crime est commis et que les auteurs sont introuvables, la police organise des _rafles_ dans les lieux suspects et dans les endroits où se réunissent les vagabonds.

On nomme ces _rafles_ un _coup d’épervier_, parce que l’on y prend généralement beaucoup de _poissons_.

Quand les filles publiques deviennent par trop encombrantes, on les _rafle_ en masse.

Le croupier _rafle_ l’argent des joueurs.

Le voleur _rafle_ l’argent des passants (Argot des souteneurs).

=RAFFURER=: Regagner.

C’est le redoublement d’_affure_ (gagner).

—J’ai _raffuré_ du terrain sur les _pescailles_ qui voulaient me _paumer_ (Argot des voleurs).

=RAGOÛT=: Soupçon.

—J’ai du _ragoût_ sur _sézières_, il s’est _mis à table_ sur _mon orgue_.

—Fais attention de ne pas _faire de ragoût_, le _quart_ nous a au _chasse_ (Argot des voleurs).

=RAGOUT DE POITRINE=: Femme _ragoûtante_ qui a sur la _poitrine_ des tétons volumineux (Argot du peuple). =V.= _Capitonnée_.

=RAIDIR=: Mourir (Argot des voleurs).

=RAILLE=: Cette expression est ancienne, elle se trouve dans les _Mystères de Paris_ (Argot des voleurs). =V.= _Arnaque_.

=RAIGUISÉ=: Avoir tout perdu.

Mot à mot: il est _réguisé_, il va mourir (Argot du peuple).

RAISINÉ: Sang.

—J’ai _lingré_ le _gonce_, il a répandu son _raisiné_ sur le _trimard_ (Argot des voleurs).

=RAMASSER=: Se faire _ramasser_, c’est se faire arrêter.

Quand un individu tient un langage imprudent ou qu’il dit des bêtises, il se fait _ramasser_ (rappeler à l’ordre).

Dans le peuple, on dit:

—Nous l’avons _relevé du péché de paresse_.

On dit également à une femme qui vous embête:

—Allons, _ramasse_ tes _cliques_ et tes _claques_ et fous le camp (Argot du peuple). _N._

=RAMASSEUR DE MÉGOTS=: Ramasseur de bouts de cigares et de débris de cigarettes.

Ces _mégots_ sont séchés, triés, hachés, puis vendus par paquets aux ouvriers.

La bourse aux _mégots_ se tient place Maubert, au pied de la statue d’Étienne Dolet (Argot du peuple).

=RAMASSER UNE PELLE=: Être certain de réussir une affaire et la rater.

Faire la cour six mois à une femme au bout desquels elle vous envoie promener.

_Ramasser une pelle_, se dit de tout ce qui manque (Argot du peuple). _N._

=RAMASTIQUEUR=: Désigne le genre de vol qui consiste à _ramasser_ à terre un bijou faux qu’un compère a préalablement laissé tomber (Argot des voleurs). =V.= _Trouveurs_.

=RAMENEUR=: Homme qui n’a que quelques cheveux et les ramène en avant sur son front pour faire croire à une chevelure abondante (Argot du peuple).

=RAMENEUSE=: Fille publique qui _ramène_ les hommes qu’elle raccroche à son garni.

—J’ai une _chouette gosse_, hier elle a _ramené_ dix fois (Argot des souteneurs).

=RAMOLLOT=: Homme _ramolli_, sans consistance, qui _rabâche_ vingt fois la même chose.

Le capitaine _Ramollot_ a fait rire tout Paris.

L’expression est récente (Argot du peuple). _N._

=RANCARD= ou =RANCART=. Mettre quelque chose ou quelqu’un dont on ne veut plus au _rancart_ de côté.

Un coup de _rancart_ est aussi une chose imprévue, comme le fait par exemple de raccrocher une femme dans un lieu public (Argot des souteneurs).

=RANCARD=: Renseignements.

—J’ai besoin d’un _rancard_ sur un tel.

—Le _rancard_ du _probloque_ est tout ce qu’il y a de plus _mouche_.

Le _rancard_ est un terme convenu pour la correspondance des tenanciers de _claquedents_ avec les placiers qui les alimentent de _camelottes_ (Argot des souteneurs).

=RAPAPILLOTER=: Un ménage désuni se _rapapillotte_.

Mot à mot: se _raccommode_.

La chanson populaire dit:

Je me _rapapillote_ Avec Charlotte.

(Argot du peuple). _N._

=RAPE=: Le dos.

_Rape_, avare.

—Il est dur comme la _rape_ du menuisier.

C’est de _rape_ qu’on a fait _rapiat_, pour désigner les auvergnats, qui, comme on le sait, n’attachent pas leur chien avec des saucisses (Argot des voleurs et du peuple). _N._

=RAPER=: Chanter.

Vieille expression de goguette pour qualifier un chanteur qui écorchait les oreilles de ses auditeurs.

Mot à mot: il _rapait_ sa chanson (Argot du peuple). _N._

=RAPPLIQUER=: Revenir.

—Depuis huit _jornes_ que je suis en _bordée_, je _rapplique_ à la _piaule_, _mince_ de _suif_ à la clé (Argot du peuple).

=RAPIOTER=: Fouiller dans les poches de quelqu’un.

Ce devrait être _dépioter_ puisque l’on le fouille dans l’intention de le _dévaliser_.

Cette expression est néanmoins employée par les voleurs.

Les ouvriers tailleurs sont plus logiques. Pour _rapiécer_ (mettre une pièce), ils disent _rapioter_ (Argot des voleurs et des tailleurs).

=RAPPOINTIS=: Morceau du fer pointu, forgé par un apprenti.

On appelle ainsi les _chétifs_ (Argot du peuple). =V.= _Avorton_. _N._

=RASEUR=: Être ennuyeux, qui vous raconte des riens pendant des heures entières (Argot du boulevard) =V.= _Crampon_.

=RAT= (Courir le): Voler la nuit.

Allusion au _chat_ qui ne sort que la nuit pour _chasser_ le _rat_, excepté qu’ici il faut retourner le fait, c’est le _rat_ qui chasse le _chat_—le passant (Argot des voleurs). _N._

=RAT DE PRISON=: Avocat.

Allusion à ce que ces messieurs _grignottent_ à belles dents l’argent des prisonniers qui ont besoin de leurs services.

_Sangsue_ serait plus juste que _rat_ (Argot des voleurs).

=RAT DE PALAIS=: Clerc d’huissier qui attend les malheureux avant l’audience des référés pour accrocher une pièce de cent sous.

Hommes d’affaires véreux qui passent leur existence dans la salle des Pas-Perdus à la recherche d’un imbécile.

_Rat de palais_, en un mot tous les _rongeurs_ qui _rongent_ les plaideurs (Argot du peuple). _N._

=RATATOUILLE= (En recevoir une): Être battu.

—Je vais te foutre une _ratatouille_, numéro un.

On dit également:

—Je vais te _tremper une soupe_ (Argot du peuple). _N._

=RATÉ=: Manquer une affaire, _rater_ un coup... de fusil, un examen.

D’un homme petit, on dit: il est _raté_.

En littérature, en musique, en peinture, une œuvre est _ratée_ lorsqu’elle est incomplète.

Un homme qui donnait de belles espérances et qui n’arrive à rien est un _raté_.

En un mot, _raté_ se dit de tout ce qui n’est pas bien (Argot du peuple).

=RATEAU=: Agents de police.

Ils _ratissent_ les voleurs (Argot des voleurs).

=RATIBOISÉ=: Plus le sou.

—Je n’ai plus le sou, je n’ai plus de crédit et pas envie de bien faire, je suis _ratiboisé_ (Argot du peuple).

=RATIBOISEUR DE CABOT=: Voleur de chiens.

C’est une industrie toute spéciale, elle est florissante au printemps quand les chiennes sont amoureuses.

Les chiens une fois volés, sont tondus, maquillés pour les rendre méconnaissables, puis expédiés en Angleterre à une association affiliée aux voleurs parisiens.

Ce vol est des plus simples, il faut être deux pour l’accomplir. Pendant que l’un fait la cour à la bonne qui promène Tom ou Mirza, le complice profite de son inattention, il enlève le _cabot_ (Argot des voleurs). _N._

=RATIBOISEUR DE LANDAU À BALEINES=: Voleur de parapluies.

On les nomme aussi des _ratiboiseurs à l’échange_.

Le voleur entre dans un grand café, il a un mauvais parapluie à la main, il le place au porte-parapluie, au milieu des autres. Il s’assied a côté pour guigner de l’œil le plus beau, il paye sa consommation, se lève sans affectation en emportant le parapluie sur qui il a jeté son dévolu.

Si l’on s’aperçoit, de l’échange, il s’excuse de s’être trompé, puis s’en va tranquillement.

Il est rare que ce vol ne réussisse pas (Argot du peuple). _N._

=RATICHON=: Curé.

_Ratichon_ est un mot ancien. On le trouve dans Olivier Chéreau à propos des _Arche-Suppots_ chargés de réformer le langage, mais là, il n’est pas pris dans le sens de prêtre (Argot des voleurs).

=RATISSER=: Voler, retourner la poche d’un individu, le _ratisser_ avec autant de soin que le jardinier en met à _ratisser_ ses allées (Argot du peuple).

=RATISSER LE BAS DES=

=REINS AVEC UNE BRIQUE=: Ce n’est guère récréatif, c’est pourtant ce que l’on dit aux personnes qui s’ennuient.

—Ah! comme je m’ennuie.

—_Ratissez-vous le bas des reins avec une brique._

Ou bien encore:

—_Raclez-vous les os des jambes avec un tesson de bouteille_ (Argot du peuple).

=RATON=: Apprenti voleur qui s’introduit par l’imposte dans une boutique et se cache dans un coin. Quand tout bruit a cessé, il ouvre la porte à son complice (Argot des voleurs).

=RAVAGEUR=: Individu qui, aux bords de la Seine, recherche les débris de ferrailles et d’os.

Autrefois les _ravageurs_ formaient une puissante corporation; ils opéraient dans les ruisseaux qui coulaient au milieu des rues de Paris (Argot du peuple).

=RAVIGNOLE=: Récidiviste.

Ce doit être une corruption de _revignole_.

_Gnole_ veut dire imbécile, de _revient_ on a fait _revi_ on y a soudé _gnole_, de là l’expression.

Mot à mot:

—Tu _reviens imbécile_ (Argot des voleurs).

=RAVIGNOLET= (Se payer un): =V.= _Bataille des jésuites_.

=REBIFFE= (Il y a de la): Revenir à la charge, retomber sur un adversaire plus fort que soi.

Se _rebiffer_ contre une autorité quelconque (Argot du peuple).

=REBONNETER=: Amadouer un individu pour le fourrer dans une affaire.

Cacher ses griffes sous un gant de velours, faire le _patelin_ pour mieux tromper.

—As-tu _rebonneté_ le _pante_ pour _l’aff_?

—Oui, il est _bon_!

_Rebonneter_ dans le peuple veut dire _raccommoder_ (Argot du peuple). _N._

=REBONNETEUR=: Le confesseur.

Il _rebonnète_ le pécheur avec Dieu.

Mot à mot: il le _réconcilie_ dans la _planche à lavement_ (Argot des voleurs).

=REBOUISER DU CORRIDOR=: Sentir affreusement mauvais de la bouche.

—Ce cochon-là pue tellement qu’il fait tourner le bouillon (Argot du peuple). _N._

=REBROUSSE-POIL (À)=: Prendre les choses de travers, à l’envers, du côté où ça n’est pas vrai.

Ne pas savoir prendre les gens par leur côté faible.

Mot à mot: _les prendre à rebrousse-poil_ (Argot du peuple).

=REBUTTER=: Ne plus vouloir.

Synonyme de _refouler_ et de _renifler_.

On _rebutte_ sur un ouvrage qui déplaît ou qui dure trop longtemps (Argot du peuple).

=RÉCALCITRANT=: Coffre-fort.

Les voleurs éprouvent souvent de la _résistance_ à l’ouvrir; de là l’expression (Argot des voleurs). _N._

=RECEVOIR UN SAVON OU EN DONNER UN=: Gronder quelqu’un, être grondé.

—Quand un ouvrage est mal fait, on reçoit un _savon_.

—Attends un peu mon neveu, je vais te _savonner_ la tête (Argot du peuple).

=RECHASSER=: Regarder quelqu’un ou quelque chose.

—As-tu vu ce coup de _chasse_?

Les filles _rechassent_ les passants pour les _allumer_.

Cela se nomme: _distribuer son prospectus_ (Argot des filles).

=RÉCHAUFFANTE=: Perruque.

Elle tient chaud à la tête et ceux qui en portent ne craignent pas de se prendre aux _cheveux_.

Un coiffeur de la rue de Bondy avait pris cette enseigne:

D’Absalon pendu par la nuque, Passants, contemplez la douleur! S’il avait porté perruque. Il eût évité ce malheur.

(Argot du peuple).

=RÉCHAUFFÉ= (C’est du): Quand un individu fait un discours émaillé de lieux communs, ou raconte une histoire à dormir debout, c’est du _réchauffé_.

Allusion aux mets _réchauffés_ qui ne valent plus rien.

On dit également:

—_Lâche_-nous avec tes _boniments_; c’est de la vingtième _resucée_ (Argot du peuple).

=RÈCHE=: Sou

—Pas un _rèche_ dans mes _profondes_; je ne suis pas _réchard_.

_Rèche_ veut aussi dire: femme qui a un caractère cassant.

—Elle est tellement mauvaise que l’on ne peut pas la toucher avec des pincettes (Argot du peuple).

=RECONOBRER=: Reconnaître.

Quelques-uns écrivent _conobrer_. Ce n’est pas exact. _Conobrer_ veut dire _connaître_ et non _reconnaître_ (Argot des voleurs).

=RECORDER=: Réconcilier. _L. L._

_Recorder_ veut dire prévenir, remonter le moral à un désespéré; lui apprendre ce qu’il doit faire (Argot du peuple). _N._

=RECOURIR À L’ÉMÉTIQUE=: Escompter de faux billets (Argot du peuple).

=RÉDAM=: Grâce.

Comme le dit A. Delvau, _redam_ ne peut venir de _rédemption_.

C’est une corruption de _retam_.

Allusion à la casserole qui est _neuve_ lorsqu’elle est _étamée_.

Dans le peuple on dit _rétamé_ pour _étamé_: le voleur _gracié_ est _rétamé_, il est remis à _neuf_ (Argot des voleurs). _N._

=REDINGUE=: Abréviation de _redingote_ (Argot du peuple).

=REDOUBLEMENT DE FIÈVRE=: _Fièvre_, révélation.

Quand un voleur a été dénoncé, il a la _fièvre_.

Une nouvelle révélation à sa charge lui occasionne un _redoublement de fièvre_ (Argot des voleurs).

=REDRESSE= (Être à la).

—Il est à la _redresse le mec_, pas moyen de lui _monter le verre en fleur_; il la connaît, c’est lui qui a inventé les queues de billard cintrées pour faire les effets dans les coins.

_Être à la redresse_, rusé, malin.

On dit aussi: _être à la hauteur_ (Argot du peuple).

=REFILER=: Veut dire: donne-moi.

Le souteneur dit à sa _marmite_:

—_Refile_-moi le _pognon_.

_Refiler_ quelqu’un: c’est le suivre ou le rechercher.

—J’ai eu beau le _refiler_, c’est comme si j’avais cherché une aiguille dans une botte de foin (Argot des voleurs). _N._

=REFROIDIR=: Tuer un individu.

_Refroidi_: Allusion au cadavre qui, aussitôt la mort, devient _froid_ comme le marbre (Argot des voleurs).

=REFUGES=: Les croyants disent au pécheur: _réfugiez_-vous dans le sein de Dieu.

C’est un _refuge_ qui est bougrement haut.

Les _giverneurs_ préfèrent de beaucoup les _refuges_ municipaux et d’autres, inconnus de la masse des Parisiens: rue Galande, rue Julien-le-Pauvre, rue St-Denis et rue St-Séverin, où l’on couche pour quatre sous, sur un banc, avec une soupe par dessus le marché.

Ces _refuges_ ont pour enseigne: _Crémerie_. Je ne conseille pas aux lecteurs de s’y aventurer, s’ils ne veulent pas être _saignés_ (Argot du peuple). _N._

=RÉGLER SON TRIMESTRE=: Battre quelqu’un.

Synonyme de _régler son compte_.

Quand une _marmite_ ne rend pas, le souteneur dit:

—Je vais lui _régler son trimestre_.

Pour certaines de ces malheureuses, le _trimestre_ est tous les jours (Argot des souteneurs). _N._

=REGON=: Dette.

_Regon_ est une corruption de _regout_ (rancune).

Quand un voleur a été _donné_ par un _nonneur_, il a du _regout_, de la rancune, il a contracté une _dette_ de haine qu’il lui paiera tôt ou tard (Argot des voleurs). _N._

=REGOUT=: Rancune.

Avoir du _regout_ contre quelqu’un, lui vouloir du mal.

Les voleurs ont du _regout_ contre un complice qui les a dénoncés.

—Je _renquille_ dans _Pantin_ sans _regout_ ni _morace_.

Mot à mot: Je rentre à Paris sans colère, sans rancune et sans cri (Argot des voleurs). _N._

=RÉJOUISSANCE=: Qui ne réjouit pas du tout la ménagère, lorsque le boucher lui donne plus d’os que de viande (Argot des bouchers).

=RELEVEUR DE CHANDELIER=: Quand un _miché_ monte avec une fille, il ne lui donne pas toujours l’argent de la main à la main; discrètement, avant de se mettre en chantier, il fait sa _mise_ sous le _chandelier_; aussitôt partis, le souteneur arrive et _relève_ la monnaie qui est sous le _chandelier_ (Argot des souteneurs).

=RELEVEUR DE PESOCHE=: Garçon de banque qui la relève les 1^er, 15 et 30 de chaque mois.

La _pesoche_ est le _sac_ où il enferme la monnaie (Argot des voleurs).

=RELUQUER=: Regarder.

—Qu’avez-vous donc à me _reluquer_ comme ça, est-ce que je vous ai vendu des pois qui n’ont pas voulu cuire?

—_Reluque_-moi un peu ce _canard_, en a-t-il une _trompette_ (Argot du peuple).

=RELICHER SON MORVIAU=: Voilà une image qui n’est pas propre.

Dans le peuple on dit à un enfant qui ne se mouche pas et qui de son nez laisse pendre deux chandelles:

—_Reliche ton morviau_ (Argot du peuple). _N._

=RELUIT=: L’œil (Argot des voleurs). =V.= _Abat-reluit_.

=REMBINER=: Quand on a bien _débiné_ un individu, on le _rembine_.

_Rembiner_ est synonyme de _rebonneter_ (Argot du peuple).

=REMBROCABLE= (Elle est): Beau visage que l’on peut regarder.

—Tu n’en perdras pas la vue ni le poil de dessus, la _môme_ est _rembrocable_.

Mot à mot: tu peux la _regarder_, elle vaut la _secousse_ (Argot des voleurs).

=REMBROQUAGE DE PARRAIN=: Confrontation avec le _parrain fargueur_ (témoin à charge).

Le _parrain rembroque_ (regarde) le détenu pour voir s’il le reconnaît (Argot du peuple).

=REMBROQUER=: Regarder.

Ses deux beaux chasses vous _rembroquaient_, Puis à la piaule tous les gonces la _refilaient_, Elle fit mince _casquer_ les marlous,

dit la chanson du _mac_ de Grenelle (Argot des souteneurs).

=REMÈDE À L’AMOUR=: Femme laide à faire reculer même le plus intrépide.

—Quelle _bouillotte_, mon vieux, s’il n’y avait qu’elle et moi sur terre nous ne ferions pas de petits.

Elle _guérirait de l’amour_ pour la vie (Argot du peuple).

=REMONTER SA PENDULE=: Battre sa femme, mot à mot: la faire marcher. _L. L._

_Remonter sa pendule_ se dit d’une personne qui renifle pour _remonter_ sa morve et éviter de se moucher.

_Remonter le moral_ d’une personne désespérée (Argot du peuple). _N._

=REMOUCHER=: Regarder.

—_Remouche_ moi cette petite gueule-là, elle ferait relever un mort.

On dit aussi:

—Je vais te _remoucher_ pour: te battre (Argot du peuple).

=REMPARDEUSE=: Fille qui _fait_ les soldats autour des casernes, sur les glacis ou dans les fossés des fortifications (Argot des troupiers).

=RENACHÉ=: Fromage (Argot des voleurs).

=RENARD= (Le lâcher): Dégueuler.

Expression ancienne; dans les ateliers, quand un ouvrier a trop bu, il _lâche son renard_; un camarade charitable dit alors quand il est copieux: il en a une de queue.

Une vieille chanson de compagnon dit:

Quand je sens que ça me gargouille, Je lâche le _renard_.

(Argot du peuple).

=RENAUD=: Faire des reproches à quelqu’un, c’est lui pousser un _renaud_.

—Y m’en a foutu un de _renaud_ à l’instruction, y m’a dit que je _crapserai_ d’une _fièvre cérébrale_ soignée par _Charlot_ (Argot des voleurs).

=RENAUDER=: Ne pas être content.

Ce mot vient du verbe _arnauder_.

Avoir du _renaud_ contre quelqu’un veut également dire: avoir de la rancune.

Synonyme de l’expression _être à feu_ (Argot du peuple).

=RENDEZ-MOI= (Le vol au): C’est très simple. L’un des complices jette un louis sur le comptoir; pendant que le marchand rend la monnaie, l’autre ramasse pièce et monnaie et se sauve.

Cette manière de procéder se nomme par abréviation: _le rendem_ (Argot des voleurs).

=RENDOUBLÉE=: Signifie plusieurs choses.

Dans le peuple on dit:

_Rendoublée_ de putain, pour exprimer qu’il est impossible de l’être davantage.

On dit d’une femme enceinte:

—Elle est _rendoublée_ pour _doublée_ (Argot du peuple).

=RENDRE L’ÂME=: Mourir.

_Rendre_ son _âme_ à Dieu ou au diable.

On dit aussi d’un pochard qui a le _renard_ facile:

—Il a _rendu_ tripes et boyaux jusqu’à son _âme_.

Là, il n’en meurt pas, il recommence le lendemain (Argot du peuple).

=RENCARD=: À l’écart.

On met un objet au _rencard_ quand on en a assez.

_La faire au rencard_: _lever_ une femme qui est seule sur un banc, dans un square, ou sur une promenade publique.

Les courtiers qui _lèvent_ les bonnes pour les placer dans les maisons de tolérance disent:

—_J’ai fait la môme au rencard_ (Argot des souteneurs). _N._

=RENCŒUR=: En avoir gros sur le cœur contre quelqu’un.

Ne pouvoir avaler ou digérer une affaire.

Synonyme de la locution très populaire:

—Je travaille à _contre-cœur_.

—Je n’y vais pas de _bon cœur_, je n’y vais pas avec courage.

Épouser un homme malgré soi, c’est avoir un _rencœur_ (Argot du peuple).

=RENFONCEMENT=: Vigoureux coup de poing appliqué sur un chapeau haut de forme.

Quand les voyous se battent, le _coup du renfoncement_, c’est un coup de tête donné en pleine poitrine (Argot du peuple).

=RENGAINER SON COMPLIMENT=: Faire du _plat_ à une femme, elle vous envoie à l’_ours_, il faut _rengainer son compliment_.

Être en tête-à-tête avec une femme mariée pour la première-fois; au moment psychologique, le mari arrive... il faut _rengainer_ son compliment (Argot du peuple). _N._

=RENIFLANTES=: Des bottes.

L’image est heureuse: quand un pauvre diable a des bottes éculées et percées, elles _reniflent_ l’eau des ruisseaux (Argot du peuple).

=RENIFLER=: Ne rien vouloir faire.

—Tu _renifles_ sur le _truc_.

Mot à mot: _rebuter_ (Argot des voleurs).

=RENIFLEURS=: Agents de la sûreté.

Il faut avoir un certain nez, un certain flair, pour faire ce métier.

Quand les agents arrêtent un voleur, ils le _reniflent_ (Argot des voleurs).

=RENIFLEUR DE CAMELOTTE À LA FLANC=: Voleur qui _flâne_ au hasard pour dévaliser le premier étalage qui se présente à lui (Argot des voleurs).

=RENQUILLER=: Rentrer.

—Je _renquille_ à la _piaule_.

_Renquiller_ veut dire aussi _retourner_.

—Je _renquille_ au _patelin_ (Argot du peuple).

=RENQUILLER=: Faire fortune, devenir gros et gras (Argot d’imprimerie).

=RENVERSER SA CHAUFFERETTE=: Mourir.

Synonyme d’_éteindre sa braise_ (Argot du peuple).

=RENVERSER SA MARMITE=: Mourir.

_Renverser la marmite_: ne plus tenir table ouverte, évincer les parasites.

_Renverser la marmite_: refuser le service.

Allusion aux Janissaires qui _renversaient la marmite_ pour indiquer qu’ils se mettaient en état d’insurrection.

Nous avons, c’est le progrès, la _marmite à renversement_ des anarchistes (Argot du peuple). _N._

=REPASSÉ=: N’avoir plus rien.

Quand un créancier tenace importune son débiteur, ce dernier par ironie lui dit:

—Vous _repasserez_.

C’est le créancier qui est _repassé_ quand on ne le paye pas (Argot du peuple).

=REPÉSIGNÉ=: Arrêté de nouveau. _A. D._

_Pesigner_ veut dire _ouvrir_.

Il faut donc prendre le mot _repésigner_ dans le sens de voir _ouvrir_, à nouveau la porte de la prison et non dans celui _d’arrêter_ (Argot des voleurs).

=REPIGER=: Je vais te _repiger_ au demi-cercle.

On dit de quelqu’un qui a été _pigé_—pris une première fois:

—Je vais te _repiger_ une seconde (Argot du peuple).

=REPIQUER=: Deux joueurs font une partie; l’un joue _pique_, l’autre répond: _repique_.

_Repiquer de riffe_: rappliquer d’autorité (Argot du peuple).

=REPIQUER AU TRUC=: Revenir à la charge.

Avoir été chassé par la porte et rentrer par la fenêtre.

Demander à crédit et se le voir refuser, le redemander à nouveau, c’est _repiquer au truc_ (Argot du peuple). _N._

=REPORTER SON OUVRAGE=: Dans le peuple, quand un médecin suit le convoi d’un malade qu’il a soigné, les voyous disent:

—Tiens, le docteur qui _reporte son ouvrage_ (Argot du peuple).

=REPOUSSER DU GOULOT=: Puer de la bouche.

L’image est typique; ceux qui sont affligés de cette infirmité _repoussent_ en effet tous ceux qui les approchent (Argot du peuple).

=REPOUSSER LES URINES=: Il est, je pense, inutile d’expliquer cette expression; sa brutalité la rend très compréhensible.

Allusion au _piston_ qui _repousse_ la vapeur dans le _cylindre_ (Argot des voyous). _N._

=REPOUSSER DU PARLEMENT=: =V.= _Trouilloter de la hurlette_.

=REQUIN DE TERRE=: Huissier.

Voilà un nom qui n’est pas volé. En effet, comme le _requin_ dont on trouva dans le ventre une paire de bottes, une armoire à glace et un poêle de faïence, l’_huissier_ dévore tout (Argot du peuple). _N._

=RESSAUT= (Avoir du): Être surpris à en _ressauter_.

Une proposition saugrenue fait _ressauter_ d’étonnement, celui à qui elle est faite.

On _ressaute_ à la pensée de faire une chose qui ne plaît pas (Argot des souteneurs). _N._

=RESTANT DE SOUPER=: Terme de mépris employé dans le peuple à l’égard d’une fille qui a _roulé_ pendant vingt ans les restaurants de nuit.

_Restant de souper_, mot à mot: tout le monde a mangé sur son _cuir_.

On dit également pour exprimer une idée plus basse: _rognures d’abattoir_; c’est le suprême dégoût (Argot du peuple). _N._

=RÉSURRECTION= (La): Prison de Saint-Lazare.

Allusion biblique à Lazare le ressuscité. _L. L._

En quoi cette prison d’où les femmes sortent plus pourries moralement qu’à leur entrée peut-elle être une _résurrection_?

Ce n’est une _résurrection_ que pour celles qui sortent guéries de l’infirmerie, parce qu’elles peuvent recommencer leur commerce (Argot du peuple).

=RETAPE=: On _retape_ un vieux chapeau pour lui donner l’aspect d’un neuf.

On _retape_ une seconde fois un ami déjà _tapé_ une première.

Les filles du trottoir _retapent_ les hommes, mais pas pour les rendre neufs, car quelquefois elles laissent des souvenirs qui ne sont pas _tapés_.

Mot à mot: _retaper_, _raccrocher_ (Argot des souteneurs).

=RETIRATION= (Être en): Ouvrier typographe qui commence à vieillir et qui trouve difficilement de l’ouvrage. Le progrès n’a pas encore inventé la machine à tuer ceux qui ne peuvent plus travailler après avoir fait la fortune des patrons (Argot d’imprimerie).

=RETOURNER LA MOULE=: =V.= _Avaler le pépin_.

=RETOURNER SA VESTE=: Changer d’opinion.

Reproche fait souvent à la plupart de nos hommes politiques par le peuple qui ne connaît pas le mot de Thiers:

—Il n’y a que l’homme absurde qui ne change jamais (Argot du peuple). _N._

=RETOURNER= (Savoir se): Se tirer d’embarras. _L. L._

S’en _retourner_, c’est vieillir.

Dans le peuple, cette expression n’est pas prise dans ce sens; ceux qui font métier de se _retourner_, ont pour atelier les Champs-Élysées.

On les appelle plus communément des _ramasseurs de marrons_ (Argot du peuple).

=REVENDRE=: Révéler un secret confié.

Commerson disait à ce sujet que les _secrets_ c’est le contraire des _fruits_, que ce n’est pas ceux qu’on veut garder qu’on _confie_.

_Revendre_: commettre une indiscrétion qui amène l’arrestation de quelqu’un.

—Il est _revendu_ à la police (Argot des voleurs). _N._

=REVIDAGE=: _Revision_ des marchandises achetées par les brocanteurs dans les ventes publiques.

La _revision_ consiste en ceci:

—Pour ne pas faire monter les enchères et acheter bon marché, un ou deux de la _bande noire_ pousse les enchères. Les objets en vente sont, par ce système, généralement adjugés à vil prix.

La vente terminée, ils se réunissent dans le cabinet d’un marchand de vin voisin et ils procèdent au _revidage_, c’est-à-dire à de nouvelles enchères.

Chacun prend alors le lot de marchandises qu’il peut écouler dans sa boutique, et la différence entre le total de la vente publique et l’opération du _revidage_ est partagée également.

Cette opération illicite est défendue, c’est pourquoi elle se pratique au grand jour (Argot des brocanteurs).

=REVISER=: =V.= _Revidage_.

=REVOLVER=: Femme légitime.

Les voleurs qui emploient cette expression estiment qu’elle _suicide_ son mari quand, elle est par trop acariâtre (Argot des voleurs). _N._

=RIBOUIS=: Souliers.

Au carreau du Temple, c’est une spécialité.

Les _ribouiseurs_ achètent toutes les vieilles chaussures: ils ont des ouvriers qu’on nomme des _passifleurs_, ils les _ribouisent_ si bien que souvent on les prend pour du neuf, pas les jours de pluie par exemple, car les malheureux qui les chaussent rentrent chez eux sans semelles (Argot du peuple).

=RIC-À-RAC=: Avoir du _ressaut_ pour payer.

Payer _ric-à-rac_: par acomptes, prolonger la dette le plus longtemps possible (Argot du peuple).

=RICHONNER=: Rire.

—Tu _richonnes_ à te mordre l’œil, ce n’est pourtant pas _richonnant_ (Argot des voleurs).

=RIFFAUDER=: Brûler.

_Riffaudante_: flamme.

Une vieille chanson qui date au moins de cinquante ans, bien connue des voleurs, dit:

L’autre jour, fumant ma _bayadaise_, Je _rifflaudais_, la fumant dans un coin.

_Rifflauder_ voudrait donc dire sommeiller (Argot des voleurs).

=RIF= ou =RIFLE=: Feu.

—Passe-moi un peu de _rif_ que j’allume _Joséphine_ (Argot du peuple).

=RIFFE=: Prendre de force, d’autorité.

—Il a pris une fille de _riffe_.

Synonyme de _violer_ (Argot des voleurs).

=RIFFLARD=: Parapluie.

Le mot date de Picard et de la _Petite Ville_, comédie dans laquelle il y a un personnage nommé _Rifflard_, qui ne marche qu’escorté d’un parapluie. _A. D._

Au quinzième siècle, on trouve déjà ce mot employé dans des comédies ou mystères avec un sens satirique et bouffon. _Rifflard_, _bouffard_, _narinard_, _dentard_ étaient des épithètes burlesques que les acteurs se renvoyaient constamment—même quand elles n’étaient pas dans leur rôle.

Le personnage le plus important de _la Passion_, mystère d’Arnould Gresban, bachelier en théologie, qui fut joué avec un immense succès au quinzième siècle, est un berger nommé _Rifflard_, qui se plaint amèrement et impudemment des impôts excessifs dont le peuple était accablé. Il faudrait pouvoir citer la scène où _Rifflard_ est amené devant un magistrat qu’il appelle Machefoin:

Comment te nomme-t-on? _Rifflard_, Tout norry de pois et de lard.

Plus tard, le mot _rifflard_ fut appliqué aux sergents, ainsi que nous le voyons par une charte citée par Ducange.

Picard, en appelant, dans sa comédie de la _Petite Ville_, un de ses personnages _François Rifflard_, n’a fait qu’emprunter, ce qu’ignorait sans doute Delvau, ce nom au _mystère_ d’Arnould Gresban (Argot du peuple).

=RIFLER=: Brûler (Argot du peuple).

=RIFFLER=: Veut également dire _brûler_.

_Riffler_ est aussi le synonyme de _souffler_: prendre.

En ce cas, c’est une corruption de _rafler_ (Argot du peuple).

=RIGODON= (En pincer un): Vieux mot qui veut dire danser (Argot du peuple).

=RIGODONS=: Souliers.

Dans le peuple, on dit d’un homme qui a ses souliers percés et éculés:

—Ses _rigodons_ engueulent le pavé.

On dit également des _rigadins_ (Argot du peuple).

=RIGOLARD=: Chose très amusante (Argot du peuple).

=RIGOLBOCHE=: Quelque chose de supérieurement amusant, beaucoup plus fort que _rigolo_.

_Rigolboche_ était connue à Bullier sous le nom de _Marie la Huguenote_; ce nom lui venait de ce qu’elle _protestait_ sans cesse quand le municipal la rappelait à l’ordre ou plutôt à la décence.

Elle débuta aux Délassements-Comiques en 1860 sous le nom de _Rigolboche_.

On la nommait aussi _Boboche_.

Ce n’est pas elle l’inventeur de ce mot; il était connu dans les ateliers depuis 1840.

On dit également, pour affirmer que l’on s’est bien amusé:

—Nous avons rudement _rigolboché_ (Argot du peuple).

=RIGOLOTTE=: Nom donné par Eugène Suë à un des personnages des _Mystères de Paris_.

Ce nom est resté pour désigner une jeune fille joyeuse.

—Elle est _rigolotte_ (Argot du peuple). _N._

=RIGOLO=: Attaque nocturne. _L. L._

_Rigolo_: terme employé dans les ateliers pour qualifier un camarade qui _rigole_ sans cesse, qui amuse les autres.

Il y eut, en 1866, un mulet qui portait ce nom au Cirque-Napoléon; il fit courir tout Paris, tant il était amusant, _rigolo_ (Argot du peuple). _N._

=RIGOLO=: Sinapisme de farine de moutarde.

_Rigolo_, c’est le nom de l’inventeur.

Autrement, cette appellation serait une amère ironie, car un sinapisme n’est pas plus _rigolo_ que d’avoir un clou planté dans les fesses (Argot du peuple). _N._

=RIGOLO=: Pince.

Si elle fait _rigoler_ quelqu’un, ce n’est certainement pas la victime du vol avec effraction.

Elle est _rigolo_ pour le voleur, car avec l’argent volé il peut se payer de la _rigolade_ (Argot des voleurs). =V.= _Monseigneur_.

=RIGOUILLARD=: Chose drôle, c’est plus fort que _rigolo_.

C’est tellement _rigouillard_ qu’il y a de quoi s’en _tamponner le coquillard_, c’est à se tordre, c’est crevant (Argot du peuple). _N._

=RINCÉ=: Être _rincé_ comme un verre à bière, n’avoir plus rien.

Recevoir une _rincée_: être battu comme des œufs à la neige.

_Rincer_ quelqu’un: le voler jusqu’à son dernier sou (Argot du peuple). =V.= _Raboté_.

=RINCER LA DALLE= (Se faire): Se faire régaler par un camarade.

—Je lui ai tellement _rincé la dalle_ qu’il n’a pas une dent dans la gueule qui ne me coûte au moins vingt francs (Argot du peuple).

=RIOLE=: Ruisseau ou rivière dans l’argot des voleurs.

_Riole_ se dit aussi dans le peuple de quelqu’un qui est pochard:

—Il est en _riole_.

Ce n’est pourtant pas dans la rivière que le vin a été puisé (Argot du peuple).

=RIPATINS=: Brodequins (Argot des voleurs).

=RIPATONS=: Souliers (Argot du peuple).

=RIPATONNER=: Le _passifleur_ qui racommode les vieux souliers, _ripatonne_ (Argot du peuple).

=RIPER=: Embrasser tendrement. _A. D._

C’est une singulière façon d’embrasser tendrement les gens que de les voler car _riper_ dans le peuple signifie: _prendre_.

—Je lui ai _ripé_ sa _galette_ (Argot du peuple). _N._

=RIPOPÉE=: Quelque chose qui ne vaut rien.

Synonyme de _ratatouille_.

On dit aussi:

—Ton _Borgia_ à 23 sous ne nous fait _boulotter_ que de la _ragougnace_ (Argot du peuple). _N._

=RIQUET=: Tout petit.

Sobriquet donné dans les ateliers aux apprentis mal formés.

—Viens ici, mon petit _riquet_.

C’est un pléonasme d’accoupler ces deux mots identiques, mais dans le peuple, on n’y regarde pas de si près (Argot du peuple). _N._

=RIQUIQUI=: Mauvaise eau-de-vie.

_Riquiqui_ est généralement employé pour peindre quelque chose de mesquin, de petit, d’étroit.

—Son esprit est comme sa taille, c’est _riquiqui_.

—Ah! regardez-moi cette toilette, est-elle assez _riquiqui_?

Il existait jadis une liqueur appelée _riquiqui_; on ne la connaît plus (Argot du peuple).

=RIRE COMME UN CUL=: Rire sans desserrer les dents.

Veut dire aussi rire comme un imbécile, sans savoir pourquoi.

Être _cul_, dit M. Lorédan Larchey, c’est être bête et grossier.

Ce pauvre _cul_ n’a vraiment pas de chance, car, non content d’en faire le synonyme de tout ce qui est sale, on en fait le synonyme de tout ce qui est bête et ridicule.

S’il pouvait répondre autrement qu’en pétant! (Argot du peuple). _N._

=RIRE JAUNE=: N’être pas content et être forcé de rire quand même; avoir les larmes dans les yeux et le cœur gros et être forcé de paraître joyeux.

On dit aussi:

—Son _rire est jonquille_. Allusion au cocu qui rit _jaune_ quand la sage-femme lui présente son dernier en lui disant:

C’est tout le portrait, d’son père, Quel cochon d’enfant!

(Argot du peuple).

=RISETTE=: Surnom donné à une jeune fille rieuse et aimable qui a toujours le sourire sur les lèvres.

C’est un vieux boniment employé dans les foires:

—Entrez, mesdames et messieurs, vous verrez la femme colosse; cent kilos sur l’estomac et le sourire sur les lèvres.

Quand une _amie_ est fâchée, qu’elle boude, on l’embrasse et on lui dit:

—Allons, fais une petite _risette_ à papa, il revient d’Afrique.

Quand une femme vous fait des _risettes_, on peut y aller carrément (Argot du peuple). _N._

=RISQUER LE PAQUET=: Synonyme de tout _risquer_, c’est-à-dire de tenter l’aventure.

—Tu n’oses pas! _risque donc le paquet_ (Argot du peuple).

=RIVANCHER=: Aimer (Argot des voleurs).

=RIVER SON CLOU=: Quand un bavard intarissable ennuie quelqu’un par un discours filandreux, on lui _rive son clou_ en lui disant carrément:

—Tais ta gueule ou je chie dedans.

Mot à mot: _river le clou_, c’est empêcher d’aller plus loin (Argot du peuple). _N._

=RIVETTE=: Prostituée, du verbe _rivancher_, se livrer à l’amour. _L.