‹ Dictionnaire d'argot fin-de-siècleChapitre 5 sur 8 · V

V

=VACHE=: Expression fréquemment employée dans le peuple pour qualifier une femme qui se livre au premier venu.

Dans le peuple, quand on a dit d’une femme: c’est une _vache_, il est impossible de rien dire de plus.

Quand un homme épouse une femme enceinte, on lui dit:

—Tu prends la _vache et le veau_ (Argot du peuple).

=VACHE=: Homme mou, bon à rien.

_Vache_, quand il dénonce ses camarades ou travaille au rabais.

—Tu n’es qu’un cochon, tu passes ta vie à faire des _vacheries_ (Argot du peuple).

=VACHE=: Sergent de ville ou agent de la sûreté.

Dans les prisons, malgré les règlements et la surveillance active pour les faire observer, les détenus écrivent leurs pensées sur les murs.

Les plus communes sont celles-ci:

—Mort aux _vaches_.

—Quand je serai _désenflaqué_, gare à la _vache_ qui m’a fait _chouette_ et qui m’a fait tirer un _bouchon_ (Argot des voleurs). _N._

=VACHE À LAIT=: Homme riche, qui a le louis facile et que les _tapeurs_ trayent jusqu’à extinction.

_Vache à lait_: gogo qui souscrit à toutes les émissions véreuses sans se lasser jamais.

Pour le souteneur, la _marmite_ est une bonne _vache à lait_.

Une affaire qui rend bien, qui rapporte beaucoup, sans risques et sans efforts, est une _vache à lait_.

Allusion à la _vache laitière_ qui est une fortune inépuisable (Argot du peuple).

=VACHER=: Individu grossier en paroles ou en gestes.

—Il est grossier comme du pain d’orge, on dirait qu’il a été élevé derrière le cul des _vaches_.

Allusion aux _vachers_ qui jurent toute la journée (Argot du peuple).

=VACHERIES=: Saletés, cochonneries faites à quelqu’un.

Prendre la femme d’un camarade et surtout la lui rendre, c’est une _vacherie_.

Emprunter les effets d’un ami, les _coller_ chez ma _tante_ et ensuite _laver_ la reconnaissance, c’est lui faire une _vacherie_ (Argot du peuple). _N._

=VACHERIES=: On nomme ainsi les brasseries où les consommateurs sont servis par des femmes.

Le mot est juste, car elles sont de véritables _vaches_, pas à _lait_, par exemple (Argot du peuple). _N._

=VADE=: Foule, rassemblement.

Synonyme de _trépe_.

Le camelot fait un _vade_ pendant que des complices _fabriquent_ les _profondes_ des badauds (Argot des voleurs).

=VA CHERCHER UN DÉMÊLOIR=: Se dit de quelqu’un qui parle d’une façon embrouillée; on ne peut _démêler_ ce qu’il veut dire (Argot du peuple).

=VA T’ASSEOIR SUR LE BOUCHON=: Quand un individu vous rase, on lui dit _d’aller s’asseoir_; s’il insiste, on l’envoie _s’asseoir sur le bouchon_ (Argot du peuple).

=VA-TE-LAVER= (Un): Soufflet.

On emploie aussi cette expression pour envoyer promener un gêneur (Argot du peuple).

=VADROUILLE=: Cette expression dans la marine signifie: _brosse à plancher_.

Elle s’applique aux filles qui traînent dans les ports de mer (Argot des souteneurs).

=VADROUILLE=: Faire une _vadrouille_, en pousser une.

_Vadrouiller_: se déranger de ses habitudes, rôder dans des milieux auxquels on n’est pas habitué (Argot du peuple).

=VAGUE= (En pousser une): Synonyme d’_arracheur de chiendent_, aller au hasard, _vaguement_, avec l’intention de voler n’importe qui ou n’importe quoi (Argot des voleurs).

=VAGUE=: Les filles qui raccrochent donnent un _coup de vague_, elles font leurs affaires.

_Vaguer_, promener au hasard, est une corruption du mot français _vaquer_ (Argot des souteneurs).

=VAISSELLE DE POCHE=:

C’est une _vaisselle_ que les ouvriers aiment bien à _casser_, surtout les jours de _Sainte-Flemme_ (Argot du peuple).

=VALADE=: La poche.

—J’avais _caré_ deux _sigues_ dans une _valade_ de mon _falzar_, ma _scie_ les a dénichés, je vais _crapser_ de la pépie pendant tout le _marqué_ (Argot des voleurs).

=VALANT=: Pince à usage des cambrioleurs (Argot des voleurs). =V.= _Monseigneur_. _N._

=VALSER=: Battre quelqu’un.

—Je vais te faire _valser_ sans musique.

Ce qui arrive souvent le samedi de paye, quand le mari rentre au logis plus qu’_éméché_: il fait faire un _tour de valse_ à sa ménagère si elle _ronchonne_ (Argot du peuple).

=VALTREUSE=: Valise.

C’est un simple changement de finale (Argot du peuple).

=VALTREUSIER=: Voleur de valise.

Ce vol est pratiqué sur une grande échelle dans les salles d’attente des gares de chemins de fer.

Il est des plus simples:

Le _valtreusier_ a une valise à la main qui paraît gonflée; pour compléter son apparence de voyageur, il porte une couverture de voyage. Il se promène ayant l’air indifférent, mais en réalité il guigne un voyageur assis à côté d’une valise respectable. Sans affectation, il s’assied à ses côtés et engage la conversation. Au moment de prendre un billet, le voyageur se dirige vers le guichet et laisse sa valise à la garde de son compagnon; aussitôt celui-ci se lève, change de valise et s’en va tranquillement. Neuf fois sur dix, le volé ne s’aperçoit de la substitution qu’à son arrivée à destination: la valise ne contient en fait de linge que des cailloux (Argot des voleurs).

=VANNAGE=: Tendre un piège, _amorcer_ un individu par des promesses alléchantes pour le duper plus facilement.

M. Loredan Larchey dit que c’est une comparaison de l’escroc au meunier qui lâche un peu d’eau de sa _vanne_ pour faire tourner le moulin (Argot des voleurs).

=VANNE=: Mot cher aux camelots.

Ils disent faire un _vanne_ lorsqu’ils vendent un journal qui annonce une fausse nouvelle à sensation (Argot des camelots). _N._

=VANNÉ=: Avoir trop fait la noce et l’amour.

_Vanné_: n’avoir plus rien dans le ventre, synonyme de _vidé_.

_Vanné_ par excès de travail (Argot du peuple). _N._

=VANTERNE=: Lanterne.

_Vanterne sans loches._ _A. D._

M. Lorédan Larchey, d’après H. Monnier, dit que le _vanternier_, au lieu d’entrer par la _lourde_, préfère s’introduire par la _fenêtre_.

_Vanterne_ n’a jamais été une _lanterne_, pas plus que _vanterne_ n’est une _fenêtre_. =V.= _Venterne_.

=VASEUX=: Paysan.

Il est _vaseux_ parce qu’il vit dans la _vase_ quand il pleut (Argot du peuple). _N._

=VEAU=: Toute jeune fille qui n’a pas grand chemin à faire pour devenir _vache_.

Il existe à ce sujet une vieille chanson qu’il serait impossible de citer en entier:

Un jour, à la barrière, Un veau, Un veau, Tortillant du derrière. Fort beau, Fort beau. Je la .... sur parole.

Neuf jours plus tard, le camarade était au Midi (Argot du peuple).

=VEAU=: Femme de barrière, rôdeuse de caserne (Argot des voyous).

=VEINARD=: Homme qui a de la chance.

Il a de la _veine_, tout lui réussi.

Il a trouvé une bonne _veine_, tout lui réussira.

Il existe un vieux proverbe à ce sujet:

—Qui voit ses _veines_, voit ses _peines_ (Argot du peuple). _N._

=VEINARDE=: Fille qui a la main heureuse et tombe sur des _michés_ qui se _fendent_ généreusement (Argot des filles).

=VÉLO=: Postillon.

Vient de _véloce_, poste aux chevaux.

Nos _vélocipédistes_ modernes qui portent une cravache et des éperons pour ressembler à quelqu’un, ignorent certainement ce vocable ancien (Argot des voleurs).

=VÉLOCIPÉDISTE=: Imbécile à deux roues (Argot du peuple).

=VENTERNE=: La fenêtre (Argot des voleurs).

=VENTERNIER= (Le): Le _venternier_ est une variété du _cambrioleur_, avec cette différence toutefois qu’au lieu d’entrer par la _lourde_, il entre par la _venterne_.

Le _venternier_ opère généralement dans les chambres situées aux étages supérieurs; il grimpe sur les toits et entre dans les chambres par les _fenêtres_ à tabatières.

Ces voleurs sont nombreux (Argot des voleurs).

=VENTOUSE=: =V.= _Venterne_.

=VERGNE=: Pays ou ville.

Vidocq dit:

—J’ai roulé de _vergne_ en _vergne_ pour apprendre à _goupiner_.

A. Delvau dit:

—_Deux plombes crossent à la vergne_ (deux heures sonnent à la ville) (Argot des voleurs).

=VER-RONGEUR=: Un fiacre. Lorsqu’on le fait attendre longtemps à la porte d’une maison, l’heure s’écoule; au moment de le payer, il _ronge_ le porte-monnaie (Argot du peuple).

=VERMINE=: Avocat.

Les voleurs ont raison, les avocats sont des _vermines_ qui rongent encore plus que les huissiers (Argot des voleurs).

=VERTE= (La): L’absinthe.

Quatre heures, c’est l’heure de la _verte_.

Allusion de couleur (Argot du peuple).

=VERVER=: Pleurer (Argot des voleurs).

=VESSE=: Peur.

Lâcher une _vesse_: péter sournoisement.

_Vesser_: un pet mou (Argot du peuple).

=VESSIE=: Femme avariée, grasse à lard.

Allusion aux vessies de graisse que l’on vend à la foire au jambon.

Il existe une chanson à ce sujet, elle n’est pas des plus propres.

La voici comme document:

Catau, catau, catau, _Vessie_, pourriture et charogne, Catau, catau, catau, _Vessie_, pourriture et chameau.

(Argot du peuple).

=VESTE=: Remporter une _veste_.

Avoir compté sur un succès et faire un _four_ complet.

Se dit d’une pièce mal accueillie au théâtre, d’une opération ratée, en un mot de tout insuccès (Argot du peuple).

=VESTIGES=: Légumes que mangent les prisonniers.

Dans le peuple, on dit d’un _passif_ qui pratique depuis longtemps:

—Tu perds tes _légumes_.

Dans les prisons:

—Tu perds tes _vestiges_. Cette explication suffit (Argot des voleurs).

=VEUVE= (La): La guillotine (Argot des voleurs).

=VEUVE POIGNET= (En soirée chez la): =V.= _Bataille des Jésuites_.

=VI=: Voici ce que dit _Mathurin Régnier_:

Le _violet_ tant estimé Entre vos couleurs singulières. Vous ne l’avez jamais aimé Que pour les deux lettres premières.

À la prison de St-Lazare, une fille atteinte d’une maladie épouvantable, était incarcérée à l’Infirmerie. La sœur l’exhortait à changer de vie; elle lui citait des exemples de conversions absolument édifiantes. La malade, impatientée, lui répondit:

—Ma sœur, il est trop tard pour changer de vie, il fallait me dire cela quinze jours plutôt; je ne serais pas ici (Argot du peuple). _N._

=VIANDE=: Chair.

A. Delvau trouve que cette expression est froissante pour l’orgueil humain.

Pourquoi donc?

Est-ce que la chair humaine n’est pas de la _viande_ au même titre que celle de n’importe quel animal?

Quand une femme a une belle carnation, rose, fraîche, c’est un hommage que lui rend le langage populaire eu disant:

—Ah! la _belle viande_, on en mangerait.

C’est assez rare en cette _fin-de-siècle_, pour que ce mot soit accepté comme une louange et non comme une grossièreté (Argot du peuple).

=VIAUPER=: Oublier fréquemment le chemin de l’atelier pour _viauper_ chez les marchands de vins.

—Que fait ta fille?

—Ah! ne m’en parle pas; elle _viaupe_ avec Pierre et Paul.

Mot à mot: _viauper_ faire la vie.

Faire la _vie_ à quelqu’un, c’est lui faire une scène désagréable.

Lui rendre la _vie dure_, c’est le tourmenter, lui refuser à manger, être cruel (Argot du peuple).

=VIDANGE=: Accouchement.

—Ma femme est en _vidange_.

Mot à mot: elle se _vide_.

Elle est en _vidange_, car il faut qu’il se passe quelques semaines avant de la remplir à nouveau (Argot du peuple). _N._

=VICE= (En avoir): Roué qui la connaît dans les coins.

—On ne me la fera pas, j’ai trop de _vice_.

Cela est la cause d’un mauvais calembourg par à peu près:

—Les serruriers sont les ouvriers les plus malins du monde, parce qu’ils ne manquent jamais de _vis_ (Argot du peuple).

=VICELOT=: Gavroche qui a tous les _vices_ en germe; il est trop jeune pour qu’ils soient développés.

Dans les ateliers, on dit du _gosse_:

—Il est si _vicelot_ qu’il en remontrerait à père et mère (Argot du peuple).

=VICTOIRE=: Chemise.

Ce mot n’est pas employé, comme le dit A. Delvau, pour consacrer le souvenir d’une marchande qui fournissait les chiffonniers.

—_Victoire!_ J’ai enfin pu gagner de quoi m’acheter une _limace_ pour _balancer_ celle que je porte depuis six mois (Argot des chiffonniers).

=VIDER SA POCHE À FIEL=: Soulager son cœur, dire tout ce que l’on pense sans ménager ses expressions (Argot du peuple). _N._

=VIDER SON PANIER À CROTTES=: Satisfaire un besoin. Il est aussi agréable de vider son panier que de l’emplir (Argot du peuple).

=VIDER SON PETIT PORTEUR D’EAU=: Expression employée dans les couvents par les jeunes filles, pour dire qu’elles ont un petit besoin à satisfaire (Argot du peuple). _N._

=VIDER UN HOMME=: Il y a plusieurs manières de le _vider_.

On lui _vide_ son porte-monnaie.

Ou le _vide_ en le surmenant.

Une maîtresse amoureuse le _vide_, et quand il rentre au domicile conjugal, sa femme peut le fouiller... et elle aussi (Argot du peuple). _N._

=VIDOURSER=: Terme employé dans les ateliers pour qualifier un peintre qui ne se préoccupe, en peignant son tableau, ni du ton ni de la perspective.

Il le _vidourse_, il le _lime_, il le _lèche_.

Allusion à la fameuse expression:

Il est _poli_ comme un _vi d’ours_.

De là: _vidourser_ (Argot des artistes). _N._

=VIE DE PATACHON=: Mettre les petits plats dans les grands.

—Mener la vie à grandes guides.

Faire une _vie de bâtons de chaises_.

Mot à mot: faire _une vie de chien_, comme si la vie n’avait pas de lendemain (Argot du peuple). _N._

=VIE DE POLICHINELLE= (Faire une): Avoir une conduite déréglée, se saouler, courir la gueuse, se battre; en un mot, mener une vie désordonnée.

On sait que le _polichinelle_ du guignol lyonnais est le type parfait du _bambocheur_ (Argot du peuple). _N._

=VIEILLE PEAU=: Expression méprisante employée dans le peuple, même vis-à-vis d’une personne jeune.

On dit d’un vieillard qui se donne des allures juvéniles:

—C’est un jeune homme dans une _vieille peau_.

_Vieille peau_ signifie aussi: _vieille putain_ (Argot du peuple).

=VIGNES= (Être dans les _vignes_ du Seigneur): Être pochard.

Dans le peuple, on dit d’un homme qui est toujours entre deux vins:

—Il ne peut plus boire; il est saoul avec un pet de vigneron.

L’expression: être dans les _vignes_, est très vieille et usitée en Bourgogne (Argot du peuple).

=VILAIN MERLE=: Homme laid.

—Tu vas te marier avec ce _vilain merle-là_; tu pourras chanter au roi des oiseaux: tu auras un beau _merle au cul_.

_Vilain merle_: méchant homme, _bilieux_, _fielleux_, qui veut du mal à tout le monde (Argot du peuple).

=VINASSE=: Mauvais vin fabriqué avec du bois de campêche.

Se dit communément quand le marchand de vin a eu la main trop lourde pour mouiller le vin (Argot du peuple).

=VINGT-DEUX=: Couteau.

_Jouer la vingt-deux_, donner des coups de couteau.

_Vingt-deux_: les deux cocottes.

_Vingt-deux_: quand le compagnon placé le plus près de la porte voit entrer le prote dans l’atelier de composition, il crie:

—_Vingt-deux!_

Synonyme d’attention.

Quand c’est le patron, il crie:

—_Quarante-quatre!_

En raison de l’importance du _singe_, le chiffre est doublé (Argot d’imprimerie). _N._

=VIOCH=: Vieillard.

Vieux galantin qui se croit toujours jeune, qui se maquille comme une vieille roue de carrosse pour faire croire que le bon Dieu l’a oublié et qu’il n’a pas neigé sur sa chevelure... quand il a des cheveux (Argot des filles). _N._

=VIOCHARD=: Fauteuil.

Allusion au _fauteuil_ dans lequel s’accroupissent les vieillards devant un bon feu, en attendant que la _carline_ vienne frapper à la porte (Argot des voleurs). _N._

=VIOLON=: Cellule du poste de police.

Vieux jeu de mots qui date du temps où c’était l’_archer_ qui vous conduisait au _violon_ (Argot du peuple).

=VIOLON= (Le sentir): Un individu sans le sou, sans domicile, vagabond, _sent le violon_ (Argot du peuple).

=VIRGULE=: Béranger explique ce mot:

Ah! prions Dieu pour ceux qui n’en ont _guère_, Ah! prions Dieu pour ceux qui n’en ont _pas_.

_Virgule_: allusion à la forme; ce n’est ni _guère_, ni _pas_, c’est un _peu_, comme on dit dans le peuple:

—Pas de quoi faire déjeuner le chat.

(Argot du peuple). _N._

=VIRGULE=: Dans presque tous les lieux d’aisances des maisons populeuses et des ateliers, il y a au mur des _virgules_ qui sont autant de signatures des cochons qui y passent.

Ce qui a inspiré à un rimeur d’occasion:

Vous qui venez ici soulager vos entrailles, Léchez plutôt vos doigts que de salir les murailles.

(Argot du peuple). _N._

=VIS=: Serrer la vis à quelqu’un, c’est l’étrangler.

Opération qui n’a rien d’agréable à subir au point de vue physique.

Au point de vue moral non plus, car serrer la _vis_ à un individu, c’est l’étrangler au point de vue de l’existence.

Être dur, injuste, ne rien jamais trouver de bien de ce que fait un individu, c’est lui serrer la _vis_ (Argot du peuple).

=VISAGE SANS NEZ=: Le derrière.

C’est un visage qui n’est pas désagréable à voir, surtout lorsqu’il est blanc, jeune, dodu et ferme.

Voiture était de cet avis:

. . . . Ce visage gracieux Qui peut faire pâlir le nôtre, Contre moi n’ayant point d’appas, Vous m’en avez fait voir un autre Duquel je ne me gardois pas.

Ce visage a l’avantage sur l’autre de ne pas faire de grimaces (Argot du peuple).

=VISAGE DE BOIS=: Se casser le nez contre une porte fermée.

Éprouver une déception à laquelle on ne s’attendait pas.

Aller dîner on ville et ne trouver personne: _visage de bois_.

On dit également: _rester en figure_ (Argot du peuple).

=VISCOPE=: Casquette à longue visière, comme en portent les gens faibles de la vue.

Un képi de troupier se nomme également une _viscope_.

On dit aussi un _abat-jour_ (Argot du peuple).

=VISE AU TRÈFLE=: Infirmier.

L’allusion est amusante (Argot du peuple).

=VITELOTTE=: Nez.

Quand un individu a bu beaucoup dans sa vie, son nez devient rouge et tuberculeux.

Allusion à la pomme de terre que l’on nomme _vitelotte_, ou plutôt que l’on nommait, car elle a disparu entièrement, au grand désespoir des amateurs de gibelotte.

Elle était la sauce du lapin (Argot du peuple). _N._

=VITRES=: Les yeux.

_Vitre_: le lorgnon; il aide à voir (Argot du peuple).

=VITRIERS=: Les chasseurs de Vincennes.—Ils portèrent d’abord des sacs en cuir verni reluisant au soleil comme la pièce de verre que les _vitriers_ portent sur leur dos. _L. L._

Ce n’est pas cette cause qui a donné à ces soldats le nom de _vitriers_.

En 1848, aux journées de Juin, les gardes mobiles et les chasseurs de Vincennes furent lancés aux endroits les plus périlleux dans les faubourgs, notamment faubourg du Temple. Ils prirent toutes les barricades avec un entrain extraordinaire, mais sans cruauté inutile, la plupart de ces soldats étant des enfants de Paris.

Au lieu de tirer sur les insurgés, ils s’amusèrent à casser les carreaux sur tout leur passage.

Depuis le boulevard du Temple jusqu’à la Courtille, il ne resta pas une seule vitre aux fenêtres.

On fit une chanson à ce sujet; elle est restée très populaire:

Encore un carreau d’ cassé, V’là l’vitrier qui passe. Encore un carreau d’ cassé, V’là vitrier passé.

(Argot du peuple). _N._

=VOILÀ LE MARCHAND DE SABLE=: Dans le peuple, quand un enfant s’endort à table, on dit:

—Voilà le _marchand de sable qui passe_ (Argot du peuple).

=VOIR LA LUNE=: Quand une femme a vu cet astre, sa fleur d’oranger n’existe plus.

On dit, et c’est plus juste:

—Elle a vu la _comète_.

Inutile d’insister (Argot du peuple).

=VOIR LES PISSENLITS POUSSER PAR LA RACINE=: Être sous terre.

Dans le peuple, on dit également:

Aller dans le _royaume des taupes_ (Argot du peuple).

=VOIR LA FEUILLE À L’ENVERS=: Pour la voir, il ne faut certes pas être sur le ventre.

Il existe plusieurs chansons qui célèbrent les joies de _voir la feuille à l’envers_:

Sitôt, par un doux badinage, Il la jeta sur le gazon. —Ne fais pas, dit-il, la sauvage, Jouis de la belle saison. Pour toi, le tendre amour m’engage, Et pour toi je porte ses fers. Ne faut-il pas, dans le jeune âge, Voir un peu _la feuille à l’envers_?

(Restif de la Bretonne, _Les Jolies Crieuses_.)

Un autre auteur a écrit sur le même sujet:

‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ Oh! la drôle de chanson Que chantaient Blaise et Toinon.

(Argot du peuple).

=VOIR SOPHIE=: Cette très désagréable _Sophie_ ne rend visite aux femmes qu’à chaque fin de mois.

Elle vient sans être annoncée (Argot des filles).

=VOLANT=: Manteau.

Allusion à ce qu’il _vole_ à tous les vents (Argot des voleurs).

=VOLÉ=: Trompé dans ses espérances.

—Je comptais toucher un grosse somme, rien, je suis _volé_.

—Je rencontre une femme qui me paraissait dodue, avoir de l’œil, de la dent, des seins et des mollets. Quand le soir, pour nous coucher elle se déshabille, elle met un œil de verre et son ratelier sur la table de nuit, elle retire sa _réchauffante_, des tétons en caoutchouc garnissaient son corset, elle portait dix gilets de flanelle et six paires de bas.

Ce n’était plus qu’une planche, j’étais _volé_ (Argot du peuple). _N._

=VOLÉE= (En recevoir ou en donner une): Battre ou être battu.

Recevoir une _volée de bois verts_: être fortement grondé.

Être éreinté par un article de journal (Argot du peuple).

=VOLEUR AU CROQUANT=: Voleur qui dévalise les paysans.

Ce sont les _grinchisseurs de cambrousse_ (Argot des voleurs).

=VOLIGE=: Femme d’une maigreur telle qu’il est impossible de la toucher sans se couper.

Allusion à la planche nommée _volige_ qui est la plus mince connue en menuiserie (Argot du peuple).

=VOUS N’AVEZ RIEN?= Dans le peuple on nomme ainsi les employés d’octroi qui inspectent les passants aux barrières, parce que leur phrase consacrée est celle-ci:

—_Vous n’avez rien à déclarer?_

—Si, leur répond quelquefois un passant facétieux, je déclare que j’ai bien déjeuné (Argot du peuple).

=VOUSAILLE=: Vous (Argot des voleurs).

=VOYAGE= (Le): Les saltimbanques qui font le tour de France dans leur _roulotte voyagent_ constamment.

On dit de ceux qui connaissent parfaitement leur topographie:

—Ils se _connaissent en voyage_ (Argot des saltimbanques).

=VOYAGEUR=: l’_engayeur_ qui _bat comtois_, qui fait le compère à la porte des baraques de lutteurs se nomme _le voyageur_ (Argot des saltimbanques).

=VOYAGEURS=: Pou, puce, punaise ou morpion.

Ces insectes désagréables _voyagent_ sur le corps du pauvre bougre qui en est affligé (Argot du peuple).

=VOYEURS=: Il existe des _voyeurs_ pour hommes et pour femmes.

Ce sont des trous imperceptibles pratiqués dans une tapisserie, qui permettent aux spectateurs de _voir_ sans être _vus_.

Il y a des maisons de rendez-vous célèbres, où les blasés payent cinq louis pour repaître leurs yeux d’un spectacle ignoble, où toutes les lubricités les plus ordurières s’étalent (Argot des filles). _N._

=VOYOU=: Le _voyou_ n’est pas à comparer à l’ancien _titi_, au _gamin_, au _gavroche_.

C’est une petite crapule qui a en lui les germes de toutes les passions, de tous les vices et de tous les crimes imaginables.

Le _gamin de Paris_ est gouailleur, spirituel, courageux, susceptible de dévouement, il est flâneur, c’est vrai, mais sa flânerie est innocente.

Le _voyou_ a un langage à part; comme le moineau franc, il a les instincts pillards, il est sans cœur, n’aime rien et convoite tout (Argot du peuple).

=VOYOUTE=: La femelle du _voyou_; seulement, en plus, elle est putain à l’âge où l’on va encore à l’école.

À douze ans, la _voyoute_ est déjà une _petite marmite_ qui gagne du _pognon_ à son _voyou-souteneur_ (Argot du peuple).

=VRILLE=: Femme pour femme.

Pourquoi _vrille_?

Elle ne _perce_ rien (Argot des souteneurs).

=VRILLEURS=: Les _vrilleurs_ sont des voleurs de nuit qui dévalisent les boutiques des bijoutiers.

Ce vol nécessite une audace extraordinaire.

Avec l’_avant-courrier_ (mèche), ils percent la devanture en tôle de plusieurs trous en carré; avec une scie fine introduite dans l’un des trous, ils scient la tôle et pratiquent une ouverture assez large pour y passer le bras.

À l’aide d’un diamant, ils coupent la glace en carré également, pour que les débris ne fassent pas de bruit en tombant; préalablement, ils appliquent sur la partie coupée un fort tampon de mastic, après quoi, à l’aide d’une tringle d’acier, ils attirent à eux tous les bijoux qu’ils peuvent.

Ils en est qui raflent tout un étalage en quelques minutes (Argot des voleurs). _N._

W

=WAGON=: Chez certains marchands de vin, il y a des buveurs attitrés qui ont des verres qui contiennent une chopine et même un litre de vin.

Celui qui ne l’avale pas d’un coup—pas le verre, le vin—perd la tournée.

On nomme également ce verre un _omnibus_ (Argot du peuple). _N._

=WAGON=: Vieille femme, usée, avachie.

Vieille raccrocheuse de bas étage.

_Wagon_ de troisième classe, parce qu’il n’y en a pas de quatrième.

On dit aussi _vieux compartiment_ (il y a dix places).

On peut entrer chez elle avec une voiture à bras (Argot du peuple).

=WATERLOO=: Quand une affaire ne réussit pas, qu’elle rate en un mot, celui qui l’a entreprise ou conçue éprouve une défaite.

Allusion à la fameuse bataille du 18 juin 1815.

Il en est qui se consolent facilement et s’écrient comme Cambronne,

—Merde! (Argot du peuple).