‹ Dictionnaire d'argot fin-de-siècleChapitre 6 sur 8 · X

X

=X=: Inconnu, secret; sert à désigner un polytechnicien, ou une personne qui a des dispositions pour les mathématiques:

‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ Sur l’affreux chevalet des x et des y

a dit Victor Hugo (Argot des gens de lettres).

=X=: Ce mystérieux X a fait parler de lui pendant six mois à propos de l’affaire du Panama.

X, l’inconnu, c’est tout le monde et ce n’est personne (Argot du peuple).

Y

=Y ALLER DE SON VOYAGE=: Quand quelqu’un vous raconte une histoire à dormir debout et que l’on l’écoute attentivement, on y va de son voyage.

Y aller de son voyage est pris, dans le peuple, dans un sens tout différend:

—...Ma femme y va encore de son voyage (Argot du peuple). N.

=Y TOMBERA DU BOUDIN GRILLÉ.=

Vieille formule qui veut dire c’est impossible.

Elle est due à Achille, un acteur du petit Lazzari.

Un acteur du théâtre des Folies-Dramatiques se vantait d’avoir un talent énorme.

—Quand il dégottera Frédérick Lemaître, dit Achille, y tombera du boudin grillé.

C’est-à-dire jamais (Argot du peuple). N.

=YEUX SUR LE PLAT=: Quand un individu fait des yeux blancs, que la prunelle remonte dans l’orbite, on dit: il fait des yeux sur le plat.

C’est un jeu de mots fort juste (Argot du peuple).

=YOUPIN=: Juif.

Cette expression depuis peu remplace dans le peuple celle de youtre.

C’est le superlatif du mépris:

—Tu n’es qu’un sale youpin (Argot du peuple).

=YOUTRE=: Juif.

Dans le peuple on ne dit pas youtre, mais youte.

Vient du mot allemand jude (Argot du peuple). =V.= Baptisé au sécateur. N.

=YOUTRERIE= (La): La Synagogue quand tous les juifs y sont réunis.

Youtrerie est synonyme de ladrerie, d’avarice, d’apreté.

Ce mot peint bien les estimables rogneurs de pièces de six liards (Argot du peuple).

Z

=ZÉPHIR=: Quand un troupier indiscipliné est envoyé en Afrique, aux compagnies de discipline, pour casser des cailloux sur les routes, il devient, de par son incorporation, un zéphir.

Quand il fait un vent doux, on dit:

—Quel doux zéphir.

Quand un malpropre lâche une tubéreuse, c’est un sale zéphir pour celui qui est sous le vent (Argot du peuple).

=ZEZETTE=: Une petite absinthe.

Dans les cantines de lavoir, les blanchisseuses qui ne crachent pas dessus s’offrent à quatre heures une petite zezette de trois sous (Argot des blanchisseuses). N.

=ZIF=: Marchandises imaginaires qu’un commerçant fait figurer sur son catalogue pour avoir l’air d’être bien assorti (Argot des bourgeois).

=ZIG= ou =ZIGUE=: Un homme est un bon ou un mauvais camarade.

C’est un bon zig ou un mauvais zig (Argot du peuple).

=ZIG À LA REBIFFE=: Voleur bon enfant qui revient au bout de quelques jours à la prison.

Il rebiffe, il récidive (Argot des voleurs).

=ZINC=: Argent monnayé.

—J’ai du zinc dans ma profonde, nous pouvons aller de l’avant (Argot du peuple).

=ZINC=: Le comptoir du mastroquet.

Allusion au plomb qui couvre le comptoir.

Boire sur le zinc, c’est boire debout.

—Viens-tu licher un glacis sur le zinc, j’ai dix ronds d’affure (Argot du peuple).

=ZINC= (Avoir du): On ne dit plus chic, à ce qu’il paraît. C’est rococo. C’est bourgeois. Et quand une femme a du genre et de l’élégance, on dit qu’elle a du zinc. A. D.

Avoir du zinc ne vient pas du tout de là.

Les fonctionnaires, officiers de paix, commissaires de police et préfets portent des habits brodés d’argent; les préfets surtout en ont sur toutes les coutures; les jours de cérémonie, ils sortent leur zinc.

—As-tu vu le dabe des renifleurs, mince de zinc sur le rable (Argot du peuple). N.

=ZINC DES RATICHONS=: L’autel du prêtre.

En effet, pour célébrer la messe, il boit un coup de pive (Argot des voleurs).

=ZIOTER=: Regarder.

—Qu’a-t-il donc, le mec? Il ne fait que me zioter (Argot du peuple). N.

=ZOZOTTE=: Argent.

—Pas moyen de trimballer ma bidoche, j’ai pas de zozotte.

Zozotte a aussi une autre signification dans le même argot:

—As-tu bien passé la première nuit de tes noces?

—Mon cochon était tellement poivre qu’il a pioncé comme une marmotte toute la nuit.

—Alors, pas de zozotte? (Argot des blanchisseuses). N.

=ZUT=: C’est fini, je prends congé. J’en ai assez.

Que mes lecteurs ne prennent pas ce mot dans un mauvais sens. Je voudrais qu’ils le traduisent de cette manière:

—Au revoir!

PETIT SUPPLÉMENT

Au fur et à mesure de la composition du dictionnaire, de nouvelles expressions m’ont été adressées par d’aimables correspondants, il a été impossible de les placer à leur lettre respective; pour être aussi complet que possible, on les trouvera par lettre alphabétique dans ce Petit Supplément, où le lecteur pourra facilement se reconnaître.

A

=ACŒURER=: Y aller de bon cœur.

Assommer un individu, l’accommoder à la sauce pavé, le frapper avec entrain (Argot des voleurs).

=ACHETOIRES=: Monnaie.

Cette expression est très usitée dans le peuple.

Le père ne travaille pas, tout est au mont-de-piété, pas de feu dans le poêle, l’enfant pleure:

—Maman, maman, j’ai froid, j’ai faim.

—Mon pauvre petit, je n’ai pas d’achetoires (Argot du peuple).

=ACCESSOIRES=: Objets de théâtre.

Dans le peuple, on donne à ce mot un tout autre sens: accessoires, les testicules (Argot du peuple). N.

=AFFAIRE=: Pour les voleurs, tous genres de vols sont des affaires (Argot des voleurs).

=AFFE=: La vie.

Les voleurs vivant dans des transes continuelles, comme le mourant, ils ont des affres.

Affres en français signifie angoisses (Argot des voleurs). =V.= Affe (Dict.).

=AGACER UN POLICHINELLE SUR LE ZINC=: On nomme polichinelle un verre d’eau-de-vie, environ un cinquième de litre, que certains pochards abrutis boivent sur le zinc.

Il en est qui agacent jusqu’à cinq polichinelles dans une matinée (Argot du peuple). N.

=APPUYER=: Abaisser un décor, le faire descendre des frises sur la scène. A. D.

Appuyer est pris dans un autre sens:

—Je vais m’appuyer six heures de chemin.

—Je vais m’appuyer ce vieux birbe sur l’estomac, quelle corvée!

—Je vais m’appuyer une chopine (Argot du peuple). N.

=ARTONNER=: Tromper la police.

C’est l’insaisissable Arton à qui revient l’honneur de ce mot.

—Depuis six marqués, j’artonne l’arnaque (Argot des voleurs). N.

=AVOIR LE FIL=: Un couteau qui coupe bien a le fil.

Un individu malin, rusé, possède le fil.

—Y a pas moyen de lui mettre à ce gonce là, il a le fil.

Avoir le fil, être au courant de toutes choses et être constamment en éveil (Argot du peuple). N.

=AVOIR L’ÉTRENNE=: S’offrir une chose neuve.

Elle me dit: Mon vieux, Pâme-toi si tu veux, Tu n’en auras pas l’étrenne.

Faire étrenner un camarade: lui flanquer une bonne volée (Argot du peuple). N.

=AVOIR MANGÉ SES PIEDS=: Puer de la bouche (Argot du peuple).

B

=BAISSER UNE ESPACE QUI LÈVE=: Dans les ateliers de typographie, quand un camarade envoie chercher un litre par l’apprenti, il le met sous son rang—le prote n’aime pas que l’on boive pendant le travail;—il verse une rasade, et fait dire au copain qu’il veut régaler:

—Viens donc baisser une espace qui lève.

Synonyme de lever le coude (Argot d’imprimerie). N.

=BALAYÉ=: On balaye une foule à coups de canon.

On balaye des ouvriers qui ne font pas l’affaire du patron.

On balaye la femme quand elle devient par trop gênante.

Balayé: synonyme de nettoyage (Argot du peuple). N.

=BARBE À POUX=: Barbe de capucin, barbe en broussaille, longue, sale et crasseuse, dans laquelle jamais le peigne ne pénètre; les poux peuvent y nicher à l’aise sans crainte d’être dérangés (Argot du peuple). N.

=BAROMÈTRE=: La médaille des députés.

Pour le coiffeur ou l’ouvrier chapelier qui quitte son rasoir ou balance son tablier par un caprice du suffrage universel, la médaille qu’il a dans sa poche marque le beau fixe pendant quatre ans.

Elle est pour lui le baromètre du bonheur (Argot du peuple). N.

=BATTRE LA BRELOQUE=: Les tapins, au régiment, battent la breloque pour annoncer l’heure de la soupe.

Une pendule détraquée qui marche comme les montres marseillaises, lesquelles abattent l’heure en quarante-cinq minutes, bat la breloque.

Avoir le coco fêlé, ne plus savoir ce que l’on fait, avoir des moments d’absence, c’est battre la breloque.

On dit également: battre la campagne (Argot du peuple).

=BÉRENGÉRISME=: En être atteint, c’est une maladie bien désagréable.

Le Père la Pudeur qui fonctionne au bal de l’Élysée-Montmartre bérengérise les danseuses qui lèvent la jambe à hauteur de l’œil, sans pantalon:

—Veux-tu cacher ton prospectus? dit le vieil empêcheur de danser en rond.

—Ça m’est recommandé par mon médecin de lui faire prendre l’air, répond la Môme Cervelas (Argot du peuple). N.

=BÉQUET=: Le passiffleur met des béquets, des pièces, aux vieux souliers; il en existe qui arrivent à une perfection si grande qu’il est impossible de découvrir la pièce (Argot du peuple).

=BÉQUET=: Terme d’imprimerie.

Petits paquets de composition pour ajouter ou compléter un grand paquet.

En corrigeant un article, on ajoute des petits béquets à droite et à gauche pour le corser (Argot d’imprimerie).

=BIBARDER=: Vieillir.

—C’est extraordinaire comme les chagrins te font bibarder.

Bibarder veut aussi dire boire.

—Bibardons-nous une tasse? (Argot du peuple).

=BIEN DE LA MAISON= (Es-tu): Expression employée au jeu de manille.

Dans la partie à quatre, les joueurs sont deux à deux; ils se questionnent à voix haute pour savoir comment diriger leur jeu:

—Es-tu bien de la maison? As-tu beaucoup d’atout? (Argot du peuple). N.

=BINAISE=: Abréviation du mot combinaison.

Binaise: tirer un plan pour faire quelque chose.

—Faisons une binaise pour nous offrir un kilo (Argot d’imprimerie). N.

=BŒUF= (Avoir un mâle): Être fort en colère.

Superlatif de bouffer son bœuf (Argot d’imprimerie).

=BOUCHON=: Bourse.

Allusion à l’argent qu’elle contient, qui sert à boucher des trous.

Pour payer une dette, on dit: boucher un trou (Argot du peuple).

=BOUIF=: Mauvais ouvrier.

On disait cela primitivement des ouvriers cordonniers, mais depuis, cette expression s’est étendue à tous les corps de métiers.

Un mauvais écrivain ou un mauvais acteur, c’est un bouif (Argot du peuple).

=BOULANGER= (Le): Le diable (Argot des voleurs).

=BOULANGER QUI MET LES ÂMES AU FOUR= (Le): Le diable qui fait cuire les gens en enfer (Argot des voleurs).

=BOULE DE SUIF=: Homme ou femme gras à lard (Argot des voleurs).

=BOULOTTER DE LA CALIJATTE=: Cette expression très pittoresque a une saveur toute particulière; elle est connue depuis peu.

Boulotter: manger; calijatte: secret.

Mot à mot: manger du secret.

On sait que la cellule est la terreur du plus grand nombre des détenus, mais elle est un paradis relatif quand il n’est pas au secret.

Être au secret est un supplice épouvantable. On comprend que les plus endurcis voleurs redoutent cette torture; cela explique qu’ils sont parfois empêchés de commettre un acte criminel ou qu’ils avouent tout ce qu’on leur demande pour éviter de boulotter de la calijatte pendant de longues semaines (Argot des voleurs). N.

=BOUQUET=: Quand un nourrisseur de poupard a bien préparé une affaire, et que le vol a été fructueux, il reçoit une prime de ses complices, quelquefois quarante pour cent; cela se nomme recevoir un bouquet (Argot des voleurs).

=BOURDON=: Quand le metteur en page ne s’aperçoit pas qu’un mot a été oublié en composant un article, ce dernier devient incompréhensible.

S’il s’en aperçoit et qu’il faille remanier le paquet, c’est enlever le bourdon (Argot d’imprimerie).

=BRANCARD=: Un vieil adage dit que les femmes c’est comme les souliers: quand c’est vieux, ça boit.

Toutes ne boivent pas; il en est qui, trop vieilles pour continuer leur profession, instruisent les jeunes et leur apprennent les secrets du métier.

Mot à mot: brancard, aller traîner les apprenties putains sur le trimard (Argot des filles).

=BRICOLE À CHEVEUX=: Le peigne ou l’épingle qui fixe le chignon d’une femme (Argot des voleurs). N.

=BRISER=: S’en aller.

—Mon vieux, il est l’heure de la mouise, je me la brise au galop.

Quand une commandite d’ouvriers compositeurs a achevé son travail, le metteur en page frappe sur sa casse avec un taquoir.

Ce signal veut dire: c’est fini, brisez (Argot d’imprimerie).

=BRODEUSE=: Homme et femme à la fois.

De la famille des pédérastes (Argot du peuple).

=BRÛLER LA CHANDELLE PAR LES DEUX BOUTS=: Individu qui dépense sans compter, qui jette son argent par les fenêtres.

—Tu brûles la chandelle par les deux bouts (Argot du peuple). N.

=BUSTINGUE=: Garni.

Il en existe un célèbre dans la rue de Flandre, à la Villette. C’est là que descendent les saltimbanques et les phénomènes qui viennent se faire engager.

On nomme bustingue tous les garnis où logent les ambulants (Argot des voleurs).

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