‹ Dictionnaire d'argot fin-de-siècleChapitre 7 sur 8 · C

C

=ÇA NE VA QUE D’UNE FESSE=: Chose qui va mal.

Besogne accomplie avec répugnance.

Être très malade (Argot du peuple). N.

=CABARET DES SIX-FESSES=: Auberge tenue par trois femmes (Argot du peuple). N.

=CACHET DE LA RÉPUBLIQUE=: C’est un coup de pied canaille.

Quand deux hommes se battent, le plus fort, d’un coup de talon, écrase la figure de son adversaire.

Il lui pose le cachet (Argot du peuple).

=CAILLÉ=: Poisson quelle que soit sa nature.

Il est caillé, il a des écailles (Argot des voleurs).

=CALLOT=: Teigneux.

Vient de calabre, teigne (Argot des voleurs).

=CAMBROU=: Domestique mâle.

Il garde la cambrouse (Argot des voleurs).

=CAMELOTTE EN POGNE=: Voler un objet quelconque dans la main de quelqu’un (Argot des voleurs).

=CANULE=: Petit instrument placé au bout d’une seringue, d’un irrigateur.

Canule: Être ennuyeux.

—Ah! lâche-nous, voilà une heure que tu nous canules (Argot du peuple).

=CANELLE=: La ville de Caen.

—Il y a un bath chopin à faire à Canelle, en es-tu? (Argot des voleurs).

=CAPOU=: Écrivain public (Argot des voleurs).

=CARCAN À STRAPONTIN=: Vieille fille publique.

De carcan: vieux cheval (Argot des filles).

=CARIBENER=: Vol à la care.

Le voleur qui a cette spécialité se nomme un caribeneur (Argot des voleurs).

=CARLINE= (La): La mort.

Ce mot est usité dans les bagnes pour désigner cette vilaine personne.

Allusion au personnage de Carlin dont le visage est couvert d’un masque noir (Argot des voleurs).

=CARRELEUR DE SOULIERS=: Ouvrier lorrain qui vient tous les étés parcourir nos campagnes avec sa hotte sur le dos.

Il raccommode les souliers.

Ce nom lui vient de ce qu’il crie: carreleur de souliers.

Ce à quoi les gamins répondent:

—Gare l’aut’ soulier! (Argot du peuple).

=CAROTTE FILANDREUSE=: Carotte tirée de longueur, mais peu claire comme explications.

Allusion à une vieille carotte pleine de filaments, qui ne se digère pas facilement.

—Ça ne prend pas, ta carotte est filandreuse (Argot du peuple). N.

=CAZIN=: Partie de billard qui se joue avec une quille au milieu du tapis (Argot du peuple). N.

=CAZINER=: Jouer au cazin, faire toucher par la bande les billes, en jouant avec la rouge (Argot du peuple).

=CHAT= (Mon petit): Terme d’amitié employé souvent vis-à-vis d’une jeune fille.

Chat... (Argot du peuple). =V.= Tâte-minette. N.

=CHATOUILLE= (Une): Une chansonnette.

Vieux terme de goguette:

—Allons, dégoise-nous ta petite chatouille (Argot du peuple). N.

=CHENAILLER=: Faire des reproches à quelqu’un.

C’est une façon polie pour ne pas dire engueuler.

—Je ne t’ai pourtant rien fait pour que tu soies toujours à me chenailler (Argot du peuple). N.

=CHÉQUARDS=: Les députés, ou, du moins, les Cent-Quatre à qui on reprocha si vivement d’avoir reçu des chèques du baron de Reinach et du fameux Arton (Argot du peuple). N.

=CHEVALIER DE LA ROSETTE=: Homme qui aime son sexe (Argot du peuple). N.

=CHIFFARDE=: La pipe.

—Pas mèche de fumer ma chiffarde, pas de saint-père (Argot du peuple).

=CIBOULOT=: La tête.

Perdre le ciboulot: perdre la tête.

Se faire sauter le ciboulot: se brûler la cervelle.

—Son ciboulot est vidé (Argot du peuple). N.

=CLAIR COMME DE L’EAU DE BOUDIN=: Affaire obscure, embrouillée.

Mot à mot: affaire ténébreuse.

Allusion à la noirceur de l’eau qui sert aux charcutiers pour faire cuire le boudin (Argot du peuple). N.

=COUP DOUBLE=: Deux jumeaux.

Ce mot peut se passer d’explications (Argot du peuple). N.

D

=DARONNE DU DARDANT=: La déesse Vénus.

Daronne, Mère; dardant, amour.

Mot à mot: la mère des amours (Argot des voleurs).

=DARONNE DU GRAND AURE=: La Sainte Vierge.

Je n’ai pu trouver nulle part la signification du mot aure (Argot des voleurs).

=DÉBRICABRAQUÉ=: Un bric-à-brac monte sa boutique de bric et de broque, ric-à-rac (petit à petit).

On construit une pièce avec différents morceaux, un béquet par-ci, un béquet par-là. Si elle ne plaît pas au directeur, il faut que l’auteur la retape, qu’il la débricabraque.

Mot à mot: qu’il la démolisse pour la rebricabraquer (Argot du peuple). N.

=DÉCADENER=: Quand le gendarme ôte le cabriolet d’un prisonnier, il le décadène.

Mot à mot: il le déchaîne.

On dit également dédurailler (Argot des voleurs).

=DÉFILER SON CHAPELET=: Quand deux commères se disputent, c’est un déluge de paroles et d’épithètes interminable.

—As-tu vu comme je lui ai défilé mon chapelet?

Allusion au chapelet qu’une dévote fait tourner toute sa vie dans ses mains sans en trouver la fin (Argot du peuple). N.

=DÉGUI=: Abréviation de déguisement (Argot des voleurs).

F

=FAGOT AFFRANCHI=: Forçat libéré.

Mot à mot: il est affranchi de ses fers (Argot des voleurs).

=FAGOT À PERTE DE VUE=: Condamné aux travaux forcés à perpétuité.

Par abréviation on dit: gerbé à perpète (Argot des voleurs).

=FAIRE=: Les bouchers font un animal à l’abattoir.

Faire: tuer, voler.

Faire quelqu’un: le lever.

Faire: synonyme de fabriquer (Argot du peuple et des voleurs).

=FAIRE LA TORTUE=: Ne rien manger.

Jeuner volontairement ou par la force des choses (Argot des voleurs). N.

=FEMME DE CARÊME=: Femme outrageusement maigre.

Un hareng saur en jupons (Argot du peuple). N.

=FERME TA GUEULE OU JE SAUTE DEDANS=: On dit cela à un individu qui baille à se démantibuler la mâchoire, ou qui braille à vous assourdir (Argot du peuple). N.

=FIN-DE-SIÈCLE=: Cette expression nouvelle veut dire bien des choses.

Un chapeau excentrique est fin-de-siècle.

Une chanteuse comme Yvette, une danseuse comme la Goulue, un livre ou une pièce où les expressions sont ce qu’il y a de plus réaliste, tout cela est fin-de-siècle (Argots divers). N.

=FLAMSIK=: Flamand.

C’est une corruption du mot flahut (Argot des voleurs).

=FLANCHE=: Affaire.

—Si tu veux, mon vieil aminche, nous avons un rude flanche en vue?

—Je le connais ton flanche à la manque (Argot des voleurs).

=FLAQUET=: Le gousset du pantalon, ou la poche du gilet.

C’est là généralement où on met son argent.

Flac, sac ou argent, de là flaquet (Argot des voleurs).

=FLEUR DE CONNERIE=: Suprême imbécile, crème de crétin.

Mot à mot: le roi des gaffeurs (Argot du peuple). N.

=FLOUE=: La foule.

Quand la foule est nombreuse, les voleurs peuvent travailler à leur aise (Argot des voleurs).

=FONCÉE=: Une mariée est en blanc le matin, le soir elle change de costume, les loustics disent qu’elle est en foncée (Argot du peuple). N.

=FONDANTS=: Des bonbons pustuleux qui suintent sans cesse.

On dit: il a des bonbons fondants (Argot du peuple). N.

=FOUINARD=: Individu qui fouine partout, qui fourre son nez dans les affaires des autres.

Fouinard date de la pièce de Lesurques; c’était l’acteur Alexandre qui jouait le rôle de ce personnage (Argot du peuple).

=FOURLINE=: Vient de fourloureur. Ce mot signifie à la fois voleur et assassin (Argot des voleurs).

=FRICOTEUR=: Agent d’affaires, synonyme de tripoteur.

Au régiment, les troupiers qui coupent aux exercices, aux corvées, en un mot au service, sont des fricoteurs (Argot du peuple).

H

=HUILE DANS LA LAMPE= (N’avoir plus d’): Mourir.

Allusion à la lampe qui s’éteint faute d’huile (Argot du peuple). N.

=HÔTEL-DIDEROT=: La prison de Mazas.

On dit également Mazas-les-Bains (Argot du peuple). N.

M

=MALHEUREUX= (Être): C’est l’état de pauvreté, en français.

En typographie, cette expression a une autre signification.

Dans une équipe, chacun, à tour de rôle, a son tour de malheureux, la liste en est affichée dans l’atelier de composition.

Les malheureux restent après les autres pour corriger, faire les morasses et serrer les formes (Argot d’imprimerie). N.

=MANCHE= (Avoir son): Être formidablement en colère.

Un compositeur typographe qui a de la mauvaise copie (la mienne par exemple) qu’il ne peut lire, a son manche contre l’auteur.

Heureusement que ce n’est pas celui du balai.

Synonyme d’avoir sa chèvre (Argot d’imprimerie). N.

=MESSIÈRES=: Victimes.

Ce mot est très vieux; il a été employé par Eugène Suë, à propos du personnage du Maître d’école, à qui la Chouette dit:

—Ma vieille fourline, attention, v’là les messières (Argot des voleurs).

=MON LINGE EST LAVÉ=: Quand deux individus se battent, celui qui est vaincu dit qu’il a son linge lavé.

Être arrêté a la même signification (Argot des voleurs).

=MOULIN À CAFÉ=: Le tribunal correctionnel.

Allusion à la vitesse avec laquelle les juges expédient les affaires.

Les prévenus sont condamnés à la vapeur (Argot du palais). N.

=MOUILLER SES BIBELOTS=: Pisser dans son pantalon (Argot du peuple).

=MOTS À QUEUE=: C’est une plaisanterie d’atelier fort amusante.

C’est un homme de l’artichaud Colas.

On en a fait des à-peu-près tout aussi drôles sur les heures.

Il est une heure, (teneur) de livres.

Deux heures, (deux sœurs) de charité.

Trois heures (toiseur) vérificateur.

Quatre heures, (cardeur) de matelas.

Cinq heures, (zingueur) plombier.

Six heures, (ciseleur) sur métaux.

Sept heures (cette heure) est la mienne.

Huit heures, (huîtres) d’Ostende.

Neuf heures, (neveu) de son oncle.

Dix heures, (diseur) de bonne aventure.

Onze heures, (on se) réunira à la maison mortuaire pour midi (Argot des ateliers).

N

=N’EN JETEZ PLUS, LA COUR EST PLEINE=: De 1848 à 1860, il exista un homme mystérieux qui chantait dans les cours; son élégance et sa distinction l’avait fait surnommer le marquis.

Avec une voix très agréable, il chantait le répertoire de Désaugiers.

Aussitôt qu’il arrivait, les sous commençaient à pleuvoir drus comme grêle, il s’arrêtait avant d’entamer une nouvelle chanson et criait:

—N’en jetez plus, la cour est pleine.

L’expression est restée comme synonyme de: j’en ai assez (Argot du peuple). N.

=NOIRE COMME LE CUL DU DIABLE=: Se dit d’une femme brune, presque moricaude.

On dit également de quelqu’un qui a la conscience chargée de nombreux méfaits;

—Son âme est noire comme le cul du diable.

Se dit aussi d’une affaire embrouillée, dans laquelle personne ne voit goutte (Argot du peuple).

P

=PATTE DE VELOURS= (Faire): Avoir envie de dire des injures à quelqu’un et au contraire lui faire risette.

Avoir envie d’égratigner et au contraire caresser.

Allusion au chat qui rentre ses griffes quand il est content:

—Il fait patte de velours (Argot du peuple). N.

=PHILOSOPHES=: Des souliers.

Ils sont bien forcés d’accepter le temps comme il est, boue ou neige, et le pied qui les chausse.

On appelle également philosophes des grecs qui opèrent seuls dans les cercles et dans les tripots.

Le philosophe d’allumage est celui qui prépare les pontes, qui en ce cas deviennent des pantes (Argot du peuple). N.

=PLUS DE GAZ DANS SON COMPTEUR=: Mourir.

Le robinet de la vie est fermé, les yeux sont éteints (Argot du peuple). N.

=PUTAINS DES PAUVRES=: Les députés.

Cette expression nouvelle n’est pas très polie pour les Bidards du suffrage universel, si on s’en rapporte à la légende de Sainte-Thérèse.

Seulement cela ne doit pas être pris dans le même sens, car si les députés sont putains ce n’est pas par charité (Argot au peuple). N.

Q

=QUENOTTES=: Les dents.

—Fais voir, mon petit ami, les jolies quenottes (Argot du peuple).

S

=SANGLIER=: Le prêtre.

Pourquoi?

Le prêtre n’a pourtant rien du sanglier, ni les allures, ni la rudesse, car il ne tient pas tête à ceux qui le combattent (Argot des voleurs).

=SCIER SON ARMOIRE=: Quand le contrebassiste, dans un orchestre, fait sa partie, les voyous disent:

—Il scie son armoire.

Allusion de forme (Argot du peuple). N.

=SE PAYER UN COUP DE VEUVE=: S’offrir une satisfaction personnelle solitairement.

La veuve, c’est madame Poignet.

Quand un assassin lingre un pante, il s’offre un coup de veuve, seulement c’est Charlot qui opère à sa place, et la satisfaction n’est pas synonyme de jouissance (Argot du peuple). N.

=SI MA TANTE ÉTAIT UN HOMME.=

Cette expression est employée communément dans le peuple pour exprimer l’absence de la virilité de la femme:

—Si ma tante en avait elle serait colonel dans la garde nationale (Argot du peuple). N.

=STOPPER=: Stopper, arrêter.

Le mécanicien arrête la machine, il stoppe.

On dit à un orateur qui fait un discours maladroit: stoppez, dans le sens de taisez-vous.

La science du tailleur a créé le stoppeur, celui qui reprise les accrocs aux vêtements.

Il est regrettable que son aiguille habile ne puisse repriser les consciences, il aurait eu un rude ouvrage au Palais-Bourbon (Argot du peuple).

=SUIF= (En recevoir un): Être fortement réprimandé par le patron.

On dit également recevoir un gras:

—J’ai perdu un tiers, ce que le contre-coup m’a graissé, c’est un vrai beurre.

Deux mots pour exprimer le même objet (Argot du peuple).

=SURETTE=: Pomme.

Allusion à l’acidité de ce fruit que l’on rencontre en Normandie sur les grandes routes (Argot des voleurs).

=SYMBOLE= (Avoir un):

Avoir un compte ouvert chez le mastroquet (Argot d’imprimerie).

T

=TABLEAU-RADIS=: Toile que le marchand n’a pu vendre.

Quand il revient à l’atelier, on dit: mon tableau-radis.

On en dit autant d’un livre: un livre-radis.

Allusion au radis rose ou noir qui occasionne des renvois (Argot d’atelier).

=TAMBOUR=: Chien.

Quand un étranger pénètre dans une maison, les aboiements réitérés du chien imitent le roulement du tambour.

L’expression alarmiste, citée plus haut, est plus juste (Argot des voleurs).

=TARTE=: Chose de mauvaise qualité.

Les faux-monnayeurs sont des mornifleurs-tarte.

Ils écoulent de mauvais argent.

Allusion aux tartes faites avec de la vieille graisse et de la farine avariée que l’on vend dans les fêtes foraines (Argot des voleurs). N.

=TENIR LA CHANDELLE=: Mari complaisant qui sait que sa femme le trompe et qui accepte ça très tranquillement.

L’amant de cœur d’une fille entretenue.

Ils tiennent la chandelle (Argot du peuple).

=TIRE-BOGUE=: Voleur à la tire qui a la spécialité de faire les montres (Argot des voleurs).

=TOILE D’EMBALLAGE=: Linceul.

Cette expression est toujours en usage, malgré que dans les hôpitaux on n’ensevelisse plus les morts dans des serpillières (Argot du peuple).

=TROU AUX POMMES DE TERRE=: La bouche (Argot du peuple).

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