‹ Dictionnaire de la langue verteChapitre 11 sur 16 · V

V

VACHE, s. f. Fille ou femme, de mauvaises mœurs,--dans l'argot du peuple.

On dit souvent Prendre la vache et le veau, pour Épouser une femme enceinte des œuvres d'un autre,--uxorem gravidam nubere.

VACHE, s. f. Homme sans courage, avachi.

VACHE A LAIT, s. f. Dupe qu'on ne se lasse pas de duper; père trop faible qui ne se lasse pas de payer les dettes de son fils; maîtresse trop dévouée qui ne se lasse pas de fournir aux dépenses de son amant.

VACHER, s. m. Homme mal élevé,--dans l'argot des bourgeois.

VACHERIE, s. t. Nonchalance, avachissement.

VADE, s. f. Foule; rassemblement,--dans l'argot des voleurs.

VA-DE-LA-GUEULE, s. m. Gourmand,--dans l'argot du peuple.

VA-DE-LA-LANCE, s. m. Ami de la gaudriole, en paroles et en action,--dans l'argot des faubouriens.

VA DONC! Expression signifiant: «Va te promener! tu m'ennuies!»

On dit aussi Va donc te laver! ou Va donc te chier!

VADROUILLE, s. f. Drôlesse; fille ou femme de peu.

VAGUE, s. m. Flânerie, Vagabondage.

On dit aussi Coup de vague.

VAGUE (Du)! Rien! Néant! Terme de refus.

VAGUE, s. m. Promenade intéressée,--dans l'argot des filles et de leurs souteneurs.

Envoyer une femme au vague. Lui faire faire le trottoir.

VAGUER, v. n. Sortir sans savoir avec qui on rentrera;--dans l'argot des petites dames.

On dit aussi Aller au vague.

VALOIR SON PESANT D'OR. Se dit,--dans l'argot du peuple,--de toute bêtise un peu forte, de tout mensonge un peu violent.

VAISSELLE DE POCHE, s. f. Argent, monnaie,--dans l'argot des faubouriens.

VALADE, s. f. Poche,--dans l'argot des voleurs.

Sonder les valades. Fouiller les poches dans la foule.

Le patois normand a le même mot pour signifier Blouse.

VALOIR CHER (Ne pas). Être d'un caractère désagréable,--dans l'argot des faubouriens.

VALSER, v. n. S'enfuir, ou seulement s'en aller.

Faire valser quelqu'un. Le mettre brutalement à la porte.

VALTREUSE, s. f. Valise,--dans l'argot des voleurs.

VALTREUSIER, s. m. Voleur de valises.

VANER, v. n. S'en aller,--dans l'argot des voyous.

VANNAGE, s. m. Piège, amorce,--dans l'argot des voleurs.

Faire un vannage. Allécher par un petit profit l'homme qu'on se réserve de dépouiller.

VANTERNE, s. f. Lanterne,--dans le même argot.

Vanterne sans loches. Lanterne sourde.

VAPEREAU, s. m. Livre fort épais,--beaucoup plus fait pour servir de tabouret que pour être consulté,--dans l'argot des gens de lettres qui ne sont pas oubliés par l'auteur du Dictionnaire des Contemporains.

On ait aussi Bottin.

VASE ÉTRUSQUE, s. m. «Pot qu'en chambre on demande»,--dans l'argot des romantiques.

VASE NOCTURNE, s. m. Vase étrusque,--dans l'argot des bourgeois.

VA T'ASSEOIR SUR LE BOUCHON! Expression ironique qu'on emploie,--dans l'argot des faubouriens,--envers les gens que l'on veut congédier ou dont on veut se moquer.

On dit aussi Va t'asseoir sur ma veste et ne casse pas ma pipe.

VA-TE-LAVER, s. m. Soufflet aller et retour,--dans le même argot.

VAUDEVILLIÈRE, s. f. Cabotine, femme qui se fait engager sur un théâtre de vaudeville quelconque, non pour jouer, mais pour être vue et appréciée à sa juste valeur--comme fille égrillarde--par les habitués de l'orchestre, fins appréciateurs de l'art dramatique, surtout en cabinet particulier.

Le mot a été créé par Jules Noriac.

VEAU, s. m. Jeune fille qui a des dispositions pour le rôle de fille. Argot des faubouriens.

VEAU, adj. Paresseux, nonchalant,--dans l'argot du peuple.

Il ne faut pas croire l'expression nouvelle. Galli socordes et stultos vituli nomine designare soliti sunt, dit Arnoult de Féron dans son Histoire de France. Et Régnier, dans sa satire à Mottin, dit de même:

«Ce malheur est venu de quelques jeunes veaux Qui mettent à l'encan l'honneur dans les bordeaux.»

VÉCU, adj. Arrivé, véridique,--dans l'argot des gens de lettres.

Roman vécu. Roman qui est l'histoire réelle de quelqu'un.

VÉCU (Avoir). Avoir joyeusement dépensé sa vie à boire, à manger, à aimer, etc.,--dans l'argot des bourgeois.

VEDETTE, s. f. Nom imprimé en caractères très gros, sur une affiche de théâtre,--dans l'argot des coulisses.

Être en vedette. Avoir son nom en tête d'une affiche comme acteur plus important que les autres.

VEILLER AU GRAIN, v. n. Surveiller ses domestiques quand on est maître, ses ouvriers quand on est patron, afin qu'il n'y ait pas de détournements et de gaspillage. Argot des bourgeois.

VEINARD, s. et adj. Homme heureux en affaires ou en amour,--dans l'argot des faubouriens.

VEINARDE, adj. et s. Drôlesse qui a du succès en hommes sérieux. Argot de Breda-Street.

VEINE, s. f. Chance heureuse, bonheur imprévu,--dans l'argot du peuple.

VÊLER, v. n. Accoucher.

VELO, s. m. Postillon,--dans l'argot des voleurs.

VÉLOZE, s. f. Poste aux chevaux.

VELOURS, s. m. Tapis,--dans l'argot des joueurs de cartes.

Eclairer le velours. Déposer son enjeu sur le tapis.

Je n'ai pas besoin d'ajouter que ce velours est en cuir ou en drap, en n'importe quoi,--excepté en velours.

VELOURS, s. m. Liaison dangereuse, abus fréquent et intempestif des s dans la conversation. Argot des bourgeois.

VENDANGEUSE D'AMOUR, s. f. Drôlesse--bacchante moderne--qu'on rencontre souvent ivre dans les Vignes de Cythère.

J'ai créé l'expression il y a quelques années: elle est aujourd'hui dans la circulation.

VENDEUR DE CHAIR HUMAINE, s. m. Agent de remplacement militaire,--dans l'argot du peuple.

VENDEUR DE FUMÉE, s. m. Homme qui fait de grandes promesses et qui n'en tient aucune.

Se dit aussi de tout Rêveur, de tout poète, de tout abstracteur de quintessence.

VENDRE, v. a. Trahir quelqu'un.

Vendre la mèche. Dévoiler un secret, ébruiter une affaire.

VENDRE SES GUIGNES, v. a. Loucher, guigner de l'œil.

VENDRE SON PIANO, v. a. Jouer de façon à faire pleurer les spectateurs,--dans l'argot des coulisses, où Bouffé (rôle de Pauvre Jacques) a laissé des souvenirs et des traditions.

Par extension, dans la vie réelle, on dit d'une Femme qui pleure hypocritement: Elle vend son piano.

VENDU, s. m. Remplaçant militaire,--dans l'argot du peuple, qui attache à ce mot un sens extrêmement méprisant.

VÉNÉRABLE, s. m. Premier officier dignitaire d'une loge,--dans l'argot des francs-maçons.

VÉNÉRABLE, s. m. Un des nombreux pseudonymes de messire Luc,--dans l'argot du peuple.

VENETTE, s. f. Peur.

Avoir une fière venette. Avoir une grande peur.

Docteur Venette. Poltron fieffé.

VENIR AU RAPPORT. Se dit--dans l'argot des bourgeois--de tout ce qui provoque l'éructation.

VENT, s. m. Ventris flatus malè olens.

Moulin à vents. Podex.

VENT (Du)! Terme de refus,--dans l'argot des faubouriens.

On dit aussi Du vent! De la mousse!

VENT DESSUS, VENT DEDANS (Être). Être en état d'ivresse,--dans l'argot des marins.

VENTERNE, s. f. Fenêtre par où passe le vent,--dans l'argot des voleurs.

Doubles venternes. Lunettes.

VENTERNIER, s. m. Voleur qui s'introduit dans les maisons par la fenêtre au lieu d'y entrer par la porte.

VENTRE BÉNIT, s. m. Bedeau, chantre, sacristain,--dans l'argot du peuple, qui suppose à tort que les gens d'église se nourrissent exclusivement de pain bénit.

VENTRE DE MA MÈRE (C'est le). Expression du même argot signifiant: Je ne retournerai plus dans cet endroit, je ne me mêlerai plus de cette affaire.

VENTRE D'OSIER, s. m. Ivrogne.

VENTRÉE, s. f. Réfection copieuse.

Se foutre une ventrée. Se donner une indigestion.

VENTRILOQUE, s. et adj. Crepitator et même emittens ventris flatum.

VENTROUILLER, v. n. Ventris flatum emittere.

VENTRU, s. m. Député du centre, satisfait,--dans l'argot des journalistes libéraux du règne de Louis-Philippe.

VER COQUIN, s. m. Caprice, fantaisie, hanneton,--dans l'argot du peuple, qui parle comme écrivait Régnier:

«.... Mon vice est d'être libre, D'estimer peu de gens, suivre mon ver coquin, Et mettre au même taux le noble et le faquin.»

a dit le vieux Mathurin.

VÉREUX, se, adj. Homme d'une probité douteuse; chose d'une honnêteté problématique.

VERGNE, s. f. Ville,--dans l'argot des voleurs.

Deux plombes crossent à la vergne. Deux heures sonnent à la ville.

VERMICHELS, s. m. pl. Les veines du corps,--dans le même argot.

VERMILLON, s. m. Anglais,--dans le même argot.

VERMINE, s. f. Avocat.--dans le même argot.

VERMINE, s. f. La populace,--dans l'argot des bourgeois.

VERMOIS, s. m. Sang,--dans l'argot des voleurs.

VERMOISE, adj. De couleur rouge.

VÉROLE, s. f. Syphilis,--dans l'argot du peuple, qui parle comme écrivait Marot:

«Il mourut l'an cinq cens et vingt De la verolle qui lui vint.»

On dit aussi Grosse vérole, pour la distinguer de l'autre--la Petite vérole.

VÉROLEUSE, s. f. Fille ou femme de mauvaise vie, qui s'expose à donner ce qu'elle est exposée à recevoir.

VERRE DE MONTRE, s. m. Le derrière de l'homme,--dans l'argot des faubouriens.

Casser le verre de sa montre. Tomber sur le derrière.

VER RONGEUR, s. m. Voiture de remise ou de place a l'heure,--dans l'argot des petites dames.

VERSEUR, s. m. Garçon chargé de verser le café aux consommateurs.

VERSIGO, n. de l. Versailles, dans l'argot des voleurs.

VERSIONNAIRE, s. m. Humaniste qui, pour vivre, compose en version latine pour les candidats bacheliers dont la bourse est mieux garnie que la cervelle.

VERT, s. m. Froid,--dans l'argot des voleurs.

Il fait vert. Il fait froid.

VERTE, s. f. Verre d'absinthe,--dans l'argot des absintheurs.

Heure où la verte règne dans la nature. Cinq heures du soir.

VERTIGO, s. m. Lubie, caprice,--dans l'argot du peuple, à qui les gens fantasques semblent justement atteints de vertige, qu'au XVIe siècle on prononçait vertigue.

VERTU, s. f. Femme vertueuse,--ou affichant un grand rigorisme de conduite.

VERVER, v. n. Pleurer,--dans l'argot des voleurs.

VERVEUX, s. m. Crinoline,--dans l'argot des paysans des environs de Paris, qui trouvent une ressemblance entre ce filet à cerceaux et cette jupe à cage.

VESPASIENNES, s. f. pl. Water-closets montés sur essieux, qui circulaient dans Paris vers les premières années du règne de Louis-Philippe. Ce nom leur avait été donné en souvenir de l'empereur romain qui spéculait sur toutes les gadoues de son empire.

Encore une chose que M. Louis Festeau n'a pas failli à chanter:

«La Vespasienne Parisienne A l'observateur arrêté Offre asile et commodité.»

VESSARD, s. m. Poltron, homme sans énergie,--dans l'argot des faubouriens.

VESSE, s. f. Peur.

Avoir la vesse. Avoir peur.

VESSER DU BEC, v. n. Avoir l'haleine «pire que cade»,--dans l'argot des faubouriens, plus cyniques que l'Aventurier Buscon. C'est plus grave, c'est-à-dire plus désagréable que le leve peditum reproché par Catulle à Libon dans une de ses épigrammes In Cæsaris cinædos.

VESSIE, s. f. Fille ou femme de mauvaises mœurs.

VESTALE, s. f. Desservante du Dieu des Jardins.

On disait autrefois Vestale de marais.

VESTE, s. f. Echec honteux, Waterloo de la vie bourgeoise ou littéraire auquel on ne s'attendait pas,--dans l'argot des gens de lettres et des comédiens.

M. Joachim Duflot fait dater cette expression de la pièce des Etoiles, jouée au Vaudeville, dans laquelle l'acteur Lagrange, en berger, faisait asseoir mademoiselle Cico sur sa veste pour préserver cette aimable nymphe de la rosée du soir, ce qui faisait rire le public et forçait le berger à reprendre sa veste. Mais il y a une autre origine: c'est la Promise, opéra-comique de Clapisson, dans lequel Meillet chantait au Ier acte, un air (l'air de la veste) peu goûté du public; d'où cette expression attribuée à Gil-Pérez le soir de la première représentation: Meillet a remporté sa veste.

Ramasser ou remporter une veste. Echouer dans une entreprise, petite ou grande.--Se faire siffler en chantant faux ou en jouant mal.--Ecrire un mauvais article ou un livre ridicule.

On dit aussi Remporter son armoire, depuis le 13 septembre 1865, jour de la première représentation à la salle Hertz des prétendus phénomènes spirites des frères Davenport.

VESTIGES, s. m. pl. Légumes,--dans l'argot des voleurs.

VÉSUVIENNE, s. f. Femme galante.

L'expression date de 1848, et elle n'a pas survécu à la République qui l'avait vue naître. Les Vésuviennes ont défilé devant le Gouvernement Provisoire; mais elles n'auraient pas défilé devant l'Histoire si un chansonnier de l'époque, Albert Montémont, ne les eût chantées sur son petit turlututu gaillard:

«Je suis Vésuvienne, A moi le pompon! Que chacun me vienne Friper le jupon?»

VEULE, adj. des 2 g. Mou, paresseux, lâche,--dans l'argot au peuple, qui emploie ce mot depuis des siècles, comme le prouvent ces vers de Gauthier de Coinci:

«Mais tant iert plains de vaine gloire Tout iers fiers, cointes et veules, Qu'il sembloit bien qu'en ses esteules Eust trové tout le païs.»

C'est sans doute une antiphrase, de volo, vouloir, avoir volonté: volo, volvis, volui.

VEUVE (La). La guillotine,--dans l'argot des voleurs qui se marient quelquefois avec elle sans le vouloir.

Epouser la veuve. Être guillotiné.

VEUVE POIGNET (La). L'onanisme,--dans l'argot du peuple.

Epouser la veuve Poignet. Se livrer à l'onanisme.

VÉZOUILLER, v. n. Puer,--dans l'argot des faubouriens.

Vézouiller du bec. Avoir une haleine à la Paixhans.

VIANDE, s. f. La chair,--dans l'argot du peuple.

Montrer sa viande. Se décolleter excessivement, comme font les demoiselles du demi-monde dans la rue et les dames du grand monde aux Italiens.

Ce n'est pas d'aujourd'hui que l'on emploie cette expression froissante pour l'orgueil humain. Tabourot, parlant du choix d'une maîtresse, disait il y a trois cents ans:

«Une claire brune face Qui ne soit maigre ny grasse, Et d'un gaillard embonpoint, Ne put ny ne picque point: Voilà la douce viande Qu'en mes amours je demande.»

VICE, s. m. Imagination; ingéniosité; astuce,--dans l'argot du peuple, qui sait que l'intelligence est un don souvent fatal.

Avoir du vice. Être très malin,--c'est-à-dire sceptique en amour, en amitié, en politique et en morale.

On dit aussi: Avoir du vice dans la toupie.

VICELOT, s. m. Petit vice, défaut peu grave.

VICTOIRE, s. f. Chemise,--dans l'argot des chiffonniers, qui ont voulu consacrer ainsi le souvenir d'une marchande du faubourg chez laquelle ils se fournissaient.

VICTORIA, s. f. Voiture découverte à quatre roues,--dans l'argot des cochers.

C'est une façon de milord.

VIDANGE, s. f. Accouchement,--dans l'argot des voleurs.

Largue en vidange. Femme en couches.

VIDER (Se), v. réfl. Mourir,--dans l'argot des faubouriens.

VIDER UN HOMME, v. a. Le ruiner,--dans l'argot des petites dames.

VIDER LE PLANCHER, v. a. S'en aller de quelque part,--dans l'argot du peuple.

VIE (Faire la). S'amuser plus que la morale et la santé ne le permettent; se débaucher, les femmes avec les hommes, les hommes avec les femmes.

VIE DE CHIEN, s. f. Conduite déréglée, crapuleuse.

Faire ou Mener une vie de chien. Vivre dans le désordre et le vagabondage. Les Anglais ont la même expression, dans le même sens: to lead a dog's life. On dit aussi Faire une vie de polichinelle.

VIEILLE, s. f. Eau-de-vie qui devrait avoir cent sept ans et qui n'a que quelques mois.

VIEILLE (Ma), s. f. Expression de tendresse banale employée entre hommes,--je me trompe, entre cabotins.

VIEILLE CULOTTE DE PEAU, s. f. Général en retraite,--dans l'argot des troupiers.

VIEILLE MÉDAILLE, s. f. Vieille femme usée par le frottement de la vie. Argot des faubouriens.

VIERGE DE COMPTOIR, s. f. Demoiselle de caboulot,--dans l'argot ironique du peuple, qui ne se doute pas qu'il a emprunté ce mot à John Bull: Bar-maids, disent les Anglais à propos des mêmes Hébés.

VIEUX, s. m. Amant en cheveux blancs ou gris, et même sans cheveux,--dans l'argot des petites dames.

Avoir son vieux. Être entretenue.

VIEUX (Se faire). S'ennuyer, attendre plus qu'il ne faudrait; rester longtemps quelque part. Argot du peuple.

VIEUX COMME LES RUES, adj. Extrêmement vieux.

On dit aussi Vieux comme Mathieu-salé,--par corruption de Mathusalem, un patriarche.

VIEUX JEU, s. m. Méthode classique, procédé d'autrefois pour faire des chansons, des vaudevilles, des romans. Argot des gens de lettres.

VIEUX MEUBLE, s. m. Vieillard, personne impotente, bonne à mettre au rancart de la vie.

VIEUX STYLE, s. m. Se dit de toute chose démodée, de tout procédé tombé en désuétude, de toute idée arriérée, etc.

VIEUX TISON, s. m. Galantin, vieillard amoureux.

VILLOIS, s. m. Village,--dans l'argot des voleurs.

VINAIGRE (Du)! Exclamation de l'argot des enfants, garçons et petites filles, lorsqu'ils sautent à la corde, afin d'en accélérer le mouvement.

Grand vinaigre! Le superlatif de la vitesse.

VINAIGRE DES QUARANTE VOLEURS, s. m. Acide acétique cristallisé,--dans l'argot des bourgeois.

Historiquement, ce devrait être Vinaigre des quatre voleurs.

VIN CHRÉTIEN, s. m. Vin coupé de beaucoup trop d'eau.--dans l'argot du peuple, assez païen pour vouloir boire du vin pur.

VIN D'UNE OREILLE, s. m. Bon vin.

Vin de deux oreilles. Mauvais vin.

VINGT-CINQ-FRANCO-JOURIEN, s. m. Représentant du peuple,--parce que payé vingt-cinq francs par jour.

Le mot date de 1848 et de Théophile Gautier.

VINGT-CINQ FRANCS PAR TÊTE (A), adv. Extrêmement, remarquablement,--dans l'argot des faubouriens.

Rigoler à vingt-cinq francs par tête. S'amuser beaucoup.

S'emmerder à vingt-cinq francs par tête. S'ennuyer considérablement.

VINGT-DEUX, s. m. Poignard,--dans l'argot des voleurs.

Jouer du vingt-deux, Donner des coups de poignard.

VIOC, s. m. Vieux,--dans le même argot.

VIOCQUE, s. f. Vie débauchée,--dans le même argot.

VIOLON, s. m. Partie d'un corps de garde réservée aux gens arrêtés pendant la nuit et destinés à être, soit relâchés le lendemain, soit conduits à la Préfecture de police.

L'expression a un siècle de bouteille.

Sentir le violon. Être sans argent. Argot des voleurs.

VIRGULE, s. f. Barbiche,--dans l'argot du peuple.

Signifie aussi Cicatrice.

VIRGULE, s. f. Trace que les faubouriens se plaisent à laisser de leur passage dans certains lieux.

VISAGE COUSU, s. m. Homme très maigre,--dans l'argot du peuple.

VISAGE DE BOIS, s. m. Porte fermée.

VISAGE DE BOIS FLOTTÉ, s. m. Mauvaise mine, figure pâle, allongée.

L'expression a des ancêtres:

«Je ne suis pas un casse-mottes, Un visage de bois flotté: Je suis un Dieu bien fagotté,»

a dit d'Assoucy.

VISAGE DE CUIR BOUILLI, s. m. Figure grotesque.

VISAGE SANS NEZ, s. m. Messire Luc.

On dit aussi tout simplement Visage, ainsi que le constatent ces vers de Voiture à une dame:

«. . . . Ce visage gracieux Qui peut faire pâlir le nôtre, Contre moi n'ayant point d'appas, Vous m'en avez fait voir un autre Duquel je ne me gardois pas.»

VISCOPE, s. f. Visière,--dans l'argot des voyous.

VISITEUR, s. m. Frère qui se présente à une loge qui n'est pas la sienne,--dans l'argot des francs-maçons.

VITELOTTE, s. f. Le nez,--du moins le nez de certains buveurs, qui affecte en effet la forme de cette variété de pomme de terre. Argot du peuple.

VITRES, s. m. pl. Yeux,--dans l'argot des faubouriens, qui ne savent pas se rencontrer si juste avec les gueux anglais, lesquels disent aussi Glaziers.

Carreaux de vitres. Lunettes.

VITRIERS, s. m. pl. Les chasseurs de Vincennes,--dans l'argot du peuple, qui a emprunté cette expression aux zouaves, heureux de rendre à leurs rivaux la monnaie de leurs chacals.

On croit généralement que cette appellation ironique date de 1851, époque à laquelle les chasseurs de Vincennes dégarnirent à coups de fusil une notable quantité de fenêtres parisiennes. On croit aussi qu'à cette occasion leur fut appliqué le couplet suivant, encadré dans une de leurs sonneries de clairon:

«Encore un carreau d' cassé! V' là l' vitrier qui passe. Encore un carreau d' cassé! V' là l' vitrier passé!»

On se trompe généralement. L'expression date de 1840, époque de la formation des chasseurs de Vincennes au camp de Saint-Omer, et elle venait du sac de cuir verni que ces soldats portaient sur leur dos à la façon des vitriers leur sellette. Ce qui ajoutait encore à la ressemblance et justifiait le surnom, c'étaient le manteau roulé et le piquet de tente qui formaient la base du sac des chasseurs, comme le mastic et la règle plate la base de la sellette des vitriers.

VITRINE, s. f. Lorgnon, lunettes,--dans le même argot.

VIVRE D'AMOUR ET D'EAU FRAÎCHE, v. n. Se dit ironiquement--dans l'argot de Breda-Street--de l'amour pur, désintéressé, sincère, celui

«Qu'on ne voit que dans les romans Et dans les nids de tourterelles.»

VIVRE DE L'AIR DU TEMPS, N'avoir pas de quoi vivre. Argot du peuple.

VOILE, s. m. Nappe,--dans l'argot des francs-maçons.

Ils disent aussi Grand drapeau.

VOIR, v. a. Permolere uxorem quamlibet aliam,--dans l'argot des bourgeois.

VOIR, v. n. Se dit de l'indisposition mensuelle des femmes,--dans l'argot des bourgeoises.

VOIR (Se). Concubare.

VOIR A LA CHANDELLE. Se dit d'une chose que l'on croit ou que l'on dit bonne, mais qu'on n'ose pas déclarer telle trop haut de peur de se tromper.

Cette expression de l'argot du peuple, M. J. Duflot la fait venir de l'argot des comédiens. «Avant le règne du gaz, dit-il, avant même que l'huile à quinquet fût en usage, la rampe du théâtre était éclairée par une rangée de chandelles. Quand on répétait une pièce, les comédiens de ce temps-là n'osaient pas affirmer que c'était un chef-d'œuvre qu'ils allaient jouer; aussi créèrent-ils cette phrase qu'ils nous ont transmise: Il faudra voir cela à la chandelle.»

VOIRIE, s. f. Fille ou femme de mauvaise vie,--dans l'argot des faubouriens.

VOIR LA FARCE (En). Satisfaire sa curiosité ou son caprice. Argot du peuple.

VOIR LA FEUILLE A L'ENVERS, v. a. Le couplet suivant, tiré d'une très vieille chanson reproduite par Restif de la Bretonne dans sa LXXII-CLXXVIIe. Contemporaine, expliquera cette expression mieux que je ne le pourrais faire:

«Sitôt, par un doux badinage, Il la jeta sur le gazon. --Ne fais pas, dit-il, la sauvage, Jouis de la belle saison.

Pour toi, le tendre amour m'engage Et pour toi je porte ses fers; Ne faut-il pas, dans le jeune âge. Voir un peu la feuille à l'envers?»

chante le berger Colinet à la bergère Lisette, chapitre des Jolies Crieuses.

VOIR QUE DU FEU (N'y). Être trompé par un beau parleur; être ébloui par des promesses brillantes.

VOIR LE COUP DE TEMPS. Deviner à temps les intentions malveillantes de quelqu'un, de façon à être prêt à la riposte, soit qu'il s'agisse d'un coup de poing ou d'une question embarrassante.

VOIR SOPHIE, v. a. Avoir ses menses,--dans l'argot des ouvrières.

VOIR TRENTE-SIX CHANDELLES, v. a. Avoir un éblouissement occasionné par un coup sur la tête ou par une émotion subite. Argot du peuple.

Faire voir trente-six chandelles. Appliquer un vigoureux coup de poing en plein visage.

VOIR VENIR QUELQU'UN AVEC SES GROS SABOTS. Se dit--dans le même argot--de quelqu'un qui est deviné avant d'avoir parlé ou agi, par son inhabileté ou sa gaucherie.

VOITE, s. f. Apocope de Voiture,--dans l'argot des voyous.

VOITURE A TALONS (La). Les jambes avec lesquelles on se passe de voiture. Argot du peuple.

VOIX D'EN BAS, s. f. Le peditum de Catulle, ou plutôt son leve petitum,--dans l'argot facétieux des faubouriens qui ignorent que Savinien Lapointe a publie sous ce titre un recueil de poésies fort estimables.

VOLAILLE, s. f. Femme ou fille débauchée,--dans l'argot du peuple, qui sait que la plupart des drôlesses sont bêtes comme des oies.

VOLAILLE, s. f. Homme sans consistance; aimable sceptique qui ne croit qu'à lui. Argot des gens de lettres.

VOLAILLER, v. n. Argot des gens de lettres.

VOLAILLER, v. n. Courir les gueuses.

VOLAILLER, v. n. N'avoir pas de stabilité dans ses affections, se faire l'ami du premier venu.

VOLE-AU-VENT, s. f. Plume,--dans l'argot des voleurs.

VOLÉ (Être). Mystifié, trompé, déçu,--dans l'argot du peuple.

VOLÉE, s. f. Coups donnés ou reçus.

C'est le Banging des ouvriers anglais.

VOLTIGEANTE, s. f. La boue,--dans l'argot des voyous.

VOLTIGEUR DE LA CHARTE, s. m. Homme qui croit encore à la Charte-Vérité comme les Juifs croient au Messie. Argot des journalistes.

VOLTIGEUR DE LOUIS XIV, ou DE LOUIS XVIII, s. m. Emigré, retour de Gand ou de Coblentz.

Se dit depuis 1815.

VOLTIGEUR DE 89, s. m. Prudhomme politique qui a toujours à la bouche les «immortels principes» de la première Révolution.

VOUÉ AU BLANC (Être). Se dit--dans l'argot des faubouriens--d'un apprenti qui n'aime pas à travailler et qui préfère polissonner avec les voyous et les filles du faubourg.

VOUSAILLE, pron. pers. Vous,--dans l'argot des voleurs.

VOUS-N'AVEZ-RIEN, s. m. Employé de l'octroi,--dans l'argot des faubouriens, par allusion à sa phrase habituelle: «Vous n'avez rien à déclarer?».

VOÛTE AZURÉE, s. f. Le ciel,--dans l'argot des académiciens, qui ont des lunettes bleues.

VOÛTE D'ACIER, s. f. Partie du cérémonial maçonnique.

VOYAGE (Le). Le tour de France,--dans l'argot des saltimbanques.

Se connaître sur le voyage. Pendant la tournée départementale.

VOYAGEUR, s. m. Insecte parasite,--dans l'argot des faubouriens.

VOYAGEUR, s. m. Amateur,--dans l'argot des saltimbanques, qui donnent ce nom à celui des spectateurs qui consent à leur servir de compère dans un tour de force ou d'adresse.

VOYAGES, s. m. pl. Épreuves de réception,--dans l'argot des francs-maçons.

VOYOU, s. m. Gamin de Paris, enfant perdu de la voie publique; produit incestueux de la boue et du caillou; fumier sur lequel pousse l'héroïsme: hôpital ambulant de toutes les maladies morales de l'humanité; laid comme Quasimodo, cruel comme Domitien, spirituel comme Voltaire, cynique comme Diogène, brave comme Jean Bart, athée comme Lalande,--un monstre en un mot.

Type vieux--comme les rues. Mais le mot est moderne, quoiqu'on ait voulu le faire remonter jusqu'à Saint-Simon, qui traite de voyous les petits bourgeois de son temps.

VOYOUCRATE, s. m. Démocrate qui exagère la Démocratie, et dont l'Idéal, au lieu de plonger dans l'éther de l'abbé de Saint-Pierre, barbote dans la fange du sans-culottisme.

VOYOUCRATIE, s. f. Gouvernement de la blouse sale; tyrannie du ruisseau; démocratie qui ferait regretter aux républicains sincères «le despotisme de nos rois»--lequel du moins était un despotisme aimable.

VOYOUTE, s. f. Petite drôlesse qui s'accouple avec le voyou avant l'âge de la nubilité,--afin de n'en pas laisser perdre la graine. Fleur fanée qui ne se nouera jamais en fruit,--fille qui ne sera jamais que fille.

J'ai créé le mot il y a quelques années: il est maintenant dans la circulation.

VOYOUTISME, s. m. État crapuleux, abject,--la satire boueuse de l'humanité.

VRILLE, s. f. Lesbienne,--dans l'argot des souteneurs.

W

WAGON, s. m. Verre de vin d'une contenance plus grande que l'omnibus.

WAGON, s. m. Femme de mauvaise vie,--de troisième classe.

Il y aussi des wagons de première, réservés aux gandins riches.

WATER-CLOSET, s. m. Endroit où, moyennant 15 centimes, tout le monde a le droit d'aller--mais à pied, comme le roi.

WATERLOO, s. m. Échec subi; défaite éprouvée, en amour, en art, en littérature,--par allusion à la néfaste journée du 18 juin 1815.

WATRIPONNER, v. n. Écrire dans les petits journaux; en fonder.

Expression créée par Firmin Maillard. (Hist. anecdot. de la Presse, p. 130), et qui est une allusion à la fécondité journalistique de feu Antonio Watripon.

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