‹ Dictionnaire de la langue verteChapitre 12 sur 16 · X

X

X, s. m. Polytechnicien,--dans l'argot des collégiens.

Fort en X. Elève qui a des dispositions pour les mathématiques.

Tête à X. Tête organisée pour le calcul; cerveau à qui le Thêta X est familier.

X. s. m. Secret,--dans l'argot des gens de lettres.

Y

YANKEE, adj. et s. Américain vu par ses mauvais côtés.

Dans la bouche d'un Anglais c'est un terme de mépris.

Y AVOIR PASSÉ. Se dit--dans l'argot du peuple--d'une jeune fille qui n'est plus digne de porter à son corsage le bouquet de fleurs d'oranger emblématique.

YEUX AU BEURRE NOIR, s. m. pl. Yeux pochés par suite d'une chute ou d'une rixe,--dans l'argot des faubouriens.

YEUX DE LAPIN BLANC (Avoir des). Rouges, avec des cils blancs.

YEUX SUR LE PLAT, s. m. pl. Se dit des yeux blancs que font certaines femmes grimacières, et qui ressemblent assez, en effet, à deux œufs dont on ne verrait que l'albumine.

YOUTRE, s. m. Israélite,--dans l'argot des faubouriens, qui prononcent presque bien, sans s'en douter, le mot allemand Iude.

Jardin des youtres. Cimetière juif,--par antiphrase sans doute, car il y a plus de pierres que de verdure.

Z

ZE-ZE, s. des 2 g. Homme ou femme qui blèse, qui prononce Ze pour Je et parle Ze-ze. Argot du peuple.

ZÉPHIR, s. m. Soldat indiscipliné ou bon pour les compagnies de discipline. Argot des troupiers.

ZÉRO, s. m. Homme sans valeur, sans énergie, sans consistance, sans rien. Argot du peuple.

On dit aussi Zéro en chiffre.

ZIF, s. m. «Marchandise supposée dont certains industriels font intervenir le nom dans leurs opérations.»

ZIG ou ZIGUE, s. m. Ami, camarade de bouteille,--dans l'argot des faubouriens, qui font allusion aux zigzags du lundi soir.

Bon zigue. Homme joyeux,--mauvais mari peut-être, mauvais fils ou mauvais père, mais bon ami de cabaret et de débauche.

C'est un zigue. Phrase consacrée par laquelle un ouvrier répond d'un autre ouvrier comme de lui-même.

ZIG-ZAG, s. m. Boiteux, bancal,--dans l'argot des voleurs.

ZINC, s. m. Maladie vénérienne,--dans l'argot des faubouriens.

ZINC, s. m. Chic,--dans le même argot.

Avoir du zinc. Avoir une brillante désinvolture.

ZINC, s. m. Voix métallique et solide,--dans l'argot des coulisses.

Avoir du zinc. Avoir une voix sonore.

On dit aussi Être zingué.

ZINGO, s. m. Bon Zigue,--dans l'argot des marchands de vin.

ZOÏLE, s. m. Ecrivain envieux, et même un peu calomniateur,--dans l'argot des académiciens et des apprentis écrivains, qui éternisent ainsi, sans s'assurer si elle est méritée, la mauvaise réputation dont jouit, depuis deux mille ans, le contempteur de l'Odyssée et de l'Iliade.

ZOUAVE, s. m. Pardessus de femme, à capuchon, taillé sur le patron du manteau des zouaves.

On dit aussi Une Permission de dix heures.

ZOUZOU, s. m. Zouave,--dans l'argot des faubouriens.

ZUT! Exclamation qui est une formule de refus ou de congé.

Depuis 1865, on dit: Ah! zut alors si ta sœur est malade! C'est plus long, mais c'est plus canaille--et, à cause de cela, préférable.

ZUT AU BER... GER! Exclamation de l'argot des gamins, par laquelle ils se défient à courir, à jouer, etc.

PRÉFACETTE AU SUPPLÉMENT

En 1883, alors que parut la troisième édition, longtemps attendue, de cet ouvrage, nous expliquions ainsi les motifs qui avaient amené les éditeurs à ajouter à ce Dictionnaire un Supplément spécial:

«C'est en 1866 que parut la première édition du Dictionnaire de la Langue verte. A son apparition, l'ouvrage de Delvau fit quelque tapage et eut un grand succès de curiosité.

«M. Larcher qui sous ce titre: Excentricités du langage français, avait déjà fait paraître un recueil d'expressions argotiques, accusa Delvau de plagiat. Un procès faillit intervenir entre les deux auteurs. Le litige fut porté devant la Société des Gens de Lettres qui reconnut le bien-fondé de certaines réclamations de M. Larcher et obligea son rival à modifier la seconde édition de son Dictionnaire.

«Cette seconde édition parut en 1867 avec une préface différente de celle qui se trouvait dans la première; toutefois on n'y trouve aucune trace du dissentiment qui s'éleva entre les deux écrivains. C'est cette seconde édition, très rare aujourd'hui, et qu'il faut payer, quand on la rencontre dans les ventes, quarante et cinquante francs, que viennent de rééditer MM. Marpon et Flammarion.

«Avant d'entreprendre cette troisième édition, ils ont été amenés à se demander s'il fallait réimprimer tel quel le Dictionnaire ou s'il ne conviendrait pas de le refondre en ajoutant les nouveaux termes dont s'est accru en ces dernières années le langage populaire et trivial. On sait les progrès faits par la langue verte et quelle place elle a prise aussi bien au salon qu'à l'atelier. Des centaines d'expressions inconnues en 1867 sont aujourd'hui couramment employées. Devait-on les intercaler dans l'œuvre de Delvau? Les éditeurs ne l'ont pas pensé et ils ont, avec raison, croyons-nous, préféré respecter le texte primitif.

«Toutefois, désireux de mettre l'ouvrage à la hauteur des révolutions du jour, comme dit M. Larcher, ils ont tenu à y ajouter un Supplément. Sachant que nous préparons depuis de longues années un travail sur le bas langage que nous nous proposons d'intituler Les Orphelins de la langue, ils ont bien voulu nous demander de nous charger de ce Supplément. Ne pouvant donner à notre travail qu'une importance secondaire, nous nous sommes attachés à choisir, parmi ces irréguliers du langage, ceux-là seulement qui ne figurent dans aucun dictionnaire d'argot.

«Les romans de l'école naturaliste nous ont fourni, ainsi que certains articles de journaux, de nombreux renseignements que nous avons utilisés en prenant toujours soin d'indiquer la source où nous les puisions.»

Nous n'avons que peu de chose à ajouter à cette Préfacette. Disons seulement que le Supplément à cette nouvelle édition a été modifié en grande partie. Certains mots qui se trouvaient dans l'édition de 1883 ayant passé de mode depuis cette époque ne figurent plus ici; d'autres au contraire y ont été ajoutés qui ont, depuis quatre ans, enrichi la Langue verte.

GUSTAVE FUSTIER.

SUPPLÉMENT

A

ABATTOIR. Cercle de jeu. On y immole en effet force pigeons.

ABBESSE. Maîtresse d'une maison de tolérance. On dit plus communément: Madame.

ABOULÉE. Accouchée.

Aboulement: accouchement.

ABRUTIR SUR (S'). Faire traîner un ouvrage en longueur, dit Rigaud. J'y ajouterai le sens de: étudier longuement, avec soin. Je me suis abruti sur mes math.

ACTEUSE. «Cette petite variante me fit trouver le mot acteuse qui, depuis, a été naturalisé dans l'argot parisien. Nana n'est pas une actrice, c'est une acteuse. Elle a une ligne, du chic et non du talent. On ne l'entend pas, on la voit. L'acteuse est entière dans cette nuance.» (Champsaur: Evénement, février 1887.)

ADJUDANT (TREMPER UN). Plonger un morceau de pain dans le premier bouillon, celui qui contient le plus de graisse. Un vrai régal pour le cuisinier en pied et le caporal de planton. Les adjudants sous-officiers sont ceux que les cantiniers ont pour divers motifs le plus d'intérêt à satisfaire; aussi leur réservent-ils les meilleurs morceaux. N'est-ce pas dans ce rapprochement qu'il faut chercher l'origine de cette expression?

(Merlin, La langue verte du troupier.)

ADJUGER UNE BANQUE A UN OPÉRATEUR. Argot de cercle. Voler ou tricher au jeu.

(V. Revers.)

AFFRANCHIR. Terme de joueur: On dit qu'une carte est affranchie lorsqu'elle n'est plus exposée à être prise. J'ai fait prendre mon roi pour affranchir ma dame.--Mettre au courant des ruses des grecs. Il y a des professeurs d'affranchissement.

AFISTOLER. Arranger.

AGACEUR. Boute-en-train,--argot de sport.

AGENOUILLÉE. Femme de mœurs faciles. Le mot, lancé il y a trois ans, n'a point fait fortune. «Pas de coin de rue qui n'ait maintenant sa douzaine d'agenouillées, toutes prêtes, moyennant salaire convenable, à adresser leurs prières à Vénus.» (Evénement, août 1884.)

AGRAFER. Indépendamment du sens de arrêter, consigner, donné par Delvau et ses continuateurs, agrafer signifie aussi prendre, voler. «C'est clair et net, vois-tu, comme les jaunets que tu as négligé d'agrafer cette nuit-là.» (Belot et Dautin: Le Parricide.)

ALLER SE FAIRE LANLAIRE. Se débarrasser d'un importun. L'envoyer promener, «... Votre cœur? Il n'y a que les gens qui n'ont que ça qui le proposent... Ça ne suffit pas... Vous pouvez aller vous faire lanlaire...!» (Huysmans: Les sœurs Vatard.)

ALLER CHEZ FALDÈS. Partager.

ALLUMEUR. Voleur. Les allumeurs ont pour mission de racoler les ouvriers les samedis de paye et de les emmener chez le marchand de vin. Là, ils leur offrent libéralement à boire jusqu'à ce que les malheureux rentrent chez eux complètement ivres. Alors commence le rôle des meneuses et des travailleurs. V. ces mots.--Grec dont les fonctions consistent à mettre une partie en train. «Maintenant les deux allumeurs qui se trouvent mêlés à la partie reçoivent également une subvention.» (Gil Blas, 29 mars 1882.)

ALPHONSISME. Le métier (?) de l'Alphonse. «L'Alphonsisme brutal ne disparaîtra qu'avec la prostitution.» (La Bataille, mai 1882.)

AMAZONE. Grec de race femelle. «Le grec de la classe moyenne, autrement dit le grec nomade,... travaille rarement seul; il s'adjoint des compères appelés comtois et des auxiliaires féminins appelés amazones. (Le Baccarat, 1881.)

AMÉRICAIN. Breuvage qui tient le milieu entre le grog et le punch. «Garçon! un américain!» (Véron, Paris vicieux.)

AMINCI. Elégant, à la mode, dans l'argot boulevardier. L'aminci a été le frère du boudiné; tous deux n'ont fait qu'une courte apparition dans le jargon des précieux.

«De jeunes amincis, à court de distractions, avaient eu l'intention de visser sur un tuyau de gaz... l'annonce en lettres de feu du bal à l'Elysée...» (Echo de Paris, février 1885). «Tous les soirs (dans la baraque d'un lutteur) au milieu d'horizontales de grande marque, au milieu d'amincis en frac et cravate blanche, il y a des luttes épiques.» (Univers illustré, juillet 1884.)

ANGLAIS. Terme de sport. On dit qu'un cheval a de l'anglais lorsque sa conformation se rapproche de celle du cheval anglais de pur sang.

ANGUILLE. Mouchoir roulé en façon de fouet et dont se servent les enfants au jeu de l'anguille.

APÉRITIVE. Femme galante qui est à la grande demi-mondaine ce que la chrysalide est au brillant papillon. Comme son nom l'indique, l'apéritive fréquente d'ordinaire les grands boulevards, les cafés à la mode à la recherche de qui voudra bien lui offrir un rafraîchissement, un apéritif, comme on dit dans la langue boulevardière. «Le bal a été ouvert par une Hongroise superbe, encore à l'état d'apéritive... mais qui ne tardera pas à devenir une des étoiles les plus brillantes du firmament demi-mondain.» (Gil Blas, mai 1887.)

ARAIGNÉE. Vélocipède à deux roues dont l'une, celle de devant, est très grande, et l'autre, celle de derrière, d'un diamètre très petit.

ARAIGNÉE DE TROTTOIR. Boutiquier en plein vent, camelot. «Il (le promeneur) a fait aux araignées de trottoir une rente qui, suivant la position, varie de 10 sous à 10 francs par jour.» (Estafette, 1881.)

ARC-EN-CIEL (FAIRE L'). Argot des Grecs. «J'ai fait l'arc-en-ciel.--Qu'entendez-vous par là?--Je vous ai jeté les cartes très loin, d'une façon négligée avec une sorte de désinvolture. Lancées ainsi, elles ont décrit un cercle et j'ai pu les voir lorsqu'elles sont arrivées à leur point culminant.» (Belot: Le Roi des Grecs.)

ARCHICUBE. Ancien élève de l'Ecole normale. «Monsieur, vous êtes mon archicube et je vous dois le respect. J'explique, pour les profanes, ce terme rébarbatif: vous êtes entré à l'Ecole plus de trois ans avant moi.»

ARRANGEUR. Argot de cercle. Individu qui, lorsqu'un chef de partie ne sait pas séquencer les cartes, les arrange et touche 10, 15 ou 20 % pour sa... collaboration.

ARROSAGE. Action de boire, de s'arroser le gosier.

ARTISTE. Dans le jargon des ouvriers: camarade, compagnon.

ARTISTE. Cadavre exposé à la Morgue. Argot des voyous pour qui la Morgue est, en effet, un théâtre. «La salle d'exposition... est divisée en deux parties par une cloison vitrée derrière laquelle sont rangées... douze dalles destinées à recevoir les cadavres que les affreux gavroches, habitués de ce lugubre théâtre, appellent les artistes. Quand toutes les places sont vides, ils disent qu'on fait relâche.» (Du Boisgobey: Le fils de Monsieur Lecoq.)

ASSEOIR (S') SUR QUELQU'UN. Le faire taire. Asseyez-vous dessus, dit-on en parlant d'un gamin qui crie et gêne ainsi les personnes avec lesquelles il se trouve.--S'asseoir sur quelque chose, n'en pas faire cas. «Tous tes discours, tout's tes promesses d'autrefois, tu t'asseois dessus! » (L'esclave Ivre, no 1.)

ASSESSEUR. Joueur complaisant qui, placé au baccarat à côté du tailleur, paye et encaisse pour le compte de celui-ci.

ASTIQUER. Fourbir, nettoyer, se pomponner.

«C'est qu'on est un peu beau, mon vieux Quand on s'astique.»

(Le Caïd, opéra-bouffon, act. I, sc. X.)

ASTIQUER (S'). Se masturber.

ATOUTS (Le plus d'). Sorte de jeu de filous qui se joue dans les cafés de bas étage.

AVALE-TOUT. Femme qui ne recule devant aucune extrémité.

AVOINE (Donner de l'). Battre, rouer de coups. De la langue des charretiers, l'expression est passée dans celle des souteneurs et des gens sans aveu. «Alphonse ne recule pas à lui donner de l'avoine (à sa maîtresse), c'est-à-dire à lui administrer une volée» (Voltaire, 1882).

AVOIR UN COUP DE MARTEAU. Ne pas jouir de la plénitude de ses facultés.

AVOIR LA CUISSE GAIE. Être de mœurs faciles. «Très gentille avec son petit nez en l'air; je parie qu'elle a la cuisse gaie, hein!» (Vie Parisienne, 1er octobre 1881.)

AVOIR SON VIN AU CROC. Être privé de la ration de vin réglementaire. Argot des matelots. «Aussi lui était-il arrivé souvent d'être privé de sa ration de vin; en terme de marin, d'avoir son vin au croc.» (Patrie, février 1887.)

AVOIR UNE BELLE PRESSE. Être complimenté par tous les journaux. «Madame est en train de lire ses journaux... Madame, à ce qu'il paraît, n'a jamais eu une si belle presse!» (De Goncourt: La Faustin.)

B

BADINGATEUX. Terme de mépris employé par les adversaires du régime impérial pour désigner un partisan de ce régime. «Solde de vestes. On prend mesure; blouses blanches pour braillards, gueulards, badingateux...» (Temps, 1881.)

BAFOUILLAGE. Conversation sans suite, confuse, incohérente. A vrai dire, ce mot rentre plus dans le langage trivial que dans l'argot; toutefois comme les dictionnaires spéciaux ont jusqu'ici enregistré bafouiller et bafouilleur, j'ai pensé que bafouillage avait également droit d'asile. «J'ai entendu nombre de phrases sans suite, d'exclamations vides, de bafouillages incohérents.» (Echo de Paris, mai 1884).

BAFRER. Manger. «C'était une sorte de vivandière qui bâfrait comme un roulier et buvait comme quatre.» (Huysmans: A vau-l'eau.)

BAGNOLLE, mauvaise voiture.

BAGUETTE EST CASSÉE (La). Cette expression a remplacé le Zut au berger. (V. Delvau.)

BAJOTER. Bavarder, jacasser.

BAL. Peloton de punition. Argot militaire.

BALEINE. Femme de mauvaise vie.

BALINSTRIQUER. Argot des malfaiteurs. Tuer, assassiner. «Tu sais, lui avait-il dit, j'ai fait un sale coup, j'ai balinstriqué une femme dans les fortifications. Si jamais tu le dis, c'est ma tête qui est à couper.» (Gazette des Tribunaux, septembre 1884.)

BALLE (Faire). Être à jeun. «Les forçats ne sont pas dégoûtés et quelques taches dans un quart de pain ne sont pas pour faire reculer un fagot de bon appétit et qui fait balle.» (A. Humbert: Mon bagne.)

BALLON. Art de tournoyer en dansant.--Verre de bière.

BALOUSTIQUER. Lever, soulever, arracher. Argot de malfaiteurs.

BALUCHONNEUR. Voleur. Ainsi que son nom l'indique, ce malfaiteur vole de préférence les objets faciles à cacher, les petits paquets, par exemple (en argot baluchon est synonyme de paquet). C'est aussi lui qui travaille aux étalages des magasins et qui pratique parfois le vol dit à la bousculade. «La nuit seulement, un certain nombre de baluchonneurs s'y donnent rendez-vous (dans un cabaret) pour faire l'échange ou la vente du produit de leur vol.» (Nation, juillet 1885.)

BANDISTE. «On appelle ainsi les tâcherons qui sont employés à rédiger les adresses pour circulaires, prospectus, manifestes électoraux.» Soleil, 16 nov. 1888.

BARAQUE. Sorte de jeu en vogue il y a quelque temps, et dans lequel les filous avaient la partie belle. «Le jeu de la baraque se compose d'une planchette de cuivre casée à l'angle d'un billard et percée de 25 petites cuvettes numérotées de 1 à 25. Vous faites une poule à 2, à 5 ou à 20 francs et, si vous avez la chance, pardon! l'adresse de pousser votre bille dans la cuvette cotée le plus haut, c'est vous qui touchez les enjeux. Le baraqueur ne prélève que 10 p. 100 sur le montant de chaque poule. C'est pour rien! Toutefois ce petit impôt me paraît plus dur que le zéro de la roulette.» (Paris-Journal, 1882.)

BARAQUEUR. Joueur de baraque.

BARBE. Répétition. «Une barbe, c'est une répétition de bachot donnée à un aspirant au diplôme. Il s'assied, on le rase, il paye, c'est une barbe!» (Richepin.)

BARBE (Faire sa). Argot théâtral. Gagner de l'argent. «Sa barbe faite, comme on dit en argot théâtral, c'est-à-dire son argent gagné, notre chanteuse s'empresse de quitter le salon.» (Gaulois, 3 octobre 1881.)

BARBE (Femme à). Argot militaire. «Terme sous lequel on désigne une beauté sur le retour généralement unique dans chaque ville de garnison, qu'une étrange et irrésistible passion pour le biscuit militaire laisse sans défense contre les assauts du soldat.» (Ginisty: Manuel du Parfait réserviste.)

BARBIFIER (Se). Se griser. Argot des typographes. V. Delvau au mot Barbe. «Il s'est barbifié hier; il a mal aux cheveux aujourd'hui.» (Typologie-Tucker, juin 1885.)

BARBOTER. Parler sans savoir ce que l'on dit.

BARBOTTAGÉ. Vol. «Le droit au barbottage est absolu.» (A. Humbert: Mon bagne.)

BASSINOIRE. «A Paris, il est de ces hôtels où, pour quelques sous, couchent les maçons, qui s'en vont à leur travail, à l'aube. Eh bien! par les nuits d'hiver, il est de pauvres diables qui attendent, l'onglée aux mains, que ces maçons soient partis pour se glisser, au rabais, dans leurs draps encore chauds. Ils font queue devant le logeur, comme devant un théâtre. Ils battent la semelle en attendant le sommeil. Ils appellent, dans leur argot, les compagnons maçons qui leur cèdent ainsi leur couche, les bassinoires.» (J. Claretie: La Vie à Paris.)

BÂTIR. Terme de couturière; coudre peu solidement avec du fil blanc, du coton à bâtir, une toilette quelconque, de façon à se rendre compte, à l'essayage, des retouches à opérer. «Deuxième séance; essayage des toilettes bâties.» (Gaulois, 1881.)

BÂTONS DE CHAISE (Noce de). Orgie.

BÂTON DE RÉGLISSE. Gardien de la paix. Prêtre.

BÂTON ROMPU. «--Quels gens appelez-vous vieilles cannes?--Les repris de justice.--Et bâtons rompus?--Les surveillés de la haute police en rupture de ban.» (Barron: Paris-Etrange.)

BATTRE LE BEURRE. Mener une conduite déréglée. Argot des voyous.--«Et ta sœur?--Ma sœur? elle bat l'beurre!»

BATTRE A LA PARISIENNE. Voler ou tricher au jeu.

BATTRE SON PLEIN. Être dans tout l'éclat de son talent ou de sa beauté. «Jamais l'artiste de la Renaissance ne fut plus jolie qu'à présent; elle bat son plein.» (Evénement, 1872.)

BAVAROISE. Infusion de thé et de sirop de capillaire.--Bavaroise au chocolat, tasse de chocolat à la crème; bavaroise aux choux, mélange d'absinthe et d'orgeat; bavaroise de cocher, verre de vin.

BAVER DES CLIGNOTS. Pleurer.

BAVEUX. Qui ne sait ce qu'il dit; qui bafouille.

BAZAR. Lycée, pension. «Les jeunes citoyens de l'avenir, vulgo les potaches, ont réintégré avant-hier leurs prisons respectives. Ils se sont acheminés vers le bazar.» (Evénement, 1881.)

BÉCARRE. Cet adjectif qui, il y a trois ans, fit florès dans le monde boulevardier comme synonyme d'élégant, n'est plus guère usité aujourd'hui. «Le parisien, en tant que langue vient de s'enrichir d'un nouveau mot.... Le pschuk qui succédait au chic a fait son temps. C'est le bécarre qui gouverne. On est ou on n'est pas bécarre, comme on était jadis ou l'on n'était pas élégant. Il est bécarre de faire telle chose et non bécarre d'en faire telle autre.... Bécarre, à tout prendre, ne veut rien dire, à moins que le bécarre qui, en musique, remet la note dans son ton naturel, ne signifie que le ton naturel de Paris est ce qui est élégant, agréable, distingué.» (Illustration, novembre 1885.)

BÉGUEULISME. Le mot est de F. Sarcey qui l'a employé pour la première fois dans un de ses feuilletons, en 1869. «C'est, dit-il, dans la vie ordinaire, l'art de s'offenser pour le compte des vertus qu'on n'a pas; en littérature, l'art de jouir avec des goûts qu'on ne sent point; en politique, en religion et en morale, l'art d'affecter des opinions dont on ne croit pas un mot.»

BENEDICAMUS. Enfant de chœur. Terme populaire: «Il s'imaginait naïvement que les vainqueurs ramenaient avec eux M. le curé, les vicaires, l'organiste, les petits benedicamus.» (Figaro, nov. 1885.)

BIBELOT. Argot d'imprimerie. Travaux de peu d'importance; factures, prospectus, têtes de lettre, etc.

BIBELOTEUR. Collectionneur; amateur de bibelots.

BIBELOTIER. Ouvrier imprimeur, spécialement chargé des bibelots.

BIBOIRE. Petit récipient en caoutchouc ou en cuir bouilli en forme de bateau et dont on se sert en voyage ou à la chasse pour boire.

Les écoliers disent coupe-gueule.

BIDARD. Heureux, veinard. Être bidard, avoir de la chance, réussir dans ce que l'on entreprend.

BIÈRE. Boîte aux dominos.

BIGORNIAU. Auvergnat.

BIJOU. Nom donné, par antiphrase, chez les restaurateurs de Paris, à toutes les dessertes des plats et des assiettes; c'est le profit des laveurs de vaisselle.» (Journal des Débats, 1876, cité par Littré.)

BILLARD ANGLAIS (Jouer au). Pratiquer l'onanisme.

BILLE DE BILLARD. Crâne dénudé et, par extension, vieillard. «Ah! mince alors! si les billes de billard se mettent à moucharder la jeunesse!...» (Meilhac et Halévy, Lolotte.)

BILLET DIRECT POUR CHARENTON. Absinthe pure. «L'autre jour, le patron m'a payé un billet direct pour Charenton.» (Gil Blas, 1882.)

BINCE. Couteau (Richepin.)

BISCOP. Casquette.

BISCUIT. Argot de joueurs. Le biscuit est une série de cartes fraudées, bizeautées que le grec a toujours sur lui pour s'en servir quand il juge le moment favorable. On dit: servir, préparer un biscuit.

BLANC D'ESPAGNE. Sous le nom du parti des Blancs d'Espagne, on désigne ainsi, dans le jargon politique et dans le langage de la presse, l'ensemble des légitimistes qui, après la mort du comte de Chambord, se sont ralliés à la cause du fils aîné de don Carlos, don Jayme. A cette dénomination plaisante, mise en circulation par un journaliste toulousain, les Blancs d'Espagne répondirent par cet autre sobriquet à l'adresse de leurs adversaires, partisans du comte de Paris: Blancs d'Eu. «Le parti des Blancs d'Espagne ne sera jamais sérieux.» (Ed. Hervé: Soleil, juillet 1884.) «Mr. E. Veuillot est un Blanc d'Espagne encore un peu honteux de proposer à la France de se soumettre à un étranger.» (Matin, juillet 1884.)

BLAFARDE. La mort.

BLOCKAUS. Chapeau de haute forme.

BLONDE, BRUNE. Verre de bière de couleur brune ou blonde. «Les garçons (de café) libérés avant leurs confrères dépouillent rapidement la veste et le tablier blanc, se mettent en civil comme ils disent, et s'en vont boire des bocks dans les brasseries attardées. Seulement, ils ne sont pas assez naïfs pour donner en s'en allant le pourboire d'usage; ils demanderaient plutôt, quand vient le quart d'heure de Rabelais, une remise sur le prix des brunes et des blondes qu'ils ont absorbées.» (Figaro, 1882.)

BOEUF. Joli, agréable. C'est rien bœuf! dit le peuple.

BOISSONNEUR. Pilier de cabaret. «Que sa sœur lâchât un boissonneur comme Anatole, rien de plus naturel.» (Huysmans: Les Sœurs Vatard.)

BOÎTE. Argot militaire. Salle de police. Coucher à la boîte, boulotter de la boîte: être souvent puni; avoir une tête à boîte: être affligé d'une maladresse qui attire sur vous les préférences de l'instructeur.--Grosse boîte, prison.

BOÎTE A VIOLON. Cercueil, allusion de forme.

BOMBER. Frapper, battre. Argot de souteneur.

«Si tu prends des airs de bégueule, Gare à ta peau... J'te vas bomber.»

BONDE. Maison centrale. «Il a filé deux ou trois berges aux bondes.» (A. Humbert: Mon bagne.)

BON-DIEU. «On m'avait réservé la copie d'un petit état récapitulatif des corvées du jour, dont j'avais à faire une douzaine d'exemplaires. J'en avais pour trois quarts d'heure environ... Cela s appelait des bon-dieu. Je n'ai jamais pu savoir pourquoi.» (A. Humbert: Mon bagne.)

BONNE! Exclamation qu'emploient les enfants dans la plupart de leurs jeux pour signifier à leur adversaire que le coup qu'il vient de jouer compte et ne saurait être annulé. (V. Mauvaise.)

BONNEFORTANCHE. (V. Infra Frangeuse.)

BON PREMIER. Argot de courses. Un cheval arrive bon premier quand il a fourni la course bien avant ses concurrents. Il est bon dernier quand il arrive non seulement le dernier, mais encore avec un retard considérable sur les autres chevaux.

BOOKMAKEUSE. Bookmaker femelle. «La bookmakeuse se rend aux courses en petite charrette anglaise; elle conduit elle-même, et ses commis, d'autres femmes de même tournure, occupent le siège de derrière.» (Figaro, 12 juin 1881.)

BORDEL. Outils, instruments, objet quelconque.

BOSSER. Rire, s'amuser.

BOSTON. Képi, chapeau, coiffure d'homme. «Restait à choisir un képi. Impossible; tous couvraient la tête jusqu'aux épaules et Pompignan dut aller jusqu'à la réserve où parmi les anciens bostons, il en trouva un qui pouvait servir.» (Revue alsacienne, juillet 1887.)

BOUCHE-TROU. Ecolier qui se tient prêt à remplacer un de ses camarades qu'une cause quelconque empêche de prendre part aux concours qui ont lieu entre les lycées. «L'ouverture des boîtes du grand concours réserve, parfois, des surprises étranges, comme par exemple, celle du bouche-trou remportant le prix d'honneur.» (Télégraphe, août 1885.)

BOUCHER LA LUMIÈRE. Donner un coup de pied dans le derrière.

BOUCHON. Bouteille de vin cacheté. (Richepin.)

BOUDINÉ. Une des dernières incarnations du gommeux. Le mot est de Richepin. «Voici que les ex-lions, les anciens dandys, les feus crevés, les ci-devant gommeux prétendent au nom élégant de boudinés. Ce vocable leur paraît rendre d'une façon imagée l'étroitesse de leur costume; il répond... à cet ensemble de tenue qui leur donne l'air de boudins montés sur pattes. (Siècle, 1883.) Encore un mot qui n'a eu qu'une existence bien éphémère.

BOUGIE. Argent.

BOUILLONNEUSE. Femme qui, dans certains restaurants, est spécialement préposée à la confection des potages.

BOULE DE C... Argot militaire. Idiot.

BOULEAU, BUCHE. (V. Delvau: Bucherie).

BOULEVARDER. Fréquenter les boulevards. «Il y a des gens à qui la science vient en boulevardant.» (Cherbuliez: Revue des Deux Mondes, 15 janvier 1876, cité par Littré.)

BOULOTTE. Grosse petite femme, bien en chair.

«C'est eun'boulotte, une chic artisse Qui vous a d'la réponse, mon vieux!»

(L'entr'acte à Montparnasse.)

BOUM (Faire). Copuler. «Il n'ignorait certainement pas comment se pratique cette agréable chose que les petites ouvrières appellent: faire boum!» (Huysmans: Sœurs Vatard.)

BOURDE. Mensonge, faute grossière. «On te dit... que t'es venu coller des bourdes aux pauvres bougres.» (L'Esclave ivre, no 1.)

BOURRER UNE (En). Fumer une pipe. «Après déjeuner, M. Cherbuliez revient à son cabinet, et,--détail naturaliste,--allume une pipe; en bourre une, dirait Zola.» (Evénement, 1882.)

BOUT. Congé, renvoi.

BOUT-DE-CIGARE. Homme de petite taille. Argot militaire.

BOUTEILLE. V. CASSER SA BOUTEILLE.

BOUTONNER. Terme de salle d'armes; toucher à coups de fleuret.

BRACONNER. Argot de cercle. Tricher, voler au jeu.

BRIDAUKIL. Chaîne d'or.

BRIDER. Interdire, défendre. Argot des marchands forains. «Il m'a expliqué le fonctionnement de son jeu de courses, un divertissement qui, après avoir été bridé, vient d'être débridé depuis qu'on a constaté l'impossibilité d'arnaquer.» (Temps, avril 1887.)

BRIFFE. Pain. (Richepin.)

BRINDE. Femme grande et déhanchée. «Tenez, là à gauche, regardez cette grande brinde qui s'étale, avec son nez si retroussé qu'on lui voit la cervelle.» (Chavette.)

BRISURE. Escroquerie.

BRODAGE. Ecriture.

BRODEUR. Escroc, faussaire. Argot des voleurs. Au sens d'écrivain public qu'ont donné à ce mot brodeur Delvau et ses continuateurs, il convient d'ajouter celui d'escroc et de faussaire. «Dans le langage spécial de la haute pègre, on désigne sous le nom de brodeurs les individus qui, moyennant une jolie pièce de vingt à quarante sous signent des valeurs de complaisance lancées dans la circulation et qui, naturellement, ne sont jamais payées.» (Figaro, octobre 1885.)

BRODEUR. Prêteur d'un cercle qui vous donne 10,000 francs et vous en réclame 12,000 à l'aide d'un bon, en vous soutenant effrontément qu'il vous a prêté 12,000 francs et non 10,000 francs. Vous êtes encore son obligé.

BROUILLARD (Faire du). Fumer. «Il n'était pas de semaine que quelques-uns ne se fissent prendre et ne payassent chèrement le court plaisir qu'ils avaient goûté à faire du brouillard.» (A. Humbert: Mon bagne.)

BRULANT. Foyer, feu. (Richepin.)

BRUTION. Élève du Prytanée militaire de La Flèche. (V. l'article suivant.)

BRUTIUM. Le Prytanée militaire de La Flèche. «Tout le monde connaît le Prytanée militaire de La Flèche; la règle y est grave et la discipline aussi sévère qu'au régiment même. Les classiques d'il y a cinquante ans imaginèrent que c'était là une éducation à la Brutus, d'où le terme Brutium pour caractériser l'école, d'où celui de Brutions pour qualifier les privilégiés soumis à cette éducation.» (Le Siècle, 1880.)

BUS. Omnibus. Mot très usité à Paris chez le peuple qui, par une anomalie étrange, fait bus du masculin et omnibus du féminin. Prendre le bus, monter en bus sont des expressions qu'on entend journellement. «--J'prends un sapin!--T'es rien tourte, Gugusse! J'ter trente-cinq ronds à c'te tête de faïence, quand pour trois jacques en bus t'en vois la farce!» (Le Monde comique, 1883.)

Page 1