VI
Il me reste à parler de cette seconde édition, qui est une véritable nouvelle édition, puisqu'elle a été refondue d'un bout à l'autre et réimprimée en caractères elzéviriens. Aucun des mots de la première ne manque à celle-ci, qui est en outre enrichie d'environ _deux mille cinq cents_ expressions soit du cant, soit du slang, soit de la langue _populacière_, toutes si dédaigneusement mises à la porte par le _Dictionnaire de l'Académie_, qui semble ne pas savoir qu'Horace a écrit il y a dix-neuf cents ans:
_Ut silæ foliis pronos mutantur in annos, Prima cadunt; tita verborum vetus interit ætas Et juvenum ritu florent modo nata vigentque._
Vous entendez, messieurs les Quarante? Il en est des mots comme des feuilles des arbres à l'automne, ce sont les premières venues qui sont les premières parties: de même périt le vieil âge des mots, et d'autres mots, nés tout à l'heure, fleurissent et s'épanouissent maintenant à la manière des jeunes gens. Ne balayez pas les vieux, mais faites place aux jeunes, aux valides, aux vigoureux.
Si le _Dictionnaire de l'Académie_ est incorrigible, je ne le suis pas, et quand j'ai des torts, j'en conviens de bonne grâce; quand j'ai péché, je me frappe de bonne foi la poitrine--en me demandant pardon de mes imperfections et en me promettant bien d'en diminuer le nombre, sans espérer de les extirper toutes. J'ai donc émendé de mon mieux le texte de la première édition, ainsi qu'en pourront juger les lecteurs; mais cette émendation devait avoir des bornes,--et elle en a eu. Malgré les prières de mon éditeur, qui, par excès de délicatesse, voulait enlever à celui-ci ou à celui-là de mes devanciers encore vivants tout prétexte à récrimination et à reproches de plagiat, même aux moins fondés, j'ai cru de mon devoir et de mon droit de conserver intactes des définitions dont je répondais, que je savais être miennes, malgré leur ressemblance avec celles de mon voisin. Ressemblance forcée, fatale, _nécessaire_ même, tous les gens de bonne foi n'hésiteront pas à le reconnaître. Je ne voudrais pas avoir l'air de m'abriter derrière la spirituelle et très juste définition de Charles Nodier: _Les dictionnaires sont des plagiats par ordre alphabétique_; mais enfin il est tout simple qu'ayant à définir une expression bizarre--par exemple _appeler Azor_, le premier venu écrive comme moi: «Siffler un acteur comme on siffle un chien.» On n'a pas de brevet d'invention à prendre pour cette phrase qui traîne sur toutes les lèvres. _Appeler Azor_ signifiant pour tout le monde siffler un acteur, _Azor_ étant pour tout le monde le synonyme de chien, comment s'y prendre pour ne pas dire: «Siffler un acteur comme on siffle un chien?» Je ne vois qu'un moyen, mais il est héroïque--de ridicule: c'est d'imiter le fameux _Marquise, vos beaux yeux me font mourir d'amour,--D'amour, marquise, vos beaux yeux me font mourir,--Me font, marquise, vos beaux yeux mourir d'amour,--Mourir vos beaux yeux me font d'amour, marquise_,--et ainsi de suite jusqu'au jugement dernier. Oui, plus j'y réfléchis, plus je ne vois que ce moyen: on m'excusera, je pense, de ne pas l'avoir employé.
Je glisse--de peur d'appuyer.
On remarquera que dans cette nouvelle édition, plus encore que dans la précédente, je me suis plu à rétablir l'orthographe réelle de vocables que les puristes déclarent être «du patois de Pipelets». (Voy. Albert Hétrel, _Code orthographique_.) J'en ai mis beaucoup, je regrette de n'en avoir pas mis davantage, afin de confondre les ennemis de la bonne langue, la vieille, et les admirateurs du petit français que l'on parle à présent. Les puristes du sérail veulent qu'on dise _chirurgien_, _chercher_, _brebis_, etc. Je le veux comme eux. Mais ils ricanent lorsqu'ils entendent prononcer _cercher_, _berbis_, _serurgien_, et leurs ricanements me font sourire: la pelle se moque du fourgon,--la pelle a tort.
On m'a reproché d'avoir introduit dans la précédente édition un certain nombre de mots anglais: je réponds en en introduisant un plus grand nombre encore dans cette nouvelle édition. L'anglomanie fait des progrès chez nous, peuple simiesque; nous avons tous les mots nécessaires pour représenter nos idées; mais, par genre, nous habillons ces idées avec des mots de fabrique étrangère: au lieu de dire _chien courant_ comme leurs pères,--de rudes chasseurs, pourtant!--nos sportsmen disent, les uns _buck-hound_, les autres _boarhound_. _Buck-hound_, c'est bien du pur anglais de l'autre côté du détroit; mais, de ce côté-ci, c'est de la langue verte.
Cela dit--avec tout le respect que je dois aux gens à qui je le dis--j'arrive au finale de cette trop longue improvisation. C'est la partie la plus douce de ma tâche d'aujourd'hui, puisqu'il s'agit de remercier hautement ceux de mes confrères qui ont bien voulu jouer le rôle de tibicinateurs en faveur du _Dictionnaire de la langue verte_ et les personnes connues ou inconnues qui ont bien voulu répondre à l'appel que je leur avais fait en me signalant les omissions et les attributions erronées de la première édition. Je remercie donc bien sincèrement ici MM. Jules Noriac, Léo Lespès, Alphonse Duchesne, A. Ranc, Balathier de Bragelonne, Jules Claretie, A. de Fonvielle, Gustave Bourdin, le docteur Stéphen Le Paulmier, Léon Renard, Henri Delaage, Eugène Mathieu, Coffineau, Alexandre Pothey, Jules Choux--et tous ceux que ma plume sans mémoire oublie de citer. Jules Choux, un chansonnier parisien d'un accent original et qui connaît encore mieux que moi les dessous ténébreux de notre chère ville natale, m'a apporté, à lui seul, une plantureuse moisson que je n'ai eu que la peine d'engranger. Les soins que j'ai apportés à cette seconde édition témoigneront mieux que des paroles de toute ma gratitude pour les encouragements que j'ai reçus de toutes parts: elle est moins défectueuse que la première, et la prochaine sera encore un peu plus digne d'intérêt que celle-ci, les livres du genre du _Dictionnaire de la langue verte_ devant forcément se corriger et se compléter dans des éditions successives. Quand il en sera à sa dixième, j'ose espérer que depuis longtemps on aura fait une croix--sur ma tombe!
ALFRED DELVAU.
DICTIONNAIRE
DE LA
LANGUE VERTE
A
ABADIE, s. f. Foule,--dans l'argot des voleurs, qui l'appellent ainsi, avec mépris, parce qu'ils ont remarqué qu'elle se compose de _badauds_, de gens qui _ouvrent_ les yeux, la bouche et les oreilles d'une façon démesurée.
ABAJOUES, s. f. pl. La face,--dans l'argot du peuple.
Il n'est pas de mots que les hommes n'aient inventés pour se prouver le mutuel mépris dans lequel ils se tiennent. Un des premiers de ce dictionnaire est une injure, puisque jusqu'ici l'_abajoue_ signifiait soit le sac que certains animaux ont dans la bouche, soit la partie latérale d'une tête de veau ou d'un groin de cochon. Nous sommes loin de l'_os sublime dedit_. Mais nous en verrons bien d'autres.
ABALOURDIR, v. a. Rendre _balourd_, niais, emprunté.
ABAT-FAIM, s. m. Plat de résistance,--gigot ou roastbeef plantureux.
ABATIS, s. m. pl. Le pied et la main,--l'homme étant considéré par l'homme, son frère, comme une volaille.
_Avoir les abatis canailles._ Avoir les extrémités massives, grosses mains et larges pieds, qui témoignent éloquemment d'une origine plébéienne.
ABAT-RELUIT, s. m. Abat-jour à l'usage des vieillards. Argot des voleurs.
ABATTOIR, s. m. Le cachot des condamnés à mort, à la Roquette,--d'où ils ne sortent que pour être _abattus_ devant la porte de ce Newgate parisien.
ABATTRE (En). Travailler beaucoup,--dans l'argot des ouvriers et des gens de lettres.
ABBAYE, s. f. Four,--dans l'argot des rôdeurs de nuit qui, il y a une quinzaine d'années, se domiciliaient encore volontiers dans les fours à plâtre des buttes Chaumont, où ils chantaient matines avant l'arrivée des ouvriers chaufourniers.
_Abbaye ruffante._ Four chaud,--de _rufare_, roussir.
ABBAYE DE MONTE-A-REGRET, s. f. L'échafaud,--dans l'argot des voleurs, qui se font trop facilement moines de cette Abbaye que la Révolution a oublié de raser.
ABBAYE DES S'OFFRE-A-TOUS, s. f. Maison conventuelle où sont enfermées volontairement de jolies filles qui ne pourraient jouer le rôle de vestales que dans l'opéra de Spontini.
Cette expression, qui sort du _Romancero_, est toujours employée par le peuple.
ABCÈS, s. m. Homme au visage boursouflé, au nez à bubelettes, sur lequel il semble qu'on n'oserait pas donner un coup de poing,--de peur d'une éruption purulente.
On a dit cela de Mirabeau, et on le dit tous les jours des gens dont le visage ressemble comme le sien à une tumeur.
ABÉLARDISER, v. a. Mutiler un homme comme fut mutilé par le chanoine Fulbert le savant amant de la malheureuse Héloïse.
C'est un mot du XIIIe siècle, que quelques écrivains modernes s'imaginent avoir fabriqué; on l'écrivait alors _abaylarder_,--avec la même signification, bien entendu.
ABÉQUER, v. a. Nourrir quelqu'un, lui donner la _béquée_,--dans l'argot du peuple, qui prend l'homme pour un oiseau.
ABÉQUEUSE, s. f. Nourrice ou maîtresse d'hôtel.
ABIGOTIR (S'). v. réfl. Devenir _bigot_, hanter assidûment les églises après avoir hanté non moins assidûment d'autres endroits,--moins respectables.
Le mot a trois ou quatre cents ans de noblesse.
ABLOQUER ou ABLOQUIR, v. n. Acheter,--dans l'argot des voleurs, qui n'achètent cependant presque jamais, excepté en _bloc_, à l'étalage des marchands.
ABOMINER, v. a. Avoir de l'aversion pour quelque chose et de l'antipathie pour quelqu'un,--ce que dit clairement l'étymologie de ce mot: _ab_, hors de, et _omen_, d'_omentum_, estomac.
Expression du vieux français et des jeunes Parisiens.
ABONNÉ AU GUIGNON (Être). Être poursuivi avec trop de régularité par la déveine. Argot des faubouriens.
ABOULER, v. a. Donner, remettre à quelqu'un. Argot des voyous.
Signifie encore Venir, Arriver sans délai, précipitamment, comme une _boule_.
ABOYEUR, s. m. Crieur public ou particulier qui se tient dans les marchés ou à la porte des théâtres forains.
ABRACADABRA, adv. D'une manière bizarre, décousue, folle,--dans l'argot du peuple, qui a conservé ce mot du moyen âge en oubliant à quelle superstition il se rattache. Les gens qui avaient foi alors dans les vertus magiques de ce mot l'écrivaient en triangle sur un morceau de papier carré, qu'ils pliaient de manière à cacher l'écriture; puis, ayant piqué ce papier en croix, ils le suspendaient à leur cou en guise d'amulette, et le portaient pendant huit jours, au bout desquels ils le jetaient derrière eux, dans la rivière, sans oser l'ouvrir. Le charme qu'on attachait à ce petit papier opérait alors,--ou n'opérait pas.
_Faire une chose abracadabra._ Sans méthode, sans réflexion.
ABRACADABRANT, E, adj. Etonnant, extraordinaire, merveilleux, _épatant_,--dans l'argot des gens de lettres, qui ont emprunté cette expression à _l'abracadabra_ du Romantisme.
«Satan vous verra. De vos mains grossières, Parmi des poussières, Ecrivez, sorcières, _Abracadabra_!»
dit Victor Hugo dans la pièce des _Odes et Ballades_ intitulée le Sabbat.
Cet _abracadabra_ était en effet assez singulier, et je comprends qu'on l'ait raillé en en faisant un adjectif,--sans se douter que depuis longtemps le peuple en avait fait un adverbe.
ABREUVOIR, s. m. Cabaret,--d'où l'on sort plus altéré qu'on n'y est entré.
D'où l'expression proverbiale: _Un bon cheval va bien tout seul à l'abreuvoir_, pour dire: Un ivrogne n'a pas besoin d'y être invité pour aller au cabaret.
ABRUTI, s. m. Élève assidu, acharné à l'étude,--dans l'argot des Polytechniciens, dont la plupart sont encore trop jeunes pour ne pas être un peu fous.
ABS, s. m. Apocope d'_Absinthe_, créée il y a quelques années par Guichardet, et aujourd'hui d'un emploi général.
Les apocopes vont se multiplier dans ce Dictionnaire. On en trouvera à chaque page, presque à chaque ligne: _abs_, _achar_, _autor_, _aristo_, _eff_, _délass-com_, _démoc_, _poche_, _imper_, _rup_, _soc_, _liquid_, _bac_, _aff_, _Saint-Laz_, etc., etc., etc. Il semble, en effet, que les générations modernes soient pressées de vivre qu'elles n'aient pas le temps de prononcer les mots entiers.
ABSINTHAGE, s. m. Action de boire l'absinthe, ou de la _faire_.
ABSINTHE (Faire son). Verser de l'eau sur l'absinthe, afin de la précipiter et de développer en elle cette odeur qui grise tant de cerveaux aujourd'hui.
Signifie aussi Cracher en parlant. On a dit à propos d'un homme de lettres connu par son bavardage et ses postillons: «X... demande son absinthe, on la lui apporte, il parle art ou politique pendant un quart d'heure,--et son absinthe est faite.»
ABSINTHE (Heure de l'). Le moment de la journée où les Parisiens boivent de l'absinthe dans les cafés et chez les liquoristes. C'est de quatre à six heures.
ABSINTHER (S'), v. réfl. S'adonner à l'absinthe, faire sa boisson favorite de ce poison.
ABSINTHEUR, s. m. Buveur d'absinthe.
ABSINTHIER, s. m. Débitant d'absinthe, c'est-à-dire de poison.
ABSORBER, v. n. et a. Manger ou boire abondamment.
ABSORPTION, s. f. Cérémonie annuelle qui a lieu à l'Ecole polytechnique, et «qui a été imaginée, dit Emile de la Bédollière, pour dépayser les nouveaux, les initier aux habitudes de l'Ecole, les accoutumer au tutoiement».
Le nom a été donné à cette fête de réception, parce qu'elle précède ordinairement l'_absorption_ réelle qui se fait dans un restaurant du Palais-Royal, aux dépens des _taupins_ admis.
ACABIT DE LA BÊTE, s. m. Bonne ou mauvaise qualité d'une chose ou d'une personne. Argot du peuple.
_Être de bon acabit._ Avoir un excellent caractère, ou jouir d'une excellente santé.
ACAGNARDER (S'), v. réfl. Se plaire dans la solitude, vivre dans son _coin_, comme un vieux _chien_ las d'aboyer à la lune et de courir après les nuages,--ce gibier que nous poursuivons tous sans pouvoir même en jouir comme Ixion.
J'ai souligné à dessein _coin_ et _chien_: c'est la double étymologie de ce verbe, que n'osent pas employer les gens du bel air, quoiqu'il ait eu l'honneur de monter dans les carrosses du roi Henri IV. (V. les lettres de ce prince.) _S'acagnarder_ vient en effet du latin _canis_, chien, ou du vieux français _cagnard_, lieu retiré, solitaire,--coin.
On dit aussi _s'acagnarder dans un fauteuil_.
ACALIFOURCHONNER (S'), v. réfl. Se mettre à califourchon sur n'importe quoi,--dans l'argot du peuple, qui parle comme Cyrano de Bergerac écrivait.
ACCENTUER SES GESTES, v. a. Donner un soufflet ou un coup de poing,--ce qui est une manière de se prononcer suivant les règles de l'accent tonique.
ACCESSOIRES, s. m. pl. Matériel servant à meubler la scène; tous les objets dont l'usage est nécessaire à l'action d'une pièce de théâtre, depuis la berline jusqu'à _la croix de ma mère_.
Les acteurs emploient volontiers ce mot dans un sens péjoratif et comme point de comparaison. Ainsi, du _vin d'accessoires_, un _poulet d'accessoires_, etc., sont du mauvais vin, un poulet artificiel, etc.
ACCOLADE, s. f. C'était jadis un baiser que recevait sur la joue gauche l'homme qu'on ordonnait chevalier; c'est aujourd'hui un soufflet que peut recevoir tout le monde sur n'importe quelle joue.
ACCOMMODER QUELQU'UN A LA SAUCE PIQUANTE, v. a. Se moquer de lui,--et même se livrer sur sa personne à des voies de fait désagréables.
ACCOMMODER QUELQU'UN AU BEURRE NOIR, v. a. Lui pocher les yeux à coups de poing.
ACCORDÉON, s. m. Chapeau Gibus,--dans l'argot des faubouriens, par allusion au soufflet placé à l'intérieur de ce chapeau.
Se dit aussi d'un chapeau ordinaire sur lequel on s'est assis par mégarde.
ACCOUCHER, v. n. Avouer,--dans l'argot du peuple.
_Accoucher de quelque chose._ Divulguer un secret; faire paraître un livre; prendre un parti.
ACCOUFFLER (S'). v. réfl. S'accroupir, s'asseoir sur les talons,--dans l'argot du peuple, qui a emprunté ce mot aux patois du Centre, où l'on appelle _couffles_ des balles de coton, sièges improvisés.
On dit aussi _s'accrouer_.
ACCROCHE-COEURS, s. m. pl. Petites mèches de cheveux bouclées que les femmes fixent sur chaque tempe avec de la bandoline, pour donner du piquant à leur physionomie.
Les faubouriens donnent le même nom à leurs favoris,--selon eux irrésistibles sur le beau sexe, comme les favoris temporaux du beau sexe sont irrésistibles sur nous.
ACCROCHER, v. a. Engager quelque chose au mont-de-piété. Argot des faubouriens.
A CHAILLOT! Exclamation populaire, passée dans l'argot des drôlesses de Breda-Street, et par laquelle on se débarrasse de quelqu'un qui gêne.
ACHETOIRES, s. m. pl. Argent,--dans le même argot.
Maurice Alhoy trouvait le mot trivial. Il est au contraire charmant et bien construit. Montaigne n'a-t-il pas écrit: «Je n'ai pas de gardoire»? Garder, _gardoire_; acheter, _achetoires_.
ACOEURER, v. a. Accommoder, arranger de bon _cœur_. Argot des voleurs.
ACRÉE ou ACRIE, s. f. Méfiance, cousine germaine de l'_acrimonie_. Même argot.
_Acrée donc!_ Cette interjection, qui signifie «Tais-toi!» se jette à voix basse pour avertir qu'un nouvel arrivant est ou peut être suspect. On dit aussi _Nibé donc!_
ACTEUR-GUITARE, s. m. Acteur qui ne varie pas assez ses effets et n'obtient d'applaudissements que dans certains rôles larmoyants, par exemple Bouffé et Mme Rose Chéri. Argot des coulisses.
ACTIONNAIRE, s. m. Homme crédule et simple, qui s'imagine que tout ce qu'on lui raconte est arrivé, que toutes les offres qu'on lui a faites sont sincères, etc. Argot des gens de lettres.
ADDITION, s. f. Ce que nos pères appelaient la _carte à payer_, ce que les paysans appellent le _compte_, et les savants en goguettes le _quantum_.
ADJECTIVER QUELQU'UN, v. a. Lui adresser des injures, qui ne peuvent être en effet que des adjectifs.
ADROIT DU COUDE, adj. m. Qui a plus l'habitude de boire que celle de travailler. Argot du peuple.
AFF, s. f. pl. Apocope d'_Affaires_,--dans l'argot des petites dames.
AFFAIRE, s. f. Vol à commettre. Argot des prisons.
AFFAIRE (Avoir son). Avoir son compte, soit dans un duel, soit dans un souper,--être presque tué ou presque gris. Argot du peuple.
AFFAIRE JUTEUSE, s. f. D'un bon rapport. Argot des Mercadets.
AFFAIRES, s. f. pl. Se dit de l'indisposition _menstruelle_ des femmes. Argot des bourgeois.
AFFALER (S'). Tomber,--dans l'argot du peuple.
AFFE, s. f. La vie,--dans l'argot des voleurs, qui me font l'effet d'avoir à dessein confondu avec _affres_, leur existence étant un perpétuel effroi de la justice et des gendarmes.
_Eau d'affe_, Eau-de-vie.
AFFOLER, v. a. Accabler de coups, blesser, endommager,--dans l'argot du peuple, fidèle à l'étymologie (_à_ et _fouler_) et à la tradition: «Vous nous affolerez de coups, monsieur, cela est sûr,» dit Rabelais.
«..... Ce qui me console, C'est que la pauvreté comme moi les affole,»
dit Mathurin Regnier.
AFFOURCHER SUR SES ANCRES (S'), v. réfl. Prendre du repos; se retirer du service. Argot des marins.
AFFRANCHI, s. et adj. Corrompu, qui a cessé d'être honnête. Argot des voleurs.
AFFRANCHIR, v. a. Initier un homme aux mystères du métier de voleur, faire d'un voyou un grinche.
AFFRANCHIR, v. a. Châtrer,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi _Couper_.
AFFRANCHISSEUR, s. m. Homme qui rend hongres les animaux entiers.
On dit aussi _Coupeur_.
AFFRES, s. m. pl. Reproches,--dans l'argot du peuple.
L'expression se trouve dans Restif de la Bretonne.
AFFUR, s. m. Profit,--dans l'argot des voleurs.
Le mot vient en ligne droite de _ad furem_ (même signification), qui vient lui-même du _fur_ (voleur de nuit), de Cicéron.
AFFURER, v. a. Tromper, faire un profit illicite.
AFFUT (D'). Rusé, malin, habile. Argot du peuple.
On dit aussi _homme d'affût_.
AFFÛTER, v. a. Tromper quelqu'un, le surprendre. Argot des voleurs.
AFFUTER SES PINCETTES. Courir, ou seulement marcher. Argot des faubouriens.
AFFUTIAUX, s. m. pl. Bagatelles, brimborions quelconques,--dans l'argot des ouvriers, qui ont emprunté cette expression au patois des paysans.
AGATE, s. f. Faïence quelconque,--dans l'argot des voleurs.
AGATER, v. n. Recevoir des coups, être pris,--_étrenner_ de n'importe quelle façon. Argot des faubouriens.
AGOBILLE, s. f. Outil,--dans l'argot des voleurs.
AGONIR, v. n. Accabler d'injures et de sottises. Argot des bourgeois et du peuple.
Ne serait-ce pas une corruption d'_abonir_, faire honte, un vieux verbe français encore employé en Normandie ainsi qu'_agonir_.
On dit aussi _Agoniser_.
AGOUA, s. f. Eau,--dans l'argot des canotiers, qui parlent espagnol (_agua_) on ne sait pas pourquoi.
AGRAFER, v. a. Arrêter, consigner. Argot des soldats et du peuple.
_Se faire agrafer._ Se laisser prendre.
AGRIPPER, v. a. Prendre à l'improviste, subitement. Argot du peuple.
Signifie aussi filouter, dérober adroitement.
_Agripper_ (S'). Se prendre aux cheveux avec quelqu'un.
AHURI DE CHAILLOT, s. m. Imbécile, homme un peu _braque_. Argot des faubouriens.
(V. _A Chaillot!_)
AÏ, s. m. Vin de Champagne,--dans l'argot des vaudevillistes de la Restauration.
AIDE-CARGOT, s. m. Aide de cuisine,--dans l'argot des troupiers, par corruption d'_aide-gargot_.
AIE-AIE, s. m. Omnibus,--dans l'argot des faubouriens.
AIGLEFIN, s. m. Chevalier d'industrie, escroc du grand et du petit monde, vivant aux dépens de quiconque l'écoute.
C'est à dessein que je donne cette orthographe, qui est aussi véritable,--c'est-à-dire aussi problématique,--que l'orthographe officielle, _aigrefin_. Le peuple prononce le nom comme je l'écris: est-ce par euphonie, est-ce par tradition? je l'ignore, et les savants n'en savent pas plus que moi là-dessus «_Aigre faim_, faim très vive (homme affamé)», dit Littré. Sans doute, mais il y a eu jadis une monnaie dite _aiglefin_, et les escrocs ne sont pas moins affamés d'argent que d'autre chose.
AIGUILLE, s. f. Clé,--dans l'argot des voleurs.
AILE, s. f. Bras,--dans l'argot des faubouriens, l'homme étant considéré par eux comme une oie.
On dit aussi _Aileron_.
AIMANT, s. m. Embarras, manières, _épate_. Même argot.
_Faire de l'aimant._ Faire des embarras, protester hypocritement de son amitié pour quelqu'un, afin de l'_attirer_ à soi.
AIMER A CRÉDIT, s. a. Être l'amant de cœur d'une femme entretenue,--dans l'argot de Breda-Street, où cependant,
«Tout en chantant Schubert et Webre, On en vient à réaliser L'application de l'algèbre A l'amour, à l'âme, au baiser.»
On dit aussi _Aimer à l'œil_.
AIMER QUELQU'UN COMME SES PETITS BOYAUX, v. a. l'aimer extrêmement.--Argot du peuple.
On dit aussi _Aimer quelqu'un comme la prunelle de ses yeux_.
A LA CLÉ. Façon de parler explétive des comédiens, qui entendent fréquemment leur chef d'orchestre leur dire: «Il y a trois dièzes ou trois bémols à la clé,» et qui ont retenu l'expression sans en comprendre le sens exact. Ainsi: _Il y a des femmes_, ou _des côtelettes à la clé_, signifie simplement: Il y a des femmes,--ou des côtelettes.
ALARMISTE, s. m. Chien de garde. Argot des voleurs.
ALÈNES, s. f. pl. Outils de voleur, en général,--sans doute à cause de leur forme subulée.
ALENTOIR, adv. Aux environs, _alentour_. Argot des voleurs.
ALIGNER, v. n. Mettre le couvert,--dans l'argot des francs-maçons.
ALIGNER (S'). Se battre en duel,--dans l'argot des troupiers.
ALLER (S'en). Vieillir,--dans l'argot de Breda-Street, où l'on s'en va aussi vite que les roses.
ALLER A LA CHASSE AVEC UN FUSIL DE TOILE, v. n. Mendier, porter la besace. Argot du peuple.
ALLER A LA COUR DES AIDES. Se dit d'une femme qui trompe son mari en faveur d'un ou de plusieurs amants.
L'expression date de l'_Histoire comique de Francion_.
ALLER A L'ARCHE, v. n. Aller chercher de l'argent. Argot des voyous.
ALLER A LA RETAPE, v. n. Attendre quelqu'un sur une route pour l'assassiner. Argot des prisons.
ALLER A L'ASTIC. Astiquer son fourniment. Argot des soldats.
ALLER A NIORT, v. a. _Nier_,--dans l'argot des voleurs, qui semblent avoir lu les _Contes d'Eutrapel_.
ALLER A SES AFFAIRES. Ce que les Hébreux appellent _hesich raglaw_, les Anglais _to shit_, les Espagnols _cagar_, les Flamands _schijten_, les Italiens _cacare_, et les Grecs [grec: chezein].
«Autrefois, chez le roi, on appelait chaise d'affaires, la chaise percée, et brevet d'affaires le privilège d'entrer dans le lieu où le roi est sur sa chaise d'affaires.»
ALLER AU CARREAU, v. n. Aller pour se faire engager,--dans l'argot des musiciens de barrières, qui chaque dimanche ont l'habitude de se réunir sur le trottoir de la rue du Petit-Carreau, où les chefs d'orchestre savent les rencontrer.
ALLER AU PERSIL. Sortir pendant le jour, aller se promener,--dans l'argot des filles libres, qui, à leur costume de grisettes d'opéra-comique, ajoutent l'indispensable petit panier pour avoir l'air d'acheter... rien du tout, le persil se donnant pour rien chez les fruitières, mais en réalité pour se faire suivre par les flâneurs amoureux.
On dit également: _Cueillir du persil_ et _Persiller_.
ALLER AU POT. Prendre dans des dominos restants. Argot des joueurs.
On dit aussi _Fouiller au pot_.
ALLER AU SAFRAN, v. n. Manger son bien,--dans l'argot des bourgeois qui disent cela depuis longtemps.
ALLER AU TROT, v. n. Se dit--dans l'argot des faubouriens--d'une fille en toilette de combat qui va «faire le boulevard».
ALLER AU VICE. Hanter les mauvais lieux,--dans l'argot des bourgeois.
ALLER AUX PRUNEAUX. Plaisanterie qu'on fait à l'hôpital, à tout nouveau venu qui paraît un peu naïf; elle consiste à l'engager à aller demander son dessert dans une salle voisine, à tels ou tels malades qu'on désigne. Celui qui a l'imprudence d'aller aux pruneaux est alors accueilli à coups de traversin, comme l'innocent qui va le 1er avril chez l'épicier chercher de l'huile de cotrets est accueilli à coups de balai.
ALLER DE SA LARME (Y). Ne pas craindre de se montrer ému, au théâtre ou dans la vie, à propos d'un événement touchant, réel ou fictif. Argot des gens de lettres et des faubouriens.
ALLER EN RABATTANT. Vieillir, sentir ses forces s'épuiser. Argot du peuple.
ALLER FAIRE FAIRE (S'). Expression injurieuse--de l'argot des bourgeois par laquelle on se débarrasse de quelqu'un qui vous gêne ou vous ennuie. Le second verbe _faire_ en remplace un autre qui est tantôt _paître_, tantôt un autre plus énergique.
ALLER OÙ LE ROI VA A PIED. V. Aller à ses affaires dans l'argot du peuple.
C'est précisément pour y avoir été que Henri III fut blessé mortellement par Jacques Clément, qui le frappa sur sa chaise d'affaires.
ALLER QUE D'UNE FESSE (N'). Se dit--dans le même argot--de quelqu'un qui n'est pas très bien portant, ou de quelque affaire qui ne marche pas à souhait de celui qui l'a entreprise.
C'est l'ancienne expression, plus noble: _N'aller que d'une aile_.
ALLER SON PETIT BONHOMME DE CHEMIN. Aller doucement; se conduire prudemment--pour aller longtemps.
ALLER SUR UNE JAMBE (Ne pas s'en). Boire un second verre ou une seconde bouteille,--dans l'argot des ouvriers, qui ont une manière à eux de marcher et de faire marcher les gens.
ALLER VOIR DÉFILER LES DRAGONS. Dîner par cœur, c'est-à-dire ne pas dîner du tout,--dans l'argot du peuple, qui se rappelle le temps où, ne pouvant repaître son ventre, il allait repaître ses yeux, sous la République, des hussards de la guillotine, et sous l'Empire des dragons de l'Impératrice. Qui admire, dîne!
ALLER VOIR MORICAUD, v. n. Aller au Dispensaire,--dans l'argot des filles, qui disent cela depuis une vingtaine d'années, par allusion au nom de M. _Marécot_, sous-chef du bureau des mœurs, chargé de statuer sur le sort des visitées, après le rapport du médecin visiteur M. Denis.
Elles disent aussi _Aller à saint_ DENIS.
Les femmes corrompues corrompent naturellement tout--jusqu'aux noms des gens avec qui elles sont en contact.
ALLEZ DONC VOUS LAVER! Interj. de l'argot des voyous, pour signifier: Allez-vous-en donc! vous me gênez!
On dit aussi _Allez donc vous asseoir_!
ALLIANCES, s. f. pl. Poucettes avec lesquelles les gendarmes joignent les mains des malfaiteurs pour gêner leurs mouvements.
ALLONGER (S'). Payer, _se fendre_,--dans l'argot des faubouriens.
ALLUMÉ (Être). Être sur la pente de l'ivresse, soit parce qu'on a bu plus que de raison, soit parce qu'on a trop regardé une jolie fille. Même argot.
ALLUMER, v. n. Exciter un cheval à coups de fouet. Argot des cochers.
ALLUMER, v. a. Provoquer l'admiration; jeter le trouble dans le cœur d'un homme, comme font certaines femmes avec certains regards.
Se dit aussi du boniment que font les saltimbanques et les marchands forains pour exciter la curiosité des badauds.
L'expression est vieille.
ALLUMER, v. a. et n. Voir, regarder,--dans l'argot des voleurs.
_Allumer le miston._ Regarder quelqu'un sous le nez.
_Allumer ses clairs._ Regarder avec attention.
ALLUMER SON PÉTROLE, v. a. S'enflammer l'imagination,--dans l'argot des petites dames, qui savent combien l'homme est inflammable.
On dit aussi _Allumer son gaz_,--ce qui, en effet, est une manière de prendre feu.
ALLUMEUR, s. m. Compère, homme qui fait de fausses enchères,--dans l'argot des habitués de l'hôtel Drouot.
ALLUMEUSE, s. f. _Marcheuse_, dans l'argot des filles.
ALPAGA, s. m. Habit, dans l'argot des voleurs et des faubouriens.
ALPHONSE, s. m. Nom d'homme qui est devenu--dans l'argot des filles--celui de tous les hommes assez peu délicats pour se laisser aimer et payer par elles.
ALPIOU, s. m. Homme qui triche au jeu,--par allusion au nom donné autrefois à la marque que l'on faisait à sa carte en jouant à la bassette.
ALTÈQUE, ad. Beau, brave, excellent,--dans l'argot des voleurs, qui ont emprunté ce mot (_altus_) à Virgile.
AMADOU, s. m. «C'est dequoy les argotiers se frottent pour se faire devenir jaunes et paraistre malades,»--c'est-à-dire pour amadouer et tromper les bonnes âmes.
AMADOU, s. et adj. Homme qui prend aisément feu--afin d'être aimé, _amatus_. Argot du peuple.
AMADOUAGE, s. m. Mariage--dans l'argot des voleurs.
AMADOUÉ, s. m. Homme marié.
AMADOUER (S') v. réfl. Se grimer pour tromper. Même argot.
AMANDES DE PAIN D'ÉPICE, s. f. pl. Dents noires et rares. Argot des faubouriens.
L'expression a été employée par le duc de Grammont-Caderousse qui, le soir de la 1re représentation du _Cotillon_, au Vaudeville, avait cassé trois dents à un quidam.
AMANT DE CARTON, s. m. Amant sans conséquence,--dans l'argot des petites dames.
AMANT DE COEUR, s. m. Jeune monsieur qui aime une jeune dame aimée de plusieurs autres messieurs, et qui, le sachant, ne s'en fâche pas,--trouvant au contraire très glorieux d'avoir pour rien ce que ses rivaux achètent très cher. C'est une variété du Greluchon au XVIIIe siècle.
On disait autrefois: _Ami de cœur_.
AMATEUR, s. m. Bourgeois,--dans l'argot des troupiers.
AMATEUR, s. m. Homme du monde qui ne fait pas payer sa _copie_. Argot des gens de lettres.
AMBASSADEUR, s. m. Cordonnier--dans l'argot des voyous.
Se dit aussi pour Souteneur de filles.
AMBES, s. f. pl. Les jambes--dans l'argot des voleurs, qui serrent de près une étymologie: [grec: amphô] en grec, _ambo_ en latin, d'où _ambes_ dans l'ancien langage français,--trois mots qui ont la même signification, _deux_: les jambes vont par paire.
AMBIER, v. n. Fuir, jouer des _ambes_.
AMÉRICAIN, s. m. Compère du _jardinier_ dans le vol appelé _charriage_.
AMÉRICAINE, s. f. Voiture découverte à quatre roues. Argot des carrossiers.
AMICABLEMENT, adv. Avec plaisir, affectueusement, de bonne amitié,--dans l'argot du peuple, dont les bourgeois auraient tort de rire. Je ne conseille à personne de cesser de prononcer _amicalement_; mais je trouve qu'en prononçant _amicablement_, les ouvriers serrent de plus près l'étymologie, qui est _amicabilis_, amicable. _Amicabilem operam dare_, dit Plaute, qui me rend un service d'ami en venant ainsi à la rescousse.
AMIS COMME COCHONS, s. m. pl. Inséparables.
AMITEUX, adj. Amical, aimable, doux, bon.
AMOCHER, v. a. Blesser, meurtrir. Argot des faubouriens.
_S'amocher la gueule._ Se meurtrir mutuellement le visage à coups de poing.
AMOUR D'HOMME, s. m. Homme dont raffolent les femmes--dans l'argot de Breda-Street, où M. Taine devrait bien aller faire son cours d'esthétique, car on y a des idées biscornues sur la beauté et sur l'amour.
AMUNCHE, s. m. Ami,--dans l'argot des voleurs.
AMUSATIF, adj. Drôle, plaisant, _amusant_,--dans l'argot des faubouriens.
AMUSER A LA MOUTARDE (S'), v. réfl. Se laisser distraire de son devoir ou de sa besogne par des niaiseries, des frivolités--dans l'argot du peuple, qui trouve sans doute que la vie pourrait se passer de ces condiments.
ANCIEN, s. m. Élève de première promotion,--dans l'argot des Saint-Cyriens et des Polytechniciens.
ANDALOUSERIE, s. f. Romance mi-cavalière, mi-sentimentale, comme on en chante dans les cafés-concerts, et où il est toujours question du «beau ciel de l'Andalousie», des «beaux yeux des brunes Andalouses», et où le héros s'appelle toujours Pédro et l'héroïne Paquita. Argot des bourgeois.
ANDOUILLE, s. m. Homme sans caractère, sans énergie,--dans l'argot du peuple, qui emprunte volontiers ses comparaisons à la charcuterie.
ANGE GARDIEN, s. m. Homme dont le métier--découvert, ou tout au moins signalé pour la première fois par Privat d'Anglemont--consiste à reconduire les ivrognes à leur domicile pour leur éviter le désagrément d'être écrasés ou dévalises--par d'autres.
ANGLAIS, s. m. Créancier,--dans l'argot des filles et des bohèmes, pour qui tout homme à qui l'on doit est un ennemi.
Le mot est du XVe siècle, très évidemment, puisqu'il se trouve dans Marot; mais très évidemment aussi, il a fait le plongeon dans l'oubli pendant près de trois cents ans, puisqu'il ne paraît être en usage à Paris que depuis une trentaine d'années.
ANGLAIS, s. m. Entreteneur,--dans l'argot des petites dames, qui donnent ce nom à tout galant homme tombé dans leurs filets, qu'il soit né sur les bords de la Tamise ou sur les bords du Danube. Elles ajoutent à leur manière des pages nombreuses à notre livre des _Victoires et Conquêtes_.
ANGLAIS (Avoir ses). Avoir ses _menses_,--dans l'argot des filles, qui font ainsi allusion à la couleur de l'uniforme des soldats d'Albion.
Elles disent aussi: _Les Anglais ont débarqué_.
ANGLAISE, s. f. Écot, part de chacun dans une affaire ou dans un dîner. Argot des saltimbanques.
_Faire une anglaise._ Payer chacun son écot.
ANGLAISE, s. f. Jeu de gouapeurs qui consiste à jeter les sous de chacun et à garder pour soi les faces; un second prend les piles qui restent et rejette, etc.
_Jouer à l'anglaise._ Jouer aux sous.
ANGLUCE, s. f. Oie,--dans l'argot des voleurs.
ANGOULÊME, s. f. La bouche--dans l'argot des voleurs, qui ont emprunté ce mot à l'argot du peuple, par corruption du verbe français _engouler_, avaler, et non, comme le voudrait M. Francisque Michel, par une allusion plus ou moins ingénieuse et plus ou moins fondée à la réputation de goinfrerie de la capitale de l'Angoumois.
ANGUILLE, s. f. Ceinture,--dans l'argot des voleurs.
ANGUILLE, s. f. Fouet à sabot,--dans l'argot des enfants.
ANONCHALI, adj. Découragé, abattu par l'ennui ou le chagrin--dans l'argot du peuple, fidèle à la tradition du vieux langage.
ANSE, s. f. Bras,--dans l'argot des faubouriens.
_Offrir son anse._ Offrir son bras.
_Faire le panier à deux anses._ Se promener avec une femme à chaque bras.
ANSES, s. f. pl. Oreilles,--parce qu'elles sont de chaque côté de la tête comme les anses de chaque côté d'un pot.
ANTIF, s. m. Marche,--dans l'argot des voleurs.
_Battre l'antif._ Marcher. Signifie aussi Tromper, dissimuler.
ANTIFFE, s. f. Eglise,--dans le même argot.
On dit aussi _Antiffle_ et _Antonne_.
ANTIFFLER, v. n. Se marier à l'église.
ANTIPATHER, v. a. Avoir de l'aversion, de l'antipathie pour quelqu'un ou pour quelque chose. Argot des lorettes et des bourgeoises.
Le mot est de Gavarni.
ANTIQUE, s. m. Élève qui sort de l'Ecole. Argot des Polytechniciens.
ANTONISME, s. m. Maladie morale introduite dans nos mœurs par Alexandre Dumas, vers 1831, époque de la première représentation d'_Antony_, et qui consistait à se poser en homme fatal, en poitrinaire, en victime du sort, le tout avec de longs cheveux et la face blême. Cette maladie, combattue avec vigueur par le ridicule, ne fait presque plus de ravages aujourd'hui. Cependant il y a encore des voltigeurs du Romantisme comme il y a eu des voltigeurs de la Charte.
ANTONY, s. m. Un nom d'homme qui est devenu un type, celui des faux poitrinaires et des poètes incompris.
APASCLINER (S'), v. réfl. S'acclimater,--dans l'argot des voleurs.
(V. _Paclin_.)
APIC, s. m. Ail,--dans le même argot.
APLOMBER, v. a. Étonner, étourdir par son aplomb. Même argot.
APOPLEXIE DE TEMPLIER, s. f. Coup de sang provoqué par une ingestion exagérée de liquide capiteux. Argot du peuple.
APOTHICAIRE SANS SUCRE, s. m. Ouvrier qui est mal outillé; marchand qui est mal fourni des choses qui concernent son commerce.
APÔTRES, s. m. pl. Les doigts de la main,--dans l'argot des voleurs, qui font semblant d'ignorer que les disciples du Christ étaient douze.
APPAREILLER, v. n. Sortir, se promener,--dans l'argot des marins.
APPAS, s. m. pl. Gorge de femme,--dans l'argot des bourgeois.
APPELER AZOR, v. a. Siffler un acteur comme on siffle un chien. Argot des comédiens.
APPLIQUE, s. f. Partie de décors qui se place à l'entrée des coulisses, sur les portants. Même argot.
APPRENTI, s. m. Premier grade de la maçonnerie symbolique.
APPRENTIF, s. m. Jeune garçon qui apprend un métier,--dans l'argot du peuple, fidèle à l'étymologie (_Apprehendivus_) et à la tradition: «Aprentif jugleor et escrivain marri,» dit le _Roman de Berte_.
APPUYER, v. a. et n. Abaisser un décor, le faire descendre des frises sur la scène. Argot des coulisses. (V. _Charger_.)
APPUYER SUR LA CHANTERELLE, v. n. Toucher quelqu'un où le bât le blesse; prendre la cigale par l'aile: insister maladroitement sur une chose douloureuse, souligner une recommandation. Argot du peuple.
AQUIGER, v. a. Prendre,--dans l'argot des faubouriens.
Cependant ils disent plus volontiers _quiger_, et quelquefois ils étendent le sens de ce verbe selon la nécessité de leur conversation.
AQUIGER, v. a. Battre, blesser,--dans l'argot des voleurs.
AQUIGER, v. a. Faire,--dans le même argot.
_Aquiger les brêmes._ Faire une marque aux cartes à jouer, pour les reconnaître et les filer au besoin.
ARABE, s. et adj. Homme dur, inexorable,--dans l'argot du peuple, qui se sert de cette expression depuis plus d'un siècle.
ARBALÈTE, s. f. Croix de femme, dite à la _Jeannette_. Argot des voleurs.
_Arbalète d'antonne._ Croix d'église.
Ils disent aussi _Arbalète de chique_, _arbalète de priante_.
ARBIF, s. m. Homme violent, en colère, qui _se rebiffe_. Même argot.
ARCASIEN ou ARCASINEUR, s. m. Voleur qui se sert de l'_arcat_ pour escroquer de l'argent aux personnes timides autant que simples.
On dit aussi _Arcase_.
ARCAT, s. m. Escroquerie commise au moyen _de lettres de Jérusalem_. (V. ce mot.)
ARCHE DE NOÉ, s. f. L'Académie française,--dans l'argot des faubouriens, qui ne se doutent pas qu'ils se permettent une impertinence inventée par Claude Le Petit, un poète brûlé en Grève pour moins que cela.
ARCHIPOINTU, s. m. Archevêque.--dans l'argot des voleurs, qui ont trouvé plaisant de travestir ainsi le mot _archi-épiscopus_.
ARCHI-SUPPÔT DE L'ARGOT, s. m. Docteur ès filouteries.
ARÇONNER, v. a. Parler à quelqu'un, l'apostropher, le forcer à répondre. Argot des voleurs.
Pierre Sarrazin avait déjà employé ce mot dans le même sens, en l'écrivant ainsi: _arresoner_; je l'ai cherché en vain dans les dictionnaires. D'un autre côté, les voleurs disent: _Faire l'arçon_, pour signifier: Faire le signal de reconnaissance ou d'avertissement, qui est, paraît-il, le bruit d'un crachement et le dessin d'un C sur la joue droite, près du menton, avec le pouce de la main droite.
ARCPINCER ou ARQUEPINCER, v. a. Prendre, saisir quelqu'un ou quelque chose. Argot des faubouriens.
ARDENT, s. m. Chandelle,--dans l'argot des voleurs, qui ont emprunté cette expression, avec tant d'autres, à l'argot des Précieuses.
ARDENTS, s. m. pl. Les yeux,--dans le même argot.
ARGENT MIGNON, s. m. Argent destiné à satisfaire des curiosités ou des vanités,--dans l'argot des bourgeoises, à qui le superflu est nécessaire, et qui, plutôt que de s'en passer, le demanderaient à d'autres qu'à leur mari.
ARGOT, s. m. Imbécile,--dans le langage des voleurs.
ARGOTIER, s. m. Voleur,--dont l'_argot_ est la langue naturelle.
ARGUCHE, s. m. Argot.
_Arguche_, _arguce_, argutie. Nous sommes bien près de l'étymologie véritable de ce mot tant controversé: nous _brûlons_, comme disent les enfants.
ARGUEMINE, s. f. Main,--dans l'argot des voleurs.
ARISTO, s. des deux g. Apocope d'_Aristocrate_, qui, depuis 1848, signifie Bourgeois. Réactionnaire, etc.,--dans l'argot des faubouriens, qui ne se doutent pas que ce mot signifie le _meilleur_, l'_excellent_, [grec: aristos].
Ils disent _aristo_ pour aristocrate, comme sous la Fronde les pamphlétaires disaient _Maza_ pour Mazarin.
ARLEQUIN, s. m. Plat à l'usage des pauvres, et qui, composé de la desserte des tables des riches, offre une grande variété d'aliments réunis, depuis le morceau de nougat jusqu'à la tête de maquereau. C'est une sorte de carte d'échantillons culinaires.
ARMÉE ROULANTE, s. f. La chaîne des forçats,--supprimée depuis une cinquantaine d'années.
ARNACHE, s. m. Agent de police,--dans l'argot des voleurs.
ARNACHE, s. f. Tromperie, trahison, dans l'argot des voyous.
_A l'arnache._ En trompant de toute manière.
_Être à l'arnache._ Être rusé, tromper les autres et ne jamais se laisser tromper par eux.
ARNAU, s. m. Mauvaise humeur,--dans l'argot des voleurs et des faubouriens.
C'est une contraction de _Renauder_.
ARNELLE, n. de l. Rouen,--dans l'argot des voleurs.
ARNELLERIE, s. f. Rouennerie.
ARPAGAR, n. de l. Arpajon, près Paris,--dans le même argot.
ARPIONS, s. m. pl. Les pieds de l'homme, considérés--dans l'argot des faubouriens--comme griffes d'oiseau, à cause de leurs ongles que les gens malpropres ne coupent pas souvent.
ARQUER (S'). Se courber en vieillissant. Argot du peuple.
ARRACHER DU CHIENDENT, v. n. Chercher pratique, ou plutôt victime,--dans l'argot des voleurs, qui n'exercent ordinairement que dans les lieux déserts.
ARRACHER SON COPEAU, v. a. Travailler courageusement, faire n'importe quelle besogne avec conscience. Argot des ouvriers.
ARRÊTER LES FRAIS, v. a. Interrompre un récit; laisser une affaire en train; renoncer à poursuivre une entreprise au bout de laquelle on ne voit que de l'ennui. Argot du peuple.
ARROSER SES GALONS, v. a. Offrir à boire à ses camarades quand on est reçu sous-officier. Argot des soldats.
ARROSER UN CRÉANCIER, v. a. Lui donner un acompte,--dans l'argot des bohèmes, assez mauvais jardiniers.
ARROSEUR DE VERDOUZE, s. m. Jardinier, dans l'argot des voleurs.
ARSENAL, s. m. Arsenic,--dans le même argot.
ARSOUILLE, s. m. Homme canaille par ses vêtements, ses mœurs, son langage. Argot du peuple.
_Milord L'Arsouille._ Tout homme riche qui fait des excentricités crapuleuses.
ARSOUILLER, v. a. et n. _Engueuler_,--dans l'argot des faubouriens.
ARTHUR. Amant de cœur,--dans l'argot de Breda-Street.
ARTHURINE, s. f. Femme légère,--la femelle naturelle de l'Arthur. Argot du peuple.
ARTICLIER, s. m. Homme de lettres parqué dans la spécialité des articles de petits journaux.
Le mot a été créé par H. de Balzac.
ARTIE, s. m. Pain,--dans l'argot des voleurs, d'aujourd'hui et d'autrefois, ainsi qu'il résulte du livre d'Olivier Chéreau, _le Langage de l'Argot réformé_, publié au XVIe siècle.
_Artie de Meulan._ Pain blanc.
_Artie de Gros-Guillaume._ Pain noir.
_Artie de Grimault._ Pain chanci.
On dit aussi _Arton_ et _Lartie_.
ARTILLEUR, s. m. Ivrogne, homme qui boit beaucoup de _canons_. Argot des ouvriers.
ARTILLEUR A GENOUX, s. m. Infirmier militaire,--dans l'argot du peuple, qui a entendu parler des _mousquetaires à genoux_ des siècles précédents.
On dit aussi _Artilleur de la pièce humide_.
ARTISTE, s. m. Médecin vétérinaire,--dans l'argot des faubouriens et des paysans.
ARTON. V. _Artie_.
AS DE CARREAU, s. m. Le sac du troupier, à cause de sa forme.
On l'appelle aussi _Azor_,--à cause de la peau de chien qui le recouvre.
AS DE CARREAU, s. m. Le ruban de la Légion d'honneur,--dans l'argot des voleurs, qui font allusion à la couleur de cette décoration.
ASINVER, v. a. Abêtir quelqu'un,--dans l'argot des voleurs, pour qui les honnêtes gens sont des _sinves_.
ASPERGE MONTÉE, s. f. Personne d'une grandeur démesurée et, avec cela, maigre. Argot du peuple.
ASPIC, s. m. Avare,--dans l'argot des voleurs.
ASPIC, s. m. Mauvaise langue, bavard indiscret. Argot du peuple.
ASSEOIR (S'). Tomber.
_Envoyer quelqu'un s'asseoir._ Le renverser, le jeter à terre. Signifie aussi se débarrasser de lui, le congédier.
ASSISTER, v. a. Porter le _pagne_ à un détenu,--dans l'argot des voleurs et des filles.
ASSOCIÉE, s. f. Femme légitime. Argot des typographes.
ASSOMMOIR, s. m. Nom d'un cabaret de Belleville, qui est devenu celui de tous les cabarets de bas étage, où le peuple boit des liquides frelatés qui le tuent,--sans remarquer l'éloquence sinistre de cette métaphore, que les voleurs russes semblent lui avoir empruntée, en la retournant pour désigner un gourdin sous le nom de _vin de Champagne_.
ASTEC, s. m. Avorton, homme chétif,--dans l'argot du peuple. Adversaire méprisable,--dans l'argot des gens de lettres.
C'est un souvenir du passage à Paris, il y a quelques années, de ces petits monstres mexicains exhibés sous le nom d'_Aztecs_.
ASTIC, s. f. Epée,--dans l'argot des voleurs, qui ne se doutent pas que ce mot vient de l'allemand _stich_, chose pointue, dont on a fait _estic_, puis _astic_, et même _asti_.
ASTIC, s. m. Tripoli,--dans l'argot des troupiers, qui s'en servent avec un mélange de savon, d'eau-de-vie et de blanc d'Espagne, pour nettoyer les cuivres de leur fourniment.
D'où _Aller à l'astic_.
ASTICOT, s. m. Vermicelle,--dans l'argot des faubouriens.
ASTICOTER, v. a. Harceler quelqu'un, le contrarier, le piquer par des injures ou seulement par des épigrammes, ce qui est le forcer à un mouvement vermiculaire désagréable. Argot du peuple.
ASTIQUER (S'), v. réfl. Se chamailler de paroles avant d'en venir aux voies de fait.
On dit aussi _Astiquer quelqu'un_, dans le sens d'Agacer.
ATELIER, s. m. L'endroit où l'on se réunit--dans l'argot des francs-maçons.
ATIGER, v. a. Blesser quelqu'un avec une arme quelconque. Argot des prisons.
ATOUSER, v. a. Encourager quelqu'un, lui donner de l'_atout_. Même argot.
ATOUT, s. m. Courage,--parce que souvent au jeu de cartes, l'atout c'est du cœur.
ATOUT, s. m. Aplomb, acquis, assurance,--dans l'argot du peuple qui sait par expérience que les gens de _cœur_ marchent volontiers le front haut, comme défiant les lâches.
ATOUT, s. m. Coup plus ou moins grave que l'on reçoit en jouant--maladroitement--des poings avec quelqu'un.
ATOUT, s. m. Estomac,--dans l'argot des voleurs.
ATOUT, s. m. Argent, monnaie,--dans l'argot des faubouriens.
Signifie aussi capacités, talents.
A TOUT CASSER. Extrêmement,--dans l'argot du peuple.
ATTACHE, s. f. Boucle,--dans l'argot des voleurs.
_Attaches d'huile._ Boucles de souliers en argent.
_Attaches d'Orient._ Boucles en or.
ATTAQUE (Être d'). v. s. Être solide, montrer du sang-froid, du courage, de la résolution dans une affaire. Argot du peuple.
_Y aller d'attaque._ Commencer une chose avec empressement, avec enthousiasme.
ATTENDRIR (S'), v. réfl. Arriver à cette période de l'ivresse où l'on sent des flots de tendresse monter du cœur aux lèvres. Argot des faubouriens.
ATTRAPE, s. f. Plaisanterie, mensonge,--dans l'argot du peuple, qui disait cela du temps de Calvin.
On dit aussi _Graine d'attrape_.
ATTRAPER, v. a. _Engueuler_,--dans le même argot.
_Se faire attraper._ Recevoir, sans l'avoir demandée, une bordée d'injures poissardes.
ATTRAPER, v. a. _Éreinter_ un livre ou un confrère. Argot des journalistes.
ATTRAPER, v. a. Siffler. Argot des coulisses.
_Se faire attraper._ Recevoir des pommes crues et des sifflets.
ATTRAPER L'OGNON, v. a. Recevoir un coup destiné à un autre; payer pour ceux qui ont oublié leur bourse, argot des faubouriens.
On dit aussi _Attraper le haricot_ ou _la fève_,--sans doute par allusion au haricot ou à la fève qui se trouve dans le gâteau des rois, et qui met celui à qui elle échoit dans la nécessité de payer sa royauté.
ATTRAPE-SCIENCE, s. m. Apprenti,--dans l'argot des typographes.
ATTRIMER, v. a. Prendre, Saisir. Argot des voleurs.
ATTRIQUER, v. a. Acheter des effets volés.
ATTRIQUEUSE, s. f. Femme qui achète des objets volés.
AUBERT, s. m. Argent,--dans l'argot des voleurs qui connaissent leur Villon, ou dont les ancêtres faisaient monnaie avec les mailles des _hauberts_, comme les enfants avec les _loques_ de cuivre.
AUTEL, s. m. La table devant laquelle est assis le vénérable. Argot des francs-maçons.
AUTEL DE PLUME, s. m. Le lit,--dans l'argot du peuple, qui dit cela depuis longtemps, comme le témoigne ce couplet d'une vieille chanson que nos grand'mères chantaient, en s'accompagnant de l'épinette, sur l'air de _Le démon malicieux et fin_:
«A Damon vous avez tout permis Pour l'hymen qu'il vous avait promis; Mais, Iris, savez-vous la coutume? Avez-vous pu l'en croire à son serment? Ceux que l'on fait sur un autel de plume Sont aussitôt emportés par le vent!»
AUTEUR, s. m. Père ou mère,--dans l'argot des faubouriens et des vaudevillistes.
AUTEUR BEURRIER, s. m. Ecrivain dont les productions ne se vendent pas en livres, aux lecteurs, mais à la livre, à la fruitière ou à l'épicier, qui en enveloppent leurs produits.
AUTOMÉDON, s. m. Cocher,--dans l'argot des académiciens et des vaudevillistes de l'école Scribe, qui se souviennent de l'écuyer d'Achille.
AUTOR ET D'ACHAR (D'). Apocope d'_Autorité_ et d'_Acharnement_, qu'on emploie,--dans l'argot des faubouriens,--pour signifier: Vivement, sans répliquer, en grande hâte.
AUTRE PAIRE DE MANCHES (C'est une). C'est une autre affaire.
Expression populaire usitée dès le milieu du XVIIIe siècle.
AUVERPIN, s. m. Auvergnat,--dans l'argot des faubouriens, qui donnent ce nom à tous les charbonniers et à tous les commissionnaires.
AVALÉ LE PÉPIN (Avoir). Être enceinte,--par allusion à la fameuse pomme dans laquelle on prétend que notre mère Eve a mordu.
AVALER DES COULEUVRES, v. a. Eprouver des déceptions; essuyer des mortifications. Argot du peuple.
AVALER LE LURON, v. a. Communier,--dans l'argot des voleurs, qui appellent la sainte hostie _le luron_, sans doute après l'avoir appelée _le Rond_.
AVALER SA CUILLER, v. a. Mourir,--dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi _Avaler sa fourchette_, _avaler sa gaffe_ et _avaler sa langue_.
AVALER SON POUSSIN, v. a. Recevoir une réprimande, être congédié. Argot des peintres en bâtiment.
AVALÉ UNE CHAISE PERCÉE (Avoir). Se dit dans l'argot des faubouriens,--à propos de quiconque a l'haleine homicide.
AVALOIR, s. m., ou AVALOIRE, s. f. Le gosier,--dans l'argot des faubouriens, dont les pères ont chanté:
«Lorsque la cruelle Atropos Aura tranché mon avaloire, Qu'on dise une chanson à boire!»
AVANTAGES, s. m. pl. La gorge des femmes,--dans l'argot des bourgeois.
AVANT-COURRIER, s. m. Mèche anglaise à percer. Argot des voleurs.
AVANT-SCÈNES, s. f. pl. La poitrine, lorsqu'elle fait un peu saillie en avant du buste,--dans l'argot des petites dames.
Balzac a dit _Avant-cœur_.
AVEINDRE, v. a. Aller prendre un objet placé sur un meuble quelconque, mais un peu élevé,--dans l'argot du peuple qui a parfois l'honneur de parler comme Montaigne.
Je sais bien que Montaigne se souciait peu d'écrire correctement; en tout cas, il avait raison, et le peuple aussi, d'employer ce verbe--que ne peut pas du tout remplacer _atteindre_,--car il vient bel et bien d'_advenire_.
AVÈNE, s. f. Avoine,--dans l'argot des faubouriens, qui s'obstinent à parler plus correctement le français que les gens du bel air: _Avène_ ne vient-il pas d'_avena_.
AVERGOT, s. m. OEuf,--dans l'argot des voleurs.
AVERTINEUX, adj. m. Homme difficile à vivre, d'un caractère ombrageux à l'excès,--dans l'argot du peuple, qui ne se doute pas qu'_avertineux_ vient d'_avertin_, et qu'_avertin_ vient d'_avertere_ (_a_ indiquant éloignement et _vertere_, tourner), «mal qui détourne l'esprit».
AVESPRIR, v. n. Faire nuit,--dans le même argot, où l'on retrouve une multitude de vieilles formules pittoresques et étymologiques. _Avesprir!_ Vous voyez aussitôt se lever à l'horizon l'Etoile de Vénus,--_Vesper_ est venu!
AVOCAT BÉCHEUR, s. m. Ouvrier qui médit de ses compagnons, absents ou présents. Argot des typographes.
C'est aussi le nom que les voleurs donnent au procureur de la République.
AVOINE, s. f. Coups de fouet donnés à un cheval pour l'exciter. Argot des charretiers.
AVOIR A LA BONNE, v. a. Avoir de l'amitié ou de l'amour pour quelqu'un. Argot du peuple.
AVOIR CELUI, v. a. Avoir l'honneur de...,--dans l'argot des bourgeois.
AVOIR DE CE QUI SONNE. Être riche,--dans l'argot du peuple.
L'expression se trouve dans Restif de la Bretonne.
AVOIR DANS LE NEZ, v. a. Ne pas pouvoir _sentir_ quelqu'un ou quelque chose.
AVOIR DANS LE VENTRE. Être capable de...,--dans l'argot des gens de lettres.
AVOIR DE BEAUX CHEVEUX, v. a. Se dit ironiquement de quelqu'un qui est mal mis, ou de quelque chose qui est mal fait. Argot des bourgeois.
AVOIR DE LA CHANCE AU BATONNET, v. a. N'être pas heureux en affaires ou en amour. Ironiq.--Argot des faubouriens.
On dit aussi _Pas de chance au bâtonnet_!
AVOIR DE L'ANIS DANS UNE ÉCOPE. Façon de parler ironique, du même argot, où on l'emploie pour répondre à une demande indiscrète ou à un désir impossible à satisfaire. _T'auras d'l'anis dans une écope_ équivaut à _Du vent_!
AVOIR DES AS DANS SON JEU, v. n. Avoir du bonheur, de la chance dans ses entreprises. Argot du peuple.
_N'avoir plus d'as dans son jeu._ Avoir tout perdu, famille, affection, fortune, en être réduit à mourir.
AVOIR DES MOTS AVEC QUELQU'UN, v. a. Se fâcher avec lui.
_Avoir des mots avec la Justice._ Être traduit en police correctionnelle.
AVOIR DU BEURRE SUR LA TÊTE, v. a. Avoir commis quelques méfaits plus ou moins graves,--dans l'argot des voleurs, qui ont certainement entendu citer le proverbe juif: «Si vous avez du beurre sur la tête, n'allez pas au soleil: il fond et tache.»
AVOIR DU CHIEN DANS LE VENTRE. v. a. Être hardi, entreprenant, téméraire, fou même, comme un chien enragé. Argot du peuple.
AVOIR DU PAIN SUR LA PLANCHE. Avoir des économies ou des rentes. Argot des bourgeois.
AVOIR DU SABLE DANS LES YEUX. Avoir envie de dormir.
On dit aussi: _Le marchand de sable a passé._
AVOIR LAISSÉ LE POT DE CHAMBRE DANS LA COMMODE. Avoir l'haleine homicide. Argot des voyous.
AVOIR LE BRAS LONG. Être en position de rendre des services importants, de protéger des inférieurs et même des égaux.
AVOIR LE COMPAS DANS L'OEIL, v. a. Voir juste; calculer exactement; apprécier sainement.
AVOIR LE CASQUE, v. a. Avoir un caprice pour un homme,--dans l'argot des filles.
AVOIR LE FRONT DANS LE COU. Être chauve comme l'Occasion,--dans l'argot des faubouriens.
AVOIR LE POUCE ROND, v. a. Être adroit,--dans l'argot du peuple, qui a constaté depuis longtemps l'adresse avec laquelle les voleurs mettent le pouce sur la pièce d'argent qu'ils veulent voler.
AVOIR LES CÔTES EN LONG. Être paresseux.
On dit aussi _Avoir les côtes en long comme les loups_, qui en effet ne peuvent pas, à cause de cela, se retourner facilement. Ne pas pouvoir se retourner, ne savoir pas se retourner, c'est la grande excuse des paresseux.
AVOIR L'ESTOMAC DANS LES MOLLETS. Avoir très grand'faim. Argot du peuple.
On dit aussi _Avoir l'estomac dans les talons_.
AVOIR L'ÉTRENNE. Être le premier à faire ou à recevoir une chose.
AVOIR L'OREILLE DE LA COUR. Être écouté avec une faveur marquée par les juges. Argot des avocats.
AVOIR LA PEAU TROP COURTE, v. a. Faire, en dormant, des sacrifices au dieu Crépitus,--dans l'argot du peuple, qui croit que le corps humain n'a pas une couverture de chair suffisante, et que lorsque l'hiatus de la bouche se ferme, l'hiatus opposé doit s'ouvrir, d'où l'action de _crepitare_.
AVOIR MAL AU BRÉCHET, v. n. Souffrir de l'estomac. Argot du peuple.
AVOIR MAL AUX CHEVEUX, v. n. Avoir mal à la tête, par suite d'excès bachiques. Argot des faubouriens.
AVOIR MANGÉ DE L'OSEILLE. Être d'un abord désagréable, rébarbatif; avoir la parole aigre, être _grincheux_. Argot du peuple.
AVOIR MANGÉ SES PIEDS. Puer de la bouche,--dans l'argot des faubouriens.
AVOIR PAS INVENTÉ LE FIL A COUPER LE BEURRE (N'). Être simple d'esprit, et même niais.
On dit aussi _N'avoir pas inventé la poudre_.
AVOIR PAS SA LANGUE DANS SA POCHE (N'). Être prompt à la riposte; savoir parler. Argot du peuple.
AVOIR SA CLAQUE (En). Avoir assez bu ou assez mangé, c'est-à-dire trop mangé ou trop bu. Argot des faubouriens.
AVOIR SA CÔTELETTE, v. a. Être chaleureusement applaudi,--dans l'argot des comédiens.
AVOIR SON CAILLOU. Commencer à se griser,--dans l'argot des faubouriens.
AVOIR SON PAIN CUIT. Être rentier,--dans l'argot du peuple. Être condamné à mort,--dans l'argot des voleurs.
AVOIR TOUJOURS DES BOYAUX VIDES, v. a. Avoir toujours faim,--dans l'argot du peuple.
AVOIR UNE ARAIGNÉE DANS LE PLAFOND, v. a. Être fou, maniaque, distrait. Argot de Breda-Street.
AVOIR UNE CHAMBRE A LOUER. Être un peu fou et en tout cas très excentrique,--dans l'argot du peuple, qui suppose que la déraison peut être produite chez l'homme par la vacuité de l'un des compartiments du cerveau, à moins qu'il ne veuille faire allusion au _déménagement_ du bon sens.
Signifie aussi Avoir une dent de moins.
AVOIR UNE CRAMPE AU PYLORE. Avoir grand appétit,--dans l'argot des faubouriens.
AVOIR UNE ÉCREVISSE DANS LA TOURTE, v. a. Être fou, non à lier, mais à éviter.
On dit aussi _Avoir une écrevisse dans le vol-au-vent_, et _Avoir une hirondelle dans le soliveau_.
AVOIR UNE TABLE D'HÔTE DANS L'ESTOMAC, manger goulûment et insatiablement.
AVOIR VU LE LOUP. Se dit,--dans l'argot du peuple,--de toute fille qui est devenue femme sans passer par l'église et par la mairie.
AZOR, s. m. Nom de chien qui est devenu celui de tous les chiens,--dans le même argot. V. _Appeler Azor_.
B
BABILLARD, s. m. Confesseur,--dans l'argot des voleurs.
Ils donnent aussi ce nom à tout Livre imprimé.
BABILLARDE, s. f. Montre.
BABILLARDS, s. f. Lettre.
On dit aussi _Babille_.
BABILLAUDIER, s. m. Libraire, vendeur de _babillards_.
BABILLER, v. a. Lire.
BABINES, s. f. pl. La bouche,--dans l'argot du peuple, pour qui sans doute l'homme n'est qu'un singe perfectionné.
_S'en donner par les babines._ Manger abondamment et gloutonnement.
_S'en lécher les babines._ Manifester le plaisir en parlant ou en entendant parler de quelque chose d'agréable,--bon dîner ou belle fille.
BABOUE, s. f. Grimace, mines plaisantes comme en fait la nourrice pour amuser le nourrisson.
_Faire la baboue._ Faire la grimace.
L'expression se trouve dans Rabelais--et sur les lèvres du peuple.
BABOUIN ou BABOUA, s. m. Petit bouton de fièvre ou de malpropreté, qui vient à la bouche, sur les _babines_.
Le _babouin_ était autrefois une figure grotesque que les soldats charbonnaient sur les murs du corps de garde et qu'ils faisaient baiser, comme punition, à ceux de leurs camarades qui avaient perdu au jeu ou à n'importe quoi. On comprend qu'à force de baiser cette image, il devait en rester quelque chose aux lèvres,--d'où, par suite d'un trope connu, le nom est passé de la cause à l'effet.
BAC, s. m. Apocope de _Baccarat_,--dans l'argot des petites dames.
_Tailler un petit bac._ Faire une partie de baccarat.
BACCHANAL, s. m. Vacarme, tapage fait le plus souvent dans les cabarets, lieux consacrés à _Bacchus_. Argot du peuple.
BACCON, s. m Porc,--dans l'argot des voleurs. _Bacon_, lard, dans le vieux langage.
BACHASSE, s. f. Travaux forcés. Même argot.
BACHELIÈRE, s. f. Femme du quartier latin, juste assez savante pour conduire un _bachot_ en Seine--et non en Sorbonne.
BACHOT, s. m. Apocope de _Baccalauréat_,--dans l'argot des collégiens.
BACHOTIER, s. m. Préparateur au baccalauréat.
BACHOTTER, v. n. Parier pour ou contre un joueur. Argot des _grecs_.
On dit aussi _Faire les bâches_.
BACHOTTEUR, s. m. Filou «chargé du deuxième rôle dans une partie jouée ordinairement au billard. C'est lui qui arrange la partie, qui tient les enjeux et va chercher de l'argent lorsque la dupe, après avoir vidé ses poches, a perdu sur parole».
V. _Bête_ et _Emporteur_.
BACLER, v. a. Fermer,--dans l'argot des voleurs, qui se servent là d'un vieux mot de la langue des honnêtes gens.
On dit aussi _Boucler_.
BADIGEON, s. m. Maquillage du visage,--dans l'argot du peuple.
BADIGEONNER (Se), v. réfl. Se maquiller pour paraître plus jeune.
BADIGOINCES, s. f. pl. Les lèvres, la bouche,--dans l'argot du peuple qui a eu l'honneur de prêter ce mot à Rabelais.
_Jouer des badigoinces._ Manger ou boire.
BADOUILLARD, s. m. Coureur de bals masqués,--dans l'argot des étudiants du temps de Louis-Philippe. Le type a disparu, mais le mot est resté.
BADOUILLE, s. f. Homme qui se laisse mener par sa femme. Argot du peuple.
BADOUILLER, v. n. Courir les bals, _faire la noce_.
BADOUILLERIE, s. f. Vie libertine et tapageuse.
BAFFRE, s. f. Coup de poing sur la figure. Argot du peuple.
BAFRER, v. n. Manger.
BAFRERIE, s. f. Action de manger avec voracité; repas copieux.
BAGNOLE, s. f. Chapeau de femme, de forme ridicule,--dans l'argot du peuple, qui ne se doute pas que les _bagnoles_, avant de mériter son mépris, avaient mérité l'admiration des dames de Paris en 1722.
BAGOU ou BAGOUT, s. m. Bavardage de femme; faux esprit. Argot des gens de lettres et du peuple.
Dans l'argot du peuple. _Avoir du bagout_ équivaut à _N'avoir pas sa langue dans sa poche_.
BAGOUL, s. m. Nom,--dans l'argot des voleurs.
BAGOULARD, s. m. Bavard.
BAGUE, s. f. Nom propre,--dans le même argot, par allusion à l'habitude qu'on a de faire graver son nom à l'intérieur des anneaux de mariage.
BAGUENAUDE, s. f. Poche,--dans l'argot des marbriers de cimetière, qui y laissent quelquefois _flâner_ de l'argent.
BAGUENAUDER, v. n. Flâner, vagabonder,--les mains dans les _poches_. Argot du peuple.
BAHUT, s. m. Les meubles en général. Argot des ouvriers.
BAHUT, s. m. Collège,--dans l'argot des collégiens.
Se dit aussi de la maison du préparateur au baccalauréat, et, par extension de toute maison où il est désagréable d'aller.
_Bahut spécial._ Saint-Cyr.
BAHUTER, v. n. Faire du vacarme,--dans l'argot des Saint-Cyriens.
BAHUTEUR, s. m. Tapageur.
Se dit aussi d'un élève qui change souvent de pension.
BAIGNE-DANS-LE-BEURRE, s. m. Souteneur de filles,--dans l'argot des faubouriens, qui font allusion aux scombéroïdes du trottoir.
BAIGNEUSE, s. f. La tête,--dans l'argot des voleurs, qui se lavent et à qui on lave plus souvent la tête que le reste du corps.
BAIGNEUSE, s. f. Chapeau de femme,--dans le même argot qui a conservé des reflets de l'argot de la mode au XVIIIe siècle. _Baigneuse_ ou _bagnole_, c'était tout un.
BAIGNOIRE A BON DIEU, s. f. Calice,--dans l'argot des voyous.
BAIN DE PIED, s. m. Excédent de café ou d'eau-de-vie retenu par la soucoupe ou dans le plateau qu'on place par précaution sous chaque demi-tasse ou sous chaque petit verre. Il y a des gens qui boivent cela.
BAIN-MARIE, s. m. Personne d'un caractère ou d'un tempérament _tiède_. Argot du peuple.
BAIN QUI CHAUFFE, s. m. Nuage qui menace de crever quand il fait beau temps et que le soleil est ardent.
BAISER LE CUL DE LA VIEILLE, v. a. Ne pas faire un seul point. Argot des joueurs.
BAJAF, s. m. Butor, gros homme qui, sous l'effort de la respiration, gonfle ses _jaffes_ ou ses _abajoues_, comme on voudra.
Le peuple dit aussi _Gros bajaf_.
BALADE, s. f. Promenade, flânerie dans l'argot des voyous.
_Faire une balade_ ou _Se payer une balade_. Se promener.
BALADER, v. a. Choisir, chercher. Argot des voleurs.
BALADER (Se), v. réfl. Marcher sans but; flâner; et, par extension s'en aller de quelque part, s'enfuir.
BALADEUR, s. m. Flâneur.
BALADEUSE, s. f. Fille ou femme qui préfère l'oisiveté au travail et se faire suivre que se faire respecter.
Se dit aussi de la marchande des rues et de sa boutique roulante.
BALAI, s. m. Agent de police,--dans l'argot des petits marchands ambulants.
BALAI DE L'ESTOMAC (Le). Les épinards,--dans l'argot du peuple, qui connaît aussi bien que les médecins la vertu détersive de la _Spinacia oleracea_.
BALANCEMENT, s. m. Renvoi, congé,--dans l'argot des employés.
BALANCER, v. a. Donner congé à quelqu'un, renvoyer un employé, un domestique,--dans l'argot du peuple, qui ne se doute pas qu'il emploie là, et presque dans son sens originel, un des plus vieux mots de notre langue.
On dit aussi _Envoyer à la balançoire_.
BALANCER LA TINETTE. Vider le baquet-latrine,--dans l'argot des troupiers.
BALANCER QUELQU'UN, v. a. Le faire aller, se moquer de lui. Argot des faubouriens.
BALANCER SA CANNE, v. a. De vagabond devenir voleur,--ce qui est une manière comme une autre de franchir le Rubicon qui sépare l'honneur du vice.
Signifie aussi Rompre son ban, s'évader.
BALANCER SA LARGUE, v. a. Se débarrasser de sa maîtresse,--dans l'argot des voleurs.
BALANCER SES ALÈNES, v. a. Quitter le métier de voleur pour celui d'honnête homme, à moins que ce ne soit pour celui d'assassin.
BALANCER SES CHASSES, v. a. Regarder çà et là, distraitement. Argot des voyous.
BALANÇOIRE, s. f. Charge de bon ou de mauvais goût,--dans l'argot des coulisses et du peuple.
_Envoyer à la balançoire._ Se débarrasser de quelqu'un qui ennuie ou qui gêne.
BALANÇON, s. m. Marteau de fer,--dans l'argot des voleurs.
BALANDRIN, s. m. Paquet recouvert d'une toile; petite balle portative, dans l'argot du peuple, qui se souvient du _balandras_ que portaient ses pères.
BALAUDER, v. n. Mendier,--dans l'argot des prisons.
BALIVERNEUR, s. m. Diseur de riens, de _balivernes_. Argot du peuple.
BALLE. s. f. Secret,--dans l'argot des voleurs.
BALLE, s. f. Visage,--dans l'argot des voyous.
_Balle d'amour._ Physionomie agréable, faite pour inspirer des sentiments tendres.
_Rude balle._ Visage caractéristique.
BALLE, s. f. Pièce d'un franc,--dans l'argot des faubouriens.
BALLE, s. f. Occasion, affaire,--dans l'argot du peuple
_C'était bien ma balle._ C'était bien ce qui me convenait.
_Manquer sa balle._ Perdre une occasion favorable.
BALLE DE COTON, s. f. Coup de poing.
BALLERINE, s. f. Danseuse,--dans l'argot des gandins et des journalistes de première année. Habituée de bals publics,--dans l'argot des bourgeois.
BALLON, s. m. Partie du corps humain dont la forme sphérique a été le sujet de tant de plaisanteries depuis le commencement du monde--et de la bêtise. Argot des faubouriens.
_Enlever le ballon à quelqu'un._ Lui donner un coup de pied dans cette partie du corps sur laquelle on a l'habitude de s'asseoir.
BALOCHARD, s. m. Type d'un personnage de carnaval, fameux sous le règne de Louis-Philippe, et complètement oublié aujourd'hui. Il portait un bourgeron d'ouvrier, une ceinture rouge, un pantalon de cuirassier, et, sur la tête, un feutre défoncé. Tel le représente Gavarni.
BALOCHER, v. n. Fréquenter les bals publics; se trémousser. Argot des faubouriens.
BALOCHER, v. a. Tripoter, faire des affaires illicites. Argot des voyous.
BALOCHER, v. n. Remuer, pendre,--dans l'argot du peuple, qui dit cela à propos des choses.
BALOCHEUR, s. m. Ouvrier qui se dérange, qui déserte l'atelier pour le cabaret et le bastringue.
BALTHAZAR, s. m. Repas copieux,--dans l'argot des étudiants, qui se souviennent du festin biblique.
BALUCHON, s. m. Paquet, petit _ballot_. Argot des ouvriers.
BAMBINO, s. m. Enfant, gamin, _bambin_,--dans l'argot du peuple, qui parle italien sans le savoir, et seulement pour donner à ce mot une désinence caressante.
BAMBOCHADE, s. f. Tableau sans prétentions, représentant des scènes gaies,--dans l'argot des artistes, qui ont conservé le souvenir de Pierre de Laer.
BAMBOCHE, s. f. Petite débauche, de quelque nature qu'elle soit. Argot des faubouriens.
_Être bamboche._ Être en état d'ivresse.
_Faire des bamboches._ Faire des sottises plus ou moins graves, qui mènent en police correctionnelle ou à l'hôpital.
BAMBOCHE, s. f. Plaisanterie; chose de peu de valeur.
_Dire des bamboches._ S'amuser à dire des contes bleus aux hommes et des contes roses aux femmes.
BAMBOCHEUR, s. m. Fainéant; ivrogne; débauché.
On dit aussi: _Bambochineur_.
BANBAN, s. des deux g. Boiteux, bancal,--dans l'argot des bourgeois, qui emploient principalement cette onomatopée à propos d'une femme.
BANC, s. m. Lit de camp,--dans l'argot des forçats.
BANCAL, adj. Qui a une jambe plus courte que l'autre. Argot du peuple.
BANCAL, s. m. Sabre de cavalerie,--dans l'argot des troupiers.
BANCO! Exclamation de l'argot des joueurs de lansquenet qui signifie: Je tiens!
_Faire banco._ Tenir les enjeux.
BANCROCHE, s. et adj. Qui a les jambes torses.
BANDE D'AIR, s. f. Frise peinte en bleu pour figurer le ciel. Argot des coulisses.
BANDER LA CAISSE, v. a. S'en aller, s'enfuir.
BANNETTE, s. f. Tablier,--dans l'argot des faubouriens, qui ont emprunté ce mot au patois lorrain.
BANNIÈRE (Être en). Être en chemise, dans le simple appareil d'une dame ou d'un monsieur qu'on arrache au sommeil.
BANQUE, s. f. Paye,--dans l'argot des typographes.
BANQUE, s. f. Escroquerie, ou seulement mensonge afin de tromper,--dans l'argot du peuple, qui connaît son Robert Macaire par cœur.
_Faire une banque._ Imaginer un expédient--d'une honnêteté douteuse--pour gagner de l'argent.
BANQUE, s. f. Tout le monde des saltimbanques, des _banquistes_.
_Truc de banque!_ Mot de passe et de ralliement qui sert d'entrée gratuite aux artistes forains dans les baraques de leurs confrères. On les dispense de donner à la quête faite par les banquistes d'une autre spécialité que la leur.
BANQUET, s. m. Dîner,--dans l'argot des francs-maçons.
BANQUETTE, s. f. Menton,--dans l'argot des voyous.
BANQUISTE, s. m. Charlatan; chevalier d'industrie; faiseur. Argot du peuple.
BAPTÊME, s. m. La tête,--dans l'argot des faubouriens, qui se souviennent de leur ondoiement.
BAPTISER LE VIN, v. a. Le noyer d'eau,--dans l'argot ironique des cabaretiers, qui renouvellent trop souvent, à notre préjudice, le miracle des Noces de Cana, en changeant l'eau en vin.
BAQUET, s. m. Blanchisseuse,--dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi: _Baquet insolent_, et l'on a raison,--car je ne connais pas de créatures plus «fortes en gueule» que les lavandières: il semble qu'il leur reste aux lèvres quelques éclaboussures des ordures humaines avec lesquelles elles sont en contact permanent.
BAQUET DE SCIENCE, s. m. Baquet où le cordonnier met sa poix et les autres ingrédients de son métier. Argot du peuple.
BARAGOUINAGE, s. m. Langage incohérent, confus, incompréhensible.--dans l'argot du peuple, qui dit cela surtout à propos des langues étrangères.
On dit aussi _Baragouin_.
BARAGOUINER, v. n. et a. Parler bas; murmurer; marmotter.
BARAQUE, s. f. Maison où les maîtres font attention au service,--dans l'argot des domestiques. Journal où l'on est sévère pour la copie,--dans l'argot des aspirants journalistes.
BARAQUES A CAVAIGNAC (Les). Le no 44, dans l'argot des joueurs de loto, dont l'allusion consacre ainsi le nombre des baraques construites en 1848 au Jardin du Luxembourg, sous la dictature du général Cavaignac.
BARBE, s. f. Ivresse,--dans l'argot des typographes.
_Avoir sa barbe._ Être ivre.
On dit aussi _Prendre une barbe_. Se griser.
BARBEAU, s. m. Souteneur de filles, homme-poisson qui sait nager entre deux eaux, l'eau du vice et celle du vol.
BARBEAUDIER, s. m. Concierge,--dans l'argot des voleurs.
_Barbeaudier de castu._ Gardien d'hôpital.
BARBEROT, s. m. Barbier,--dans l'argot des forçats.
BARBICHON, s. m. Capucin,--dans l'argot des voyous.
BARBILLE, s. m. Souteneur de filles,--apprenti _barbeau_.
BARBILLON, s. m. Jeune souteneur de filles.
BARBILLONS DE BEAUCE, s. m. pl. Légumes,--dans l'argot du peuple.
BARBILLONS DE VARENNE, s. m. pl. Navets,--dans l'argot des voleurs, qui savent que ce légume pousse, volontiers, dans les terres sablonneuses.
Le dictionnaire d'Olivier Chéreau donne: _Babillons de varane_.
BARBISTE, s. m. Élève du collège Sainte-Barbe.
BARBOT, s. m. Canard,--dans l'argot des voyous.
BARBOTE, s. f. Visite minutieuse du prisonnier à son entrée en prison.
On dit aussi _Barbot_, s. m.
BARBOTER, v. a. Fouiller; voler. Argot des voleurs.
BARBOTEUR DE CAMPAGNE, s. m. Voleur de nuit.
BARBOTIER, s. m. Guichetier chargé de la visite des prisonniers à leur entrée.
BARBUE, s. f. Plume à écrire,--dans l'argot des voleurs.
BARON DE LA CRASSE, s. m. Homme gauche et ridicule en des habits qu'il n'a pas l'habitude de porter,--dans l'argot du peuple, qui se souvient de la comédie de Poisson.
BARONIFIER, v. a. Créer quelqu'un baron,--dans l'argot du peuple, qui a vu mousser de près la Savonnette Impériale.
BARRE, s. f. Aiguille,--dans l'argot des voleurs.
BARRÉ, adj. et s. Simple d'esprit, et même niais,--dans l'argot du peuple, qui, sans doute, veut faire allusion à une sorte de barrage intellectuel qui rend impropre à la _conception_.
BARRER, v. n. Abandonner son travail,--dans l'argot des marbriers de cimetière.
_Se barrer._ S'en aller.
BARRER, v. a. Réprimander,--dans l'argot du peuple.
BARRIQUE, s. f. Bouteille ou carafe,--dans l'argot des francs-maçons.
Ils disaient autrefois _Gomorrhe_,--du nom d'une mesure juive qui indiquait la quantité de manne à récolter.
BASANE, s. f. Peau du corps humain,--dans l'argot des faubouriens.
_Tanner la basane._ Battre quelqu'un.
BASANE, s. f. Amadou,--dans l'argot des voleurs.
BAS-BLEU, s. m. Femme de lettres,--dans l'argot des hommes de lettres, qui ont emprunté ce mot (_blue stocking_) à nos voisins d'outre-Manche.
Alphonse Esquiros (_Revue des Deux Mondes_, avril 1860) donne comme origine à cette expression le club littéraire de lady Montague, où venait assidûment un certain M. Stillingfleet, remarquable par ses bas bleus. D'un autre côté, M. Barbey d'Aurevilly (_Nain Jaune_ du 6 février 1886) en attribue la paternité à Addison. Or, le club de lady Montague ne date que de 1780, et Addison était mort en 1719. Auquel entendre?
BAS-BLEUISME, s. m. Maladie littéraire spéciale aux femmes qui ont aimé et qui veulent le faire savoir à tout le monde.
Le mot a été créé récemment par M. Barbey d'Aurevilly.
BASCULE, s. f. Guillotine,--dans l'argot des faubouriens.
BASCULER, v. a. Guillotiner.
_Être basculé._ Être exécuté.
BAS DE BUFFET, s. m. Homme ou chose de peu d'importance. Argot du peuple.
_Vieux bas de buffet._ Vieille femme, vieille coquette ridicule qui a encore des prétentions à l'attention galante des hommes.
BAS DE PLAFOND, s. m. Homme d'une taille ridiculement exiguë.
On dit aussi _Bas du cul_.
BASOURDIR, v. a. Étourdir, et, par extension naturelle, Tuer,--dans l'argot des voleurs, qui ont dédaigné _abasourdir_ comme trop long.
_Basourdir ses gaux picantis_, ou seulement _ses gaux_. Chercher ses poux--et les tuer.
BAS PERCÉ, s. et adj. Homme pauvre ou ruiné. Argot du peuple.
BASSE, s. m. La terre par opposition au ciel. Argot des voleurs.
BASSIN, s. m. Homme ennuyeux,--dans l'argot des filles et des faubouriens, qui n'aiment pas à être ennuyés, les premières surtout.
On dit aussi _Bassinoire_.
BASSINANT, adj. Ennuyeux, importun, bavard.
BASSINER, v. a. Importuner.
BASSINOIRE, s. f. Grosse montre,--dans l'argot des bourgeois.
BASTIMAGE, s. m. Travail,--dans l'argot des voleurs.
BASTRINGUE, s. m. Guinguette de barrière, où le populaire va boire et danser les dimanches et les lundis.
BASTRINGUE, s. m. Bruit, vacarme,--comme on en fait dans les cabarets et dans les bals des barrières.
BASTRINGUE, s. m. Scie à scier les fers,--dans l'argot des prisons, où l'on joue volontiers du violon sur les barreaux.
BASTRINGUEUSE, s. f. Habituée de bals publics.
BATACLAN, s. m. Mobilier; outils,--dans l'argot des ouvriers.
Signifie aussi bruit, vacarme.
BATAILLE DE JÉSUITES, s. f. Habitude vicieuse que prennent les écoliers et que gardent souvent les hommes,--dans l'argot du peuple, qui a lu le livre de Tissot.
On ajoute souvent après _Faire la bataille de Jésuites_, cette phrase: _Se mettre cinq contre un_.
BATEAUX, s. m. pl. Souliers qui prennent l'eau. Argot des faubouriens.
BATELÉE, s. f. Une certaine quantité de gens réunis, quoique inconnus. Argot du peuple.
BATELIER, s. m. Battoir de blanchisseuse,--dans l'argot des voleurs.
BATH, s. m. Remarquablement beau, ou bon ou agréable,--dans l'argot de Breda-Street.
_Bath aux pommes._ Superlatif du précédent superlatif.
Il me semble qu'on devrait écrire _Bat_, ce mot venant évidemment de _Batif_. Le papier Bath n'est pour rien là dedans.
BATIAU, s. m. Préparation au _Salé_,--dans l'argot des typographes.
_Aligner son batiau._ S'arranger pour avoir une banque satisfaisante.
BATIF, adj. Neuf, joli,--dans l'argot des voyous.
Le féminin est _batifone_ où _bative_.
BATON CREUX, s. m. Fusil,--dans l'argot des voleurs.
BATON DE CIRE, s. m. Jambe,--dans le même argot.
BATON DE TREMPLIN, s. m. Jambe,--dans l'argot des saltimbanques.
BATOUSE, s. f. Toile,--dans l'argot des voleurs.
_Batouse toute battante._ Toile neuve.
BATOUSIER, s. m. Tisserand.
BATTAGE, s. m. Tromperie; mensonge; menée astucieuse. Argot des ouvriers.
Signifie aussi Accident arrivé à une chose, accroc à une robe, brisure à un meuble, etc.
BATTANT, s. m. Le cœur,--dans l'argot des voleurs.
BATTERIE, s. f. Menterie,--dans le même argot.
_Batterie douce._ Plaisanterie aimable.
BATTERIE, s. f. Coups échangés,--dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi _Batture_.
BATTERIE DE CUISINE, s. f. Les dents, la langue, le palais, le gosier. Argot des faubouriens.
BATTEUR, s. m. Menteur; fourbe.
C'est plus spécialement le tiers qui _bat comtois pour lever le pante_.
BATTEUR D'ANTIF, s. m. Indicateur d'affaires, voleur qui ne travaille que de la langue. Argot des prisons.
BATTOIR, s. m. Main,--dans l'argot du peuple, qui s'en sert souvent pour applaudir, et plus souvent pour _battre_.
BATTRE COMTOIS, v. n. Faire l'imbécile, le provincial,--dans l'argot des voleurs, pour qui, à ce qu'il paraît, les habitants de la Franche-Comté sont des gens simples et naïfs, faciles à tromper par conséquent.
BATTRE ENTIFLE, v. n. Faire le niais. Même argot.
BATTRE JOB, v. n. Dissimuler, tromper. Même argot.
BATTRE LA CAISSE, v. n. Aller chercher de l'argent. Argot des tambours de la garde nationale.
BATTRE LA COUVERTE, v. a. Dormir,--dans l'argot des soldats.
BATTRE L'ANTIF, v. n. Marcher,--dans l'argot des voleurs modernes.
C'est le: _Battre l'estrade_ des voleurs d'autrefois.
Signifie aussi Espionner.
BATTRE LE BRIQUET, v. a. Cogner les jambes l'une contre l'autre en marchant. Argot du peuple.
BATTRE LA SEMELLE, v. a. Vagabonder,--dans l'argot du peuple, qui a peut-être lu l'_Aventurier Buscon_.
BATTRE L'OEIL (S'en). Se moquer d'une chose,--dans l'argot des faubouriens.
L'expression a une centaine d'années, ce qui étonnera certainement beaucoup de gens, à commencer par ceux qui l'emploient.
On dit aussi, dans le même argot, _S'en battre les fesses_,--une expression contemporaine de la précédente.
BATTRE MORASSE, v. n. Crier au voleur, pour empêcher le volé d'en faire autant. Argot des prisons.
BATTRE SA FLÈME, v. n. Flâner,--dans l'argot des voyous.
BATTRE SON QUART, v. n. Raccrocher les passants, le soir à la porte des maisons mal famées,--dans l'argot des filles et de leurs souteneurs.
BAUCE ou BAUSSE, s. m. Patron,--dans l'argot des revendeuses du Temple. C'est le _baes_ flamand.
_Bauceresse._ Patronne.
_Bauce fondu._ Ouvrier qui s'est établi, a fait de mauvaises affaires et est redevenu ouvrier.
BAUCHER (Se), v. réfl. Se moquer, dans l'argot des voleurs.
BAUDE, s. f. Mal de Naples,--dans l'argot des voleurs parisiens.
BAUDROUILLER, v. n. Filer,--dans le même argot.
Se dit aussi pour Fouet, s. m.
BAUGE, s. f. Coffre,--dans l'argot des voleurs, qui ne craignent pas d'emprunter des termes aux habitudes des sangliers, qui sont aussi les leurs.
BAUGE, s. f. Ventre,--dans le même argot.
BAUME D'ACIER, s. m. Les outils du chirurgien et du dentiste,--dans l'argot du peuple, qui ne se doute pas que l'ancienne pharmacopée a eu, sous ce nom-là, un remède composé de limaille d'acier et d'acide nitrique.
BAVARD, s. m. Avocat.
BAVARD, s. f. La bouche.--dans l'argot des voleurs.
BAVER, v. n. Parler,--dans l'argot des faubouriens.
BAYAFER, v. a. Fusiller,--dans l'argot des voleurs parisiens, qui ont emprunté cette expression aux voleurs du Midi, lesquels appellent un pistolet un _bayafe_ ou _baillaf_, comme l'écrit M. Francisque Michel.
BAZAR, s. m. Maison où les maîtres sont exigeants,--dans l'argot des domestiques paresseux; maison quelconque,--dans l'argot des faubouriens; maison de filles,--dans l'argot des troupiers.
BAZAR, s. m. Ensemble d'effets mobiliers,--dans l'argot de Breda-Street.
BAZARDER, v. a. Vendre, trafiquer.
_Bazarder son mobilier._ S'en défaire, l'échanger contre un autre.
BEAU, s. m. Le _gandin_ du premier Empire, avec cette différence que, s'il portait un corset, au moins avait-il quelque courage dessous.
_Ex-beau._ Elégant en ruines, d'âge et de fortune.
BEAU BLOND, s. m. Le soleil,--dans l'argot des voleurs, qui ne se doutent pas qu'ils font là de la mythologie grecque.
BÉBÉ, s. m. Costume d'enfant (_baby_), que les habituées des bals publics ont adopté depuis quelques années.
BÉBÉ (Mon). Petit terme de tendresse employé depuis quelques années par les petites dames envers leurs amants, qui en sont tout fiers,--comme s'il y avait de quoi!
BÉBÈTE, s. f. Bête quelconque,--dans l'argot des enfants.
BEC, s. m. Bouche,--dans l'argot des petites dames.
BÉCASSE, s. f. Femme ridicule,--dans le même argot.
BÉCHER, v. a. Médire et même calomnier, dans l'argot des faubouriens, qui ne craignent pas de donner des coups de _bec_ à la réputation du prochain.
BÉCHEUR, s. m. Le Ministère public, l'Avocat général. Argot des voleurs.
BÉCOT, s. m. Bouche,--dans l'argot des mères et des amoureux.
Signifie aussi Baiser.
BÉCOTER, v. a. Donner des baisers.
_Se bécoter._ S'embrasser à chaque instant.
BEDON, s. m. Ventre,--dans l'argot du peuple qui sait son Rabelais par cœur sans l'avoir lu.
BÉDOUIN, s. m. Homme dur, brutal,--dans le même argot.
BEDOUIN, s. m. Garde national de la banlieue autrefois,--dans l'argot des voyous irrespectueux.
Ils disaient aussi _Gadouan_, _Malficelé_, _Museau_, _Offarmé_, _Sauvage_.
BEEFSTEAK DE LA CHAMAREUSE, s. m. Saucisse plate,--dans l'argot des faubouriens, qui savent de quelles charcuteries insuffisantes se compose souvent le déjeuner des ouvrières.
BÈGUE, s. f Avoine,--dans l'argot des voleurs, qui savent à ce qu'il paraît l'italien (_bavia_, _biada_).
Ils disent aussi _Grenuche_.
BÉGUIN, s. m. Tête,--dans l'argot des faubouriens.
BÉGUIN, s. m. Caprice, chose dont on _se coiffe_ volontiers l'esprit. Argot de Breda-Street.
_Avoir un béguin pour une femme._ En être très amoureux.
_Avoir un béguin pour un homme._ Le souhaiter pour amant quand on est femme--légère.
On disait autrefois _S'embéguiner_.
BEIGNE, s. f. Soufflet ou coup de poing,--dans l'argot du peuple, qui emploie ce mot depuis des siècles.
On dit aussi _Beugne_.
BÈLANT, s. m. Mouton,--dans l'argot des voleurs, qui ne se sont pas mis en frais d'imagination pour ce mot.
BÉLIER, s. m. Cocu,--dans l'argot des voyous, pour qui les infortunes domestiques n'ont rien de sacré.
BELLE, s. f. Dernière partie,--dans l'argot des joueurs.
BELLE, s. f. Occasion favorable; revanche. Argot du peuple.
_Attendre sa belle._ Guetter une occasion.
_Être servi de belle._ Être arrêté à faux.
Cette dernière expression est plus spécialement de l'argot des voleurs.
BELLE À LA CHANDELLE, s. m. Femme laide, qui n'a d'éclat qu'aux lumières. Argot du peuple.
BELLE DE NUIT, s. f. Fille qui hante les brasseries et les bals. Même argot.
BÉNEF, s. m. Apocope de _Bénéfice_,--dans l'argot des bohèmes et du peuple.
BENI-MOUFFETARD, s. m Habitant du faubourg Saint-Marceau,--dans l'argot des ouvriers qui ont été troupiers en Algérie.
BÉNIR BAS, v. a. Donner un ou des coups de pied au derrière de quelqu'un,--comme ferait par exemple un père brutal à qui son fils aurait précédemment demandé, avec sa bénédiction, quelques billets de mille francs pour courir le monde.
BÉNIR SES PIEDS, v. a. Être pendu,--dans l'argot impitoyable du peuple, qui fait allusion aux derniers _gigottements_ d'un homme accroché volontairement à un arbre ou involontairement à une potence.
BÉNISSEUR, s. m. Père noble, dans l'argot des coulisses, où «le vertueux Moëssard» passe pour l'acteur qui savait le mieux bénir.
BENOITON, s. m. Jeune homme du monde qui parle argot comme on fait dans _La famille Benoiton_, pièce de M. Sardou.
BENOITON (Mme). Se dit d'une femme sans cesse absente de sa maison.
BENOITONNE, s. f. Jeune fille bien élevée qui parle la langue des filles.
BEQ, s. m. Ouvrage,--dans l'argot des graveurs sur bois, qui se partagent souvent à quatre ou cinq un dessin fait sur quatre ou cinq _morceaux_ de bois assemblés.
BÉQUET, s. m. Petite pièce de cuir mise à un soulier,--dans l'argot des cordonniers; petit morceau de bois à graver,--dans l'argot des graveurs; petit ajouté de copie,--dans l'argot des typographes.
BÉQUETER, v. a. et n. Manger,--dans l'argot du peuple, qui n'oublie jamais son _bec_.
BÉQUILLARD. s. m. Vieillard,--dans l'argot des faubouriens, qui n'ont pas précisément pour la vieillesse le même respect que les Grecs.
BÉQUILLE, s. f. Potence,--dans l'argot des voleurs, dont les pères ont eu l'occasion de remarquer de près l'analogie qui existe entre ces deux choses.
BÉQUILLER, v. a. et n. Manger,--dans l'argot des faubouriens.
BÉQUILLEUR, s. m. Bourreau,--probablement parce qu'il est le représentant de la Mort, qui va PEDE CLAUDO comme la Justice.
BERBIS, s. f. Brebis,--dans l'argot du peuple, fidèle à l'étymologie (_vervex_, _vervecis_) et à la tradition:
«Ne remist buef ne vac, ne chapuns, ne geline, Cheval, porc, ne berbiz, ne de ble plaine mine,»
dit un poème du XIIIe siècle.
BERCEAU, s. m. Entourage de tombe,--dans l'argot des marbriers de cimetière, qui croient que les morts ont besoin d'être abrités du soleil.
BERDOUILLE, s. f. Ventre,--dans l'argot des faubouriens.
BERGE, s. f. Année,--dans l'argot des voleurs.
BERGÈRE, s. f. Maîtresse,--dans l'argot des troupiers.
BERLAUDER, v. n. Flâner, aller de cabaret en cabaret. Argot des faubouriens.
Cette expression est certainement le résultat d'une métathèse: on a dit, on dit encore, _berlan_ pour _brelan_, _berlandier_ pour _brelandier_,--et _berlauder_ pour _brelander_.
BERLINE DE COMMERCE, s. f. Commis marchand,--dans l'argot des voleurs.
BERLU, s. m. Aveugle, homme qui a naturellement la _berlue_. Même argot.
BERLUE, s. f. Couverture,--dans le même argot.
BERNIQUE-SANSONNET! C'est fini; il n'y a plus rien ni personne. Littré dit «_Berniquet pour Sansonnet_: tu n'en auras pas.» C'est une variante dans l'argot populaire.
BERRI, s. m. Hotte,--dans l'argot des chiffonniers.
BERRIBONO, s. m. Homme facile à duper,--dans l'argot des voleurs.
Ils disent aussi _Béricain_.
BERRY, s. m. Capote d'études,--dans l'argot des polytechniciens.
BERTELO s. m. Pièce d'un franc,--dans l'argot des voleurs.
BERTRAND, s. m. Compère de filou ou de faiseur,--dans l'argot du peuple, qui a gardé les souvenir de la légende de Robert-Macaire.
BESOUILLE, s. f. Ceinture,--dans l'argot des voleurs, qui y serrent leurs _bezzi_, nom italien des _deniers_.
BESSONS, s. m. pl. Les deux seins,--des jumeaux en effet. Argot du peuple.
BESTIASSE, s. m. Imbécile, plus que bête,--dans l'argot du peuple.
BESTIOLE, s. f. Petite bête, au propre et au figuré,--dans l'argot du peuple, qui a parfois des qualificatifs caressants.
BÊTA, s. et adj. Innocent et même niais,--dans l'argot du peuple.
BÊTE, s. f. Filou chargé de jouer le troisième rôle dans la partie de billard proposée au provincial par _l'emporteur_.
BÊTE-A-CORNES, s. f. Fourchette,--dans l'argot des voyous.
BÊTE-A-PAIN, s. f. L'homme,--dans l'argot du peuple.
BÊTE COMME SES PIEDS. Se dit,--dans l'argot populaire,--de tout individu extrêmement bête.
BÊTE COMME UN CHOU. Extrêmement bête,--dans l'argot des bourgeois qui calomnient cette crucifère.
BÊTE ÉPAULÉE, s. f. Fille qui, le jour de ses noces, n'a pas le droit de porter le bouquet de fleurs d'oranger,--dans l'argot du peuple, cruel quand il n'est pas grossier.
BÊTE NOIRE, s. f. Chose ou personne qui déplaît, que l'on craint ou que l'on méprise. Argot des bourgeois.
_Être la bête noire de quelqu'un._ Être pour quelqu'un un objet d'ennui ou d'effroi.
BÊTISES, s. f. pl. Grivoiseries,--dans l'argot des bourgeoises, qui trouvent très spirituels les gens mal élevés qui en disent devant elles.
BETTANDER, v. n. Mendier,--dans l'argot des filous.
BETTERAVE, s. f. Nez d'ivrogne,--dans l'argot des faubouriens, par allusion à la ressemblance de forme et de couleur qu'il a avec la _beta vulgaris_.
BEUGLANT (Le). Café-concert.
BEUGLER, v. n. Pleurer,--dans l'argot du peuple.
BEURRE, s. m. Argent monnayé; profit plus ou moins licite. Argot des faubouriens. _Faire son beurre._ Gagner beaucoup d'argent, retirer beaucoup de profit dans une affaire quelconque.
_Y aller de son beurre._ Ne pas craindre de faire des frais, des avances, dans une entreprise.
BEURRE (C'est un). C'est excellent, en parlant des choses, quelles qu'elles soient. Même argot.
BEURRE DEMI-SEL, s. m. Fille ou femme qui n'est plus honnête, mais qui n'est pas encore complètement perdu. Argot du peuple.
BEURRIER, s. m. Banquier,--dans l'argot des voleurs.
BÉZEF, adv. Beaucoup,--dans l'argot des faubouriens qui ont servi en Afrique et en ont rapporté quelques mots de la langue sabir.
BIARD, s. m. Côté,--dans l'argot des voleurs, qui voient les choses de _biais_.
BIBARD, s. m. Vieil ivrogne, ou vieux débauché,--dans l'argot du peuple, qui cependant ne sait pas que boire vient de _bibere_.
BIBARDER, v. n. Vieillir dans la fange, dans la misère.
BIBASSE, s. f. Vieille femme.
BIBASSERIE, s. f. Vieillesse. On dit aussi _Bibarderie_.
BIBASSIER, s. m. Vieil homme.
Signifie aussi _Ivrogne_,--le vin étant le lait des vieillards.
BIBELOT, s. m. Objet de fantaisie, qu'il est de mode, depuis une vingtaine d'années, de placer en évidence sur une étagère. Les porcelaines de Saxe, de Chine, du Japon, de Sèvres, les écailles, les laques, les poignards, les bijoux voyants, sont autant de bibelots.
Par extension: Objet de peu de valeur.
Ce mot est une corruption de _Bimbelot_, qui signifiait à l'origine jouet d'enfants, et formait un commerce important, celui de la _bimbeloterie_. Aujourd'hui qu'il n'y a plus d'enfants, ce commerce est mort; ce sont les marchands de curiosités qui ont succédé aux _bimbelotiers_.
BIBELOT, s. m. Havresac, porte-manteau,--dans l'argot des soldats.
BIBELOTTER, v. a. Vendre ses bibelots, et, par extension, ses habits, ses meubles, etc. Argot des filles et des bohèmes.
Par extension aussi: _Bibelotter une affaire_ dans le sens de _Brasser_.
BIBELOTTER (Se), v. réfl. S'arranger pour le mieux, se _mijoter_. Argot des faubouriens.
BIBERON, s. m. Ivrogne,--dans l'argot du peuple, qui cependant ne doit pas connaître le jeu de mots (_Biberius_) fait sur le nom de Tibère, impérial buveur.
BIBI, s. m. Petit nom d'amitié,--dans l'argot des faubouriens; petit nom d'amour,--dans l'argot des petites dames.
BIBINE, s. m. Cabaret de barrière,--dans l'argot des chiffonniers.
BIBON, s. m. Vieillard qu'on ne respecte pas, parce qu'il ne se respecte pas lui-même.
C'est une corruption péjorative du mot _barbon_.
BICHE, s. f. Demoiselle de petite vertu, comme l'encre de Guyot; variété de fille entretenue.
Le mot a été créé en 1857 par Nestor Roqueplan.
BICHETTE, s. f. Petit nom d'amitié ou d'amour,--dans l'argot des petites dames et de leurs Arthurs.
BICHON, s. m. Petit jeune homme qui joue le rôle de Théodore Calvi auprès de n'importe quels _Vautrin_.
BICHONNER, v. a. Arranger avec coquetterie: friser comme un _bichon_. Argot des bourgeois.
_Se bichonner._ S'adoniser.
BIDET, s. m. «Moyen très ingénieux, dit Vidocq, qui sert aux prisonniers à correspondre entre eux de toutes les parties du bâtiment dans lequel ils sont enfermés; une corde passée à travers les barreaux de leur fenêtre, et qu'ils font filer suivant le besoin en avant ou en arrière, porte une lettre et rapporte la réponse.»
BIDOCHE, s. f. Viande,--dans l'argot des faubouriens.
_Portion de bidoche._ Morceau de bœuf bouilli.
BIDONNER À LA CAMBUSE, v. n. Boire au cabaret,--dans l'argot des marins.
BIEN, s. m. Mari ou femme,--dans l'argot du peuple, qui a tout dit quand il a dit _Mon bien_. C'est plus énergique que _ma moitié_.
BIEN, adj. et s. Distingué,--dans l'argot des petites dames.
BIEN MIS, s. m. Bourgeois,--dans l'argot du peuple.
BIENSÉANT, s. m. Le derrière de l'homme et de la femme,--dans l'argot des bourgeoises.
BIER, v. n. Aller,--dans l'argot des voleurs.
BIFIN, s. m. Chiffonnier,--dont le crochet sert à _deux fins_, à travailler et à se défendre.
BIGARD, s. m. Trou,--dans l'argot des voleurs.
D'où _Bigardée_ pour Trouée, Percée.
BIGE, s. m. Ignorant,--dans le même argot.
BIGEOIS ou BIGOIS, s. m. Imbécile, homme _bige_.
BIGORNE, s. m. L'argot des voleurs,--monstre _bicorniger_ en effet, corne littéraire d'un côté, corne philosophique de l'autre, qui voit rouge et qui écrit noir, qui épouvante la conscience humaine et réjouit la science philologique.
BIGORNEAU, s. m. Sergent de ville,--dans l'argot du peuple.
BIGOTTER, v. a. Prier Dieu,--dans l'argot des faubouriens.
BIGREMENT, adv. Extrêmement,--dans l'argot des bourgeois qui n'osent pas employer un superlatif plus énergique.
BIJOU, s. m. Ornement particulier,--dans l'argot des francs-maçons.
_Bijou de loge._ Celui qui se porte au côté gauche.
_Bijou de l'ordre._ L'équerre attachée au cordon du Vénérable, le niveau attaché au cordon du premier surveillant, et la perpendiculaire attachée au cordon du second surveillant.
BIJOUTERIE, s. f. Frais avancés, argent déboursé. Argot des ouvriers et des patrons.
BIJOUTIER, ÈRE, s. Marchand, marchande d'_arlequins_,--dans l'argot des faubouriens, à qui ces détritus culinaires «_reluisent_ dans le ventre».
BIJOUTIER SUR LE GENOU, s. m. Cordonnier.
On dit aussi: _Bijoutier en cuir_. Au XVIIe siècle, on disait: _Orfèvre en cuir_.
BILBOQUET, s. m. Femme grosse et courte,--dans l'argot du peuple.
BILBOQUET, s. m. Homme qui est le _jouet_ des autres.
BILBOQUET, s. m. Menues impressions, telles que prospectus, couvertures, têtes de lettres, etc.,--dans l'argot des typographes.
BILLANCER, v. n. Faire son temps,--dans l'argot des voleurs.
BILLANCHER, v. a. et n. Payer, donner de la _bille_. Argot des faubouriens.
On dit aussi _Biller_.
BILLARD DE CAMPAGNE, s. m. Mauvais billard,--dans l'argot des bourgeois.
BILLE, s. f. L'argent,--dans l'argot des voleurs qui n'ont pas l'air de se douter que nous avons eu autrefois de la monnaie de _billon_.
BILLE À CHÂTAIGNE, s. f. Figure grotesque,--dans l'argot des faubouriens.
BILLEMON, s. m. Billet,--dans l'argot des voleurs.
BILLET DE CINQ, s. m. Billet de cinq cents francs,--dans l'argot des bourgeois, qui savent aussi bien que les Anglais que _time is money_, et qui ne perdent pas le leur à prononcer des mots inutiles.
Ils disent de même: _Billet de mille_.
BINELLE, s. f. Faillite,--dans l'argot des voleurs.
_Binelle-lof._ Banqueroute.
BINELLIER, s. m. Banqueroutier.
BINETTE, s. f. Figure humaine,--dans l'argot des faubouriens, qui me font bien l'effet d'avoir inventé ce mot, tout moderne, sans songer un seul instant au perruquier Binet et à ses perruques, comme voudrait le faire croire M. Francisque Michel, en s'appuyant de l'autorité d'Edouard Fournier, qui s'appuie lui-même de celle de Salgues. Pourquoi tant courir après des étymologies, quand on a la ressource de la génération spontanée?
BINOMES, s. m. pl. Camarades de chambre à l'École d'application de Fontainebleau, et compagnons d'études à l'Ecole polytechnique; amis, copains, frères d'adoption qui ne se ressemblent et ne se valent souvent pas, mais qui n'en sont pas moins comme en algèbre, deux termes, unis par - ou par +, et qui n'en forment pas moins à eux deux une quantité.
BIQUE-ET-BOUC, s. m. et f. Créatures des deux genres,--dans l'argot du peuple, ordinairement plus brutal pour ces créatures-là.
BIRBADE, s. f. Vieille femme,--dans l'argot des faubouriens.
BIRBE, s. m. Vieillard.
_Birbe dab._ Grand'père.
BIRBETTE, s. m. Archi-vieillard,--dans l'argot des petites dames, qui ont dû connaître plus d'un _birbante_ italien, anglais, russe ou suédois.
BIRLIBIBI, s. m. Jeu de dés et de coquilles de noix. Argot des voleurs.
BISARD, s. m. Soufflet de cheminée,--dans le même argot.
BISBILLE, s. f. Querelle, fâcherie,--dans l'argot des bourgeois, qui sans doute ne savaient pas que ce mot vient de l'italien _bisbiglio_ (murmure).
Être _en bisbille_. Être brouillés.
BISCAYE, n. de l. Bicêtre,--dans l'argot des voleurs.
BISQUANT, adj. Ennuyeux, désagréable,--dans l'argot du peuple.
BISQUER, v. n. Enrager,--dans l'argot des écoliers.
BISSARD, s. m. Pain _bis_,--dans l'argot des voyous.
BITUMER, v. n. Raccrocher les passants,--dans l'argot des filles habituées du _trottoir_.
On dit mieux _Faire le bitume_.
BITURE, s. f. Réfection copieuse,--dans l'argot des faubouriens.
BITURER, v. n. Manger copieusement.
BLAGUE, s. f. Gasconnade essentiellement parisienne,--dans l'argot de tout le monde.
Les étymologistes se sont lancés tous avec ardeur à la poursuite de ce chastre,--MM. Marty-Laveaux, Albert Monnier, etc.,--et tous sont rentrés bredouille. Pourquoi remonter jusqu'à Ménage? Un gamin s'est avisé un jour de la ressemblance qu'il y avait entre certaines paroles sonores, entre certaines promesses hyperboliques, et les vessies gonflées de vent, et la _blague_ fut!
_Avoir de la blague._ Causer avec verve, avec esprit, comme Alexandre Dumas, Méry ou Nadar.
_Avoir la blague du métier._ Faire valoir ce qu'on sait; parler avec habileté de ce qu'on fait.
_Ne faire que des blagues._ Gaspiller son talent d'écrivain dans les petits journaux, sans songer à écrire le livre qui doit rester.
_Pousser une blague._ Raconter d'une façon plus ou moins amusante une chose qui n'est pas arrivée.
BLAGUE SOUS LES AISSELLES! Expression de l'argot des ouvriers, pour signifier qu'ils cessent de plaisanter, qu'ils vont parler sérieusement, et pour inviter les interlocuteurs à en faire autant.
On dit aussi: _Blague dans le coin_.
BLAGUER, v. n. Mentir d'une agréable manière, ou tout simplement parler.
_Blaguer quelqu'un._ Se moquer de lui.
BLAGUES A TABAC, s. f. pl. Seins plus dignes d'une sauvagesse de la Nouvelle-Calédonie que d'une femme civilisée. Argot des faubouriens.
«Si encore il y avait un peu de tabac dans tes blagues!» ai-je entendu dire un jour par un faubourien à une fille qui buvait au même saladier que lui.
BLAGUEUR, s. m. Gascon né sur les bords de la Seine, dont le type extrême est le _baron de Worsmspire_ et le type adouci le _Mistigris_ de Balzac.
BLAIREAU, s. m. Conscrit,--dans l'argot des vieux troupiers.
BLAIREAU, s. m. Jeune homme de famille qui se croit des aptitudes littéraires et qui, en attendant qu'il les manifeste, mange sa légitime en compagnie de bohèmes littéraires.
BLAIREAUTER, v. a. Peindre avec trop de minutie.--dans l'argot des artistes qui n'ont encore pu digérer Meissonnier.
BLANC, s. m. Légitimiste,--dans l'argot du peuple, par allusion au drapeau fleurdelisé de nos anciens rois.
BLANC, s. m. Vin blanc,--dans le même argot.
BLANCHISSEUR, s. m. Celui qui revise un manuscrit, qui le polit,--dans l'argot des gens de lettres, par allusion à l'action du menuisier, qui, à coups de rabot, fait d'une planche rugueuse une planche lisse.
Signifie aussi Avocat.
BLANCHISSEUSE DE TUYAUX DE PIPES, s. f. Fille ou femme de mauvaise vie,--dans l'argot du peuple.
BLANC-VILAIN, s. m. Distributeur de boulettes municipales destinées aux chiens errants,--dans l'argot des faubouriens, qui, d'un nom propre probablement, ont fait une qualification applicable à une profession.
BLANQUETTE, s. f. Argenterie,--dans l'argot des voleurs.
BLASÉ, ÉE, ad. Enflé, ée,--dans l'argot des voleurs, qui ont emprunté cette expression à l'allemand _blasen_ (Souffler).
BLAVIN, s. m. Mouchoir,--dans le même argot.
BLAVINISTE, s. m. Pick-pocket qui a la spécialité des mouchoirs.
BLÉ BATTU, s. m. Argent,--dans l'argot des paysans de la banlieue de Paris, pour qui blé en grange représente en effet de l'argent.
_Avoir du blé en poche._ Avoir de l'argent dans sa bourse.
_N'avoir pas de blé._ N'avoir pas le sou.
BLEU, s. m. Bonapartiste,--dans l'argot du peuple, rendant ainsi à ses adversaires qui l'appellent _rouge_, la monnaie de leur couleur.
Les chouans appelaient _Bleus_ les soldats de la République, qui les appelaient _Blancs_.
BLEU, s. m. Conscrit,--dans l'argot des troupiers; cavalier nouvellement arrivé,--dans l'argot des élèves de Saumur.
BLEU, s. m. Manteau,--dans l'argot des voyous, qui ont voulu consacrer à leur façon la mémoire de Champion.
BLEU, s. m. Vin de barrière,--dans l'argot du peuple, qui a remarqué que ce Bourgogne apocryphe tachait de bleu les nappes des cabarets.
On dit aussi _Petit bleu_.
BLEU, s. m. Marque d'un coup de poing sur la chair.
_Faire des bleus._ Donner des coups.
BLEU, adj. Surprenant, excessif, invraisemblable.
_C'est bleu._ C'est incroyable.
_En être bleu._ Être stupéfait d'une chose, n'en pas revenir, _se congestionner_ en apprenant une nouvelle.
_Être bleu._ Être _Étonnamment_ mauvais,--dans l'argot des coulisses.
On disait autrefois: _C'est vert!_ Les couleurs changent, non les mœurs.
BLOC, s. m. La salle de police. Argot des soldats.
_Être au bloc._ Être consigné.
Signifie aussi Prison.
BLOCKHAUS, s. m. Garni,--dans l'argot des chiffonniers, qui parlent allemand sans le savoir.
BLONDE, s. f. Maîtresse,--dans l'argot des ouvriers.
BLOQUER, v. a. Mettre un soldat au bloc, à la salle de police,--ce qui est le _boucler_, vieille forme du verbe _blouquet_.
BLOQUER, v. a. Abandonner,--dans l'argot des voleurs.
BLOQUER, v. a. Jouer à la bloquette,--dans l'argot des enfants.
BLOQUETTE, s. f. Jeu de billes, auquel on _bloque_.
BLOQUIR, v. a. Vendre des objets volés, ordinairement en _bloc_. (V. _Abloquer_.)
BLOT, s. m. Prix d'une chose,--dans l'argot des faubouriens.
_C'est mon blot!_ Cela me convient.
BLOUSE (La). Le peuple,--dans l'argot dédaigneux des gandins.
BLOUSER (Se), v. réfl. Faire un pas de clerc, une sottise; se tromper,--dans l'argot du peuple, qui a voulu faire une allusion à la _blouse_ du billard.
BLOUSIER, s. m. Voyou, porteur de blouse,--dans l'argot des gens de lettres.
BOBÊCHON, s. m. La tête,--dans l'argot du peuple, par allusion à la bobêche qui surmonte le chandelier.
_Se monter le bobêchon._ S'illusionner sur quelqu'un ou sur quelque chose; se promettre monts et merveilles d'une affaire--qui accouche d'une souris.
BOBELINS, s. m. pl. Bottes,--dans l'argot des marchandes du Temple, qui ont l'air d'avoir lu Rabelais.
BOBINE, s. f. Tête, visage,--dans l'argot du peuple, qui a constaté fréquemment les _bobes_ ou grimaces que les passions font faire à la figure humaine, d'ailleurs terminée _cylindriquement_.
BOBINO, s. m. Montre,--dans l'argot des voleurs.
Ils disent aussi _Bobine_.
BOBINO. Le théâtre du Luxembourg, qui a disparu. Argot des étudiants.
On disait aussi _Bobinche_ et _Bobinski_.
BOBO, s. m. Mal,--dans l'argot des enfants.
_Il n'y a pas de bobo._ Il n'y a pas de mal,--dans l'argot des faubouriens, qui parlent ici au figuré.
BOBOSSE, s. m. Vieux galantin bossu,--dans l'argot du peuple.
BOBOSSE, s. f. Fille ou femme affligée d'une gibbosité. Argot des faubouriens.
BOCAL, s. m. Carreau de vitre,--dans l'argot des faubouriens.
BOCAL, s. m. Estomac.
_Se garnir le bocal._ Manger.
BOCAL, s. m. Logement.
BOCARD, s. m. Mauvais lieu habité par des femmes de mauvaise vie. Argot des soldats.
BOCHE, s. m. Mauvais sujet--dans l'argot des petites dames, qui le préfèrent au _muche_. (V. ce dernier mot.)
BOCOTTER, v. n. Murmurer, marmotter entre ses dents; rechigner,--dans l'argot du peuple.
BOEUF, s. m. Second ouvrier, celui à qui l'on fait faire la besogne la plus pénible. Argot des cordonniers.
BOEUF, adj. Enorme, extraordinaire,--dans l'argot des faubouriens.
_Avoir un aplomb bœuf._ Avoir beaucoup d'aplomb.
BOGUE, s. f. Montre,--dans l'argot des voleurs.
_Bogue en jonc._ Montre en or.
_Bogue en plâtre._ Montre en argent.
BOGUISTE, s. m. Horloger.
BOHÈME, s. f. Etat de chrysalide,--dans l'argot des artistes et des gens de lettres arrivés à l'état de papillons. Purgatoire pavé de créanciers, en attendant le Paradis de la Richesse et de la Députation; vestibule des honneurs, de la gloire et du million, sous lequel s'endorment--souvent pour toujours--une foule de jeunes gens trop paresseux ou trop découragés pour enfoncer la porte du Temple.
BOHÈME, s. m. Paresseux qui use ses manches, son temps et son esprit sur les tables des cafés littéraires et des parlottes artistiques, en croyant à l'éternité de la jeunesse, de la beauté et du crédit, et qui se réveille un matin à l'hôpital comme phthisique ou en prison comme escroc.
Ce mot et le précédent sont vieux,--comme la misère et le vagabondage. Ce n'est pas à Saint-Simon seulement qu'ils remontent, puisque, avant le filleul de Louis XIV, Mme de Sévigné s'en était déjà servie. Mais ils avaient disparu de la littérature: c'est Balzac qui les a ressuscités, et après Balzac, Henri Murger--dont ils ont fait la réputation.
BOIRE DU LAIT, v. a. Avoir un joli succès, dans l'argot des comédiens, assez _chats_.
BOIRE UNE GOUTTE, v. a. Être sifflé,--dans le même argot.
_Payer une goutte._ Siffler.
BOIS POURRI, s. m. Amadou, dans l'argot des voyous.
BOISSEAU, s. m. Schako,--dans l'argot des vieux troupiers.
BOISSONNER, v. n. Boire plus que de raison.
BOISSONNIER, s. m. Ivrogne.
BOIS-TORTU, s. m. Vigne,--dans l'argot des voleurs, qui ont emprunté ce mot aux poètes du XVIIe siècle.
BOITE, s. f. Théâtre de peu d'importance,--dans l'argot des comédiens; bureaux de ministère,--dans l'argot des employés; bureau de journal,--dans l'argot des gens de lettres; le magasin ou la boutique,--dans l'argot des commis.
BOITE A CORNES, s. f. Chapeau, coiffure quelconque,--dans l'argot des faubouriens.
BOITE AU LAIT, s. f. La gorge,--dans l'argot du peuple, qui se souvient de sa nourrice.
BOITE A DOMINOS, s. f. Cercueil,--dans l'argot des faubouriens.
BOITE A SURPRISES, s. f. La tête d'un homme de lettres. Argot des voleurs.
BOITE AU SEL, s. f. La tête, siège de l'esprit. Argot des faubouriens.
_Avoir un moustique dans la boîte au sel._ Être un peu fou, un peu maniaque.
BOITE AUX CAILLOUX, s. f. Prison. Même argot.
BOITE DE PANDORE, s. f. Boîte dans laquelle les voleurs renferment la cire à prendre les empreintes,--et de laquelle sortent tous les _mots_ qu'ils ont avec la justice.
BOITER DES CHASSES, v. n. Être borgne ou être affecté de strabisme,--dans l'argot des voleurs, qui se sont rencontrés ici dans la même image avec l'écrivain qui a dit le premier, à propos d'Esope, qu'il _louchait de l'épaule_.
BOLIVAR, s. m. Chapeau,--dans l'argot du peuple, qui ignore peut-être que c'est le nom de l'émancipateur des colonies espagnoles, et qui le donne indistinctement à tout couvre-chef, de feutre ou de paille, rond ou pointu, parce que c'est une habitude pour lui, depuis la Restauration.
BOMBÉ, adj. et s. Bossu.
BON, s. m. Homme sur lequel on peut compter,--dans l'argot du peuple, à qui l'adjectif ne suffisait pas, paraît-il.
BONBONNIÈRE A FILOUS, s. f. Omnibus,--dans l'argot des voyous, qui savent mieux que personne avec quelle facilité on peut _barboter_ dans ces voitures publiques.
BON CHEVAL DE TROMPETTE, s. m. Homme qui ne s'effraye pas aisément, dans l'argot du peuple.
BON DIEU, s. m. Sabre,--dans l'argot des fantassins.
BONDY-SOUS-MERDE, n. d. l. Le village de Bondy, à cause du dépotoir. Argot des faubouriens.
Autrefois on disait _Pantin-sur-Merde_.
BONHOMME, s. m. Saint,--dans l'argot des voleurs, et du peuple.
BONICARD, s. m. Vieil homme,--dans l'argot des voleurs.
_Bonicarde._ Vieille femme.
BONIFACE, s. m. Homme simple et même niais,--dans l'argot du peuple, auprès de qui la bonté n'a jamais été une recommandation.
BONIFACEMENT, adv. Simplement, à la bonne franquette.
BONIMENT, s. m. Discours par lequel un charlatan annonce aux badauds sa marchandise, qu'il donne naturellement comme _bonne_; Parade de pître devant une baraque de «phénomènes».
Par analogie, manœuvres pour tromper.
BONIR, v. n. Se taire,--dans l'argot des marbriers de cimetière.
BONIR, v. a. Dire, parler,--dans l'argot des voleurs.
BONISSEUR, s. m. Celui qui fait l'annonce, le _boniment_. Argot des saltimbanques.
BONJOUR (Vol au), s. m. Espèce de vol que son nom désigne clairement. Le chevalier d'industrie, dont c'est la spécialité, monte de bonne heure dans un hôtel garni, où on laisse volontiers les clés sur les portes, frappe au hasard à l'une de celles-ci, entre s'il n'entend pas de réponse, et, profitant du sommeil du locataire, fait main basse sur tout ce qui est à sa portée,--quitte à lui dire, s'il se réveille: «_Bonjour_, Monsieur; est-ce ici que demeure M.***?»
BONJOURIER, s. m. Voleur au _Bonjour_.
On dit aussi: _Chevalier grimpant_,--par allusion aux escaliers que ce malfaiteur doit _grimper_.
BON MOTIF, s. m. Mariage,--dans l'argot des bourgeois.
BONNE, s. f. Chose amusante ou étonnante, _bonne_ à noter.
_En dire de bonnes._ Raconter des histoires folichonnes.
_En faire de bonnes._ Jouer des tours excessifs.
BONNE AMIE, s. f. Maîtresse,--dans l'argot des ouvriers.
Une expression charmante, presque aussi jolie que le _sweetheart_ des ouvriers anglais, et qu'on a tort de ridiculiser.
BONNE-GRACE, s. f. _Toilette_ de tailleur.
BONNET DE NUIT SANS COIFFE, s. m. Homme mélancolique,--dans l'argot du peuple.
BONNET D'ÉVÊQUE, s. m. Le train de derrière d'une volaille. Argot des bourgeois.
BONNET D'ÉVÊQUE, s. m. Petite loge du cintre. Argot des coulisses.
BONNETEUR, s. m. Filou qui, dans les fêtes des environs de Paris, tient des jeux de cartes où l'on ne gagne jamais.
BONNETIER, s. m. Homme vulgaire, ridicule,--dans l'argot des gens de lettres, qui méprisent les commerçants autant que les commerçants les méprisent.
BONNET JAUNE, s. m. Pièce de vingt francs,--dans l'argot des filles.
BON NEZ, s. m. Homme fin, qui devine ce qu'on veut lui cacher, au figuré, ou qui, au propre, devine qu'un excellent dîner se prépare dans une maison où il s'empresse d'aller--quoique non invité.
C'est l'_olfacit sagacissime_ de Mathurin Cordier.
BONNICHON, s. m. Petit bonnet d'ouvrière,--dans l'argot du peuple.
BONO, adj. Bon, passable,--dans l'argot des faubouriens qui ont servi dans l'armée d'Afrique.
BON POUR CADET! Se dit d'une lettre désagréable ou d'un journal ennuyeux que l'on met dans sa poche pour servir de _cacata charta_. C'est l'histoire du sonnet d'Oronte.
BONSHOMMES, s. m. pl. Croquis,--dans l'argot des écoliers.
Ils disent _Bonhommes_.
BONSHOMMES, s. m. pl. Nom que, par mépris, les filles donnent à leurs amants, et les gens de lettres à leurs rivaux.
BORDÉE, s. f. Débauche de cabaret,--dans l'argot des ouvriers, qui se souviennent d'avoir été soldats de marine.
_Courir une bordée._ S'absenter de l'atelier sans permission.
_Tirer une bordée._ Se débaucher.
BORDEL, s. m. _Prostibulum_,--dans l'argot du peuple, qui parle comme Joinville, comme Montaigne, et comme beaucoup d'autres:
«Miex ne voulsist estre mesel Et ladres vivre en ung bordel Que mort avoir ne le trespas.»
dit l'auteur du roman de _Flor et Blanchefleur_.
BORDEL, s. m. Petit fagot de deux sous,--dans l'argot des charbonniers.
BORDELIER, s. et adj. Homme qui se plaît dans le libertinage.
Le mot a plus de cinq cents ans de noblesse populaire, ainsi que cela résulte de cette citation du _Roman de la Rose_:
«Li aultre en seront difamé, Ribaut et bordelier clamé.»
BORGNE, s. m. Le derrière de l'homme et de la femme,--dans l'argot des faubouriens.
BORGNER, v. a. Regarder,--dans l'argot des marbriers de cimetière, qui clignent un œil pour mieux voir de l'autre.
BORGNESSE, s. f. Femme borgne,--dans l'argot du peuple.
BORGNIAT, s. m. Homme borgne.
BOSCOT, BOSCO, s. m. Bossu.
Au féminin, _Boscotte_.
BOSSE, s. f. Excès de plaisir et de débauche.
_Se donner une bosse._ Manger et boire avec excès.
_Se faire des bosses._ S'amuser énormément.
_Se donner une bosse de rire._ Rire à ventre déboutonné.
BOSSOIRS, s. m. pl. La gorge d'une femme,--dans l'argot des marins.
BOTTER, v. a. Plaire, agréer, convenir,--dans l'argot du peuple.
BOTTER, v. a. Donner un coup de pied au cul de quelqu'un.
BOTTES DE NEUF JOURS, s. f. pl. Bottes percées,--dans l'argot des faubouriens,--qui disent aussi _Bottes en gaieté_.
BOTTIER, s. m. Homme qui se plaît à donner des coups de botte aux gens qui ne lui plaisent pas.
On dit d'un artiste en ce genre: _C'est un joli bottier_.
BOUANT, s. m. Cochon,--dans l'argot des voyous, sans doute à cause de la _boue_ qui sert de bauge naturelle au porc.
BOUBANE, s. f. Perruque,--dans l'argot des voleurs.
BOUC, s. m. Cocu,--dans le même argot.
BOUCAN, s. m. Vacarme; rixe de cabaret,--dans l'argot du peuple.
_Faire du boucan._ Faire du scandale,--ce que les Italiens appellent _far bordello_.
_Donner un boucan_. Battre ou réprimander quelqu'un.
BOUCANADE, s. f. Corruption d'un témoin,--dans l'argot des voleurs, qui redoutent le _boucan_ de l'audience.
_Coquer la boucanade._ Suborner un témoin.
BOUCANER, v. n. Sentir mauvais, sentir le _bouc_,--dans l'argot des ouvriers.
BOUCANER, v. n. Faire du bruit, du _boucan_.
BOUCANEUR, s. et adj. Qui se débauche et hante les mauvais lieux.
Boucanière, s. f. Femme légère, qui vit plus volontiers dans les lieux où l'on fait du _Boucan_ que dans ceux où l'on fait son salut.
BOUCARD, s. m. Boutique,--dans l'argot des voleurs.
On dit aussi _Boutogue_.
BOUCARDIER, s. m. Voleur qui dévalise les boutiques.
BOUCHER, s. m. Médecin,--dans l'argot des voleurs, très petites maîtresses lorsqu'il s'agit de la moindre opération chirurgicale.
BOUCHER UN TROU, v. a. Payer une dette,--dans l'argot des bourgeois.
BOUCHON, s. m. Acabit, genre,--dans l'argot du peuple.
_Être d'un bon bouchon._ Être singulier, plaisant, cocasse.
BOUCHON, s. m. Cabaret.
On sait que les cabarets de campagne, et quelques-uns aussi à Paris, sont ornés d'un rameau de verdure,--_boscus_.
BOUCHON, s. m. Bourse,--dans l'argot des voleurs, dont les ancêtres prononçaient _bourçon_.
BOUCLAGE, s. m. Liens, menottes. Même argot.
BOUCLÉ (Être), v. pron. Être emprisonné.
BOUCLER, v. a. Fermer,--même argot.
_Boucler la lourde._ Fermer la porte.
BOUCLEZOZE, s. m. Pain bis. Même argot.
BOUDER, v. a. Avoir peur, reculer,--dans l'argot du peuple.
BOUDER AUX DOMINOS, v. n. Avoir des dents de moins,--dans l'argot des faubouriens.
BOUDIN, s. m. Verrou,--dans l'argot des voleurs.
BOUDINS, s. m. pl. Mains trop grasses, aux doigts ronds, sans nodosités. Argot du peuple.
BOUÉ, s. m., ou BOUÉE, s. f. Trou,--dans le même argot.
C'est un nom emprunté au patois manceau.
BOUE JAUNE, s. f. L'or,--dans lequel pataugent si gaiement tant de consciences, heureuses de se crotter.
L'expression est de Mirabeau.
BOUEUX, s. m. Celui qui ramasse la boue des rues de Paris et la jette dans un tombereau.
BOUFFARD, s. m. Fumeur,--dans l'argot du peuple, qui a remarqué, sans doute, qu'en fumant on enfle ou _bouffe_ les joues.
BOUFFARDE, s. f. Pipe.
BOUFFARDER, v. n. Fumer.
BOUFFARDIÈRE, s. f. Estaminet, et, par extension, Cheminée. Argot des voleurs.
BOUFFE-LA-BALLE, s. m. Gourmet, goinfre,--dans l'argot du peuple.
Se dit aussi d'un Homme dont le visage est un peu soufflé.
BOUFFER (Se). Se battre--dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi _Se bouffer le nez_.
BOUFFER, v. n. Manger,--dans l'argot du peuple, qui aime les mots qui font image.
BOUFFETER, v. n. Causer, bavarder. Argot des faubouriens.
BOUGIE, s. f. Canne d'aveugle parce qu'elle sert à l'_éclairer_. Même argot.
BOUGIE GRASSE, s. f. Chandelle. Même argot.
BOUGON, s. et adj. Bourru, grondeur,--dans l'argot du peuple, qui pourtant ne sait pas que les abeilles sont appelées _bugones_, par onomatopée sans doute.
On dit aussi _Bougonneur_.
BOUGONNER, v. a. et n. Gronder sans cesse et sans motif.
BOUGRE, s. m. Homme robuste, de bons poings et de grand cœur,--dans l'argot du peuple, qui ne donne pas à ce mot le sens obscène qu'il a eu pendant longtemps.
_Bon bougre._ Bon camarade, loyal ami.
_Bougre à poils._ Homme à qui la peur est inconnue.
_Mauvais bougre._ Homme difficile à vivre.
BOUGREMENT, adv. Extrêmement.
BOUI, s. m. _Prostibulum_,--dans l'argot des voyous.
BOUIBOUI, s. m. Marionnette,--dans l'argot des fabricants de jouets, qui ont probablement emprunté ce mot au cri guttural de Polichinelle.
On écrit aussi _Bouis-bouis_,--je ne sais pas pourquoi puisque c'est une onomatopée. _Bouig-bouig_ serait plus exact alors.
_Ensecreter un bouiboui._ Attacher tous les fils qui doivent servir à faire mouvoir une marionnette.
BOUIBOUI, s. m. Petit théâtre,--dans l'argot des comédiens. Endroit mal famé,--dans l'argot des bohèmes.
BOUILLABAISSE, s. f. Confusion de choses ou de gens. Argot des coulisses et des gens de lettres.
_Faire de la bouillabaisse._ Arranger confusément des choses ou des idées.
BOUILLANTE, s. f. Soupe,--dans l'argot des soldats.
BOUILLIE POUR LES CHATS, s. f. Affaire avortée, chose mal réussie. Argot des bourgeois.
_Faire de la bouillie pour les chats._ Travailler sans profit pour soi ni pour personne.
BOUILLON, s. m. Mauvaise affaire, opération désastreuse. Même argot.
_Boire un bouillon._ Perdre de l'argent dans une affaire.
BOUILLON, s. m. Pluie,--dans l'argot du peuple.
_Bouillon qui chauffe._ Nuage qui va crever.
BOUILLON AVEUGLE, s. m. Bouillon gras qui n'est pas assez gras, dont on ne voit pas les _yeux_. Même argot.
BOUILLON DE CANARD, s. m. Eau.
BOUILLON D'ONZE HEURES, s. m. Breuvage empoisonné.
_Prendre un bouillon d'onze heures._ Se suicider par le poison.
BOUILLONNER, v. n. Perdre de l'argent dans une affaire, _boire un bouillon_.
BOUILLON POINTU, s. m. Lavement.
BOUILLON POINTU, s. m. Coup de baïonnette,--dans l'argot des troupiers.
BOUILLONS, s. m. Livres ou journaux invendus.
BOUIS, s. m. Fouet,--dans l'argot des voleurs.
BOUISER, v. a. Donner le fouet ou du fouet,--selon qu'il s'agit d'un enfant ou d'un cheval.
BOULANGE, s. f. Apocope de _Boulangerie_. Argot des ouvriers.
BOULANGER DES AMES, s. m. Le diable,--dans l'argot des voleurs.
BOULE, s. f. Foire,--dans le même argot.
BOULE, s. f. Tête,--dans l'argot du peuple.
_Bonne boule._ Physionomie grotesque.
_Perdre la boule._ Ne plus savoir ce que l'on fait.
BOULE DE NEIGE, s. f. Nègre,--par une antiphrase empruntée à nos voisins d'outre-Manche, qui disent de tout oncle Tom: _Snow-ball_,--quand ils n'en disent pas: _lily-white_ (blanc de lis).
BOULE DE SIAM, s. f. Tête ridicule, figure grotesque, ayant quelque ressemblance avec le disque percé de deux trous qui sert au jeu de quilles.
BOULE DE SON, s. f. Pain,--dans l'argot des prisons.
BOULE DE SON, s. f. Figure marquée de taches de rousseur,--dans l'argot des faubouriens.
BOULENDOS, s. m. Bossu,--dans l'argot des voyous.
Ils disent aussi _Bosco_, _Bossemar_.
BOULER, v. n. Aller, _rouler_,--dans le même argot.
BOULER, v. a. Pousser quelqu'un brusquement, le secouer brutalement. Argot du peuple.
S'emploie aussi, au figuré, pour gronder, faire d'énergiques reproches.
BOULE ROUGE, s. f. Fille ou femme galante qui habitait le quartier de la Boule-Rouge, dans le faubourg Montmartre.
Comme les mots ne manqueront jamais aux hommes pour désigner les femmes,--du moins une certaine classe de femmes,--ce nom, qui succédait à celui de _lorette_ et qui date de la même époque, a été lui-même remplacé par une foule d'autres, tels que: _filles de marbre_, _prè-catelanières_, _casinettes_, _musardines_, etc., selon les localités.
BOULES DE LOTO, s. f. Yeux gros et saillants,--dans l'argot du peuple, qui ne sait pas que Junon les avait ainsi, et à qui peut-être la chose est parfaitement indifférente.
BOULET A CÔTES, s. m. Melon,--dans l'argot des faubouriens.
Ils disent aussi _Boulet à queue_.
BOULET JAUNE, s. m. Potiron,--dans l'argot des voyous.
BOULETTE, s. f. Bévue, erreur plus ou moins grave. Argot du peuple.
BOULEUSE, s. f. Actrice qui joue tous les rôles, et principalement ceux dont ses camarades, les chefs d'emploi, ne veulent pas. Argot des coulisses.
BOULINER, v. a. Voler,--quand cela exige qu'on fasse des _boulins_ (ou trous) aux murs d'une maison ou aux volets d'une boutique.
Les escrocs des siècles passés disaient _bouler_.
BOULINGUER, v. a. Déchirer,--dans l'argot des voleurs.
Signifie aussi gouverner, conduire,--dans l'argot des vagabonds, qui savent si mal se _boulinguer_ eux-mêmes.
BOULINOIRE, s. f. Vilebrequin.
BOULOTER, Assister un camarade,--dans l'argot des voleurs.
BOULOTS, s. m. pl. Haricots ronds,--dans l'argot des bourgeois.
BOULOTTER, v. a. Manger. Argot du peuple.
BOULOTTER, v. n. Aller doucement, faire de petites affaires. Argot du peuple.
BOULOTTER L'EXISTENCE, v. a. La mener heureuse et douce.
BOULVARI ou BOULEVARI, s. m. Vacarme</sc>, tumulte excessif.
BOUQUET, s. m. Accident heureux ou malheureux.
_C'est le bouquet!_ Cela complète mon malheur.
BOUQUET, s. m. Boni, prime de 25 pour cent accordée à _L'homme de peine_ qui a voulu s'abstenir; _chopin_ de la première affaire. Argot des voleurs.
BOUQUET, s. m. Cadeau,--dans l'argot des voyous.
BOUQUIN, s. m. Livre neuf ou vieux,--dans l'argot des gens de lettres.
C'est une corruption ou une ironie du mot anglais _book_.
BOUQUINER, v. n. Faire la chasse aux livres anciens ou modernes.
BOURBE (La). Nom que le peuple s'obstine à donner à l'hospice de la Maternité de Paris, malgré l'espèce d'infamie cruelle qui semble attachée à cette appellation.
BOURBILLONS, s. m. pl. Filaments d'encre épaisse qui restent dans le bec de la plume. Argot des écoliers.
BOURDON, s. m. Fille publique,--dans l'argot des voleurs.
BOURDON, s. m. Mots oubliés,--dans l'argot des typographes.
BOURGEOIS, s. m. Expression de mépris que croyaient avoir inventée les Romantiques pour désigner un homme vulgaire, sans esprit, sans délicatesse et sans goût, et qui se trouve tout au long dans l'_Histoire comique de Francion_: «Alors lui et ses compagnons ouvrirent la bouche quasi tous ensemble pour m'appeler _bourgeois_, car c'est l'injure que ceste canaille donne à ceux qu'elle estime niais.»
BOURGEOIS, s. m. Patron,--dans l'argot des ouvriers; Maître,--dans l'argot des domestiques.
On dit dans le même sens, au féminin: _Bourgeoise_.
BOURGEOIS, s. m. Toute personne qui monte dans une voiture de place ou de remise,--à quelque classe de la société qu'elle appartienne. Le cocher ne connaît que deux catégories de citoyens; les cochers et ceux qui les payent,--et ceux qui les payent ne peuvent être que des bourgeois.
BOURGEOISADE, s. m. Action mesquine, plate, écœurante,--dans l'argot des gens de lettres et des artistes.
BOURGERON, s. m. Petite blouse de toile bleue,--dans l'argot des ouvriers dont, avec la _cotte_, cela compose le costume de travail.
BOURGUIGNON, s. m. Le soleil, dans l'argot du peuple, qui croit que cet astre n'a été créé par Dieu que pour faire mûrir les vignes de la Côte-d'Or.
BOURRASQUE, s. f. Coup de filet policier,--dans l'argot des voleurs.
BOURRE-COQUINS, s. m. pl. Haricots,--dans l'argot du peuple.
BOURRE-DE-SOIE, s. f. Fille ou femme entretenue,--dans l'argot des voyous.
BOURRÉE, s. f. Bousculade brutale,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi _Bourrade_.
BOURRICHON, s. m. La tête,--dans l'argot des faubouriens, qui prennent les imbéciles pour des huîtres.
_Se monter le bourrichon._ Se faire une idée fausse de la vie, s'exagérer les bonheurs qu'on doit y rencontrer, et s'exposer ainsi, de gaieté de cœur, à de cruels mécomptes et à d'amers désenchantements.
BOURRIQUE, s. f. Imbécile,--dans l'argot du peuple, qui calomnie l'âne.
_Tourner en bourrique._ S'abrutir ne plus savoir ce que l'on fait.
_Faire tourner quelqu'un en bourrique._ L'obséder de reproches ou d'exigences ridicules.
BOURRIQUE A ROBESPIERRE, s. f. Animal aussi fantastique que la bête du Gévaudan, que le peuple se plaît à mettre à toutes les sauces, sans qu'on sache pourquoi. Quand il a dit: _Bête_ (ou _saoûl_, ou _méchant_) _comme la bourrique à Robespierre_, c'est qu'il n'a pas trouvé de superlatif péjoratif plus énergique.
BOURSICOT, s. m. Porte-monnaie et l'argent qu'il contient. Même argot.
BOURSICOTER, v. n. Economiser, mettre de l'argent de côté.
Signifie aussi Faire de petites opérations de Bourse.
BOURSICOTEUR, s. m. Courtier marron de Bourse.
On dit aussi _Boursicotier_.
BOURSILLONNER, v. n. Contribuer pour une petite somme à quelque dépense commune.
BOUSCAILLE, s. f. Boue.--Argot des voleurs.
BOUSCAILLEUR, s. m. Balayeur.
BOUSILLER, v. a. Faire vite et mal,--dans l'argot du peuple, qui sait avec quel sans-façon et quelle rapidité les maçons bâtissent les maisons des champs, avec du crachat et de la _boue_, ou mieux de la _bouse_.
BOUSILLEUR, s. m. Ouvrier qui fait de mauvais ouvrage,--parce qu'il le fait trop vite et sans soin.
BOUSILLEUSE, s. f. Femme qui gaspille volontiers ses robes et l'argent qu'elle gagne,--sans rien faire.
BOUSIN, s. m. Vacarme, scandale,--dans l'argot du peuple.
_Faire du bousin._ Faire du tapage du scandale; se battre à coups de chaises, de tables et de bouteilles.
BOUSIN, s. m. Maison mal famée; cabaret borgne. Argot du du peuple.
M. Nisard, à propos de ce mot, éprouve le besoin de traverser la Manche et d'aller chercher _bowsing_, cabaret à matelots. C'est, me semble-t-il, renverser l'ordre naturel des choses, et faire descendre François Ier de Henri II. _Bowsing_ n'est pas le père, mais bien le fils de _bousin_, qui lui-même est né de la _bouse_ ou de la _boue_. Pour s'en assurer, il suffit de consulter nos vieux écrivains, depuis Régnier jusqu'à Restif de la Bretonne.
BOUSINEUR, s. et adj. Ami du bruit et du scandale.
BOUSINGOT, s. m. Etudiant romantique qui portait des gilets à la Robespierre et était affilié à la Société des saisons: un type héroïque, quoique un peu théâtral, qui a complètement disparu.
BOUSINGOTISME, s. m. Doctrines et mœurs des bousingots.
BOUSSOLE, s. f. Tête,--dans l'argot du peuple, qui sait aussi bien que personne que c'est là que se trouve l'aiguille aimantée appelée la Raison.
_Perdre la boussole._ Devenir fou.
BOUSSOLE DE SINGE, s. f. Fromage de Hollande,--dans l'argot des faubouriens.
Ils disent aussi _Boussole de refroidi_.
BOUSTIFAILLE, s. f. Vivres, nourriture, en un mot ce que Rabelais appelait «le harnois de gueule». Argot du peuple.
BOUSTIFAILLER, v. n. Manger.
BOUT DE CUL, s. m. Petit homme,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi _Bas du cul_.
BOUTANCHE, s. f. Boutique,--dans l'argot des prisons.
On dit aussi _Boutogue_, _Boucard_.
BOUTEILLE, s. f. Nez,--dans l'argot des faubouriens.
BOUTEILLE, s. f. Latrines,--dans l'argot des matelots.
BOUTEILLE A L'ENCRE (C'est la). Se dit, dans l'argot des bourgeois,--de toute affaire embrouillée ou de toute personne aux allures ténébreuses.
BOUTEILLER, v. n. Se dit des globules d'air,--des _bouteilles_,--que forme la pluie dans les ruisseaux lorsqu'elle tombe avec abondance.
BOUTERNE, s. f. Boîte carrée d'assez grande dimension, garnie de bijoux d'or et d'argent numérotés, parmi lesquels il y a l'inévitable «pièce à choisir», qui est ordinairement une montre avec sa chaîne, «d'une valeur de 600 francs», que la marchande reprend pour cette somme lorsqu'on la gagne. Mais on ne la gagne jamais, parce que les chances du jeu de la bouterne, composés de huit dés, sont trop habilement distribuées pour cela: les dés sont pipés!
BOUTERNIÈRE, s. f. Femme qui dupe les simples avec la bouterne.
BOUTIQUE, s. f. Ce que les petites filles laissent voir si volontiers,--comme dans le tableau de _l'Innocence_. Argot du peuple.
S'applique aussi à l'autre sexe.
_Montrer toute sa boutique._ Relever trop haut sa robe dans la rue, ou la décolleter trop bas dans un salon.
BOUTIQUE, s. f. Bureau,--dans l'argot des employés; journal,--dans l'argot des gens de lettres.
_Esprit de boutique._ Esprit de corps.
_Être de la boutique._ Être de la maison, de la coterie.
BOUTIQUER, v. a. Faire à contre-cœur; arranger mal une chose. Argot du peuple.
BOUTON, s. m. Passe-partout. Argot des voleurs.
BOUTON, s. m. Louis d'or. Argot des maquignons.
BOVARISME, s. m. Hystérie littéraire, réalisme ægypanesque dans le genre du roman de G. Flaubert, _madame Bovary_. L'expression a été créée par Barbey d'Aurevilly, à propos de son étude sur l'_Antoine Quérard_ de Ch. Bataille.
BOXON, s. m. Mauvais lieu habité par de jolies filles,--dans l'argot des faubouriens.
BOYAU ROUGE, s. m. Bon buveur,--dans l'argot du peuple qui a emprunté cette expression à la Bourgogne.
BRADER, v. a. et n. Vendre à vil prix. Argot des marchands de bric-à-brac.
BRAILLANDE, s. f. Caleçon, _braies_. Argot des voleurs.
BRAILLARD, s. m. Mauvais chanteur. Argot du peuple, qui dit plutôt: _Gueulard_.
BRAILLER, v. n. Chanter.
BRAIRE, v. n. Pleurer.
C'est un vieux mot. On le trouve dans la _Chanson de Roland_.
BRAISE, s. f. Argent monnayé,--dans l'argot des filles.
_Abouler de la braise._ Donner de l'argent à une fille pour être aimé d'elle, ou à un voleur pour n'être pas tué par lui.
BRAISER, v. n. Payer, dépenser de la _braise_.
On dit aussi _Braisiller_.
BRAISEUR, s. et adj. Homme riche, ou seulement en train de dépenser de l'argent.
BRANCARD, s. m. Lorette hors d'âge, qui conduit les jeunes drôlesses dans les bons endroits, qui les _traîne_ sur la route du vice. Argot de Breda-Street.
BRANCARDS, s. m. pl. Les jambes,--dans l'argot des faubouriens, qui savent que c'est avec elles qu'on _traîne_ le corps.
BRANCHE, s. f. Ami, compagnon, _ma vieille branche_,--dans le même argot.
BRANDILLEUSE, s. f. Sonnette,--dans l'argot des voyous.
BRANLANTES, s. f. pl. Dents des vieillards,--dans le même argot.
BRANLE-BAS, s. m. Vacarme, bouleversement; déménagement. Argot du peuple.
_Faire du branle-bas._ Faire du tapage.
BRANLER DANS LE MANCHE, v. n. Se dit d'une chose ou d'une personne qu'on est menacé de perdre.
BRANQUE, s. m. Ane,--dans l'argot des voleurs, dont les ancêtres, les gueux infirmes, étaient portés à l'hospice sur un cacolet, qu'ils appelaient _brancard_.
BRAQUE, s. m. Original, homme à moitié fou, qui court de-ci, de-là, comme un chien de chasse,--dans l'argot des bourgeois, qui n'aiment pas les excentriques, et veulent qu'à leur exemple on marche à pas comptés et d'un air compassé.
On dit aussi _Grand Braque_,--même à propos d'un homme de taille moyenne.
BRAS, adj. m. Grand,--dans l'argot des voleurs, qui exagèrent la longueur de la _brasse_.
BRASSET, adj. m. Gros,--homme difficile à _embrasser_.
BRAVE, s. m. Vieux soldat,--dans l'argot du peuple.
BRAVE, adj. Beau, bien vêtu,--comme paré pour le combat.
_Brave comme un jour de Pâques._ Richement habillé.
BREDA-STREET, s. m. Cythère parisienne, qui comprend non seulement la rue Bréda, mais toutes les rues avoisinantes, où s'est agglomérée une population féminine dont les mœurs laissent à désirer,--mais ne laissent pas longtemps désirer. Mœurs à part, langage spécial formé, comme l'airain de Corinthe, de tous les argots parisiens qui sont venus se fondre et se transformer dans cette fournaise amoureuse. Nous en retrouverons çà et là des échantillons intéressants.
BRÉDI-BRÉDA, loc. adv. Précipitamment, avec confusion,--dans l'argot du peuple.
On dit quelquefois _Brédi-bréda taribara_.
BREDOCHE, s. f. Liard,--dans l'argot des voyous.
Ils disent aussi _brobèche_ et _broque_.
BRELOQUE, s. f. Pendule,--dans l'argot des faubouriens.
D'où est sans doute venue l'expression: _Battre la breloque_, pour signifier d'abord chez les soldats: «Annoncer à son de tambour l'_heure_ des repas;» puis au figuré, chez le peuple: «Déraisonner comme une pendule détraquée.»
BRÊMES, s. f. pl. Cartes à jouer, dans l'argot des voleurs et des petites dames.
_Brême de paclin._ Carte géographique.
_Maquiller les brêmes._ Se servir, pour jouer, de cartes biseautées.
BRÊMIER, s. m. Fabricant de cartes.
BRIC-À-BRAC, s. m. Choses de peu de valeur,--ou d'une valeur énorme, selon le monde où on emploie ce mot: Vieilles ferrailles ici, vieux Sèvres là.
BRIC-A-BRAC, s. m. Revendeur, petit marchand de débris, de _bric-à-brac_.
BRICABRACOLOGIE, s. f. Science, métier du bric-à-brac, des _bibelots_ de luxe.
Le mot est de Balzac.
BRICARD, s. m. Escalier,--dans l'argot des voyous.
BRICOLE, s. f. Mauvaise affaire, affaire d'un produit médiocre. Argot du peuple.
BRICOLER, v. a. Faire une chose à la hâte et sans goût.
Signifie aussi faire des choses que pourraient réprouver la conscience et la morale. Dans ce sens, il a pour parrain Saint-Simon.
BRICOLEUR, s. m. Homme bon à tout faire, les bons comme les mauvais métiers,--les mauvais surtout.
On dit aussi _Bricolier_.
BRICUL, s. m. Officier de paix,--dans l'argot des voleurs.
BRIDE, s. f. Chaîne de montre,--dans le même argot.
BRIDER, v. a. Fermer,--dans le même argot.
_Brider la lourde._ Fermer la porte.
BRIFFER, v. n. Manger,--dans l'argot du peuple, qui se souvient de la vieille et bonne langue.
«O! le bon appétit, voyez comme il briffe!» dit Noël Du Fail en ses _Propos rustiques_.
BRIGANTE, s. f. Perruque,--dans l'argot des voleurs.
BRIGEANTS, s. m. pl. Cheveux, dans le même argot.
On dit aussi _Brigands_,--à cause de la physionomie rébarbative que vous donnent des cheveux ébouriffés.
BRIGETON, s. m. Pain,--dans l'argot des faubouriens.
BRIMADE, s. f. Mauvaise plaisanterie,--dans l'argot des troupiers qui se plaisent à jouer des tours aux conscrits.
BRIMAR, s. m. Briseur,--dans l'argot des voleurs.
BRIMER, v. a. Faire subir à un conscrit des épreuves désagréables--qu'il peut toujours s'épargner en n'épargnant pas le vin à ses camarades.
BRINDEZINGUE, s. m. Etui en fer-blanc, d'un diamètre peu considérable et de douze à quinze centimètres de longueur, dans lequel les voleurs renferment une lame d'acier purifié, taillée en scie, et à trois compartiments, qui leur sert à couper les plus forts barreaux de prison. Comment arrivent-ils à soustraire cet instrument de délivrance aux investigations les plus minutieuses des geôliers? C'est ce qu'il faut demander à M. le docteur Ambroise Tardieu, qui a fait une étude spéciale des maladies de la gaîne naturelle de cet étui.
BRINDEZINGUES (Être dans les). Être complètement ivre. Argot des faubouriens.
BRINGUE, s. f. Femme maigre, déhanchée,--dans le même argot.
On dit aussi _Grande bringue_.
BRIOCHE, s. f. Grosse bévue, faute grossière,--dans l'argot des bourgeois.
BRIOLET, s. m. Petit vin suret,--dans l'argot du peuple, que ce vin rend _ebriolus_ tout comme si c'était du bourgogne.
BRIQUEMON, s. m. Briquet,--dans l'argot des voleurs.
Signifie aussi Sabre de cavalerie.
BRISER (Se la). Se retirer d'un lieu quelconque, qu'on s'y trouve mal ou bien. Argot des faubouriens.
BRISEUR, s. m. Variété d'escrocs dont parle Vidocq.
BRISQUE, s. f. Année,--dans l'argot des voleurs.
BROBUANTE, s. f. Bague,--dans le même argot.
BROCANTE, s. f. Chose de peu de valeur,--dans l'argot du peuple.
BROCANTER, v. a. et n. Acheter et vendre toutes sortes de choses, des tableaux et des femmes, son talent et sa conscience. Argot des gens de lettres.
BROCHE, s. f. Billet à ordre d'une petite somme. Argot des commerçants.
BROCHES, s. f. pl. Dents. Argot des voyous.
BRODANCHER, v. a. Écrire,--dans l'argot des voleurs.
On dit aussi _Broder_.
BRODANCHEUR A LA PLAQUE, s. m. Notaire,--à cause de son écusson.
BRODEUR, s. m. Ecrivain public--ou particulier.
BRODEUSE, s. f. Individu appartenant au troisième sexe. Même argot.
BROQUILLE, s. f. Rien, chose de peu de valeur. Argot des cabotins.
Ne s'emploie ordinairement que dans cette phrase: _Ne pas dire une broquille_, pour: Ne pas savoir un mot de son rôle.
BROQUILLE, s. f. Minute,--qui est un _rien_ de temps. Argot des voleurs.
BROQUILLE, s. f. Bague,--dans le même argot.
Signifie aussi Boucle d'oreille.
BROSSÉE, s. f. Coups donnés ou reçus,--dans l'argot du peuple.
BROSSER, v. a. Donner des coups.
Signifie aussi Gagner une partie de billard.
_Se faire brosser_, v. réfl. Se faire battre,--au propre et au figuré.
BROSSER LE VENTRE (Se), v. réfl. Se passer de manger, et coucher sans souper.
BROUÉE, s. f. Coups donnés ou reçus,--dans l'argot des faubouriens, qui parfois se décousent ainsi les _brouailles_.
BROUILLARDS (Être dans les). Être gris à n'y voir plus clair pour se conduire.
BROUILLÉ AVEC LA MONNAIE, s. et adj. Pauvre, ruiné,--dans l'argot au peuple.
On disait autrefois _Brouillé avec les espèces_.
BROUSSAILLES (Être dans les). Être en état d'ivresse, à en perdre son chemin et à en donner du nez contre les haies, au lieu de suivre le pavé du roi ou de la république.
BROUTE, s. m. Pain,--dans l'argot des faubouriens.
Ne serait-ce pas par hasard une corruption du _Brod_ allemand?
BROUTER, v. a. Manger.
BROUTEUR SOMBRE, s. m. Homme mélancolique, qui mange tout seul.
BROYEUR DE NOIR EN CHAMBRE, s. m. Ecrivain mélancolique; personne qui se suicide à domicile.
BRUGE, s. m. Serrurier.--dans l'argot des voleurs.
BRUGERIE, s. f. Serrurerie, parce que cela se _ronge_ vite ([grec: bruchô]), dirait M. Lorédan Larchey dans son ardeur d'étymologiste.
BRÛLAGE, s. m. Déconfiture générale de l'homme _brûlé_.
L'expression appartient à Balzac.
BRÛLANT, adj. Délicat, scabreux, difficile.
_Actualité brûlante._ Actualité on ne peut plus actuelle, pour ainsi dire.
BRÛLÉ (Être). N'inspirer plus aucune confiance dans les endroits où l'on était bien reçu, où l'on avait crédit sur sa mine. Argot des bohèmes et des escrocs.
BRÛLÉ (Être). Être déjoué par la police, dans l'argot des voleurs.
BRÛLÉE, s. f. Coups donnés ou reçus,--dans l'argot du peuple.
_Foutre une brûlée._ Battre les ennemis dans l'argot des troupiers.
_Recevoir une brûlée._ Être battu par eux.
BRÛLE-GUEULE, s. m. Pipe très courte et très culottée,--dans l'argot du peuple et des artistes.
BRÛLER, v. n. Approcher du but, être sur le point de découvrir une chose,--dans l'argot des enfants et des grandes personnes, qui devinent, les uns qui savent à quoi on s'expose en s'approchant du _feu_.
BRÛLER, v. a. Dépasser une voiture,--dans l'argot des cochers qui se plaisent à ce jeu dangereux, malgré les conseils de la prudence et les règlements de la police.
BRÛLER A LA RAMPE (Se). Jouer pour soi sans se préoccuper de la pièce. Argot des coulisses.
BRÛLER DU SUCRE, v. a. Recevoir des applaudissements,--dans le même argot.
BRÛLER LA POLITESSE, v. a. Disparaître sans avertir,--dans l'argot des bourgeois.
BRÛLER LE PÉGRIOT, v. a. Faire disparaître les traces d'un vol. Argot des prisons.
BRÛLER LES PLANCHES, v. a. Avoir l'habitude de la scène, jouer un rôle avec aplomb. Argot des coulisses.
BRÛLER SA CHANDELLE PAR LES DEUX BOUTS, v. a. Faire des dépenses extravagantes,--dans l'argot des bourgeois.
BRÛLOT, s. m. Petit punch à l'eau-de-vie.
BRUTAL, s. m. Canon,--dans l'argot du peuple, qui a quelquefois à se plaindre de cet _ultima ratio regum_.
BU, adj. Ivre,--dans l'argot du peuple.
BUCHE, s. f. Bois à graver,--dans l'argot des graveurs.
BÛCHE, s. f. Pièce à faire,--dans l'argot des tailleurs.
BÛCHE, s. f. Imbécile,--dans l'argot du peuple.
BÛCHE PLOMBANTE, s. f. Allumette chimique, dans l'argot des voleurs.
BÛCHER, v. n. Travailler avec énergie, avec assiduité. Argot du peuple.
BÛCHER, v. a. Frapper, battre,--dans le même argot.
_Se bûcher._ Echanger des coups.
BÛCHERIE, s. f. Rixe populaire, souvent sanglante, quoique à coups de pied et de poing seulement.
BÛCHEUR, s. m. _Piocheur._
BULL-PARK. Le jardin Bullier,--dans l'argot des étudiants.
BUQUER, v. n. Voler dans les boutiques sous prétexte d'y demander de la monnaie.
BURELIN, s. m. Bureau,--dans l'argot des voyous.
BURETTES, s. f. pl. Paire de pistolets,--dans l'argot des faubouriens.
BUSARD, s. f. Niais; homme incapable, paresseux, impropre à quoi que ce soit. Argot du peuple.
On dit aussi _Buse_ et _Buson_.
BUSTINGUE, s. f. Garni où couchent les bateleurs, les Savoyards, les montreurs de curiosités. Argot des voleurs.
BUTE, s. f. L'échafaud que doivent gravir ceux qui ont _buté_ quelqu'un. Même argot.
BUTER, v. a. Assassiner,--dans l'argot des voleurs, qui ont un salutaire effroi de la _bute_.
BUTEUR, s. m. Le bourreau,--qui tue ceux qui ont tué, et bute ceux qui ont buté.
BUTRE, s. f. Plat,--dans l'argot des voleurs.
BUVAILLER, v. a. Boire peu, ou à petits coups. Argot du peuple.
BUVAILLEUR, s. m. Homme qui ne sait pas boire.
BUVETTE, s. f. Endroit du mur du cimetière par où passent les marbriers pour aller chercher des liquides prohibés à la douane du _gaffe_ en chef.
BYRONIEN, adj. et s. Homme fatal, style mélancolique,--dans l'argot des gens de lettres.
BYRONISME, s. m. Maladie littéraire et morale, à la mode il y a quarante ans, aujourd'hui presque disparue.