L
LA, s. m. Mot d'ordre, signal; invitation à se mettre à l'unisson,--dans l'argot des gens de lettres.
_Donner le la._ Indiquer par son exemple, par sa conduite, ce que les autres doivent faire, dire, écrire.
LA-BAS, adv. de l. Saint-Lazare,--dans l'argot des filles, qui n'aiment à parler qu'allusivement de ce Paraclet forcé.
LABORATOIRE, s. m. Cuisine,--dans l'argot des restaurateurs, chimistes ingénieux qui savent _transformer_ les viandes et les vins de façon à dérouter les connaisseurs.
LACETS, s. m. pl. Poucettes,--dans l'argot des voleurs.
_Les marchands de lacets._ Les gendarmes.
LACHE, s. et adj. Paresseux,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi _Saint Lâche_.
LACHER, v. a. Quitter.
_Lâcher d'un cran._ Abandonner subitement.
LACHER LA RAMPE, v. a. Mourir,--dans l'argot des faubouriens.
LACHER (Se), v. réfl. Oublier les lois de la civilité puérile et honnête, _ventris flatum emittere_,--dans l'argot des bourgeois.
On dit aussi _En lâcher un_ ou _une_,--selon le sexe de l'incongruité.
LACHER LE COUDE DE QUELQU'UN, v. a. Cesser de l'importuner,--dans l'argot des faubouriens.
C'est plutôt une exclamation qu'un verbe: _Ah! tu vas me lâcher le coude!_ dit-on à quelqu'un qui ennuie, pour s'en débarrasser.
LÂCHER SON ÉCUREUIL, v. a. _Meiere_,--dans l'argot des voyous.
LACHER UN CRAN, v. a. Se déboutonner un peu quand on a bien dîné,--dans l'argot des bourgeois.
LACHER UNE NAÏADE, v. a. _Meiere_,--dans l'argot facétieux des ouvriers.
Ils disent aussi _Lâcher les écluses_.
LACHER UNE TUBÉREUSE. (V. _Se lâcher_.)
LACHEUR, s. et adj. Homme qui abandonne volontiers une femme,--dans l'argot de Breda-Street, où le rôle d'Ariane n'est pas apprécié à sa juste valeur.
LACHEUR, s. m. Homme qui laisse ses camarades «en plan» au cabaret, ou ne les reconduit pas chez eux lorsqu'ils sont ivres,--dans l'argot des ouvriers, que cette désertion humilie et indigne.
_Beau lâcheur._ Homme qui fait de cette désertion une habitude.
LACHEUR, s. et adj. Confrère qui vous défend mal quand on vous accuse devant lui, et qui même, joint ses propres railleries à celles dont on vous accable. Argot des gens de lettres.
_Lâcheur_ ici est synonyme de Lâche.
LAFARGER, v. a. Se débarrasser de son mari en l'empoisonnant ou de tout autre façon,--dans l'argot du peuple, plus cruel que la justice, puisqu'il fait survivre le châtiment au coupable.
LAFFE, s. f. Potage, soupe,--dans l'argot des voleurs.
LAGO, adv. Là,--dans le même argot.
_Labago._ Là-bas.
LAIDERON, s. m. Fille ou femme fort laide,--dans l'argot des bourgeois, dont l'esthétique laisse beaucoup à désirer.
On dit aussi _Vilain laideron_,--quand on veut se mettre un pléonasme sur la conscience.
LAINE, s. f. Ouvrage,--dans l'argot des tailleurs.
LAINÉ, s. m. Mouton,--dans l'argot des voleurs.
LAISSER ALLER (Se), v. réfl. N'avoir plus d'énergie, s'habiller sans goût et même sans soin; se négliger. Argot du peuple.
LAISSER ALLER LE CHAT AU FROMAGE. Perdre tout droit à porter le bouquet de fleurs d'oranger traditionnel.
L'expression est vieille,--comme l'imprudence des jeunes filles. Il y a même à ce propos, un passage charmant d'une lettre écrite par Voiture à une abbesse qui lui avait fait présent d'un chat: «Je ne le nourris (le chat) que de fromages et de biscuits; peut-être, madame, qu'il n'était pas si bien traité chez vous; car je pense que les dames de *** ne laissent pas aller le chat aux fromages et que l'austérité du couvent ne permet pas qu'on leur fasse si bonne chère.»
LAISSER DE SES PLUMES, v. a. Perdre de l'argent dans une affaire; ne sortir d'un mauvais pas qu'en finançant.
LAISSER FUIR SON TONNEAU. Mourir,--dans l'argot des marchands de vin.
LAISSER PISSER LE MÉRINOS, v. n. Ne pas se hâter; attendre patiemment le résultat d'une affaire, d'une brouille, etc. Argot des faubouriens.
LAISSER SES BOTTES QUELQUE PART, v. a. Y mourir,--dans l'argot du peuple.
LAISSER TOMBER SON PAIN DANS LA SAUCE. S'arranger de manière à avoir un bénéfice certain sur une affaire; montrer de l'habileté en toute chose.
LAIT, s. m. Encre,--dans l'argot des voleurs.
_Lait à broder._ Encre à écrire.
_Lait de cartaudier._ Encre d'imprimerie.
LAIT DE VIEILLARD, s. m. Vin,--dans l'argot du peuple, qui dit cela pour avoir le droit de _téter_ jusqu'à cent ans.
LAÏUS, s. m. Discours quelconque,--dans l'argot des Polytechniciens, chez qui ce mot est de tradition depuis 1804, époque de la création du cours de composition française, parce que le sujet du premier morceau oratoire à traiter par les élèves avait été l'époux de Jocaste.
_Piquer un Laïus._ Prononcer un discours.
Les Saint-Cyriens, eux, disent _Brouta_ (du nom d'un professeur de l'Ecole), _broutasser_ et _broutasseur_.
LAMBERT. Nom qu'on donne, depuis l'été de 1864 à toute personne dont on ignore le nom véritable.
_Appeler Lambert._ Se moquer de quelqu'un dans la rue.
LAMBIN, s. et adj. Paresseux, flâneur,--dans l'argot du peuple.
Il emploie ce mot depuis très longtemps, trois siècles à peu près, si l'on en croit le _Dictionnaire historique_ de M. L.-J. Larcher, qui le fait venir de Lambin, philosophe français, «lent dans son travail et lourd dans son style».
Signifie aussi hésitant.
LAMBINER, v. n. Hésiter à faire une chose, à prendre un parti; flâner.
LAME, s. f. Tombeau,--dans l'argot des romantiques, qui avaient ressuscité les vieux mots des poètes du XVIe siècle.
_Être couché sous la lame._ Être mort.
LAMINE, n. d. v. Le Mans,--dans l'argot des voleurs.
LAMPE, s. f. Verre à boire,--dans l'argot des francs-maçons.
Ils disent aussi _Canon_.
LAMPÉE, s. f. Grand coup de vin,--dans l'argot du peuple.
LAMPER, v. a. et n. Boire abondamment.
On disait, il y a deux siècles: _Mettre de l'huile dans la lampe_ pour emplir un verre de vin.
LAMPIE, s. f. Repas,--dans l'argot des voleurs.
LAMPION, s. m. Chapeau,--dans l'argot des voyous.
LAMPIONS, s. m. pl. Yeux,--dans l'argot des faubouriens.
«Si j'te vois fair' l'œil en tir'lire A ton perruquier du bon ton, Calypso, j'suis fâché d'te l'dire, Foi d'homme! j'te crève un lampion!»
dit une chanson qui court les rues.
_Lampions fumeux._ Yeux chassieux.
LANCE, s. f. Pluie,--dans l'argot des faubouriens, qui ont emprunté ce mot à l'argot des voleurs.
A qui qu'il appartienne, il fait image.
LANCE, s. f. Balai,--dans le même argot.
LANCE DE SAINT CRÉPIN, s. f. Alène,--dans l'argot du peuple, qui sait que saint Crépin est le patron des cordonniers.
LANCÉ, s. m. Effet de jambes, dans l'argot des bastringueuses.
LANCÉ, adj. Sur la pente de l'ivresse,--dans l'argot des bourgeois.
LANCER, v. n. _Meiere_,--dans l'argot des voleurs.
LANCER (Se), v. réfl. De timide devenir audacieux auprès des femmes. Argot des bourgeois.
LANCEUR, s. m. Libraire qui sait vendre les livres qu'il édite,--dans l'argot des gens de lettres.
_Bon lanceur._ Éditeur intelligent, habile, qui vendrait même des _rossignols_,--par exemple Dentu, Lévy, Marpon, etc.
Le contraire de _lanceur_ c'est _Etouffeur_,--un type curieux, quoiqu'il ne soit pas rare.
LANCEUSE, s. f. Lorette vieillie sous le harnois, qui sert de chaperon, et de proxénète, aux jeunes filles inexpérimentées, dont la vocation galante est cependant suffisamment déclarée.
LANCIER DU PRÉFET, s. m. Balayeur,--dans l'argot des faubouriens.
LANCIERS, s. m. pl. Quadrille à la mode il y a une dizaine d'années.
_Danser les lanciers._ Danser ce quadrille.
LANDERNAU, n. d. l. Ville de Bretagne située entre la Madeleine et la porte Saint-Martin,--dans l'argot des gens de lettres, qui ne se doutent peut-être pas que l'expression est octogénaire.
_Il y a du bruit dans Landernau._ Il y a un événement quelconque dans le monde des lettres ou des arts.
LANDIER, s. m. Employé de l'octroi,--dans l'argot des voleurs, qui ont conservé le souvenir du _Landit_ de Saint-Denis.
LANDIÈRE, s. f. Boutique de marchand forain.
LANGUARD, e, adj. et s. Bavard, bavarde, mauvaise langue,--dans l'argot du peuple.
Le mot sort des poésies de Clément Marot.
LANGUE DES DIEUX (La). La poésie,--dans l'argot des académiciens, dont cependant les vers n'ont rien de divin.
LANGUE VERTE, s. f. Argot des joueurs, des amateurs de tapis vert. Il y a, dans _les Nuits de la Seine_, drame de Marc Fournier, un _professeur de langue verte_ qui enseigne et pratique les tricheries ordinaires des grecs. Le sens du mot s'est étendu: on sait quel il est aujourd'hui.
Langue verte! Langue qui se forme, qui est en train de mûrir, parbleu!
LANSQUE, s. m. Apocope de Lansquenet,--dans l'argot de Breda-Street.
_Faire un petit lansque._ Jouer une partie de lansquenet.
LANSQUAILLER, v. n. _Meiere_,--dans l'argot des voleurs.
On dit aussi _Lascailler_.
LANSQUINE, s. f. Eau pluviale,--dans le même argot.
LANSQUINER, v. n. Pleuvoir.
_Lansquiner des chasses._ Pleurer.
LANTERNER, v. n. Temporiser; hésiter; marchander et n'acheter rien. Argot du peuple.
LANTERNER, v. a. Ennuyer quelqu'un, le faire attendre plus que de raison, se moquer de lui.
LANTERNES DE CABRIOLET, s. m. pl. Yeux gros et saillants.
LANTERNIER, s. m. Homme irrésolu, sur lequel il ne faut pas compter.
LANTIMÈCHE, s. m. Imbécile; jocrisse,--dans l'argot des faubouriens.
LANTIPONNAGE, s. m. Discours importun, hésitation à faire ou dire une chose,--dans l'argot du peuple.
LANTIPONNER, v. n. Passer son temps à bavarder, à muser.
LANTURLU, s. m. Ecervelé, extravaguant, hurluberlu.
On disait autrefois _L'Enturlé_.
LA PALFÉRINETTE, s. f. Princesse de la bohème galante, de bal et de trottoir,--dans l'argot des gens de lettres, qui ont consacré ainsi le souvenir de La Palférine de H. de Balzac.
LAPIN, s. m. Apprenti compagnon,--dans l'argot des ouvriers.
LAPIN, s. m. Homme solide de cœur et d'épaules,--dans l'argot du peuple.
_Fameux lapin._ Robuste compagnon, à qui rien ne fait peur, ni les coups de fusil quand il est soldat, ni la misère quand il est ouvrier.
LAPIN s. m. Camarade de lit,--dans l'argot des écoliers, qui aiment à coucher seuls.
On sait quel était le _lapin_ d'Encolpe, dans le _Satyricon_ de Pétrone.
LAPIN (En), adv. Être placé sur le siège de devant, avec le cocher,--dans l'argot du peuple.
LAPIN DE GOUTTIÈRE, s. m. Chat.
LAPIN FERRÉ, s. m. Gendarme à cheval,--dans l'argot des voleurs.
Ils l'appellent aussi _Liège_.
LARBIN, s. m. Domestique,--dans l'argot des faubouriens, qui ont emprunté ce mot à l'argot des voleurs.
LARBINERIE, s. f. Domesticité, valetaille.
LARD, s. m. La partie adipeuse de la chair,--dans l'argot du peuple, qui prend l'homme pour un porc.
_Sauver son lard._ Se sauver quand on est menacé.
Les ouvriers anglais ont la même expression: _To save his bacon_, disent-ils.
LARDER, v. a. Percer d'un coup d'épée ou d'un coup de sabre,--dans l'argot des troupiers.
_Se faire larder._ Recevoir un coup d'épée.
LARDOIRE, s. f. Epée ou sabre.
LARGE, adj. Généreux, qui ne regarde pas à la dépense,--dans l'argot du peuple, qui parle comme écrivait Clément Marot:
«.... Ils sçavent bien Que vostre père est homme large; A souper l'auront, à la charge Pour dix buveurs maistres passez.»
(Traduction du _Colloque d'Erasme_.)
LARGE DES ÉPAULES. Avare. Cette expression se trouve dans le Dictionnaire de Leroux, édition de 1786, qui n'est pas la première édition.
LARGUE, s. f. Femme, maîtresse,--dans l'argot des voleurs et des souteneurs.
_Larguepé._ Femme publique.
LARGUOTTIER, s. m. Libertin, ami des _largues_.
On dit aussi _Larcottier_.
LARME, s. f. Très petite quantité,--dans l'argot des bourgeois, qui prennent une larme d'eau-de-vie dans une larme de café et se trouvent gris.
LARTIF, ou LARTILLE, ou LARTON, s. m. Pain,--dans l'argot des voleurs qui ne veulent pas dire _artie_.
_Larton brut._ Pain bis.
_Larton savonné._ Pain blanc.
_Lartille à plafond._ Pâté,--à cause de sa croûte.
LARTONNIER, IÈRE, s. Boulanger, boulangère.
LASCAR, s. m. Nom que,--dans l'argot des troupiers et du peuple--on donne à tout homme de mauvaises mœurs, à tout réfractaire, à tout insurgé contre la loi, la morale et les choses établies.
C'est une allusion aux mœurs des matelots indiens, malais ou autres, qui naviguent sur des bâtiments européens, hollandais principalement, et qui, tirés de la classe des parias, ne passent pas pour de parfaits honnêtes gens.
LATIF, s. m. Linge blanchi,--dans l'argot des voleurs.
LATINE, s. f. maîtresse d'étudiant.
«Je suis latine Gaiment je dine Sur le budget de mon étudiant!»
dit une chanson moderne.
LATTE, s. f. Sabre de cavalerie,--dans l'argot des troupiers.
_Se ficher un coup de latte._ Se battre en duel.
LAUMIR, v. a. Perdre,--dans l'argot des voleurs.
LAVABE, s. m. Place de parterre à prix réduit,--dans l'argot des voyous.
LAVAGE, s. m. Vente au rabais d'objets ayant déjà eu un premier propriétaire,--dans l'argot des filles et des bohèmes, qui ont l'habitude de _laver_ précisément les choses les plus neuves et les plus propres, afin de s'en faire de l'argent comptant.
LAVASSE, s. f. Mauvais bouillon, trop lavé d'eau, où la viande a été trop épargnée. Argot des bourgeois.
Se dit aussi du mauvais café.
LAVEMENT, s. m. Homme ennuyeux, tracassier, _canulant_,--dans l'argot du peuple, qui n'aime pas les détersifs.
LAVER, v. a. Vendre à perte les objets qu'on avait achetés pour les garder.
Pourquoi _laver_ au lieu de _vendre_? M. J. Duflot prétend que cela vient de l'habitude qu'avait Théaulon de remettre à son blanchisseur, afin qu'il battît monnaie avec, les nombreux billets auxquels il avait droit chaque jour. (L'Institution Porcher--la claque--ne fonctionnait pas encore.) «Un jour, dit M. Duflot, le vaudevilliste avait à sa table quelques amis, parmi lesquels Charles Nodier et quelques notabilités politiques, quand le blanchisseur entra pour prendre les billets.--«C'est mon blanchisseur, messieurs, dit-il. Bernier, ajouta-il, en se tournant vers lui, vous trouverez mon linge dans ma chambre à coucher; sur la cheminée, il y a un petit paquet que vous laverez aussi.» Le petit paquet que Bernier trouva contenait les billets de spectacle, et Bernier fut obligé de comprendre que _laver_ voulait dire _vendre_. Depuis ce jour, il ne manquait jamais de dire, en entrant chez Théaulon: «C'est le blanchisseur de Monsieur: Monsieur a-t-il quelque chose à laver?»
LAVER LA TÊTE, v. a. Faire de violents reproches, et même dire des injures,--dans l'argot du peuple, qui ne fait que traduire le verbe _objurgare_ de Cicéron.
LAVETTE, s. f. Langue,--dans l'argot des faubouriens, qui le disent aussi bien à propos des hommes que des chiens.
LAVOIR, s. m. Le confessionnal,--dans l'argot des voyous, qui ne vont pas souvent y dessouiller leur conscience, même lorsqu'elle est le plus chargée d'impuretés.
LAZAGNE, s. f. Lettre,--dans l'argot des voleurs.
LAZZI-LOFF, s. m. Maladie qui ne se guérit qu'à l'hôpital du Midi et à Lourcine. Même argot.
LÈCHECUL, s. m. Flatteur outré; flagorneur,--dans l'argot du peuple.
LÉCHER UN TABLEAU, v. a. Le peindre trop minutieusement, à la hollandaise,--dans l'argot des artistes.
LÉCHEUR, s. et adj. Qui aime à embrasser; qui se plaît à recevoir et à donner des baisers,--dans l'argot du peuple, qui n'est pas précisément de la tribu des _Amalécites_.
LÉGITIME, s. f. Épouse,--dans l'argot des bourgeois.
LÉGRE, s. f. Foire, marché,--dans l'argot des voleurs.
LÉGUMES, s. m. pl. Oignons, œils de perdrix, durillons des pieds,--dans l'argot des faubouriens.
J'en ai entendu un s'écrier: «Oui, quand il poussera des légumes entre les doigts de pied de Louis XIV!»
On dit aussi _Champignons_.
LÉGUMISTE, s. m. Homme qui, par respect pour les bêtes, se nourrit exclusivement de légumes, comme un vertueux brahmine. Il y a une _Société des légumistes_.
LENDORE, s. m. Paresseux, nonchalant, _endormi_,--dans l'argot du peuple.
LÉON, n. d'h. Le président des assises,--dans l'argot des voleurs, renards qui se sentent en présence du _lion_.
LERMON, s. m. Etain,--dans le même argot.
LERMONER, v. a. Etamer.
LEM. Désinence javanaise,--mais d'un javanais spécial aux saltimbanques, et quelquefois aussi aux voleurs.
_Parler en lem._ Ajouter cette syllabe à tous les mots pour les rendre inintelligibles au vulgaire.
On dit aussi Parler en _luch_--et alors on remplace _lem_ par _luch_.
LESBIEN, s. m. Ce que les voleurs anglais appellent un _gentleman of the back-door_. Argot de gens de lettres.
LESBIENNE, s. f. _Fleur du mal_, et non du mâle.
LESSIVANT, s. m. Avocat d'office,--dans l'argot des voleurs, qui ont grand besoin d'être blanchis.
Les Gilles Ménage de Poissy et de Sainte-Pélagie prétendent qu'il faut dire _Lessiveur_.
LESSIVE, s. f. Plaidoirie,--tout avocat ayant pour mission de blanchir ses clients, fussent-ils nègres comme Lacenaire, ce Toussaint-Louverture de la Cour d'assises.
LESSIVE, s. f. Perte,--dans l'argot des joueurs.
LESSIVE, s. f. Vente à perte, de meubles, de vêtements ou de livres,--dans l'argot des bohèmes et des lorettes.
_Faire sa lessive._ Se débarrasser au profit des bouquinistes, des livres envoyés par les éditeurs ou par les auteurs,--dans l'argot des bibliopoles, qui n'en enlèvent pas assez souvent les _ex-dono_.
LESSIVE DE GASCON, s. f. Propreté douteuse qui ne résiste pas à l'examen,--dans l'argot des bourgeois, heureux d'avoir du linge.
_Faire la lessive du Gascon._ Retourner sa chemise quand elle est sale d'un côté,--ce que font beaucoup de bohèmes.
On connaît ce mot d'un vaudevilliste propret à propos d'un autre vaudevilliste goret: «Faut-il que cet homme ait du linge sale, pour pouvoir en mettre ainsi tous les jours!»
LESSIVER. Défendre un prévenu en police correctionnelle, un accusé en Cour d'assises.
LESSIVER (Se faire). Perdre au jeu.
LETTRE DE JÉRUSALEM, s. f. Escroquerie par lettre, dont Vidocq donne le détail aux pages 241-253 de son livre.
LETTRE MOULÉE, s. f. Le journal,--dans l'argot des gens de lettres, qui ont emprunté cette expression à Paul-Louis Courier.
LEVAGE, s. m. Escroquerie,--dans l'argot des faubouriens. Séduction menée à bonne fin,--dans l'argot des petites dames. Galanteries couronnées de succès,--dans l'argot des gandins.
LEVÉ (Être). Être suivi par un garde du commerce,--dans l'argot des débiteurs.
LÈVE-PIEDS, s. m. Echelle, escalier,--dans l'argot des voleurs.
LEVER, v. a. Capter la confiance,--dans l'argot des faubouriens.
Signifie aussi voler.
_Se faire lever de tant._ Se laisser gagner ou «emprunter une somme de...»
LEVER LA JAMBE, v. a. Danser le chahut d'une façon supérieure. Argot des gandins.
LEVER DE RIDEAU, s. m. Petite pièce sans importance, de l'ancien ou du nouveau répertoire, qui se joue la première devant les banquettes, au milieu du bruit que font les spectateurs à mesure qu'ils arrivent. Argot des coulisses.
LEVER LA LETTRE, v. a. Être compositeur d'imprimerie,--dans l'argot des typographes.
LEVER LE BRAS, v. a. N'être pas content,--dans le même argot.
LEVER LE COUDE, v. a. Boire,--dans l'argot du peuple.
LEVER LE PIED, v. a. Fuir en emportant la caisse.
LEVER UNE FEMME, v. a. «Jeter le mouchoir» à une femme qu'on a remarquée au bal, au théâtre ou sur le trottoir. Argot des gandins, des gens de lettres et des commis.
_Lever une femme au crachoir._ La séduire à force d'esprit ou de bêtises parlées.
LEVER UN HOMME, v. a. Attirer son attention et se faire suivre ou emmener par lui. Argot des petites dames.
_Lever un homme au souper._ S'arranger de façon à se faire inviter à souper par lui.
LEVEUR, s. m. Pick-pocket.
LEVEUR, s. m. Lovelace de bal ou de trottoir.
LÉZARD, s. m. Mauvais compagnon,--dans l'argot des voleurs.
LÉZINER, v. a. Tromper au jeu; hésiter avant de faire un coup. Même argot.
LIARDEUR, s. et adj. Homme qui couperait un liard en quatre pour moins dépenser,--dans l'argot du peuple, qui n'est point avare, n'étant pas riche.
LICHADE, s. f. Embrassade,--dans l'argot des faubouriens.
LICHANCE, s. f. Repas plus ou moins plantureux.
_Lichance soignée._ Gueuleton.
On dit aussi _Lichade_.
LICHER, v. a. et n. Manger et boire à s'en _lécher_ les lèvres.
LICHETTE, s. f. Petite quantité de quelque chose.
Se dit aussi pour Goutte d'eau-de-vie; petit verre.
LICHEUR, EUSE, s. Homme, femme, qui aime à manger et à boire.
On dit aussi _Lichard_.
LIE DE FROMENT, s. f. Les _fumées_ humaines,--dans l'argot du peuple.
LIGNARD, s. m. Soldat de la _ligne_,--dans l'argot des faubouriens.
LIGNOTTE, s. f. Corde, lien,--dans l'argot des voleurs, qui répugnent sans doute à employer _lignette_, un mot de la langue des honnêtes gens.
Ils disent aussi _Ligotte_.
LIGOTTER, v. a. Lier,--dans le même argot.
LILANGE, n. d. l. Lille,--dans le même argot.
LILLOIS, s. m. Fil à coudre.
LIMACE, s. f. Fille à soldats,--dans l'argot des faubouriens.
LIMACE, s. f. Chemise,--dans l'argot des voleurs et des vendeurs du Temple.
LIMACIÈRE, s. f. Lingère.
LIMANDE, s. f. Homme _plat_,--dans l'argot des voleurs et des faubouriens.
LIMER, v. n. «Aller lentement en affaire,»--dans l'argot du peuple.
LIME SOURDE, s. f. Sournois,--dans l'argot des voleurs.
LIMOGÈRE, s. m. Chambrière,--dans le même argot.
LIMONADE, s. f. Eau,--dans l'argot des faubouriens.
_Tomber dans la limonade._ Se laisser choir dans l'eau.
LIMONADE, s. f. Etat de limonadier.
LIMONADE, s. f. Assiette,--dans l'argot des voleurs.
LIMOUSIN, s. m. Maçon,--dans l'argot du peuple, qui sait que les castors qui ont bâti Paris et qui sont en train de le démolir appartiennent à l'antique tribu des Lémovices.
LIMOUSINE, s. f. Blouse de charretier.
LIMOUSINE, s. f. Plomb,--dans l'argot des voleurs.
LIMOUSINER, v. a. et n. Bâtir des maisons.
LIMOUSINEUR, s. m. Voleur de plomb sur les toits.
LINGE, s. m. Chemise,--dans l'argot du peuple. Jupon blanc de dessous,--dans l'argot des filles.
_Avoir du linge._ Porter une chemise blanche.
_Faire des effets de linge._ Retrousser adroitement sa robe, de façon à montrer trois ou quatre jupons éblouissants de blancheur et garnis de dentelles--de coton.
LINGE LAVÉ (Avoir son). S'avouer vaincu; être pris,--dans l'argot des voleurs, qui, une fois en prison, n'ont plus à s'occuper de leur blanchisseuse.
LINGRE, s. m. Couteau,--dans l'argot des voleurs, qui savent que _Langres_ est la patrie de la coutellerie.
_Lingriot._ Petit couteau; canif; bistouri.
LINGRER, v. a. Frapper à coups de couteau.
LINGRERIE, s. f. Coutellerie.
LINSPRÉ, s. m. Prince,--dans l'argot des voleurs, qui cultivent l'anagramme comme le grand Condé les œillets.
LION, s. m. Homme qui, à tort ou à raison,--à tort plus souvent qu'à raison,--a attiré et fixé sur lui, pendant une minute, pendant une heure, pendant un jour, rarement pendant plus d'un mois, l'attention capricieuse de la foule, soit parce qu'il a publié un pamphlet scandaleux, soit parce qu'il a commis une éclatante gredinerie, soit pour ceci, soit pour cela, et même pour autre chose; homme enfin qui, comme Alcibiade, a coupé la queue à son chien, ou, comme Alphonse Karr, s'est fait dévorer par lui, ou, comme Empédocle,
Du plat de sa sandale a souffleté l'histoire.
_Être le lion du jour._ Être le point de mire de tous les regards et de toutes les curiosités.
LION, s. m. Le frère aîné du gandin, le dandy d'il y a vingt-cinq ans, le successeur du _fashionable_--qui l'était du _beau_--qui l'était de l'_élégant_--qui l'était de l'_incroyable_--qui l'était du _muscadin_,--qui l'était du _petit-maître_, etc.
Ce mot nous vient d'Angleterre.
LIONCEAU, s. m. Apprenti lion,--garçon tailleur qui cherche à se faire passer pour le comte d'Orsay ou pour Brummel, et qui réussit rarement, le goût étant une fleur rare comme l'héroïsme.
LIONNE, s. f. Femme à la mode--il y a trente ans. C'était «un petit être coquet, joli, qui maniait parfaitement le pistolet et la cravache, montait à cheval comme un lancier, prisait fort la cigarette et ne dédaignait point le champagne frappé.» Aujourd'hui, mariée ou non, grande dame ou petite dame, la lionne se confond souvent avec celle qu'on appelle _drôlesse_.
LIONNERIE, s. f. Haute et basse fashion.
LIPPE, s. f. Moue, grimace,--dans l'argot du peuple.
_Faire sa lippe._ Bouder.
LIPPÉE, s. f. Simple bouchée; repas insuffisant.
_Franche lippée._ Repas copieux.
LIPPER, v. n. Courir de cabaret en cabaret, y manger,--et surtout y boire.
LIQUIDE, s. f. Apocope de _Liquidation_,--dans l'argot des coulissiers.
LIQUIDE, s. m. Vin,--dans l'argot du peuple, qui fait semblant d'ignorer qu'il existe d'autres corps aqueux.
_Avoir absorbé trop de liquide._ Être ivre.
LIRE AUX ASTRES, v. n. Muser, faire le gobe-mouches; regarder en l'air au lieu de regarder par terre,--comme l'astrologue de la fable.
LISETTE, s. f. Gilet long,--dans l'argot des voleurs.
LITHOGRAPHIER (Se). Tomber par terre,--dans l'argot des faubouriens, qui savent que lorsqu'on tombe, on a le visage désagréablement _impressionné par la pierre_.
LITRER, v. a. Avoir, posséder,--dans l'argot des voleurs. V. _Itrer_.
LITRON, s. m. Litre douteux servi dans un pot qui n'a pas toujours la contenance légale. Argot du peuple.
LITTÉRATURE JAUNE, s. f. Le Réalisme,--une maladie ictérique désagréable qui a sévi avec assez d'intensité dans les rangs littéraires il y a une dizaine d'années, et dont a été particulièrement atteint Champfleury, aujourd'hui (1867) presque guéri.
L'expression, fort juste, appartient à Hippolyte Babou.
LITTÉRATURIER, s. m. Mauvais écrivain,--dans l'argot des gens de lettres.
LIVRE ROUGE, s. m. Les registres du Dispensaire,--dans l'argot des filles.
LIVRAISON DE BOIS DEVANT SA PORTE (Avoir une), v. a. Se dit,--dans l'argot des faubouriens, d'une femme richement _avantagée_ par la Nature.
LIVRE D'ARCHITECTURE, s. m. Registre qui contient les procès-verbaux d'une loge,--dans l'argot des francs-maçons.
LIVRE DES ROIS, s. m. Jeu de cartes. Argot des faubouriens.
LOCANDIER, s. m. Variété de voleur au bonjour.
LOCATIS, s. m. Cheval de louage,--dans l'argot des commis de nouveautés, à qui leurs moyens défendent les pur-sang.
LOCHE, s. f. Paresseux, gras, mou,--dans l'argot du peuple, qui emploie ce mot au propre et au figuré, par allusion à la limace, grise ou rouge, qu'on voit se traîner, visqueuse, par les sentiers.
LOCHE, s. f. Oreille,--dans l'argot des voleurs.
LOCHER, v. a. et n. Ecouter.
LOCHER, v. n. Branler, être près de tomber,--dans l'argot du peuple.
LOCOMOTIVE, s. f. Fumeur acharné,--dans l'argot des bourgeois, qui, sans s'en douter emploient là une expression de l'argot des voleurs anglais: _Steamer_.
LOFFARD ou LOFF, s. et adj. Innocent, niais, pleurard,--dans l'argot des comédiens, qui ne se doutent pas qu'ils ont emprunté ce mot à l'argot des forçats, qui l'ont emprunté eux-mêmes à l'argot des marins.
Le _lof_ est le côté d'un navire qui se trouve frappé par le vent, qui le fait crier. Le _loffard_, au bagne, est le forçat frappé par une condamnation à perpétuité, et qui gémit comme un enfant sur son sort.
LOFFAT, s. m. Aspirant compagnon,--dans l'argot des ouvriers.
LOFFITUDE, s. f. Niaiserie, bêtise.
LOGE, s. f. Lieu de réunion,--dans l'argot des francs-maçons.
_Loge irrégulière._ Assemblée de francs-maçons qui ne sont pas réguliers et avec lesquels on ne doit pas fraterniser.
LOGE INFERNALE, s. f. Petite loge d'avant-scène, où se mettent par tradition, les gandins,--imitateurs serviles des _lions_.
Se dit aussi des Premières chaises du premier rang, aux concerts en plein vent comme ceux des Champs-Elysées.
LOGER AUX QUATRE VENTS, v. n. Demeurer dans une maison mal close, où le vent entre comme chez lui.
LOGER RUE DU CROISSANT, v. n. Avoir pour femme une drôlesse qui donne dans le contrat autant de coups de canif qu'il y a de jours dans l'année.
LOIR, s. m. Homme paresseux, dormeur, ami de ses aises,--dans l'argot du peuple, qui sait que cette sorte de gens, comme le _mus nitela_, mange les meilleurs fruits des espaliers et de la vie: d'où le vieux verbe _loirer_, pour dérober, voler.
LOLO, s. m. Lait,--dans l'argot des enfants.
LOLOTTE, s. f. Fille ou femme qui aime pour vivre au lieu de vivre pour aimer. Argot des faubouriens.
LOMBARD, s. m. Commissionnaire au Mont-de-Piété,--dans l'argot des ouvriers qui ont travaillé avec les Belges; car c'est en effet le nom qu'on donne à Bruxelles, au Grand-Mont-de-Piété, et ce nom a sa valeur historique.
LONDRÈS, s. m. Cigare de vingt-cinq centimes de la Havane,--ou d'ailleurs.
LONGCHAMP, s. m. Procession plus ou moins considérable de gens,--dans l'argot du peuple, qui consacre ainsi le souvenir d'une mode dont on ne parlera plus dans quelques années.
LONGCHAMP, s. m. Promenade favorite,--dans l'argot des Polytechniciens. C'est une cour oblongue, bordée d'une file de cabinets dont nous laissons deviner la destination, et où les élèves viennent fumer et causer pendant les heures d'étude.
LONG DU MUR (Le). Avec son argent,--dans l'argot du peuple.
Pour bien comprendre cette expression pittoresque si fréquemment employée, je veux citer la réponse que me fit un jour un coiffeur:
«Combien gagnez-vous chez votre patron?--Trois francs par jour.--Alors vous êtes nourri?--Nourri et blanchi, oui... _le long du mur_!»
LONGE, s. f. Année,--dans l'argot des voleurs, qui tirent volontiers dessus lorsqu'ils sont en prison.
LONGÉ, adj. Agé.
LONGIS, s. et adj. Homme nonchalant, lent à faire ce qu'il entreprend. Argot du peuple.
On dit aussi _Saint Longin_.
_Longie._ Nonchalante, paresseuse.
On dit aussi _Sainte-Longie_.
LOPIN, s. m. Morceau.
Signifie aussi: Postillon, crachat, expectoration abondante.
LOQUES, s. f. pl. Boutons de guêtre ou de pantalon, en cuivre,--dans l'argot des écoliers, qui les recueillent avec soin.
_Jouer aux loques._ Jouer avec des boutons comme avec des billes, à la bloquette, à la pigoche, etc.
LORCEFÉ, s. f. La prison de la Force,--dans l'argot des voleurs, qui, pour ce mot, se sont contentés de changer la place des lettres et de mettre un _é_ au lieu d'un _a_.
_La Lorcefé des largues._ Saint-Lazare, qui est la prison, la maison de Force où l'on renferme les femmes.
LORET, s. m. Monsieur peu délicat et peu difficile, qui vit volontiers des miettes de la table amoureuse de la lorette.
Le mot appartient à Nestor Roqueplan.
LORETTE, s. f. Fille ou femme qui ne vit pas pour aimer, mais au contraire, aime pour vivre.
Le mot a une vingtaine d'années (1840), et il appartient à Nestor Roqueplan, qui a par un hypallage audacieux, ainsi baptisé ces drôlesses du nom de leur quartier de prédilection,--le quartier Notre-Dame-de-Lorette.
LORGNE, s. m. Borgne,--dans l'argot des voleurs.
Ils disent aussi _Lorgne-bè_.
LORGUE, s. m. As,--dans le même argot.
LOUBION, s. m. Bonnet d'homme ou de femme,--dans le même argot.
LOUBIONNIER, s. m. Bonnetier.
LOUCHE, s. f. Cuiller à potage,--dans l'argot du peuple.
Un mot provincial acclimaté maintenant à Paris.
LOUCHE, adj. Douteux, équivoque.
LOUCHÉE, s. f. Cuillerée,--dans l'argot des voleurs.
LOUCHER (Faire). Donner envie; exciter la convoitise,--dans l'argot du peuple, où l'on emploie souvent cette expression ironique pour refuser quelque chose.
LOUCHER DE LA JAMBE, v. n. Boîter.
_Loucher de l'épaule._ Être bossu.
_Loucher de la bouche._ Avoir le sourire faux.
LOUCHES, s. f. pl. Les mains,--dans l'argot des voleurs, qui ne savent pas prendre franchement, honnêtement, et en en demandant la permission.
LOUCHON, s. m. Individu affligé de strabisme,--dans l'argot du peuple.
LOUFIAT, s. m. Voyou, homme crapuleux,--dans l'argot des faubouriens.
LOUIS D'OR, s. m. Insurgé de Romilly,--dans l'argot facétieux des faubouriens, qui entendent dire depuis si longtemps et qui répètent eux-mêmes si volontiers que _marcher dedans c'est signe d'argent_.
On dit aussi _Pièce de vingt francs_.
LOUIS D'OR (N'être pas). Ne pouvoir plaire à tout le monde, soit par son visage quand on est femme, soit par son caractère quand on est homme, soit par son talent quand on est artiste ou écrivain.
C'est une phrase souvent employée, de l'argot du peuple, qui sait que les Louis--XV ou non--seront toujours les _bien-aimés_, mais qui ignore les âpres joies des grands dédaigneux, jaloux de plaire seulement à un petit nombre d'amis ou de lecteurs de choix.
_Odi profanum vulgus, et arceo._
LOUISETTE, s. f. Premier nom donné à la guillotine, «en l'honneur» du docteur _Louis_, secrétaire perpétuel de l'Académie de chirurgie et inventeur, du moins importateur de cet instrument de mort.
On l'a appelée aussi _Louison_.
LOULOU, s. m. Petit chien-_loup_,--dans l'argot du peuple.
LOULOU. Terme d'amitié, caresse de femme à amant ou d'amant à maîtresse.
On dit aussi _Gros loulou_.
LOUP, s. m. Homme qui se plaît dans la solitude et qui n'en sort que lorsqu'il ne peut pas faire autrement. Argot du peuple.
Malgré le _væ soli!_ de l'Ecriture et l'opinion de Diderot: «Il n'y a que le méchant qui vit seul,» les loups-hommes sont plus honorables que les hommes-moutons: la forêt vaut mieux que l'abattoir.
LOUP, s. m. Créancier,--dans l'argot des typographes.
_Faire un loup._ Faire une dette,--et ne pas la payer.
LOUP, s. m. Absence de texte, solution de continuité dans la copie. Même argot.
LOUP, s. m. Pièce manquée ou mal faite,--dans l'argot des tailleurs.
On dit aussi _Bête_ ou _Loup qui peut marcher tout seul_.
LOUP-CERVIER, s. m. Homme qui fait des affaires d'argent; _Boursier_,--dans l'argot des gens de lettres.
LOUPE, s. f. Paresse, flânerie,--dans l'argot des ouvriers, qui ont emprunté ce mot à l'argot des voleurs.
Ici encore M. Francisque Michel, chaussant trop vite ses lunettes de savant, s'en est allé jusqu'en Hollande, et même plus loin, chercher une étymologie que la nourrice de Romulus lui eût volontiers fournie. «_Loupeur_, dit-il, vient du hollandais _looper_ (coureur), _loop_ (course), _loopen_ (courir). L'allemand a _laufer_... le danois _lœber_...: enfin le suédois possède _lopare_... Tous ces mots doivent avoir pour racine l'anglo-saxon _lleàpan_ (islandais _llaupa_), courir.»
L'ardeur philologique de l'estimable M. Francisque Michel l'a cette fois encore égaré, à ce que je crois. Il est bon de pousser de temps en temps sa pointe dans la Scandinavie, mais il vaut mieux rester au coin de son feu les pieds sur les landiers, et, ruminant ses souvenirs de toutes sortes, parmi lesquels les souvenirs de classe, se rappeler: soit les pois _lupins_ dont se régalent les philosophes anciens, les premiers et les plus illustres flâneurs, la sagesse ne s'acquérant vraiment que dans le _far niente_ et le _far niente_ ne s'acquérant que dans la pauvreté;--soit les _Lupanarii_, où l'on ne fait rien de bon, du moins; soit les _lupilli_, qu'enployaient les comédiens en guise de monnaie, soit le houblon (_humulus lupulus_) qui grimpe et s'étend au soleil comme un lézard; soit enfin et surtout, le loup classique (_lupus_), qui passe son temps à rôder çà et là pour avoir sa nourriture.
LOUPE (Camp de la), s. m. Réunion de vagabonds. C'était une guinguette du boulevard extérieur, alors près de la barrière des Amandiers. Cette guinguette était flanquée, d'un côté par un pâtissier nommé _Laflème_, et, de l'autre, par un marchand de vin, nommé _Feignant_...
LOUPEL, s. m. Avare; homme tout à fait pauvre,--dans l'argot des voleurs.
LOUPER, v. n. Flâner, vagabonder,--dans l'argot des ouvriers.
LOUPEUR, s. m. Flâneur, vagabond, ouvrier qui se dérange.
LOUPEUSE, s. f. Fille ou femme de mauvaise vie qui, n'aimant pas le travail honnête et doux de l'atelier, préfère le rude et honteux travail de la débauche.
LOUPIAT, s. m. Fainéant, _Loupeur_,--dans l'argot des faubouriens.
LOUPION, s. m. Chapeau d'homme, rond. Même argot.
LOURDE, s. f. Porte,--dans l'argot des voleurs.
LOURDIER, s. m. Portier.
LOUVETEAU, s. m. Fils d'affilié,--dans l'argot des francs-maçons.
On dit aussi _Louveton_ et _Louftot_.
LOUVRE, s. m. Maison quelconque en pierre de taille,--dans l'argot des bourgeois, pour lesquels la colonnade de Perrault est le _nec plus ultra_ de l'art architectonique.
Ils disent aussi _Petit Louvre_,--pour ne pas scandaliser dans leurs tombes François Ier, Henri II et Charles IX.
LOVELACE, s. m. Libertin, grand séducteur,--dans l'argot des bourgeois, qui éternisent ainsi le souvenir du principal héros du roman de Richardson (_Clarisse Harlowe_).
LUCARNE, s. f. Monocle,--dans l'argot des faubouriens.
_Crever sa lucarne._ Casser le verre de son lorgnon.
LUCRÈCE, s. f. Femme chaste, en apparence du moins,--dans l'argot du peuple, qui a entendu parler de l'héroïsme de la femme de Collatin, et qui n'y croit que sous bénéfice d'inventaire.
_Faire la Lucrèce._ Contrefaire la prude et l'honnête femme.
LUISANT, s. m. Soleil, ou Jour,--dans l'argot des voleurs.
On dit aussi _Luisard_.
LUISANTE, s. f. La Lune.
On dit aussi _Luisarde_.
LUNCH, s. m. Collation légère entre le déjeuner et le dîner--dans l'argot des gandins, qui répudient ainsi notre ancien _goûter_.
Le mot et la mode sont anglais; seulement le lunch anglais a cet avantage sur le lunch parisien, qu'il est une réfection copieuse,--un troisième déjeuner ou un premier dîner,--destiné à ravitailler les estomacs épuisés par les luttes des _hustings_, quand il y a des élections.
LUNCHER, v. n. Manger des gâteaux arrosés de bordeaux chez un pâtissier en renom.
LUNDICRATE, adj. et s. Feuilletonniste du lundi,--dans l'argot des gens de lettres.
Ce mot appartient à M. Pierre Véron.
LUNE, s. f. Caprice; mauvaise humeur,--dans l'argot du peuple.
_Être dans ses lunes._ Avoir un accès de mauvaise humeur, de misanthropie.
LUNE, s. f. Visage large, épanoui, rayonnant de satisfaction et de santé.
On dit aussi _Pleine_ lune.
LUNE, s. f. Le second visage que l'homme a à sa disposition, et qu'il ne découvre jamais en public,--à moins d'avoir toute honte bue.
On dit aussi _Pleine lune_.
LUNE A DOUZE QUARTIERS, s. f. Roue,--dans l'argot des voleurs.
LUNETTE, s. f. Le cercle de la _trulla_,--dans l'argot du peuple.
LUNETTES, s. f. pl. Les _nates_,--qui sont en effet de petites _lunes_.
LUQUE, s. m. Faux certificat, faux passeport, _loques_ de papier,--dans l'argot des voleurs.
_Porte-luque._ Portefeuille.
_Luque_ signifie aussi image, dessin.
LURELURE (A), loc. adv. Au hasard, sans dessein, sans réflexion surtout,--dans l'argot du peuple.
LURON, s. m. Homme hardi, déluré.
_Joyeux luron._ Bon compagnon.
LUSQUIN, s. m. Charbon,--dans l'argot des voleurs.
_Lusquine._ Cendre.
LUSTRE, s. m. La claque,--dans l'argot des coulisses.
_Chevaliers du lustre._ Gens payés pour applaudir les pièces et les acteurs, qui se placent ordinairement au parterre au-dessous du lustre.
On dit aussi _Romains_.
LUSTRE, s. m. Juge,--dans l'argot des voleurs.
LUSTRER, v. a. et n. Juger.
LUSTUCRU, s. m. Imbécile; évaporé, extravagant,--dans l'argot du peuple.
LYCÉE, s. m. Prison,--dans l'argot des voleurs, qui y font leurs humanités et parmi lesquels se trouve, de temps en temps, un Aristote de la force de Lacenaire qui leur enseigne sa Logique du meurtre et sa Philosophie de la guillotine.
LYONNAISE, s. f. Soierie,--dans l'argot des faubouriens, qui pratiquent volontiers l'hypallage et la métonymie.
M
MAC, s. m. Apocope de _Maquereau_,--dans l'argot des faubouriens.
MACACHE, adj. Mauvais, détestable,--dans l'argot des ouvriers qui ont été troupiers en Algérie.
On emploie ordinairement ce mot avec _bono_:
_Macache-bono._ Ce n'est pas bon, cela ne vaut rien.
Signifie aussi _Zut!_
MACADAM, s. m. Boue épaisse et jaune due à l'ingénieur anglais Mac Adam.
MACADAM, s. f. Boisson sucrée qui ressemble un peu comme couleur à la boue des boulevards macadamisés.
MACADAMISER, v. a. Empierrer les voies publiques d'après le système de Mac Adam.
MACAIRE, s. m. Escroc; agent d'affaires véreuses; saltimbanque,--dans l'argot du peuple, qui a conservé le souvenir du type créé par Frédérick-Lemaître au théâtre et par Daumier au _Charrivari_.
On dit aussi _Robert-Macaire_.
MACARON, s. m. Huissier,--dans l'argot des voyous. Traître,--dans l'argot des voleurs.
MACARONER, v. a. et n. Agir en traître.
MACCHABÉE, s. m. Cadavre,--dans l'argot du peuple, qui fait allusion, sans s'en douter, aux sept martyrs chrétiens.
_Mauvais macchabée._ Mort de dernière classe, ou individu trop gros et trop grand qu'on est forcé de _tasser_,--dans l'argot des employés des pompes funèbres.
MAC-FARLANE, s. m. Paletot sans manche,--dans l'argot des gandins et des tailleurs.
MÂCHER DE HAUT, v. a. Manger sans appétit,--dans l'argot des bourgeois.
MÂCHER LES MORCEAUX, v. a. Préparer un travail, faire le plus difficile d'une besogne qu'un autre achèvera. Argot du peuple.
MACHER LES MOTS, v. a. Choisir les expressions les plus chastes, les moins blessantes.
_Ne pas mâcher les mots à quelqu'un._ Lui dire crûment ce qu'on a à lui dire.
MACHIN, s. m. Nom qu'on donne à une personne ou à une chose sur laquelle on ne peut mettre une étiquette exacte.
On dit aussi _Chose_.
MACHINE, s. f. Chose quelconque dont on ne peut trouver le nom,--dans l'argot des bourgeois, qui ne connaissent pas exactement la propriété des termes. Ainsi il n'est pas rare d'entendre l'un d'eux dire à un artiste, en parlant de son tableau: «Votre petite machine est très jolie.»
_Grande machine._ Grande toile ou statue de grande dimension.
MÂCHOIRE, s. f. Imbécile,--dans l'argot du peuple, qui sait avec quelle arme Samson assomma tant de Philistins.
Signifie aussi: Suranné, Classique,--dans l'argot des romantiques,--ainsi que cela résulte d'un passage des _Jeune France_ de Théophile Gautier, qu'il faut citer pour l'édification des races futures: «L'on arrivait par la filière d'épithètes qui suivent: _ci-devant_, _faux toupet_, _aile de pigeon_, _perruque_, _étrusque_, _mâchoire_, _ganache_, au dernier degré de la décrépitude, à l'épithète la plus infamante, _académicien_ et _membre de l'Institut_.»
MACHICOT, s. m. Mauvais joueur,--dans l'argot des faubouriens.
Ils disent aussi _Mâchoire_.
MACHONNER, v. n. Parler à voix basse; murmurer, maugréer.
MACHURER, v. a. Barbouiller, noircir.
MAÇON DE PRATIQUE, s. m. Ouvrier en bâtiment,--dans l'argot des francs-maçons.
MAÇON DE THÉORIE, s. m. Franc-maçon.
MADAME, s. f. Dame,--dans l'argot des petites filles.
_Jouer à la Madame._ Contrefaire les mines, les allures des grandes personnes.
MADAME. Nom que les filles de maison donnent à leur maîtresse,--à l'_abbesse_.
MADAME LA RESSOURCE, s. f. Marchande à la toilette; revendeuse.
MADAME TIREMONDE, s. f. Sage-femme,--dans l'argot des faubouriens.
Les voyous disent _Madame Tirepousse_.
Au XVIe siècle, on disait _Madame du guichet_ et _Portière du petit guichet_.
MADEMOISELLE MANETTE, s. f. Malle.
MADRICE, s. f. Finesse, habileté, _madrerie_,--dans l'argot des voleurs.
MADRIN, adj. et s. Habile, fin, _madré_.
MAFFLU, adj. et s. Qui a une face large, épanouie,--dans l'argot du peuple.
_Grosse mafflue._ Grosse commère.
On dit aussi _grasse maffrée_ et _grosse mafflée_.
MAGNEUSE, s. f. «Femme qui se déprave avec des individus de son sexe,» dit M. Francisque Michel, qui va bien loin chercher l'étymologie de ce mot,--dans lequel il veut voir une allusion malveillante à une communauté religieuse, tandis qu'il l'a sous la _main_, cette étymologie.
MAGOT, s. m. Economies, argent caché,--dans l'argot du peuple.
_Manger son magot._ Dépenser l'argent amassé.
MAGOT, s. m. Homme laid comme un _singe_ ou grotesque comme une figurine chinoise en pierre ollaire.
MAIGRE COMME UN CENT DE CLOUS, adj. Extrêmement maigre.
On dit aussi _Maigre comme un coucou_, et _Maigre comme un hareng-sauret_.
MAIGRE (Du)! interj. Silence!--dans l'argot des voleurs.
MAINS DE BEURRE, s. f. pl. Mains maladroites, qui laissent glisser ce qu'elles tiennent. Argot du peuple.
MAISON DE SOCIÉTÉ, s. f. Abbaye des S'offre-à-tous,--dans l'argot des bourgeois.
MAISON DE MOLIÈRE (La). Le Théâtre-Français,--dans l'argot des sociétaires de ce théâtre, qui n'y exercent pas précisément l'hospitalité à la façon écossaise.
Sous le premier Empire c'était le _Temple du goût_, et, sous la Restauration, le _Temple de Thalie_.
MAISONNÉE, s. f. Les personnes, grandes et petites, qui composent une famille,--dans l'argot du peuple.
MAÎTRESSE DE PIANO, s. f. Dame d'âge ou laide qui vient chaque matin chez les petites dames leur faire les cors, ou les cartes, ou leur correspondance amoureuse. Argot de Breda-Street.
MAJOR, s. m. Chirurgien,--dans l'argot des soldats.
MAJOR DE TABLE D'HÔTE, s. m. Escroc à moustaches grises et même blanches, à cheveux ras, à redingote boutonnée, à col carcan, à linge douteux, qui sert de protecteur aux tripots de la banlieue.
MALADE, adj. et s. Prisonnier,--dans l'argot des voleurs, qui ont perdu la santé de l'âme.
_Être malade._ Être compromis.
MALADE DU POUCE, adj. Paresseux,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi _Avoir le pouce démis pour son argent_.
MALADE DU POUCE, adj. Avare, homme qui n'aime pas à compter de l'argent,--aux autres. Argot des faubouriens.
MALADIE, s. f. Emprisonnement. Argot des voleurs.
MAL-A-GAUCHE, s. et adj. _Maladroit_,--dans l'argot facétieux et calembourique des faubouriens.
MALANDREUX, s. et adj. Infirme; malade; mal à son aise,--dans l'argot du peuple.
On disait autrefois _Landreux_.
MAL BLANCHI, s. et adj. Nègre,--dans l'argot des faubouriens.
MALECHANCE, s. f. Fatalité, _mauvaise chance_,--dans l'argot du peuple.
MAL CHOISI, s. m. Académicien,--dans l'argot des faubouriens, qui ont parfois raison.
MALDINE, s. f. Pension bourgeoise,--dans l'argot des voyous.
MAL-DONNE, s. f. Fausse distribution de cartes.--dans l'argot des joueurs.
MALE, s. m. Homme,--dans l'argot des faubouriennes, qui préfèrent les charretiers aux gandins.
_Beau mâle._ Homme robuste, plein de santé.
_Vilain mâle._ Homme d'une apparence maladive, ou de petite taille.
Signifie aussi Mari.
MAL EMBOUCHÉ, adj. et s. Insolent, grossier,--dans l'argot du peuple.
MAL FICELÉ, s. m. Garde national de la banlieue,--dans l'argot des faubouriens.
MALFRAT, s. m. Vaurien, homme qui mal fait, ou gamin qui _mal fera_,--dans l'argot des paysans de la banlieue de Paris.
M. Francisque Michel donne _Malvas_, en prenant soin d'ajouter que ce mot est «provençal» et qu'il est populaire à Bordeaux. M. F. Michel a beaucoup plus vécu avec les livres qu'avec les hommes. D'ailleurs, les livres aussi me donnent raison, puisque je lis dans l'un d'eux que le peuple parisien disait jadis un _Malfé_ (_malefactus_) à propos d'un malfaiteur, et donnait le même nom au Diable.
MALINGRER, v. n. Souffrir,--dans l'argot des voleurs.
MALINGREUX, s. et adj. Souffreteux,--dans l'argot du peuple.
MALITORNE, s. f. Femme disgracieuse, laide, mal faite,--_malè tornata_.
MALTAIS, s. m. Cabaretier,--dans l'argot des troupiers qui ont été en Algérie.
MALTAISE, s. f. Pièce de vingt francs,--dans l'argot des voleurs.
MALTOUZE, s. f. Contrebande,--dans l'argot des voleurs, les _maltôtiers_ modernes (_malle tollere_, enlever injustement).
_Pastiquer la maltouze_, Faire la contrebande.
MALTOUZIER, s. m. Contrebandier.
MANCHE, s. f. Partie,--dans l'argot des joueurs.
_Manche à_ (sous-entendu: _Manche_), Se dit quand chacun des joueurs a gagné une partie et qu'il reste à faire la _belle_.
MANCHE, s. f. Quête; aumône,--dans l'argot des saltimbanques.
_Faire la manche._ Quêter, mendier.
MANCHE (Avoir dans sa). Disposer de quelqu'un comme de soi-même,--dans l'argot du peuple.
MANCHON, s. m. Chevelure absalonienne,--dans l'argot des faubouriens.
_Avoir des vers dans son manchon._ Avoir çà et là des places chauves sur la tête.
MANCHOT, s. m. Homme maladroit comme s'il avait un bras de moins.
_N'être pas manchot._ Être très adroit,--au propre et au figuré.
MANDARIN, s. m. Personnage imaginaire qui sert de tête de Turc à tous les criminels timides,--dans l'argot des gens de lettres.
Il a été inventé par Jean-Jacques Rousseau ou par Diderot comme cas de conscience. Vous êtes assis tranquillement dans votre fauteuil, au coin de votre feu, à Paris, cherchant sans les trouver, les moyens de devenir aussi riche que M. de Rothschild et aussi heureux qu'un roi, parce que vous supposez avec raison que l'argent fait le bonheur, attendu que vous avez une maîtresse très belle, qui a chaque jour de nouveaux caprices ruineux, et que vous seriez très heureux de la voir heureuse en satisfaisant tous ses caprices à coups de billets de banque. Eh bien, il y a, à deux mille lieues de vous, un mandarin, un homme que vous ne connaissez pas, qui est plus riche que M. de Rothschild: sans bouger, sans même faire un geste, rien qu'avec la Volonté, vous pouvez tuer cet homme et devenir son héritier, sans qu'on sache jamais que vous êtes son meurtrier.
Voilà le cas de conscience que beaucoup de gens ont résolu en chargeant Volonté à mitraille, sans pour cela en être plus riches, mais non sans en être moins déshonorés. Je ne devais pas oublier de le signaler dans ce Dictionnaire, qui est aussi bien une histoire des idées modernes que des mots contemporains. D'ailleurs, il a passé dans la littérature et dans la conversation, puisqu'on dit _Tuer le mandarin_. A ce titre déjà, je lui devais une mention honorable.
MANDIBULES, s. f. pl. Le bas du visage,--dans l'argot du peuple.
_Jouer des mandibules._ Manger.
On dit aussi _Jouer des badigoinces_.
MANDOLE, s. f. Soufflet,--dans l'argot des marbriers de cimetière.
_Jeter une mandole._ Donner un soufflet.
MANDOLET, s. m. Pistolet,--dans l'argot des voleurs.
MANDRIN, s. m. Bandit, homme capable de tout, à quelque rang de la société qu'il appartienne, sur quelque échelon qu'il se soit posé.
Cette expression--de l'argot du peuple--est dans la circulation depuis longtemps.
On dit aussi _Cartouche_,--ces deux coquins faisant la paire.
MANGEAILLE, s. f. Nourriture.
MANGEOIRE, s. f. Restaurant, cabaret,--dans l'argot des faubouriens.
MANGER, v. a. Subir, avoir, faire,--dans l'argot du peuple.
_Manger de la misère._ Être besogneux, misérable.
_Manger de la prison._ Être prisonnier.
_Manger de la guerre._ Assister à une bataille.
MANGER DANS LA MAIN, v. n. Prendre des familiarités excessives, abuser des bontés de quelqu'un.
MANGER DE CE PAIN-LÀ (Ne pas). Se refuser à faire une chose que l'on croit malhonnête, malgré le profit qu'on en pourrait retirer; répugner à certains métiers, comme ceux de domestique, de souteneur, etc.
MANGER DE LA MERDE. Souffrir de toutes les misères et de toutes les humiliations connues; en être réduit comme l'escarbot, à se nourrir des immondices trouvées sur la voie publique, des détritus abandonnés là par les hommes et dédaignés même des chiens.
Cette expression--de l'argot des faubouriens--est horrible, non parce qu'elle est triviale, mais parce qu'elle est vraie. Je l'ai entendue, cette phrase impure, sortir vingt fois de bouches honnêtes exaspérées par l'excès de la pauvreté. J'ai hésité d'abord à lui donner asile dans mon Dictionnaire, mais je n'hésite plus: il faut que tout ce qui se dit se sache.
MANGER DE LA VACHE ENRAGÉE, v. a. Pâtir beaucoup; souffrir du froid, de la soif et de la faim; n'avoir ni sou ni maille, ni feu ni lieu; vivre enfin dans la misère en attendant la richesse, dans le chagrin en attendant le bonheur.
Cette expression est de l'argot du peuple et de celui des bohèmes, qui en sont réduits beaucoup trop souvent, pour se nourrir, à se tailler des beefsteaks invraisemblables dans les flancs imaginaires de cette bête apocalyptique.
MANGER DES PISSENLITS PAR LA RACINE, v. a. Être mort.
MANGER DU BOEUF, v. a. Être pauvre,--dans l'argot des ouvriers, qui savent combien l'_ordinaire_ finit par être fade et misérable.
MANGER DU FROMAGE. Être mécontent; avoir de la peine à se _débarbouiller_ de ses soucis.
On connaît l'épigramme faite en 1814 contre Cambacérès, duc de Parme:
«Le duc de Parme déménage; Plus d'hôtel, plus de courtisan! Monseigneur mange du fromage, Mais ce n'est plus du parmesan...»
MANGER DU MÉRINOS, v. a. Jouer au billard,--dans l'argot des habitués d'estaminet.
Ils disent aussi _Manger du drap_.
MANGER DU PAIN ROUGE, v. a. Vivre d'assassinats impunis,--dans l'argot du peuple.
MANGER DU PAVÉ, v. a. Chercher de l'ouvrage et n'en jamais trouver,--dans l'argot des coiffeurs. _Trimer_,--dans l'argot du peuple.
MANGER DU SUCRE, v. a. Recevoir des applaudissements,--dans l'argot des comédiens.
MANGER LA CHANDELLE (Ne pas). N'avoir rien contre soi qu'on puisse reprocher,--dans l'argot du peuple, qui emploie cette expression à propos des gens qu'il ne connaît pas assez pour en répondre. Ainsi quand il dit: _C'est un bon enfant, il ne mange pas la chandelle_, cela signifie: Je n'en sais ni bien ni mal, ce n'est ni mon ami ni mon ennemi.
MANGER LA LAINE SUR LE DOS DE QUELQU'UN, v. a. Le tromper, et même le voler, sans qu'il proteste ou s'en aperçoive. Même argot.
MANGER LE BLANC DES YEUX (Se). Se dit de deux personnes qui se regardent avec colère, comme prêtes à se jeter l'une sur l'autre et à se dévorer.
MANGER LE BON DIEU, v. a. Communier,--dans l'argot des faubouriens.
MANGER LE GIBIER, v. a. Ne rien exiger des hommes, ou ne pas _rapporter_ intégralement l'argent qu'ils ont donné,--dans l'argot des souteneurs qui disent cela à propos des filles, leurs maîtresses.
MANGER LE MORCEAU, v. a. Faire des révélations, nommer ses complices,--dans l'argot des voleurs.
On dit aussi _Casser le morceau_.
MANGER LE MORCEAU, v. a. Trahir un secret; ébruiter trop tôt une affaire,--dans l'argot du peuple.
MANGER LE MOT D'ORDRE, v. a. Ne plus se le rappeler,--dans l'argot des troupiers.
MANGER LE NEZ (Se). Se battre avec acharnement,--dans l'argot des faubouriens, qui jouent parfois des dents d'une manière cruelle.
Par bonheur, ils jouent plus souvent de la langue, et, dans leurs «engueulements»,--qui rappellent beaucoup ceux des héros d'Homère,--s'il leur arrive de dire, en manière de début: «Je vais te manger le nez!» ils se contentent de _se moucher_.
MANGER LE PAIN HARDI, v. a. Être domestique,--dans l'argot du peuple, qui veut marquer que ces sortes de gens mangent le pain de leurs maîtres, sans se soucier autrement de le gagner.
MANGER LE POULET, v. a. Partager un bénéfice illicite,--dans l'argot des ouvriers, qui disent cela à propos des ententes trop cordiales qui existent parfois entre les entrepreneurs et les architectes, grands déjeuneurs.
MANGER LES SENS (Se). S'impatienter, se mettre en colère,--dans l'argot des bourgeois.
MANGER SON BEEFSTEAK, v. a. Se taire,--dans l'argot des faubouriens, qui ne devraient pourtant pas ignorer qu'il y a des gens qui parlent la bouche pleine.
MANGER SON PAIN BLANC LE PREMIER, v. a. De deux choses faire d'abord la plus aisée; s'amuser avant de travailler, au lieu de s'amuser après avoir travaillé.
Cette expression,--de l'argot du peuple, signifie aussi: Se donner du bon temps dans sa jeunesse et vivre misérablement dans sa vieillesse.
MANGER SUR L'ORGUE, v. n. Dénoncer un complice pour se sauver soi-même ou atténuer son propre crime,--dans l'argot des voleurs.
On dit aussi _Manger sur quelqu'un_.
MANGER UNE SOUPE AUX HERBES. Coucher dans les champs. Argot des faubouriens.
MANGER UN LAPIN, v. a. Enterrer un camarade,--dans l'argot des typographes, qui, comme tous les ouvriers, s'arrêtent volontiers chez le marchand de vin en revenant du cimetière.
MANGEUR, s. m. Dissipateur, viveur,--dans l'argot du peuple.
MANGEUR DE BLANC, s. m. Souteneur de filles,--dans l'argot des faubouriens.
MANGEUR DE BON DIEU, s. m. Bigot, homme qui hante plus volontiers l'église que le cabaret. Argot du peuple.
MANGEUR DE CHOUCROUTE, s. m. Allemand.
MANGEUR DE GALETTE, s. m. Homme qui trahit ses camarades pour de l'argent.
MANGEUR DE POMMES, s. m. Normand.
MANGEUSE DE VIANDE CRUE, s. f. Fille publique.
L'expression est vieille: elle se trouve dans Restif de la Bretonne.
MANICLE, s. f. Se dit de toutes les choses gênantes, embarrassantes, comme le sont en effet les _manicles_ des prisonniers.
Ce mot vient de _manicæ_, menottes. Les forçats, qui ne sont pas tenus de savoir le latin, donnent ce nom aux fers qu'ils traînent aux pieds; en outre, au lieu de l'employer au pluriel, comme l'exigerait l'étymologie, ils s'en servent au singulier: c'est ainsi que de la langue du bagne il est passé dans celle de l'atelier.
_Frère de la manicle._ Filou.
MANIÈRE, s. f. Façon de se conduire avec les hommes,--dans l'argot des drôlesses habiles, qui ont ainsi comme les grands artistes, leur première, leur seconde, leur troisième manière. Le cynisme en paroles et en actions peut être la première manière d'une courtisane, et la pudicité, voire l'honnêteté, sa troisième manière,--la plus remarquable et la plus dangereuse.
MANIÈRES, s. f. pl. Embarras, importance exagérée; mines impertinentes; simagrées,--dans l'argot des faubouriens.
MANIGANCE, s. f. Intrigue, fourberie,--dans l'argot du peuple.
MANIGANCER, v. a. Méditer une fourberie; préparer une _farce_, un coup, une affaire.
MANIQUE, s. f. Métier; cuir dont les cordonniers se couvrent la main.
_Connaître la manique._ Connaître à fond une affaire.
_Sentir la manique._ Sentir le cuir ou toute odeur d'atelier.
MANIVELLE, s. f. Chose qui revient toujours fastidieusement; travail monotone, ennuyeux.
_C'est toujours la même manivelle._ C'est toujours la même chanson.
MANNEAU, pron. pers. Moi,--dans l'argot des voleurs.
On dit aussi _Mézingaud_ et _Mézière_.
MANNEQUIN, s. m Imbécile, homme de paille,--dans l'argot du peuple.
MANNEQUIN, s. m. Voiture quelconque, et spécialement Tapecul,--dans l'argot du peuple.
MANNEQUIN DU TRIMBALLEUR DES REFROIDIS, s. m. Corbillard,--dans l'argot des voleurs.
MANNEZINGUE, s. m. Cabaret; marchand de vin,--dans l'argot des faubouriens, qui n'emploient ce mot que depuis une trentaine d'années.
On dit aussi _Minzingouin_ et _Mannezinguin_.
Voilà un mot bien moderne, et cependant les renseignements qui le concernent sont plus difficiles à obtenir que s'il s'agissait d'un mot plus ancien. J'ai bien envie de hasarder ma petite étymologie: _Mannsingen_, homme chez lequel on chante, le vin étant le tire-bouchon de la gaieté que contient le cerveau humain.
MANNEZINGUEUR, s. m. Habitué de cabaret.
MANON, s. f. Gourgandine,--dans l'argot du peuple.
Signifie aussi Maîtresse,--dans l'argot des bourgeois.
MANQUE, (A la), adv. A gauche,--dans l'argot des faubouriens.
Signifie aussi Endommagé et Malade.
MANTEAU D'ARLEQUIN, s. m.
Draperie qui entoure le rideau d'avant-scène,--dans l'argot des coulisses.
«On l'a nommée ainsi, dit M. J. Duflot, parce que du temps de la Comédie italienne les rideaux de théâtre ne tombaient pas comme des rideaux d'alcôve en glissant sur des tringles; or, comme Arlequin, au dénoûment de la pièce, était toujours le dernier comédien qui saluait le public de sa batte, le rideau, qui se fermait sur lui, semblait lui faire un manteau.»
MAQUA, s. f. Entremetteuse,--dans l'argot du peuple, qui emploie ce mot depuis quelques cents ans.
On a écrit _Maca_ au XVIe siècle.
MAQUECÉE, s. f. Abbesse de l'abbaye des S'offre-à-tous,--dans l'argot des voleurs.
MAQUEREAU, s. m. Souteneur de filles, ou plutôt Soutenu de filles,--dans l'argot du peuple.
Il est regrettable que Francisque Michel n'ait pas cru devoir éclairer de ses lumières philologiques les ténèbres opaques de ce mot, aussi intéressant que tant d'autres auxquels il a consacré des pages entières de commentaires. Pour un homme de son érudition, l'étymologie eût été facile à trouver sans doute, et les ignorants comme moi n'en seraient pas réduits à la conjecturer.
Il y a longtemps qu'on emploie cette expression; les documents littéraires dans lesquels on la rencontre sont nombreux et anciens déjà; mais quel auteur, prosateur ou poète, l'a employée le premier et pourquoi l'a-t-il employée? Est-ce une corruption du _mæchus_ d'Horace («homme qui vit avec les courtisanes,» _mœcha_, fille)? Est-ce le [grec: machros] grec, conservé en français avec sa prononciation originelle et son sens natif (grand, fort) par quelque helléniste en bonne humeur? Est-ce une contraction anagrammatisée ou une métathèse du vieux français _marcou_ (matou, mâle)? Est-ce enfin purement et simplement une allusion aux habitudes qu'ont eues de tout temps les souteneurs de filles de se réunir par bandes dans des cabarets _ad hoc_, par exemple les tapis-francs de la Cité et d'ailleurs, comme les maquereaux par troupes, par bancs dans les mers du Nord? Je l'ignore,--et c'est précisément pour cela que je voudrais le savoir; aussi attendrai-je avec impatience et ouvrirai-je avec curiosité la prochaine édition des _Etudes de philologie_ de Francisque Michel.
Au XVIIIe siècle, on disait _Croc de billard_, et tout simplement _Croc_,--par aphérèse.
MAQUEREAUTAGE, s. m. Exploitation de la femme qui exploite elle-même les hommes; maquignonnage.
On prononce _Macrotage_.
MAQUEREAUTER, v. a. et n. Vivre aux dépens des femmes qui ne vivant elles-mêmes qu'aux dépens des hommes.
On prononce _Macroter_.
_Maquereauter une affaire._ Intriguer pour la faire réussir.
MAQUEREAUTIN. s. m. Apprenti débauché, jeune _maquereau_.
On prononce _Macrotin_.
MAQUERELLAGE, s. m. Proxénétisme.
MAQUERELLE, s. f. Femme qui trafique des filles.
Au XVIIIe siècle on disait _Maqua_.
MAQUI, s. f. Rouge, fard,--dans l'argot des voleurs.
C'est probablement une apocope du vieux mot _Maquignonnage_.
MAQUIGNON, s. m. Homme qui fait tous les métiers, excepté celui d'honnête homme,--dans l'argot du peuple.
MAQUIGNONNAGE, s m. Proxénétisme; tromperie sur la qualité et la quantité d'une marchandise; abus de confiance.
MAQUIGNONNER, v. a. Faire des affaires véreuses.
MAQUILLAGE, s. m. Application de blanc de céruse et de rouge végétal sur le visage,--dans l'argot des acteurs et des filles, qui ont besoin, les uns et les autres, de tromper le public, qui, de son côté, ne demande qu'à être trompé.
Blanc de céruse et rouge végétal,--je ne dis pas assez; et pendant que j'y suis, je vais en dire davantage afin d'apprendre à nos petits-neveux, friands de ces détails, comme nous de ceux qui concernent les courtisanes de l'Antiquité, quels sont les engins de maquillage des courtisanes modernes: Blanc de céruse ou blanc de baleine; rouge végétal ou rouge liquide; poudre d'iris et poudre de riz; cire vierge fondue et pommade de concombre; encre de Chine et crayon de nitrate,--sans compter les fausses nattes et les fausses dents. Le visage a des rides, il faut les boucher; l'âge et les veilles l'ont jauni, il faut le roser; la bouche est trop grande, il faut la rapetisser; les yeux sont trop petits, il faut les agrandir. O les miracles du maquillage!
MAQUILLÉE, s. f. Lorette, casinette, boule-rouge, petite dame enfin,--dans l'argot des faubouriens.
MAQUILLER, v. a. Faire agir, machiner,--dans l'argot des voleurs et des faubouriens.
Signifie aussi Tromper, tricher, user de supercherie.
_Maquiller les brèmes._ Jouer aux cartes,--dans le même argot.
Signifie aussi Tricher à l'écarté.
_Maquiller son truc._ Faire sa manœuvre;
_Maquiller une cambriolle._ Dévaliser une chambre;
_Maquiller un suage._ Se charger d'un assassinat. Même argot.
MAQUILLER (Se), v. réfl. Se couvrir le visage de carmin et de blanc,--dans l'argot des petites dames, dont la beauté est l'unique gagne-pain, et qui cherchent naturellement à dissimuler les outrages que les années--et la débauche--peuvent y faire.
MAR, Désinence fort à la mode vers 1830,--comme les Osages. On retranchait la dernière syllabe des mots et on y substituait ces trois lettres qui donnaient un «cachet» au langage des gens d'esprit de ce temps-là. On disait _Boulangemar_ pour Boulanger, _Epicemar_ pour Epicier, etc. C'était une sorte de javanais mis à la portée de tout le monde. Il en est resté malheureusement quelques éclaboussures sur notre langue. (Lire _les Béotiens_ de Louis Desnoyers.)
MARAILLE, s. f. Le peuple, le monde,--dans l'argot des voleurs.
MARAUDER, v. n. Raccrocher des pratiques en route,--dans l'argot des cochers de voitures de place, qui frustrent ainsi leur administration.
On dit aussi _Aller à la maraude_ et _Faire la maraude_.
MARAUDEUR, s. m. Cocher en quête d'un «bourgeois».
On dit aussi _Hirondelle_.
MARBRE, s. m. Table sur laquelle, dans les imprimeries, les typographes posent les _paquets_ destinés à être mis en page.
_Avoir un article sur le marbre._ Avoir un article composé, sur le point de passer,--dans l'argot des typographes et des journalistes.
MARCANDIER, s. m. Marchand,--dans l'argot des voleurs, qui emploient là une expression de la vieille langue des honnêtes gens.
MARCASSIN, s. m. Petit garçon malpropre et grognon,--dans l'argot du peuple.
MARCHAND D'EAU CHAUDE, s. m. Cafetier.
MARCHAND DE CERISES, s. m. Mauvais cavalier.
MARCHAND DE FEMMES, s. m. Négociateur en mariages.
MARCHAND DE SOMMEIL, s. m. Logeur en garni,--dans l'argot des faubouriens.
MARCHAND DE SOUPE, s. m. Maître de pension,--dans l'argot des écoliers.
MARCHAND D'HOMMES, s. m. Agent de remplacement militaire,--dans l'argot du peuple.
MARCHE-A-TERRE, s. m. Fantassin,--dans l'argot de la cavalerie.
MARCHE DE FLANC, s. f. Le sommeil, ou seulement le repos,--dans l'argot des sous-officiers.
MARCHER, v. n. Être de la même opinion; consentir,--dans l'argot des typographes.
MARCHER DEDANS. Rencontrer sous son pied un _insurgé de Romilly_,--dans l'argot du peuple.
MARCHER AU PAS. Obéir, filer doux,--dans le même argot.
_Faire marcher quelqu'un au pas._ Agir de rigueur envers lui.
On dit aussi: _Mettre au pas_.
MARCHER SUR LA CHRÉTIENTÉ, v. n. N'avoir pas de souliers ou avoir des souliers usés,--dans le même argot.
MARCHER SUR LE PIED, v. n. Chercher querelle à quelqu'un,--une querelle d'Allemand; saisir le moindre prétexte pour se fâcher,--dans l'argot des bourgeois.
_N'aimer pas qu'on vous marche sur le pied._ Être très chatouilleux, très susceptible.
MARCHES DU PALAIS, s. f. pl. Rides du front,--dans l'argot du peuple.
MARCHEUSE, s f. Rat d'une grande beauté que sa mère, fausse ou vraie, dit H. de Balzac, a vendue le jour où elle n'a pu devenir ni premier, ni deuxième, ni troisième sujet de la danse, et où elle a préféré l'état de coryphée à tout autre, par la grande raison qu'après l'emploi de sa jeunesse elle n'en pouvait pas prendre d'autres. C'est un débris de la fille d'Opéra du XVIIIe siècle.
MARCHEUSE, s. f. Femme en bonnet et en tablier blanc, dont les fonctions «sont d'appeler les passants à voix basse et de les engager à monter dans la maison qu'elle représente».
MARCO, s. f. Petite dame,--dans l'argot des gens de lettres, qui disent cela depuis la pièce de leurs confrères Lambert Thiboust et Barrière, Les _Filles de marbre_, dont l'héroïne principale s'appelle Marco.
MARDI, S'IL FAIT CHAUD!
Les calendes grecques du peuple, qui y renvoie volontiers quand il veut se moquer ou se débarrasser d'un importun.
Ce _mardi-là_ et le _Dimanche après la grand'messe_ font partie de la fameuse _Semaine des quatre jeudis_.
MARGAUDER, v. n. Dénigrer quelqu'un; décrier une chose. Argot des bourgeois.
Est-ce que ce verbe ne viendrait point de la jacasserie continuelle de la pie, dite _margot_, qui joue le rôle de commère parmi les oiseaux? Mais alors il faudrait écrire _margoter_, ou tout au moins _margoder_.
MARGOT, s. f. Pie,--dans l'argot du peuple.
MARGOT, s. f. Fille ou femme qui a jeté son bonnet et sa pudeur par-dessus les moulins.
On dit aussi _Margoton_.
MARGOT, s. f. Maîtresse, concubine,--dans l'argot des bourgeois.
_Vivre avec des margots._ Vivre avec des filles; passer le meilleur de son temps à filer le plus imparfait amour aux pieds d'Omphales d'occasion, sans avoir l'excuse du fils d'Alcmène,--qui du moins était un hercule.
MARGOUILLIS, s. m. Gâchis,--dans l'argot du peuple, qui emploie ce mot au propre et au figuré.
MARGOULETTE, s. f. La bouche, considérée comme avaloir.
_Rincer la margoulette à quelqu'un._ Lui payer à boire.
MARGOULIN, s. m. Débitant,--dans l'argot des commis voyageurs.
MARGUERITES, s. f. pl. Poils blancs de la barbe,--dans l'argot du peuple, qui a parfois des images aussi poétiques que justes.
Il dit aussi _Marguerites de cimetière._
MARIAGE À LA DÉTREMPE, s. m. Union morganatique,--dans l'argot des ouvriers.
«Nos bons amis nos ennemis» ont une expression de la même famille: _Wife in water colours_ (femme à l'aquarelle, en détrempe), disent-ils à propos d'une concubine.
MARIANNE, s. f. La République,--dans l'argot des démocrates avancés.
_Avoir la Marianne dans l'œil._
Clignoter des yeux sous l'influence de l'ivresse.
MARIE-BON-BEC, s. f. Femme bavarde, «un peu trop forte en gueule»,--dans l'argot du peuple.
MARIE-COUCHE-TOI-LÀ, s. f. Femme _facile_,--trop facile.
MARIER JUSTINE. Précipiter un dénouement, arriver vite au but,--dans l'argot des coulisses.
Cette expression date de la première représentation d'un vaudeville des Variétés, _Thibaut et Justine_, joué sous la direction de Brunet. La pièce gaie en commençant, avait, vers la fin, des longueurs. Le public s'impatiente, il est sur le point de siffler. L'auteur ne mariait Justine qu'à la dernière scène, encore bien éloignée. «Il faut marier Justine tout de suite», s'écria le régisseur, pour sauver la pièce. Et l'on cria des coulisses aux acteurs en scène: «Mariez Justine tout de suite!» Et l'on maria Justine, et la pièce fut sauvée,--et l'argot théâtral s'enrichit d'une expression.
MARIE-SALOPE, s. f. Femme de mauvaise vie.
MARIE-SALOPE, s. f. Bateau dragueur,--dans l'argot des mariniers de la Seine.
MARI MALHEUREUX, s. m. «Le dernier de Paul de Kock»,--dans l'argot pudibond des bourgeois.
MARIN D'EAU DOUCE, s. m. Canotier de la Seine,--dans l'argot du peuple.
MARIOLLE, s. m. Homme adroit, rusé, plus habile que délicat, et même un peu voleur,--dans l'argot des souteneurs.
J'ai entendu cette phrase: «Tant qu'il y aura des pantes, les mariolles boulotteront.»
MARIOLLE, s. et adj. Malin, ingénieux, rusé,--dans l'argot des faubouriens.
MARIONNETTE, s. f. Soldat,--dans l'argot des voleurs.
MARIONNETTES, s. f. pl. Partisans, mâles ou femelles, d'une bastringueuse du nom de _Maria_, qui florissait en l'an de grâce 1839 à la Grande-Chaumière et à la Chartreuse, et à qui une autre joueuse de flûte du nom de _Clara_ disputait le sceptre du cancan et le prix de chahutage.
Les partisans de cette dernière s'appelaient _Clarinettes_.
MARLOU, s. m. Souteneur de filles,--dans l'argot des faubouriens.
Pourquoi, à propos de ce mot tout moderne, Francisque Michel a-t-il éprouvé le besoin de recourir au Glossaire de Du Cange et de calomnier le respectable corps des _marguilliers_? Puisqu'il lui fallait absolument une étymologie, que ne l'a-t-il demandée plutôt à un Dictionnaire anglais! _Mar_ (gâter) _love_ (amour); les souteneurs, en effet, souillent le sentiment le plus divin en battant monnaie avec lui. Cette étymologie n'est peut-être pas très bonne, mais elle est au moins aussi vraisemblable que celle de Francisque Michel. Il y a aussi le vieux français _marcou_.
MARLOU, s. et adj. Malin, rusé, expert aux choses de la vie.
MARLOUSERIE, s. f. Profession de Marlou.
Se dit aussi pour Habileté.
MARLOUSIER, s. m. Apprenti marlou.
MARMAILLE, s. f. Troupe, nichée d'enfants,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi _Marmaillerie_.
MARMITE, s. f. Maîtresse,--dans l'argot des souteneurs, qui n'éprouvent aucune répugnance à se faire nourrir par les filles.
_Marmite de cuivre._ Femme qui gagne--et rapporte beaucoup.
_Marmite de fer._ Femme qui rapporte un peu moins.
_Marmite de terre._ Femme qui ne rapporte pas assez, car elle ne rapporte rien.
MARMITEUX, s. et adj. Piteux, ennuyé, malade,--dans l'argot du peuple.
MARMITON DE M. DOMANGE, s. m. Vidangeur,--dans l'argot des faubouriens, qui ne se doutent guère qu'ils ne font que répéter une expression du XVIe siècle: «Marmiton de la gadouarde», lit-on dans les _Après-disnées du seigneur de Cholières_.
Cela ne vaut pas, comme délicatesse ironique, le _goldfinder_ des Anglais.
MARMONNER, v. a. Parler entre les dents d'un air fâché; murmurer, gronder,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi _Marmotter_.
MARMOT, s. m. Enfant, et, par extension, Homme chétif.
_Croquer le marmot._ Attendre en vain.
MARMOTTE, s. f. Boîte ou carton d'échantillons,--dans l'argot des commis-voyageurs.
MARMOTTE, s. f. Madras que les femmes du peuple se mettent sur la tête pour dormir.
MARMOTTIER, s. m. Savoyard,--dans l'argot des faubouriens.
MARMOUSE, s. f. Barbe,--dans l'argot des voleurs.
MARMOUSER, v. n. Bruire, comme l'eau qui bout,--dans l'argot du peuple.
MARMOUSET, s. m. Gamin, homme de mine chétive.
MARMOUSET, s. m. Pot-au-feu,--dans l'argot des voleurs, par allusion au _marmousement_ du bouillon.
_Le marmouset riffode._ Le pot bout.
MARNER, v. a. Voler,--dans l'argot des revendeuses du Temple.
MARNER, v. n. Travailler avec ardeur,--dans l'argot des faubouriens.
MAROTTE, s. f. Caprice, entêtement, manie,--dans l'argot des bourgeois.
MAROTTIER, s. m. Bimbelottier, camelotteur,--dans l'argot des voleurs.
MARQUANT, s. m. Maître, chef,--dans le même argot.
MARQUE, s. f. Femme,--dans le même argot.
_Marque de cé._ Femme légitime d'un voleur.
_Marque franche._ Concubine.
MARQUÉ, s. m. Mois,--dans le même argot.
_Quart de marqué._ Semaine.
MARQUÉ (Être). S'être battu et avoir l'œil poché. Argot des faubouriens.
MARQUÉ A LA FESSE, adj. et s. Homme méticuleux, maniaque, ennuyeux,--dans l'argot des typographes.
MARQUÉ AU B, adj. Borgne ou bossu, ou bigle, ou boiteux, ou bavard,--dans l'argot du peuple.
MARQUER (Ne plus), v. n. Vieillir,--dans l'argot des faubouriens.
MARQUER AVEC UNE FOURCHETTE, v. a. Exagérer le compte d'un débiteur, en marquant 4 quand il a dépensé 1,--ainsi qu'il arrive à beaucoup de cafetiers, de restaurateurs, de tailleurs, pour se rattraper sur une bonne paye, distraite, des pertes qu'ils ont subies avec une mauvaise, plus distraite encore.
MARQUER LE COUP, v. a. Trinquer,--dans l'argot des ouvriers.
MARQUER LE COUP, v. a. Toucher légèrement son adversaire,--dans l'argot des professeurs d'escrime, boxe, etc.
MARQUER SON LINGE, v. a. Embrener sa chemise ou sa culotte. Argot du peuple.
MARQUIS D'ARGENTCOURT, s. m. Homme qui rendrait des points à Job, mais ne pourrait lui rendre que cela,--n'ayant absolument rien autre.
On dit aussi _Marquis de la bourse plate_.
MARQUISE, s. f. Maîtresse,--dans l'argot des faubouriens.
MARQUISE, s. f. Le saladier de vin blanc sucré des bourgeois,--comme le saladier de vin blanc est la marquise des ouvriers.
MARRAINE, s. f. Témoin femelle, dans l'argot des voleurs.
MARRON, s. m. Rapport, procès-verbal des chefs de ronde,--dans l'argot des soldats.
MARRON, s. m. Livre imprimé clandestinement,--dans l'argot des typographes.
MARRON (Être). Être la victime de quelque chose, être la dupe de quelqu'un,--dans l'argot des faubouriens.
_Être servi_ ou _paumé marron_. Être pris sur le fait encore nanti des objets soustraits,--dans l'argot des voleurs.
Je ne crois pas qu'il faille, à propos de cette expression, remonter à Régnier, à La Fontaine et à Molière, et citer la fable de _Bertrand et Raton_, comme l'a fait Francisque Michel avec une vraisemblance plus apparente que réelle. Au premier abord, on songe à ces marrons que le singe fait tirer du feu par le chat, mais en y réfléchissant, on ne tarde pas à comprendre qu'il faut chercher ailleurs l'origine de cette expression. Le verbe _marronner_, que Francisque Michel ne cite pas, quoiqu'il soit fréquemment et depuis longtemps employé par le peuple, ce verbe est-il antérieur ou postérieur à celui qui nous occupe en ce moment? Voilà ce qu'il aurait fallu rechercher et dire, car s'il est antérieur, comme tout le fait supposer, nul doute qu'il ait donné naissance à _Être marron_. En outre, voilà longtemps, me semble-t-il, qu'on appelle _nègre marron_ un nègre fugitif,--qu'on _reprend_ toujours. Que le lecteur daigne conclure.
MARRONNER, v. a. Maugréer, être de mauvaise humeur,--dans l'argot du peuple.
_Faire marronner quelqu'un._ Le faire attendre en murmurant et plus que la politesse et la raison ne le permettent.
Signifie aussi Faire enrager, taquiner.
MARRONNER UNE AFFAIRE, v. a. Manquer un vol par maladresse,--dans l'argot des voleurs.
MARRON SCULPTÉ, s. m. Tête grotesque, personnage ridicule,--dans l'argot du peuple, qui a fait allusion à ces fantaisies découpées dans les marrons d'Inde, à la mode il y a une vingtaine d'années.
On dit aussi _Pomme de canne_.
MARSEILLAISE, s. f. Pipe courte, dont le fourneau est à angle droit avec le tuyau.
MARSOUIN, s. m. Homme laid et mal fait; marin.
MARTYR, s. m. Le caporal,--dans l'argot des soldats, qui ont constaté que ce simple gradé se donnait plus de mal que les autres gradés ses supérieurs et pour une paye moins haute.
MASQUE, s. f. Fille ou femme un peu coquine,--dans l'argot du peuple, qui ne dit pas cela en trop mauvaise part.
MASQUE, s. m. Vilaine figure, homme fort laid.
MASSACRE, s. m. Ouvrier qui travaille mal, qui gâte l'ouvrage,--dans l'argot des bourgeois.
Signifie aussi Gaspillage de choses ou d'argent.
MASSE, s. f. Grande quantité de gens ou de choses,--dans l'argot du peuple.
_En masse._ En grand nombre, en grande quantité.
MASSÉ, s. m. Coup de queue donné perpendiculairement à une bille,--dans l'argot des joueurs de billard.
MASSER, v. n. Travailler,--dans l'argot des ouvriers.
MASSER, v. a. et n. Payer, donner l'argent de sa masse. Argot des faubouriens.
MASSEUR, s. et adj. Homme laborieux.
MASTIC, s. m. Homme,--dans l'argot des canotiers.
MASTIC, s. m. Sens interverti, lignes ou mots déplacés dans le trajet de la galée au marbre, et occasionnant par cela même une confusion où souvent l'auteur a grand'peine à se reconnaître. Argot des typographes.
MASTIC, s. m. Homme,--dans l'argot des voleurs.
MASTIC, s. m. Le pain ou la viande,--dans l'argot des francs-maçons.
MASTIQUER, v. n. Manger,--dans l'argot du peuple en général, et en particulier des francs-maçons, qui se livrent à la _mastication_ comme de simples profanes.
MASTOC, s. et adj. Homme gras, gros, épais, lourd,--dans l'argot du peuple.
MASTROQUET, s. m. Marchand de vin,--dans l'argot des faubouriens.
Ne serait-ce pas une corruption de _mastoquet_, homme _mastoc_, le marchand de vin étant ordinairement d'une forte corpulence?
MATADOR, s. m. Homme riche, de fait ou d'apparence,--dans l'argot du peuple.
_Faire le matador._ Faire des _embarras_.
MATAGOT, s. m. Homme bizarre, original, amusant par son esprit ou par sa laideur de _singe_.
MATASSIN, s. m. Personnage ridicule, en parole ou en action,--dans l'argot des gens de lettres, qui se souviennent de leur Molière.
MATELASSER (Se), v. réfl. Garnir le corsage de sa robe d'assez de coton pour tromper les yeux--des myopes.
MATELOT, s. m. Copain,--dans l'argot des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de marine.
MATÉRIAUX, s. m. pl. Les aliments en général,--dans l'argot des francs-maçons, pour qui manger c'est travailler.
Ils disent aussi _Parfums_.
MATHURINS, s. m. pl. Dés à jouer,--dans l'argot des voleurs.
_Mathurins plats._ Dominos.
MATIGNON, s. m. Messager,--dans le même argot.
MÂTIN, s. m. Homme rusé, expert en toutes sortes de choses,--dans l'argot du peuple.
_Mâtine_, s. f. Gaillarde qui n'a pas peur des hommes.
MÂTIN! Exclamation qui sert à marquer l'admiration la plus violente ou la douleur la plus vive.
On dit aussi _Sacré mâtin_.
MATOIS, s. m. Homme rusé, et même un peu fourbe.
On dit aussi _fin matois_, malgré le pléonasme.
MATOISE, s. f. Intrigante,--ou seulement Femme habile à vendre sa marchandise.
On dit aussi _Fine matoise_.
MATOU, s. m. Homme aimant les femmes.
_Bon matou._ Libertin.
MATRAQUE, s. m. Bâton, canne,--dans l'argot des faubouriens qui ont servi dans l'armée d'Afrique.
Ils ont entendu des Arabes, s'essayant au français, dire: _ma traque_ pour _ma trique_, et ils ont pris cela pour du sabir.
MAUVAIS COUCHEUR, s. m. Homme difficile à vivre.
MAUVAISE TROUPE, s. f. Garnement, vagabond, fainéant,--dans l'argot du peuple.
Quelquefois la même expression est employée dans un sens amical, comme, par exemple, pour convier quelqu'un au départ: _Allons, en route, mauvaise troupe!_ lui dit-on.
MAUVIETTE, s. et adj. Enfant, et même grande personne d'un tempérament délicat, d'une apparence chétive.
MAUVIETTE, s. f. Décoration à la boutonnière,--dans l'argot des faubouriens.
Ils disent aussi _Trompe-l'œil_.
MAYEUX, s. m. Bossu,--dans l'argot du peuple, qui se souvient du type créé par le caricaturiste Traviès, vers 1830.
Se dit, par extension, de tout Homme laid au physique et au moral.
MAZAGRAN, s. m. Café froid à l'eau de Seltz,--dans l'argot des garçons de café.
Se dit aussi de tout café, chaud ou froid, servi dans une chope de verre, au lieu de l'être dans une tasse.
MAZARO, s. m. Prison,--dans l'argot des troupiers.
MAZETTE, s. f. Conscrit,--dans l'argot des troupiers. Homme de petite taille,--dans l'argot du peuple.
MÉCANISER, v. a. Vexer quelqu'un, le tourmenter, se moquer de lui, et même en médire un peu,--dans l'argot des faubouriens.
Francisque Michel «trouve le germe de cette locution dans un passage des _Vies des dames illustres_ de Brantôme», et ce germe, c'est _mœquaniqueté_... Le malheur est que jamais «locution ne fut plus moderne. Quant à son «germe», le premier _mécanicien_ venu le trouverait en conduisant sa _machine_.
MÉCANISEUR, s. m. Railleur, médisant.
MÈCHE, s. f. Possibilité de aire une chose.
_Il y a mèche._ Il y a moyen.
_Il n'y a pas mèche._ Cela n'est pas possible.
On dit aussi elliptiquement: _Mèche!_
MÈCHE, s. f. Intrigue, secret.
_Découvrir la mèche._ Tenir les fils d'une intrigue, connaître à temps un dessein fâcheux.
MÈCHE, s. m. Travail, ouvrage à faire,--dans l'argot des typographes.
_Chercher mèche._ Chercher de l'ouvrage.
MÈCHE, s. f. Moitié, demi,--dans l'argot des voleurs.
_Être de mèche._ Partager un butin avec celui qui l'a fait.
Signifie aussi Demi-heure. D'où, sans doute, l'expression des faubouriens: _Et mèche_.
MÉCHI, s. m. Malheur,--dans le même argot.
C'est assurément le _meschief_ de notre vieille langue.
MÉCHILLON, s. m. Quart d'heure.
MÉDAILLE, s. f. Pièce de cinq francs en argent,--dans l'argot des artistes et des faubouriens.
Le mot sort de la _Vie de Bohême_, d'Henry Murger.
_Médaille d'or._ Pièce de vingt francs.
MÉDAILLE DE SAINT HUBERT, s. f. Pièce de cinq francs,--dans l'argot des marbriers de cimetière, qui savent que ces médailles-là préservent de _la rage de dents_.
MÉDAILLE EN CHOCOLAT, s. f. Médaille de Sainte-Hélène,--dans l'argot des faubouriens, par allusion à sa couleur de bronze noir.
On a dit aussi _Médaille de commissionnaire_ et _Contre-marque du Père-Lachaise_.
MÉDAILLON, s. m. La partie du corps où Paul de Kock fait se fendre la culotte de ses héros, ou sur laquelle il les fait volontiers tomber.
C'est un mot de l'argot des voleurs, qui donnent ainsi un pendant au _portrait_ de l'argot des faubouriens.
_Médaillon de flac._ Impasse, _cul-de-sac_.
MÉDECIN, s. m. Avocat,--dans l'argot des voleurs, qui ont besoin d être guéris de l'accusation, souvent mortelle, qui pèse sur eux.
MÉDECINE, s. f. Plaidoirie.
MÉDECINE, s. f. Conseil.
_Médecine flambante._ Bon conseil, avis salutaire.
MÉDECINE, s. f. Personne ennuyeuse, obsédante, dont on avale à contre-cœur les discours. Argot du peuple.
MÉDIANIMIQUE, adj. Qui appartient au médium.
_Facultés médianimiques._ Celles que possèdent les médiums et qui leur permettent d'entrer en communication avec les Esprits,--à ce qu'ils disent.
L'expression a été forgée par Delaage.
MÉDIUM, s. m. Individu qui évoque les Esprits,--les _lémures_, auxquelles les modernes croient avec la même foi aveugle que les anciens.
Le mot est nouveau, si la chose est vieille. Argot des spirites.
MEG, s. m. Maître, roi,--dans l'argot des voleurs, qui, quoique _affranchis_, sont volontiers les esclaves de quiconque est plus fort, plus rusé, plus coquin qu'eux.
_Meg des megs._ Dieu.
_Meg de la rousse._ Le préfet de police.
Les Bescherelles de la haute pègre prétendent qu'il faut écrire et prononcer _mec_ et non _meg_.
MÊLÉ, s. m. Mélange d'eau-de-vie et de cassis, ou d'anisette et d'absinthe,--dans l'argot des faubouriens.
MELET, TE, adj. Petit, petite,--dans l'argot des voleurs.
MÉLI-MÉLO, s. m. Confusion, mélange chaotique,--dans l'argot du peuple, qui emploie cette expression au propre et au figuré.
MELON, s. et adj. Imbécile, nigaud.
Cette injure,--quoique le melon soit une chose exquise,--a trois mille ans de bouteille, et son parfum est le même aujourd'hui que du temps d'Homère: «Thersite se moquant des Grecs, dit Francisque Michel, les appelle [grec: pepones].»
Il y a longtemps, en effet, que l'homme, «ce Dieu tombé», ne se souvient plus des cieux, puisqu'il y a longtemps que la moitié de l'humanité méprise et conspue l'autre moitié.
MELON, s. m. Elève de première année,--dans l'argot des Saint-Cyriens.
MEMBRE DE LA CARAVANE, s. m. Fille ou femme de mœurs douteuses,--dans l'argot du peuple, qui emploie une périphrase pour dire _camelus_.
MENÉE, s. f. Douzaine,--dans l'argot des voleurs.
MENER LARGE (N'en pas). Avoir peur, se faire humble et petit,--dans l'argot des faubouriens.
MENER LES POULES PISSER. Se dit,--dans l'argot du peuple, d'un homme qui s'amuse aux menus soins du ménage et porte le jupon au lieu de porter la culotte.
L'expression date du XVIIe siècle. Dans un ballet de la cour de Gaston, duc d'Orléans, on voit _Jocrisse_ qui mène les poules pisser. Jocrisse est là le type du genre.
MENER PAR LE BOUT DU NEZ, v. a. Faire ce qu'on veut d'une femme, quand on est homme, d'un homme quand on est femme.
_Se laisser mener par le bout du nez._ Être d'une faiblesse extrême, faire la volonté des autres et non la sienne propre.
MENER PISSER, v. a. Forcer un homme à se battre en duel. Argot des troupiers.
_On ne le mène pas pisser!_ Une phrase de l'argot du peuple, qui l'emploie pour indiquer le caractère d'un homme qui ne fait que ce qu'il veut, et non ce que les autres veulent.
Elle se trouve dans Restif de La Bretonne.
MENESSES, s. f. pl. Filles de maison,--dans l'argot des soldats.
MENESTRE, s. f. Soupe, potage,--dans l'argot des voleurs et des honnêtes gens.
«Mon docteur de menestre en sa mine altérée, Avoit deux fois autant de mains que Briarée,»
dit Mathurin Régnier, en sa satire du _Souper ridicule_.
«L'ingrat époux lui fit tater D'une menestre empoisonnée,»
dit Scarron, en sa satire contre Baron.
MENGIN, s. m. Charlatan politique et littéraire.
Encore un nom d'homme devenu un type applicable à beaucoup d'hommes.
MENOTTES, s. f. pl. Mains,--dans l'argot des enfants, des mères et des amoureux.
On disait _mainettes_ au temps jadis, comme le prouvent ces vers de Coquillart:
«Tousjours un tas de petits ris, Un tas de petites sornettes. Tant de petits charivaris, Tant de petites façonnettes, Petits gants, petites mainettes. Petite bouche à barbeter...»
MENTEUSE, s. f. La langue,--dans l'argot des voleurs, dont M. de Talleyrand s'est fait le plagiaire prolixe en disant: La parole a été donnée à l'homme pour déguiser sa pensée.»
Les voleurs anglais ont la même expression; ils appellent la langue _prating cheat_ (la trompeuse qui bavarde, ou la bavarde qui ment).
MENTON DE GALOCHE, s. m. Long, pointu et recourbé comme celui de Polichinelle. Argot du peuple.
MENUISIÈRE, s. f. Redingote longue, très longue, trop longue, comme les affectionnent les ouvriers, pour prouver qu'ils ne ménagent pas plus le drap que les bourgeois. Argot des rapins.
MÉQUARD, s. m. Commandant, _mec_, dans l'argot des voleurs.
MÉQUER, v. a. Commander.
MER, s. f. Le fond du théâtre, quel que soit le décor. Argot des coulisses.
_Aller voir la mer._ Remonter la scène jusqu'au dernier plan.
MER A BOIRE (C'est la). Se dit--dans l'argot du peuple--de toute chose ennuyeuse ou difficile à faire; et,--dans l'argot des bourgeois--de toute affaire qui traîne en longueur et ne peut aboutir.
_Ce n'est pas la mer à boire._ Se dit, au contraire, de toute chose facile à faire, de toute entreprise qu'on peut aisément mener à bonne fin.
MERCADET, s. m. Nom d'un personnage de Balzac qui est devenu celui de tous les brasseurs d'affaires véreuses, de tous les pêcheurs de goujons en eau trouble.
MERCANDIER, s. m. Boucher qui ne _trafique_ que sur les viandes de qualité inférieure.
MERCENAIRE DE L'IMMOBILITÉ, s. m. Modèle,--dans l'argot des rapins.
MERDAILLON, s. m. Homme sans conséquence, méprisable, poltron. Argot du peuple.
On dit aussi _Merdeux_.
MERDAILLE, s. f. Troupe importune de petits enfants.
MERDE! Exclamation énergique dont Cambronne ne s'est servi qu'une fois, le 18 juin 1815, et dont le peuple se sert tous les jours,--dix fois plutôt qu'une.
_Ah! merde alors!_ Exclamation qui n'échappe que dans les situations critiques, fatales, comme, par exemple, lorsqu'on perd au jeu, lorsqu'on casse sa pipe, etc.
MERDE, s. f. Homme sans consistance, sur lequel il n'y a pas moyen de compter dans les circonstances graves.
MERDEUX (Bâton), s. m. Homme d'un caractère inégal, fantasque, ombrageux, désagréable, qu'on ne sait par quel bout prendre pour lui parler et le faire agir.
MÈRE-ABBESSE, s. f. Grosse femme qui tient un pensionnat de demoiselles--indignes d'orner leur corsage du bouquet de fleurs d'oranger traditionnel.
L'expression se trouve dans Restif de la Bretonne.
MÈRE AU BLEU, s. f. La guillotine,--dans l'argot des voleurs, qui veulent faire croire aux autres que c'est le chemin du _ciel_, sans le croire eux-mêmes.
MÈRE D'OCCASION, s. f. Chaperon que se choisit une actrice jeune qui veut se faire respecter--des gens pauvres. C'est ordinairement une vieille drôlesse chevronnée par le vice.
«Dont le menton fleurit et dont le nez trognonne,»
et dont la principale fonction consiste à conclure les marchés avec les nobles étrangers attirés autour de sa fille--adoptive--comme les papillons autour d'une lampe.
MÉRINOS, s. m. Personne qui a l'_haleine forte_,--dans l'argot des faubouriens, qui se plaisent aux calembours.
MERLAN, s. m. Coiffeur,--dans l'argot du peuple, qui emploie cette expression depuis l'invention de la poudre à poudrer, parce qu'alors les perruquiers étaient toujours enfarinés comme prêts à mettre en la poêle à frire. Le _Journal de Barbier_ en fait mention, ce qui lui donne plus d'un siècle de circulation.
MÉRUCHE, s. f. Poêle,--dans l'argot des voleurs.
_Méruchée._ Poêlée.
_Méruchon._ Poêlon.
MESS, s. m. Table où mangent en commun les officiers d'un même régiment.
Encore un mot d'importation anglaise, à ce qu'il paraît: _The Mess_, dit le Dictionnaire de Spiers; _to mess_, ajoute-t-il. C'est plutôt un mot que nous reprenons à nos voisins, qui pour le forger ont dû se servir, soit de notre Mense (_mensa_), qui a la même signification, soit de notre Messe (_missa_), où le prêtre sacrifie sous les espèces du pain et du vin.
MESSE DU DIABLE, s. f. Interrogatoire,--dans l'argot des voleurs, qui sont volontiers athées.
MESSIÈRE, s. m. et f. Victime,--dans le même argot.
_Messière franc._ Bourgeois.
_Messière de la haute._ Homme comme il faut.
Ne serait-ce pas le _Messire_ du vieux temps?
MESSIRE LUC, s. m. Anagramme facile à deviner,--dans l'argot des érudits amis de la scatologie.
MÉTAL, s. m. Argent,--dans l'argot du peuple, qui, sans s'en douter, se sert de la même expression qu'Horace: _Metallis potior libertas_ (La liberté vaut tout l'or du monde).
MÉTAUX, s. m. pl. L'argent; or, argent ou cuivre,--dans l'argot des francs-maçons.
MÉTHODE CHEVÉ, s. f. Manière de jouer au billard contraire à l'usage: y jouer avec une cuiller, avec les doigts, avec deux queues, etc. Argot des bohèmes.
S'applique aussi au Bilboquet, quand on le prend par la boule et qu'on veut faire entrer le manche dedans.
MÉTIER, s. m. Habileté d'exécution, adresse de main,--dans l'argot des artistes.
_Avoir un métier d'enfer._ Être d'une grande habileté.
METTRE A L'OMBRE, v. a. Mettre en prison,--dans l'argot du peuple. Tuer,--dans l'argot des voleurs.
METTRE A MÊME. Tromper,--dans l'argot des faubouriens.
«Voyez quel emblême! Sa nièc' d'Angoulème Nous met tous à même!»
dit une chanson de 1832.
METTRE A PIED, v. a. Suspendre un employé de ses fonctions pendant plus ou moins de temps. Argot des bourgeois.
METTRE A QUELQU'UN (Le), v. a. Le tromper; lui conter des bourdes qu'il accepte pour des vérités,--dans l'argot des faubouriens.
METTRE A TABLE (Se). Être disposé à dénoncer ses complices; être sur le point de faire des révélations,--dans l'argot des voleurs qui veulent _manger le morceau_.
METTRE A TOUTES LES SAUCES (Se), v. réfl. Faire tous les métiers pour gagner sa vie,--dans l'argot du peuple.
METTRE AVEC QUELQU'UN (Se), v. réfl. Vivre maritalement,--dans l'argot des ouvriers et des grisettes.
METTRE BIEN (Se), v. réfl. Ne rien se refuser,--dans l'argot du peuple, qui dit cela à propos de tout, excepté à propos de vêtements. Ainsi, en voyant quelqu'un boire beaucoup, il lui dira: «Tu te mets bien, toi!»
METTRE DANS DE BEAUX DRAPS, v. a. Engager quelqu'un dans une affaire scabreuse, dans un mauvais pas, dans un danger quelconque.
On dit aussi: _Être dans de beaux draps_.
METTRE DANS LA POMMADE, v. a. Gagner quelqu'un au jeu. Argot des faubouriens.
Signifie aussi Tromper, jouer un tour.
METTRE DANS LE MILLE, v. a. Réussir dans une entreprise.
Se dit aussi pour: Donner un coup de pied au derrière de quelqu'un.
METTRE DANS SON SAC. Recevoir des injures ou des coups sans y répondre; encaisser des soufflets ou des sottises sans en donner reçu.
METTRE DEDANS, v. a. Mettre en prison.
Signifie aussi Tromper.
METTRE DE L'EAU DANS SON VIN, v. a. S'humilier après avoir été arrogant; reconnaître ses torts.
METTRE DU BEURRE DANS SES ÉPINARDS, v. a. Introduire un peu de gaieté dans sa vie; avoir des chances heureuses.
METTRE EN BRINGUE, v. n. Mettre en morceaux, briser.
METTRE EN PATE, v. a. Renverser un ou plusieurs _paquets_ en les transportant ou en imposant,--dans l'argot des typographes.
On dit aussi _Tomber en pâte_.
METTRE EN QUATRE (Se), v. réfl. Montrer du zèle pour quelqu'un ou pour quelque chose,--dans l'argot des bourgeois.
METTRE EN RANG D'OGNONS (Se). Se placer les uns derrière les autres,--dans l'argot du peuple.
On disait autrefois d'un homme, qu'il se mettait en rang d'ognons quand il se plaçait dans celui où il y avait des gens de plus grande condition que lui.
METTRE LA MAIN A LA PATE. Aider à un vol et participer à ses bénéfices.
METTRE LA PUCE A L'OREILLE, v. a. Inquiéter quelqu'un par une fausse nouvelle.
C'est l'_alicui curam et angorem animi creare_ des Latins.
METTRE LA TABLE POUR LES ASTICOTS. Mourir,--dans l'argot des voyous.
METTRE LA TÊTE A LA FENÊTRE, v. a. Être guillotiné,--dans l'argot des voleurs.
METTRE LE CHIEN AU CRAN DU REPOS. Dormir,--dans l'argot des soldats.
METTRE LE MOINE, v. a. Passer un nœud coulant au pouce du pied d'un soldat pendant son sommeil, et tirer de temps en temps la corde par petites secousses: les contorsions douloureuses qu'il fait, sans se réveiller, sont _très drôles_, au dire des troupiers farceurs.
Au XVIe siècle on disait _Bailler le moine_.
METTRE LES PETITS PLATS DANS LES GRANDS, v. a. Se mettre en frais pour bien recevoir ses invités,--dans l'argot des bourgeois.
METTRE LES PIEDS DANS LE PLAT. Ne conserver aucun ménagement, ne prendre aucune précaution, ni garder aucune mesure en parlant ou en agissant. Argot du peuple.
METTRE SOUS PRESSE, v. a. Mettre en gage.
METTRE SUR LES DENTS, Épuiser, fatiguer, éreinter quelqu'un.
METTRE SUR LES FONTS DU BAPTÊME (Se). Se mettre dans une position difficile, embarrassante, compromettante. Argot des voleurs.
METTRE TOUS SES OEUFS DANS LE MÊME PANIER. Confier toute sa fortune à un seul banquier; aventurer tout ce qu'on a dans une entreprise. Argot des bourgeois.
MEUBLANT, s. m. Entreteneur, galant homme qui met une femme galante dans ses meubles.
L'expression est toute récente.
MEULARD, s. m. Veau,--dans l'argot des voleurs.
MEULES DE MOULIN, s. f. plur. Les dents, principalement les _molaires_, qui broient le pain,--dans l'argot du peuple, qui emploie sans s'en douter une expression tout à fait biblique.
Les ouvriers anglais disent _grinders_ (les broyeuses).
MEUNIER, s. m. Recéleur de plomb volé.
MEURT-DE-FAIM, s. m. Misérable, pauvre diable,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi _Meurt-la-faim_ et _Crève-la-faim_.
MEURT-DE-FAIM, s. m. Petit pain d'un sou,--dans l'argot des faubouriens.
MÉZIGO, pron. pers. Moi,--dans l'argot des voleurs.
Ils disent aussi _Mézigue_, _Mézère_, et _Ma fiole_.
MIB ou MIBRE, s. m. Tour de force quelconque, chose où l'on excelle,--dans l'argot des gamins.
_C'est mon mib!_ C'est mon triomphe!
Signifie aussi Défi. _C'est ton mib_, c'est-à-dire: Tu ne feras jamais cela.
MICHE, s. f. Dentelle,--dans l'argot des voleurs.
MICHÉ, s. f. Gros morceau de pain,--dans l'argot du peuple.
Se dit aussi pour Pain entier.
«Et moins encor il fait du bien Aux pauvres gens, tant il est chiche; Si il a mangé de leur miche.»
(_Les Touches du seigneur des Accords._)
MICHE, s. m. Homme quelconque, jeune ou vieux, laid ou beau, disposé à acheter ce qui ne devrait jamais se vendre,--dans l'argot des filles, qui emploient depuis longtemps cette expression, contemporaine de _michon_ (argent) et de _miche_ (pain).
«On appelle miché... Quiconque va de nuit et se glisse en cachette Chez des filles d'amour, Barbe, Rose ou Fanchette,»
dit un poème de Médard de Saint-Just (1764).
_Miché de carton._ Amant de passage, qui n'offre que des gants de filoselle.
_Miché sérieux._ Protecteur, ou amant généreux qui offre une boîte entière de gants.
MICHÉ, s. m. Client,--dans l'argot des photographes; homme ou femme qui achète, qui _paie_,--dans plusieurs autres argots.
MICHETON, s. m. Petit miché, homme à qui les marchandes d'amour font un rabais.
MIC-MAC, s. m. Fourberie, tromperie cachée, intrigue,--dans l'argot du peuple.
MIDI! Exclamation du même argot, employée pour signifier: Trop tard!
_Il est midi!_ C'est-à-dire je ne crois pas un mot de ce que vous dites; «Je ne coupe pas dans ce pont-là!»
MIE DE PAIN, s. f. Pou,--dans l'argot des voleurs, qui savent combien une miette de pain égarée sous la chemise cause de démangeaisons à la peau.
MIE DE PAIN, s. f. Chose de peu de valeur,--dans l'argot des typographes.
Ils disent cela à propos des gens qui ne leur conviennent pas.
MIEL! Interjection de l'argot des bourgeois, amis de l'euphémisme.
MIEL (C'est un). Phrase de l'argot des faubouriens, qui disent cela à propos de tout, et surtout mal à propos. Une chose leur paraît bonne ou belle: _C'est un miel_. Ils entrent dans un endroit qui pue: _C'est un miel_. On se bat devant eux à coups de poing ou de couteau, et le sang coule: _C'est un miel_, etc., etc.
MIETTE (Une). Un peu,--dans l'argot du peuple.
MIJAURÉE, s. f. Femme dédaigneuse et plus bégueule qu'il convient,--dans l'argot des bourgeois.
_Faire la mijaurée._ Faire des manières et des façons pour accepter une chose.
On dit aussi _Minaudière_.
MIJOTER, v. a. Entreprendre à la sourdine; préparer lentement,--dans l'argot du peuple, qui emploie ce verbe au figuré.
MIKEL, s. m. Dupe,--dans l'argot des saltimbanques.
MILLE-LANGUES, s. m. Personne bavarde, indiscrète,--dans l'argot du peuple.
MILLERIE, s. f. Loterie,--dans l'argot des voleurs.
MILLIASSES, s. f. pl. Fort grand nombre. Argot du peuple.
MILORD, s. m. Homme riche, en apparence du moins,--dans l'argot du peuple, qui emploie cette expression depuis l'occupation de Paris par les Anglais.
MILORD, s. m. Entreteneur,--dans l'argot des petites dames.
Leurs mères, plus prosaïques et moins vaniteuses, disaient _Milord pot-au-feu_, comme en témoigne ce couplet de Désaugiers:
«Lorsque nous aimons, Nous finançons Afin de plaire. D'où vient qu'en tout lieu On dit: «Un milord pot-au-feu.»
MILORD, s. m. Cabriolet à quatre roues,--dans l'argot des cochers.
MIMI, s. f. Maîtresse,--dans l'argot des artistes et des bohèmes, qui ont emprunté cette expression à Henry Murger, qui l'avait empruntée à Alfred de Musset.
MINABLE, adj. et s. Pauvre, misérable; mesquin; de mauvaise _mine_,--dans l'argot du peuple.
MINCE, s. m. De peu de valeur, morale ou physique,--dans l'argot des faubouriens, qui disent cela à propos des gens et des choses. _Mince alors!_
MINCE, s. m. Papier à lettres,--dans l'argot des voleurs.
MINCES, s. m. pl. Billets de banque,--dans l'argot des faubouriens, qui, originairement, ont donné ce nom aux assignats.
MINET, s. m. Chat,--dans l'argot des enfants.
Ils disent aussi _Minon_.
MINOIS, s. m. Nez,--dans l'argot des voleurs.
MINOTAURISER, v. a. Tromper un homme avec sa femme, comme Pâris avec la femme de Ménélas. Argot des gens de lettres.
L'expression sort de la _Physiologie du mariage_ d'H. de Balzac.
MINUIT, s. m. Nègre,--dans l'argot des voleurs.
MIOCHE, s. m. Enfant,--dans l'argot du peuple, pour qui un nouveau-né est une _miette_ d'homme, et dont le corps pétri de lait, presque sans os et sans muscles, ressemble à de la _mie_ de pain.
MIRADOU, s. m. Miroir,--dans l'argot des voleurs.
MIRECOURT, s. m. Nom d'homme qui est devenu celui de tous les pamphlétaires de plus de passion que de talent.
Théodore de Banville est le premier qui, en littérature, ait fait de ce nom propre un substantif courant. Il restera, il doit rester.
MIRE-LAID, s. m. Miroir,--dans l'argot du peuple.
MIRETTES, s. f. pl. Yeux,--dans l'argot des voyous.
MIRLIFLORE, s. m. Le gandin de la Restauration, qui est toujours le
_Lion_ pour le peuple.
MIRLITON, s. f. La voix humaine,--dans l'argot des faubouriens.
_Jouer du mirliton._ Parler, causer.
MIROBOLAMMENT, adv. Merveilleusement.
Cet adverbe appartient à H. de Balzac.
MIROBOLANT, adj. Inouï, merveilleux, féerique.
MIROIR A PUTAINS, s. m. Beau garçon,--dans l'argot du peuple, qui dit cela depuis longtemps, comme le témoignent ces vers de Scarron:
«Dis-lui qu'un miroir à putain, Pour dompter le Pays Latin Est un fort mauvais personnage.»
MISE A PIED, s. f. Privation de fonctions et d'appointements. Argot des bourgeois.
MIRQUIN, s. m. Bonnet,--dans l'argot des voleurs.
MIRZALES, s. f. pl. Boucles d'oreilles,--dans le même argot.
MISE (Faire sa). Payer le droit de circulation sur «le pont d'Avignon»,--dans l'argot des filles.
MISE-BAS, s. f. Vêtements des maîtres qui reviennent de droit aux domestiques, lesquels se croiraient lésés et réclameraient si l'on portait trop longtemps ces vêtements.
MISE-BAS, Accouchement,--dans l'argot du peuple.
MISE-BAS, s. f. Grève, chômage volontaire,--dans l'argot des typographes.
MISÉRABLE, s. m. Verre d'eau-de-vie d'un sou,--dans l'argot des ouvriers.
MISÈRE, s. f. Petite quantité; chose de peu d'importance: petite somme,--dans l'argot des bourgeois.
MISÉRER, v. n. Souffrir de la misère,--dans l'argot du peuple. On dit aussi: _Ficher la misère_.
MISÈRES, s. f. pl. Taquineries, petites méchancetés,--dans l'argot des bourgeois.
_Dire des misères._ Taquiner quelqu'un en lui contant des choses qui le contrarient, qui l'inquiètent.
_Faire des misères._ Agacer quelqu'un, lui jouer un tour plus ou moins désagréable.
MISLOQUE, s. f. Théâtre,--dans l'argot des voleurs.
_Jouer la misloque._ Jouer la comédie.
MISLOQUIER, ÈRE, s. Acteur, actrice.
MISSISSIPI (Au), adv. Très loin,--dans l'argot du peuple, pour qui l'Amérique est un pays aussi éloigné de lui que la lune.
C'est l'équivalent de: _Au diable au vert_ (ou _Vauvert_).
MISTI, s. m. Apocope de _Mistigri_,--dans l'argot des brelandières de brasseries.
MISTIGRI, s. m. Valet de trèfle,--dans l'argot des joueurs.
Se dit aussi d'un Jeu de cartes où l'on a gagné quand on a fait brelan avec le valet de trèfle escorté de deux autres valets.
MISTIGRIS, s. m. Apprenti,--dans l'argot des peintres en bâtiment.
Balzac a-t-il emprunté son rapin de ce nom aux peintres en bâtiment, ou ceux-ci à l'auteur de _la Comédie humaine_?
MISTOUFLE, s. f. Farce; méchanceté; trahison,--dans l'argot des typographes.
MISTRON, s. m. Le jeu de mistigri,--dans l'argot de Breda-Street.
MISTRONEUR, EUSE, s. et adj. Amateur de mistron.
MITAN, s. m. Milieu,--dans l'argot du peuple.
MITE, s. f. Chassie des yeux.
MITEUX, adj. Qui a les yeux chassieux.
MITON-MITAINE, s. m. Remède inoffensif, expédient inutile, secours inefficace.
On dit aussi: _Onguent miton-mitaine_.
MITONNER, v. a. Préparer de longue main.
MITRAILLE, s. f. Monnaie, gros sous,--dans l'argot des faubouriens, qui disent cela depuis longtemps.
MITRE, s. f. Cachot,--dans l'argot des voleurs.
MITRON, s. m. Ouvrier boulanger,--dans l'argot du peuple.
_Le petit mitron._ Le Dauphin, fils de Louis XVI,--du _boulanger_, comme l'appelaient les Parisiens en 1792.
MOBILE, s. f. La garde nationale mobile formée en 1848 avec les fils du peuple--et aux dépens du peuple.
C'est aussi le nom que portait, en 1830, la légion des Volontaires de la Charte.
MOBILE, s. m. Soldat de la garde nationale mobile.
MOBILIER, s. m. Les dents,--dans l'argot des voleurs, héritiers des Précieuses qui disaient l'_ameublement de la bouche_.
MOBLO ou MOBLOT, s. m. Garde mobile,--dans l'argot des faubouriens.
MOCASSINS, s. m. pl. Souliers,--dans l'argot des ouvriers qui ont lu les romans américains de Cooper, de Gabriel Ferry et de Gustave Aymard.
MODÈLE, s. m. Homme ou femme qui pose dans les ateliers. Argot des artistes.
_Modèle d'ensemble._ Qui pose pour l'Académie, pour tout le corps, au lieu de ne poser que pour la tête, ou pour n'importe quelle partie spéciale du corps.
MODERNE, s. m. Fashionable,--dans l'argot des faubouriens.
MOINE, s. m. Bouteille de grès que l'on remplit d'eau chaude et que l'on place au pied du lit. Argot des bourgeois.
MOINE, s. m. Partie d'une épreuve qui n'a pas pris l'encre et vient blanche au lieu d'être imprimée. Argot des typographes.
On dit aussi _Loup_.
Les typographes anglais ont le même mot; ils en ont même deux pour un: _monk and friar_. Le _monk_, c'est notre _moine_, c'est-à-dire une feuille maculée ou imprimée trop noire Le _friar_, c'est un _moine_ blanc, c'est-à-dire une feuille qui est imprimée trop pâle.
MOINEAU, s. m. Se dit par ironie,--dans l'argot du peuple,--d'un homme dont on a à se plaindre, ou qui se vante mal à propos.
On ajoute un qualificatif pour renforcer l'ironie: _Tu es un joli moineau!_
C'est le pendant de: _Tu es un joli coco!_
MOINE-LAI, s. m. Invalide tombé en enfance, comme on en voit quelques-uns dans la _Salle de la Victoire_,--l'infirmerie de l'Hôtel des vieux braves.
MOIS DE NOURRICE, s. m. pl. Les années qu'oublie volontairement de compter une femme qu'on interroge sur son âge.
Se dit aussi de toute personne qui se trompe dans un calcul et oublie quelques fractions importantes.
MOISIR, v. n. Rester longtemps à la même place, ou en possession du même emploi,--dans l'argot du peuple qui emploie surtout ce verbe avec la négative.
MOITIÉ, s. f. Epouse,--dans l'argot des bourgeois, qui ne disent pas cela avec le même respect que les Anglais disant _the better half_.
MOLANCHE, s. f. Laine,--dans l'argot des voleurs.
MOLARD, s. m. Mucosité expectorée,--dans l'argot des faubouriens.
MOLARDER, v. n. Graillonner, expectorer abondamment.
MOLIÈRE, s. m. Décor de salon simple dans lequel peuvent se jouer presque toutes les comédies de feu Poquelin. Argot des coulisses.
Tous les théâtres, notamment ceux de province, ont un certain nombre de décors de magasin, d'un emploi fréquent et commun: le _molière_, le _rustique_, le _salon riche_, la _place publique_, la _forêt_, la _prison_, le _palais_, et le _gothique_ (intérieur). Avec cela on peut tout représenter, les tragédies de Racine et les vaudevilles de M. Clairville.
MOLLASSE, s. f. Femme lymphatique, dolente, sans énergie,--dans l'argot du peuple.
MOLLUSQUE, s. m. Homme à l'esprit étroit, aux idées arriérées, qui se renferme dans la tradition comme l'escargot dans sa coquille.
MOLOSSE, s. m. Gros chien,--dans l'argot des bourgeois qui ne sont pas fâchés de prouver de temps en temps qu'ils ont quelque teinture d'Histoire ancienne.
MOMAQUE, s. m. Enfant,--dans l'argot des voleurs.
MÔME, s. m. Petit garçon: voyou; apprenti,--dans l'argot des ouvriers.
On pourrait croire cette expression moderne; on se tromperait, car voici ce que je lis dans l'_Olive_, poème de Du Bellay adressé à Ronsard, à propos des envieux:
«La Nature et les Dieux sont Les architectes des hômes Ces deux (ô Ronsard) nous ont Bâtis des mêmes atômes. Or cessent donques les mômes De mordre les écriz miens...»
MÔME, s. f. Jeune fille; maîtresse,--dans l'argot des voleurs, pour qui elle ressemble plus à une enfant qu'à une femme.
Ils disent aussi _Mômeresse_.
MÔME D'ALTÈQUE, s. m. Adolescent,--dans le même argot.
MOMERIE, s. f. Hypocrisie; fausse dévotion,--dans l'argot du peuple.
MOMIE, s. f. Homme ou femme sans énergie, qui n'aime pas à se remuer.
MOMIÈRE, s. f. Sage-femme,--dans l'argot des voleurs.
Ils disent aussi _Momeuse_ et _Madame Tire-môme_.
MOMIGNARD, s. m. Petit garçon, plus petit encore que le môme.
On dit au féminin _Momignarde_.
MÔMIR, v. n. Accoucher.
MONACO, s. m. Sou de cuivre,--dans l'argot du peuple, qui consacre ainsi le souvenir d'un roitelet, Honoré V, prince de Monaco, mort de dépit en 1841, dit A. Villemot, de n'avoir pu faire passer pour deux sous en Europe ses monacos, qui ne valaient qu'un sou.
MONANT, s. m. Ami,--dans l'argot des voleurs.
_Monante._ Amie.
MONARQUE, s. f. Pièce de cinq francs,--dans l'argot du peuple.
_Monarques._ Les rois d'un jeu de cartes.
MONDE RENVERSÉ, s. f. La guillotine,--dans l'argot des faubouriens.
MONFIER, v. a. Embrasser,--dans l'argot des voleurs.
MONNAIE, s. f. Argent,--dans l'argot du peuple.
_Plus que ça de monnaie!_ Quelle chance!
MON OEIL! Exclamation ironique et dédaigneuse de l'argot des faubouriens, qui l'emploient soit comme formule de refus, soit comme marque d'incrédulité.
MONSEIGNEUR, s. m. Pince de voleur, qui sert à crocheter les portes.
Les voleurs anglais disent de même _Bess_ ou _Betty_.
MONSEIGNEURISER, v. a. Crocheter une porte.
MONSIEUR, s. m. Bourgeois, homme bien mis,--dans l'argot du peuple.
_Faire le Monsieur._ Trancher du maître; dépenser de l'argent; avoir une maîtresse.
MONSIEUR, s. m. Entreteneur,--dans l'argot de Breda-Street.
On dit aussi _Monsieur Chose_.
_Monsieur bien._ Homme distingué,--qui ne regarde pas à l'argent.
MONSIEUR, s. m. Verre d'eau-de-vie de quatre sous,--dans l'argot des ouvriers.
MONSIEUR BAMBOU, s. m. Canne,--dans l'argot des souteneurs, qui en procurent la connaissance aux épaules des filles réfractaires à leur demande d'argent.
MONSIEUR DE PARIS, s. m. L'exécuteur des hautes œuvres,--dans l'argot des bourgeois.
MONSIEUR LEBON. Bon compagnon qui paye volontiers pour les autres. Argot du peuple.
MONSIEUR DE PÈTESEC, s. m. Homme un peu roide, un peu orgueilleux.
MONSIEUR DIMANCHE, s. m. Créancier,--dans l'argot des bohèmes, qui jouent souvent la scène de Don Juan.
MONSIEUR DUFOUR EST DANS LA SALLE. Phrase par laquelle un acteur avertit un de ses camarades qu'il joue mal et va se faire siffler.
Quelquefois on dit: _Le vicomte Du Four est dans la salle_.
MONSIEUR HARDI, s. m. Le vent,--dans l'argot du peuple.
MONSIEUR PERSONNE. Personne, nul.
MONSIEUR PIGEON. Type du garde national de la Restauration.
MONSIEUR RAIDILLON, s. m. Homme fier et susceptible.
On dit aussi: _Monsieur Pointu_.
MONSIEUR VAUTOUR, s. m. Propriétaire,--dans l'argot des bohèmes, qui disent cela depuis l'opéra comique intitulé: _Maison à vendre_, dans lequel on chante:
«La maison de M. Vautour Est celle où vous voyez un âne.»
MONSIEUR VETO. Louis XVI,--dans l'argot des révolutionnaires de 1792, par allusion au véto du 19 juin sur les décrets concernant le camp sous Paris et la déportation des ecclésiastiques.
MADAME VÉTO. Marie-Antoinette.
On connaît la chanson;
«Madam' Véto s'était promis De faire égorger tout Paris; Mais son coup a manqué, Grâce à nos canonniers! Dansons la carmagnole, Vive le son Du canon!»
MONSTRE, s. m. Les paroles qu'un musicien adapte à un air trouvé par lui, en attendant les paroles plus poétiques du librettiste.
MONSTRE, adj. Étonnant, colossal,--dans l'argot du peuple.
MONSTRICO, s. m. Personne laide comme un petit _monstre_.
Le mot appartient à H. de Balzac.
MONT, s. m. Établissement du Mont-de-Piété,--dans l'argot des faubouriens.
_Le grand Mont._ Le Mont-de-Piété de la rue des Blancs-Manteaux.
_Le Petit Mont._ Le commissionnaire au Mont-de-Piété.
MONTAGNARD, s. m. Cheval de renfort destiné à être mis en flèche aux omnibus pour les montées difficiles.
MONTAGNARD, s. m. Beignet au centre duquel est un peu de confitures de groseilles.
L'expression date de 1848: elle a été appliquée à cette sorte de beignet, par les Associations de cuisiniers, et n'a pas plus duré qu'elles.
MONTANT, s. m. Forte saveur; relief bien accusé.
Se dit à propos des choses et des personnes. Une phrase a du _montant_ quand elle est énergique. Une femme a du _montant_ quand elle a du cynisme.
MONTANT, s. m. Pantalon,--dans l'argot des voleurs.
MONTANTE, s. f. Echelle,--dans le même argot.
MONTER, v. n. S'emporter, se mettre en colère,--dans l'argot du peuple.
_Faire monter quelqu'un._ L'exaspérer, l'agacer.
MONTER A L'ARBRE, v. n. Être le jouet innocent de quelques farceurs qui font pour vous, homme, ce que d'autres farceurs font pour Martin, ours, au Jardin des Plantes,--sans réfléchir que, furieux d'être ainsi joué, vous pouvez leur casser les reins d'un coup de griffe.
On dit aussi _Monter à l'échelle_.
MONTER EN GRAINE, v. n. Vieillir,--dans l'argot des bourgeois, qui disent cela surtout à propos des filles destinées à coiffer sainte Catherine.
MONTER LA TÊTE (Se), v. réfl. Se donner un courage factice, soit en buvant, soit en se répétant les outrages qu'on a subis et dont on veut tirer raison. Argot du peuple.
MONTER LE COUP (Se), v. réfl. Se faire des illusions à propos de quelqu'un ou de quelque chose; s'attendre à une félicité improbable ou à une fortune impossible.
On dit aussi _se monter le baluchon_.
MONTER LE COUP A QUELQU'UN, v. a. Le tromper; lui promettre une chose qu'il désire et qu'on sait ne pas pouvoir lui donner; mentir.
On dit aussi _Monter des couleurs_ et _monter le Job_.
MONTER QUELQU'UN, v. a. L'exciter par des paroles à faire une chose qu'il ne ferait pas de lui-même.
MONTER SUR LA TABLE, v. n. Lever le masque,--dans l'argot des voleurs, qui ne font cela que par bravade, comme Lacenaire s'accusant lui-même d'un crime pour entraîner dans sa chute un complice.
MONTER SUR SES ERGOTS, v. n. S'emporter, faire de violents reproches à quelqu'un,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi _Monter sur ses grands chevaux_.
MONTEUR DE COUPS, s. m. Homme qui vit de mensonges et d'expédients, chevalier d'industrie; escroc.
MONTEUSE DE COUPS, s. f. Drôlesse qui joue du sentiment avec plus ou moins d'habileté et s'en fait plus ou moins de revenus.
MONTMORENCY, s. f. Cerises de Montmorency,--dans l'argot du peuple, qui dit de même _Montreuil_ pour pêche, _Fontainebleau_ pour raisin de treille, _Valence_ pour orange.
MONTRER LA COUTURE DE SES BAS, Rompre son engagement,--dans l'argot des cabotins.
MONTRER LES TALONS, v. a. S'en aller, s'enfuir,--dans l'argot du peuple.
MONTRER SON NEZ, v. a. Faire une courte apparition quelque part,--dans l'argot des employés qui, après avoir montré leur nez à leur ministère, ne craignent pas de lui montrer aussitôt les talons.
MOQUER COMME DE L'AN QUARANTE (S'en). Complètement, comme d'une année qui n'arrivera jamais. Argot des bourgeois.
Le peuple dit: _S'en foutre comme de l'an 40_.
MORACE, s. f. Inquiétude, danger, remords,--dans l'argot des voleurs, qui ont cependant très rarement des «puces à la muette».
_Battre morace._ Crier à l'assassin.
MORASSE, s. f. Dernière épreuve d'un journal,--dans l'argot des typographes, qui savent mieux que personne être _moracii_, c'est-à-dire en retard, _morari_.
MORCEAU D'ARCHITECTURE, s. m. Discours lu ou parlé,--dans l'argot des francs-maçons.
MORCEAU DE GRUYÈRE, s. m. Figure marquée de la petite vérole,--dans l'argot des faubouriens, qui font allusion aux trous du fromage de Gruyère.
MORCEAU DE ROI, s. m. Belle fille, jeune et appétissante,--dans l'argot des bourgeois, parmi lesquels on trouverait sans peine quelques Lebel, si on en avait besoin pour quelque Parc-aux-Cerfs.
MORCEAU DE SALÉ, s. m. Femme chargée d'embonpoint,--dans l'argot du peuple.
Se dit aussi de quelqu'un malpropre d'habits ou de discours.
MORCEAU HONTEUX, s. m. Le dernier morceau d'un plat,--dans l'argot des bourgeois, qui n'osent pas y toucher, malgré les sollicitations de leur appétit, parce que la «civilité puérile et honnête» le leur défend.
MORDANTE, s. f. Scie, lime,--dans l'argot des voleurs.
MORDRE (Ne pas), v. n. Être sans force, sans esprit, sans beauté,--dans l'argot des faubouriens et des filles.
On dit aussi, en employant la même ironie: _N'être pas méchant_.
MORDRE (Se faire). Se faire reprendre, réprimander, humilier, battre,--dans l'argot du peuple.
MORFE, s. f. Repas,--dans l'argot des voleurs, qui ont emprunté ce mot et ses dérivés à la vieille langue des honnêtes gens.
MORFIAILLER, v. n. Manger,--dans le même argot, plagiaire de la bonne langue: «Là, là, là, c'est morfiaillé, cela!» dit Rabelais au _Propos des beuveurs_.
On dit aussi _Morfer_, _Morfier_ et _Morfiller_.
MORFIANTE, s. f. Assiette.
On dit aussi _Limonade_.
MORFILLER LE DARDANT (Se). Se faire du mauvais sang, _se manger le cœur_.
MORGANE, s. f. Sel,--dans le même argot.
_Flouant de la morgane._ Escroquerie commise au moyen d'un paquet de sel et d'un mal de dents supposé.
MORGANER, v. a. Mordre,--dans le même argot.
Signifie aussi Nuire, comme le prouvent ces deux vers de la parodie du _Vieux Vagabond_ de Béranger, par MM. Jules Choux et Charles Martin:
«Comme un coquillon qui morgane Que n'aplatissiez-vous l'gonsier?...»
MORICAUD, s. m. Charbon,--dans le même argot.
Signifie aussi Broc de marchand de vin,--qu'un long usage a noirci.
MORICAUD, s. et adj. Nègre, mulâtre,--dans l'argot des faubouriens.
_Moricaude._ Négresse.
MORILLO, s. m. Chapeau à petits bords que portaient les royalistes au temps de la guerre entre Bolivar et Morillo, c'est-à-dire entre les Républiques de l'Amérique du Sud et le roi d'Espagne. Les libéraux, eux, portaient le bolivar.
MORNANTE, s. f. Bergerie,--dans l'argot des voleurs.
MORNE, s. f. Brebis, mouton.
On dit aussi _Morné_, ou plutôt _mort-né_, qui est la véritable orthographe, parce que c'est la véritable étymologie du mot.
MORNÉE, s. f. Bouchée.
MORNIER, s. m. Berger.
MORNIFLE, s. f. Soufflet, coup de poing,--dans l'argot du peuple.
MORNIFLE, s. f. Monnaie,--dans l'argot des voleurs, qui se la disputent à coups de poing.
_Mornifle tarte._ Fausse monnaie.
MORNIFLEUR TARTE, s. m. Faux-monnayeur.
MORPHÉE, s. m. Sommeil,--dans l'argot des académiciens et des bourgeois.
_Se jeter dans les bras de Morphée._ Se coucher.
_Être dans les bras de Morphée._ Dormir.
MORPION, s. m. Gamin, enfant désagréable, _irritant_,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi, par respect humain, _morbaque_; mais la première expression vaut mieux, parce qu'elle est plus franche. Elle se trouve avec son sens _entomologique_ dans les _Touches_ du seigneur des Accords, qui dit à Barbasson:
«Tu as ta barbe si rude, Et les cheveux si épais, Qu'il semble avoir deux forêts Où loge une multitude De morpions et de poux, Au lieu de cerfs et de loups.»
MORT, s. m. Partner imaginaire à qui l'on réserve des cartes comme s'il était vivant,--dans l'argot des joueurs de whist et de mistigri.
_Faire un mort._ Jouer le whist à trois personnes, en découvrant le jeu de la quatrième--absente.
_Prendre le mort._ Changer les cartes qu'on vous a données, et qu'on trouve mauvaises, contre celles réservées au partner imaginaire.
MORUE, s. f. Femme sale, dégoûtante,--dans l'argot des faubouriens.
Se dit aussi, comme injure, d'une Femme laide et d'une gourgandine.
MORVEUX, s. m. Gamin; homme sans conséquence,--dans l'argot du peuple, qui daigne quelquefois _moucher_ ces adversaires-là comme les autres.
MORVIAU, s. m. Le nez,--dans l'argot des faubouriens.
Se dit aussi pour les Mucosités qui sortent du nez.
MOT, s. m. Trait spirituel, repartie plaisante,--dans l'argot des gens de lettres.
_Faire des mots._ Emailler la conversation de plaisanteries et de concetti.
MOT DE CAMBRONNE (Le). Ce n'est pas «La garde meurt et ne se rend pas!» mais tout simplement «Merde!» La phrase propre n'eût peut-être pas été entendue au milieu du bruit du canon, dans cette mêlée sanglante de Waterloo; tandis que le mot énergique que tout le monde connaît était la seule réponse possible en un pareil moment.
MOT DE LA FIN.--La nouvelle à la main, souvent cruelle pour quelqu'un, par laquelle un chroniqueur doit terminer sa chronique.
MOT DE VALEUR, s. m. Mot ou phrase d'un rôle, qu'un acteur lance avec finesse ou avec énergie, selon les cas, et qui produit un grand effet sur le public. Argot des coulisses.
La _Croix de mon père ou de ma mère_,--_Je ne mange pas de ce pain-là_,--_J'ai l'habit d'un laquais, et vous en avez l'âme_, etc., etc., sont des mots de valeur.
MOTIF, s. m. Sujet de paysage,--dans l'argot des artistes.
MOTS, s. m. pl. Injures; reproches,--dans l'argot des ouvriers et des grisettes.
_Avoir des mots avec quelqu'un._ Se fâcher avec lui.
MOTS GRAS, s. m. pl. Gaillardises,--dans l'argot des bourgeois, dont le langage est taché de ces mots-là.
MOTTEUX, s. m. Ouvrier en mottes à brûler,--dans l'argot des faubouriens.
Signifie aussi Marchand de mottes.
MOUCHAILLER, v. n. Regarder, observer sans en avoir l'air,--dans l'argot des voyous.
MOUCHARD, s. m. Agent de police,--dans l'argot du peuple qui a eu l'honneur de prêter ce mot à Molière.
Se dit aussi de tout individu qui a l'air d'espionner, de tout ouvrier qui _rapporte_, etc.
MOUCHARD, s. m. Portrait peint, parce qu'il a l'air de vous regarder, où que vous vous mettiez.
MOUCHARD A BECS, s. m. Réverbère,--dans l'argot des voyous.
MOUCHARDE, s. f. La lune, qui, de ses gros yeux ronds, a l'air d'assister au détroussement ou au meurtre d'un homme sur une route.
MOUCHARDER, v. a. et n. Espionner la conduite de quelqu'un.
MOUCHE, s. f. Agent de police,--en général et en particulier.
MOUCHE, s. f. Mousseline,--dans l'argot des voleurs.
MOUCHE, adj. des 2 g. Mauvais, laid, désagréable, _embêtant comme une mouche_,--dans l'argot des faubouriens.
MOUCHER, v. a. Attraper, donner une correction, un soufflet,--dans le même argot.
_Se faire moucher._ Se faire battre.
On dit aussi _Se faire moucher le quinquet_.
MOUCHER, v. a. Tuer,--dans l'argot du peuple.
MOUCHER DU PIED (Ne pas se). Avoir le geste prompt et le soufflet facile.
Signifie aussi Avoir des allures de bourgeois, et même de grand seigneur.
On dit dans le même sens: _Ne pas se moucher du coude_.
MOUCHER LA CHANDELLE, v. a. Être décidé à mourir sans postérité.
On dit aussi _Effacer_.
MOUCHER SA CHANDELLE. Mourir.
MOUCHER SUR SA MANCHE (Se), v. réfl. N'avoir pas encore l'expérience nécessaire, la rouerie indispensable; en être à ses débuts dans la vie.
_Ne pas se moucher sur sa manche._ Être hardi, résolu, expérient, «malin».
Cette expression est la révélation d'un trait de mœurs certainement oublié, et peut-être même ignoré de ceux qui l'emploient: elle apprend qu'autrefois on mettait son mouchoir sur sa manche gauche pour se moucher de la main droite.
MOUCHERON, s. m. Gamin, enfant, apprenti,--dans l'argot des faubouriens.
MOUCHES D'HIVER, s. f. pl. Flocons de neige.
_Il tombe des mouches d'hiver._ Il neige.
MOUCHETTES, s. f. pl. Mouchoir,--dans l'argot des faubouriens, qui s'en servent pour les _chandelles_.
MOUCHETTES (Des)! Exclamation de refus, de la même famille que _Des navets!_Du flan!_ etc.
MOUCHIQUE, adj. Extrêmement _muche_,--dans l'argot de Breda-Street.
MOUCHIQUE, adj. Laid, mauvais,--dans l'argot des voleurs, qui, pour forger ce mot, n'ont pas dû songer aux _moujiks_ russes de 1815, comme l'insinue Francisque Michel, mais ont eu certainement en vue leurs ennemis naturels, les _mouchards_.
_Être mouchique à la section._ Être mal noté chez le commissaire de police de son quartier.
MOUCHOIR, s. m. Aniterge,--dans l'argot des bourgeois.
MOUCHOIR, s. m. La main,--dans l'argot des faubouriens, qui ont l'habitude de s'en servir pour _moucher_ les autres et se moucher eux-mêmes.
Ils s'en servent aussi comme Aniterge.
MOUCHOIR D'ADAM, s. m. Les doigts.
MOUCHOIR DE POCHE, s. m. Pistolet de poche, avec lequel on peut _moucher_ les importuns de nuit à quinze pas. Argot des faubouriens.
MOUDRE, v. a. et n. Jouer de l'orgue de Barbarie ou de la serinette.
On dit aussi _Moudre un air_.
MOUFFLET, s. m. Enfant, gamin, apprenti,--dans l'argot du peuple, qui a dit autrefois _moufflard_, dérivé du verbe _mouffler_ (enfler le visage), inusité aujourd'hui.
MOUILLANTE, s. f. Soupe,--dans l'argot des voyous.
MOUILLÉ (Être), v. pron. Être signalé comme suspect,--dans l'argot des agents de police.
MOUILLÉ (Être), Être ivre,--dans l'argot des faubouriens.
MOUILLER (Se), v. réfl. Boire avec excès.
MOUISSE, s. f. Soupe économique, potage à la Rumfort,--dans l'argot des voleurs et des troupiers.
MOULE A BLAGUES, s. m. La bouche,--dans l'argot des faubouriens.
MOULE A BOUTONS, s. m. Pièce de vingt francs,--dans l'argot des voyous.
MOULE A CLAQUES, s. m. Figure impertinente qui provoque et attire des soufflets,--dans l'argot du peuple.
Se dit aussi pour la main, qui distribue si généreusement les soufflets.
MOULE A GAUFRES, s. m. Figure marquée de trous de petite vérole,--par allusion cruelle aux dessins capricieux des deux plaques de fer qui servent à faire la pâtisserie légère et croquante qui nous vient des Flandres et qu'affectionnent les enfants.
MOULE AUX GUILLEMETS, s. m. C'est l'_Huile de cotrets_ des troupiers.
MOULE DE GANT, s. m. Soufflet,--dans l'argot des faubouriens.
MOULE DU BONNET, s. m. La tête,--dans l'argot du peuple, qui parle comme écrivait Rabelais.
MOULIN, s. m. Maison du recéleur de plomb volé, qu'on appelle le _meunier_.
MOULIN A CAFÉ, s. m. Orgue de Barbarie, qui semble en effet moudre des airs. Argot du peuple.
MOULIN A MERDE, s. m. La bouche,--dans l'argot du peuple. L'expression est horriblement triviale, j'aurais mauvaise grâce à le dissimuler, mais le peuple est excusé de l'employer par certaine note du 1er volume de _la Régence_, d'Alexandre Dumas.
MOULIN A VENT, s. m. Le _podex_,--dans l'argot facétieux et scatologique des faubouriens.
MOULINAGE, s. m. Bavardage,--dans l'argot des voleurs.
MOULINER, v. n. Bavarder.
MOULOIR, s. m. La bouche,--dans l'argot des voleurs.
MOUNIN, s. m. Petit garçon, apprenti,--dans l'argot des faubouriens.
MOUSCAILLE, s. f. Le résultat de la digestion,--dans l'argot des voleurs.
MOUSCAILLER, v. a. _Alvum deponere._
MOUSQUETAIRE GRIS, s. m. Pou,--dans l'argot du peuple, qui aime les facéties.
MOUSSANTE, s. f. Bière de mars,--dans l'argot des faubouriens.
MOUSSE, s. m. Apprenti commis,--dans l'argot des _calicots_.
MOUSSE, s. f. Le résultat de la fonction du plexus mésentérique,--dans l'argot des marbriers de cimetière.
MOUSSELINE, s. f. Fers dont on charge un prisonnier,--dans l'argot des marbriers de cimetière.
MOUSSELINE, s. f. Pain blanc, léger, agréable au toucher comme au goût,--dans l'argot des faubouriens.
MOUSSER, v. n. _Alvum deponere._
MOUSSER, v. n. S'emporter, être en _rage_, de dépit ou de colère,--dans l'argot des faubouriens.
MOUSSER, v. n. Avoir du succès,--dans l'argot des gens de lettres et des comédiens.
_Faire mousser._ Préparer le succès d'un auteur ou d'une pièce par des éloges exagérés et souvent répétés.
MOUSSER (Se faire). Se vanter, parler sans cesse de ses talents ou de ses qualités. Argot du peuple.
MOUSSERIE, s. f. _Water-closets_,--dans l'argot des voyous.
MOUSSEUX, adj. Redondant, hyperbolique,--dans l'argot des gens de lettres et des comédiens.
MOUSSU, s. m. Le sein de la femme, d'où sort le lait,--dans l'argot des voleurs.
MOUSSUE, s. f. Châtaigne,--dans le même argot.
MOUSTACHU, s. et adj. Homme à moustaches,--dans l'argot des bourgeois.
MOUTARD, s. m. Gamin, enfant, apprenti,--dans l'argot du peuple, qui, n'en déplaise à P. J. Leroux et à Francisque Michel, n'a eu qu'à regarder la chemise du premier polisson venu pour trouver cette expression.
MOUTARDE, s. f. Le _stercus_ humain.
MOUTARDIER, s. m. Le _podex_.
On disait autrefois _Baril à la moutarde_, et _Réservoir à moutarde_.
MOUTARDIER, s. m. _Goldfinder_.
On dit aussi _Parfumeur_.
MOUTARDIER DU PAPE, s. m. Homme qui s'en fait accroire, imbécile vaniteux. On dit qu'_il se croit le premier moutardier du pape_.
MOUTON, s. m. Matelas,--dans l'argot des faubouriens, qui disent cela à cause de la laine dont il se compose ordinairement.
_Mettre son mouton au clou._ Porter son matelas au Mont-de-Piété.
MOUTON, s. m. Dénonciateur, voleur qui obtient quelque adoucissement à sa peine en trahissant les confidences de ses compagnons de prison.
MOUTONNAILLE, s. f. La foule,--dans l'argot du peuple, qui sait par expérience personnelle quelle est la contagion de l'exemple.
MOUTONNER, v. a. et n. Moucharder et dénoncer.
MOUVER (Se), v. réfl. Se remuer,--dans l'argot du peuple.
MOYEN-AGISTE, s. et adj. Amateur des choses et admirateur des idées du moyen âge.
Le mot est de H. de Balzac.
MOYENS, s. m. pl. Richesse,--dans l'argot des bourgeois.
_Avoir des moyens._ Être à son aise.
Signifie aussi: Aptitude, dispositions intellectuelles, capacités.
MUCHE, s. m. Jeune homme poli, doux, aimable, réservé,--dans l'argot des petites dames qui le trouvent trop collant.
MUCHE, adj. Excellent, délicieux, parfait,--dans l'argot des faubouriens, qui disent cela à propos des choses, à propos de la Patti comme à propos d'une soupe à l'oignon.
MUETTE, s. f. La conscience,--dans l'argot des voleurs, qui ont arraché la langue à la leur.
_Avoir une puce à la muette._ Avoir un remords; entendre--par hasard!--le cri de sa conscience.
MUETTE, s. f. Exercice muet, c'est-à-dire pendant lequel on ne fait pas résonner les fusils, par taquinerie ou par fantaisie. Argot des Saint-Cyriens.
_Donner une muette._ Faire un exercice.
MUFFLE, s. m. Visage laid ou grotesque, plus bestial qu'humain,--dans l'argot du peuple, qui se sert de cette expression depuis trois cents ans.
Il trouve plus euphonique de prononcer _Muffe_.
MUFFLE, s. et adj. Imbécile, goujat, brutal.
M. Francisque Michel à qui les longs voyages ne font pas peur, s'en va jusqu'à Cologne chercher une étymologie probable à cette expression, et il en rapporte _muf_ et _mouf_,--afin qu'on puisse choisir. Je choisis _muffle_, tout naturellement, autorisé que j'y suis par un trope connu de tous les philologues, la synecdoque, par lequel on transporte à l'individu tout entier le nom donné à une partie de l'individu.
MUFFLE, s. m. Ouvrier,--dans l'argot des filles, qui n'aiment pas la blouse.
MUFFLERIE, s. f. Sottise, niaiserie; brutalité.
On dit aussi _Muffletonnerie_.
MUFFLETON, s. m. Petit muffle, jeune imbécile.
Je n'ai pas besoin d'ajouter qu'on prononce _Muffeton_.
MULET, s. m. Ouvrier qui aide le metteur en page,--dans l'argot des typographes.
MURETTE, s. f. La giroflée des _murailles_,--dans l'argot des paysans des environs de Paris.
MURGÉRISME, s. m. Littérature mal portante, marmiteuse, pleurarde; affectation de sensibilité; exagération du style et de la manière d'Henry Murger,--dont les imitateurs n'imitent naturellement que les défauts.
MURGÉRISTE, s. et adj. Qui appartient à l'école de Murger, qui en a les défauts sans en avoir les qualités.
MURON, s. m. Sel,--dans l'argot des voleurs.
MURONNER, v. a. Saler.
MURONNIER, s. m. Saunier.
MURONNIÈRE, s. f. Salière.
MUSARD, s. et adj. Flâneur, gobe-mouche,--dans l'argot du peuple.
Nous avons, en vieux langage, _Musardie_ pour Sottise.
MUSARDER, v. n. Flâner.
On dit aussi _Muser_.
MUSARDINE, s. f. Habituée des Concerts-Musard,--où n'allait pas précisément la fine fleur de l'aristocratie féminine.
Le mot a été créé par Albéric Second en 1858.
MUSCADIN, s. m. Fat, dandy plus ou moins authentique,--dans l'argot du peuple, qui a conservé le souvenir des gandins du Directoire.
MUSEAU, s. m. Entonnoir en carton, au petit bout duquel est adaptée la loupe,--dans l'argot des graveurs sur bois, qui s'en coiffent le front.
MUSELÉ, s. m. Imbécile, homme qui n'est bon à rien qu'à bavarder,--dans l'argot du peuple.
MUSETTE, s. f. Gibecière en toile à l'usage des troupiers et des ouvriers.
MUSETTE, s. f. Sac à avoine,--dans l'argot des charretiers, qui le pendent au _museau_ de leurs chevaux.
Ils disent aussi _Pochet_.
MUSETTE, s. f. Voix.
_Couper la musette à quelqu'un._ Le forcer à se taire.
MUSICIEN, s. m. Dictionnaire,--dans l'argot des voleurs.
MUSICIENS, s. m. pl. Les haricots, qui provoquent le _crepitus ventris_,--dans l'argot du peuple.
MUSIQUE, s. f. Ce qui reste au fond de l'auge,--dans l'argot des maçons.
Par extension, Résidu d'un verre, d'un vase quelconque.
MUSIQUE, s. f. Lots d'objets achetés à l'Hôtel des Ventes,--dans l'argot des Rémonencqs.
MUSIQUE, s. f. Morceaux de drap cousus les uns après les autres. Argot des tailleurs.
MUSIQUER, v. n. Faire de la musique d'amateur,--dans l'argot du peuple.
MUSSER, v. n. Sentir, flairer.
MUTUELLE, s. f. L'École mutuelle.
N
NA! Exclamation boudeuse de l'argot des enfants, qui l'emploient au lieu de _Là!_
NABAB, s. m. Homme immensément riche,--qu'il soit ou non gouverneur dans l'Inde. Argot des bourgeois.
NABOT, s. et adj. Homme de petite taille, _nain_,--dans l'argot du peuple.
On ait aussi _Nabotin_.
_Nabote._ Naine.
Je n'ai jamais entendu dire _Nabotine_.
NAGEOIR, s. m. Poisson,--dans l'argot des voleurs.
NAGEOIRES, s. f. pl. Favoris,--dans l'argot des faubouriens.
NAGEOIRES, s. f. pl. Les bras,--dans l'argot des voyous qui voient des poissons partout.
Les voyous anglais ont la même expression: _Fin_.
NANAN, s. m. Friandise, gâteau,--dans l'argot des enfants, qui disent cela de tout ce qui excite leur convoitise.
NANAN, s. m. Chose exquise, curieuse, rare,--dans l'argot des grandes personnes.
_C'est du nanan!_ C'est un elzévir, ou un manuscrit de Rabelais, ou une anecdote scandaleuse, ou n'importe quoi alléchant.
NARRÉ, s. m. Racontage ennuyeux, bavardage insipide.
_Faire des narrés._ Faire des cancans.
NASE, s. m. Nez,--dans l'argot des faubouriens, qui ne se doutent pas qu'ils parlent latin comme Ovide-_Nason_, et français comme Brantôme.
NASER, v. a. et n. _Avoir quelqu'un dans le nez._
NATURE (Être). Être vrai comme la nature,--dans l'argot du peuple, qui dit cela à propos des gens et des choses.
NATURE (Faire), v. n. Peindre avec exactitude,--dans l'argot des artistes, qui savent que l'Art consiste précisément à ne pas faire nature.
NAUTONIER, s. m. Pilote,--dans l'argot des académiciens.
Ils disent aussi _Nocher_.
NAVARIN, s. m. Navet,--dans l'argot des voleurs.
NAVARIN, s. m. Ragoût de mouton, de pommes de terre et de navets,--dans l'argot des restaurants du boulevard. C'est un nom nouveau donné à un mets connu depuis longtemps.
NAVET, s. m. Flatuosité sonore,--dans l'argot du peuple, qui l'attribue ordinairement au _Brassica napus_, quoiqu'elle ait souvent une autre cause.
NAVETS, s. m. pl. Jambes ou bras trop ronds, sans musculature apparente,--dans l'argot des artistes.
NAVETS (Des)! Exclamation de l'argot des faubouriens, qui l'emploient toutes les fois qu'ils ont à dire catégoriquement non.
NAYER, v. a. Noyer,--dans l'argot du peuple, qui parle comme écrivait Rabelais: «Zalas! mes amis, mes frères, je naye!» s'écrie le couard Panurge durant la tempête.
NAZARETH, s. m. Nez,--dans l'argot des voleurs. Ils disent aussi _Nazicot_.
NÈFLES (Des)! Non,--dans l'argot des faubouriens.
On dit plus élégamment: _Ah! des nèfles!_
NÉGOCIANT, s. m. Bourgeois, homme à son aise,--dans l'argot des matelots, qui ne connaissent pas de position sociale plus enviable.
NÉGOCIANT AU PETIT CROCHET, s. m. Chiffonnier,--dans l'argot des faubouriens.
NÈGRE BLANC, s. m. Remplaçant militaire,--dans l'argot des voleurs; ouvrier,--dans l'argot du peuple.
NÉGRESSE, s. f. Toile cirée,--dans l'argot des voyous.
NÉGRESSE, s. f. Litre ou bouteille de vin,--dans l'argot des faubouriens.
_Étouffer_ ou _Éventrer une négresse_. Boire une bouteille.
On dit aussi _Éternuer sur une négresse_.
NÉGRESSE, s. f. Punaise.
NÉGRIOT, s. m. Coffret, d'ébène ou d'autre bois.
On dit aussi _Moricaud_.
NÉNETS, s. m. pl. Seins,--dans l'argot des grisettes.
Quelques-uns écrivent _nénais_; mais ce mot n'est pas plus français que l'autre.
NÉNETS D'HOMME, s. m. pl. Les biceps,--dans l'argot des filles.
NEPS, s. m. pl. Nom d'une certaine catégorie de voleurs israélites qui, dit Vidocq, savent vendre très cher une croix d'ordre, garnie de pierreries fausses.
NET COMME TORCHETTE, adj. Se dit,--dans l'argot du peuple,--des choses ou des gens excessivement propres.
NETTOYER, v. a. Voler; ruiner, gagner au jeu; dépenser; battre, et même tuer,--dans l'argot des faubouriens.
_Se faire nettoyer._ Perdre au jeu; se laisser voler, battre ou tuer.
NETTOYER UN PLAT, v. a. Manger ce qu'il contient,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi _Torcher un plat_.
NEZ, s. m. Mauvaise humeur.
_Faire son nez._ Avoir l'air raide, ennuyé, mécontent.
NEZ (Avoir dans le), v. a. Détester une chose ou quelqu'un.
C'est le _Ne pouvoir sentir_ de l'argot des bourgeois.
NEZ, s. m. Finesse, habileté, adresse.
_Avoir du nez._ Flairer les bonnes affaires, deviner les bonnes occasions.
_Manquer de nez._ N'être pas habile en affaires.
NEZ (Ce n'est pas pour ton)! Ce n'est pas pour toi.
On dit aussi: _Ce n'est pas pour ton fichu nez_!
On trouve cette expression dans Mathurin Régnier (_Satyre XIII_):
«Ils croyent qu'on leur doit pour rien la courtoisie, Mais c'est pour leur beau nez.»
dit la vieille courtisane à une plus jeune qu'elle veut mettre en garde contre les faiblesses de son cœur.
NEZ CREUX (Avoir le), v. a. Avoir le pressentiment d'une chose, d'un événement; flairer une bonne occasion, une bonne affaire.
Signifie aussi Arriver quelque part juste à l'heure du dîner.
On dit aussi _Avoir bon nez_.
NEZ DANS LEQUEL IL PLEUT, s. m. Nez trop retroussé, dont les narines, au lieu d'être percées horizontalement, l'ont été perpendiculairement.
C'est le _Nez en as de treuffle_ de Rabelais.
NEZ-DE-CHIEN, s. m. Mélange de bière et d'eau-de-vie,--dans l'argot des faubouriens.
_Avoir le nez de chien._ Être gris,--parce qu'on ne boit pas impunément ce mélange.
NEZ QUI A COUTÉ CHER, s. m. Nez d'ivrogne, érubescent, plein de bubelettes, qui n'a pu arriver à cet état qu'après de longues années d'un culte assidu à Bacchus.
On dit aussi _Nez qui a coûté cher à mettre en couleur_.
NEZ TOURNÉ A LA FRIANDISE, s. m. Nez retroussé, révélateur d'une complexion amoureuse,--dans l'argot des bourgeois qui préfèrent Roxelane à la Vénus de Médicis.
NIAIS, s. m. Voleur qui a des scrupules; prisonnier qui a des remords de sa faute ou de son crime.
NIB ou NIBERGUE, adv. Rien, zéro,--dans l'argot des voleurs.
_Nib de braise!_ Pas d'argent.
NICHÉE, s. f. Réunion d'enfants de la même famille,--dans l'argot du peuple.
NICHER, v. n. Demeurer, habiter quelque part.
_Se nicher._ Se placer.
NICHET, s. m. OEuf de plâtre qu'on met dans un _nid_ pour que les poules y viennent pondre.
NICHONNETTE, s. f. Drôlesse à la mode, coiffée _à la chien_. Argot de gens de lettres.
NICHONS, s. m. pl. Seins,--dans l'argot des enfants.
NICODÈME, s. m. Niais, imbécile. Argot du peuple.
NICOLAS-J'-T'EMBROUILLE! Exclamation de défi,--dans l'argot des écoliers.
NID A PUNAISES, s. m. Chambre d'hôtel garni,--dans l'argot du peuple.
NID D'HIRONDELLE, s. m. Chapeau d'homme, rond et à bords imperceptibles, tel enfin que les élégants le portent aujourd'hui, ou l'ont porté hier.
NIÈRE, s. m. Individu quelconque,--dans l'argot des voleurs._Bon nière._ Bon vivant, bon enfant.
_Mon nière bobèchon._ Moi.
NIGAUDINOS, s. m. Imbécile, _nigaud_,--dans l'argot du peuple, qui se souvient du _Pied de Mouton_ de Martainville.
NIGUEDOUILLE, s. m. Imbécile, _nigaud_,--dans l'argot des faubouriens.
C'est une des formes du vieux mot français _niau_,--le _nidasius_ de la basse latinité,--dont nous avons fait _niais_. _Gniolle_--qu'on devrait écrire _niolle_, mais que j'ai écrit comme on le prononce a la même racine.
N, I, NI, C'EST FINI! Formule qu'on emploie--dans l'argot des grisettes et du peuple--pour faire mieux comprendre l'irrévocabilité d'une rupture, l'irrémédiabilité d'un dénouement, en amour, en amitié ou en affaires.
NINI. Diminutif caressant d'_Eugénie_.
On dit aussi _Niniche_.
NIOLE, s. m. Chapeau d'occasion,--dans l'argot des marchandes du Temple.
NIOLEUR, s. m. Chapelier.
NIORTE, s. f. Viande,--dans l'argot des voleurs.
NIQUE DE MÈCHE (Être). Sans aucune complicité,--dans le même argot.
NISCO! interj. Rien, zéro, néant,--dans l'argot des faubouriens.
Ils disent aussi _Nix_,--pour parodier le _Nicht_ des Allemands.
_Nisco braisicoto!_ Pas d'argent.
NISETTE, s. f. Olive,--dans l'argot des voleurs.
NISETTIER, s. m. Olivier.
NIVET, s. m. Chanvre.--dans le même argot.
NIVETTE, s. f. Chenevière.
NI VU NI CONNU, J' T'EMBROUILLE! Exclamation de l'argot du peuple, qui signifie: Cherchez, il n'y a plus rien.
NOBLE ÉTRANGÈRE, s. f. Pièce de cinq francs en argent,--dans l'argot des gens de lettres, qui ont lu _la Vie de Bohème_.
NOC, s. et adj. Imbécile parfait.
NOCE, s. f. Débauche de cabaret,--dans l'argot du peuple.
_Faire la noce._ S'amuser, dépenser son argent avec des camarades ou avec des drôlesses.
_N'être pas à la noce._ Être dans une position critique; s'ennuyer.
NOCE DE BATONS DE CHAISES, s. f. Débauche plantureuse de cabaret,--dans l'argot des faubouriens, qui, une fois en train de s'amuser, cassent volontiers les tables et les bancs du «bazar».
NOCER, v. n. S'amuser plus ou moins crapuleusement.
NOCEUR, s. et adj. Ouvrier qui se dérange; homme qui se débauche avec les femmes.
NOCEUSE, s. f. Drôlesse de n'importe quel quartier, qui fuit toutes les occasions de travail et recherche tous les prétextes à plaisir.
NOCTAMBULE, s. et adj. Bohème, qui va des cafés qui ferment à minuit et demi dans ceux qui ferment à une heure, et de ceux-là dans les endroits où l'on soupe.
NOCTAMBULER, v. n. Se promener la nuit, dans les rues, en causant d'amour et d'art avec quelques compagnons.
NOEUD D'ÉPÉE, s. m. Couennes de lard rassemblées en un petit paquet,--dans l'argot des charcutiers.
NOIR, s. f. Café noir,--dans l'argot des voyous.
Ils disent aussi _Nègre_ pour un gloria, et _Négresse_ pour une demi-tasse.
NOMBRIL, s. m. Midi, le centre du jour,--dans l'argot des voleurs, qui emploient, sans s'en douter, une expression familière aux Latins: _Ad umbilicum jam dies est_.(Il est déjà midi), écrivait Plaute il y a plus de deux mille ans.
NOM D'UN! Juron innocent ou semblant de juron de la même famille que: _Nom de d'là_! _Nom de çà_! _Nom de deux_! _Nom d'un nom_! _Nom d'une pipe_! _Nom d'un chien_! _Nom d'un petit bonhomme_! _Nom d'un tonnerre_!
NONNE, s. f. Encombrement volontaire,--dans l'argot des voleurs.
_Faire nonne._ Simuler à huit ou _neuf_ un petit rassemblement afin d'arrêter les badauds, et, les badauds arrêtés, de fouiller dans leurs poches.
NONNEUR, s. m. Compère du _tireur_ (V. ce mot); variété de voleur.
_Manger sur ses nonneurs._ Dénoncer ses complices.
NORDISTE, s. et adj. Partisan du gouvernement fédéral américain, et, en même temps, de l'abolition de l'esclavage et de la liberté humaine, sans distinction de couleur d'épiderme.
Cette expression, qui date de la guerre de sécession aux Etats-Unis est désormais dans la circulation générale.
NOS VOISINS. Les Anglais,--dans l'argot des journalistes et des bourgeois.
NOS VOISINS VIENNENT. Se dit, dans l'argot des bourgeoises,--lorsque leurs _menses_ font leur apparition.
NOTAIRE, s. m. Comptoir du marchand de vin,--dans l'argot des faubouriens, qui y font beaucoup de transactions, honnêtes ou malhonnêtes, et un certain nombre de mariages à la détrempe.
NOUNOU, s. f. Nourrice,--dans l'argot des enfants et des mamans.
NOURRICE, s. f. Femme que la nature a _avantagée_,--dans l'argot du peuple.
NOURRIR LE POUPARD, v. a. Préparer un vol, le mijoter, pour ainsi dire, avant de l'exécuter.
Quelques grammairiens du bagne prétendent qu'il faut dire: _Nourrir le poupon_.
NOURRIR UN QUINE A LA LOTERIE. Se bercer de chimères, vivre d'illusions folles. Argot des bourgeois.
NOURRISSEUR, s. m. Voleur qui indique une affaire, qui la prépare à ses complices.
NOURRISSEUR, s. m. Restaurateur, cabaretier,--dans l'argot des bohèmes.
NOURRISSON DES MUSES, s. m. Poète,--dans l'argot des académiciens, qui ont été allaités par des Naïades.
NOUSAILLES, pr. pers. Nous,--dans l'argot des voleurs.
On dit aussi _Nosigues_.
NOUVEAU, s. m. Elève récemment arrivé au collège,--dans l'argot des collégiens; soldat récemment arrivé au régiment,--dans l'argot des troupiers; ouvrier récemment embauché,--dans l'argot du peuple; prisonnier récemment écroué,--dans l'argot des voleurs.
NOUVEAUTÉ, s. f. Livre qui vient de paraître,--dans l'argot des libraires, qui souvent rééditent sous cette rubrique de vieux romans et de vieilles histoires.
NOUVELLE A LA MAIN, s. f. Phrase plus ou moins spirituelle, où il doit toujours y avoir un _mot_, et que le public blasé lit de préférence à n'importe quel bon article,--parce que cela se retient facilement comme les centons et peut se citer dans la conversation.
NOYAUX, s. m. pl. Pièces de monnaie,--dans l'argot des faubouriens.
L'expression est plus que centenaire, comme le prouvent ces deux vers de Vadé:
«L'sacré violon qu'avait joué faux Voulut me d'mander des noyaux.»
NUMÉRO (Être d'un bon). Être grotesque, ou ennuyeux,--dans l'argot des artistes.
NUMÉRO CENT, s. m. Water-closet,--dans l'argot des bourgeois, qui ont la plaisanterie odorante.
NUMÉROTE TES OS! C'est la phrase par laquelle les faubouriens commencent une rixe. Ils ajoutent: _Je vais te démolir_!
NUMÉRO UN, adj. Très bien, très beau, très grand,--dans l'argot du peuple.
NYMPHE, s. f. Fille de prostibulum,--dans l'argot des bourgeois.
NYMPHE DE GUINÉE, s. f. Négresse,--dans l'argot des faubouriens.
NYMPHE POTAGÈRE, s. f. Cuisinière.
O
OBÉLISQUAL, adj. Écrasant d'étonnement, «ruisselant d'inouïsme»,--dans l'argot des romantiques, amis des superlatifs étranges.
OBJET, s. m. Maîtresse,--dans l'argot des ouvriers.
OCCASE, s. f. Apocope d'_Occasion_,--dans l'argot des faubouriens.
OCCASION, s. f. Chandelier,--dans l'argot des voleurs.
OCCASION (D'). De peu de valeur, d'un prix très réduit,--dans l'argot du peuple qui dit cela à propos des choses.
OCRÉAS, s. m. pl. Souliers,--dans l'argot des Saint-Cyriens, qui se souviennent de leur Virgile et de leur Horace. _Ocreatus in nive dormis_, a dit ce dernier, qui n'était pas fait pour dormir tout _botté_ sous la neige, comme un soldat, car on sait qu'à la bataille de Philippes il prit la fuite en jetant son bouclier aux orties.
OEIL, s. m. Crédit,--dans l'argot des bohèmes.
_Avoir l'œil quelque part._ Y trouver à boire et à manger sans bourse délier.
_Faire_ ou _ouvrir un œil à quelqu'un_. Lui faire crédit.
_Crever un œil._ Se voir refuser la continuation d'un crédit.
_Fermer l'œil._ Cesser de donner à crédit.
Quoique M. Charles Nisard s'en aille chercher jusqu'au 1er siècle de notre ère un mot grec «forgé par saint Paul» (chap. VII de l'Épître aux Éphésiens, et chap. III de l'Épître aux Colossiens), j'oserai croire que l'expression _A l'œil_--que ne rend pas du tout d'ailleurs l'[grec: ophthalmodouleia] de l'Apôtre des Gentils--est tout à fait moderne. Elle peut avoir des racines dans le passé, mais elle est née, sous sa forme actuelle, il n'y a pas quarante ans. Les consommateurs ont commencé par _faire de l'œil_ aux dames de comptoir, qui ont fini par leur _faire l'œil_: une galanterie vaut bien un dîner, madame Grégoire le savait.
OEIL, s. m. Bon effet produit par une chose, bonne façon d'être d'une robe, d'un tableau, d'un paysage, etc.
On dit: _Cette chose a de l'œil._
OEIL, s. m. Le _podex_,--dans l'argot des faubouriens facétieux.
_Crever l'œil à quelqu'un._ Lui donner un coup de pied au derrière.
OEIL (Avoir l'). Faire bonne garde autour d'une personne ou d'une chose.
On dit aussi _Ouvrir l'œil_.
OEIL (Faire de l'). Donner à penser des choses fort agréables aux hommes,--dans l'argot des petites dames; regarder langoureusement ou libertinement les femmes, dans l'argot des gandins.
OEIL AMÉRICAIN (Avoir l'). Voir très clair là où les autres voient trouble,--dans l'argot du peuple, qui a peut-être voulu faire allusion aux romans de Cooper et rappeler les excellents yeux de Bas-de-Cuir, qui aurait vu l'herbe pousser.
OEIL BORDÉ D'ANCHOIS, s. m. Aux paupières rouges et décillées,--dans l'argot des faubouriens.
OEIL DE BOEUF, s. m. Pièce de cinq francs.
OEIL DE VERRE, s. m. Lorgnon.
OEIL EN COULISSE, s. m. Regard tendre et provocateur,--ce que Sénèque appelle en son langage sévère _oculorum fluxus_.
_Faire les yeux en coulisse._ Regarder amoureusement quelqu'un.
OEIL EN TIRELIRE, s. m. Regard chargé d'amour, provocateur, à demi clos.
OEIL MARÉCAGEUX, s. m. Regard langoureux, voluptueux,--dans l'argot des petites dames.
OFFICIER, s. m. Garçon d'office,--dans l'argot des limonadiers.
OFFICIER DE LOGE, s. m. Frère chargé d'un office,--dans l'argot des francs-maçons.
OFFICIER DE TOPO, s. m. Homme qui triche au jeu de la bassette,--dans l'argot des joueurs.
On dit aussi _Officier de tango_.
OGNON, s, m. Grosse montre, de forme renflée comme un bulbe,--dans l'argot du peuple, ami des mots-images.
On remarquera que, contrairement à l'orthographe officielle, j'ai écrit _ognon_ et non _oignon_. Pour deux raisons: la première, parce que le peuple prononce ainsi; la seconde, parce qu'il a raison, _oignon_ venant du latin _unio_. J'ai même souvent entendu prononcer _union_.
OGNON (Il y a de l'), On va se fâcher, on est sur le point de se battre, par conséquent de _pleurer_. Argot des faubouriens.
OGNONS (Aux)! Exclamation de l'argot des faubouriens, qui l'emploient comme superlatif de bien, de bon et de beau.
On dit aussi _Aux petites ognons!_ et même _Aux petites oignes!_
Cette expression et celle-ci: _Aux petits oiseaux!_ sont les descendantes de cette autre: _Aux pommes!_ qu'explique à merveille une historiette de Tallemant des Réaux.
OGRE, s. m. Agent de remplacement militaire,--dans l'argot des voleurs.
Signifie aussi: Usurier, Escompteur.
OGRE, s. m. Marchand de chiffons,--dans l'argot des chiffonniers.
OGRESSE, s. f. Maîtresse de tapis-franc, de maison _borgne_,--dans l'argot des voleurs, qui ont sans doute voulu faire allusion à l'effroyable quantité de chair fraîche qui se consomme là dedans.
OGRESSE, s. f. Marchande à la toilette, proxénète,--dans l'argot des filles, ses victimes.
OH! LA! LA! Exclamation ironique et méprisante de l'argot des faubouriens, qui la mettent à toutes sauces.
OIE DU FRÈRE PHILIPPE, s. f. Jeune fille ou jeune femme,--dans l'argot des gens de lettres, qui ont lu les _Contes_ de la Fontaine.
L'expression tend à s'introduire dans la circulation générale: à ce titre, j'ai dû lui donner place ici. Pourquoi le peuple, qui a à sa disposition, à propos de la «plus belle moitié du genre humain», tant d'expressions brutales et cyniques, n'emploierait-il pas cette galante périphrase? Le peuple anglais dit bien depuis longtemps, à propos des demoiselles de petite vertu, les _Oies de l'évêque de Winchester_ (_The bishop of Winchester's geese_).
OISEAU, s. m. Auge à plâtre.--dans l'argot des maçons.
OISEAU, s. m. Original; homme difficile à vivre,--dans l'argot du peuple, qui n'emploie presque toujours ce mot que dans un sens péjoratif ou ironique. Ainsi il dira, à propos d'un homme qu'on lui vante et qu'il n'aime pas: «Oui, un bel oiseau!» Ou, à propos d'un homme taré ou suspect: «Quel triste oiseau!» Ou, à propos d'un homme laid ou ennuyeux: «Le vilain oiseau!» Ou, à propos d'un homme excentrique: «Drôle d'oiseau!»
Les Anglais disent de même: _Queer bird_.
OISEAUX (Aux)! Exclamation de l'argot des faubouriens, qui l'emploient comme le superlatif de bien, de beau, de bon. Une femme est aux _oiseaux_ quand elle réunit la sagesse à la beauté. Un mobilier est _aux oiseaux_ quand il réunit l'élégance et la solidité au bon marché, etc., etc.
On dit aussi _Aux petits oiseaux!_
OISEAU DE CAGE, s. m. Prisonnier.
Les ouvriers anglais disent: _Jail bird_ (oiseau de prison).
OLIM, s. m. Suranné, académicien,--dans l'argot des romantiques, qui cherchaient et trouvaient les injures les plus corsées pour en contaminer la gloire de leurs adversaires naturels, les classiques.
Celle-ci appartient à T. Gautier, qui, heureusement pour lui et pour nous, a fait _Émaux et Camées_.
OLIVET, s. m. Ognon,--dans l'argot des voleurs.
OLIVIER DE SAVETIER, s. m. Navet,--dans l'argot des faubouriens, qui font sans doute allusion à l'huile qu'on extrait de la _navette_, un _Brassica napus_ aussi, mais _oleifera_.
OLLA PODRIDA, s. f. Représentation à bénéfice, où l'on fait entrer de tout, du chant et de la danse, du drame et du vaudeville, de l'opéra-comique et de la tragédie. _Pot-pourri._ Argot des coulisses.
OMBRE (A l'). En prison,--dans l'argot du peuple.
S'emploie aussi quelquefois dans un sens plus sinistre, celui de: Au cimetière, et, dans ce cas, _mettre quelqu'un à l'ombre_, c'est le tuer.
OMBRES CHINOISES, s. f. pl. Revue de l'année, jouée à la façon de Séraphin, par les élèves de l'Ecole polytechnique, le jeudi qui précède Noël, et dans laquelle on n'épargne pas plus le sel aux professeurs, et même au général commandant l'Ecole, qu'Aristophane ne l'épargnait à Socrate dans ses _Nuées_.
OMELETTE, s. f. Mystification militaire qui consiste à retourner sens dessus dessous le lit d'un camarade endormi.
_Omelette du sac._ Autre plaisanterie de même farine qui consiste à mettre en désordre tous les objets rangés dans un havre-sac,--ce qui est une façon comme l'autre de casser les œufs et de les brouiller.
OMNIBUS, s. m. Résidu des liquides répandus sur le comptoir d'un marchand de vin, et servi par ce dernier aux pratiques peu difficiles, amies des arlequins.
OMNIBUS, s. m. Verre de vin de la contenance d'un demi-setier, la mesure ordinaire de tout buveur.
OMNIBUS, s. m. Garçon supplémentaire pour les jours de fête,--dans l'argot des garçons de café.
OMNIBUS, s. m. Femme banale,--dans l'argot du peuple, pour qui cette Dona _Sol_ au ruisseau _lucet omnibus_.
OMNIBUS DE CONI, s. m. Corbillard,--dans l'argot des voleurs.
ONCLE, s. m. Guichetier,--dans le même argot.
ONCLE, s. m. Usurier,--dans l'argot des fils de famille, qui ont voulu marier leur _tante_ à quelqu'un.
ONGLE CROCHE, s. m. Avare et même voleur,--dans l'argot du peuple, qui suppose avec raison que ce qui est bon à garder pour l'un est bon à prendre pour l'autre.
_Avoir les ongles croches._ Avoir des dispositions pour la tromperie--et même pour la filouterie.
ONGLES EN DEUIL, s. m. pl. Ongles noirs, malpropres.
ONGUENT, s. m. Argent,--dans l'argot des voleurs, qui savent que l'on guérit tout, ou presque tout, avec cela.
ON PAVE! Phrase de l'argot des bohèmes, signifiant: «Il ne faut pas passer dans cette rue, dans ce quartier, à cause des créanciers qu'on pourrait y rencontrer.»
OPINEUR HÉSITANT, s. m. Juré,--dans l'argot des voyous, piliers de Cour d'assises.
ORANGE A COCHONS, s. f. Pomme de terre,--dans l'argot des voleurs, qui apprennent ainsi aux gens honnêtes et ignorants qu'avant Parmentier le savoureux tubercule dont nous sommes si friands aujourd'hui, pauvres et riches, était abandonné comme nourriture aux descendants du compagnon de saint Antoine.
Le peuple dit _Orange de Limousin_.
ORANGER, s. m. La gorge,--dans l'argot de Breda-Street.
M. Prudhomme, dans un accès de galanterie, s'étant oublié jusqu'à comparer le buste d'une belle femme au classique «jardin des Hespérides», et les fruits du jardin des Hespérides étant des pommes d'or, c'est-à-dire des oranges, on devait forcément en arriver à prendre toute poitrine féminine pour un oranger.
ORANGER DE SAVETIER, s. m. Le basilic,--dans l'argot des faubouriens, qui connaissent l'odeur exquise de l'_ocymum_, bien faite pour neutraliser celle des cuirs amoncelés dans les échoppes de cordonnier.
On le dit aussi du réséda.
ORANGES SUR LA CHEMINÉE (Avoir des). Avoir une gorge convenablement garnie,--dans l'argot de Breda-Street.
ORDINAIRE, s. m. Soupe et bœuf,--dans l'argot des ouvriers.
ORDINAIRES, s. f. pl. Les _menses_ de la femme,--dans l'argot des bourgeois.
OR-DUR, s. m. Cuivre,--dans l'argot des faubouriens, qui aiment à équivoquer. _Ça, de l'or?_ disent-ils; _de l'ordure (or-dur) oui!_
OREILLARD, s. m. Baudet,--dans le même argot.
ORGANEAU, s. m. Anneau de fer placé au milieu de la chaîne qui joint entre eux les forçats suspects.
ORGUE. Pronom personnel de l'argot des voleurs.
_Mon orgue_, moi.
_Ton orgue_, toi.
_Son orgue_, lui.
_Leur orgue_, eux.
ORGUES, s. f. pl. Affaires,--dans le même argot.
ORIENTALISTE, s. m. Homme parlant le pur argot,--qui est du sanscrit et du chinois pour les gens qui n'ont appris que les langues occidentales.
ORIGINAL, s. m. Homme qui ne fait rien comme personne. Argot des bourgeois.
On dit aussi _Original sans copie_.
ORLÉANS, s. m. Vinaigre.
ORNICHON, s. m. Poulet.
ORNIE, s. f. Poule,--dans l'argot des voleurs, pour qui cette volaille est l'oiseau par excellence ([grec: ornis]), au propre et au figuré, à manger et à plumer.
ORNIE DE BALLE, s. f. Dinde,--«à cause de la balle d'avoine dans laquelle elle est forcée de chercher sa nourriture, le grain étant réservé aux autres habitants de la basse-cour.»
ORNIÈRE, s. f. Poulailler.
ORNION, s. m. Chapon.
ORPHELIN, s. m. Orfèvre,--dans l'argot des voleurs.
ORPHELIN DE MURAILLE, s. m. Résultat solide de la digestion,--dans l'argot des faubouriens.
ORPHELINS, s. m. pl. Bande de camarades, ou plutôt de complices,--dans l'argot des voleurs.
ORPHIE, s. f. Oiseau _chanteur_ (_Orphicus_). Même argot.
OS, s. m. Argent, or, monnaie,--dans l'argot des faubouriens.
_Avoir l'os._ Être riche.
OSSELETS, s. m. Les dents,--dans l'argot des voleurs.
OSTROGOTH, (on prononce _Ostrogo_) s. m. Importun; niais,--dans l'argot du peuple.
OUATER, v. a. et n. Dessiner ou peindre avec trop de morbidesse et de flou,--dans l'argot des artistes, qui prétendent qu'en peignant ou en dessinant ainsi, on ne peut faire que des _bonshommes en coton_.
OUICHE! adv. Oui,--dans l'argot du peuple, qui emploie ce mot ironiquement.
C'est le _ouais_ des paysans.
OUI, EN PLUME! Expression de l'argot des typographes qui équivaut à cette autre plus claire: «Tu blagues!»
OUI, GARIBALDI! Expression de dénégation méprisante qui a succédé, dans l'argot du peuple, depuis les événements d'Italie, à cette autre si connue: _Oui! mon œil!_
On a dit aussi _Oui! les lanciers!_
OURLER LE BEQ, v. a. Terminer sa besogne,--dans l'argot des graveurs sur bois.
OURS, s. m. Vaudeville, drame ou comédie qui brille par l'absence d'intérêt, de style, d'esprit et d'imagination, et qu'un directeur de théâtre bien avisé ne joue que lorsqu'il ne peut pas faire autrement,--comme autrefois, aux cirques de Rome on ne faisait combattre les ours que lorsqu'il n'y avait ni lions, ni tigres, ni éléphants.
On le dit aussi d'un mauvais article ou d'un livre médiocre.
OURS, s. m. Ouvrier imprimeur,--dans l'argot des typographes.
OURS, s. m. La salle de police,--dans l'argot des soldats.
OURSON, s. m. Bonnet de grenadier,--dans l'argot des gardes nationaux.
OUTIL DE BESOIN, s. m. Souteneur de carton,--dans l'argot des filles.
OUTILS, s. m. pl. Ustensiles de table, en général,--dans l'argot des francs-maçons.
OUTU, adj. Ruiné, perdu, atteint de la maladie mortelle,--dans l'argot des bourgeois désireux de ménager la chèvre de la décence et le chou de la vérité.
Il y a longtemps qu'ils parlent ainsi, frisant la gaillardise et défrisant l'orthographe. On trouve dans les _Contes d'Eutrapel_: «Et bien, dit-elle, soit! Ce qui est faict est faict, il n'y a point de remède, qui est outu est outu (quelques docteurs disent qu'elle adjoucta une F).»
OUVRAGE, s. m. L'engrais humain, à l'état liquide,--dans l'argot des faubouriens.
_Tomber dans l'ouvrage._ Se laisser choir dans la fosse commune d'une maison.
OUVRAGE, s. m. Vol,--dans l'argot des prisons.
OUVRIER, s. m. Voleur,--dans le même argot.
OUVRIR SA TABATIÈRE, v. a. _Crepitare_ sournoisement, sans bruit, mais non sans inconvénient,--dans l'argot du peuple, qui, en parlant de cet inconvénient, ajoute: _Drôle de prise!_
P
PACANT, s. m. Paysan,--dans l'argot des voleurs.
On dit aussi _Palot_.
PACHALESQUEMENT, ad. Voluptueusement,--dans l'argot des romantiques.
Cet adverbe oriental appartient à Théophile Dondey, plus inconnu sous le pseudonyme de Philotée O'Neddy.
PACKET, s. m. Paquebot,--dans l'argot des anglomanes et des créoles.
PACLIN ou PASQUELIN, s. m. Pays natal,--dans l'argot des voleurs.
_Pasquelin du Rabouin._ L'enfer, pays du diable.
PACLINAGE ou PASQUELINAGE, s. m. Voyage.
PACLINER, v. n. Voyager.
PACLINEUR, s. m. Voyageur.
PADOUE, s. f. Cordonnet rouge avec lequel les confiseurs attachent les sacs de bonbons.
PAF, adj. Gris, ivre,--dans l'argot des faubouriens.
PAFFER (Se), v. réfl. Boire avec excès.
PAFS, s. m. pl. Chaussures, neuves ou d'occasion.
PAGE BLANCHE, s. f. Homme distingué, ouvrier supérieur à son état,--dans l'argot des typographes.
_Être page blanche en tout._ Ne se mêler jamais des affaires des autres; être bon camarade et bon ouvrier.
PAGNE, s. m. Provisions que le malade ou le prisonnier reçoit du dehors et qu'on lui porte ordinairement dans un _panier_. Argot des voleurs.
PAIE (Bonne), s. f. Homme qui fait honneur à sa parole ou à sa signature,--dans l'argot des bourgeois.
_Mauvaise paie._ Débiteur de mauvaise foi.
Il faut prononcer _paye_, à la vieille mode.
PAÏEN, s. m. Débauché, homme sans foi ni loi, ne craignant ni Dieu ni diable,--dans l'argot du peuple, qui emploie là une expression des premiers temps de notre langue.
PAILLASSE, s. f. Corps humain,--dans l'argot des faubouriens.
_Se faire crever la paillasse._ Se faire tuer en duel,--ou à coups de pied dans le ventre.
On dit aussi _Paillasse aux légumes_.
PAILLASSE, s. f. Femme ou fille de mauvaise vie.
On dit aussi _Paillasse de corps de garde_, et _Paillasse à soldats_.
PAILLASSE, s. m. Homme politique qui change d'opinions aussi souvent que de chemises, sans que le gouvernement qu'il quitte soit, pour cela, plus sale que le gouvernement qu'il met.
On dit aussi _Pitre_ et _Saltimbanque_.
PAILLASSON, s. m. Libertin,--dans l'argot du peuple.
Signifie aussi souteneur de filles. Mais le premier sens est le plus usité, et depuis plus longtemps, comme en témoigne ce passage d'une chanson qui avait, sous la Restauration, la vogue qu'a aujourd'hui la chanson de l'_Assommoir_:
«Chaque soir sur le boulevard Ma petit' femm' fait son trimar, Mais si elle s'port' sus l'paillasson, J'lui coup' la respiration: Je suis poisson!»
PAILLE, s. f. Dentelle,--dans l'argot des voleurs.
PAILLE (C'est une)! Ce n'est rien! Argot du peuple.
L'expression est très ironique, et signifie toujours, dans la bouche de celui qui l'emploie, que ce rien est un obstacle sérieux.
PAILLE AU CUL (Avoir la). Être réformé, congédié; mis hors de service, par allusion au bouchon de paille qu'on met aux chevaux à vendre.
PAILLE DE FER, s. f. Baïonnette,--dans l'argot des troupiers.
Signifie aussi: Fleuret, Epée.
PAILLETÉE, s. f. Drôlesse du boulevard,--dans l'argot des voyous, qui sont souvent les premiers à fixer dans la langue une mode ou un ridicule. Pour les curieux de 1886, cette expression voudra dire qu'en 1866 les femmes du monde interlope portaient des paillettes d'or partout, sur leurs voilettes, dans leurs cheveux, sur leurs corsages, etc. Elle a été employée pour la première fois en littérature par M. Jules Claretie.
J'ai entendu aussi un voyou s'écrier, en voyant passer dans le faubourg Montmartre une de ces effrontées drôlesses qui ne savent comment dépenser l'or qu'elles ne gagnent pas: _Ohé! la Dantzick_.
PAILLOT, s. m. Paillasson à essuyer les pieds,--dans l'argot du peuple.
PAIN, s. m. Coussin de cuir,--dans l'argot des graveurs, qui placent dessus la pièce à graver, bois ou acier.
PAIN (Et du)! Exclamation ironique de l'argot du peuple, qui la coud à beaucoup de phrases, quand il veut refuser à des importuns ou se moquer de gens prétentieux. Ainsi: «As-tu cent sous à me prêter?--Cent sous! Et du pain?» Ou bien à propos d'un gandin qui passe, stick à la bouche, pince-nez sur l'œil: «Plus que ça de col! Et du pain?» etc.
PAIN BÉNIT (C'est). Ce n'est que justice, c'est bien fait.
PAIRE DE CYMBALES, s. f. Pièce de dix francs,--dans l'argot facétieux des faubouriens.
PALABRE, s. m. Discours ennuyeux, prudhommesque,--dans l'argot du peuple, qui a emprunté ce mot aux marins, qui l'avaient emprunté à la langue espagnole, où, en effet, _palabra_ signifie _parole_.
PALAIS DU FOUR, s. m. Monument élevé par Charles Monselet, dans le _Figaro_, en l'honneur des victimes malheureuses de la littérature et de l'art, des artistes et des gens de lettres qui, en croyant faire une œuvre digne d'admiration, n'ont fait qu'une œuvre digne de risée.
PALE, s. m. As et deux,--dans l'argot des joueurs de dominos.
_Asinet._ As tout seul.
PALETOT, s. m. Cercueil,--dans l'argot des marbriers de cimetière.
PALETTE, s. f. Guitare,--dans l'argot des musiciens ambulants.
PALICHON, s. m. Double blanc,--dans l'argot des joueurs de dominos.
Ils disent aussi _Blanchinet_.
PALLAS, s. m. Discours, bavardage,--dans l'argot des typographes et des voleurs.
_Faire pallas._ Faire beaucoup d'embarras à propos de peu de chose.
PALLASSEUR, s. m. Faiseur de discours, bavard.
PALMÉ, s. et adj. Homme bête comme une _oie_,--dans l'argot du peuple.
PALPER, v. a. et n. Toucher de l'argent,--dans l'argot des employés.
PALPITANT, s. m. Le cœur,--dans l'argot des voleurs.
PALTOQUET, s. m. Drôle, intrus, balourd,--dans l'argot des bourgeois.
PAMEUR, s. m. Poisson,--dans l'argot des voleurs qui ont remarqué que les poissons une fois hors de leur élément natal, font les yeux blancs.
PAMURE, s. f. Soufflet violent, à faire pâmer de douleur la personne qui le reçoit,--dans l'argot des faubouriens et des paysans de la banlieue de Paris.
PANACHER, v. a. Mélanger, mêler,--dans l'argot du peuple, qui emploie ce verbe au propre et au figuré, à propos des choses et à propos des gens.
PANADE, s. et adj. Chose molle, de peu de valeur; femme laide. Argot des faubouriens.
PANAIS (Être en). Être en chemise, sans aucun pantalon.
PANAMA, s. m. Gandin,--dans l'argot du peuple, qui dit cela par allusion à la mode des chapeaux de Panama, prise au sérieux par les élégants.
Le mot s'applique depuis aux chapeaux de paille quelconques.
PANAMA, s. m. Écorce d'arbre exotique qui sert à dégraisser les étoffes.
PANIER A SALADE, s. m. Voiture affectée au service des prisonniers,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi _Souricière_.
PANIER A SALADE, s. m. Petite voiture en osier à l'usage des petites dames, à la mode comme elles et destinée à passer comme elles.
PANIER AU PAIN, s. m. L'estomac.
Les ouvriers anglais ont la même expression: _bread basket_, disent-ils.
PANIER AUX CROTTES, s. m. Le _podex_ et ses environs,--dans l'argot du peuple.
_Remuer le panier aux crottes._ Danser.
PANIER AUX ORDURES, s. m. Le lit,--dans l'argot des faubouriens.
PANIER PERCÉ, s. m. Prodigue, dépensier,--dans l'argot des bourgeois.
PANNA, s. m. Chose de peu de valeur, bonne à jeter aux ordures.
PANNE, s. f. Misère, gène momentanée,--dans l'argot des bohèmes et des ouvriers, qui savent mieux que personne combien il est dur de manquer de _pain_.
PANNE, s. f. Rôle de deux lignes,--dans l'argot des comédiens qui ont plus de vanité que de talent, et pour qui un petit rôle est un _pauvre_ rôle.
Se dit aussi d'un Rôle qui, quoique assez long, ne fait pas suffisamment valoir le talent d'un acteur ou la beauté d'une actrice.
PANNÉ, s. m. Homme qui n'a pas un sou vaillant,--dans l'argot des filles, qui n'aiment pas ces garçons-là.
PANNER, v. a. Gagner au jeu,--dans l'argot des faubouriens.
PANOUFLE, s. f. Vieille femme ou vieille chose sans valeur,--dans l'argot du peuple, qui fait allusion au lambeau de peau qu'on mettait encore, il y a quelques années, aux sabots pour amortir le contact du bois.
Signifie aussi Perruque.
PANSER DE LA MAIN, v. a. Battre, donner des coups,--dans le même argot.
PANTALONNER UNE PIPE, v. a. La fumer jusqu'à ce qu'elle ait acquis cette belle couleur bistrée chère aux fumeurs.
Je n'ai pas besoin d'ajouter que c'est le même verbe que _culotter_, mais un peu plus décent,--pas beaucoup.
PANTALON ROUGE, s. m. Soldat de la ligne,--dans l'argot des ouvriers.
On dit aussi _Pantalon garance_.
PANTALONS, s. m. pl. Petits rideaux destinés à dérober au public la vue des coulisses, qui sans cette précaution s'apercevraient par les portes ou les fenêtres au fond et nuiraient à l'illusion de la mise en scène.
PANTALZAR, s. m. Pantalon,--dans l'argot des faubouriens.
PANTE, s. m. Le monsieur inconnu qui tombe dans les pièges des filles et des voleurs,--volontairement avec les premières, contre son gré avec les seconds.
_Pante argoté._ Imbécile parfait.
_Pante arnau._ Dupe qui s'aperçoit qu'on la trompe et qui renaude.
_Pante désargoté._ Homme difficile à tromper.
Quelques-uns des auteurs qui ont écrit sur la matière disent _pantre_. Francisque Michel, lui, dit _pantre_, et fidèle à ses habitudes, s'en va chercher un état civil à ce mot jusqu'au fond du moyen âge. Pourquoi _pante_ ne viendrait-il pas de _pantin_ (homme dont on fait ce qu'on veut), ou de _Pantin_ (Paris)? Il est si naturel aux malfaiteurs des deux sexes de considérer les Parisiens comme leur proie! Si cette double étymologie ne suffisait pas, j'en ai une autre en réserve: _Ponte_. Le ponte est le joueur qui joue contre le banquier, et qui, à cause de cela, s'expose à _payer souvent_. Pourquoi pas? _Dollar_ vient bien de _thaler_.
PANTIN, n. de v. Paris,--dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi _Pampeluche_ et _Pantruche_. «_Pantin_, dit Gérard de Nerval, c'est le Paris obscur. _Pantruche_, c'est le Paris canaille.»
_Dans le goût de Pantin._ Très bien, à la dernière mode.
PANTIN, s. m. Homme sans caractère,--dans l'argot du peuple qui sait que nous sommes cousus de fils à l'aide desquels on nous fait mouvoir contre notre gré.
PANTINOIS, s. m. Parisien.
PANTOUFLE. Mot que le peuple ajoute ordinairement à _Et cætera_, comme pour mieux marquer son dédain d'une énumération fastidieuse.
Sert aussi de terme de comparaison péjorative.
_Bête comme ma pantoufle._ Très bête.
_Raisonner comme une pantoufle._ Très mal.
PANTOUFLÉ, s. m. Ouvrier tailleur,--dans l'argot des faubouriens, qui ont remarqué que ces ouvriers sortent volontiers en pantoufles.
PANTUME, s. f. Fille ou femme de mauvaise vie,--dans l'argot des voleurs.
Quelques lexicographes de Clairvaux disent _Panturne_.
PAPA, s. m. Père,--dans l'argot des enfants, dont ce mot est le premier bégaiement.
_Bon-papa._ Grand-père.
PAPA (A la), adv. Avec bonhomie, tranquillement,--dans l'argot du peuple, qui emploie cette expression avec une nuance d'ironie.
PAPAVOINER, v. a. Assassiner aussi froidement que fit Papavoine des deux petits enfants dont il paya la vie de sa tête.
L'expression, qui a eu cours il y a une trentaine d'années, a été employée en littérature par le chansonnier Louis Festeau.
PAPE, s. m. Imbécile,--dans l'argot des faubouriens.
PAPE COLAS, s. m. Homme qui aime à prendre ses aises, à _se prélasser_,--dans l'argot du peuple.
PAPELARD, s. m. Papier,--dans l'argot des voleurs, qui ont voulu coudre une désinence de fantaisie au _papel_ espagnol.
PAPIER JOSEPH, s. m. Billet de banque,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi _Papier de soie_.
PAPIER PUBLIC, s. m. Journal,--dans l'argot des paysans de la banlieue.
PAPILLON, s. m. Blanchisseur,--dans l'argot des voleurs, qui ont transporté à la profession l'épithète qui conviendrait à l'objet de la profession, les serviettes séchant au soleil et battues par le vent dans les prés ressemblant assez, de loin, à de grands lépidoptères blancs.
PAPILLONNE, s. f. Amour du changement, ou plutôt Changement d'amour,--dans l'argot des fouriéristes.
On dit aussi _Alternante_.
PAPILLONNER, v. n. Aller de belle en belle, comme le papillon de fleur en fleur,--dans l'argot du peuple.
Il y a près de deux siècles que le mot est en circulation. On connaît le mot de madame Deshoulières à propos de mademoiselle d'Ussel, fille de Vauban: «Elle papillonne toujours, et rien ne la corrige.» Fourier n'a inventé ni le nom ni la chose.
PAPILLOTES, s. f. pl. Billets de banque,--dans lesquels les gens aussi riches que galants enveloppent les dragées qu'ils offrent aux petites dames.
PAPOTAGE, s. m. Causerie familière; bavardage d'enfants ou d'amoureux. Argot des gens de lettres.
PAPOTER, v. n. Babiller comme font les amoureux et les enfants, en disant des riens.
PAQUEMON, s. m. Paquet ou ballot,--dans l'argot des voleurs.
On dit aussi _Paquecin_.
PAQUET, s. m. Compte,--dans l'argot du peuple.
_Avoir son paquet._ Être complètement ivre.
_Recevoir son paquet._ Être congédié par un patron, ou abandonné par un médecin, ou extrême-onctionné par un prêtre.
_Faire son paquet._ Faire son testament.
_Risquer le baquet._ S'aventurer, oser dire ou faire quelque chose.
PAQUETS, s. m. pl. Médisance, _ragots_.
_Faire des paquets._ Médire et même calomnier.
PARADIS, s. m. Amphithéâtre des quatrièmes,--dans l'argot des coulisses.
PARADIS, s. m. La fosse commune,--dans l'argot ironique des marbriers de cimetière.
PARADOUZE, s. f. Paradis,--dans l'argot calembourique du peuple, qui dit cela depuis longtemps, comme en témoignent ces vers extraits du _Roman du Renart_:
«..... Li sainz Esperiz De la seue ame s'entremete Tant qu'en paradouse la mete, Deux lieues outre Paradiz, Où nus n'est povre ne maudis.»
PARE-A-LANCE, s. m. Parapluie,--dans l'argot des voleurs et des faubouriens.
On dit aussi _En-tous-cas_. Cette dernière expression, dit Vidocq,--et cela va scandaliser beaucoup de bourgeoises qui l'emploient de confiance, lui croyant une origine honnête,--cette dernière expression a été trouvée par un détenu de Bicêtre, le nommé Coco.
PARAPHE, s. m. Soufflet,--dans l'argot du peuple, qui se plaît à déposer son seing sur la joue de ses adversaires.
_Détacher un paraphe._ Donner un soufflet.
PARÉ (Être). Avoir subi la «fatale toilette» et être prêt pour la guillotine,--dans l'argot des prisons.
Les bouchers emploient la même expression lorsqu'ils viennent de _faire_ un mouton.
PAREIL AU MÊME (Du). La même chose ou le même individu,--dans l'argot des faubouriens.
PARER LA COQUE, v. a. Echapper par la fuite à un châtiment mérité; parer habilement aux inconvénients d'une situation, dans l'argot des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de marine.
PARFAIT AMOUR, s. m. Liqueur de dames,--dans l'argot des faubouriens. On dit aussi _Crème de cocu_.
PARFAIT AMOUR DE CHIFFONNIER. Eau-de-vie d'une qualité au-dessous de l'inférieure.
PARISIEN, s. m. Homme déluré, inventif, loustic,--dans l'argot des troupiers.
PARISIEN, s. m. Niais, novice,--dans l'argot des marins.
PARISIEN, s. m. Vieux cheval invendable,--dans l'argot des maquignons.
PARLER BOUTIQUE, v. n. Ne s'entretenir que des choses de l'état qu'on exerce, de l'emploi qu'on remplit, contrairement aux règles de la civilité, qui veulent qu'on s'occupe peu de soi quand on cause avec les autres. Argot du peuple.
PARLER CHRÉTIEN, v. n. Parler nettement, clairement, de façon que personne ne s'y trompe.
PARLER EN BAS-RELIEF, v. n. A voix basse, entre ses dents. Argot des artistes.
PARLER LANDSMAN, v. n. Parler la langue allemande,--dans l'argot des ouvriers.
PARLER PAPIER, v. n. Écrire,--dans l'argot des troupiers.
PARLER ZE-ZE, v. n. Bléser, substituer une consonne faible à une consonne forte, ou l'_s_ au _g_, ou le _z_ à l'_s_. Argot du peuple.
PARLOIR DES SINGES, s. m. Parloir où les prisonniers sont séparés des visiteurs par un double grillage. Argot des voleurs.
PARLOTTE, s. f. Lieu où l'on fait des commérages, que ce soit la Chambre des députés ou le Café Bouvet; tel foyer de théâtre ou telle loge de danseuse.
Plus spécialement l'endroit où se réunissent les avocats.
PARLOTTER, v. n. Bavarder.
PARLOTTERIE, s. f. Abondance de paroles avec une pénurie d'idées.
L'expression est d'Honoré de Balzac.
PARLOTTEUR, s. m. Bavard.
PARMESARD, s. m. Pauvre diable à l'habit râpé comme _parmesan_,--dans l'argot facétieux des faubouriens.
PAROISSIEN, s. m. Individu suspect,--dans l'argot du peuple.
_Drôle de paroissien._ Homme singulier, original, qui ne vit pas comme tout le monde.
PAROISSIEN DE SAINT PIERRE AUX BOEUFS, s. m. Imbécile,--dans l'argot du peuple, qui sait que ce saint est le _patron des grosses bêtes_.
PARON, s. m. Palier de maison, _carré_,--dans l'argot facétieux des voleurs.
PAROXISTE, s. m. Écrivain qui, comme Alexandre Dumas, Eugène Sue, Paul Féval et Ponson du Terrail, recule les limites de l'invraisemblance et de l'extravagance dans le roman.
Le mot est de Charles Monselet.
PARQUE (La). La Mort,--dans l'argot des académiciens.
PARRAIN, s. m. Avocat d'office,--dans l'argot des voleurs.
Signifie aussi Témoin.
_Parrain fargueur._ Témoin à charge.
_Parrain d'altéque._ Témoin à décharge.
PARTAGEUSE, s. f. Femme entretenue qui a l'habitude de prendre la moitié de la fortune des hommes,--quand elle ne la leur prend pas tout entière. Argot des gens de lettres.
L'expression date de 1848, et elle appartient à Gavarni.
PARTAGEUX, s. m. Républicain,--dans l'argot des paysans de la banlieue.
PARTI (Être). Être gris, parce qu'alors la raison s'en va avec les bouchons des bouteilles vidées. Argot des bourgeois.
On dit aussi _Être parti pour la gloire_.
PARTICULIER, s. m. Bourgeois,--dans l'argot des troupiers.
PARTICULIER, s. m. Individu quelconque,--dans l'argot du peuple, qui prend ordinairement ce mot en mauvaise part.
PARTICULIÈRE, s. f. Maîtresse, _bonne amie_,--dans l'argot des troupiers.
D'après Laveaux, cette expression remonterait aux bergers du Lignon, c'est-à-dire au XVIIe siècle. «On lit à chaque instant dans l'_Astrée_: _Particulariser une dame_, _en faire sa particulière dame_, pour lui adresser des hommages. Ces locutions ont sans doute été transmises par le _Secrétaire des Amants_ à nos soldats, qui n'ont fait que les abréger.»
PARTIE, s. f. Aimable débauche de vin ou de femmes.
_Partie carrée._ Partie de plaisir à quatre, deux hommes et deux femmes.
_Partie fine._ Rendez-vous amoureux dans un cabinet particulier.
_Être en partie fine._ Être avec une dame n'importe où.
PARTIE, s. f. Pièce montée où chacun paie son rôle,--dans l'argot des acteurs amateurs. C'est une sorte de pique-nique théâtral.
_Monter une partie._ Monter une pièce destinée à être jouée sur un théâtre de campagne.
PARTIE DE TRAVERSIN (Faire une). Dormir à deux,--dans l'argot des faubouriens.
Les Anglais ont une expression analogue: _To read a curtain lecture_ (faire un cours de rideaux), disent-ils.
PARTIES CHARNUES (Les). Les _nates_,--dans l'argot des bourgeois.
PARTIR DU PIED DROIT. Bien commencer une affaire, l'engager gaiement et résolument. Argot du peuple.
Quand on veut décider quelqu'un on dit: «Allons, partons du pied droit!» C'est un ressouvenir des superstitions païennes. Quand Encolpe et Ascylte se disposent à entrer dans la salle du banquet, un des nombreux esclaves de Trimalcion leur crie: _Dextro pede! Dextro pede!_
PASCAILLER, v. n. Prendre le tour de quelqu'un, lui enlever un avantage, le supplanter. Argot des voleurs.
PAS DE ÇA, LISETTE! Formule de refus ou de négation,--dans l'argot du peuple, qui connaît son Béranger.
PAS GRAND'CHOSE, s. m. Fainéant; homme sans moralité et sans courage, _vaurien_.
PAS GRAND'CHOSE, s. f. Drôlesse, bastringueuse, _vaurienne_.
PAS MÉCHANT, adj. Laid, pauvre, sans la moindre valeur,--dans l'argot des faubouriens et des filles, qui emploient cette expression à propos des gens comme à propos des choses. Ainsi, un chapeau qui n'est pas méchant est un chapeau ridicule--parce qu'il est passé de mode; un livre qui n'est pas méchant est un livre ennuyeux,--parce qu'il ne parle pas assez de Cocottes et de Cocodès, etc.
PASSADE, s. f. Feu de paille amoureux,--dans l'argot des bourgeois.
PASSADE, s. f. Action de passer sur la tête d'un autre nageur en le faisant plonger ainsi malgré lui. Argot des écoles de natation.
_Donner une passade._ Forcer quelqu'un à plonger en lui passant sur la tête.
PASSADE, s. f. Jeu de scène qui fait changer de place les acteurs,--dans l'argot des coulisses.
_Régler une passade._ Indiquer le moment où les personnages doivent se ranger dans un nouvel ordre,--le numéro un se trouvant à la gauche du public.
PASSE, s. f. Guillotine,--dans l'argot des voleurs.
_Être gerbé à la passe._ Être condamné à mort.
PASSE, s. f. Situation bonne ou mauvaise,--dans l'argot du peuple.
PASSE, s. f. «Echange de deux fantaisies», dont l'une intéressée. Argot des filles.
_Maison de passe._ Prostibulum d'un numéro moins gros que les autres. M. Béraud en parle à propos de la _fille à parties_: «Si elle se fait suivre, dit-il, par sa tournure élégante ou par un coup d'œil furtif, on la voit suivant son chemin, les yeux baissés, le maintien modeste; rien ne décèle sa vie déréglée. Elle s'arrête à la porte d'une maison ordinairement de belle apparence; là elle attend son monsieur, elle s'explique ouvertement avec lui, et, s'il entre dans ses vues, il est introduit dans un appartement élégant ou même riche, où l'on ne rencontre ordinairement que la dame de la maison».
_Faire une passe._ Amener un noble inconnu dans cette maison «de belle apparence».
PASSÉ AU BAIN DE RÉGLISSE (Être). Appartenir à la race nègre,--dans l'argot des faubouriens.
PASSE-CARREAU, s. m. Outil de bois sur lequel on repasse les coutures des manches. Argot des tailleurs.
PASSE-CRIC, s. m. Passeport,--dans l'argot des voleurs.
PASSE-LACET, s. m. Fille d'Opéra, ou d'ailleurs,--dans l'argot des libertins d'autrefois, qui est encore celui des libertins d'aujourd'hui.
PASSE-LANCE, s. m. Bateau,--dans l'argot des voleurs.
PASSEPORT JAUNE, s. m. Papiers d'identité qu'on délivre aux forçats à leur sortie du bagne.
PASSER, v. n. Mourir,--dans l'argot des bourgeois.
PASSER AU BLEU, v. a. Supprimer, vendre, effacer; manger son bien. Argot des faubouriens.
On disait, il y a cinquante ans: _Passer_ ou _Aller au safran_. Nous changeons de couleurs, mais nous ne changeons pas de mœurs.
PASSER AU DIXIÈME, v. n. Devenir fou,--dans l'argot des officiers d'artillerie.
PASSER DE BELLE (Se). Ne pas recevoir sa part d'une affaire,--dans l'argot des voleurs.
PASSER DEVANT LA GLACE, v. n. Payer,--dans l'argot des faubouriens, qui savent que, même dans leurs cafés populaciers, le comptoir est ordinairement orné d'une glace devant laquelle on est forcé de stationner quelques instants.
PASSER DEVANT LA MAIRIE, v. n. Se marier sans l'assistance du maire et du curé,--dans l'argot du peuple.
PASSER LA JAMBE, v. a. Donner un croc-en-jambe.
PASSER LA JAMBE A THOMAS, v. n. Vider le baquet-latrine de la chambrée,--dans l'argot des soldats et des prisonniers.
PASSER LA MAIN SUR LE DOS DE QUELQU'UN, v. a. Le flatter, lui dire des choses qu'on sait devoir lui être agréables. Argot du peuple.
On dit aussi _Passer la main sur le ventre_.
PASSER L'ARME A GAUCHE, v. a. Mourir,--dans l'argot des troupiers et du peuple.
On dit aussi _Défiler la parade_.
PASSER LA RAMPE (Ne point). Se dit--dans l'argot des coulisses--de toute pièce ou de tout comédien, littéraire l'une, consciencieux l'autre, qui ne plaisent point au public, qui ne le passionnent pas.
PASSÉ-SINGE, s. m. Roué, _roublard_,--dans l'argot des voleurs.
PASSEUR, s. m. Individu qui _passe_ les examens de bachelier à la place des jeunes gens riches qui dédaignent de les passer eux-mêmes,--parce qu'ils en sont incapables.
PAS SI CHER! Exclamation de l'argot des voleurs, pour qui c'est un signal signifiant: «Parlez plus bas» ou: «Taisez-vous.»
PASSIFLEUR, s. m. Cordonnier,--dans le même argot.
PASSIFS, s. m. pl. Souliers d'occasion,--dans l'argot des voleurs et des faubouriens.
Le mot est expressif: des souliers qui ont longtemps servi ont naturellement pâti, souffert,--_passifs_, _passivus_, passif.
On dit aussi _Passifles_.
PAS TANT DE BEURRE POUR FAIRE UN QUARTERON! Phrase populaire par laquelle on coupe court aux explications longues mais peu probantes, aux raisons nombreuses mais insuffisantes.
Elle appartient à Cyrano de Bergerac, qui l'a mise dans la bouche de Mathieu Gareau, du _Pédant joué_.
PASTIQUER, v. a. Passer,--dans l'argot des voleurs.
_Pastiquer la maltouze._ Faire la contrebande.
PATAFIOLER, v. a. Confondre,--dans l'argot du peuple.
Ce verbe ne s'emploie ordinairement que comme malédiction bénigne, à la troisième personne de l'indicatif:--«Que le bon Dieu vous patafiole!»
PATAGUEULE, s. m. Homme compassé, oui _fait sa tête_ et surtout _sa gueule_,--dans l'argot des sculpteurs sur bois.
PATAPOUF, s. m. Homme et quelquefois Enfant bouffi, épais, lourdaud.
On dit aussi _Gros Patapouf_ mais c'est un pléonasme inutile.
PATAQUÈS, s. m. Faute de français grossière, liaison dangereuse,--dans l'argot des bourgeois, qui voudraient bien passer pour des puristes.
PATARASSES, s. f. pl. Tampons que les forçats glissent entre leur anneau de fer et leur chair, afin d'amortir la pesanteur de la manicle sur les chevilles et le cou-de-pied.
PATARD, s. m. Pièce de monnaie, gros sou,--dans l'argot des faubouriens, qui ne se doutent pas qu'ils emploient là une expression du temps de François Villon:
«Item à maistre Jehan Cotard Auquel doy encore un patard... A ceste heure je m'en advise.»
(_Le Grand-Testament._)
PATAUD, s. et adj. Lourdaud, grossier, niais,--dans l'argot du peuple.
PATAUGER, v. n. Ne pas savoir ce qu'on fait ni ce qu'on dit.
PATE, s. m. Apocope de _patron_,--dans l'argot des graveurs sur bois.
PATÉ, s. m. Tache d'encre sur le papier,--dans l'argot des écoliers, qui sont de bien _sales pâtissiers_.
On dit aussi _Barbeau_.
PATÉ, s. m. Mélange des caractères d'une ou plusieurs pages qui ont été renversées,--dans l'argot des typographes.
_Faire du pâté_, c'est distribuer ou remettre en casse ces lettres tombées.
PATÉ D'ERMITE, s. m. Noix,--dans l'argot du peuple, qui sait que les anachorètes passaient leur vie à mourir de faim.
PATÉE, s. f. Nourriture,--dans l'argot des faubouriens.
_Prendre sa pâtée._ Déjeuner ou dîner.
PATÉE, s. f. Correction vigoureuse et même brutale.
_Recevoir une pâtée._ Être battu.
PATE FERME, s. f. Article sans alinéas,--dans l'argot des journalistes.
PATENTE, s. f. Casquette,--dans l'argot des faubouriens, qui ont traduit à leur façon le _patent_ qui se trouve sur tous les produits anglais, chapeaux, manteaux, etc.
PATIENCE, s. f. Jeu de cartes,--ou plutôt série de jeux de cartes, car il y a une trentaine de jeux de patience: _la Loi salique_, _la Blocade_, _la Nivernaise_, _la Gerbe_, _le Crapaud_, _la Poussette_, _la belle Lucie_, etc., etc.
PATINER, v. a. et v. n. Promener indiscrètement les mains sur la robe d'une femme pour s'assurer que l'étoffe de dessous en est aussi moelleuse que celle du dessus. Argot du peuple.
PATINEUR, adj. et s. Homme qui aime à patiner les femmes.
PATIRAS, s. m. Souffre-douleur de l'atelier.
Les gens distingués disent _Patito_, comme à Florence.
PATOCHE. s. f. Férule,--dans l'argot des enfants, dont les _mains_ en conservent longtemps le souvenir.
PATOCHES, s. f. pl. Mains.
PATOUILLER, v. a. Manier, peloter. Argot du peuple.
PATOUILLER, v. n. Barboter, patauger.
On dit aussi _Patrouiller_. Ce verbe est dans Rabelais.
PATOUILLEUR, s. m. _Peloteur_.
PATRAQUE, s. f. Vieille montre qui marche mal; machine usée, sans valeur.
PATRAQUE, adj. Malade ou d'une santé faible, dans l'argot des bourgeois.
PATRES (Ad), adv. Au diable,--dans l'argot du peuple, qui se soucie peu de ses «pères.»
_Envoyer ad patres._ Tuer.
_Aller ad patres._ Mourir.
PATRIE, s. f. Commode,--dans l'argot des bohèmes, qui serrent leurs hardes dans les grands journaux comme _la Patrie_, _le Siècle_, etc., leurs seuls meubles souvent.
PATRON-MINETTE (Dès), adv. Dès l'aube,--dans l'argot du peuple.
PATRON-MINETTE, s. f. Association de malfaiteurs, célèbre il y a une trentaine d'années, à Paris comme la _Camorra_, à Naples.
PATROUILLE (Être en). Courir les cabarets, ne pas rentrer coucher chez soi. Argot du peuple.
PATROUILLER, v. a. et n. _Peloter_.
PATROUILLER, v. n. Faire patrouille,--dans l'argot des bourgeois, soldats-citoyens.
PATTE, s. f. Main,--dans l'argot des faubouriens. Le coup de _patte_, au figuré, est plutôt un coup de langue.
PATTE, s. f. Grande habileté de _main_,--dans l'argot des artistes.
_Avoir de la patte._ Faire des tours de force de dessin et de couleur.
PATTE-D'OIE, s. f. Les trois rides du coin de l'œil, qui trahissent ou l'âge ou une fatigue précoce. Argot du peuple.
PATTE-D'OIE, s. f. Carrefour,--dans l'argot du peuple et des paysans des environs de Paris.
PATTE-MOUILLÉE, s. f. Vieux chiffon imprégné d'eau, qui, à l'aide d'un carreau chaud, sert à enlever les marques du lustre sur le drap.
Expression de l'argot des tailleurs.
PATTES, s. f. pl. Jambes,--dans l'argot des faubouriens.
_Fournir des pattes._ S'en aller, s'enfuir.
On dit aussi _Se payer une paire de pattes_, et _Se tirer les pattes_.
PATTES, s. f. pl. Pieds,--dans l'argot des bourgeois.
PATTES (A), adv. Pédestrement.
PATTES DE MOUCHE, s. f. pl. Lettre de femme ou grimoire d'avocat. Argot du peuple.
PATINER (Se). Se sauver, _Jouer des pattes_,--dans l'argot des faubouriens.
PATTU, adj. Épais, lourd,--dans l'argot du peuple.
PATURER, v. n. Manger,--dans l'argot des ouvriers.
On dit aussi _Prendre sa pâture_.
PATURONS, s. m. pl. Les pieds,--dans l'argot des faubouriens, qui disent cela au moins depuis Vadé:
«A cet ensemble on peut connoître L'élégant et le petit-maître Du Pont-aux-Choux, des Porcherons, Où l'on roule ses paturons.»
_Jouer des paturons._ Se sauver.
PATUROT, s. m. Bonnetier, homme crédule,--dans l'argot des gens de lettres, qui consacrent ainsi le souvenir du roman de Louis Reybaud.
PAUME, s. f. Perte, échec quelconque,--dans l'argot des faubouriens.
_Faire une paume._ Faire un pas de clerc.
PAUMER, v. a. Perdre,--dans l'argot des voleurs.
_Paumer la sorbonne._ Devenir fou, perdre la tête.
PAUMER, v. a. Empoigner, prendre--avec la _paume_ de la main.
S'emploie au propre et au figuré.
_Être paumé._ Être arrêté.
_Être paumé marron._ Être pris en flagrant délit de tricherie, de vol ou de meurtre.
PAUVRARD, e, adj. et s. Excessivement pauvre.
PAVÉ, s. m. Bonne intention malheureuse, comme celle de l'ours de la Fontaine.
_Réclame-pavé._ Eloge ridicule à force d'hyperboles, qu'un ami,--ou un ennemi,--fait insérer à votre adresse dans un journal.
PAVÉ, adj. Insensible,--dans l'argot du peuple.
_Avoir le gosier pavé._ Manger très chaud ou boire les liqueurs les plus fortes sans sourciller.
PAVÉ MOSAÏQUE, s. m. Le sol de la salle des réunions,--dans l'argot des francs-maçons.
PAVILLON, s. et adj. Fou,--dans l'argot des faubouriens.
PAVILLONNER, v. n. Avoir des idées flottantes; déraisonner.
On dit aussi _Être pavillon_.
PAVOIS, adj. et s. En état d'ivresse.
_Être pavois._ Être gris, déraisonner à faire croire que l'on est gris.
PAVOISER (Se). S'endimancher. Argot des marins.
_S'endimancher_, pour les faubouriens, a un double sens: il signifie d'abord mettre ses habits les plus propres; ensuite s'amuser, c'est-à-dire boire, comme ils en ont l'habitude à la fin de chaque semaine.
PAYER (Se), v. réfl. S'offrir, se donner, se procurer,--dans l'argot des petites dames et des faubouriens.
_Se payer un homme._ Avoir un caprice pour lui.
_Se payer une bosse de plaisir._ S'amuser beaucoup.
PAYER BOUTEILLE. Offrir à boire chez le marchand de vin. Argot des ouvriers.
PAYER LA GOUTTE (Faire), Siffler,--dans l'argot des coulisses.
PAYER UNE COURSE (Se). Courir,--dans l'argot des faubouriens.
PAYOT, s. m. Forçat chargé d'une certaine comptabilité.
PAYS, s. m. Compagnon,--dans l'argot des ouvriers.
PAYS, s. m. Compatriote,--dans l'argot des soldats.
PAYS-BAS, s. m. pl. Les possessions de messire Luc,--métropole et colonies.
PAYS BRÉDA. Le quartier Bréda, une des Cythères parisiennes. Argot des gens de lettres.
PAYS DES MARMOTTES (Le). La terre,--dans l'argot du peuple.
_S'en aller dans le pays des marmottes._ Mourir.
On dit aussi le _Royaume des taupes_.
PAYSE, s. f. Maîtresse,--dans l'argot des soldats, qui sont volontiers du même pays que la bonne d'enfants qu'ils courtisent.
PAYS LATIN. Le quartier des Ecoles, _genus latinum_.
On dit plutôt le _Quartier latin_.
PEAU, s. f. Fille ou femme de très mauvaise vie,--dans l'argot des faubouriens.
C'est le jeu de mots latins: _pellex et pellis_.
On dit aussi _Peau de chien_.
PEAU D'ANE, s. f. Tambour,--dans l'argot des troupiers, qui ne savent pas que cet instrument de percussion est plus souvent recouvert d'une peau de chèvre ou de veau.
_Faire chanter_ ou _ronfler la peau d'âne_. Battre le rappel,--dans l'argot du peuple, à qui cette chanson cause toujours des frissons de plaisir.
PÊCHE A QUINZE SOUS, s. f. Lorette de premier choix,--dans l'argot des gens de lettres, qui consacrent ainsi le souvenir du _demi-Monde_ d'Alexandre Dumas fils.
PÊCHER UNE FRITURE DANS LE STYX. Être mort,--dans l'argot des faubouriens qui ont lu M. de Chompré.
_Aller pêcher une friture dans le Styx._ Mourir.
PÉCUNE, s. f. Argent,--dans l'argot du peuple, fidèle à l'étymologie (_pecunia_) et à la tradition: «Repoignet-om nostre tresor el champ, et nostre pecune allucet-om el sachet.»
(_Sermons_ de saint Bernard.)
PÉDÉ, s. m. Apocope de _Pédéraste_,--dans l'argot des voyous, imitateurs inconscients de ces grammairiens toulousains du VIe siècle, qui disaient tantôt _ple_ pour _plenus_, tantôt _ur_ pour _nominatur_.
PÉDÉRO, s. f. Non conformiste,--dans l'argot des faubouriens.
Ils disent quelquefois aussi, facétieusement, _Don Pédéro_.
PÉGOCE, s. m. Pou,--dans l'argot des voleurs.
Ils disent aussi _Puce d'hôpital_.
PÉGRAINE, s. f. Faim,--dans l'argot des vagabonds et des voleurs.
A proprement parler, cela signifie, non qu'on n'a rien du tout à manger, mais bien qu'on n'a pas trop de quoi,--une nuance importante.
_Caner la pégraine._ Mourir de faim.
PÈGRE, s. m. Voleur.
Ce mot est fils du précédent, comme le vice est fils de la misère--et surtout de la fainéantise (_pigritia_,--_piger_).
_Pègre à marteau._ Voleur de petits objets ou d'objets de peu de valeur.
PÈGRE, s. f. Le monde des voleurs.
_Haute pègre._ Voleurs de haute futaie, bien mis et reçus presque partout.
_Basse pègre._ Petits voleurs en blouse, qui n'exercent que sur une petite échelle et qui ne sont reçus nulle part--qu'aux Madelonnettes ou à la Roquette.
PÉGRER, v. n. Voler.
Signifie aussi: Être misérable, souffrir.
PÉGRIOT, s. m. Apprenti voleur, ou qui vole des objets de peu de valeur.
PEIGNE, s. m. Clé,--dans l'argot des voleurs.
PEIGNE-CUL, s. m. Fainéant, traîne-braies,--dans l'argot du peuple.
PEIGNE DES ALLEMANDS, s. m. Les cinq doigts.
PEIGNÉE, s. f. Coups échangés,--dans l'argot des faubouriens, qui se prennent souvent aux _cheveux_.
On dit aussi _Coup de peigne_.
_Se foutre une peignée._ Se battre.
PEIGNER (Se), v. réfl. Se battre.
C'est le verbe _to pheese_ des Anglais.
On dit aussi _Se repasser une peignée_.
PEINARD, s. m. Vieillard; homme souffreteux, usé par l'âge ou les chagrins,--dans l'argot du peuple.
PEINDRE EN PLEINE PATE, v. a. Peindre à pleines couleurs,--dans l'argot des artistes.
PEINTRE, s. m. Balayeur,--dans l'argot des troupiers.
PEINTURLURE, s. f. Mauvaise peinture,--dans l'argot du peuple.
PEINTURLURER, v. a. et n. Barbouiller une toile sous prétexte de peindre.
PEINTURLURER (Se). _Se maquiller._
PEINTURLUREUR, s. m. Barbouilleur, mauvais peintre.
PÉKIN, s. m. Bourgeois,--dans l'argot des troupiers, qui ont le plus profond mépris pour tout ce qui ne porte pas l'uniforme.
On écrit aussi _Péquin_.
PÉLAGO, n. de l. La prison de Sainte-Pélagie,--dans l'argot des voleurs.
PELARD, s. m. Foin,--dans le même argot.
PELARDE, s. f. Faulx.
PELÉ, s. m. Sentier battu.
PELOTE, s. f. Gain plus ou moins licite,--dans l'argot du peuple.
_Faire sa pelote._ Amasser de l'argent.
PELOTER, v. a. Manquer de respect à une femme honnête en se livrant de la main, sur sa personne, aux mêmes investigations que Tartufe sur la personne d'Elmire.
Par extension, Amadouer par promesses quelqu'un dont on attend quelque chose.
PELOTER (Se), v. réfl. Se disputer et même se battre,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi _Peloter avec quelqu'un_.
PELOTER SA BUCHE, v. a. Travailler avec soin, avec goût, avec amour du métier. Argot des tailleurs.
PELOTEUR, adj. et s. Homme qui aime à flatter les femmes--de la main.
PELURE, s. f. Habit ou redingote,--dans l'argot des faubouriens.
PENDANTES, s. f. pl. Boucles d'oreilles,--dans l'argot des voleurs.
PENDRE AU NEZ. Se dit--dans l'argot du peuple--à propos de tout accident, heureux ou malheureux, coups ou million, dont on est menacé.
On a dit autrefois _Pendre aux oreilles_. (V. _le Tempérament_, 1755.)
PENDU GLACÉ, s. m. Réverbère. Argot des voleurs.
PENDULE A PLUMES, s. f. Coq,--dans l'argot des gens de lettres, qui ont lu _la Vie de Bohème_.
PENTE (Avoir une), v. a. Être gris ou commencer à se griser,--dans l'argot des faubouriens.
PÉPÉE, s. f. Poupée,--dans l'argot des enfants.
PÉPÈTE, s. f. Pièce d'un sou,--dans l'argot des ouvriers; de cinquante centimes,--dans l'argot des voleurs; d'un franc,--dans l'argot des filles.
PÉPIE (Avoir la). Avoir soif,--maladie des oiseaux, état normal des ivrognes.
_Mourir de la pépie._ Avoir extrêmement soif.
PÉPIN, s. m. Vieux parapluie,--dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi _Rifflard_.
PÉPIN, s. m. Enfant--dans l'argot des fantaisistes qui ont lu Shakespeare (_Conte d'Hiver_).
De l'enfant-pépin sort en effet l'homme-arbre.
PERCER D'UN AUTRE (En). Raconter une autre histoire; faire une plaisanterie d'un meilleur _tonneau_.
PERCHER, v. n. Habiter, loger au hasard,--dans l'argot des bohèmes, qui changent souvent de _perchoir_, et qui devraient bien changer plus souvent de chemise.
PERDRE LE GOUT DU PAIN. Mourir,--dans l'argot du peuple.
_Faire perdre à quelqu'un le goût du pain._ Le tuer.
PERDRE LE NORD, v. a. Se troubler; s'égarer; dire des sottises ou des folies,--dans l'argot du peuple, qui n'a pas inventé pour rien le mot _boussole_.
Autrefois on disait _Perdre la tramontane_, ce qui était exactement la même chose, _tramontane_ étant une corruption de _transmontane_ (_transmontanus_, ultramontain, au delà des monts, d'où nous vient la lumière).
PERDRE SES BAS. Ne plus savoir ce que l'on fait, par distraction naturelle ou par suite d'une préoccupation grave.
PERDRE SON BATON. Mourir,--dans l'argot des faubouriens, qui disent cela probablement par allusion au bâton, ressource unique des aveugles pour marcher droit.
PERDRE UN QUART, v. a. Aller au convoi d'un camarade,--dans l'argot des tailleurs, qui, pendant qu'ils y sont, perdent bien toute la journée.
PERDU (L'avoir). N'avoir plus le droit de porter à son corsage le bouquet de fleurs d'oranger symbolique. Argot des bourgeois.
On dit de même, en parlant d'une jeune fille vierge: _Elle l'a encore_. Je n'ai pas besoin d'ajouter que, dans l'un comme dans l'autre cas, il s'agit de Pucelage.
PERDU SON BATON (Avoir). Être de mauvaise humeur,--dans l'argot des coulisses.
L'expression date d'Arnal et du _Sergent Mathieu_, sa pièce de début au théâtre du Vaudeville. Il s'était choisi, pour jouer son rôle, un bâton avec lequel il avait répété et auquel il paraissait tenir beaucoup. Malheureusement, le jour de la première représentation, au moment où il allait entrer en scène, impossible de retrouver le bâton magique! Arnal est furieux et surtout troublé; il entre en scène, il joue, mais sans verve,--et l'on siffle!
PÈRE AUX ÉCUS, s. m. Homme riche,--dans l'argot du peuple.
PÈRE FAUTEUIL, s. m. Le cimetière du Père _Lachaise_,--dans l'argot facétieux des marbriers.
PÈRE FRAPPART, s. m. Marteau,--dans l'argot du peuple.
PÈRE LA TUILE (Le). Dieu,--dans l'argot des faubouriens, qui ne sont pas plus irrévérencieux que les peintres qui l'appellent le _Père Eternel_.
PÈRE LA VIOLETTE (Le). L'empereur Napoléon Ier,--dans l'argot des bonapartistes, qui disaient cela sous la Restauration, à l'époque où mademoiselle Mars était forcée d'arracher une guirlande de violettes qu'elle avait fait coudre à sa robe dans une pièce nouvelle.
PÉRITORSE, s. m. Paletot ou redingote,--dans l'argot des étudiants, qui, frais émoulus du collège, n'ont pas de peine à parler grec.
PERLER, v. a. Travailler avec soin, avec minutie,--dans l'argot des bourgeois.
_Perler sa conversation._ N'employer, en parlant, que des expressions choisies--et prétentieuses.
PERLOTTE, s. f. Boutonnière,--dans l'argot des tailleurs, qui _perlent_ ordinairement cette partie des vêtements.
PERMISSION DE DIX HEURES, s. f. Pardessus de femme, à capuchon, taillé sur le patron du manteau des zouaves, et fort à la mode il y a vingt-ans.
PÉROU (Ce n'est pas le). Expression de l'argot du peuple, qui l'emploie ironiquement à propos d'une chose qui ne lui paraît pas difficile à faire, ou qu'on lui vante trop.
Se dit aussi à propos d'une affaire qui ne paraît pas destinée à rapporter de gros bénéfices.
PERPÈTE, s. f. Apocope de _Perpétuité_,--dans l'argot des forçats.
PERROQUET, s. m. Homme qui ne sait que ce qu'il a appris par cœur. Argot du peuple.
PERROQUET, s. m. Verre d'absinthe,--dans l'argot des troupiers et des rapins, qui font ainsi allusion à la couleur de cette boisson, que l'on devrait prononcer à l'allemande: _poison_.
_Étouffer un perroquet._ Boire un verre d'absinthe.
L'expression a été employée pour la première fois en littérature par Charles Monselet.
PERROQUET DE SAVETIER, s. m. Le merle,--dans l'argot des faubouriens.
On le dit quelquefois aussi de la Pie.
PERRUQUE, s. f. Cheveux en broussailles, mal peignés,--dans l'argot des bourgeois, ennemis des coiffures romantiques.
PERRUQUE, s. f. Détournement de matériaux appartenant à l'Etat,--dans l'argot des invalides, souvent commis à leur garde.
_Faire une perruque._ Vendre ces matériaux.
PERRUQUE, adj. et s. Vieux, suranné, classique,--dans l'argot des romantiques, qui avaient en horreur tout le siècle de Louis XIV.
_Le parti des perruques._ L'École classique,--qu'on appelle aussi l'École du Bon Sens.
PERRUQUEMAR, s. m. Coiffeur,--dans l'argot des faubouriens.
PERRUQUER (Se). Porter de faux cheveux pour faire croire qu'on en a beaucoup. Argot du peuple.
Du temps de Tabourot, on disait _une perruquée_ en parlant d'une Coquette à la mode qui ajoutait de faux cheveux à ses cheveux naturels,--comme faisaient les coquettes du temps de Martial, comme font les femmes de notre temps. D'où vient cette épigramme du seigneur des Accords:
«Janneton ordinairement Achepte ses cheveux, et jure Qu'ils sont à elle entièrement: Est-elle à vostre advis perjure?»
Vous devinez la réponse: Non, elle n'est point «perjure» parce que ce que nous achetons est nôtre.
PERSIENNES, s. f. pl. Lunettes,--dans l'argot des voyous.
PERSIL DANS LES PIEDS (Avoir du). Se dit d'une femme qui a les pieds sales--à force d'avoir marché.
PERSILLER, v. n. Raccrocher,--dans l'argot des souteneurs de filles.
On dit aussi _Aller au persil_ et _Travailler dans le persil_.
Francisque Michel, qui se donne tant de peine pour retrouver les parchemins de mots souvent modernes qu'il ne craint pas, malgré cela, de faire monter dans les carrosses du roi, reste muet à propos de celui-ci, pourtant digne de sa sollicitude. Il ne donne que _Pesciller_, prendre. En l'absence de tout renseignement officiel, me sera-t-il permis d'insinuer que le verbe _Persiller_ pourrait bien venir de l'habitude qu'ont les filles d'exercer leur déplorable industrie dans les lieux déserts, dans les terrains vagues--où pousse le persil?
PERSILLEUSE, s. f. Femme publique.
Se dit aussi du Jeune homme qui joue le rôle de Giton auprès des Encolpes de bas étage.
PERTUIS AUX LÉGUMES, s. m. La gorge,--dans l'argot des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de marine.
D'où: _Faire tour-mort et demi-clef sur le pertuis aux légumes_, pour: Etrangler quelqu'un.
PESCILLER D'ESBROUFFE, Prendre de force, d'autorité--dans l'argot des voleurs.
PÈSE ou PÈZE, s. f. Résultat d'une collecte faite entre voleurs libres au profit d'un voleur prisonnier; résultat _pesant_.
PESSIGUER, v. a. Ouvrir, soulever,--dans l'argot des voleurs.
_Pessiguer une lourde._ Ouvrir une porte.
PET, s. m. Incongruité sonore, jadis honorée des Romains sous le nom de _Deus Crepitus_, ou dieu frère de _Stercutius_, le dieu merderet.
_Glorieux comme un pet._ Extrêmement vaniteux.
_Lâcher quelqu'un comme un pet._ L'abandonner, le quitter précipitamment.
PET, s. m. Embarras, manières.
_Faire le pet._ Faire l'insolent; s'impatienter, _gronder_.
_Il n'y a pas de pet._ Il n'y a rien à faire là dedans; ou: Il n'y a pas de mal, de danger.
PÉTARADE, s. f. Longue suite de sacrifices au dieu Crépitus,--dans l'argot des faubouriens, amis des joyeusetés scatologiques, et grands amateurs de _ventriloquie_.
PÉTARD, s. m. Derrière de l'homme ou de la femme.
Se dit aussi pour Coup de pied appliqué au derrière.
PÉTARD, s. m. Bruit, esclandre.
«N'bats pas l'quart, Crains l' pétard, J'suis Bertrand l'pochard!»
dit une chanson populaire.
PÉTARDS, s. m. pl. Haricots.
PÉTASE, s. m. Chapeau ridicule,--dans l'argot des romantiques, qui connaissent leur latin (_petasus_).
Employé pour la première fois en littérature par Bonnardot (_Perruque et Noblesse_, 1837).
PÉTAUDIÈRE, s. f. Endroit tumultueux, où l'on crie tellement qu'il est impossible de s'entendre,--dans l'argot des bourgeois, qui connaissent de réputation la cour du roi Pétaud.
PET A VINGT ONGLES, s. m. Enfant nouveau-né,--dans l'argot du peuple.
_Faire un pet à vingt ongles._ Accoucher.
PÉTER, v. n. Se plaindre à la justice. Argot des voleurs.
PÉTER DANS LA MAIN, v. n. Être plus familier qu'il ne convient. Argot du peuple.
Signifie aussi: Manquer de parole; faire défaut au moment nécessaire.
PÉTER PLUS HAUT QUE LE CUL, v. n. Faire le glorieux; entreprendre une chose au-dessus de ses forces ou de ses moyens; avoir un train de maison exagéré, ruineux.
_Faire le pet plus haut que le cul_, c'est ce que Henry Monnier, par un euphémisme très clair, appelle _Sauter plus haut que les jambes_.
PÉTER SON LOF, v. n. Mourir,--dans l'argot des marins, pour qui c'est changer de lof, c'est-à-dire naviguer sur un autre bord.
Ils disent aussi _Virer de bord_.
PÉTER SUR LE MASTIC, v. n. Renoncer à travailler; envoyer promener quelqu'un. Argot des faubouriens.
PÈTE-SEC, s. m. Patron sévère, chef rigide, qui gronde toujours et ne rit jamais.
PÉTEUR, adj. et s. Homme qui se plaît à faire de fréquents sacrifices au dieu Crépitus.
PÉTEUX, s. m. Messire Luc, l'éternelle cible aux coups de pied.
PÉTEUX, s. m. Homme honteux, timide, sans énergie.
PETIT, s. m. Enfant,--dans l'argot du peuple, qui ne fait aucune différence entre la portée d'une chienne et celle d'une femme.
PETIT BLANC, s. m. Vin blanc.
PETIT BONHOMME D'UN SOU, s. m. Jeune soldat.
PETIT BORDEAUX, s. m. Cigare de cinq centimes, de la manufacture de Tonneins. Argot du peuple.
PETIT BORDEAUX, s. m. Petit verre de vin de Bordeaux.
PETIT CAMARADE, s. m. Confrère malveillant, débineur,--dans l'argot des gens de lettres, qui ont emprunté cette expression aux acteurs.
Pour la rendre plus ironique, on dit: _Bon petit camarade_.
PETIT CAPORAL, n. d'h. Napoléon,--dans l'argot des vieux troupiers.
Ils disaient encore: _l'Autre_, _le Petit Tondu_ et _le Père la Violette_.
PETIT COCHON, s. m. Dame qu'on n'a pu rentrer assez vite et qui se trouve bloquée dans le camp de l'adversaire. Argot des joueurs de jacquet.
_Engraisser des petits cochons._ Avoir plusieurs dames bloquées.
PETITE BIÈRE (Ce n'est pas de la)! Expression de l'argot du peuple qui l'emploie le plus souvent avec ironie, en parlant de choses d'importance ou qu'on veut faire passer pour importantes.
PETITE CHATTE, s. f. Drôlesse qui joue avec le cœur des hommes comme une véritable chatte avec une véritable souris,--dans l'argot de M. Henri de Kock, romancier, élève et successeur de son père.
PETITE DAME, s. f. Fille ou femme, grande ou petite, qui depuis plus ou moins de temps, a jeté son bonnet par-dessus les moulins et sa pudeur par-dessus son bonnet et qui fait métier et marchandise de l'amour.
PETITE FILLE, s. f. Bouteille. Argot des faubouriens.
PETIT LAIT, s. m. Chose de peu d'importance; vin faible,--dans l'argot des bourgeois.
PETIT MANTEAU BLEU, s. m. Homme bienfaisant,--dans l'argot du peuple, qui a ainsi consacré le souvenir des soupes économiques de M. Champion.
PETIT MONDE, s. m. Les membres de la famille, femme et enfants.
Se dit aussi à propos d'une Maîtresse.
PETIT MONDE, s. m. Lentille,--dans l'argot des voleurs.
PETIT NOM, s. m. Prénom, nom patronymique,--dans l'argot du peuple, et spécialement celui des petites dames.
C'est le _short name_ des biches anglaises.
PETIT-NOMMER, v. a. Appeler quelqu'un par son petit nom.
PETIT PÈRE NOIR, s. m. Broc de vin rouge,--dans l'argot des faubouriens.
_Petit père noir de quatre ans._ Broc de quatre litres.
PETITS PAINS (Faire des). Faire l'aimable, le gentil, afin de se rabibocher. Argot des coulisses.
PETIT TONDU (Le). L'empereur Napoléon Ier,--dans l'argot des invalides.
PÉTONS, s. m. pl. Pieds,--dans l'argot des enfants, des mères et des amoureux.
PÉTRA, s. m. Paysan, homme grossier,--dans l'argot des bourgeois.
PÉTRIN, s. m. Embarras, position fausse; misère,--dans l'argot du peuple, qui _geint_ alors.
_Être dans le pétrin jusqu'au cou._ Être dans une misère extrême.
PÉTROUSQUIN, s. m. La partie du corps sur laquelle on tombe le plus souvent,--dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi _Petzouille_.
Privat d'Anglemont (_Paris-Anecdote_) donne à ce mot la signification de Bourgeois, public. Il s'est trompé.
PEUPLE, s. m. Public,--dans le même argot.
_Se foutre du peuple._ Insulter à l'opinion reçue, accréditée.
Un faubourien dit volontiers à un autre, lorsqu'il est molesté par lui ou lorsqu'il en reçoit une _blague_ un peu trop forte: _Est-ce que tu te fous du peuple_?
PEUPLE, s. et adj. Commun, vulgaire, trivial,--dans l'argot des bourgeoises, qui peut-être s'imaginent être sorties de la cuisse de Jupiter ou d'un Montmorency.
_Être peuple._ Dire ou faire des choses de mauvais goût.
PHARAMINEUX, adj. Etonnant, prodigieux, inouï,--dans l'argot du peuple.
PHARAON, s. m. Roi de n'importe quel pays,--dans l'argot gouailleur des gens de lettres.
PHARE, s. m. Lampe,--dans l'argot des typographes.
PHÉNOMÈNE, s. m. Parent qui vient pleurer sur une tombe, ou seulement la visiter,--dans l'argot cruel et philosophique des marbriers de cimetière.
PHILANTHROPE, s. m. Filou,--dans l'argot des voyous.
PHILIPPE, s. m. Pièce de cent sous en argent à l'effigie de Louis-Philippe, de Charles X ou de Napoléon,--dans l'argot des faubouriens, qui ont voulu avoir leurs _louis_ comme les gentilshommes.
PHILISTIN, s. m. Bourgeois,--dans l'argot des romantiques.
PHILISTIN, s. m. Vieil ouvrier abruti,--dans l'argot des tailleurs.
PHILOSOPHE, s. m. Misérable,--dans l'argot du peuple.
PHILOSOPHES, s. m. pl. Souliers d'occasion,--dans l'argot des ouvriers.
PHILOSOPHES DE NEUF-JOURS. Souliers percés.
PHILOSOPHIE, s. f. Misère.
PHRASEUR, s. m. Beau diseur de _phrases_, c'est-à-dire bavard,--dans l'argot du peuple.
PIAFFE, s. f. Orgueil, vantardise, _esbrouffe_.
PIAILLER, v. a. Crier.
PIAILLEUR, s. m. Homme qui aime à gronder, à crier après les gens.
On dit aussi _Piaillard_.
PIANE-PIANE, adv. Doucement, _piano-piano_,--dans l'argot des bourgeois.
PIANOTER, v. n. Toucher du piano, médiocrement ou non,--dans l'argot du peuple, ennemi de cet instrument de bourgeois.
PIANOTEUR, adj. et s. Amateur qui connaît le piano pour en avoir entendu parler et qui tape dessus comme s'il était sourd--et ses voisins aussi.
Au féminin _Pianoteuse_.
PIAU, s. f. Mensonge, histoire, _blague_,--dans l'argot des typographes.
PIAULE ou PIOLLE, s. f. La maison, le logis,--dans l'argot des voleurs, qui peut-être ont voulu faire allusion aux nombreux enfants qui y _piaillent_ comme autant de moineaux affamés.
_La piaule a l'air rupin._ L'appartement est bon à dévaliser.
PIAUSSER, v. n. Mentir, blaguer,--dans l'argot des typographes.
PIAUSSER (Se), v. réfl. Revêtir un vêtement nouveau, une nouvelle _peau_,--dans l'argot des voyous.
Quelques-uns, puristes du ruisseau, disent _Peausser_.
PIAUSSEUR, s. m. Menteur, blagueur.
PIAUTRE, s. m. Mauvais garnement,--dans l'argot du peuple.
_Envoyer au piautre._ Envoyer au diable.
Vieille expression se trouvant dans Rétif de la Bretonne.
PIC (A), adv. A point nommé, à propos, heureusement.
_Venir_ ou _Tomber à pic_. Arriver au moment le plus opportun.
PICAILLONS, s. m. pl. Pièces de monnaie,--dans l'argot des faubouriens.
PICHENET, s. m. Petit vin de barrière agréable,--dans l'argot des ouvriers.
PICHET, s. m. Litre de vin.
PICK-POCKET, s. m. Voleur,--dans l'argot des anglomanes et des gens de lettres.
PICORAGE, s. m. _Travail_ sur les grandes routes,--dans l'argot des voleurs.
PICOTIN, s. m. Déjeuner ou souper,--dans l'argot du peuple, qui travaille en effet comme un cheval.
Le slang anglais a le mot équivalent dans le même sens (_peck_).
_Gagner son picotin._ Travailler avec courage.
PICOURE, s. f. Haie,--dans l'argot des voleurs, qui, en leur qualité de vagabonds, ont eu de fréquentes occasions de constater que les oiseaux y viennent _picorer_.
_Déflotter la picoure._ Voler le linge qui flotte sur les haies.
_La picoure est fleurie._ Le linge sèche sur les haies.
On dit aussi _Picouse_.
PICTON, s. m. Vin bleu, suret--dans l'argot du peuple, qui se _pique_ la langue et le nez en en buvant, surtout comme il en boit. «Il en boit comme un _Poitevin_,» dirait un étymologiste en s'appuyant sur les habitudes d'ivrognerie qu'on prête aux _Pictones_.
PICTONNER, v. n. Boire ferme et longtemps.
On dit aussi _Picter_ et _Pictancer_.
PIÈCE, s. m. Lentille,--dans l'argot des voleurs.
Ils disent aussi _Entière_ et _Petit Monde_.
PIÈCE A TIROIRS, s. f. Drame à changements à vue, vaudeville à travestis. Argot des coulisses.
PIÈCE D'ARCHITECTURE, s. f. Discours en prose ou pièce de vers,--dans l'argot des francs-maçons.
PIÈCE DE BOEUF, s. f. Drame, comédie ou vaudeville où l'on a le plus de succès. Argot des coulisses.
On dit aussi _Rôle de bœuf_.
PIÈCE DE BOEUF, s. f. «Grand article de pathos sur les choses du moment qui ouvre les colonnes de Paris.» Argot des journalistes.
On dit aussi _Pièce de résistance_.
PIÈCE DE DIX SOUS, s. f. Le derrière du corps humain,--dans l'argot des troupiers.
On dit aussi _Double six_.
PIÈCE D'ÉTÉ, s. f. Vaudeville ou drame médiocre,--dans l'argot des comédiens, qui ne jouent leurs bonnes pièces que l'hiver.
PIÈCE D'ESTOMAC, s. f. Amant,--dans l'argot des filles.
L'expression a plus d'un siècle.
PIED BLEU, s. m. Conscrit,--dans l'argot des troupiers.
PIED DE BANC, s. m. Sergent,--dans le même argot.
PIED DE COCHON, s. m. Pistolet.
PIED DE NEZ, s. m. Polissonnerie des gamins de Paris, que connaissaient déjà les gamins de Pompéi.
_Faire des pieds de nez à quelqu'un._ Se moquer de lui.
_Avoir un pied de nez._ Ne pas trouver ce qu'on cherche; recevoir de la confusion d'une chose ou d'une personne.
PIED DE NEZ, s. m. Pièce d'un sou,--dans l'argot des voyous.
PIED-PLAT, s. m. Homme du peuple; goujat,--dans l'argot des bourgeois, qui s'imaginent peut-être avoir le fameux cou-de-pied à propos duquel lady Stanhope fit à Lamartine ces prophéties de grandeurs que devait réaliser en partie la révolution de Février.
PIEDS A DORMIR DEBOUT, s. m. pl. Pieds plats et spatulés,--dans l'argot du peuple.
PIEDS DE MOUCHE, s. m. pl. Notes d'un livre, ordinairement imprimés en caractères minuscules,--dans l'argot des typographes.
Et, à ce propos, qu'on me permette de rappeler le quiproquo dont les bibliophiles ont été victimes. On avait attribué à Jamet l'aîné, bibliographe, un livre en 6 vol. in-8º, intitulé: _Les Pieds de mouche, ou les Nouvelles Noces de Rabelais_ (V. _la France littéraire_ de 1769). Or, savez-vous, lecteur, ce que c'était que ces _nouvelles noces_ de maître Alcofribas Nasier? C'étaient les _notes_--en argot de typographes, _pieds de mouche_--qui se trouvent dans l'édition de Rabelais de 1732, en 6 vol. pet. in-8º. Faute d'impression au premier abord, et plus tard ânerie dont eût ri François Rabelais à ventre déboutonné.
PIEDS DE PHILOCTÈTE, s. m. pl. Pieds fâcheusement sudateurs,--dans l'argot des gens de lettres, qui font allusion à l'empoisonnement de l'île de Lemnos par l'exécuteur testamentaire d'Hercule.
_Avoir avalé le pied de Philoctète._ Avoir une haleine digne du pied du fils de Pœan.
PIE-GRIÈCHE, s. f. Femme criarde et querelleuse,--dans l'argot du peuple, qui a souvent le malheur de tomber, comme Trimalcion, sur une Fortunata _pica pulvinaris_.
PIERRE A AFFÛTER, s. f. Le pain,--dans l'argot des bouchers.
PIERRE A DÉCATIR, s. f. Farce des tailleurs à l'usage de tout nouveau. C'est leur _huile de cottrets_.
PIERRE BRUTE, s. f. Pain,--dans l'argot des francs-maçons.
Ils disent aussi _Manne_.
PIERRE DE TOUCHE, s. f. Confrontation,--dans l'argot des voleurs.
PIERREUSE, s. f. Fille ou femme qui, dit F. Béraud, même dans sa sphère de turpitudes, est tombée au plus bas degré de l'abjection. Son nom lui vient de ce qu'elle exerce dans les lieux déserts, derrière des monceaux de démolition, etc.
PIERROT, s. m. Vin blanc,--dans l'argot des faubouriens.
_Asphyxier le pierrot._ Boire un canon de vin blanc.
PIERROT, s. m. Collerette à larges plis, du genre de celle que Debureau a rendue classique.
PIERROT, s. m. Couche de savon appliquée à l'aide du blaireau sur la figure de quelqu'un,--dans l'argot des coiffeurs, qui emploient ce moyen pour débarbouiller un peu leurs _pratiques_ malpropres, auxquelles ils veulent éviter le masque de crasse que laisserait le passage du rasoir.
Le _pierrot_ n'est en usage que dans les faubourgs, où la propreté est une sainte que l'on ne fête pas souvent.
PIERROT! Terme de mépris, fréquemment employé par les ouvriers, et qui sert de prologue à beaucoup de rixes,--celui qui est traité de pierrot voulant prouver qu'il a la _pince_ d'un aigle.
Les femmes légères emploient aussi ce mot,--mais dans un sens diamétralement opposé au précédent.
PIEU, s. m. Lit, couchette,--dans l'argot des faubouriens.
_Aller au pieu._ Aller se coucher.
_Se coller dans le pieu._ Se coucher.
_Être en route pour le pieu._ S'endormir.
PIEUVRE, s. f. Petite dame, femme entretenue,--dans l'argot des gens de lettres, qui disent cela depuis l'apparition des _Travailleurs de la mer_, où V. Hugo décrit si magistralement le combat de Giliatt contre un poulpe monstrueux.
L'analogie est heureuse: jamais les drôlesses n'ont été plus énergiquement caractérisées.
PIEUVRISME, s. m. Métier de fille, corruption galante, commerce d'amour.
PIF, s. m. Nez, dans l'argot du peuple.
N'en déplaise à Francisque Michel qui veut faire ce mot compatriote de Barbey d'Aurevilly, je le crois très parisien. On disait autrefois _se piffer de vin_, ou seulement se piffer:
«On rit, on se piffe, on se gave!»
chante Vadé en ses _Porcherons_. Se piffer de vin, c'est s'empourprer le visage et spécialement le nez,--le _pif_ alors!
On dit aussi _Piton_.
PIFFARD, s. et adj. Homme d'un nez remarquable, soit par son volume, soit par sa couleur.
PIGE, s. f. Année,--dans l'argot des voleurs.
PIGE, s. f. Défi,--dans l'argot des écoliers.
_Faire la pige._ Se défier à jouer, à courir, etc.
PIGE, s. f. Le nombre de lignes que tout compositeur de journal doit faire dans une heure.
_Prendre sa pige._ Prendre la longueur d'une page, d'une colonne.
PIGEON, s. m. Homme qui se laisse volontiers duper par les hommes au jeu et par les femmes en amour.
_Avoir son pigeon._ Avoir _fait_ un amant,--dans l'argot des petites dames.
_Plumer un pigeon._ Voler ou ruiner un homme assez candide pour croire à l'honnêteté des hommes et à celle des femmes.
On dit aussi _Pigeonneau_.
Le mot est vieux,--comme le vice. Sarrazin (_Testament d'une fille d'amour mourante_, 1768), dit à propos des amants de son héroïne, Rose Belvue:
«.....De mes pigeonneaux Conduisant l'inexpérience, Je sus, dans le feu des désirs, Gagner par mes supercheries Montres, bijoux et pierreries, Monuments de leurs repentirs.»
PIGEON, s. m. Acompte sur une pièce à moitié faite,--dans l'argot des vaudevillistes.
PIGEONNER, v. a. Tromper.
PIGER, v. n. Mesurer,--dans l'argot des écoliers lorsqu'ils _débutent_.
On dit aussi _Faire la pige_.
PIGER, v. a. Prendre; appréhender au collet,--dans l'argot du peuple.
_Se faire piger._ Se faire arrêter, se faire battre.
Signifie aussi S'emparer de... _Piger une chaise. Piger un emploi._
PIGER, v. a. et n. Considérer, contempler, admirer.
_Piges-tu que c'est beau?_ C'est-à-dire: Vois-tu comme c'est beau?
PIGET, s. m. Château,--dans l'argot des voleurs.
PIGNOCHER, v. n. Manger avec dégoût, trier les morceaux qu'on a sur son assiette. Argot du peuple.
On disait autrefois _Epinocher_.
PIGNOCHER, v. a. Peindre ou dessiner avec un soin méticuleux,--dans l'argot des artistes, ennemis de l'art chinois.
PIGNOUF ou PIGNOUFLE, s. m. Paysan,--dans l'argot des voyous. Voyou,--dans l'argot des paysans de la banlieue de Paris. Apprenti,--dans l'argot des ouvriers cordonniers. Homme mal élevé,--dans l'argot de Breda-Street.
PIGOCHE, s. f. Morceau de cuivre, et ordinairement Écrou avec lequel les gamins font sauter un sou placé par terre, en le frappant sur les bords.
_Jouer à la pigoche._ Faire sauter un sou en l'air. C'est l'enfant qui le fait sauter le plus loin qui a gagné.
PILE, s. f. Correction méritée ou non,--dans l'argot des faubouriens.
PILE! Exclamation du même argot, lorsque quelque chose tombe et se casse.
PILER, v. a. Pousser plus ou moins brutalement,--plutôt plus que moins,--dans l'argot des gamins.
Signifie aussi Battre.
PILER DU POIVRE. Avoir des ampoules et marcher sur la pointe des pieds, par suite d'une très longue marche,--dans l'argot du peuple.
Se dit également des cavaliers ou amazones novices, par suite d'exercices équestres trop prolongés.
S'emploie aussi pour signifier Médire de quelqu'un en son absence, et S'ennuyer à attendre.
_Faire piler du poivre à quelqu'un._ Le jeter plusieurs fois par terre, en le maniant avec aussi peu de précaution qu'un pilon.
PILER LE POIVRE. Monter une faction,--dans l'argot des troupiers.
PILIER, s. m. Homme qui ne bouge pas plus d'un endroit que si on l'y avait planté. Argot du peuple.
_Pilier de cabaret._ Ivrogne.
_Pilier d'estaminet._ Culotteur de pipes.
_Pilier de Cour d'assises._ Qui a été souvent condamné.
PILIER DE BOUTANCHE, s. m. Commis,--dans l'argot des voleurs.
_Pilier de paclin._ Commis voyageur.
_Pilier du creux._ Patron, maître du logis.
PILONS, s. m. pl. Les doigts, et spécialement le pouce,--dans le même argot.
PILOTER, v. a. Conduire, guider,--dans l'argot du peuple.
PIMBÊCHE, s. f. Femme dédaigneuse,--dans l'argot des bourgeois.
PIMPELOTTER (Se). S'amuser, rigoler, _gobichonner_,--dans l'argot des faubouriens.
PIMPIONS, s. m. pl. Pièces de monnaie,--dans l'argot des voleurs.
PINÇANTS, s. m. pl. Ciseaux,--dans le même argot.
PINCEAU, s. m. Plume à écrire,--dans l'argot des francs-maçons.
PINCEAU, s. m. La main ou le pied,--dans l'argot des faubouriens, qui ont entendu parler du peintre Ducornet.
_Détacher un coup de pinceau._ Donner un soufflet.
PINCEAU, s. m. Balai,--dans l'argot des troupiers.
PINCE-CUL, s. m. Bastringue de la dernière catégorie. Argot du peuple.
PINCE-DUR, s. m. Adjudant,--dans l'argot des soldats, qui ont la mémoire des punitions subies.
PINCER, v. n. Être vif,--dans l'argot du peuple.
_Cela pince dur._ Il fait très froid.
PINCER, v. a. Voler, filouter,--dans l'argot des faubouriens.
PINCER, v. a. Prendre sur le fait, arrêter.
_Pincer au demi-cercle._ Arrêter quelqu'un, débiteur ou ennemi, que l'on guettait depuis longtemps.
PINCER, v. a. Exécuter.
_Pincer le cancan._ Le danser.
_Pincer de la guitare._ En jouer.
_Pincer la chansonnette._ Chanter.
PINCER DE LA GUITARE, v. n. Être prisonnier,--par allusion à l'habitude qu'ont les détenus d'étendre les mains sur les barreaux de leur prison ou sur le treillage en fer du parloir grillé.
On dit aussi _pincer de la harpe_.
PINCER UN COUP DE SIROP, v. a. Boire à s'en griser un peu,--dans l'argot des faubouriens.
PINCE-SANS-RIRE, s. m. Homme caustique, qui blesse les gens sans avoir l'air d'y toucher, ou qui dit les choses les plus bouffonnes sans se dérider.
On dit aussi _Monsieur Pince-sans-rire_.
PINCE-SANS-RIRE, s. m. Agent de police,--dans l'argot des voleurs.
PINCETTES, s. f. pl. Mouchettes,--dans l'argot des francs-maçons, qui disent aussi _Pinces_.
PINCETTES, s. f. pl. Les jambes,--surtout lorsqu'elles sont longues et maigres. Argot des faubouriens.
PINCHARD, E, adj. De mauvais goût, un peu canaille,--dans l'argot des gens de lettres.
Se dit surtout à propos de la Voix de certaines filles habituées à parler haut dans les soupers de garçons.
PINCHARD, s. m. Siège pliant,--dans l'argot des artistes.
PINGRE, s. et adj. Avare; homme qui pousse l'économie jusqu'au vice. Argot du peuple.
Signifie aussi Voleur.
PINGRERIE, s. f. Ladrerie.
PINTER, v. n. Boire abondamment.
PINXIT, s. m. Peintre,--dans l'argot des artistes, qui font ainsi allusion au verbe latin qu'ils ajoutent toujours à leur nom au bas de leurs toiles.
PIOCHE, s. f. Le no 7,--dans l'argot des joueurs de loto.
PIOCHE, s. f. Fourchette,--dans l'argot des francs-maçons.
PIOCHE, s. f. Travail, besogne quelconque,--dans l'argot des ouvriers. _Se mettre à la pioche._ Travailler.
PIOCHE, s. f. Etude, apprentissage de la science des mathématiques,--dans l'argot des Polytechniciens.
_Temps de pioche._ Les quinze jours qui précèdent les interrogations générales et pendant lesquels les élèves repassent soigneusement l'analyse, la géométrie et la mécanique.
PIOCHE (Être). Être bête comme une pioche,--dans l'argot du peuple.
PIOCHER, v. a. et n. Étudier avec ardeur, se préparer sérieusement à passer ses examens,--dans l'argot des étudiants.
_Piocher son examen._ Se préparer à le bien passer.
PIOCHER, v. n. Avoir recours au tas,--dans l'argot des joueurs de dominos, dont la main _fouille_ ce tas.
On dit aussi _Aller à la pioche_.
PIOCHER, v. a. Battre, donner des coups à quelqu'un,--dans l'argot des faubouriens.
_Se piocher._ Se battre.
PIOCHEUR, s. m. Etudiant qui se préoccupe plus de ses examens que de Bullier, et des cours de l'Ecole que des demoiselles des bastringues du quartier.
PION, s. m. Maître d'études,--dans l'argot des collégiens, qui le font _marcher_ raide, cet âge étant sans pitié.
PION (Être). Avoir bu, être ivre-_mort_,--dans l'argot des typographes.
PIONCE, s. f. Sommeil,--dans l'argot des faubouriens.
PIONCER, v. n. Dormir.
PIONCEUR, adj. et s. Homme qui aime à dormir.
PIOU, s. m. Soldat.
On dit plutôt _Pioupiou_.
PIPE, s. f. Tête, visage.
«Ils dis'nt en la voyant picter: Sa pipe enfin commence à s'culotter!»
dit une chanson qui court les rues.
PIPÉ, s. m. Château,--dans l'argot des voleurs.
PIPELET, s. m. Concierge,--dans l'argot du peuple, qui emploie cette expression, qui est une injure, depuis la publication des _Mystères de Paris_ d'Eugène Sue.
_Chapeau-Pipelet._ Chapeau de forme très évasée par le haut, comme en porte, dans le roman d'Eugène Sue, la victime de Cabrion.
PIPER, v. n. Fumer la pipe ou le cigare.
PIPI, s. m. Résultat du verbe _meiere_,--dans l'argot des enfants.
_Faire pipi._ Meiere.
PIPIT, s. m. L'alouette,--dans l'argot des paysans de la banlieue de Paris.
PIQUANTE, s. f. Epingle,--dans l'argot des voleurs.
PIQUE, s. f. Petite querelle d'amis, petite brouille d'amants,--dans l'argot des bourgeois.
PIQUÉ DES VERS (N'être pas). Être bien conservé, avoir de l'élégance, de la grâce,--dans l'argot du peuple, qui emploie cette expression à propos des gens et des choses.
On dit aussi _N'être pas piqué des hannetons_.
PIQUE-EN-TERRE, s. f. Volaille quelconque vivante,--dans l'argot des faubouriens.
PIQUELARD, s. m. Charcutier.
Le mot sort du _Théâtre italien_ de Ghérardi (_les Deux Arlequins_).
PIQUE-POUX, s. m. Tailleur,--dans l'argot des faubouriens, qui ont voulu faire une allusion au mouvement de l'aiguille sur l'étoffe.
On dit aussi _Pique-puces et Pique-prunes_. Pourquoi ne dit-on pas plutôt _Pique-Pouce_?
PIQUER, v. a. Faire quelque chose,--dans l'argot des Polytechniciens.
_Piquer l'étrangère._ S'occuper d'une chose étrangère à la conversation.
PIQUER EN VICTIME, v. n. Plonger dans l'eau, les bras contre le corps, au lieu de plonger les mains en avant au-dessus de la tête.
PIQUER LE NEZ (Se), v. réfl. Boire avec excès, à en devenir ivre,--dans l'argot du peuple.
PIQUER SA PLAQUE, v. a. Dormir,--dans l'argot des tailleurs.
Signifie aussi, par extension, Mourir.
PIQUER SON CHIEN. Dormir,--dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi, _Piquer un chien_.
D'où vient cette expression? S'il faut en croire M. J. Duflot, elle viendrait de l'argot des comédiens et sortirait de l'_Aveugle de Montmorency_, une pièce oubliée. Dans cette pièce, l'acteur qui jouait le rôle de l'aveugle, tenant à ne pas s'endormir, avait armé l'extrémité de son bâton d'une pointe de fer qui, par suite du mouvement d'appesantissement de sa main, en cas de sommeil, devait piquer son caniche placé entre ses jambes, et chaque fois que son chien grognait, c'est qu'il avait _piqué son chien_, c'est-à-dire qu'il s'était laissé aller au sommeil.
PIQUER UN CINABRE, v. n. Rougir subitement, du front aux oreilles et des oreilles aux mains. Argot des artistes.
PIQUER UN SOLEIL, v. n. Rougir subitement,--dans l'argot du peuple.
PIRONIEN, adj. et s. Homme enclin à la gaieté comme les Byroniens à la tristesse; disciple de _Lord Piron_, le poète gaillard. Argot des gens de lettres.
PIRONISME, s. m. La gaie science--où excellait Piron.
PIS, s. m. La gorge de la femme,--dans l'argot malséant du peuple:
«Les femmes, plus mortes que vives, De crainte de se voir captives, Et de quelque chose de pis De la main se battent le pis.»
dit Scarron dans son _Virgile travesti_.
PISSAT, s. m. Résultat du verbe _Meiere_.
PISSAT DE VACHE, s. m. Mauvaise bière.
PISSE-FROID, s. m. Homme lymphatique, tranquille qui ne se livre pas volontiers,--dans l'argot du peuple, ennemi des flegmatiques.
PISSER (Envoyer). Congédier brutalement un ennuyeux.
On dit aussi _Envoyer chier_.
PISSER A L'ANGLAISE, v. n. Disparaître sournoisement au moment décisif.
PISSER AU CUL DE QUELQU'UN, v. a. Le mépriser.--dans l'argot des voyous.
PISSER CONTRE LE SOLEIL, v. n. Faire des efforts inutiles, se tourmenter vainement.
On connaît l'enfance de Gargantua, lequel «mangeoit sa fouace sans pain, crachoit au bassin, petoit de gresse, pissoit contre le soleil,» etc.
PISSER DES LAMES DE RASOIR EN TRAVERS (Faire). Ennuyer extrêmement quelqu'un,--dans l'argot des faubouriens, qui n'ont pas d'expression plus énergique pour rendre l'agacement que leur causent certaines importunités.
On dit aussi _Faire chier des baïonnettes_.
PISSER DES OS, v. a. Accoucher,--dans l'argot du peuple. On dit aussi d'une femme qui met au monde un enfant qu'_Elle pisse sa côtelette_.
PISSE-TROIS-GOUTTES, s. m. Homme qui s'arrête à tous les rambuteaux.
On dit parfois: _Pisse-trois-gouttes dans quatre pots de chambre_, pour désigner un homme qui produit moins de besogne qu'on ne doit raisonnablement en attendre de lui.
PISSEUSE, s. f. Petite fille.
PISSOTE, s. f. Endroit où l'on conjugue le verbe _Meiere_.
Le petit café situé vis-à-vis le théâtre du Palais-Royal n'est pas désigné autrement par les artistes.
PISSOTER, v. n. Avoir une incontinence d'urine.
PISTOLE, s. f. Cellule à part,--dans l'argot des prisons, où l'on n'obtient cette faveur que moyennant argent.
_Être à la pistole._ Avoir une chambre à part.
PISTOLET, s. m. Homme qui ne fait rien comme personne.
On dit aussi _Drôle de pistolet_.
PISTOLET, s. m. Demi-bouteille de champagne.
PISTON, s. m. Interne ou externe qu'affectionne, que protège le médecin en chef d'un hôpital. Argot des étudiants en médecine.
PISTON, s. m. Préparateur du cours de physique,--dans l'argot des lycéens.
PISTON, adj. et s. Remuant, tracassier, ennuyeux,--dans l'argot des aspirants de marine.
PISTONNER, v. a. et n. Diriger, protéger, aider.
PISTONNER, v. a. Ennuyer, tracasser, tourmenter.
PITANCHER, v. n. Boire,--dans l'argot du peuple, qui dit cela depuis longtemps, comme le prouvent ces vers de Vadé:
«Le beau sexe lave sa gueule Et pitanche tout aussi sec Que si c'étoit du Rometsec.»
On dit aussi _Pictancer_.
PITON, s. m. Nez d'un fort volume et coloré par l'ivrognerie. Argot des faubouriens.
PITRE, s. m. Paillasse de saltimbanque; bouffon de place publique.
Par extension on donne ce nom à tout Farceur de société, à tout homme qui amuse les autres--sans être payé pour cela.
PITRE DU COMME, s. m. Commis voyageur,--dans l'argot des voleurs.
Quant ils veulent être plus clairs, ils disent: _Pitre du commerce_.
PITROU, s. m. Pistolet, fusil,--dans le même argot.
PITUITER, v. d. Médire, faire des indiscrétions, _bavarder_. Argot des faubouriens.
PIVERT, s. m. Scie faite d'un ressort de montre,--dans l'argot des voleurs.
PIVOINER, v. n. Rougir,--dans l'argot du peuple.
PIVOIS ou PIVE, s. m. Vin,--dans l'argot des voleurs, qui l'appellent ainsi peut-être parce qu'il est rouge comme une _pivoine_, ou parce qu'il est _poivré_ comme l'eau-de-vie qu'ils boivent dans leurs cabarets infects. En tout cas, avant de leur appartenir, ce mot a appartenu au peuple, qui le réclamera un de ces jours.
_Pivois maquillé._ Vin frelaté.
_Pivois de Blanchimont._ Vin blanc.
On dit aussi _Pivois savonné_.
_Pivois citron._ Vinaigre.
PIVOT, s. m. Plume,--dans le même argot.
PLACARDE, s. f. La place où se font les exécutions,--dans le même argot.
Avant 1830, c'était la place de Grève; sous Louis-Philippe, ç'a été la barrière Saint-Jacques; depuis une douzaine d'années, c'est devant la prison de la Roquette.
On dit aussi _Placarde au quart d'œil_.
PLACE, s. f. Chambre meublée ou non,--dans l'argot des ouvriers qui ont été travailler en Belgique.
A Bruxelles, en effet, une chambre seule est une _place_; deux chambres sont un _quartier_. (V. ce mot.)
PLACIER, s. m. Homme qui fait la place de Paris; courtier en marchandises. Argot des marchands.
PLAFOND, s. m. Crâne, cerveau,--dans l'argot des faubouriens.
_Se crever le plafond._ Se brûler la cervelle.
PLAMOUSSE, s. f. Soufflet,--dans l'argot du peuple, qui a dit jadis _Mouse_ pour Visage.
PLAN, s. m. Le Mont-de-Piété,--dans l'argot des faubouriens.
_Être en plan._ Rester comme otage chez un restaurateur, pendant qu'un ami est à la recherche de l'argent nécessaire à l'acquit de la note.
_Laisser en plan._ Abandonner, quitter brusquement quelqu'un, l'oublier, après lui avoir promis de revenir.
_Laisser tout en plan._ Interrompre toutes ses occupations pour s'occuper d'autre chose.
PLAN, s. m. Prison,--dans l'argot des voleurs.
_Être au plan._ Être en prison.
_Tomber au plan._ Se faire arrêter.
«Quoi tu voudrais que je grinchisse Sans traquer de tomber au plan?»
dit une chanson publiée par le _National_ de 1835.
PLAN, s. m. Arrêts,--dans l'argot des soldats.
_Être au plan._ Être consigné.
PLAN, s. m. Moyen, imagination, _ficelle_,--dans l'argot des faubouriens.
_Tirer un plan._ Imaginer quelque chose pour sortir d'embarras.
_Il n'y a pas plan._ Il n'y a pas moyen de faire telle chose.
PLANCHE (Faire sa). Témoigner du dédain, _faire sa Sophie_,--dans l'argot des faubouriens.
_Sans planche._ Avec franchise, rondement.
PLANCHE A TRACER, s. f. Table,--dans l'argot des francs-maçons.
Ils disent aussi _Plate-forme_ et _Atelier_.
PLANCHE A TRACER, s. f. Feuille de papier blanc,--dans le même argot.
Signifie aussi Lettre, missive quelconque.
PLANCHE AU PAIN, s. f. Le banc des accusés,--dans l'argot des prisons.
_Être mis sur la planche au pain._ Passer en Cour d'assises.
PLANCHÉ (Être). Être condamné,--dans l'argot des voleurs.
PLANCHER, v. n. Se moquer, rire,--dans l'argot des voleurs et des faubouriens.
On dit aussi _Flancher_.
PLANCHER DES VACHES, s. m. La terre,--dans l'argot du peuple, à qui Rabelais a emprunté cette expression pour la mettre sur les lèvres de ce poltron de Panurge.
PLANCHES, s. f. La scène, le théâtre en général,--dans l'argot des acteurs.
_Balayer les planches._ Jouer dans un lever de rideau; commencer le spectacle.
_Brûler les planches._ Cabotiner. Signifie aussi Débiter son rôle avec un entrain excessif.
PLANCHES, s. f. L'établi,--dans l'argot des tailleurs.
_Avoir fait les planches._ Avoir été ouvrier avant d'avoir été patron.
PLANÇONNER, v. a. Bredouiller,--dans l'argot des coulisses, où l'on a conservé le souvenir du brave Plançon, acteur de la Gaîté.
PLANQUÉ, s. f. Cachette,--dans l'argot des voleurs.
_Être en planque._ Être prisonnier.
Signifie aussi Être en observation.
PLANQUER, v. a. Cacher.
Signifie aussi Emprisonner.
PLANQUER, v. a. et n. Mettre quelque chose de côté,--dans l'argot des typographes.
PLANQUER, v. a. et n. Engager quelque chose au Mont-de-Piété, mettre au _plan_. Argot des faubouriens.
PLANTER LÀ QUELQU'UN, v. a. Le quitter brusquement, soit parce qu'il vous ennuie, soit parce qu'on est pressé.
C'est l'ancienne expression: _Planter là quelqu'un pour reverdir_, mais écourtée et plus elliptique.
PLANTER LE HARPON, v. a. Lancer une idée, avancer une proposition,--dans l'argot des marins.
PLANTER SON POIREAU, v. a. Attendre quelqu'un qui ne vient pas,--dans l'argot des faubouriens.
PLAQUER, v. a. et n. Abandonner, laisser là.
PLAT D'ÉPINARDS, s. m. Paysage peint,--dans l'argot du peuple et des bourgeois, dédaigneux des choses d'art presque au même degré.
Ils devraient varier leurs épigrammes. Je vais leur en indiquer une, que j'ai entendu sortir de la bouche d'un enfant que l'on interrogeait devant un Corot: «Ça, dit-il, c'est de la salade!»
PLATEAU, s. m. Plat,--dans l'argot des francs-maçons.
PLATÉE, s. f. Grande quantité de choses ou de gens,--dans l'argot du peuple, par corruption de _Plenté_, vieille expression qu'on trouve dans le roman d'_Aucassin_:
»Se je vois u gaut ramé. Jà me mengeront li lé, Li lion et sengler Dont il i a _plenté_.» (beaucoup.)
PLATÉE, PLATELÉE, s. f. La quantité de mets contenue dans un _plat_.
PLATINE, s. f. Faconde, éloquence gasconne,--dans le même argot.
_Avoir une fière platine._ Parler longtemps; mentir avec assurance.
PLÂTRE, s. m. Argent monnayé,--dans l'argot des voleurs.
PLATUE, s. f. Galette,--dans le même argot.
PLEIN (Être). Être ivre--à ne plus pouvoir avaler une goutte, sous peine de répandre tout ce qu'on a précédemment ingéré. Argot du peuple.
On dit aussi explétivement _Plein comme un œuf_ et _Plein comme un boudin_.
PLEIN DE SOUPE, s. m. Homme dont le visage annonce la santé.
On dit aussi _Gros plein de soupe_.
PLEINE LUNE, s. f. Un des nombreux pseudonymes de messire Luc.
On dit aussi _Demi-lune_.
PLEURANT, s. m. Ognon,--dans l'argot des voleurs.
PLEURER EN FILOU. Hypocritement, sans larmes,--dans l'argot du peuple.
PLEURNICHER, v. a. Pleurer mal à propos ou sans sincérité.
PLEURNICHERIE, s. f. Plainte hypocrite, larmes de crocodile.
PLEURNICHEUR, s. et adj. Homme qui pleure mal, qui joue la douleur.
_Pleurnicheuse._ Femme qui tire son mouchoir à propos de rien.
PLEUTRE, s. m. Pauvre sire, homme méprisable.
S'emploie aussi adjectivement dans le même sens.
PLEUVOIR A VERSE. Aller mal, très mal,--en parlant des choses ou des gens. Argot des faubouriens.
S'emploie surtout à la troisième personne de l'indicatif présent: _Il pleut à verse_.
PLEUVOIR COMME DU CHIEN, v. n. A verse.
Les Anglais ont à peu près la même expression: _To rain cats and dogs_ (Pleuvoir des chiens et des chats), disent-ils. C'est l'équivalent de: _Il tombe des hallebardes_.
PLEUVOIR DES CHASSES, v. n. Pleurer. Argot des faubouriens et des voleurs.
PLIER SES CHEMISES, v. n. Mourir,--dans l'argot du peuple.
PLIS (Des)! Exclamation faubourienne de la même famille que _Des navets! du flan!_
PLOMB, s. m. Gorge, gosier,--dans l'argot des faubouriens.
L'expression est juste, surtout prise ironiquement, le _plomb_ (pour Cuvette en plomb) étant habitué, comme la gorge, à recevoir des liquides de toutes sortes, et la gorge, comme le plomb, s'habituant parfois à renvoyer de mauvaises odeurs.
_Jeter dans le plomb._ Avaler.
PLOMB, s. m. Hydrogène sulfuré qui se dégage des fosses d'aisances,--dans l'argot du peuple.
PLOMB, s. m. Sagette empoisonnée décochée par le «divin archerot.»
PLOMBE, s. f. Heure,--dans l'argot des voleurs.
_Mèche._ Demi-heure.
_Méchillon._ Quart d'heure.
PLOMBER, v. n. Exhaler une insupportable odeur,--dans l'argot des faubouriens, qui se souviennent des _plombs_ du vieux Paris, plus funestes que ceux de Venise.
_Plomber de la gargoine._ Fetidum halitum emittere.
PLOMBER, v. n. Donner à quelqu'un des raisons de se plaindre du «divin archerot».
PLOMBER, v. n. Être lourd, pesant--comme du plomb.
PLONGEUR, adj. et s. Homme misérable, déguenillé,--dans l'argot des voleurs. Celui qui lave la vaisselle,--dans l'argot des cuisiniers.
PLOYANT, s. m. Portefeuille,--dans l'argot des voleurs.
PLUME, s. f. _Monseigneur_,--dans le même argot.
PLUME DE BEAUCE, s. f. La paille,--dans le même argot.
PLUMER UN HOMME, v. a. Le dépouiller au jeu de l'amour ou du hasard.
PLUMET, s. m. Ivresse,--dans l'argot des ouvriers.
_Avoir son plumet._ Être gris.
On dit aussi _Avoir son panache_.
PLUS-FINE, s. f. Le _stercus_ humain séché et pulvérisé.
L'expression est vieille--comme toutes les plaisanteries fécales.
«Et dit-on que de la plus fine Son brun visage fut lavé?...»
(_Cabinet satyrique._)
PLUS SOUVENT! Jamais! Terme de dénégation et de refus. Argot du peuple.
PLUS SOUVENT, s. m. Sacrifice au Dieu Crépitus.
POCHARD, s. m. Homme qui a l'habitude de s'enivrer.
Malgré tout mon respect pour l'autorité de la parole de mes devanciers et mon admiration pour leur ingéniosité, à propos de ce mot encore, je suis forcé de les prendre à partie et de leur chercher une querelle--non d'Allemand, mais de Français. L'un, fidèle à son habitude de sortir de Paris pour trouver l'acte de naissance d'une expression toute parisienne, prend le coche et s'en va en Normandie tout le long de la Seine, où il pêche un _poisson_ dans les entrailles duquel il trouve, non pas un anneau d'or, mais l'origine du mot _pochard_: des frais de voyage et d'érudition bien mal employés! L'autre, qui _brûle_ davantage, veut qu'un pochard soit un homme «qui en a plein son sac ou sa _poche_». Si cette étymologie n'est pas la bonne, elle a au moins le mérite de n'être pas tirée par les cheveux. Mais, jusqu'à preuve du contraire, je croirai que l'ivrogne ayant l'habitude de se battre, de se _pocher_, on a dû donner tout naturellement le nom de _pochards_ aux ivrognes.
POCHARDER (Se), v. réfl. S'ivrogner, vivre crapuleusement.
POCHARDERIE, s. f. Ivrognerie.
POCHE, s. f. Ivrognesse,--dans l'argot des faubouriens, qui de _cochon_ a déjà fait _coche_.
On dit aussi _Poche_, au masculin, à propos d'un ivrogne.
POCHE-OEIL, s. m. Coup de poing appliqué sur l'œil,--dans l'argot au peuple.
On dit aussi _Pochon_.
POCHER, v. a. Meurtrir, donner des coups.
_Se pocher._ Se battre, surtout à la suite d'une débauche de vin.
POÊLE A CHATAIGNES, s. f. Visage marqué de petite vérole,--par allusion aux trous de la poêle dans laquelle on fait rôtir les marrons.
POÉTRIAU, s. m. Mauvais poète, rapin du Parnasse.
Le mot est d'H. de Balzac, à qui il répugnait sans doute de dire _poétereau_,--comme tout le monde.
POGNE, s. f. Apocope de _Poignet_,--dans l'argot du peuple.
_Avoir de la poigne._ Être très fort--et même un peu brutal.
POGNE-MAIN (A), ad. Lourdement, brutalement, à la main pleine.
POGNON, s. m. Argent, monnaie qu'on remue à _poignée_,--dans l'argot des faubouriens.
POIGNARD, s. m. Retouche à un vêtement terminé,--dans l'argot des tailleurs et des couturières.
POIGNARDER LE CIEL, v. a. Se dit--dans l'argot du peuple--de tout ce qui se redresse: cheveux, nez, col, pointe de cravate, etc., etc.
POIL, s. m. Paresse, envie de flâner,--dans le même argot.
_Avoir un poil dans la main_, ou tout simplement _le poil_. N'avoir pas envie de travailler.
Nos pères disaient d'un homme fainéant: «Il est né avec un poil dans la main, et on a oublié de le lui couper.»
POIL, s. m. Réprimande, objurgation,--dans l'argot des ouvriers _paresseux_.
POIL, s. m. Courage,--dans l'argot du peuple, qui, sans croire, comme les Anciens, aux gens qui naissent avec des poils sur le cœur (V. Pline, _Histoire naturelle_), a raison de supposer que les gens velus de corps sont plus portés à l'énergie que ceux a corps glabre. D'où les deux expressions: _Avoir du poil_, c'est-à-dire du courage, et _Être à poils_, c'est-à-dire résolu.
POIL (Faire le). Surpasser, faire mieux ou plus vite,--dans le même argot.
Signifie aussi: Jouer un tour. Supplanter.
Autrefois on disait _Faire la barbe_.
POILS (Être à). Être nu.
_Monter à poils._ Monter un cheval sans selle.
POINT, s. m. Pièce d'un franc,--dans l'argot des marchands d'habits.
POINT DE CÔTÉ, s. m. Tiers gêneur,--celui qui, par exemple, vous empêche, par sa présence, de _lever_ une femme ou de l'emmener après l'avoir levée.
Signifie aussi Créancier.
POINT DE JUDAS, s. m. Le nombre _treize_,--dans l'argot du peuple.
POINTE, s. f. Demi-ivresse,--dans l'argot des faubouriens.
_Avoir sa pointe._ Être gris.
_Avoir une petite pointe._ Avoir bu un verre de trop.
POINT GAMMA. Epoque des examens de fin d'année,--dans l'argot des Polytechniciens, pour qui c'est le temps de l'_équinoxe_ c'est-à-dire celui où le travail de nuit est égal à celui du jour.
POINT M, s. m. Expression en usage à l'Ecole polytechnique, et qui sert à indiquer la limite dans laquelle on accepte, soit des faits, soit des idées. Ainsi, quand un élève demande à un autre: «Aimes-tu la tragédie?--Euh! répond l'autre, je l'aime jusqu'au _point M_.»
POINT Q, s. m. Le derrière humain,--dans l'argot des Polytechniciens.
POINTU, s. et adj. Homme qui ne plaisante pas volontiers, désagréable à vivre,--dans l'argot du peuple.
POINTU, s. m. Evêque,--dans l'argot des voyous.
POINTU, s. m. Clystère,--dans l'argot des bourgeois.
POIQUE, s. m. Auteur, faiseur de pièces ou de romans. Argot des voleurs.
POISON, s. f. Femme désagréable, ou de mauvaises mœurs,--dans l'argot du peuple, qui trouve cette _polio_ amère à boire et dure à avaler.
POISSARDE, s. f. Femme grossière,--dans l'argot des bourgeoises, qui n'aiment pas les gens «un peu trop forts en gueule».
POISSE, s. m. Voleur,--dans l'argot des voyous.
POISSER, v. a. Voler.
_Poisser des philippes._ Dérober des pièces de cinq francs.
POISSER (Se), v. réfl. S'enivrer,--dans l'argot des faubouriens.
POISSON, s. m. Grand verre d'eau-de-vie, la moitié d'un demi-setier,--dans l'argot du peuple.
Vieux mot certainement dérivé de _pochon_, petit pot, dont on a fait peu à peu _poichon_, _posson_, puis _poisson_.
POISSON, s. m. Entremetteur, souteneur, _maquereau_.
POISSON D'AVRIL, s. m. Mauvaise farce, attrape presque toujours de mauvais goût, comme il est encore de tradition d'en faire, chez le peuple le plus spirituel de la terre, le 1er avril de chaque année,--sans doute en commémoration de la PASSION de Jésus-Christ.
POISSON FRAYEUR, s. m. Souteneur de filles,--dans l'argot des marbriers de cimetière, qui ont observé que ces sortes de gens _frayaient_ volontiers, eux pas fiers!
POITOU, adj. Point, non, nullement,--dans l'argot des voleurs.
POITOU, s. m. Le public,--dans le même argot.
POITRINAIRE, adj. Femme qui a beaucoup de gorge. Argot du peuple.
POIVRE, s. m. Poisson de mer, parce que _salé_,--dans le même argot, parfois facétieux.
POIVRE, adj. Complètement ivre,--dans l'argot des faubouriens, habitués à boire des vins frelatés et des eaux-de-vie _poivrées_.
_Être poivre._ Être abominablement gris.
POIVRE ET SEL (Être). Avoir les cheveux moitié blancs et moitié bruns,--dans l'argot du peuple.
Se dit aussi de la barbe.
POIVREMENT, s. m. Payement, compte,--dans l'argot des voleurs.
POIVRER, v. a. Payer.
POIVRER, v. a. Charger une note, une addition,--dans l'argot des consommateurs.
_C'est poivré!_ C'est cher.
On dit de même: _C'est salé_.
POIVRER QUELQU'UN, v. a. Lui faire regretter amèrement la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb et l'expédition de Naples par Charles VIII. Argot du peuple.
POIVREUR, s. m. Payeur,--dans l'argot des voleurs.
POIVRIER, s. m. Ivrogne,--dans le même argot.
C'est aussi le nom qu'on donne aux voleurs qui dévalisent les ivrognes.
POIVRIÈRE, s. f. Fille ou femme galante punie par où elle a péché et exposée à punir d'autres personnes par la même occasion. Argot du peuple.
«Va, poivrière de Saint-Côme, Je me fiche de ton Jérôme.»
dit un poème de Vadé.
POIVROT, s. m. Ivrogne,--dans l'argot des faubouriens.
POLICHINELLE, s. m. Homme amusant, excentrique,--dans l'argot des bourgeois.
POLICHINELLE, s. m. Enfant,--dans l'argot des faubouriens et des petites dames.
_Avoir un polichinelle dans le tiroir._ Être enceinte.
POLICHINELLE, s. m. L'hostie,--dans l'argot des voyous.
_Avaler le polichinelle._ Communier; recevoir l'extrême-onction.
POLICHINELLE, s. m. Grand verre d'eau-de-vie,--dans l'argot des chiffonniers, qui aiment à _se payer une bosse_.
_Agacer un polichinelle sur le zinc._ Boire un verre d'eau-de-vie sur le comptoir du cabaretier.
POLI COMME UNE PORTE DE PRISON, adj. Brutal,--dans l'argot ironique du peuple, qui sait avec quel sans-façon les guichetiers vous rejettent la porte au nez.
POLISSON, s. m. Gamin.
POLISSON, s. m. Impertinent,--dans l'argot des bourgeois.
POLISSON, s. m. Libertin,--dans l'argot des bourgeoises.
POLISSON, s. m. Amas de jupons pour avantager les hanches.
Le mot est de madame de Genlis.
Aujourd'hui on dit mieux _Tournure_.
POLISSONNER, v. n. Faire le libertin,--dans l'argot des bourgeois.
POLITESSE, s. f. Offre d'un verre de vin sur le comptoir,--dans l'argot du peuple qui entend la civilité à sa manière.
_Une politesse en vaut une autre._ Un canon doit succéder à un autre canon.
POLKA, s. m. Petit jeune homme qui suit trop religieusement les modes, parce qu'en 1843-44, époque de l'apparition de cette gigue anglaise croisée de valse allemande, il était de bon goût de s'habiller à la polka, de chanter à la polka, de marcher à la polka, de dormir à la polka, etc. A Paris, les ridicules poussent comme sur leur sol naturel: ils ont pour fumier la bêtise.
POLKA, s. m. Photographie à deux personnages dans un costume non autorisé par la Morale. Argot des modèles.
POLKA (A la). Très bien, à la mode du jour.
POLKA, s. f. Correction, _danse_,--dans l'argot des faubouriens.
_Faire danser la polka à quelqu'un._ Le battre.
POLONAIS, s. m. Ivrogne, dans l'argot du peuple.
L'expression, quoique injurieuse pour une nation héroïque, mérite d'être conservée, d'abord parce qu'elle est passée dans le sang de la langue parisienne, qui s'en guérira difficilement; ensuite parce qu'elle est, à ce qu'il me semble, une date, une indication historique et topographique. Ne sort-elle pas, en effet, de l'ancienne rue d'Errancis,--depuis rue du Rocher,--au haut de laquelle était le fameux cabaret-guinguette dit de _la Petite-Pologne_, et ce cabaret n'avait-il pas été fondé vers l'époque du démembrement de la Pologne?
POLONAIS, s. m. Epouvantail dont on menace les perturbateurs dans les maisons suspectes, mais _tolérées_. Quand la dame du lieu, à bout de prières, parle de _faire descendre le Polonais_, le tapage s'apaise comme par enchantement. «Et le plus souvent, dit l'auteur anonyme moderne auquel j'emprunte cette expression, le _Polonais_ n'est autre qu'un pauvre diable sans feu ni lieu, recueilli par charité et logé dans les combles de la maison.»
POLYTECHNICIEN, s. m. Elève de l'Ecole polytechnique,--dans l'argot des bourgeois.
POLYTECHNIQUE, s. m. _Polytechnicien_,--dans l'argot du peuple.
POMAQUER, v. a. Perdre,--dans l'argot des voleurs.
_Être pomaqué._ Être arrêté.
POMMADER, v. a. Battre quelqu'un,--dans l'argot des faubouriens, qui _peignent_ ainsi les gens.
POMMADER, v. a. Amadouer, peloter.
POMMADER (Se). Se saoûler.
POMMADIN, s. m. Coiffeur. Signifie aussi ivrogne.
POMMADIN, s. m. Gandin, imbécile musqué,--dans l'argot du peuple.
L'expression a été employée pour la première fois en littérature par M. Fortuné Calmels.
POMME, s. f. Tête,--dans l'argot des faubouriens.
_Pomme de canne._ Figure grotesque, physionomie bouffonne.
POMMÉ, - ÉE. Excessif, exorbitant, remarquable.
_Bêtise pommée._ Grande ou grosse bêtise.
_C'est pommé!_ C'est réussi à souhait.
L'expression ne date pas d'aujourd'hui, puisque je trouve dans _le Tempérament_ (1755):
«Admirez le pouvoir de ce Dieu fou pommé: Je l'adore et je meurs si je ne suis aimé.»
POMME-A-VERS, s. m. Fromage de Hollande,--dans l'argot des voleurs.
POMME D'ADAM, s. f. Le cartilage thyroïde,--que le peuple regarde comme la marque de la pomme que le premier homme mangea dans le Paradis à l'instigation de la première femme, et dont un ou deux quartiers lui restèrent dans la gorge.
POMMELER (Se), v. réfl. Grisonner.
POMMES (Aux)! Exclamation de l'argot des faubouriens, qui l'emploient comme superlatif de Bien, de Bon et de Beau.
On dit aussi _Bath aux pommes!_ pour renchérir encore sur l'excellence d'une chose.
Cette expression est l'aïeule des _petits ognons_ et autres _petits oiseaux_ en circulation à Paris.
POMMIER, s. m. La gorge.
_Pommiers en fleurs._ Seins de jeune fille.
_Pommier stérile._ Poitrine maigre et plate.
C'est aux poètes poudrés du XVIIIe siècle que nous devons cette expression faubourienne. Ils ont comparé les seins à des pommes, rappelant à ce propos, en les interprétant à leur façon, le Jugement de Pâris sur le mont Ida et la séduction d'Adam par Eve dans le Paradis terrestre. Il était tout naturel que les pommes ainsi semées par eux produisissent un pommier. OEuf implique forcément l'idée de poule.
POMPADOUR, adj. Suranné, _rococo_,--dans l'argot des gens de lettres.
Dans l'argot des artistes, c'est le synonyme de Prétentieux.
POMPADOUR, adj. Du dernier galant,--dans l'argot des bourgeois.
POMPAGE, s. m. Action de boire, c'est-à-dire de se griser,--dans l'argot du peuple.
POMPE, s. f. Retouche,--dans l'argot des tailleurs.
_Petite pompe._ Retouche des pantalons et des gilets.
_Grande pompe._ Retouche des habits et des redingotes.
POMPER, v. a. et n. Boire continuellement,--dans l'argot du peuple.
C'est le _to guzzle_ anglais.
POMPER. Travailler dur,--dans l'argot des typographes.
POMPER LE GAZ, v. a. Être le jouet d'une mystification,--dans l'argot des calicots, qui se plaisent à faire monter tout nouveau sur le comptoir et à lui faire manœuvrer des deux mains un mètre à coulisse, la prétendue pompe à gaz.
POMPETTE, adj. Gris,--dans l'argot du peuple.
L'expression a des chevrons, car on la trouve dans la première édition du Grand Dictionnaire de Pierre Richelet.
POMPIER, s. m. Ivrogne,--dans l'argot des faubouriens.
POMPIER, s. m. Mouchoir,--dans l'argot des voyous.
POMPIER, s. m. Scie chantée à certaines fêtes de l'Ecole polytechnique.
_Pompier d'honneur._ Scie musicale, spécialement chantée le jour des élections du bureau de bienfaisance de l'Ecole, au commencement du mois de mai.
POMPIER, s. m. Ouvrier chargé de faire les _poignards_,--dans l'argot des tailleurs.
_Pompière._ Ouvrière qui a la même spécialité pour les petites pièces.
POMPON, s. m. Tête,--dans l'argot des faubouriens.
_Dévisser le pompon à quelqu'un._ Lui casser la tête d'un coup de poing ou d'un coup de pied.
C'est la même expression que _Dévisser le trognon_.
POMPON, s. m. Supériorité, mérite, primauté.
_A moi le pompon!_ A moi la gloire d'avoir fait ce que les autres n'ont pu faire.
_Avoir le pompon de la fidélité._ Être le modèle des maris ou des femmes.
POMPONNER (Se), v. réfl. S'attifer, s'endimancher.
PONANT, s. m. Un des nombreux pseudonymes de messire Luc,--dans l'argot du peuple.
Ce sont les marins qui ont imaginé le vent du ponant, _poner_ signifiant _vesser_ dans le vieux langage. «La vieille ponoit,» dit Rabelais.
PONANTE, s. f. Fille publique,--dans l'argot des voleurs.
PONCIF, s. m. «Formule de style, de sentiment, d'idée ou d'image, qui, fanée par l'abus, court les rues avec un faux air hardi et coquet.»
L'expression, ainsi définie par Xavier Aubryet, est de l'argot des peintres et des gens de lettres.
_Faire poncif._ Travailler, peindre, écrire sans originalité.
PONDEUSE, adj. et s. Femme féconde,--dans l'argot du peuple.
PONDRE SUR SES OEUFS, v. n. S'enrichir encore, quand on est déjà suffisamment riche.
PONDRE UN OEUF, v. a. Déposer discrètement, le long d'un mur ou d'une haie, le _stercus_ humain,--dans l'argot du peuple, ami de toutes les plaisanteries qui roulent sur les environs du périnée.
On connaît cette anecdote: Une bonne femme était accroupie, gravement occupée à remplir le plus impérieux de tous les devoirs, car _omnes cacant, etiam reges_; passe le curé, elle le reconnaît, et, confuse, veut se relever pour lui faire sa révérence; mais le saint homme, l'en empêchant de la voix et de la main, lui dit en souriant: «Restez, ma mie, j'aime mieux voir la poule que l'œuf.»
PONIFLE, s. f. Fille publique,--dans l'argot des voleurs.
Ils disent aussi _Magnuce_ et _Ponisse_.
PONIFLE, s. f. Femme,--dans l'argot des voyous.
PONIFLER, v. a. Aimer.
PONSARDISER, v. a. Ennuyer les gens,--dans l'argot des gens de lettres, qui ont gardé rancune à l'auteur de _Lucrèce_ et _d'Agnès de Méranie_.
PONT, s. m. Congé que s'accorde l'employé pour joindre deux autres congés qui lui ont été accordés par ses chefs ou par le calendrier.
_Faire le pont._ Ne pas venir au bureau le samedi ou le lundi, lorsqu'il y a fête ou congé le vendredi ou le mardi.
PONT D'AVIGNON, s. m. Fille publique,--dans l'argot des gens de lettres.
PONTER, v. n. Payer,--dans l'argot des bohèmes.
PONTES POUR L'AF, s. f. pl. «Galerie des étouffoirs, fripons réunis,»--dit Vidocq.
PONTEUR, s. m. Entreteneur, _miché_.
PONTIFE, s. m. Patron, maître,--dans l'argot des cordonniers.
PONTONNIÈRE, s. f. Fille de mauvaises mœurs qui exerce sous les _ponts_.
POPOTE, s. f. Cuisine,--dans l'argot des troupiers, qui ont trouvé là une onomatopée heureuse: le clapotement du bouillon dans le pot-au-feu, des sauces dans les casseroles, etc.
Signifie aussi Table d'hôte.
POPOTE, adj. Médiocre,--dans l'argot des gens de lettres et des artistes.
POPOTER, v. n. Faire sa cuisine.
POPULO, s. m. Le peuple,--dans l'argot des bourgeois, qui disent cela avec le même dédain que les Anglais _the mob_.
POPULO, s. m. Marmaille, grand nombre d'enfants,--dans l'argot des ouvriers.
PORC-ÉPIC, s. m. Le Saint-Sacrement,--dans l'argot des voleurs.
POREAU, s. m. Poireau,--dans l'argot du peuple, qui parle beaucoup mieux que ceux qui se moquent de lui, _poreau_ venant d'_allium porrum_, comme légume, ou de [grec: poros], comme excroissance verruqueuse de la main.
PORTANCHE, s. m. Portier,--dans l'argot des voleurs.
PORTANT, s. m. Armature en bois qui forme l'entrée des coulisses et sur laquelle se placent les appliques.
PORTE-CHANCE, s. m. Le _stercus_ humain,--dans l'argot du peuple, chez qui il est de tradition, depuis un temps immémorial, que marcher là dedans est un signe d'argent et porte bonheur.
PORTEFEUILLE, s. m. Lit,--dans l'argot des faubouriens, qui font allusion aux différentes épaisseurs formées par les couvertures et les draps.
_S'insérer dans le portefeuille._ Se coucher.
PORTE-LUQUE, s. m. Portefeuille,--dans l'argot des voleurs.
Ils disent aussi _Porte-mince_.
PORTE-LYRE, s. m. Poète,--dans l'argot ironique des gens de lettres.
PORTE-MAILLOT, s. m. Figurante,--dans l'argot des coulisses.
PORTE-MANTEAU, s. m. Epaules,--dans l'argot des faubouriens.
PORTE-PIPE, s. m. Bouche,--dans le même argot.
PORTER (En). Être trompé par sa femme,--dans l'argot du peuple, qui fait allusion aux _cornes_ dont la tradition orne depuis si longtemps le front des maris malheureux.
_En faire porter._ Tromper son mari.
PORTER A LA PEAU, v. n. Provoquer à l'un des sept péchés capitaux,--dans l'argot de Breda-Street.
On dit aussi _Pousser à la peau_.
PORTER LA FOLLE ENCHÈRE, v. n. Payer pour les autres,--dans l'argot des bourgeois.
PORTER LE BÉGUIN, v. a. Celui des deux époux, nouvellement mariés, qui perd le premier les couleurs de la santé,--dans l'argot du peuple, un peu trop indiscret.
PORTER LE DEUIL DE SA BLANCHISSEUSE, v. n. Avoir une chemise sale,--dans le même argot.
PORTER SA MALLE, v. a. Être bossu. Argot des faubouriens.
On dit aussi _Porter son paquet_.
PORTER UNE CHOSE EN PARADIS (Ne pas). La payer avant de mourir,--dans l'argot du peuple, qui dit cela surtout à propos des mauvais tours qu'on lui a joués et dont il compte bien tirer vengeance un jour ou l'autre.
PORTÉ SUR SA BOUCHE (Être). Ne songer qu'à boire et à manger plutôt qu'à travailler,--dans l'argot des bourgeois.
Le peuple--sans connaître le _gulæ parens_ d'Horace--dit: _Être porté sur sa gueule_.
PORTE-TRÈFLE, s. m. Pantalon,--dans l'argot des voleurs.
PORTIER, s. m. Homme qui se plaît à médire,--dans l'argot des artistes.
PORTRAIT, s. m. Visage,--dans l'argot du peuple.
_Dégrader le portrait._ Frapper au visage.
POSE, s. f. Affectation de sentiments qu'on n'a pas,--vices ou vertus; étalage de choses qu'on ne possède pas,--maîtresses ou châteaux. Lacenaire a bien imaginé la pose au meurtre!
POSE, s. f. Tour,--dans l'argot du peuple qui a emprunté ce mot aux joueurs de dominos qui _posent_ le leur à tour de rôle.
_A moi la pose!_ dit parfois un ouvrier, qui vient de recevoir un coup de pied, en lançant un coup de poing à son adversaire.
POSER, v. n. Afficher des sentiments ou des vices qu'on n'a pas; se vanter de succès et de richesses imaginaires.
Signifie aussi Tirer avantage de qualités morales ou physiques qu'on a ou qu'on croit avoir.
_Poser pour le torse._ Passer pour un garçon bâti comme l'Antinoüs.
_Poser pour la finesse._ Se croire très fin, très malin.
POSER, v. a. Mettre en évidence.
_Se poser._ Faire parler de soi.
POSER (Faire). Faire attendre, mystifier, se moquer des gens.
POSER UN GLUAU, v. a. Préparer une arrestation, trouver un individu que l'on cherchait, savoir où il loge et où il fréquente, pour n'avoir plus qu'à le _grappiner_ à la première occasion. Argot des voyous et des voleurs.
_Se faire poser un gluau._ Se faire mettre en prison.
POSSÉDER SON EMBOUCHURE. Savoir bien jouer de la parole,--cette flûte traversière. Argot des faubouriens.
POSTE-AUX-CHOUX, s. f. Le canot aux provisions,--dans l'argot des marins.
POSTÉRIEUR, s. m. Le derrière,--dans l'argot des bourgeois.
POSTICHE, s. m. Histoire douteuse,--discours ennuyeux, _blague_,--dans l'argot des typographes.
POSTICHE, s. f. Rassemblement sur la voie publique,--dans l'argot des voleurs.
POSTIGE, s. f. Travail sur les places publiques,--dans l'argot des saltimbanques.
POSTILLON, s. m. La première dame mise en circulation,--dans l'argot des joueurs de jacquet.
POSTILLON, s. m. Éclaboussure de salive ou de nourriture que lancent en parlant les gens à qui il manque des dents ou ceux qui ont la malhonnête habitude de parler en mangeant.
«Ces postillons sont d'une maladresse!»
POSTILLONNER, v. n. Envoyer des _postillons_ au nez des gens,--qui n'aiment pas à voyager.
POT, s. m. Trou fait au pied d'un mur ou au pied d'un arbre pour bloquer les billes. Argot des gamins.
POT, s. m. Cabriolet,--dans l'argot des voleurs.
Ils disent aussi _Cuiller à pot et Potiron roulant_.
POTACHE, s. m. Camarade ridicule et bête comme un pot,--dans l'argot des lycéens. Voir dans un autre sens _Potasseur_.
On dit aussi _Pot-à-chien_.
POTAGE AVEUGLE, s. m. Potage qui devrait être gras, avoir des _yeux_ de graisse, et qui est maigre. Argot du peuple.
POTAGER, s. m. _Prostibulum_,--dans l'argot des voyous, pour qui, sans doute, les femmes sont vraiment les _choux_ sous lesquels poussent les enfants.
POTARD, s. m. Pharmacien,--dans l'argot des faubouriens.
Plus spécialement Pharmacien militaire.
POTASSER, v. n. S'impatienter, bouillir de colère ou d'ennui,--dans le même argot.
POTASSER, v. n. Travailler beaucoup,--dans l'argot des Saint-Cyriens et des lycéens.
POTASSEUR, s. m. Elève très bien coté à son cours et très mal quant aux aptitudes militaires.
POT-AU-FEU, s. m. L'endroit le plus charnu du corps humain,--dans l'argot des faubouriens, qui l'ont pris depuis longtemps pour cible de leurs plaisanteries et de leurs coups de pied.
POT-AU-FEU, s. et adj. Commun, vulgaire, bourgeois,--dans l'argot des petites dames.
_Être pot-au-feu._ Être mesquin.
_Devenir pot-au-feu._ Se ranger épouser un imbécile ou un myope incapable de voir les taches de libertinage que certaines femmes ont sur leur vie.
POT-BOUILLASSER (Se). Se marier de la main gauche ou de la main droite,--dans l'argot des troupiers.
POT-BOUILLE, s. f. Cuisine,--ou plutôt chose cuisinée. Argot des ouvriers.
Au figuré, _Faire sa petite pot-bouille_. Arranger ses petites affaires dans l'intérêt de son propre bien-être.
POTENCE, s. f. Homme ou femme d'une grande rouerie, qui ne vaut pas la corde qu'on achèterait pour les pendre.
On dit aussi _Roué comme une potence_.
POTEAUX, s. m. pl. Jambes solides,--dans l'argot des faubouriens.
On se souvient de la définition, par Gavarni, d'une danseuse maigre de partout, et ayant la réputation de ruiner ses amants: «Deux poteaux qui montrent la route de Clichy.»
POTET, s. et adj. Maniaque, radoteur, vieil imbécile.
On dit aussi _Vieux potet_,--même à un jeune homme.
Ne serait-ce pas une syncope d'_empoté_? ou une allusion à la vieille toupie qui sert de _potet_ aux enfants?
POTIN, s. m. Bavardage de femmes, cancan de portières,--dans l'argot du peuple, qui a emprunté ce mot au patois normand.
_Faire des potins._ Cancaner.
_Se faire du potin._ Se faire du mauvais sang, s'impatienter à propos de médisance ou d'autre chose.
POTINER, v. n. Bavarder, faire des cancans, des potins.
POU AFFAMÉ, s. m. Ambitieux à qui l'on a donné un emploi lucratif et qui veut s'y enrichir en peu de temps.
POUCE (Avoir du). Avoir de la vigueur; être fièrement campé, crânement exécuté,--dans l'argot des artistes.
POUDRE DE PERLINPINPIN, s. f. Remède sans efficacité; graine d'attrape,--dans l'argot du peuple.
POUDRE D'ESCAMPETTE, s. f. Fuite.
_Prendre la poudre d'escampette._ S'enfuir.
C'est ce qu'on appelait autrefois _Faire escampativos_.
POUDRE FAIBLE, s. f. Eau,--dans l'argot des francs-maçons.
On disait autrefois _Huile blanche_.
_Poudre forte._ Vin.
On disait autrefois _Huile rouge_.
_Poudre fulminante._ Eau-de-vie.
_Poudre noire._ Café noir liquide.
POUDRER, v. a. et n. Se moquer,--dans l'argot des gamins, qui font le geste bien connu par lequel ils ont l'air de poudrer la tête de la personne dont ils se moquent.
On dit aussi _Poudrer à blanc_.
POUF, s. m. Dette qu'on ne paye pas; crédit qu'on demande et auquel on ne fait pas honneur. Argot du peuple.
Signifie aussi Banqueroute.
Quoique _pouf_ ait l'air de venir de _puff_, comme la malhonnêteté vient du mensonge, ce sont des mots d'une signification bien différente, et on aurait tort de les confondre.
POUFFIASBOURG, n. d. v. Asnières,--dans l'argot des faubouriens, qui savent que ce village est le rendez-vous de la Haute-Bicherie parisienne.
On dit aussi plus élégamment: _Gadoûville_.
POUFFIASSE, s. f. Fille ou femme de mauvaise fille.
POUFFIASSER, v. n. Mener une conduite déréglée--quand on est femme. Fréquenter avec les drôlesses--quand on est homme.
POUIC! Rien! non!--dans l'argot des voleurs.
POUILLARD, s. m. Dernier perdreau d'une couvée ou dernier levraut d'une portée. Argot des chasseurs.
POUILLEUX, adj. et s. Homme pauvre,--dans l'argot méprisant des bourgeois.
Signifie aussi Econome--et même avare.
POULAILLER, s. m. Partie du théâtre la plus voisine du plafond, ordinairement désignée sous le nom d'Amphithéâtre. Argot du peuple.
POULAINTE, s. f. Vol par échange.
POULE LAITÉE, s. f. Homme sans énergie,--dans l'argot du peuple.
Il dit aussi _Poule mouillée_.
POULES, s. f. pl. La population d'une abbaye des S'offre-à-tous.
POULET, s. m. Billet doux, ou lettre raide,--dans l'argot du peuple, qui se sert du même mot que Shakespeare (_capon_).
POULET DE CARÊME, s. m. Hareng saur.
Les gueux de Londres appellent le hareng saur _Yarmouth capon_ (chapon de Yarmouth).
POULET D'HOSPICE, s. m. Homme maigre.
POULET D'INDE, s. m. Cheval.
POULET D'INDE, s. m. Imbécile, maladroit.
POULETTE, s.f. Grisette, femme légère qui se laisse prendre au _cocorico_ des séducteurs bien accrêtés.
_Lever une poulette._ «Jeter le mouchoir» à une femme, dans un bal ou ailleurs.
POULEUR, s. m. Souscripteur de poules, parieur de courses.
POUPARD, s. m. Affaire préparée de longue main,--dans l'argot des voleurs.
POUPARD, s. m. Nourrisson bien portant,--dans l'argot du peuple.
_Gros poupard._ Se dit d'un homme aux joues roses, sans barbe, ressemblant à un nourrisson de belle venue.
On dit aussi _poupon_.
On a dit autrefois _poupin_, comme en témoigne cette épigramme du seigneur des Accords:
«Estant popin et mignard, Tu veus estre veu gaillard; Mais un homme si popin Sent proprement son badin.»
POUPÉE, s. f. Morceau de linge dont on enveloppe un doigt blessé.
On dit aussi _Cathau_.
POUPÉE, s. f. Concubine,--dans l'argot du peuple, qui sait que ces sortes de femmes se prennent et se reprennent par les hommes comme les poupées par les enfants.
C'est la _mammet_ des ouvriers anglais.
On dit aussi,--quand il y a lieu: _Poupée à ressorts_.
POUPÉE, s. f. Soldat,--dans l'argot des voleurs.
POUPOUILLE, s. f. Cuisine, _popote_,--dans l'argot des faubouriens.
POUPOULE, s. f. Chère amie,--dans l'argot des bourgeois.
POUR, adv. Peut-être,--dans l'argot des voleurs.
POUR-COMPTE, s. m. Vêtement marqué dont le client ne veut pas,--dans l'argot des tailleurs.
_Armoire aux Pour-compte._ C'est le _carton aux ours_ chez les vaudevillistes.
POUR DE VRAI, adv. Véritablement, sérieusement,--dans l'argot du peuple.
_Femme pour de vrai._ Femme légitime.
_Ami pour de vrai._ Ami sûr.
On dit aussi _Pour de bon_.
POURRI, adj. et s. Homme vénal, _corrompu_, ambitieux, qui a laissé pénétrer dans sa conscience le ver du scepticisme et dans son cœur le taret de l'égoïsme.
POURRI DE CHIC, adj. A la dernière mode et de la première élégance,--dans l'argot des gandins et des petites dames.
POURRITURISME, s. m. Etat des esprits et des consciences à Paris, ville où l'on s'effémine trop facilement,--dans l'argot du caricaturiste Lorenz, qui affectionne la désinence _isme_.
POUSSE, s. f. Les gendarmes,--dans l'argot des voleurs.
POUSSE (Ce qui se), s. m. Argent, or ou monnaie,--dans l'argot du peuple.
Substantif bizarre,--mais substantif. J'ai entendu dire: «Donne-moi donc de ce qui se pousse.»
POUSSE-AU-VICE, s. f. Cantharide, et généralement tous les aphrodisiaques. Argot des voleurs.
POUSSE-CAFÉ, s. f. Petit verre d'eau-de-vie ou de rhum pris après le café,--dans l'argot des bourgeois.
POUSSE-CAILLOUX, s. m. Fantassin,--dans l'argot des faubouriens.
POUSSE-CUL, s. m. Sergent de ville,--dans l'argot du peuple, qui sait que ces agents de l'autorité ne prennent pas toujours des mitaines pour faire circuler la foule.
Les aïeux de celui-ci disaient, en parlant d'un des aïeux de celui-là: _Chien courant du bourreau_.
POUSSÉE, s. f. Bourrade; coups de coude dans la foule.
Par extension: Reproches, réprimande.
POUSSÉE, s. f. Besogne pressée, surcroît de travail,--dans l'argot des ouvriers.
POUSSÉE DE BATEAUX, s. f. Se dit ironiquement--dans l'argot du peuple--d'une chose vantée d'avance et trouvée inférieure à sa réputation, ainsi que de toute besogne ridicule et sans profit.
On dit mieux: _Une belle poussée de bateaux_!
POUSSE-MOULIN, s. f. Eau courante,--dans l'argot des voleurs.
POUSSER, v. n. Surenchérir,--dans l'argot des habitués de l'Hôtel des ventes.
POUSSER, v. a. et n. Parler,--dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi: _Pousser son glaire_.
POUSSER DE L'AIR (Se). S'en aller de quelque part.
On dit aussi: _Se pousser un courant d'air_.
POUSSER DU COL (Se), v. réfl. Être content de soi, et manifester extérieurement sa satisfaction,--dans l'argot des faubouriens, qui ont remarqué que les gens fats remontaient volontiers le col de leur chemise.
Une chanson populaire--moderne--consacre cette expression; je me reprocherais de ne pas la citer ici:
«Tiens! Paul s'est poussé du col! Est-il fier, parc'qu'il promène Sarah, dont la douce haleine Fait tomber les mouch's au vol.»
Signifie aussi S'enfuir.
POUSSER LE BOIS, v. a. Jouer aux échecs ou aux dames,--dans l'argot du peuple, qui a eu l'honneur de prêter ce verbe _au neveu de Rameau_.
POUSSER DANS LE BATTANT (Se). Boire ou manger, mais surtout boire.
POUSSER LE BOUM DU CYGNE. Mourir,--dans l'argot des faubouriens, qui disent cela à propos des garçons de café et de leur fatigant _boum! pas de crème, messieurs?_
POUSSER SA POINTE, v. ac. S'avancer dans une affaire quelconque,--mais surtout dans une entreprise amoureuse.
«Que de projets ma tête avorte tour à tour! Poussons toujours ma pointe et celle de l'amour.»
dit une comédie-parade du XVIIIe siècle (_le Rapatriage_).
POUSSER SON ROND, v. a. _Alvum deponere_,--dans l'argot des maçons.
POUSSER UN BATEAU, v. a. Avancer une chose fausse, inventer une histoire, mentir. Argot des faubouriens.
On dit aussi: _Monter un bateau_.
POUSSER UNE GAUSSE, v. a. Faire un mensonge,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi: _Pousser une histoire_.
POUSSIER, s. m. Monnaie,--dans l'argot des voleurs.
POUSSIER, s. m. Lit d'auberge ou d'hôtel garni de bas étage,--dans l'argot des faubouriens.
POUSSIER DE MOTTE, s. m. Tabac à priser.
On dit aussi simplement _Poussier_.
POUSSIF, adj. Qui n'a plus de souffle, qui n'en peut plus,--dans l'argot du peuple, qui, travaillant comme un cheval, en a naturellement les infirmités.
POUVOIR EXÉCUTIF, s. m. Enorme canne en spirale que portaient les Incroyables sous le Directoire.
L'expression est encore employée de temps en temps.
POUVOIR VOIR QUELQU'UN EN PEINTURE (Ne). Le haïr; le détester extrêmement,--dans l'argot des bourgeois.
PRANDION, s. m. Repas copieux,--dans l'argot des artistes, dont quelques-uns, je pense, savent que cette expression est le mot latin (_prandium_) francisé par quelque écrivain fantaisiste.
C'est un provincialisme, maintenant naturalisé parisien.
PRANDIONNER, v. n. Faire un repas plantureux.
PRAT, s. f. Fille de mauvaise vie,--dans l'argot du peuple.
PRATICABLE, s. m. Partie de décors accessible aux acteurs, montagnes, rochers, etc. Argot des coulisses.
PRATIQUE, s. f. Petit instrument plat, composé de deux lames d'ivoire jointes, à l'aide duquel les saltimbanques imitent la voix stridente de Polichinelle.
PRATIQUE, s. f. Libertin; homme d'une probité douteuse; débiteur qui ne paye pas ses dettes; soldat qui passe son temps à la salle de police, etc. Quand un homme a dit d'un autre homme: «C'est une pratique!» c'est qu'il n'a pas trouvé de terme de mépris plus fort.
PRÉ, s. m. Bagne,--dans l'argot des voleurs.
On dit aussi le _Grand pré_.
_Aller au pré._ Être condamné aux travaux forcés.
On dit aussi: _Aller faucher au pré_.
PRÉ-CATELANIÈRE, s. f. Petite dame, drôlesse, habituée de bals publics, du pré Catelan et de Mabille. Hors d'usage.
PRÊCHI-PRÊCHA, s. m. Sermonneur ennuyeux,--dans l'argot du peuple.
PRÉDESTINÉ, s. m. Galant homme qui a épousé une femme trop galante.
PRÉFECTANCHE, s. f. Préfecture de police,--dans l'argot des voyous.
PREMIÈRE, s. f. Manière elliptique de désigner la _première_ représentation d'une pièce de théâtre,--dans l'argot des comédiens et des gens de lettres.
PREMIÈRES, s. f. pl. Wagons de première classe.
On dit de même _Secondes_ et _Troisièmes_, pour les voitures de 2e et de 3e classe.
PREMIER NUMÉRO, adj. Excellent, parfait, _numéro un_.
PREMIER-PARIS, s. m. Article de tête d'un journal politique où l'on voit, d'après Alphonse Karr, «une série de longues phrases, de grands mots qui, semblables aux corps matériels, sont sonores à proportion qu'ils sont creux».
PRENDRE AU SOUFFLEUR. Jouer son rôle le sachant mal, en s'aidant du souffleur. Argot des coulisses.
On dit aussi: _Prendre du souffleur_.
PRENDRE DE BEC (Se), v. pron. Se dire des injures,--dans l'argot des bourgeois.
PRENDRE DES MITAINES, v. a. Prendre des précautions pour dire ou faire une chose,--dans l'argot du peuple, qui emploie cette expression avec ironie.
On dit aussi: _Prendre des gants_.
PRENDRE DES TEMPS DE PARIS. Augmenter l'effet d'un mot par une pantomime préalable,--dans l'argot des comédiens de la banlieue et de la province.
PRENDRE LA TANGENTE. S'échapper de l'Ecole,--dans l'argot des Polytechniciens.
PRENDRE LE COLLIER DE MISÈRE, v. a. Se mettre au travail,--dans l'argot du peuple, qui prend et reprend ce collier-là depuis longtemps.
_Quitter le collier de misère._ Avoir fini sa journée et sa besogne et s'en retourner chez soi.
PRENDRE SES INVALIDES, v. n. Se retirer du commerce,--dans l'argot des bourgeois.
PRENDRE SES JAMBES A SON COU. Courir.
PRENDRE SON CAFÉ AUX DÉPENS DE QUELQU'UN. Se moquer de lui par parole ou par action.
PRENDRE UN BILLET DE PARTERRE, v. a. Tomber sur le dos,--dans l'argot facétieux du peuple.
PRENDRE UN PINÇON, v. a. Se laisser _pincer_ le doigt entre deux pierres ou deux battants.
PRÉSOMPTIF, s. m. Enfant--qui est toujours l'héritier présomptif de quelqu'un.
PRESSE, s. f. Nécessité à faire ou dire une chose; empressement.
_Il n'y a pas de presse._ Il n'est pas nécessaire de faire cela,--du moins pour le moment. Cela ne presse pas.
PRESSER A CARREAU FROID, v. a. Faire ce qu'un autre ne pourrait pas faire,--dans l'argot des tailleurs, qui savent qu'on ne peut venir à bout d'une pièce qu'avec un carreau très chaud.
PRÊT, s. m. Paie,--dans l'argot des soldats.
PRÊTER CINQ SOUS A QUELQU'UN. Lui donner un soufflet, c'est-à-dire les cinq doigts sur le visage,--dans l'argot des faubouriens.
PRÊTER LOCHE. Prêter l'oreille, écouter,--dans l'argot des voleurs.
PREU, s. et adj. Premier--dans l'argot des enfants et des ouvriers.
PRÉVÔT, s. m. Chef de chambrée,--dans l'argot des prisons.
PRIANTE, s. f. Eglise,--dans l'argot des voleurs.
PRINCE, s. m. Galeux,--dans l'argot facétieux et elliptique des faubouriens. Ils disent _Prince_, mais ils sous-entendent _de Galles_.
_Princesse._ Galeuse.
PRINCE DU SANG, s. m. Meurtrier,--dans l'argot sinistrement facétieux du peuple.
PRINCE RUSSE, s. m. Entreteneur,--dans l'argot de Breda-Street, où il semble que la générosité, comme la lumière, vienne exclusivement du Nord.
PRINCESSE DE L'ASPHALTE, s. f. Petite dame,--dans l'argot des gens de lettres.
On dit aussi _Princesse du trottoir_.
PRISE, s. f. Mauvaise odeur respirée tout à coup,--dans l'argot du peuple.
PRISE DE BEC, s. f. Engueulement.
PRISON DE SAINT-CRÉPIN (Être dans la). Être dans des souliers trop étroits.
PRIX DOUX, s. m. Prix modéré,--dans l'argot des bourgeois.
PRODUISANTE, s. f. La terre,--dans l'argot des voleurs, reconnaissants envers la vieille Cybèle.
PROFANE, s. m. Étranger,--dans l'argot des francs-maçons, qui ont leurs mystères comme autrefois les païens, avec cette différence que la révélation n'en est pas punie de mort et qu'on s'y occupe de toute autre chose que des _farces_ spéciales aux mystères de la _Bonne Déesse_, ou à ceux d'Isis, ou à ceux de Bacchus, ou à ceux de Mithra.
PROFOND, s. m. Fossé, trou,--dans l'argot des paysans des environs de Paris.
PROFONDE, s. f. Poche de pantalon,--dans l'argot des voyous et des voleurs.
PROFONDE, s. f. Cave,--dans l'argot des voyous.
PROMENER QUELQU'UN. Se moquer de lui,--dans l'argot du peuple.
PROMONT, s. m. Procès,--dans l'argot des voleurs.
PROMONTOIRE NASAL, s. m. Le nez,--dans l'argot des romantiques, qui avaient, eux aussi, l'horreur du mot propre, tout comme les classiques, leurs ennemis.
Théophile Gautier a le premier employé cette expression, qu'emploient depuis longtemps les médecins zagorites: [grec: to mpourno].
PROPRE, adj. Antiphrase de l'argot du peuple, qui l'emploie au figuré.
_Être propre_: pour lui, est l'équivalent de: _Être dans de beaux draps_.
PROPRE-A-RIEN, s. m. Lâche canaille, misérable digne de la roue,--dans l'argot du peuple, qui ne connaît pas, après _feignant_, d'injure plus sanglante à jeter à la tête d'un homme, fût-il le plus honnête et le plus brave des hommes.
PROTE A TABLIER, s. m. Prote qui lève la lettre comme les autres ouvriers,--dans l'argot des typographes.
PROTECTEUR, s. m. Galant homme qui entretient une femme galante.
On dit aussi _Milord protecteur_.
Les actrices disent _Bienfaiteur_.
PROTÉGER, v. a. Entretenir une femme.
PROUE, s. f. L'arrière du navire-homme,--dans l'argot des marins.
_Filer le cable de proue._ Alvum deponere.
PROUTE, s. f. Plainte, gronderie,--dans l'argot des voleurs.
PROUTER, v. n. Porter plainte, gronder.
PROUTER, v. a. et n. Appeler, héler,--dans l'argot du peuple, qui crie souvent: _Prout! prout!_
Se dit aussi--dans le même argot--des sacrifices faits au dieu Crépitus. C'est une onomatopée.
PROUTEUR, s. et adj. Plaignant, grondeur.
PROUTEUR, s. et adj. Qui fait de fréquents sacrifices au dieu Crépitus.
PRUDHOMME, s. m. Imbécile solennel dont le type a été inventé par Henry Monnier. On se rappelle et l'on cite souvent en riant, dans la conversation, cette phrase supercoquentieuse, digne du bourgeois sur les lèvres duquel elle est éclose: «Si cela peut faire votre bonheur, soyez-le.» _Soyez-le_ pour _soyez heureux_! L'ellipse est un peu forte.
Un chroniqueur parisien, M. Jules Maillot, plus inconnu sous le nom de Jules Richard, s'est rendu coupable d'une phrase de la même famille: «Il ne faut pas traiter sérieusement les choses qui ne le sont pas,» a-t-il dit _très sérieusement_ dans le _Figaro_ du 7 décembre 1865.
PRUNE, s. f. Balle ou boulet,--dans l'argot des soldats, qui ne se battent vraiment que pour des prunes.
Le mot a des chevrons. Un jour, Sully, accourant pour prévenir Henri IV des manœuvres de l'ennemi, le trouve en train de secouer un beau prunier de damas blanc: «Pardieu! Sire! lui cria-t-il du plus loin qu'il l'aperçut, nous venons de voir passer des gens qui semblent avoir dessein de vous préparer une collection de bien autres _prunes_ que celles-ci, et un peu plus dures à digérer.»
On dit aussi _Pruneau_.
_Gober la prune._ Recevoir une blessure mortelle.
PRUNE, s. f. Griserie,--dans l'argot du peuple, qui emploie cette expression depuis la création de rétablissement de la Mère Moreaux, c'est-à-dire depuis 1798.
_Avoir sa prune._ Être saoul.
PRUNEAU, s. m. Chique de tabac,--dans l'argot des faubouriens.
PRUNEAU, s. m. _Alvi dejectio._
_Poser un pruneau._ Levare ventris onus.
PRUNEAUX, s. m. pl. Yeux.
_Boucher ses pruneaux._ Dormir.
PRUNE DE MONSIEUR, s. f. Archevêque,--dans l'argot des voleurs, qui savent que ces prélats sont habillés de violet.
PRUNES DE PROPHÉTIE, s. f. pl. _Fumées_ d'un animal,--dans l'argot des chasseurs.
PRUSSIEN, s. m. Un des trop nombreux pseudonymes de Messire Luc,--dans l'argot des troupiers, dont les pères ont eu sous la République et sous l'Empire, de fréquentes occasions d'appliquer leurs baïonnettes dans les reins des soldats prussiens.
On connaît la chanson:
«Le général Kléber, A la barrièr' d'Enfer, Rencontra un Prussien Qui lui montra le sien.»
C'est à tort qu'un étymologiste va chercher à ce mot, jusque chez les Zingaris, une étymologie--toute moderne.
PUANT, s. et adj. Fat,--dans l'argot du peuple, qui fait peut-être allusion aux odeurs de musc et de patchouli qu'exhalent les vêtements des élégants.
PUCEAU, adj. et s. Naïf, innocent; peu dégourdi,--_plus sot_ qu'il ne convient.
PUCELAGE (Avoir encore son). Être un peu neuf dans une affaire; n'avoir pas encore la rouerie nécessaire dans un métier.
Les marchandes emploient la même expression pour dire qu'elles n'ont pas étrenné, qu'on ne leur a encore rien acheté de la journée.
PUCE TRAVAILLEUSE, s. f. Lesbienne,--dans l'argot des faubouriens.
PUER AU NEZ, v. n. Déplaire, ennuyer,--dans l'argot du peuple, qui dit cela à propos des choses et des gens qui souvent puent le moins.
PUER BON, v. n. Sentir bon.
PUFF, s. m. Charlatanerie.
Vient du verbe anglais _to puff_, bouffer, boursoufler, faire _mousser_.
PUFFISTE, s. et adj. Charlatan, inventeur de pommades impossibles, d'élixirs invraisemblables; montreur de _phénomènes_ c'est-à-dire, par exemple, d'un cheval à toison de brebis, d'un veau à deux têtes, d'une Malibran noire, de frères spirites, etc.
Les Français vont assez bien dans cette voie; mais ils ne sont pas encore allés aussi loin que les Anglais, et surtout les Américains. parmi lesquels il faut citer M. Barnum, le _prince de la blague_ (_prince of humbug_).
PUISSANT, adj. Gros, fort,--dans l'argot du peuple, qui ne s'éloigne pas autant du sens latin (_potens_) que seraient tentés de le croire les bourgeois moqueurs.
PUITS DE SCIENCE, s. m. Homme _profond_ par son savoir--ou par ses apparences de savoir.
PUNAISE, s. f. Fille ou femme de mauvaises mœurs,--dans l'argot des gens de lettres.
_Encore une punaise dans le beurre!_ Encore une drôlesse qui du trottoir passe sur les planches d'un petit théâtre pour y _faire_ des hommes plus _respectables_,--comme argent.
Cette expression sort du théâtre du Petit Lazari. On jouait une pièce à poudre (une pièce à poudre à Lazari!). la soubrette entre en scène, va droit à une armoire, l'ouvre et recule en s'écriant: «Madame la marquise! encore une punaise dans le beurre!» L'auteur de la pièce, qui n'avait pas écrit cette phrase, fut très étonné; mais le public, habitué aux choses abracadabrantes, ne fut pas étonné du tout. C'était une interpolation soufflée dans la coulisse par Pelletier, un acteur affectionné des titis.
PUNAISE, s. f. Fleur de _lit_,--dans l'argot des voyous, qui ne sont pas précisément légitimistes.
PUNAISE, s. f. Femme hargneuse, acariâtre, _puante_ de méchanceté,--dans l'argot du peuple, qui ne se doute pas qu'il se sert là de l'expression même employée par le prince des poètes latins: _Cimex_, dit Horace.
PUNAISIÈRE, s. f. Café borgne, caboulot spécialement hanté par des gigolettes et leurs gigolos.
PUNAISIN, adj. et s. Homme dont le corps ou les vêtements sont nidoreux.
Tabourot a donné ce nom a une de ses victimes.
PUR, s. m. Homme sévère et injuste; Prudhomme politique ou philosophique intraitable, qui n'admet pour honnêtes que ceux qui partagent ses opinions, pour philosophes que ceux qui avec Strauss nient la divinité de Jésus, pour républicains que ceux qui avec Alibaud ont un peu tiré sur le Roi. Le type existe à côté des plus nobles et des plus généreux, comme le bouledogue à côté du caniche, comme le loup à côté du lion. J'aurais regretté d'oublier ce mot et ce type--modernes.
PURÉE, s. f. Cidre,--dans l'argot des voleurs.
PURÉE DE MARRONS, s. f. Meurtrissures du visage,--dans l'argot des faubouriens.
_Faire de la purée de marrons._ Appliquer un vigoureux coup de poing en pleine figure.
PURGATION, s. f. Plaidoyer,--dans l'argot des voleurs.
PUR-SANG, s. m. Vin rouge naturel, sans addition d'eau ni d'alcool,--dans l'argot des cabaretiers.
PUR-SANG, s. m. Cheval de race,--dans l'argot du Jockey-Club.
PUR-SANG, s. f. Fille entretenue et qui mérite de l'être à cause de sa beauté--et de ses vices. Argot des viveurs.
PUT! Interj. qui sert à marquer, soit le doute, soit le mépris,--plus souvent encore le mépris que le doute.
PUTAIN, s. f. Femme qui vend l'amour--ou qui le donne trop facilement. Argot du peuple.
L'expression est vieille, comme la légèreté du sexe féminin. Il n'est peut-être pas un seul poète français--un ancien--qui ne s'en soit servi.
_Putain comme chausson._ Extrêmement débauchée.
On dit aussi en parlant d'un Homme dont l'amitié est banale: _C'est une putain._
_Avoir la main putain._ Donner des poignées de main à tout le monde, même à des inconnus.
PUTASSIER, s. et adj. Libertin.
PUTINER, v. n. Courir les gueuses.
PUTINERIE, s. f. Libertinage,--en parlant des femmes. Amitié banale,--en parlant des hommes.
PUTIPHARISER, v. a. Essayer de séduire un jouvenceau,--dans l'argot de Breda-Street. Le mot date de 1830 et de Pétrus Borel.
Champfleury, à qui l'on doit quelques néologismes malheureux, a écrit _putipharder_.
Q
QUAND IL FERA CHAUD, adv. Jamais,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi _Quand les poules auront des dents_.
QUANT A SOI, s. m. Réserve exagérée, fierté, suffisance.
QUANTUM, s. m. Argent, somme quelconque, caisse.
QUART D'AGENT DE CHANGE, s. m. Personne intéressée pour un quart dans une charge d'agent de change. Argot des boursiers.
Il y a aussi des _cinquièmes_, des _sixièmes_ et même des _dixièmes d'agent de change_.
QUART D'AUTEUR, s. m. Collaborateur pour un quart dans une pièce de théâtre. Argot des coulisses.
QUART-D'OEIL, s. m. Commissaire de police,--dans l'argot des faubouriens.
Se dit aussi de l'habit noir de ce fonctionnaire.
QUARTIER, s. m. Logement de trois ou quatre pièces,--dans l'argot des ouvriers qui ont été travailler en Belgique.
QUASIMODO, s. m. Homme fort laid, plus que laid, contrefait,--dans l'argot du peuple, qui a lu _Notre-Dame de Paris_.
QUATORZIÈME ÉCREVISSE, s. f. Figurante,--dans l'argot des coulisses.
L'expression est récente. Elle sort du théâtre des Folies-Marigny, aux Champs-Elysées, où l'on a joué je ne sais quelle revue-féerie où paraissaient beaucoup de femmes chargées de représenter, celles-ci des légumes, et celles-là des poissons,--crustacés ou non. Vous avez compris?
QUATRE-COINS, s. m. Mouchoir,--dans l'argot des voleurs.
QUATRE SOUS. Etalon à l'aide duquel le peuple apprécie la valeur des choses--qui n'en ont pas pour lui.
_Fichu_ ou _Foutu comme quatre sous_. Mal habillé.
QUATRE-SOUS, s. m. Cigare de vingt centimes.
QUATRE-VINGT-DIX, s. m. Truc, secret du métier,--dans l'argot des marchands forains.
_Vendre le quatre-vingt-dix._ Révéler le secret.
QUATRE-Z-YEUX, s. m. Homme qui porte des lunettes,--dans l'argot du peuple.
QUATUOR, s. m. Le quatre,--dans l'argot des joueurs de dominos.
QUELPOIQUE, adv.--Rien,--dans l'argot des voleurs.
QUELQUE PART, Adverbe de _lieux_,--dans l'argot des bourgeois.
QUELQUE PART, adv. L'endroit du corps destiné à recevoir des coups de pied,--dans l'argot du peuple.
_Avoir quelqu'un quelque part._ En être importuné,--en _avoir plein le dos_.
QUELQU'UN, s. m. Personnage, homme d'importance ou se donnant de l'importance.
_Se croire un quelqu'un._ S'imaginer qu'on a de la valeur, de l'importance.
_Faire son quelqu'un._ Prendre des airs suffisants. _Faire ses embarras._
QUÉMANDER, v. a. et n. Mendier, au propre et au figuré,--dans l'argot du peuple, qui pourtant n'a pas lu les _Aventures du baron de Fœneste_.
QUÉMANDEUR, s. m. Mendiant.
QUENOTTES, s. f. pl. Dents,--dans l'argot des enfants.
Ils les appellent aussi _Louloutes_.
QUENOTTIER, s. m. Dentiste,--dans l'argot des faubouriens.
QUEUE, s. f. Infidélité faite à une femme par son amant, ou à un homme par sa maîtresse.
_Faire une queue à sa femme._ La tromper en faveur d'une autre femme.
QUEUE, s. f. Escroquerie, farce de mauvais goût, _carotte_. Argot des soldats.
_Faire sa queue._ Tromper.
QUEUE, s. f. Reliquat de compte,--dans l'argot des débiteurs.
_Faire une queue._ Redevoir quelque chose sur une note, qui arrive ainsi à ne jamais être payée, parce que, de report en report, cette queue s'allonge, s'allonge, s'allonge, et finit par devenir elle-même une note formidable.
QUEUE DE POIREAU, s. f. Ruban de Saint-Maurice et Lazare, lequel est _vert_. Argot des faubouriens.
QUEUE DE RAT, s. f. Bougie roulée en corde,--dans l'argot des bourgeois.
QUEUE DE RAT, s. f. Tabatière en écorce d'arbre s'ouvrant au moyen d'une longue et étroite lanière.
QUEUE DE RENARD, s. f. Témoignages accusateurs d'un dîner mal digéré. Argot du peuple.
QUEUE D'UN CHAT (Pas la). Solitude complète.
QUEUE-LEU-LEU (A la), adv. L'un après l'autre, en s'entre-suivant comme les _loups_.
QUEUE ROUGE, s. f. Jocrisse, homme chargé des rôles de niais,--dans l'argot des coulisses.
Signifie aussi Homme qui se fait le bouffon des autres, sans être payé par eux.
QUEUES, s. f. pl. Phrases soudées ensemble à la queue-leu-leu,--dans l'argot des typographes, dont c'est le _javanais_.
Un échantillon de ce système de coquesigruïtés, que l'on pourrait croire moderne et qui est plus que centenaire, sera peut-être plus clair que ma définition. Quelqu'un dit, à propos de quelque chose: «Je la trouve _bonne_.» Aussitôt un loustic ajoute _d'enfant_, puis un autre _ticide_, puis d'autres _de Normandie,--t-on--taine--ton ton--mariné--en trompette--tition--au Sénat--eur de sanglier--par la patte--hologie--berne--en Suisse--esse--vous que je vois_, etc., etc., etc. Lesquelles coquesigruïtés, prises isolément, donnent: Bonne d'enfant,--infanticide,--cidre de Normandie,--dit-on,--ton taine ton ton,--thon mariné,--nez en trompette,--pétition au Sénat,--hure de sanglier, etc.
QUI A DU ONZE CORPS-BEAU? Question qui ne demande pas de réponse, pour annoncer l'entrée d'un prêtre dans l'atelier. Même argot.
QUIBUS, s. m. Argent,--dans l'argot du peuple.
QUI EST-CE QUI VOUS DEMANDE L'HEURE QU'IL EST? Phrase du même argot, souvent employée pour répondre à une importunité.
QUIGNON, s. m. Gros morceau de pain.
QUILLER, v. a. et n. Lancer des pierres, soit pour attraper quelqu'un qui s'enfuit, soit pour abattre des noix, des pommes, etc. Argot des gamins.
QUILLER A L'OIE, v. a. Envoyer un bâton dans les jambes de quelqu'un,--par allusion à un jeu cruel qui était encore en honneur chez nous il y a une vingtaine d'années. Argot du peuple.
QUILLES, s. f. pl. Jambes,--dans l'argot des faubouriens.
QUIMPER, v. n. Tomber,--dans l'argot des voleurs.
QUIMPER LA LANCE, v. a. _Meiere_. Même argot.
QUINQUETS, s. m. pl. Les yeux,--dans l'argot des faubouriens.
_Belle paire de quinquets._ Yeux émerillonnés.
_Allumer ses quinquets._ Regarder avec attention.
_Éteindre les quinquets._ Crever les yeux.
QUINTE-ET-QUATORZE, s. m. Mal au traitement duquel est affecté l'hôpital du Midi.
_Avoir quinte-et-quatorze._ N'avoir pas su écarter la dame de cœur,--ou plutôt la dame de pique.
QUINTETTE, s. m. Le cinq,--dans l'argot des joueurs de dominos.
QUINZE ANS, TOUTES SES DENTS ET PAS DE CORSET! Phrase souvent ironique de l'argot des faubouriens, qui l'emploient à propos des femmes jeunes et bien faites, ou de celles qui se croient ainsi.
QUINZE-VINGT, s. m. Aveugle,--dans l'argot du peuple.
QUIQUI, s. m. Abatis de toutes sortes de choses, têtes de chats, os de lapins, cous d'oies, etc.,--dans l'argot des chiffonniers, qui vendent cela aux gargotiers, lesquels «en font de fameux potages».
QUI-VA-LA, s. m. Passeport,--dans l'argot des faubouriens.
QUI-VA-VITE, s. f. _Ventris fluxus_, courante,--dans l'argot des bourgeois.
QUONIAM BON TRAIN, adv. Rapidement, avec empressement,--dans l'argot du peuple.
QUOQUANTE, s. f. Armoire,--dans l'argot des voleurs.
QUOQUARD, s. m. Arbre,--dans le même argot.
QUOQUERET, s. m. Rideau--dans le même argot.
R
RABACHAGE, s. m. Bavardage,--dans l'argot du peuple. Redites inutiles, vieux clichés,--dans l'argot des gens de lettres.
RABACHER, v. n. Ne pas savoir ce qu'on dit; se répéter, comme font d'ordinaire les vieillards.
RABACHEUR, s. m. Bavard, homme qui dit toujours la même chose, qui raconte toujours la même histoire; mauvais écrivain.
RABAT-JOIE, s. m. Homme mélancolique ou grondeur,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi _Père Rabat-joie_.
RABIAGE, s. m. Rente,--dans l'argot des voleurs.
RABIAU, s. m. Résidu; reste de portion,--dans l'argot des faubouriens, qui ont emprunté ce mot à l'argot des marins.
On dit aussi _Rabiautage_.
RABIAU, s. m. Malade qui, dans certains hôpitaux, rend certains services à ses camarades de salle, comme de faire leurs lits, de brosser leurs effets, etc. On lui donne quelquefois de l'argent et, le plus souvent, des _restes_ de soupe.
RABIAU, s. m. Temps qui _reste_ à faire,--dans l'argot des troupiers.
On dit aussi _Surcroît de punition_.
RABIAUTER, v. n. Boire ce qui reste dans le bidon.
Je ne sais pas d'où vient _rabiau_, mais _rabiauter_ vient certainement de _rebibere_ (boire de nouveau).
RABIBOCHAGE, s. m. Boni, dédommagement, consolation,--dans l'argot des enfants, qui font entre eux ce que M. Bénazet fait pour les décavés de Bade: à celui qui a perdu toutes ses billes à la bloquette ils en rendent une douzaine pour qu'il puisse en aller gagner d'autres--à d'autres.
RABIBOCHER, v. a. Réconcilier des gens fâchés,--dans l'argot des bourgeois.
_Se rabibocher._ Se réconcilier.
RABLÉ, adj. Homme solide des épaules et des reins,--dans l'argot du peuple.
RABOTER LE SIFFLET (Se). Boire un verre d'eau-de-vie ou de vin.
RABOUILLÈRE, s. f. Maison de triste apparence, comme il y en a tant encore dans le faubourg Marceau, nids à rats et à punaises, trous à lapins plutôt que demeures humaines.
RABOUIN, s. m. Le Diable,--dans l'argot des voleurs.
RABOULER, v. n. Revenir, _abouler_ de nouveau,--dans l'argot des faubouriens.
RABROUER, v. a. Gronder, brutaliser, parler rudement,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi _Rembarrer_.
RACAILLE, s. f. Individu ou Collection d'individus crapuleux,--_populi fex_.
C'est le _tag-rag_ des Anglais.
RACCORD, s. m. Répétition partielle d'une pièce,--dans l'argot des coulisses.
RACCOURCI, s. m Chemin de traverse,--dans l'argot des paysans des environs de Paris.
RACCOURCIR, v. a. Guillotiner,--dans l'argot des voleurs.
On disait autrefois _Raccourcir d'un pied_, ce qui est une longueur de tête.
On dit aussi _Rogner_.
RACCROCHER, v. a. Se promener sur le trottoir en robe décolletée et en bas bien tirés,--dans l'argot du peuple.
RACCROCHEUSE, s. f. Fille de mauvaises mœurs.
RACINES DE BUIS, s. f. pl. Dents jaunes, avariées, esgrignées,--comme celles que Bilboquet arracha jadis devant «Monsieur et madame le maire de Meaux».
RACLÉE, s. f. Coups donnés ou reçus,--dans l'argot du peuple.
RACLER, v. a. Prendre; perdre.
On dit aussi _Rafler_.
RACLER LE BOYAU, v. a. Jouer du violon,--dans l'argot des musiciens.
RACLETTE, s. f. Agent de la police secrète,--dans l'argot des voleurs.
RACONTAINE, s. f. Récit familier, _cancan_.
RACONTARS, s. m. pl. Bruits de salons et de clubs, _échos_,--dans l'argot des journalistes.
C'est Aurélien Scholl qui a employé le premier cette expression: je lui en laisse la responsabilité.
RADE OU RADEAU, s. m. Tiroir de comptoir où sont les _radis_,--dans l'argot des voleurs.
Signifie aussi Boutique.
RADE, s. m. Apocope de _Radis_,--dans l'argot des voyous.
RADEAU DE LA MÉDUSE, s. m. Misère extrême,--dans l'argot des bohèmes, qui souffrent parfois de la faim et de la soif autant que les naufragés célèbres peints par Géricault.
_Être sur le radeau de la Méduse._ N'avoir pas d'argent.
RADIN, s. m. Gousset de montre ou de gilet,--dans l'argot des voleurs.
_Friser le radin._ Le débarrasser de sa montre.
RADIS, s. m. Pièce de monnaie, argent quelconque,--dans l'argot des faubouriens.
_N'avoir pas un radis_: Être tout à fait pauvre.
RADOUBER (Se), v. réfl. Réparer sa fortune ou sa santé,--dans le langage des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de marine.
On dit aussi: _Passer au grand radoub_.
RADURER, v. a. Repasser sur la meule,--dans l'argot des voleurs.
RADUREUR, s. m. Repasseur de couteaux.
RAFALE, s. f. Misère,--dans l'argot du peuple, en proie aux bourrasques continuelles de la vie.
RAFALÉ, adj. et s. Misérable, pauvrement vêtu ou de triste mine.
Ne faudrait-il pas dire plutôt _affalé_? Je crois que oui. Les marins, voulant peindre le même état d'ennui, d'embarras, de misère, disent au figuré _Être affalé sur la côte_,--ce qui est, en somme, _être à la côte_.
RAFALER, v. a. Abaisser, humilier,--dans l'argot des voleurs, qui savent mieux que personne combien la misère ou des vêtements pauvres peuvent _ravaler_ un homme.
RAFALER (Se), v. réfl. Devenir pauvre; porter des vêtements usés,--dans l'argot du peuple.
RAFFURER, v. a. Regagner,--dans l'argot des voleurs.
RAFFUT, s. m. Tapage,--dans l'argot du peuple.
RAFIAU, s. m. Domestique d'hôpital, infirmier.
RAFIOT, s. m. Chose de peu d'importance; camelotte.
Cette expression est empruntée au vocabulaire des marins, qui appellent ainsi tout Bâtiment léger.
RAFISTOLER, v. a. Raccommoder.
RAFISTOLER (Se), v. réfl. S'habiller à neuf, ou seulement Mettre ses habits du dimanche.
RA-FLA, s. m. pl. Notes fréquemment exécutées sur le tambour.
RAFLE, s. f. Arrestation d'une bande de gens; main basse faite sur une certaine quantité de choses. Argot du peuple.
RAFLER, v. a. Prendre, saisir, _chiper_.
RAFRAÎCHIR (Se), v. réfl. Se battre au sabre,--dans l'argot des troupiers.
On dit aussi: _Se rafraîchir d'un coup de sabre_.
RAGE DE DENTS, s. f. Grosse faim,--dans l'argot du peuple.
RAGOT, s. m. Cancan, médisance,--sans doute par allusion aux grognements des sangliers de deux à trois ans, moins inoffensifs que ceux des marcassins.
RAGOTER, v. n. Murmurer, gronder sourdement.
On dit aussi _Ragonner_.
RAGOÛT, s. m. Assaisonnement d'un plaisir quelconque.
S'emploie souvent en mauvaise part:
«J'aurois un beau teston pour juger d'une urine, Et, me prenant au nez, loucher dans un bassin Des ragousts qu'un malade offre à son médecin,»
dit Mathurin Régnier en sa satire _la Poésie toujours pauvre_.
RAGOÛT, s. m. Relief, accentuation de couleur, hardiesse de brosse,--dans l'argot des artistes.
RAGOÛT, s. m. Soupçon,--dans l'argot des voleurs.
_Faire des ragoûts._ Éveiller des soupçons.
RAGOÛTANT, TE, adj. Plaisant, agréable,--dans l'argot du peuple, qui emploie cette expression à propos des gens comme à propos des choses.
_Vieillard ragoûtant._ Qui est propre,--et surtout sans infirmités.
_Femme ragoûtante._ Qui excite l'appétit des amoureux.
RAGOÛTER, v. a. Remettre en appétit, réveiller le désir.
RAIDE, s. m. Eau-de-vie,--dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi _Rude_.
RAIDE, adj. Invraisemblable, difficile à croire,--c'est-à-dire à avaler.
Se dit à propos d'un Mot scabreux, d'une anecdote croustilleuse.
_La trouver raide._ Être étonné ou offensé de quelque chose.
RAIDE, adj. Complètement gris,--parce que l'homme qui est dans cet état abject fait tous ses efforts pour que cela ne s'aperçoive pas, en se raidissant, en essayant de marcher droit et avec dignité.
On dit aussi _Raide comme la Justice_.
RAIDE COMME BALLE, adv. Rapidement.
RAIDIR, v. n. Mourir.
On dit aussi _Raidir l'ergot_, ou _les ergots_.
RAILLE, s. f. Les agents de police en général,--dans l'argot des voleurs.
RAILLE, s. m. Mouchard.
RAISINÉ, s. m. Sang,--dans le même argot.
RAISINÉ (Faire du), v. a. Saigner du nez,--dans l'argot du peuple, qui n'a pas emprunté cette expression aux voleurs.
RAJOUTER, v. a. Ajouter,--dans l'argot des bourgeois, qui parlent souvent le français des réalistes, émaillé de pléonasmes.
RALEUR, s. m. Faux amateur de livres qui bouscule les boîtes sans rien acheter. Argot des bouquinistes.
RALEUSE, s. et adj. Femme qui marchande tout sans rien acheter,--dans l'argot des boutiquiers.
RALEUSE, s. f. Courtière, femme chargée d'arrêter les passants pour leur proposer de la marchandise. Argot des marchandes du Temple.
RAMA, s. m. Grelot que les artistes trouvaient drôle, vers 1838, d'attacher à tous leurs mots, pour parodier les Dioramas, les Panoramas et autres Géoramas alors en vogue. C'était leur _javanais_.
_Parler en rama._ Ajouter _rama_ à toutes les phrases.
RAMASSER, v. a. Arrêter; conduire en prison,--dans l'argot des faubouriens.
_Se faire ramasser._ Se faire arrêter.
RAMASSER (Se), v. réfl. Se relever lorsqu'on est tombé.
RAMASSER SES OUTILS. Mourir,--dans l'argot des ouvriers.
RAMASTIQUER, v. a. Ramasser,--dans l'argot des voleurs.
RAMASTIQUEUR, s. m. Variété de filous décrite par Vidocq.
RAMBUTEAU, s. m. Colonne _ad usum lotii_ des promeneurs, établie le long de nos boulevards sous l'édilité du comte de Rambuteau.
RAME, s. f. Plume,--dans l'argot des voleurs.
RAMENEUR, s. m. Homme affligé de calvitie, qui essaye de la dissimuler en _ramenant_ habilement ses derniers cheveux sur le devant de sa tête--et «empruntant ainsi un qui vaut dix».
RAMENEUSE, s. f. Petite dame dont la spécialité est de faire espalier à la porte des cafés du boulevard, vers l'heure de la fermeture, afin d'y nouer connaissance avec quelque galant homme.
RAMICHER, v. a. Réconcilier des gens fâchés--dans l'argot du peuple.
_Se ramicher._ Se dit des amants qui se reprennent après s'être quittés.
RAMOLLI, s. et adj. Imbécile, ou simplement Ennuyeux,--dans l'argot des faubouriens.
RAMONA, s. m. Petit Savoyard, qui, aux premiers jours d'automne, s'en vient crier: _haut en bas_, par les rues des villes, barbouillé de suie, raclette à la ceinture et sac au dos. C'est parfois un petit Auvergnat.
RAMONER, v. n. Murmurer, marmotter, parler entre ses dents,--par allusion au bruit désagréable que fait le _ramona_ en montant et en descendant dans la cheminée qu'il nettoie.
RAMPE, s. f. Le cordon des lumières qui éclairent la scène,--dans l'argot des coulisses.
Se dit aussi pour: Théâtre, scène, coulisses.
_Princesse de la rampe._ Actrice.
_Se brûler à la rampe._ Jouer pour soi,--s'approcher trop près du public, sans s'occuper des autres acteurs en scène.
RAMPEAU! Coup nul,--dans l'argot des enfants, lorsqu'ils jouent aux billes ou à la balle.
Les vieux joueurs de boule emploient la même expression à propos du second coup d'une partie en deux coups de boule.
RAMPONER, v. n. Boire, s'enivrer.
L'expression date évidemment du fameux Ramponneau, le cabaretier de la Courtille.
RANCART, v. _Rencart._
RANG, s. m. Armature de bois qui supporte toujours les casses, et quelquefois les ouvriers typographes.
RAPATRIER (Se). Se réconcilier,--dans l'argot du peuple.
RAPE, s. f. Le dos,--dans l'argot des voleurs.
RAPIAT, s. m. Auvergnat, Savoyard. Même argot.
RAPIAT, s. et adj. Cupide, avare, un peu voleur même,--dans l'argot du peuple.
RAPIN, s. m. Mauvais peintre,--dans l'argot des bourgeois.
RAPIOT, s. m. Pièce mise à un habit ou à un soulier,--dans l'argot des faubouriens.
RAPIOTER, v. a. Rapiécer.
RAPIOTER, v. a. Fouiller,--dans l'argot des voleurs.
RAPIQUER, v. n. Revenir quelque part, retourner à quelque chose. Argot des faubouriens.
On dit aussi et mieux _Rappliquer_.
RAPPORTEUR, s. m. Elève qui dénonce ses camarades au maître. Argot des écoliers.
RASER, v. a. Ennuyer, être importun,--comme le sont ordinairement les barbiers, gens qui se croient obligés, pour distraire leurs pratiques sur la sellette, de leur raconter des fariboles, des cancans, des anas aussi vieux que Mathusalem. Argot du peuple et des gens de lettres.
On disait il y a cent ans: _Faire la barbe_.
RASIBUS, prép. Tout près, tout contre, _au ras_,--dans l'argot du peuple.
RASOIR, s. m. Homme ennuyeux.
_Rasoir anglais._ Le plus ennuyeux,--les rasoirs qui viennent de Londres ayant la réputation d'être les plus coupants du monde.
On dit aussi _Raseur_.
RASOIR! Exclamation de la même famille que _Des navets!_
RASOIR NATIONAL, s. m. La guillotine,--dans l'argot des révolutionnaires de 1793.
_Passer sous le rasoir national._ Être exécuté.
RAT, s. m. Petit voleur qui entre dans une boutique un peu avant sa fermeture, se cache sous le comptoir en attendant que les maîtres du logis soient couchés, et, lorsqu'il est assuré de l'impunité, ouvre la porte à ses complices du dehors.
On dit aussi _Raton_.
_Courir le rat._ Voler la nuit dans une auberge ou dans un hôtel garni.
RAT, s. m. Caprice,--dans l'argot du peuple, qui dit cela aussi bien à propos des serrures qui ne vont pas que des gens qui font mauvaise mine.
Autrefois, _Avoir des rats_ c'était «avoir l'esprit folâtre, bouffon, étourdi, escarbillard, farceur et polisson».
RAT, s. et adj. Avare; homme intéressé.
RAT, s. m. Bougie cordelée et repliée de façon à tenir dans la poche. On l'appelle aussi, _rat de cave_.
RAT, s. m. Retardataire,--dans l'argot des Polytechniciens.
_Rat de ponts._ Celui qui, après son examen de sortie, est exclu par son rang des Ponts-et-Chaussées.
_Rat de soupe._ Celui qui arrive trop tard au réfectoire.
RAT, s. m. Petite fille de sept à quatorze ans, élève de la danse qui est à la première danseuse ce que le saute-ruisseau est au notaire, et qui devient bien plus facilement célèbre comme courtisane que comme rivale de Fanny Essler.
Le mot date de la Restauration, quoique quelques personnes--mal informées--lui aient donné, comme date, 1842, et comme père, Nestor Roqueplan.
RATA, s. m. Ragoût de pommes de terre et de lard,--dans l'argot des troupiers.
RATAFIAT DE GRENOUILLE, s. m. L'eau,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi _Anisette de barbillon_ et _Bourgogne de cheval_.
RATAPOIL, s. et adj. Partisan quand même du 1er Empire et admirateur aveugle de l'empereur Napoléon.
RATATOUILLE, s. f. Mauvais ragoût, plat manqué.
RATATOUILLE, s. f. Coups donnés ou reçus.
RAT DE CAVE, s. m. Employé de la régie,--dans l'argot des marchands de vin V.--_Rat._
RAT DE PRISON, s. m. Avocat,--dans l'argot des voleurs.
RATER, v. a. Echouer dans une entreprise, manquer une affaire,--amoureuse ou autre. Argot du peuple.
_Rater une femme._ Ne pouvoir réussir à s'en faire aimer après l'avoir _couchée en joue_.
RATICHON, s. m. Abbé, prêtre,--dans l'argot des voyous et des voleurs.
_Serpillière de ratichon._ Soutane de prêtre.
On dit aussi _Rasé_ ou _Rasi_.
RATICHON, s. m. Peigne,--dans l'argot des faubouriens.
RATICHONNER, v. a. Peigner.
RATICHONNIÈRE, s. f. Eglise.
RATISSER, v. a. Prendre, _chiper_,--dans l'argot des faubouriens.
_Se faire ratisser._ Se laisser duper, ou voler, ou gagner au jeu.
RATISSER (En), v. a. Se moquer de quelqu'un,--dans l'argot du peuple.
On n'emploie guère ce verbe qu'à la première et à la troisième personne de l'indicatif présent.
RATON, s. m. Petit voleur.
RATTRAPAGE, s. m. Fin de la copie donnée à un typographe. Il est tenu de composer (on dit _rattraper_) jusqu'au nom de son camarade écrit sur la copie suivante.
RAVAGE, s. m. Débris métalliques volés.
RAVAGEUR, s. m. Dragueur à la main, qui exploite les bords de la Seine au-dessous de Paris avec l'espérance d'y faire des trouvailles heureuses.
Les ruisseaux de Paris avaient aussi, il y a une vingtaine d'années, leurs ravageurs, pauvres diables à l'affût de toutes les ferrailles que charriait la pluie.
RAVAUDER, v. a. Raccommoder du linge, des vêtements,--dans l'argot du peuple.
RAVAUDER, v. n. Être lent à faire quelque chose; s'amuser au lieu de travailler.
RAVIGNOLE, s. f. Récidive,--dans l'argot des voleurs.
RAVIGOTE (A la), adv. D'une façon piquante. Argot du peuple.
RAVIGOTER, v. a. Soulager; refaire, remettre en bon état; réjouir.
RAYON DE MIEL, s. m. Dentelle,--dans l'argot des voleurs.
RAZZIA, s. f. Rafle,--dans l'argot du peuple, retour d'Afrique.
RÉAC, adj. et s. Bourgeois, _réactionnaire_,--dans l'argot des faubouriens.
Le mot date de 1848.
REBATIR, v. a. Tuer,--dans l'argot des voleurs.
RÉBECCA, s. f. Fille ou femme qui ne répond qu'avec aigreur aux observations qu'on lui fait,--qui se _rebèque_ en un mot. Argot des bourgeois.
On dit aussi _Mademoiselle Rébecca_. (Rien de la Bible.)
REBÉQUER (Se), v. réfl. Se révolter, répondre avec fierté, avec colère,--dans l'argot du peuple, à qui Saint-Simon et Diderot ont fait l'honneur d'emprunter ce verbe expressif.
REBÉQUER, v. n. Répéter,--dans l'argot des faubouriens.
REBIFFER (Se), v. réfl. Regimber, protester plus ou moins énergiquement,--dans l'argot du peuple.
REBIFFER (Se), v. réfl. Se présenter avec avantage,--dans l'argot des troupiers, tous plus ou moins cocardiers.
REBONNETAGE, s. f. Réconciliation,--dans l'argot des faubouriens.
REBONNETER, v. a. Aduler, flatter,--dans l'argot des voleurs.
_Rebonneter pour l'af._ Flatter ironiquement.
REBONNETER (Se), v. réfl. Devenir meilleur,--dans l'argot des faubouriens, qui emploient ce verbe à propos des choses et des gens.
REBONNETEUR, s. m. Confesseur,--dans l'argot des voleurs.
REBOUIS, adj. Mort, _refroidi_,--dans le même argot.
REBOUISER, v. a. Tuer,--dans le même argot.
A signifié autrefois, dans le langage des honnêtes gens: Déniaiser quelqu'un; jouer un tour, faire une fourberie.
REBOUISER, v. a. Remarquer, distinguer,--dans l'argot des faubouriens.
Le verbe est désormais consacré pour eux par la chanson de l'_Assommoir_ (_o lepida cantio!_) où l'on dit:
«Faut pas blaguer, le treppe est batte; Dans c'taudion i' s'trouv' des rupins. Si queuq's gonziers train'nt la savate, J'en ai r'bouisé qu'ont d's escarpins.
REBOUISER, v. a. Réparer, ravauder. Argot du peuple.
REBOUISEUR, s. m. Savetier,--dans l'argot des revendeurs.
REBOURS, s. m. Déménagement clandestin,--dans l'argot des voyous. (V. Vidocq, p. 55.)
REBOUTER, v. a. Remettre un membre, réduire une fracture. Argot du peuple.
REBOUTEUR, s. m. Chirurgien sans diplôme.
RECALER, v. a. Rectifier, corriger. Argot des artistes.
RECALER (Se), v. réfl. S'habiller à neuf, ou reprendre des forces quand on a été malade,--dans l'argot du peuple.
RECARRER (Se), v. réfl. Faire le paon, le suffisant.
RECEVOIR LA PELLE AU CUL, v. a. Être renvoyé de quelque part ou d'un emploi.
«Mon rival, j'en suis convaincu, Va recevoir la pelle au cul!»
dit une chanson du temps de l'Empire.
RECEVOIR SON DÉCOMPTE. Mourir,--dans l'argot des troupiers.
RECHANGER (Se), v. réfl. Changer de linge ou d'habit; quitter les vêtements de travail pour mettre les vêtements du dimanche. Argot des ouvriers.
RÉCHAUFFANTE, s. f. Perruque,--dans l'argot des voleurs.
RÉCHAUFFÉ, s. m. Chose tardive, résolution intempestive, bonne inspiration venue après coup. Argot du peuple.
Signifie aussi: Vieux vaudeville, vieille plaisanterie, etc.
RÉCHAUFFER, v. a. Ennuyer,--dans l'argot des voleurs.
RÊCHE, s. m. Sou,--dans l'argot des faubouriens, qui trouvent le billon _rude_.
RÊCHU, adj. et s. Homme désagréable, grincheur,--dans l'argot du peuple.
RÉCLAME, s. f. Eloge pompeux et ridicule que les journaux décernent--moyennant cinq francs la ligne--à toute œuvre ou à tout médicament qui est le moins digne d'être loué.
RECONDUIRE, v. a. Siffler,--dans l'argot des coulisses.
RECONDUIRE QUELQU'UN. Le renvoyer à coups de pied ou à coups de poing,--dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi _Faire la conduite_.
RECONOBRER, v. a. Reconnaître,--dans l'argot des voleurs.
RECOQUER (Se), v. réfl. S'habiller à neuf; reprendre de nouvelles forces, revenir à la santé. Argot du peuple.
RECORDER, v. a. Prévenir quelqu'un de ce qui doit lui arriver,--dans l'argot des voleurs.
RECTA, adv. Net, sans rien laisser ni devoir,--dans l'argot du peuple.
_Payer recta._ Payer jusqu'au dernier sou.
C'est l'adverbe latin détourné de son sens.
RÉCURER (Se), v. réfl. Se purger.
_Se faire récurer._ Se faire traiter à l'hôpital du Midi.
RÉDAM, s. f. Grâce,--dans l'argot des voleurs, qui cependant ne croient pas à leur _rédemption_.
REDOUBLEMENT DE FIÈVRE, s. m. Révélation d'un nouveau fait à charge,--dans le même argot.
REDRESSE, s. f. Institution toute parisienne, composée de bohèmes qui ne veulent pas demander au travail les moyens d'existence qu'il ne leur refuserait pas, et préfèrent s'adresser pour cela au Hasard, ce dieu des paresseux et des fripons.
_Chevalier de la Redresse._ Industriel qui _carotte_ le vivre et le couvert à tout gobe-mouches disposé à écouter ses histoires.
REFAIRE, v. a. Tromper, duper, et même voler,--dans l'argot des faubouriens.
REFAIRE (Se), v. réfl. Reprendre des forces, recouvrer la santé,--dans l'argot du peuple.
Signifie aussi: Regagner au jeu après s'y être ruiné.
REFAIT AU MÊME (Être). Être joué par quelqu'un à qui l'on avait précédemment joué quelque méchant tour.
REFAITE, s. f. Repas,--dans l'argot des voleurs.
_Refaite du mattois._ Déjeuner.
_Refaite de jorne._ Dîner.
_Refaite de sorgue._ Souper.
_Refaite de côni._ Extrême-onction, ou, plus cyniquement, la nourriture que prend le condamné à mort avant son exécution.
REFAITER, v. n. Manger.
REFILER, v. a. Rendre, restituer,--dans l'argot des voyous.
REFILER, v. a. Suivre, rechercher,--dans l'argot des voleurs.
REFOULER, v. n. Hésiter, renoncer à faire une chose,--dans l'argot des ouvriers.
_Refouler au travail._ Fêter la Saint-Lundi.
RÉFRACTAIRE, s. m. Bohème, homme de talent qui regimbe à suivre les modes morales de son temps.
L'expression n'est pas de Jules Vallès,--comme on serait excusable de le croire, d'après l'intéressant ouvrage qui porte ce mot pour titre, attendu que voilà une quinzaine d'années qu'on appelle _Camp des réfractaires_ un petit café borgne de la rue Vavin, hanté par des rapins littéraires et artistiques. De même, le garni situé à quelques pas de là est appelé par ses hôtes l'_Hôtel des réfractaires_, les chambres ressemblant, paraît-il, à des casemates.
REFROIDI, s. m. Noyé, pendu; cadavre,--dans l'argot des voleurs.
REFROIDIR, v. a. Tuer.
RÉGALADE, s. f. Petite ripaille,--dans l'argot du peuple.
_A la régalade._ Boire en renversant la tête en arrière et en élevant la bouteille de façon que les lèvres ne touchent pas celle-ci.
RÉGALER, v. a. et n. Donner à dîner, payer à boire.
RÉGALER SON SUISSE, v. a. C'est, quand on joue à deux, à un jeu quelconque, une consommation, ne perdre ni gagner, être chacun pour son écot.
REGARDANT, adj. Économe, avare,--dans l'argot des domestiques, habitués à considérer le bien de leurs maîtres comme le leur, peu généreux,--dans l'argot des petites dames, qui veulent bien faire payer l'amour, mais ne veulent pas qu'on le marchande.
RÉGENCE, adj. Galant, libertin, audacieux,--en parlant des choses et des gens.
_Être régence._ Se donner des airs de roué.
_Souper régence._ Souper où les femmes légères sont spécialement admises.
RÉGIMENT DES BOULES DE SIAM, s. m. La confrérie abjecte dont le docteur Tardieu a décrit les mœurs et les maladies dans une brochure que tout le monde a lue,--quoiqu'elle n'eût été écrite que pour un petit nombre de personnes. Argot des faubouriens.
REGINGLADE, s. f. Jeu d'enfants qui consiste à chasser celui qui glisse le premier en lui tombant sur le dos les deux bras en avant.
REGINGLER, v. n. Jouer à la reginglade.
RÉGLÉ COMME UN PAPIER DE MUSIQUE, adj. Ponctuel, rangé, régulier dans ses habitudes. Argot des bourgeois.
C'est le pendant de _Sage comme une image_.
REGON, s. m. Dette,--dans l'argot des voleurs.
REGONCER, v. a. Devoir.
REGOUT, s. m. Inquiétude, crainte, remords,--dans le même argot.
_Faire du regout._ Être arrêté.
RÉGUISÉ (Être). Être battu, ou ruiné, ou volé, ou condamné par la Faculté ou par le Jury. Argot des faubouriens.
RÉJOUISSANCE, s. f. Os de bœuf arbitrairement glissés dans la viande pesée par les bouchers.
RELEVANTE, s. f. Moutarde,--dans l'argot des voleurs.
RELEVER, v. n. Sortir d'un état de gêne,--dans l'argot des faubouriens, à qui il coûte sans doute de dire _Se relever de la misère_.
On dit aussi _Être à la relève_.
RELICHER (Se). S'embrasser tendrement.
On dit aussi _Se relicher le morviau_.
RELUIRE DANS LE VENTRE, v. n. Exciter la convoitise, ou l'envie,--dans l'argot du peuple.
RELUIT, s. m. OEil,--dans l'argot des voleurs.
Signifie aussi Jour.
RELUQUER, v. a. Considérer, regarder avec attention,--dans l'argot du peuple.
Signifie aussi: Faire les yeux doux.
REMBINER, v. a. Rétracter une calomnie; un _débinage_,--dans l'argot des voyous.
REMBROCAGE DE PARRAIN, s. m. Confrontation,--dans l'argot des voleurs.
REMBROQUER, v. a. Reconnaître.
Signifie aussi Regarder.
REMÈDE L'AMOUR, s. m. Figure grotesque ou repoussante,--dans l'argot du peuple, qui ne sait pas que Mirabeau a été adoré de Sophie.
REMERCIER, v. a. Renvoyer un domestique; donner son congé à un ouvrier,--dans l'argot des bourgeois.
REMERCIER SON BOUCHER, v. a. Mourir,--dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi _Remercier son boulanger_.
REMETTEZ DONC LE COUVERCLE! disent les voyous à quelqu'un qui a l'haleine fétide, pour l'empêcher de parler davantage.
REMETTRE QUELQU'UN A SA PLACE. Répliquer vertement à quelqu'un qui vous manque de respect, lui faire comprendre son impertinence. Argot des bourgeois.
REMISER SON FIACRE. Se taire,--dans l'argot des faubouriens.
Signifie aussi, par extension, Mourir.
REMISIER, s. m. Variété d'Agent de change: homme qui touche une remise sur les affaires qu'il procure à un agent de change.
RÉMONENCQ, s. m. Revendeur auvergnat, _chineur_,--dans l'argot des gens de lettres, qui se souviennent de _la Comédie humaine_ de Balzac.
REMONTER SA PENDULE, v. a. Battre de temps en temps sa femme,--dans l'argot des ouvriers.
REMONTER SUR SA BÊTE, v. n. Rétablir ses affaires, sa fortune, son bonheur,--dans l'argot du peuple.
REMOUCHER, v. a. Apercevoir, remarquer, admirer,--dans l'argot des faubouriens.
Les Italiens disent _rimorchiare_, donner des regards pour allécher.
REMOUCHICOTER, v. n. Chercher les aventures galantes--ou des prétextes à rixe.
REMPIÉTER, v. a. Mettre des talons et des bouts aux bas--dans l'argot des ménagères.
REMPLIR LE BATTANT (Se). Manger,--dans l'argot des faubouriens.
REMPLISSAGE, s. m. Prose inutile, destinée à allonger un article, un volume,--dans l'argot des gens de lettres.
REMPLUMER (Se), v. réfl. Engraisser, s'enrichir,--dans l'argot des faubouriens.
RENACHÉ, s. m. Fromage,--dans l'argot des voleurs.
RENACLER, v. n. Bouder au travail; ne pas se sentir en disposition de faire une chose. Argot des faubouriens.
Signifie aussi: Crier après quelqu'un, gronder, murmurer.
RENARD, s. m. Aspirant compagnon,--dans l'argot des ouvriers.
RENARD, s. m. Pourboire,--dans l'argot des marbriers de cimetière, forcés d'employer toutes les _ruses_ de leur imagination pour en obtenir un des familles inconsolables, mais «dures à la détente».
RENARD, s. m. Résultat d'une indigestion,--dans l'argot du peuple.
_Piquer un renard._ Vomir.
Du temps de Rabelais et d'Agrippa d'Aubigné, on disait _Ecorcher le renard_.
Les Anglais ont une expression analogue: _to shoot the cat_ (décharger le chat).
RENARDER, v. n. Rendre le vin bu ou la nourriture ingérée avec excès ou dans de mauvaises dispositions d'estomac.
RENARÉ, adj. et s. Malin, homme habile.
RENAUD, s. m. Reproche, esclandre,--dans l'argot des voleurs.
Signifie aussi: Danger, péril.
RENAUDER, v. n. Se refuser à faire quelque chose, être de mauvaise humeur. Argot du peuple.
C'est le verbe _arnauder_ de la langue romane.
_Renauder_ signifie aussi Se plaindre.
RENCART ou RANCART (Au) A l'écart, au rebut.
RENDÈVE, s. m. Apocope de _Rendez-vous_,--dans l'argot des faubouriens.
RENDOUBLÉ, ÉE, adj. Plein, pleine,--dans l'argot des voleurs.
RENDRE SA BÛCHE, v. a. Livrer une pièce au patron,--dans l'argot des tailleurs.
Au figuré, Mourir,--rendre son âme au _Grêle d'en haut_.
RENDRE SA CANNE AU MINISTRE. MOURIR,--dans l'argot des troupiers, qui disent cela à propos des tambours-majors.
RENDRE SA CLEF. Mourir,--dans l'argot des bohèmes.
RENDRE SON CORDON. Mourir,--dans l'argot des rapins, qui disent cela à propos des concierges.
RENDRE SON LIVRET. Mourir,--dans l'argot des domestiques.
RENDRE SON PERMIS DE CHASSE. Mourir,--dans l'argot du peuple, qui dit cela à propos des médecins, de qui l'homme malade est le gibier naturel.
RENDRE UNE FÈVE POUR UN POIS, v. a. Riposter à un coup de langue ou à un coup de poing par un autre coup de langue plus aigu ou par un autre coup de poing plus violent. Argot du peuple.
Signifie aussi: Rendre le bien pour le mal; agir avec générosité envers des gens qui ont montré de la parcimonie.
RENDRE VISITE A M. DU BOIS. Aller «où le Roi va à pied»,--dans l'argot des faubouriens.
RENFONCEMENT, s. m. Coup de poing.
RENFRUSQUINER (Se), v. réfl. S'habiller à neuf avec des vêtements d'occasion,--dans l'argot des ouvriers.
RENGAÎNE, s. f. Phrases toutes faites à l'usage des apprentis journalistes ou vaudevillistes,--telles que «l'étoile de l'honneur, la croix de ma mère, l'épée de mon père, le nom de mes aïeux», etc., etc.
RENGAÎNER SON COMPLIMENT, v. a. Se taire,--dans l'argot du peuple.
Signifie aussi, par extension, Mourir.
RENGRACIER, v. n. Renoncer au métier, redevenir honnête homme,--dans l'argot des voleurs, gens peu rengraciables.
_Rengraciez!_ Taisez-vous! faites silence!
RENIFLANTES, s. f. pl. Bottes éculées et percées,--dans l'argot des voyous.
RENIFLER, v. n. Reculer, se refuser à faire une chose,--dans l'argot des faubouriens, qui ont eu l'occasion d'observer les chevaux peureux.
RENIFLER, v. a. Respirer, sentir.
Signifie aussi, au figuré: Pressentir, deviner, avoir soupçon de...
RENIFLER, v. a. et n. Boire.
Il faudrait n'avoir pas été enfant pour ne pas se rappeler le maternel:
«Renifle, Pierrot, Y a du beurre au pot.»
RENIFLER, v. n. Faire un effet rétrograde,--dans l'argot des joueurs de billard.
RENIFLER LA POUSSIÈRE DU RUISSEAU, v. a. Tomber dans le ruisseau,--dans l'argot des voyous.
RENQUILLER, v. n. Rentrer.
RENQUILLER (Se), v. réfl. Réussir; engraisser; s'enrichir,--dans l'argot des typographes.
RENSEIGNEMENT, s. m. Verre de vin ou d'eau-de-vie,--dans l'argot des canotiers.
_Prendre un renseignement._ S'arrêter au cabaret.
RENTIER A LA SOUPE A L'OGNON, s. m. Ouvrier,--dans l'argot des faubouriens.
RENTOILER (Se). Revenir à la santé quand on a été malade; devenir riche quand on a été pauvre.
RENTRER BREDOUILLE. Rentrer sans avoir _levé_ personne,--dans l'argot des petites dames, dont la chasse n'est pas toujours heureuse, bien que Paris soit un pays fort giboyeux.
RENTRER BREDOUILLE. Rentrer ivre-mort. Argot des faubouriens.
RENTRER DE LA TOILE, v. n. Prendre du repos par suite d'infirmités ou de vieillesse,--dans l'argot des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de marine.
RENTRER SES POUCES. Mourir,--dans l'argot des étudiants en médecine, qui ont eu de fréquentes occasions de remarquer que lorsque la mort arrive, la main du moribond se ferme toujours de la même manière, le pouce se plaçant en dedans des autres doigts.
RENVERSANT, adj. Étonnant, extraordinaire.--dans l'argot du peuple et des gandins.
RENVERSER, v. n. Rejeter ce qu'on a bu ou mangé avec excès ou mal à propos.
RENVERSER LA MARMITE, v. a. Cesser de donner à dîner,--dans l'argot des bourgeois.
RENVERSER SA MARMITE. Mourir,--dans l'argot des ouvriers.
RENVERSER SON CASQUE. Mourir,--dans l'argot des faubouriens, qui disent cela à propos des saltimbanques, probablement depuis la mort du fameux marchand de crayons Mengin.
RÉPANDRE (Se), v. réfl. S'étaler dans le ruisseau; tomber, soit par accident, soit parce qu'on est ivre.
L'expression est âgée de plus d'un siècle. Elle signifie aussi Mourir.
REPASSE, s. f. Mauvais café,--dans l'argot des ouvriers.
On dit aussi _Cafetiau_.
REPASSER, v. a. Céder quelque chose à quelqu'un, donner,--dans l'argot du peuple.
_Repasser une taloche._ Donner un soufflet.
REPAUMER, v. a. Reprendre, arrêter de nouveau.
REPÉSIGNER, v. a. Arrêter de nouveau,--dans l'argot des voleurs.
RÉPÉTER, v. n. Aimer,--dans l'argot des cabotins.
On dit aussi _Aller à la répétition_.
REPIGER, v. a. Rattraper, retrouver,--dans l'argot des faubouriens.
REPIQUER, v. n. Reprendre courage, se tirer d'embarras.
Signifie aussi: Revenir à la charge; retourner à une chose.
_Repiquer sur le rôti._ En demander une nouvelle tranche.
RÉPLIQUE, s. f. Les derniers mots d'une tirade, d'un couplet quelconque,--dans l'argot des coulisses.
_Envoyer la réplique._ Prononcer ces derniers mots de façon à appeler l'attention de l'acteur qui doit reprendre le dialogue.
REPORTER SON FUSIL A LA MAIRIE, v. a. Commencer à vieillir,--dans l'argot du peuple, qui sait qu'à cinquante ans on cesse de faire partie de la garde nationale.
REPORTER SON OUVRAGE. Assister, quand on est médecin, à l'enterrement d'une personne qu'on a t...,--pardon! qu'on n'a pas pu guérir. Argot des faubouriens.
REPORTER, s. m. Journaliste en quête de nouvelles.
REPOUSSANT, s. m. Fusil,--dans l'argot des voleurs.
REPOUSSER DU TIROIR, v. n. Avoir l'haleine cousine germaine du lac Stymphale. Argot des faubouriens.
On dit aussi _Repousser du corridor_.
REPRENDRE DU POIL DE LA BÊTE, v. a. Continuer le lendemain les débauches de la veille. Argot du peuple.
REPRENDRE SON PIVOT, v. a. Retrouver son aplomb, son sang-froid,--dans l'argot du peuple, qui se sert de cette expression depuis longtemps, car on la trouve dans les _OEuvres diverses_ de Cyrano de Bergerac.
REQUIN DE TERRE, s. m. Huissier,--dans l'argot des faubouriens, qui ont voulu faire allusion à la voracité de ce fonctionnaire, pour qui tout est bon, meubles et bijoux, le portrait de votre première maîtresse aussi bien que le berceau de votre dernier né.
On l'appelle aussi _Macaron_.
REQUINQUER (Se), v. réfl. S'habiller à neuf, ou seulement s'endimancher, dans l'argot du peuple.
RESSERRER SON LINGE, v. a. Mourir,--dans l'argot des faubouriens.
RESTANT DE NOS ÉCUS (Le). Se dit à propos des Gens qui surviennent quelque part quand on ne les attend pas. Argot du peuple.
RESTE (Donner son). Achever un homme en le tuant de n'importe quelle façon.
RESTE (Ne pas demander son). C'est, quand on a été battu, fuir sans exiger d'explications--et surtout sans demander le supplément de coups de pied ou de poing auxquels on pourrait avoir droit.
RESTER EN FIGURE. Rester coi, ne savoir que dire.
Signifie aussi: Rester seul, être abandonné de ses compagnons.
RESTER EN PLAN, v. n. Rester comme otage quelque part, lorsqu'on n'a pas d'argent pour payer sa consommation.
RESTITUER SA DOUBLURE. Mourir,--dans l'argot des faubouriens.
RESUCÉE, s. f. Chose qu'on a déjà goûtée, lue, entendue, ou vue plusieurs fois.
On dit aussi _C'est de la troisième_ ou _de la quatrième resucée_.
RÉSURRECTION (La), n. de l. La prison de Saint-Lazare,--dans l'argot des faubouriens.
RETAPE, s. f. Raccrochage,--dans l'argot des filles et de leurs souteneurs.
_Aller à la retape._ Raccrocher.
On dit aussi _Faire la retape_.
RETAPÉ, adj. Vêtu proprement,--dans l'argot du peuple.
RETIRATION (Être en). Avoir plus de quarante ans, vieillir,--dans l'argot des typographes.
RETIRER LE PAIN DE LA BOUCHE, v. a. Ruiner quelqu'un, lui enlever son emploi, les moyens de gagner sa vie. Argot du peuple.
RETOURNE, s. f. Atout,--dans l'argot des joueurs.
_Chevalier de la Retourne._ Joueur passionné--jusqu'à en être grec.
RETOURNER (S'en). Vieillir,--dans l'argot de Breda-Street.
RETOURNER SA VESTE, v. a. Faire faillite, et, par extension, Mourir,--dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi _Rendre son tablier_ et _Retourner son paletot_.
REVENDRE, v. a. Répéter ce qu'on a appris de quelqu'un, commettre une indiscrétion. Argot des voleurs.
REVENIR, v. n. Se dit--dans l'argot des bourgeois--de tout ce qui plaît, choses ou gens.
REVENIR DE PONTOISE, v. n. Avoir l'air étonné, ahuri; dire des sottises,--dans l'argot du peuple.
_Faire_ ou _dire une chose comme en revenant de Pontoise_. La dire ou la faire mal, gauchement, niaisement.
REVENIR SUR L'EAU, v. n. Rétablir ses affaires, sortir d'un mauvais pas; occuper de nouveau l'attention publique.
REVERS DE LA MÉDAILLE, s. m. La partie du corps sur laquelle on tombe le plus souvent lorsqu'on a l'habitude de marcher sur les talons.
C'est une expression de l'argot du peuple parisien, qui appartient également à l'argot du peuple napolitain: _Il revescio de la medaglia_, disent les fils de Mazaniello.
REVIDAGE, s. m. Opération qui consiste à se partager, entre brocanteurs, les lots achetés trop cher à l'hôtel Drouot, mais achetés par eux pour les enlever aux bourgeois.
REVIEWER, s. m. Écrivain de revues,--dans l'argot des gens de lettres, qui ont emprunté cette expression à l'Angleterre.
REVOIR LA CARTE, v. a. Rendre son déjeuner ou son dîner,--ce qui est une façon désagréable de s'assurer de ce qu'on a mangé. Argot du peuple.
RHUME, s. m. Maladie sœur du Quinte-et-quatorze.
On disait autrefois _Rhume ecclésiastique_.
RIBAMBELLE, s. f. Troupe nombreuse de choses ou de gens.
RIBOTE, s. f. Griserie, petite débauche.
_Être en ribote._ Être ivre.
RIBOTER, v. n. Hanter les cabarets.
RIBOUIS, s. m. Savetier,--dans l'argot des faubouriens.
Francisque Michel a raison: on devrait dire _Rebouis_, ce mot venant de l'opération par laquelle le cordonnier communique du lustre à une semelle en _donnant le bouis_. Le _rebouis_ donne un second _bouis_, ou second lustre, aux chaussures avariées par l'usage.
RIC-A-RIC, adv. Chichement, morceau par morceau,--dans l'argot du peuple.
_Payer ric-à-ric._ Par acompte.
Autrefois cela signifiait au contraire, Payer rigoureusement, jusqu'au dernier sou.
RICHE, adj. Bon, agréable, amusant.
S'emploie ordinairement en mauvaise part et avec la négative.
_Ce n'est pas riche!_ Ce n'est pas honnête, ce n'est pas bien.
C'est, me semble-t-il, le _luculentus_ des Latins: _hæreditas luculenta_, riche succession, dit Plaute; _luculentus scriptor_, excellent écrivain, dit Cicéron.
RICHE EN IVOIRE, adj. Qui a de belles dents,--dans l'argot des faubouriens.
_Montrer son ivoire._ Montrer ses dents.
Les ouvriers anglais ont la même expression: _Flash his ivory_.
RICHE EN PEINTURE, adj. et s. Homme glorieux, plus riche en paroles qu'en réalité. Argot du peuple.
On dit de même d'un Fanfaron qu'il _est brave en peinture_.
RICHELIEU, adj. Galant, magnifique, entreprenant,--dans l'argot des bourgeois, dont les grand'mères ont conservé bon souvenir du vainqueur de Mahon.
RICHEMENT, adv. Extrêmement.
RICHONNER, v. n. Rire,--dans l'argot des voleurs.
RIDEAU ROUGE, s. m. Cabaret,--dans l'argot du peuple, qui se rappelle toujours les maisons à boire du vieux temps, reconnaissables à leurs rideaux de percale de couleur pourpre.
Les ouvriers anglais disent de même _Red-lattice_, parce que chez eux c'est le treillage extérieur du cabaret qui est peint en rouge.
RIDEAUX DE PERSE, s. m. pl. Rideaux déchirés, _percés_ de trous,--dans l'argot des bourgeois plaisantins.
On dit de même _Mouchoir de Perse_, _chemise de Perse_, etc.
RIEN, s. m. Garde-chiourme, argousin,--dans l'argot des forçats.
RIEN. Mot de l'argot des faubouriens, qui l'emploient comme selle à tous chevaux, pour donner plus de force et de couleur à leurs discours.
Ainsi, ils disent: _Il n'a rien l'air de_... pour: Il a extrêmement l'air de... _Il n'est rien paf_, pour: Il est très gris. _Ce n'est rien mauvais_, pour: On ne saurait imaginer chose plus détestable, etc.
Une autre négation, sœur de celle-ci, et valant comme elle une affirmation, c'est _n'être pas_. Ainsi: _Tu n'es pas blagueur!_ signifie: «Comme tu es menteur!»
RIEN, s. m. Un peu, très peu,--dans l'argot du peuple.
_En un rien de temps._ En très peu de temps.
_Rien de rien._ Moins que rien.
RIF ou RIFLE, s. m. Feu,--dans l'argot des voleurs.
RIFFAUDANTE, s. m. Flamme.
RIFFAUDATE, s. m. Incendie.
RIFFAUDER, v. a. Incendier, brûler.
RIFFAUDEUR, s. m. Chauffeur.
RIFFLARD, n. m. Bourgeois,--dans le même argot.
RIFFLARD, s. m. Parapluie,--dans l'argot du peuple.
Ce mot date de Picard et de sa _Petite Ville_, comédie dans laquelle il y a un personnage nommé Rifflard, qui ne marche qu'escorté d'un parapluie.
RIFLER, v. a. et n. Brûler.--dans l'argot des voleurs.
On dit aussi _Riffauder_.
RIFLER, v. a. Prendre, saisir, _chiper_,--dans l'argot du peuple.
Signifie aussi: Passer tout près; effleurer.
RIFOLARD, adj. Amusant, _rigolo_.
RIGOLADE, s. f. Amusement, réjouissance, plaisanterie.
_Coup de rigolade._ Chanson.
RIGOLBOCHADE, s. f. Drôlerie dite ou faite, écrite ou peinte,--dans l'argot des faubouriens.
Ici encore se pose l'éternelle question: Quel est le premier né de l'œuf ou de la poule? Est-ce mademoiselle Marguerite la Huguenote--plus généralement oubliée aujourd'hui sous le nom de _Rigolboche_--qui a donné naissance à ce substantif, ou est-ce ce substantif qu'on a décerné comme un brevet à cette aimable bastringueuse? J'inclinerais volontiers à admettre cette dernière hypothèse. La foule se laisse parfois imposer certains noms, mais elle a pour habitude d'en inventer. Quant aux _Mémoires_ de mademoiselle Marguerite, où elle prétend que c'est elle qui a créé le mot en question, il me suffit que ce soient des _Mémoires_ pour que je ne leur accorde pas la moindre créance.
RIGOLBOCHE (Être). Être excentrique, amusant, drôle.
RIGOLBOCHER, v. n. S'amuser, soit en buvant, soit en dansant.
RIGOLE, s. f. Bonne chère,--dans l'argot des voleurs.
RIGOLER, v. n. S'amuser, se réjouir, boire, danser, rire,--dans l'argot du peuple.
Un vieux mot de notre vieille langue, que beaucoup de personnes, j'en suis sûr, s'imaginent né d'hier. Un hier qui a six cents ans! Les gens du monde croiraient parler argot en employant ce mot employé par Jean de Meung, par Rabelais, par l'auteur de la _Farce de Maistre Pathelin_ et par d'autres écrivains qui font autorité.
RIGOLETTE, s. f. Habituée de bals publics, amie de la danse et de la gaieté.
RIGOLEUR, adj. et s. Ami de la joie et de la bouteille.
RIGOLO, s. et adj. Bon enfant, homme gai.
_Rigolo-pain-de-seigle_ ou _pain-de-sucre_. Extrêmement amusant.
On dit aussi d'une chose: _C'est rigolo_, pour signifier: c'est plaisant, c'est drôle.
RIGRI, s. m. Ladre, méticuleux,--dans l'argot du peuple.
RIGUE, s. f. Apocope de _Rigueur_,--dans l'argot des voyous.
RINCÉE, s. f. Coups donnés ou reçus,--dans l'argot du peuple.
RINCER, v. a. Battre, donner des coups.
Signifie aussi Gagner quelqu'un au jeu.
RINCER, v. a. Dévaliser, _nettoyer_,--dans l'argot des voleurs.
RINCER (Se), v. réfl. Se purger,--dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi _Se rincer le fusil_.
RINCER (Se faire). Recevoir la pluie; se laisser voler; perdre au jeu.
RINCER LA DALLE, v. a. Offrir à boire à quelqu'un,--dans l'argot des faubouriens.
_Se faire rincer la dalle._ Accepter à boire sans offrir la réciproque.
On dit aussi _Rincer la dent_, ou _le bec_, ou _le fusil_, ou _le tube_, ou _la gargote_, ou _la corne_.
RINCETTE, s. f. Petit verre d'eau-de-vie pris comme supplément au gloria,--dans l'argot des bourgeois.
RIOLE, s. f. Rivière, ruisseau,--dans l'argot des voleurs.
RIOLE, s. f. Joie, divertissement, débauche,--dans l'argot du peuple.
_Être en riole._ Être en train de s'amuser, être gris.
_Se mettre en riole._ Se griser.
En wallon. _Être en riolle_ ou _riotte_, c'est Se quereller.
RIPATONNER, v. a. Raccommoder quelque chose ou quelqu'un,--dans l'argot des Polytechniciens, qui ont ainsi consacré la mémoire d'un concierge de l'Ecole, M. Ripaton, tailleur.
RIPATONS, s. m. pl. Souliers,--dans l'argot des faubouriens.
RIPER, v. a. Embrasser tendrement.
RIPEUR, s. m. Libertin.
RIPOPÉE, s. f. Mauvais vin,--dans l'argot du peuple.
Se dit aussi à propos de Toute chose médiocre ou mal faite.
Ce mot a été autrefois masculin, et tantôt substantif et tantôt adjectif: _Du ripopé, du café ripopé_.
RIQUIQUI, s. m. Eau-de-vie de qualité inférieure,--dans l'argot des ouvriers.
RIQUIQUI, adj. et s. Chose mal faite ou de qualité inférieure,--dans l'argot des ouvrières.
_Avoir l'air riquiqui._ Être ridiculement habillée, ou n'être pas habillée à la dernière mode.
Je ne suis pas bien sûr que ce mot ainsi employé ne soit pas une contrefaçon de _Rococo_.
RIRE AUX ANGES. Sourire doucement en dormant,--dans l'argot du peuple.
RIRE COMME UN CUL. Rire sans desserrer les dents.
RIRE JAUNE, v, n. Rire à contre-cœur, quand on voudrait ou pleurer de douleur ou écumer de rage.
RISETTE, s. f. Sourire,--dans l'argot des bourgeois.
_Faire des risettes._ Faire des avances aimables.
RISQUER LE PAQUET, v. a. Se hasarder à faire une chose délicate, aventureuse,--dans l'argot du peuple.
RIVANCHER, v. a. Aimer,--dans l'argot des voleurs.
RIVER SON CLOU A QUELQU'UN, v. a. Lui dire vertement son fait, lui tenir tête dans une lutte de paroles ou de gestes. Argot des bourgeois.
RIVETTE, s. f. Fille publique,--dans l'argot des voleurs.
RIZ-PAIN-SEL, s. m. Fournisseur militaire,--dans l'argot des troupiers.
ROBERT-MACAIRE, s. f. Danse fort en honneur dans les bals publics il y a vingt-cinq ou trente ans. C'était une variété de la Chahut.
ROBIGNOL, adj. Très bien, très beau, très amusant,--dans l'argot des voleurs, qui emploient ce superlatif à propos des choses et des gens.
ROBIN, s. m. Taureau communal,--dans l'argot des paysans de Paris.
ROBINSON, s. m. Parapluie,--dans l'argot du peuple, qui a gardé bon souvenir du naufragé de Daniel de Foë.
On dit aussi _Pépin_.
ROCAMBOLADE, s. f. Farce littéraire dans le goût des _Exploits de Rocambole_ de Ponson du Terrail.
ROCAMBOLE, s. f. Chose sans valeur; promesse en l'air qu'on sait devoir n'être pas tenue, gasconnade.
ROCANTIN, s. m. Vieillard libertin.
ROCHET, s. m. Evêque,--dans l'argot des voleurs.
ROCOCO, adj. Suranné, arriéré, démodé, grotesque à cause de cela,--comme si le goût d'autrefois ne valait pas bien le goût d'aujourd'hui!
Se prend aussi en bonne part.
_Pendule rococo._ Pendule Louis XV ou faite sur le modèle de cette époque.
_Tentures rococo._ Etoffes en vieille perse à ramages.
ROEDERER, s. m. Vin de Champagne,--dans l'argot des gens de lettres qui tiennent à faire une réclame à la maison de commerce dont les produits portent cette signature.
ROGNEUR, s. m. Fourrier,--dans l'argot des troupiers.
ROGNONNER, v. n. Bougonner,--dans l'argot des bourgeois.
ROGNURES DE FER-BLANC. (V. _Troupe de fer-blanc_.)
ROGOME, s. m. Eau-de-vie,--dans l'argot du peuple.
_Voix de Rogome._ Voix éraillée par l'ivrognerie.
ROGOMIER, s. m. Buveur d'eau-de-vie.
ROGOMISTE, s. m. Liquoriste.
ROMAGNOL, ou ROMAGNON, s. m. Trésor caché,--dans l'argot des voleurs.
ROMAIN, s. m. Soldat d'infanterie.
ROMAIN, s. m. Applaudisseur gagé,--dans l'argot des coulisses, sans doute par allusion aux claqueurs de Néron.
ROMANCIER, s. m. Chanteur qui a la spécialité des romances et autres «choses du cœur»,--dans l'argot des cafés-concerts.
_Fort romancier._ Premier chanteur de romances d'un café-concert.
_Forte romancière._ Grosse femme qui chante avec efforts, et très mal, de petites choses sentimentales, très faciles à chanter.
ROMANICHEL, s. m. Bohémien,--dans l'argot des voleurs.
On dit aussi _Romamitchel_, _Romanitchel_, _Romonichel_ et _Romunichel_. Suivant le colonel Harriot, «_Romnichal_ est le nom que portent les hommes de cette race en Angleterre, en Espagne et en Bohême, et _Romne-chal_, _Romaniche_, est celui par lequel on désigne les femmes».
RONCHONNER, v. n. Être grognon, maussade; bougonner,--dans l'argot du peuple.
ROND, s. m. Sou, pièce de monnaie,--dans l'argot des voyous.
On dit aussi _Rotin_.
ROND, adj. Ivre,--dans l'argot des faubouriens.
_Rond comme une futaille._ Ivre mort.
On dit aussi _Rond comme une pomme_.
RONDE BOSSE, adj. Hardi, audacieux, frisant l'immoralité,--dans l'argot des gens de lettres, qui consacrent ainsi le souvenir de l'_Aristide Froissard_ de Léon Gozlan.
RONDELET, s. m. Sein,--dans l'argot des voleurs.
On dit aussi _Rondin_.
RONDIN, s. m. _Stercus_ (V. _étron_)--dans l'argot du peuple.
RONDIN, s. m. Bâton, _gourdin_.
RONDINE, s. f. Bague,--dans l'argot des voleurs.
RONDINER, v. a. Boutonner,--dans le même argot.
RONDINER, v. n. Dépenser de l'argent, des _ronds_,--dans l'argot des voyous.
On dit aussi _Se dérondiner_.
RONDINER, v. a. Battre à coups de bâton,--dans l'argot du peuple.
RONDINER DES YEUX, v. n. Faire les gros yeux.
RONDIN JAUNE, s. m. Pièce d'or,--dans l'argot des voleurs.
_Rondin jaune servi._ Or volé, caché par son voleur.
RONFLER DU BOURRELET, v. n. _Crepitare_, ou _alvum deponere_,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi _Faire ronfler le bourrelet_.
RONRONNER, v. n. Faire le joli-cœur auprès d'une femme,--dans l'argot des ouvriers.
RONRONNER, v. n. Ecrire de petits articles qui ne produisent qu'un bien petit bruit. Argot des gens de lettres.
ROQUET, s. m. Homme de petite taille, et, à cause de cela, hargneux. Argot du peuple.
ROSE DES VENTS, s. f. Le _podex_,--dans l'argot facétieux des faubouriens.
ROSSARD, adj. et s. Mauvais compagnon.
ROSSE, adj. des deux g. Homme sans consistance, femme sans pudeur.
_Il n'est rien rosse!_ Se dit pour: Est-il canaille!
ROSSÉE, s. f. Coups donnés ou reçus.
ROSSER, v. a. Frapper, battre, étriller à coups de poing ou de bâton.
ROSSIGNANTE, s. f. Flûte,--dans l'argot des voleurs.
ROSSIGNOL, s. f. Fausse clé,--dans le même argot.
ROSSIGNOL, s. m. Livre qui ne se vend pas,--dans l'argot des libraires.
Marchandise qui n'est pas de bonne défaite,--dans l'argot des boutiquiers.
ROSSIGNOL D'ARCADIE, s. m. Ane,--dans l'argot des académiciens, à qui le mot propre répugne tant.
Ils disent aussi «_Le patient animal qui_...,» etc.
ROTIN, s. m. Pièce de cinq centimes, sou,--dans l'argot des ouvriers. C'est sans doute une contrefaçon ironique du _radis_,--à cause de l'éructation.
RÔTIR LE BALAI, v. a. Mener une vie obscure et misérable,--dans l'argot du peuple.
_Avoir rôti le balai._ Se dit d'une fille qui a eu de nombreuses aventures galantes, par allusion aux chevauchées sabbatiques des sorcières.
ROTOTO, s. m. Coups de bâton, de _rotin_,--dans l'argot des faubouriens.
_Coller du rototo._ Battre quelqu'un.
ROTOTO! Exclamation de refus ou de mépris.
ROUATRE, s. m. Lard,--dans l'argot des voleurs.
ROUBIGNOLE, s. f. Petite boule de liège dont se servent certains voleurs pour faire des dupes. (Voy. _Cocangeur_.)
ROUBIGNOLEUR, s. m. Voleur qui a de la _Roubignole_ et des _Cocanges_, et, par extension, Homme madré. Argot des faubouriens.
ROUBLARD, adj. Laid, défectueux, pauvre,--dans l'argot des voleurs.
ROUBLARD, adj. et s. Rusé, adroit, qui a vécu, qui a de l'expérience,--dans l'argot des faubouriens.
Si ce mot vient de quelque part, c'est du XVe siècle et de _ribleux_, qui signifiait Homme de mauvaise vie, vagabond, coureur d'aventures.
ROUBLARDERIE, s. f. Ruse, astuce, expérience de l'homme qui a vécu et qui remplace l'argent qu'il n'a pas par l'ingéniosité qu'il aura jusqu'au bout de son rouleau.
Signifie aussi: Pauvreté, gêne, misère.
ROUCHI, s. m. Homme sans morale et sans honnêteté, voyou,--dans l'argot du peuple.
ROUCHIE, s. f. Fille ou femme de mauvaise vie.
ROUCOUCOU, s. m. Lapin mort-né,--dans l'argot des chiffonniers et de leurs gargotiers.
ROUE, s. f. Juge d'instruction,--dans l'argot des voleurs.
ROUE DE DERRIÈRE, s. f. Pièce de cinq francs en argent,--dans l'argot des cochers, qui emploient cette expression depuis longtemps, puisqu'on la trouve dans les _OEuvres badines du comte de Caylus_.
Les Anglais ont la même expression: _A hind-coach-wheel_, disent-ils à propos d'une pièce de cinq shillings (une couronne).
ROUE DE DEVANT, s. f. Pièce de deux francs.
Les Anglais disent _A fore-coach-wheel_ pour une demi-couronne.
ROUFFION, s. m. Dernier employé du magasin,--dans l'argot des calicots.
On dit _Mousse_.
ROUFFLE, s. f. Coup de poing ou coup de pied,--dans l'argot des voleurs.
ROUGE, s. m. Républicain,--dans l'argot des bourgeois.
ROUGET, s. m. Homme à barbe rouge ou à cheveux d'un blond ardent.
ROUGET, s. m. Cuivre volé.
ROUGETS, s. m. pl. Les _menses_ des femmes,--dans l'argot du peuple, à qui le seigneur de Cholières n'a pas craint d'emprunter cette expression pour un de ses _Contes_.
ROUILLARDE, s. f. Bouteille,--dans l'argot des voleurs.
ROUILLER (Se), v. réfl. Vieillir,--dans l'argot du peuple.
ROULANCE, s. f. Bruit de pieds, ou de marteaux, ou de composteurs, que font entendre les typographes pour accueillir quelqu'un à son entrée dans l'atelier.
_Donner une roulance._ Faire ce bruit, qui est tantôt une moquerie, tantôt une marque de sympathie.
ROULANT, s. m. Fiacre,--dans l'argot des voyous.
_Roulant vif._ Chemin de fer.
ROULANTS, s. m. pl. Pois,--dans l'argot des voleurs.
ROULÉE, s. f. Coups donnés ou reçus,--dans l'argot des faubouriens. _Ereintement_,--dans l'argot des gens de lettres.
ROULER, v. a. Battre quelqu'un.
Signifie aussi: Tromper, agir malignement.
ROULER, v. n. Aller bien comme santé ou comme commerce.
Ne s'emploie guère qu'à la troisième personne de l'indicatif présent: _cela roule_. C'est l'équivalent de: _Cela boulotte_.
ROULER, v. a. Se moquer, lutter d'esprit et d'impertinences,--dans l'argot des gens de lettres.
_Se faire rouler._ Avoir le dessous dans une affaire, dans une discussion.
ROULER, v. n. Vagabonder, voyager,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi _Rouler sa bosse_.
ROULER DANS LA FARINE, v. a. Tromper, jouer un tour, user de finesse envers des gens trop simples.
ROULER SA VIANDE DANS LE TORCHON, v. a. Se coucher,--dans l'argot des faubouriens.
ROULEUR, s. m. Vagabond, homme suspect.
ROULEUR, s. m. Chiffonnier.
ROULEUR, s. m. Compagnon du tour de France chargé de présenter les ouvriers aux maîtres et de consacrer leur engagement.
ROULEUSE, s. f. Femme de mauvaise vie qui roule de quartier en quartier à la recherche de l'homme philosophal. Argot du peuple.
ROULOTIN, s. m. Roulier,--dans l'argot des voleurs.
ROULOTTE, s. f. Voiture.
_Grinchir une roulotte en salade._ Voler sur une voiture.
ROULOTTIER, s. m. Voleur qui a pour spécialité de dévaliser les voitures.
ROULURE, s. f. Fille de la dernière catégorie,--dans l'argot des faubouriens.
ROUMICHIPOTEUSE, s. f. Mijaurée, _chipie_.
ROUPANÉ, adj. et s. Décavé aux billes ou à tout autre jeu exigeant une mise. Argot des gamins.
ROUPIE, s. f. Punaise,--dans l'argot des voyous.
ROUPIE, s. f. Mucosité de couleur ambrée qui sort du nez des priseurs, et tombe tantôt sur leur chemise, tantôt dans leur potage. Argot des faubouriens.
ROUPIE DE SINGE, s. f. Rien,--dans l'argot des voleurs.
ROUPILLER, v. n. Dormir,--dans l'argot des faubouriens, qui emploient ce verbe depuis plus d'un siècle.
Signifie aussi Avoir continuellement une _roupie_ au nez.
ROUPILLEUR, s. m. Grand dormeur--ou grand priseur.
ROUPIOU, s. m. Élève en médecine qui s'essaye au métier dans les hôpitaux, sans être interne ni externe. C'est lui qui pose les cataplasmes et les vésicatoires. Argot des étudiants.
On l'appelle aussi _Bénévole_.
ROUSCAILLER, v. a. Aimer,--dans l'argot des voleurs.
ROUSCAILLER BIGORNE, v. n. Parler argot.
ROUSCAILLEUR, s. m. Libertin.
ROUSSE, s. f. La police,--dans l'argot des voyous.
ROUSSE, s. m. Agent de police; sergent de ville.
On dit aussi _Roussin_.
_Rousse à l'arnache._ Agent de police de sûreté, qui reçoit une gratification proportionnée à l'utilité des renseignements qu'il donne ou à l'importance des captures qu'il fait faire.
ROUSSIN, s. m. Baudet,--dans l'argot du peuple.
Se dit aussi d'un Cheval qui fait en marchant de fréquents sacrifices au dieu Crépitus.
ROUSSINER, v. n. Faire de fréquents sacrifices au dieu Crépitus, sans plus de façon qu'un baudet.
ROUSTIR, v. a. Tromper, duper,--dans l'argot des voleurs.
Signifie aussi _Dévaliser_.
ROUSTISSEUR, s. m. Voleur.
ROUSTISSEUSE, s. f. Fille ou femme de mauvaise vie,--dans l'argot des faubouriens.
ROUSTISSURE, s. f. Escroquerie.
ROUSTISSURE. s. f. Blague peu heureuse, rôle de peu d'importance,--dans l'argot des comédiens, qui sans doute ont voulu faire allusion au mot italien _rostita_, rôtie, maigre chose.
ROYAUME DES TAUPES, s. m. La terre,--dans l'argot du peuple.
_Partir pour le royaume des taupes._ Mourir.
RU, s. m. Ruisseau,--dans l'argot du peuple et des paysans des environs de Paris.
On dit aussi _Rio_.
L'expression coule de source: [grec: reô].
«Or beuvez fort tant que rû peut courir, Ne reffusez, chassant ceste douleur, Sans empirer un povre secourir,»
dit François Villon à sa maîtresse.
RUBAN DE QUEUE, s. m. Long chemin, route qui n'en finit pas.
RUBIS SUR PIEU, loc. adv. Argent comptant,--dans l'argot des faubouriens.
RUDE, s. f. Chose difficile à croire, événement subit, désagréable,--dans l'argot du peuple.
RUDE, adj. Courageux.
RUDEMENT, adv. Extrêmement, remarquablement.
RUE, s. f. L'espace réservé entre deux portants et figurant un chemin entre deux costières, Argot des coulisses.
RUE AU PAIN, s. f. Le gosier,--dans l'argot du peuple.
RUE BARRÉE, s. f. Rue où demeure un créancier,--dans l'argot des débiteurs.
On dit aussi _Rue où l'on pave_.
A en croire Léo Lespès, cette dernière expression serait due au duc d'Abrantès, fils de la duchesse d'Abrantès, et viveur célèbre.
RUE DU BEC DÉPAVÉE, s. f. Bouche à laquelle des dents manquent,--dans l'argot des faubouriens.
RUINE-MAISON, s. m. Homme prodigue, extravagant,--dans l'argot du peuple.
RUISSELANT D'INOUÏSME, adj. _Extraordinairement inouï._
L'expression appartient à M. Philoxène Boyer,--à qui on fera bien de ne pas la voler.
RUOLZÉ, adj. Ce qui brille sans avoir de valeur intrinsèque, ce qui a une élégance ou une richesse de surface,--par allusion au procédé de dorure et d'argenture découvert par Ruolz.
_Existence ruolzée._ Vie factice, composée de fêtes bruyantes, de soupers galants, d'amis d'emprunt et de femmes d'occasion, mais dont le bonheur est absent.
_Jeunesse ruolzée._ C'est notre _Jeunesse dorée_, et elle vaut moins, quoiqu'elle soit aussi corrompue.
RUP, adj. Grand, noble, élevé, beau, riche, élégant,--dans l'argot des faubouriens et des filles.
Francisque Michel fait venir ce mot du bohémien anglais _rup_ et de l'indoustan _rupa_, argent,--d'où _roupie_. Pendant qu'il y était, pourquoi n'a-t-il pas fait descendre ce mot d'un rocher (_rupes_) ou d'une falaise (_rupina_) quelconque?
On dit aussi _Rupart_.
RUPIN, s. et adj. Homme riche; fashionable, mis à la dernière mode,--ou plutôt à la prochaine mode. C'est le superlatif de _Rup_.
«Le rupin même a l'trac de la famine. Nous la bravons tous les jours, Dieu merci!»
dit la chanson trop connue de M. Dumoulin.
On dit aussi _Rupiné_.
RUPINE, s. f. Drôlesse, fille à grands tralalas de toilette et de manières.
RUSTIQUE, s. m. Greffier,--dans l'argot des voleurs.
RUSTIQUE, s. m. Décor représentant un intérieur villageois. Argot des coulisses.
RUSTU, s. m. Greffe.
RUTIÈRE, s. f. Fille publique d'une catégorie à part décrite par Vidocq (p. 73).
S
SABLE BLANC, s. m. Sel,--dans l'argot des francs-maçons.
_Sable jaune._ Poivre.
SABLER, v. a. Tuer avec une peau remplie de sable,--dans l'argot des voleurs.
SABLON, s. m. Cassonade,--dans l'argot des faubouriens.
SABOCHE, s. f. Mauvais ouvrier, personne maladroite,--dans l'argot du peuple.
SABOCHER, v. a. Travailler sans soin, avec trop de hâte.
SABOT, s. m. Mauvais billard.
Signifie aussi Mauvais violon.
SABOT, s. m. Homme qui aime à dormir.
SABOT, s. m. Toupie plate,--dans l'argot des gamins.
SABOT, s. m. Canot, barque,--dans l'argot des voleurs.
_Aller au sabot._ S'embarquer.
SABOTER, v. a. Bousiller, travailler sans soin, à la hâte. Argot des ouvriers.
SABOULER, v. a. Gronder, faire des reproches, battre. Argot du peuple.
Signifie aussi: Travailler sans soin, faire de la mauvaise besogne.
L'expression a des chevrons:
«De ton épé' tranchante Perce mon tendre cœur, Saboule ton amante, Ou rends-lui son honneur,»
dit Vadé dans sa chanson des _Gardes françaises_.
SABOULER, v. a. Décrotter,--dans l'argot des voyous.
SABOULEUR, s. m. Décrotteur.
SABRE, s. m. Bâton,--dans l'argot des voleurs.
SABRE (Avoir un). Être gris,--dans l'argot des faubouriens.
SABRENAS, s. m. Savetier,--dans l'argot du peuple.
Signifie aussi Mauvais ouvrier, _bousilleur_.
SABRENASSER, v. n. et a. Travailler sans goût, _bousiller_ l'ouvrage.
On dit aussi _Sabrenauder_.
SABRER, v. a. Faire une chose à la hâte, et, à cause de cela, la mal faire.
SABREUR, s. m. Matamore, homme qui ne parle que de tuer.
SABREUR, s. m. _Bousilleur_, ouvrier qui travaille trop vite pour travailler avec soin.
SABRI, s. m. Bois, forêt,--dans l'argot des voleurs.
SABRIEU, s. m. Voleur de bois.
SAC, s. m. Argent,--dans l'argot des faubouriens, qui prennent le contenant pour le contenu.
_Avoir le sac._ Être riche, ou seulement avoir de l'argent.
_Homme au sac._ Homme qui vient d'hériter.
SAC, s. m. Renvoi, congé,--dans l'argot des ouvriers.
_Avoir son sac._ Être renvoyé d'un atelier.
_Donner son sac._ Remercier un patron.
SAC (Avoir dans son). Posséder, être pourvu ou doué. Argot du peuple.
_N'avoir rien dans son sac._ N'avoir pas de ressources d'esprit; être sans imagination, sans talent.
_Avoir une mauvaise pierre dans son sac._ Ne pas jouir d'une bonne santé, être atteint de mélancolie ou de maladie grave.
SAC (Être ou n'être pas dans le). Être laide ou jolie. Argot des faubouriens.
Cette expression devrait se chanter, comme cette autre, de la même famille:
«Ell' n'est pas mal Pour foutr' dans l'canal.»
SAC-A-PAPIER! Juron bourgeois, qui marque l'ennui qu'on éprouve, l'embarras dans lequel on se trouve.
SACARD, adj. et s. Homme à son aise, ayant le _sac_.
SAC AU LARD, s. m. Chemise,--dans l'argot des faubouriens, qui se sont rencontrés dans la même expression avec les voleurs anglais: _flesh-bag_, disent ceux-ci.
SAC-A-VIN, s. m. Ivrogne,--dans l'argot du peuple.
C'est le _guzzler_ anglais.
SAC PLEIN (Avoir le). Être complètement ivre.
Se dit aussi à propos d'une Femme enceinte.
SACQUÉ (Être). Avoir de l'argent.
SACQUER, v. a. Congédier, renvoyer,--dans l'argot des ouvriers.
On dit aussi _Donner le sac_.
_Sacquer un bœuf._ Renvoyer un ouvrier,--dans l'argot des tailleurs.
SACRÉ CHIEN, s. m. Eau-de-vie de mauvaise qualité qui emporte le gosier. Argot du peuple.
On dit aussi _Sacré chien tout pur_.
SACRÉ CHIEN, s. m. _Feu sacré_,--dans l'argot des rapins et des cabotins.
_Avoir le sacré chien._ Jouer d'inspiration et avec succès. Peindre avec emportement.
SACREMENT, s. m. Le mariage,--dans l'argot du peuple.
_Offrir le sacrement._ Se proposer comme mari, courtiser une fille pour le bon motif.
SACRER, v. n. et a. Affirmer.
SACRISTAIN, s. m. Mari de l'abbesse du couvent des S'offre-à-tous,--dans l'argot des filles.
SACRISTI! Juron de l'argot du peuple.
Il dit aussi _Cristi!_
Les bourgeois, eux, disent _Sapristi!_--ce qui les éloigne un peu de l'étymologie (_sacrarium_.)
SAFRAN, s. m. Jaunisse conjugale,--dans l'argot des bourgeois.
_Accommoder au safran._ Tromper son mari en faveur d'un autre homme, ou sa femme en faveur d'une autre.
On dit aussi _Vouer au jaune_.
SAGE COMME UNE IMAGE, adj. Extrêmement sage,--c'est-à-dire ne parlant pas. Argot du peuple.
SAGOUIN, s. m. Homme malpropre, grossier,--dans l'argot du peuple, qui calomnie les callitriches.
_Vilain sagouin._ Pléonasme que les femmes du peuple adressent volontiers à un nomme qui leur débite des gaudrioles et des plaisanteries grasses, dont elles ne se fâchent pas le moins du monde.
SAIGNER, v. a. Blesser quelqu'un volontairement, le tuer même,--dans l'argot des prisons.
SAIGNER, v. a. Emprunter de l'argent,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi _Faire_ ou _Pratiquer une saignée_.
_Saigner à blanc._ Abuser de la bonté des gens à qui on emprunte.
On dit aussi _Faire une saignée blanche_.
SAIGNER (Se), v. réfl. Donner de l'argent,--qu'on en doive ou non.
_Se saigner à blanc._ S'épuiser pour fournir aux dépenses d'un enfant ou d'une maîtresse.
SAINT-CRÉPIN, s. m. Outils de cordonnier, et, par extension, de toute autre profession.
SAINT-CRÉPIN, s. m. Économies, _peculium_,--dans l'argot du peuple.
SAINT DE CARÊME, s. m. Homme qui se fâche, hypocrite.
SAINT-DENAILLE, n. de l. Saint-Denis,--dans l'argot des voleurs.
SAINT-DIFFICILE, s. m. Enfant, et même grande personne faisant la dégoûtée à propos de la nourriture ou à propos d'autre chose. Argot des bourgeois et du peuple.
SAINTE ESPÉRANCE, s. f. La veille de la _Sainte Touche_.
SAINTE MOUSSELINE, s. f. Une sainte de la création de Victorien Sardou (_La Famille Benoiton_), et qu'invoquent aujourd'hui, par genre, les mères de famille qui suivent les modes de la morale comme elles suivent les modes... de la Mode. Voici donc l'oraison que murmurent à cette heure de jolies lèvres parisiennes: «Ah! Mousseline, blanche Mousseline, des mères ingrates qui te devaient leurs maris t'ont reniée pour leurs enfants! Sainte Mousseline, vierge de la toilette, sauve nos filles qui se noient dans des flots de dentelles!»
_Amen!_
SAINTE-NITOUCHE, s. f. Fille ou femme qui «fait sa sucrée» ou «sa Sophie»,--dans l'argot du peuple, qui sait à quoi s'en tenir sur les «giries» des bégueules.
Les ouvriers anglais disent de même: _to sham abram_ (jouer l'innocence patriarcale, feindre la pudeur révoltée).
Cette expression s'est employée jadis en parlant d'un Homme timide, mou, irrésolu, en amour comme en autre chose:
«Il estoit ferme de roignons. Non comme ces petits mignons Qui font la Saincte Nitouche,»
dit Mathurin Régnier.
SAINTE-TOUCHE, s. f. La fin du mois,--dans l'argot des employés. La fin de la quinzaine,--dans l'argot des ouvriers.
SAINT-JEAN, s. m. Signal,--dans l'argot des voleurs.
_Faire le Saint-Jean._ Lever l'index et le médium pour avertir un complice.
SAINT-JEAN, s. m. Outils, vêtements, affaires,--dans l'argot des typographes.
_Emporter son Saint-Jean._ S'en aller d'une imprimerie en emportant composteur, pinces, etc.
SAINT JEAN-BAPTISTE, s. m. Cabaretier,--dans l'argot du peuple, qui fait allusion à l'eau baptismale que l'on ajoute au vin pour le rendre digne d'être bu par des chrétiens.
SAINT JEAN BOUCHE-D'OR, s. m. Bavard qui, pour le plaisir de parler, ne craint pas de commettre des indiscrétions.
SAINT JEAN LE ROND, s. m. Un des nombreux pseudonymes de messire Luc.
SAINT LACHE, s. m. Le patron des paresseux.
SAINT-LAZE. Apocope de _Saint-Lazare_, prison de femmes,--dans l'argot des voyous.
SAINT-LUNDI, s. f. Jour choisi chaque semaine par les ouvriers pour aller ripailler aux barrières et dépenser en quelques heures le plus clair de leur gain, celui que la ménagère attend toujours en vain pour faire «bouillir la marmite».
_Fêter la Saint-Lundi._ Se griser--et même se soûler.
SAINT-MARCEAUX, s. m. Vin de Champagne,--dans l'argot des gens de lettres qui veulent faire une réclame à la maison de commerce de M. de Saint-Marceaux riche viticulteur d'Epernay.
SAINT PÈRE, s. m. Tabac à fumer,--dans l'argot des marbriers de cimetière.
SAINT SACREMENT (Et tout le). C'est l'et _cætera_ de l'argot du peuple: Il comprend tout--et une foule d'autres choses.
SAISISSEMENT, s. m. Les liens dont l'exécuteur lie les bras et les jambes du condamné à mort. Le saisissement est une pièce essentielle de la _toilette_.
SAISON, s. f. Laps de temps plus ou moins long, mais ordinairement de 21 jours, que l'on passe dans les villes d'eaux par ordonnance de médecin.
_Faire une saison._ Rester une vingtaine de jours à Vichy ou toute autre station thermale, et y prendre des bains minéraux.
SALADE, s. f. _Raiponce_ à une question,--dans l'argot des voleurs, facétieux à leurs heures.
SALADE DE GASCON, s. f. Corde, _ficelle_, dans l'argot du peuple.
A signifié autrefois, plus spécialement, Corde de pendu.
SALADIER, s. m. Bol de vin sucré,--dans l'argot des ouvriers.
SALAMALECS, s. m. pl. Politesse exagérée,--dans l'argot du peuple, qui ne pratique pas précisément la _Civilité puérile et honnête_.
SALAUD, adj. et s. Enfant malpropre; homme ordurier.
SALBRENAUD, s. m. Mauvais cordonnier; savetier,--dans l'argot des voleurs.
SALE, adj. Laid, mauvais, malhonnête. Argot du peuple.
_Sale intérêt._ Intérêt sordide.
_Sale monsieur._ Individu d'une moralité équivoque ou d'un caractère insociable.
_Sale pâtissier._ Homme qui n'est ni sale ni pâtissier, mais dont, en revanche, la réputation aurait grand besoin d'une lessive.
On dit aussi _Sale bête_.
SALÉ, s. m. Travail payé d'avance,--dans l'argot des typographes.
_Morceau de salé._ Acompte.
Se dit aussi, par une analogie facile à saisir, d'un Enfant venu avant le mariage.
Les ouvriers anglais disent: _to work for the dead horse_ (travailler pour le cheval mort).
SALER, v. a. Adresser de violents reproches à quelqu'un,--dans l'argot du peuple.
SALER, v. a. Faire payer trop cher.
_Saler une note._ En exagérer les prix.
On dit aussi _Répandre la salière dessus_.
SALETÉ, s. f. Mauvais tour, action vile, entachée de plus d'improbité que de boue,--dans l'argot des bourgeois, qui emploient ce mot dans le même sens que les Anglais leur _sluttery_.
_Faire des saletés._ Faire des tours de coquin, d'escroc.
SALIÈRES, s. f. pl. Cavités de la clavicule,--dans l'argot du peuple.
_Montrer ses salières._ Se dit d'une Femme maigre qui se décollète trop.
SALIGAUD, E, s. et adj. Personne malpropre au propre, et malhonnête au figuré,--dans l'argot du peuple, qui emploie ce mot dans le même sens que les Anglais leur _slut_.
SALIVERNE, s. f. Écuelle, gamelle,--dans l'argot des voleurs, qui y laissent volontiers tomber leur _salive_ pour dégoûter les camarades.
Ils disaient autrefois _Crolle_.
SALLE A MANGER, s. f. La bouche,--dans l'argot des faubouriens.
_N'avoir plus de chaises dans sa salle à manger._ N'avoir plus de dents.
SALONNIER, s. m. Critique d'art, chargé du compte rendu du Salon. Argot des journalistes.
Le mot est de création récente.
SALOPE, s. f. Fille ou femme du genre de celles que Shakespeare traite de _drabs_ dans _Winter's Tale_, et que, comme on le voit, le peuple parisien traite presque aussi mal.
SALOPERIE, s. f. Ordure,--au propre et au figuré, _spucritia_ et _obscenitas_.
_Dire des saloperies._ Employer un langage ordurier.
_Faire des saloperies._ Se conduire en goujat.
SALOPERIE, s. t. Vilain tour, lésinerie, _crasse_.
SALOPIAUD, s. m. Homme malpropre d'esprit et de costume, en actions et en paroles.
Au féminin, _Salopiaude_.
SALTIMBE, s. m. Apocope de _Saltimbanque_,--dans l'argot des faubouriens.
SALUER LE PUBLIC, Mourir,--dans l'argot des comédiens, ces gladiateurs de l'Art. C'est un ressouvenir de l'_Ave, Cæsar, morituri te salutant_.
SANG DE POISSON, s. m. Huile,--dans l'argot des faubouriens.
SANGLÉ, adj. A court d'argent.
SANGLER, v. a. Réprimander vertement, et même Battre.
SANGLER, v. a. _Permolere uxorem quamlibet aliam_,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi _Sauter_.
SANGLER (Se), v. réfl. Se priver de quelque chose au profit de quelqu'un, par exemple, se ruiner pour élever un entant ou pour entretenir une maîtresse.
SANGLIER, s. m. Prêtre,--dans l'argot des voleurs.
SANGSUE, s. f. Maîtresse qui ruine son amant par ses prodigalités; neveu qui tire à boulets rouges sur la cassette avunculaire. Argot du peuple.
SANGSURER, v. a. Faire de nombreuses _saignées_ à la bourse de quelqu'un,--dans l'argot des ouvriers, pour qui les parasites sont des sangsues.
_Se sangsurer._ Se ruiner pour élever un enfant ou pour entretenir une drôlesse.
SANS-BEURRE, s. m. Chiffonnier,--dans l'argot des faubouriens.
SANS-BOUT, s. m. Cerceau,--dans l'argot des voleurs.
SANS CANNE (Être). En rupture de ban,--dans le même argot.
SANS-CHASSES, s. m. Aveugle.
SANS-COEUR, s. m. Usurier,--dans l'argot des fils de famille.
SANS-CULOTTE, s. m. Républicain,--dans l'argot des bourgeois, pour qui _Terreur_ est inséparable de _République_.
SANS-CULOTTERIE, s. f. Doctrine des sans-culottes.
Le mot est de Camille Desmoulins.
On dit aussi _Sans-culottisme_.
SANS DOS, s. m. Tabouret,--dans l'argot des faubouriens.
SANS-FEUILLE, s. f. Potence,--dans l'argot des voleurs.
SANS-GÊNE, s. m. Homme indiscret, mal élevé,--dans l'argot des bourgeois.
SANS-LE-SOU, s. m. Artiste, ou Homme de lettres,--dans l'argot des petites dames.
SAP, s. m. Apocope de _Sapin_, cercueil,--dans l'argot des voyous.
_Taper dans le sap._ Être mort et enterré,--dormir du dernier somme.
M. Louis Festeau, qui a chanté tout, a naturellement consacré quelques loisirs de sa muse au _Sap_:
«Avant d'être mis dans le sap, Vous voulez, orné de lunettes, Me décalquer de pied en cap.»
SAPAJOU, s. m. Galantin, suborneur en cheveux gris,--dans l'argot des harengères, qui sont plus «fortes en gueule» qu'en histoire naturelle.
SAPEUR, s. m. Homme qui ne respecte rien,--dans l'argot des bourgeoises, qui n'aiment pas les gens barbus.
D'où la fameuse chanson à la mode:
«Rien n'est sa..a..cré pour un sapeur!»
SAPIN, s. m. Fiacre,--dans l'argot du peuple, qui sait que ces voitures-là ne sont pas construites en chêne.
SAPIN, s. m. Cercueil de pauvre.
_Sentir le sapin._ Être atteint d'une maladie mortelle.
SAPIN, s. m. Plancher; grenier,--dans l'argot des voleurs.
_Sapin de muron._ Grenier à sel.
_Sapin des cornants._ La terre,--_plancher des vaches_.
SAPINIÈRE, s. f. La fosse commune, exclusivement réservée aux cercueils de _sapin_. Argot des faubouriens.
SAQUET, s. m. Secousse,--dans l'argot du peuple.
Le vieux français avait _Saquer_, tirer l'épée.
SARDINES, s. f. pl. Galons de laine ou d'or aux manches de l'uniforme,--dans l'argot des soldats.
_Sardines blanches._ Galons de gendarme, ou d'infirmier militaire.
SARRASIN, s. m. Ouvrier qui consent à travailler au-dessous du tarif. Argot des typographes.
On dit aussi _Faux frère_.
SATISFAIT, s. m. Député conservateur, ami quand même du gouvernement du moment--et des gouvernements à venir. Argot des journalistes.
SATOU, s. m. Bois débité,--dans l'argot des voleurs.
Signifie aussi Bâton.
SATOUSIER, s. m. Menuisier.
SAUCE, s. f. Correction ou simplement Réprimande,--dans l'argot du peuple.
_Gare à la sauce!_ Prenez garde à ce qui va arriver de fâcheux.
_Gober la sauce!_ Être puni pour les autres; recevoir la correction, la réprimande méritée par d'autres.
SAUCÉ (Être). Recevoir la pluie.
On dit aussi _Être rincé_ et _Être trempé_.
SAUCER, v. a. Réprimander.
On disait autrefois _Faire la sauce à quelqu'un_.
SAUCISSE MUNICIPALE, s. f. Viande empoisonnée que l'on jette dans les rues pour détruire les chiens errants non muselés.
SAUTE-MOUTON, s. m. Jeu d'enfants qui consiste à sauter les uns par-dessus les autres.
On dit aussi _Faire un saute-mouton ou Jouer à saute-mouton_.
SAUTER (Faire). Dérober, chiper et même Voler. Argot des faubouriens.
D'où _Faire sauter la coupe_ au jeu.
SAUTER, v. n. Cacher le produit d'un vol à ses complices,--dans l'argot des prisons.
_Sauter à la capahut._ Assassiner un complice pour lui enlever son _fade_.
SAUTER A LA PERCHE, v. n. Ne pas savoir où manger,--dans l'argot des faubouriens, par allusion aux efforts souvent vains des singes de bateleurs pour atteindre les friandises placées à l'extrémité d'un bâton.
SAUTERELLE, s. f. Puce,--dans l'argot des voleurs.
SAUTERELLE, s. f. Petite dame,--dans l'argot des gens de lettres qui ont emprunté ce mot à N. Roqueplan.
C'est un des plus heureux qu'on ait inventés jusqu'ici pour désigner ces femmes maigres qui s'abattent chaque jour, par nuées, sur les boulevards, dont elles sont la plaie.
SAUTERIE, s. f. Danse,--dans l'argot du peuple.
SAUTE-RUISSEAU, s. m. Petit clerc. C'est le trottin de l'avoué, comme le trottin est le saute-ruisseau de la modiste.
SAUTER LE PAS, v. a. Se décider à faire une chose, sans se préoccuper de ses conséquences. Argot du peuple.
SAUTER LE PAS, v. a. Faire faillite et, par extension, Mourir,--dans l'argot des bourgeois.
Signifie aussi Faire banqueroute à la vertu,--en parlant d'une jeune fille qui se laisse séduire.
On dit aussi _La sauter_.
SAUTEUR, s. m. Filou.
SAUTEUR, s. m. Homme politique qui change d'opinion toutes les fois que cela peut lui profiter personnellement. Argot du peuple.
Se dit aussi de tout Homme sans consistance, sans parole, sur lequel on ne peut pas compter.
SAUTEUSE, s. f. Drôlesse.
SAUVAGE, s. m. Garde national de la banlieue, avant 1870--dans l'argot des faubouriens.
SAUVER BIEN (Se). Bien courir,--dans l'argot des maquignons, qui disent cela à propos des chevaux qu'ils essayent.
SAUVER LA CAISSE, v. a. Se sauver avec la caisse dont on est le gardien,--par allusion au mot d'Odry dans les _Saltimbanques_.
SAUVER LA MISE A QUELQU'UN. Lui éviter une humiliation, un ennui; lui prêter à temps de l'argent. Argot du peuple.
SAUVETTE, s. f. Jeu d'enfants qui consiste à se _sauver_ et ne pas se laisser attraper.
On dit aussi _Sauvinette_.
SAUVETTE, s. f. Mannette d'osier,--dans l'argot des chiffonniers.
SAVATE, s. f. Boxe française,--«avec cette différence, dit Th. Gautier, que la savate se travaille avec les pieds et la boxe avec les poings.»
(V. _Chausson_.)
SAVATE, s. f. Correction militaire, qui consiste à fouetter le soldat coupable à tour de bras et de souliers. Le Conseil de guerre, on le devine, n'a rien à voir là dedans: c'est une petite justice de famille et de caserne.
SAVATE, s. f. Ouvrage mal fait; chose abîmée, gâchée,--dans l'argot du peuple.
SAVATER, v. a. Travailler sans soin, faire une chose à la hâte.
On dit aussi _Saveter_.
SAVETIER, s. m. Mauvais ouvrier; homme qui fait une chose sans goût, sans soin, à la hâte.
SAVOIR CE QUE QUELQU'UN A DANS LE VENTRE. Découvrir ses sentiments, ses projets; connaître le faible et le fort de son caractère. Argot des bourgeois.
SAVOIR DE QUOI IL RETOURNE. Connaître l'état financier d'une maison, la situation morale d'une famille; être au courant des affaires politiques et littéraires et savoir quel journal ce gros homme va fonder et quel ambassadeur on va envoyer en Prusse. Même argot.
SAVOIR LIRE. Connaître toutes les ruses du métier,--dans l'argot des voleurs.
SAVON, s. m. Réprimande,--dans l'argot des domestiques _malpropres_.
_Foutre un savon._ Gronder, objurguer quelqu'un.
SAVONNER, v. a. Réprimander--et même Battre.
SAVOYARD, s. m. Homme mal élevé, brutal,--dans l'argot des bourgeois, injurieux envers les Allobroges.
SAVOYARDE, s. f. Malle,--dans l'argot des voleurs.
SCÈNE DE L'ABSINTHE (Faire la). Jouer son verre d'absinthe avec un camarade, ou lui en offrir un. Argot des coulisses.
On dit de même, à propos de toutes les consommations: _Faire_ ou _jouer la scène du cigare, du café, de la canette_, etc.
SCHAFFOUSE, s. m. Le derrière, parce qu'à la chute du _Rein_,--dans l'argot facétieux du peuple, qui connaît la géographie.
SCHLAGUE, s. f. Correction brutale qu'un père donne volontiers à son enfant, un mari à sa femme, etc.
SCHLAGUER, v. a. Corriger, battre.
Encore un mot allemand,--_schlagen_.
SCHLOFFER, v. n. Dormir, se coucher,--dans l'argot des faubouriens, qui ont appris cette expression dans la fréquentation d'ouvriers alsaciens ou allemands (_schlafen_).
Ils disent aussi _Faire schloff_.
SCHNICK, s. m. Eau-de-vie de qualité inférieure,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi _Schnaps_.
SCHNIQUER, v. n. Se griser d'eau-de-vie.
SCHNIQUEUR, s. m. Buveur d'eau-de-vie.
SCIANT, adj. Ennuyeux,--dans l'argot du peuple.
SCIE, s. f. Ennui, contre-temps fâcheux.
SCIE, s. f. Femme légitime.
_Porter sa scie._ Se promener avec sa femme au bras.
SCIE, s. f. Mystification, plaisanterie agaçante,--dans l'argot des artistes.
Le chef-d'œuvre du genre, c'est:
«Il était quatre jeunes gens du quartier, Eh! eh! eh! eh! Ils étaient tous les six malades, Ade! ade! ade! ade! On les mit tous sept dans un lit, Hi! hi! hi! hi! Ils demandèrent du bouillon, On! on! on! on! Qui n'était ni salé ni bon, On! on! on! on! C'est l'ordinair' de la maison, On! on! on! on! Ça commence à vous embêter, Eh! eh! eh! eh! Et bien je vais recommencer, Eh! eh! eh! eh!»
Et l'on recommence en effet jusqu'à ce que l'importun que l'on scie ainsi comprenne et s'en aille.
_Faire_ ou _Monter une scie_. Imaginer une mystification contre quelqu'un.
SCIER, v. a. Importuner, obséder sans relâche.
On dit aussi _Scier le dos_.
SCIER DU BOIS, v. a. Jouer du violon ou de la contrebasse,--dans l'argot des faubouriens.
SCIEUR DE BOIS, s. m. Violoniste ou contrebassiste.
SCION, s. m. Baguette et même Bâton,--dans l'argot du peuple.
SCIONNER, v. a. Battre quelqu'un, le bâtonner.
SCIONNER, v. a. Tuer,--dans l'argot des voleurs.
SCIONNEUR, s. m. Meurtrier.
SCRIBOUILLAGE, s. m. Mauvais style,--style à la Scribe. Argot des gens de lettres.
SCULPSIT, s. m. Sculpteur,--dans l'argot des artistes.
SCULPTURE RONFLANTE, s. f. Sculpture tourmentée, colorée, entre la sagesse et l'exagération.
SEC, s. m. Élève qui a passé des examens de fin d'année déplorables. Argot des Polytechniciens.
On dit aussi, mais moins: _Fruit sec_.
SÉCHÉ (Être). N'être plus gris,--dans l'argot des faubouriens.
SÉCHER, v. n. Être fruit _sec_,--dans l'argot des Polytechniciens.
SÉCOT, s. et adj. Homme maigre et sec,--dans l'argot du peuple.
SECOUER, v. a. Gronder quelqu'un, et même le battre,--dans le même argot.
On dit aussi _Secouer les puces_.
SECOUER LA COMMODE, v. a. Jouer de l'orgue de Barbarie,--dans l'argot des faubouriens.
SECRET DE POLICHINELLE, s. m. Secret connu de tout le monde,--dans l'argot du peuple.
SEIGNEUR ET MAITRE, s. m. Mari,--dans l'argot des bourgeois: _protecteur_,--dans l'argot de Breda-Street.
SEMAINE DES QUATRE JEUDIS, s. f. Semaine fantastique, dans laquelle les mauvais débiteurs promettent de payer leurs dettes, les femmes coquettes d'être fidèles, les gens avares d'être généreux, etc. C'est la _Venue des Coquecigrues_ de Rabelais.
On dit aussi: _La semaine des quatre jeudis, trois jours après jamais_.
SEMAINES, s. f. pl. Sous de poche distribués le samedi et le dimanche.--dans l'argot des collégiens.
SEMER QUELQU'UN, v. a. S'en débarrasser,--dans l'argot des faubouriens.
Signifie aussi: Le renverser, le jeter à terre d'un coup de poing ou d'un coup de pied.
SENS DEVANT DIMANCHE. adv. De travers, sens dessus dessous,--dans l'argot du peuple.
SENTINELLE, s. f. Résultat de la digestion. _Stercus._
_Poser une sentinelle._ Alvum deponere.
SENTIR, v. a. Aimer,--dans l'argot du peuple, qui emploie surtout ce verbe avec la négative.
_Ne pas pouvoir sentir quelqu'un._ Avoir répugnance à le rencontrer, à lui parler, le haïr enfin.
On dit aussi _Avoir dans le nez_.
SENTIR LE COUDE A GAUCHE. v. n. Avoir confiance en soi et dans l'amitié de ses camarades; se sentir appuyé, soutenu, encouragé, etc.
SENTIR LE LAPIN. Suer abondamment et désagréablement des aisselles.
SENTIR MAUVAIS, v. n. Devenir grave, sérieux; se gâter,--en parlant des choses.
_Cela sent mauvais_ est une phrase de la même famille que _Le torchon brûle_.
SEPT, s. m. Crochet,--dans l'argot des chiffonniers.
SÉQUELLE, s. f. Grand nombre de gens ou de choses,--dans l'argot du peuple, qui n'emploie ce mot que péjorativement.
Signifie aussi: Gens ou choses qui font suite à quelqu'un ou à quelque chose.
_Toute la séquelle._ Tous les membres de la famille, et surtout les enfants.
SER, s. m. Signal donné en crachant,--dans l'argot des voleurs. (V. _Serpent_.)
SERGOLLE, s. f. Ceinture,--dans le même argot.
SÉRIEUX, adj. Excellent, convenable,--dans l'argot des gens de lettres et des petites dames.
_Homme sérieux._ Qui ne refuse rien aux femmes qui ne refusent rien aux hommes--riches.
_Souper sérieux._ Où rien ne manque de ce qui doit en faire l'attrait: vins exquis, chère non-pareille, femmes charmantes, hommes d'esprit, etc.
Le peuple emploie aussi cet adjectif dans l'acception de Copieux: _un beefsteak sérieux_, _un dessert sérieux_, etc.
SERIN, s. m. Gendarme de la banlieue,--dans l'argot des voyous.
S'est dit aussi, à une certaine époque du règne de Louis-Philippe, des compagnies de voltigeurs de la garde nationale qui avaient des parements jaunes, des passe-poils jaunes, des torsades jaunes, tout jaune, au point qu'en les passant un jour en revue dans la cour des Tuileries, et les voyant se débander, le maréchal Lobau s'écria: «Fermez donc les grilles, mes serins vont s'envoler!»
SERIN, s. et adj. Imbécile, ou seulement Homme naïf,--dans l'argot des faubouriens.
SERINER, v. a. Répéter à satiété une chose à quelqu'un, afin de la lui loger dans la mémoire.
SERINETTE, s. f. Homme qui fait _chanter_ d'autres hommes,--dans l'argot des voleurs.
SERINGUE, s. f. Voix fausse, aigre, criarde,--dans l'argot du peuple.
_Chanter comme une seringue._ Chanter très mal.
SERPENT, s. m. Ceinture de cuir,--dans l'argot des troupiers, qui y serrent leur argent.
On dit aussi _Anguille_.
SERPENT, s. m. Crachat,--dans l'argot des voleurs.
SERPENTIN, s. m. Matelas,--dans le même argot.
SERPETTES, s. f. pl. Les jambes,--dans l'argot des troupiers.
SERPILLIÈRE, s. f. Soutane,--dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi _Serpillière à ratichon_.
SERRANTE, s. f. Serrure,--dans l'argot des voleurs.
SERRÉ, adj. Pauvre; sans argent, momentanément ou par habitude,--dans l'argot des bourgeois.
Signifie aussi Avare.
SERRER, v. a. Mettre en prison,--dans l'argot des faubouriens.
SERRER LA VIS. Achever une affaire, presser un travail. Étrangler quelqu'un. Argot du peuple.
SERRER LE NOEUD. Se marier,--dans l'argot des bourgeois et des vaudevillistes.
SERRER LES POUCES A QUELQU'UN, v. a. Le presser vivement de questions pour lui faire avouer la vérité. Argot du peuple.
SERT, s. m. Signe fait par un compère,--dans l'argot des saltimbanques.
SERVIETTE, s. f. Portefeuille,--dans l'argot des avocats.
SERVIETTE, s. f. Aniterge en papier,--dans l'argot des bourgeois.
SERVIR, v. a. et n. Trahir, dénoncer,--dans l'argot des voleurs.
_Servir de belle._ Dénoncer à faux.
SERVIR, v. a. Arrêter, prendre,--dans l'argot des faubouriens.
Vidocq, lorsqu'il était chef de la police de sûreté, avait l'habitude de dire tranquillement au malfaiteur pris dans une souricière, ou ailleurs: «Monsieur, vous êtes servi!...»»
SÉSIÈRE, pr. pers. Soi, lui, elle,--dans l'argot des voleurs.
On dit aussi _Sésigue_ et _Sésingard_.
SEU, s. m. Second,--dans l'argot des enfants, qui pratiquent l'apocope comme des hommes.
SÉVÈRE, s. f. Chose étonnante; événement inattendu,--dans l'argot des faubouriens.
SEXE, s. m. Les femmes en général,--dans l'argot du peuple, qui, sans tomber à leurs pieds, comme le recommande M. Legouvé, sait qu'il leur doit une mère, la seule créature digne de ses respects.
_Ami du sexe._ Homme de complexion amoureuse.
SHOCKING! Exclamation qui, de la langue des pudiques Anglaises, a passé dans l'argot ironique des gouailleurs parisiens. Ce qui est _choquant_ de l'autre côté du détroit cesse de l'être de ce côté-ci.
SHOCKINER (Se), v. réfl. Se scandaliser.
SIBIJOITE, s. f. Cigarette,--dans l'argot des marbriers de cimetière, parfois trop fantaisistes.
_Orpheline._ Cigarette presque fumée.
SIFFLE, s. f. Voix,--dans l'argot des voleurs.
SIFFLER, v. a. et n. Boire ou manger, mais surtout boire,--dans l'argot du peuple, qui emploie ce verbe depuis plus d'un siècle, comme le prouvent ces vers d'une chanson du commencement du XVIIe siècle:
«Lorsque je tiens une lampée Pleine de vin, le long de la journée, Je siffle autant que trois.»
SIFFLER, v. a. Dépenser.
_Avoir tout sifflé._ Être ruiné.
SIFFLER LA LINOTTE, v. a. Appeler sa maîtresse avec un cri ou un air convenus; faire le pied de grue.
SIFFLET, s. m. Gorge, gosier,--entonnoir à air et à vin.
_S'affûter le sifflet._ Boire.
On dit aussi _Se rincer le sifflet_.
_Couper le sifflet à quelqu'un._ Le forcer à se taire, soit en lui coupant le cou, ce qui est un moyen extrême, soit en lui prouvant éloquemment qu'il a tort de parler, ce qui vaut mieux.
SIGNE D'ARGENT, s. m. Le stercus humain,--dans lequel il est bon de marcher, paraît-il, parce que cela porte bonheur.
SIGNER DES ORTEILS (Se), v. réfl. Se pendre ou être pendu,--dans l'argot du peuple, qui fait allusion aux derniers tressaillements des suicidés ou des condamnés.
SILENCE, s. m. Audiencier,--dans l'argot des voyous, habitués de police correctionnelle ou de cour d'assises.
SIME, s. f. Patrouille,--dans l'argot des voleurs.
SIMON, s. m. Propriétaire,--dans l'argot des ouvriers viveurs.
_Aller chez Simon._ Aller «où le roi va à pied»,--dans l'argot des bourgeoises.
SIMPLE, s. et adj. Niais,--dans l'argot du peuple, qui a un faible pour les _roublards_.
Les Anglais ont la même expression: _Flat_, plat,--nigaud.
SINGE, s. m. Patron,--dans l'argot des charpentiers, qui, les jours de paye, exigent de lui une autre monnaie que celle de son nom.
SINGE, s. m. Ouvrier compositeur,--dans l'argot des imprimeurs.
SINGE BOTTÉ, s. m. Homme amusant, gros farceur,--dans l'argot des bourgeoises.
SINGERIES, s. f. Grimaces, mines hypocrites, comédie de la douleur,--dans l'argot du peuple, qui n'aime pas les gens simiesques.
SINGULIER PISTOLET, s. m. Homme bizarre, original, qui ne fait rien comme tout le monde, _part_ quand il faudrait rester, et reste quand il faudrait partir.
SINVE, s. m. Homme simple, imbécile, bon à duper,--dans l'argot des voleurs.
Quelques lexicographes de la rue affirment qu'on écrit et prononce _sinvre_.
_Affranchir un sinve._ Faire d'un paresseux un voleur, ou d'un débauché un escarpe.
SINVINERIE, s. f. Niaiserie.
SIROP, s. m. Vin,--dans l'argot des faubouriens, qui ont l'honneur de se rencontrer avec Rabelais: «Après s'être bien antidoté l'haleine de sirop vignolat,» dit l'immortel Alcofribas Nasier.
_Avoir un coup de sirop de trop._ Être ivre.
SIROTER, v. a. Boire plus que de raison.
Signifie aussi Boire à petits coups.
SIROTER, v. n. et a. Nettoyer à fond la tête de quelqu'un, la bien peigner, friser et pommader. Argot des coiffeurs.
SIROTER LE BONHEUR, v. a. Être dans la lune de _miel_. Argot des faubouriens.
SIROTEUR, s. m. Ivrogne.
SIX, s. f. Une des six chandelles dont se compose un paquet d'une livre.
_Brûler des six._ N'employer que ces chandelles-là.
SIX-FRANCS, s. m. Outil de bois sur lequel on repasse les habits,--dans l'argot des tailleurs.
SIX-QUATRE-DEUX (A la), adv. Sans soin, sans grâce, à la hâte,--dans l'argot des bourgeois.
SMALA, s. f. Famille, ménage,--dans l'argot des troupiers qui ont fait les campagnes d'Afrique.
Se dit depuis la prise de la _smala_ d'Abd-el-Kader par le duc d'Aumale.
SNOB, s. m. Fat, ridicule, vaniteux,--dans l'argot des gens de lettres, qui ont emprunté cette expression au _Livre des Snobs_ de Thackeray, comme si nous n'avions pas déjà le même mot sous une douzaine de formes.
SNOBISME, s. m. Fatuité, vanité.
SNOBOYE, adj. Parfait, excellent, _chocnosof_,--dans l'argot des faubouriens.
SOCIÉTÉ DU DOIGT DANS L'OEIL, s. f. Association pour rire, formée par Nadar, dans laquelle on enrégimente à leur insu les gens qui «se fourrent le doigt dans l'œil».
SOCIÉTÉ DU FAUX COL, s. f. Société de secours mutuels que forment entre eux les comédiens pour se débarrasser des _raseurs_, des importuns, des gêneurs.
Le signe de détresse que font entre eux les membres de la _Société du faux col_ consiste à passer le doigt sur le col de la chemise.
Cette société s'appelle aussi la _Société du rachat des captifs_.
SODA, s. m. Mélange de sirop de groseille et d'eau de seltz (_soda-water_).
SOEUR, s. f. Maîtresse,--dans l'argot des soldats et des voyous, qui, sans s'en douter, se servent du même mot que les Romains, dans le même sens, _soror_. Les Romains avaient de plus le mâle de la sœur, qui était le _frater_.
On dit aussi: _Nos sœurs du peuple_, pour désigner certaines victimes cloîtrées, qui ne se plaignent pas de l'être. Au XVIe siècle, on disait: _Nos cousines_.
_Sœur_ se trouve, avec cette dernière acception, dans le _Dictionnaire_ de Leroux.
SOEUR, s. f. Fille ou femme,--dans l'argot des francs-maçons.
SOEURS BLANCHES, s. f. pl. Les dents,--dans l'argot des voleurs.
SOIFFARD, s. m. Ivrogne,--dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi _Soiffeur_.
SOIFFER, v. n. Boire outre mesure,--sous prétexte de soif.
SOIGNÉ, s. m. Chose de qualité supérieure, vin ou chapeau, tabac ou salade, etc.
SOIGNÉE, s. f. Chose étonnante, difficile à croire; événement extraordinaire.
Signifie aussi elliptiquement. Correction violente,--_pile_ donnée avec soin.
SOIGNER, v. a. Battre quelqu'un avec un _soin_ dont il n'est nullement reconnaissant.
SOIGNER SES ENTRÉES. Se faire applaudir à son entrée en scène par les chevaliers du lustre. Argot des coulisses.
SOIR, s. m. Journal du soir,--dans l'argot des gandins.
Cette ellipse est à la mode depuis quelque temps dans les cafés des boulevards.
SOISSONNAIS, s. m. pl. Haricots,--dans l'argot des voleurs, qui savent que Soissons est la patrie de ce farineux.
SOLDAT DU PAPE, s. m. Mauvais soldat,--dans l'argot du peuple.
SOLDATS, s. m. pl. De l'argent,--dans l'argot des faubouriens, qui savent que l'argent est le nerf de la guerre.
Dans _les Joyeuses Commères de Windsor_, Shakespeare fait dire par Falstaff à Ford: _Money is a good soldier, Sir, and will on_. (L'argent est un bon soldat; il pousse en avant.)
SOLDE, s. m. Restant d'étoffe; coupon,--dans l'argot des marchands.
SOLDE, s. m. Chose de médiocre valeur,--dans l'argot des gens de lettres.
_Cigare de solde._ Mauvais cigare.
_Dîner de solde._ Exécrable dîner.
SOLFÉRINO, adj. et s. Couleur rouge violacée, fort à la mode depuis la guerre d'Italie.
SOLIR, v. a. Vendre,--dans l'argot des voleurs.
_Solir sur le verbe._ Acheter à crédit,--c'est-à-dire sur _parole_.
SOLITAIRE, s. m. Spectateur qui ne paye sa place que moitié prix, mais à la condition d'entrer au théâtre dans les rangs de la Claque, sans être forcé d'applaudir comme elle. Argot des coulisses.
SOLLICEUR, s. m. Marchand,--dans l'argot des voleurs.
_Solliceur à la pogne._ Marchand, ambulant.
_Solliceur de lacets._ Gendarme.
_Solliceur de loffitudes._ Homme de lettres.
SONDE, s. f. Médecin,--dans le même argot.
SONDEUR, adj. et s. Sournois, prudent, malin,--dans l'argot des faubouriens.
_Aller en sondeur._ S'informer avant d'entreprendre une chose, écouter une conversation avant de s'y mêler.
_Père sondeur._ Bonhomme rusé, dont personne ne se méfie, et qui se joue de tout le monde.
SONNETTE DE BOIS, s. f. Sonnette d'hôtel garni que l'on bourre de chiffons pour l'empêcher de sonner lorsqu'on veut s'en aller clandestinement.
D'où l'expression _Déménager à la sonnette de bois_.
SONNETTE DE NUIT, s. f. Houpette de soie blanche que les petites dames portent au capuchon de leurs caracos (1865).
SONNETTES, s. f. pl. Pièces d'or ou d'argent, d'une musique supérieure à celle de Rossini--pour les oreilles des petites dames.
SONNETTES, s. f. pl. Gringuenaudes de boue qui pendent aux poils des chiens. Argot des chasseurs.
SORBONNE, s. f. La tête,--parce qu'elle «médite, raisonne et conseille le crime». Argot des voleurs.
SORCIÈRE, s. f. Femme mal mise ou d'une figure ravagée,--dans l'argot des bourgeoises.
Elles disent aussi _Vieille sorcière_.
SORGUE, s. f. Nuit,--dans l'argot des voleurs.
Les Maurice La Châtre de Poissy prétendent qu'il faut écrire _Sorgne_.
SORGUER, v. n. Passer la nuit.
SORGUEUR, s. m. Voleur de nuit.
SORTE, s. f. Mauvaise raison, faux prétexte, _balançoire_,--dans l'argot des typographes.
SORTIE, s. f. Discours inconvenant; emportement plus ou moins violent. Argot du peuple.
SORTIR, v. a. Transporter un mobilier _extra-muros_,--dans l'argot des déménageurs.
_Le rentrer._ Le ramener à Paris.
On dit de même _Sortie_ pour un déménagement _extra-muros_, et _Rentrée_ pour le contraire.
SORTIR, v. n. Avoir des absences d'esprit, être distrait,--dans l'argot du peuple.
On dit mieux _Être sorti_ ou _Être ailleurs_, pour n'être pas à la conversation, ne pas savoir ce qu'on dit autour de soi.
SORTIR, v. n. Être insupportable,--dans l'argot des faubouriens.
Ce verbe ne s'emploie guère qu'à la troisième personne de l'indicatif présent: _il me sort_,--c'est-à-dire, je ne peux pas le voir sans en être blessé, offusqué.
Quelques-uns, pour être plus expressifs, disent: _Il me sort par le cul_.
SORTIR D'UNE BOITE, v. n. Être vêtu avec une propreté méticuleuse,--dans l'argot des bourgeois, qui ont des notions de blanchisseuse sur l'élégance.
Ils disent aussi _Avoir l'air de sortir d'une boîte_.
SORTIR LES PIEDS DEVANT, v. n. Être emporté mort, «cloué sous la lame»,--dans l'argot du peuple, qui sait de quelle façon un cercueil sort d'une maison.
SOT-L'Y-LAISSE, s. m. Le croupion d'une volaille,--dans l'argot des bourgeois.
SOUDRILLARD, s. et adj. Libertin,--dans l'argot des voleurs.
Le vieux français avait _Soudrille_ (soldat, ou plutôt _soudard_).
SOUFFLANT, s. m. Pistolet,--dans le même argot.
SOUFFLER, v. a. Prendre, s'emparer de quelque chose,--dans l'argot du peuple.
_Souffler la maîtresse de quelqu'un._ La lui enlever,--et, dans ce cas-là, souffler, c'est jouer... un mauvais tour.
SOUFFLER DES POIS, v. n. Agiter ses lèvres en dormant pour expirer l'air par petits coups secs.
Les étudiants en médecine disent: _Fumer sa pipe_.
Dans l'argot du peuple, _Souffler des pois_, c'est Faire l'important.
SOUFFLER SON COPEAU, v. a. Travailler,--dans l'argot des ouvriers.
SOUFFLET, s. m. Le _podex_.
SOUFFLEUR DE BOUDIN, s. m. Homme à visage rubicond.
SOUILLON, s. f. Femme malpropre, fille à soldats. C'est la _malkin_ des voyous anglais.
SOUILLOT, s. m. Ivrogne, débauché, _arsouille_,--dans l'argot des faubouriens.
SOULAGER, v. a. Alléger la poche de son voisin de la montre ou de la bourse qu'elle contenait.
SOULAGER (Se), v. réfl. _Meiere_. Argot du peuple.
Se dit aussi à propos de la fonction du plexus mésentérique.
SOULARD, adj. et s. Ivrogne.
SOÛLER (Se). Se goinfrer de vin ou d'eau-de-vie à en perdre la raison.
SOULEUR, s. f. Frayeur subite et violente, qui remue le cœur et _soûle_ l'esprit au point que, pendant qu'elle dure, on ne sait plus ce que l'on fait.
_Faire une souleur à quelqu'un._ Lui faire peur.
SOULEVER, v. a. Dérober adroitement,--dans l'argot des faubouriens.
SOULIERS A MUSIQUE, s. m. pl. Qui craquent lorsqu'on les porte pour la première fois.
SOULIERS-SEIZE, s. m. pl. Souliers très étroits (13 et 3),--dans l'argot ridiculement facétieux des bourgeois.
SOULIERS SE LIVRANT A LA BOISSON, s. m. pl. Souliers usés, prenant l'eau,--dans l'argot des faubouriens.
SOULOGRAPHE, s. m. Ivrogne abject. Argot des typographes.
SOULOGRAPHIE, s. m. Ivrognerie dégoûtante.
SOULOGRAPHIER (Se), v. réfl. S'enivrer crapuleusement.
SOUPÇON, s. m. Très petite quantité,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi _Idée_.
SOUPE AU LAIT, s. f. Homme qui s'emporte pour un rien.
SOUPE DE PERROQUET, s. f. Pain trempé dans du vin.
SOUPE-ET-LE-BOEUF (La), Bonheur conjugal,--c'est-à-dire _ordinaire_.
C'est une expression de la même famille que _Pot-au-feu_.
SOUPENTE, s. f. Le ventre,--dans l'argot des faubouriens.
Le mot a été recueilli par Traviès.
SOUPE-SEPT-HEURES, s. m. Homme qui a des habitudes de repas régulières,--dans l'argot du peuple, qui, en conservant cette expression, a conservé aussi la coutume qu'elle consacre.
SOUPEUR, s. et adj. Viveur,--dans l'argot des gens de lettres.
SOUPEUSE, s. f. Femme galante qui a pour spécialité de _lever les hommes au souper_,--c'est-à-dire de faire espalier avec d'autres à la porte des cafés du boulevard, vers les onze heures du soir, afin d'être priée à souper par les gens qui n'aiment pas à rentrer seuls chez eux. La soupeuse a une prime par chaque tête de bétail qu'elle amène au restaurant.
SOUPIER, adj. et s. Grand mangeur de soupe. Argot du peuple.
SOUPIR, s. m. _Crepitus ventris_,--dans l'argot des bourgeois.
_Soupir de Bacchus._ Éructation.
SOUPIRER, v. n. _Crepitum reddere._
SOUQUER, v. a. Battre ou seulement Rudoyer. Argot du peuple.
SOURICIÈRE, s. f. Cabaret suspect où se réunissent les voleurs et où ils se font arrêter par les agents de police, au courant de leurs habitudes.
_Tendre une souricière._ Surveiller les abords d'un de ces mauvais lieux-là.
SOURICIÈRE, s. f. Crinoline, ou Tournure exagérée,--dans l'argot des petites dames, qui savent combien les hommes se laissent _prendre_ à cela.
SOURICIÈRES, s. f. pl. Ce sont, d'après Vidocq, de grandes pièces souterraines dont on peut voir les fenêtres garnies d'énormes barreaux de fer sur le quai de l'Horloge, et dans lesquelles les prévenus extraits des différentes prisons de Paris sont déposés pour attendre le moment de paraître devant le juge d'instruction.
SOURIS, s. f. Baiser sur l'œil,--dans l'argot des faubouriens, qui savent que ce baiser fait moins de bruit que les autres.
SOUS, s. m. pl. Argent, fortune,--dans l'argot des ouvriers.
_Avoir des sous._ Être riche.
SOUS DE POCHE, s. m. pl. Monnaie à dépenser,--dans l'argot des collégiens et des grandes personnes qui n'aiment pas à sortir sans argent.
SOUS LE LIT (Être). N'être pas au courant d'un métier ou au fait d'une chose; se tromper. Argot des faubouriens.
SOUS-LIEUTENANT, s. m. Résultat moulé d'une évacuation alvine,--dans l'argot des royalistes ennemis de la première Révolution.
«Je m'accroupis en gémissant Au coin d'une boutique. Je mis bas un sous-lieutenant D'une figure étique?»
dit une chanson du comte Barruel de Beauvert, publiée dans les _Nouveaux Actes des Apôtres_.
On disait aussi _Un représentant_.
Avant de s'entre-tuer, les hommes que divisent les opinions politiques s'entre-souillent d'épigrammes ordurières.
SOUS-OFF, s. m. Apocope de _Sous-Officier_,--dans l'argot des troupiers.
SOUS PRESSE (Être). Être occupée,--dans l'argot de Breda-Street.
SOUSSOUILLE, s. et adj. Débauché, ivrogne, _arsouille_,--dans l'argot des faubouriens.
SOUTADOS, s. m. Pièce de cinq centimes.
SOUTE AU PAIN, s. f. L'estomac,--dans l'argot des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de marine.
Les ouvriers anglais ont la même expression: _Bread-basket_ (panier au pain), disent-ils.
SOUTELLAS, s. m. Cigare d'un sou,--dans l'argot des voyous qui ont voulu se moquer des panatellas.
SOUTENANTE, s. f. Canne,--dans l'argot des voleurs.
SOUTENEUR, s. m. Homme qui vit aux dépens des filles,--dans l'argot du peuple.
SOUTIRER AU CARAMEL, v. a. Tirer de l'argent de quelqu'un en employant la douceur.
SPECK, s. m. Lard,--dans l'argot des voleurs, qui ont _emprunté_ ce mot à la langue allemande.
SPEECH, s. m. Discours, bavardage,--dans l'argot du peuple et des gens de lettres.
SPER, s. m. Carreau dont on vient de se servir, mais qui possède encore assez de chaleur pour être de nouveau utilisé.
Expression de l'argot des tailleurs.
SPHINX, s. m. Mets imaginaire comme le monstre auquel fut forcé de répondre OEdipe, et qu'on demande facétieusement dans certains restaurants qui prétendent avoir de tout. Alphonse Karr, ou Méry, eut un jour la curiosité d'en exiger;--«Nous venons de donner la dernière portion,» lui répondit tranquillement le garçon. Léon Gozlan fut plus heureux, ou plus malheureux; il en demanda--et on lui en servit.
SPICKEL, s. f. Épée de fantaisie,--dans l'argot des Polytechniciens, qui l'achètent ordinairement chez le marchand qui porte ce nom, et dont le magasin est rue Saint-Honoré, ou rue Richelieu.
SPIRITE, s. et adj. Homme qui ne croit peut-être pas à Dieu mais qui croit aux _esprits_, afin de prouver l'insanité du sien.
SPIRITISME, s. m. _Dada_, à l'usage des gens sérieux qui tiennent à passer pour grotesques. Ils évoquent Voltaire et ils le font parler comme Eugène de Mirecourt.
SPORT, s. m. Science de la haute vie et des nobles amusements, courses, paris, etc.,--dans l'argot des anglomanes.
SPORTIF, IVE, adj. Qui a rapport aux choses du sport.
Mot barbare qui a fait récemment son apparition dans les journaux.
SPORTSMAN, s. m. Homme de cheval, habitué des courses.
SPORTSMANIE, s. f. La _manie_ des courses,--dans l'argot des bourgeois.
STALLE, s. f. Chaise ou fauteuil,--dans l'argot des francs-maçons.
STERLING, adj. Pur, de bon aloi; riche,--dans l'argot du peuple, qui n'a pas le moins du monde «emprunté ce superlatif au système monétaire anglais», par l'excellente raison que ce «superlatif» a, en anglais, la même signification qu'en français: _Sterling wit_ (esprit de bon aloi), _sterling merit_ (mérite remarquable), disent nos voisins. M. Ch. Nisard s'est trompé.
STICK, s. m. Petite canne,--dans l'argot des «young gentlemen», qui mettent cela dans leur bouche comme un sucre d'orge, au lieu d'appuyer leurs mains dessus comme sur un bâton.
Ce mot entrera sans peine dans la prochaine édition du Dictionnaire de l'Académie, plus hospitalier pour les mots anglais que pour les mots français. Même observation à propos de _derby_, _turf_, _studbook_, _handicap_, _steeple-chase_, _match_, etc.
STOCKFISH, s. m. Anglais,--dans l'argot des faubouriens.
STOP! Expression de la langue anglaise qui est passée dans l'argot des canotiers parisiens. Elle signifie, on le sait: «Arrêtez!»
STOPPER, v. n. Arrêter, faire escale.
C'est le verbe anglais _To stop_.
STROC, s. m. Chopine,--dans l'argot des voleurs.
_Demi-stroc._ Demi-setier.
On dit aussi _Stron_.
STUC, s. m. Part d'un vol,--dans l'argot des voleurs, qui doivent s'estimer heureux de ne plus vivre au XVIIIe siècle, à une époque où un arrêt de la Cour du Parlement (22 juillet 1722) condamnait à être rompu vif un sieur Cochois, pour avoir recélé des vols, en avoir eu le _stuc_, et acheté le stuc des autres.
J'ai vu écrit _Lestuc_ sur feuillet de garde du _Langage de l'argot réformé_, avec mention du sens dans lequel _stuc_ est employé.
STUCQUER, v. a. et n. Renseigner, styler,--dans l'argot des faubouriens.
_Être stuqué._ Être instruit.
STYLER QUELQU'UN, v. a. Lui faire la leçon, lui apprendre ce qu'il doit dire ou faire. Argot du peuple.
SUAGE, s. m. Assassinat,--dans l'argot des voleurs.
Signifie aussi Chauffage.
SUAGEUR, s. m. Chauffeur.
SUBLIME COUP DE L'ÉTRIER, s. m. Le viatique, qu'on donne aux mourants avant leur départ pour le grand voyage,--dans l'argot de lord Pilgrim, _aliàs_ Arsène Houssaye, qui a employé cette expression, d'un goût contestable, à propos des derniers moments de Proudhon.
SUBLIMER, v. n. Travailler avec excès, la nuit spécialement,--dans l'argot des polytechniciens.
SUBLIMER (Se). Se corrompre davantage, mais avec art,--dans l'argot des petites dames, qui ont une façon à elles de s'élever (_sublimare_).
SUBTILISER, v. a. Dérober quelque chose, une tabatière ou un foulard,--dans l'argot des faubouriens.
SUCCÈS D'ESTIME, s. m. Succès douteux, et pour ainsi dire nul,--dans l'argot des coulisses.
SUCE-LARBIN, s. m. Bureau de placement pour les domestiques--dans l'argot des voleurs.
SUCER LA FINE CÔTELETTE, v. a. Déjeuner à la fourchette.--dans l'argot des faubouriens.
SUCER LA POMME (Se), v. réfl. S'embrasser; se bécotter.
On dit aussi _Se sucer le trognon_.
SUCER UN VERRE, v. a. Le boire.
SUCEUR, s. m. Parasite, homme qui boit et mange aux dépens des autres. Argot des coulisses.
SUÇON, s. m. Pince faite à même le drap pour obtenir un bombage,--dans l'argot des tailleurs.
SUÇON, s. m. Baiser-ventouse,--dans l'argot des grisettes.
SUÇON, s. m. Sucre d'orge,--dans l'argot des petites dames, habituées des Délass Com, et du théâtre Déjazet.
SUCRE! Exclamation de l'argot des bourgeoises, à qui--naturellement--répugne celle de Cambronne.
SUCRÉE! s. f. Bégueule,--dans l'argot du peuple.
_Faire sa sucrée._ Se choquer des discours les plus innocents comme s'ils étaient égrillards, et des actions les plus simples comme si elles étaient indécentes.
L'expression est vieille,--comme l'hypocrisie. Perrot d'Ablancourt, dans sa traduction de Lucien, dit: «Et cette petite sucrée de Sapho...»
SUDISTE, s. et adj. Partisan des Etats de l'Union qui ont brisé cette union pour se constituer, sans y réussir, en République à part, dite _République du Sud_.
On dit aussi _Confédéré_, _Esclavagiste_, _Sécessionniste_ et _Séparatiste_.
SUÉE, s. f. Réprimande,--dans l'argot du peuple.
Signifie aussi Peur.
SUÉE DE MONDE, s. f. Foule, grand nombre de personnes.
SUER (Faire). Assassiner,--dans l'argot des voleurs.
_Faire suer sur le chêne._ Tuer un homme.
SUER (Faire). Ennuyer outrageusement par ce qu'on fait ou par ce qu'on dit; faire lever les épaules de pitié ou de dédain. Argot du peuple.
SUER SON ARGENT (Faire). Lui faire rapporter gros; se livrer à l'usure. Argot des bourgeois.
SUER THÉMIS (Faire). Étudier le Code, de manière à pouvoir éluder la loi,--dans l'argot des faubouriens, qui disent cela à propos des gens d'affaires, des avocats marrons.
SUEUR DE CANTONNIER, s. f. Chose rare parce que chère, ou chère parce que rare,--les cantonniers étant connus généralement pour des gens qui en prennent à leur aise.
SUIF, s. m. Réprimande de maître à valet, ou de patron à ouvrier. Argot des faubouriens.
_Gober son suif._ Recevoir les reproches auxquels on s'attendait.
SUIF, s. m. Graisse, la partie adipeuse du corps humain.
_Être tout en suif._ Être fort gras.
SUIF, s. m. Argent, _beurre_.
SUIFFARD, adj. et s. Homme mis avec élégance, avec _chic_.
SUIFFARD, s. m. Richard.
SUIFFÉ, adj. Soigné, remarquable, très beau.
_Femme suiffée._ Très jolie ou très bien mise.
SUIFFÉE, s. f. Coups donnés ou reçus.
SUISSE, s. m. Invité, convive,--dans l'argot des troupiers.
_Faire Suisse._ Boire ou manger seul.
SUISSESSE, s. f. Verre d'absinthe,--dans l'argot des bohèmes.
SUIVEUR, s. m. Galantin de n'importe quel âge, homme qui suit les femmes dans la rue.
Mot créé par Nestor Roqueplan.
SUIVEZ-MOI, JEUNE HOMME, s. m. Rubans très minces et très longs que les petites dames laissent flotter sur leur dos.
SUIVRE LE SOLEIL, v. a. Aller travailler à la journée chez les particuliers,--dans l'argot des tailleurs, qui ont rarement des expressions aussi imagées et aussi poétiques.
SULFATE DE CUIVRE, s. m. Absinthe de cabaret,--dans l'argot des bohèmes, qui n'en sont que plus coupables puisqu'ils boivent obstinément un liquide dont ils connaissent les désastreux effets.
J'ai entendu demander par un ivrogne _un verre de sulfate de cuivre_ et j'ai vu le garçon lui apporter un verre d'absinthe. Empoisonneurs et empoisonnés rient de leur poison. C'est parfait!
SULTAN (Le). Le public,--dans l'argot des coulisses.
L'expression est juste surtout à propos des actrices, ces odalisques dont les tiroirs regorgent de mouchoirs.
SUPERLIFICOQUENTIEUX, a. Merveilleux, étonnant, inouï,--dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi _Superlificoquentiel_.
SURBINE, s. f. Surveillance,--dans l'argot des voleurs.
SURETTE, s. f. Pomme,--dans le même argot.
SURGERBER, v. a. Condamner en appel,--dans le même argot.
SURIN, s. m. Couteau,--dans le même argot.
_Surin muet._ Canne plombée; casse-tête.
SURINER, v. a. Assassiner quelqu'un avec un surin. V. _Chouriner_.
SURINEUR, s. m. Spécialiste du genre de Lacenaire. V. également _Chourineur_.
SURJUIN, s. m. _Insurgé_ de juin 1848,--dans l'argot des campagnards de la banlieue de Paris, pour qui un mot nouveau n'est facile à retenir qu'autant qu'il est court et sonore.
SURMOULEUR, s. m. Ecrivain qui, volontairement ou à son insu, pastiche d'autres écrivains, et emploie tout son talent à exagérer les mauvais côtés du talent des autres. Argot des gens de lettres.
SUR-RINCETTE, s. f. Supplément à la _rincette_,--dans l'argot des bourgeois.
SUR SEIZE! Exclamation de l'argot des calicots, qui l'emploient pour se prévenir mutuellement d'un péril quelconque, comme par exemple de l'arrivée subite du patron, etc.
SYMBOLE, s. m. Crédit chez le marchand de vin,--dans l'argot des typographes, qui veulent sans doute faire allusion à l'œil du fameux triangle maçonnique.
_Avoir le symbole._ Avoir un compte ouvert chez le cabaretier.
SYMBOLE, s. m. La tête,--dans l'argot des voyous.
Se dit aussi pour Chapeau.
SYSTÈME, s. m. L'ensemble des fonctions du corps humain, et, plus spécialement, le _système nerveux_. Argot du peuple.
_Agacer le système._ Ennuyer.
_Taper sur le système._ Agacer les nerfs; exaspérer.
T
TABAC, s. m. Vieil étudiant,--culotté comme une pipe qui a beaucoup servi.
TABAC, s. m. Ennui, misère,--dans l'argot des faubouriens.
_Être dans le tabac._ Être dans une position critique.
_Foutre du tabac à quelqu'un._ Le battre--de façon à lui faire éternuer du sang.
_Fourrer dans le tabac._ Mettre dans l'embarras.
_Manufacture de tabac._ Caserne.
TABAC DE DÉMOC, s. m. Tabac fait avec les détritus de cigares ramassés par les voyous jeunes et vieux, dont c'est la spécialité.
TABAR, s. m. Manteau,--dans l'argot des voleurs.
Ils disaient autrefois _Volant_.
TABATIÈRE, s. f. Le podex,--dans l'argot du peuple.
_Ouvrir sa tabatière._ Faire un sacrifice muet, mais odore, au dieu Crépitus. D'où: _Quelle prise!_
TABLEAU-RADIS, s. m. Toile qui _revient_, invendue, du Salon ou de la boutique du marchand. Argot des artistes et des gens de lettres.
On dit de même _Livre-radis_.
TABLEAUTIN, s. m. Tableau sans valeur.
TABLETTE, s. f. Brique,--dans l'argot des voleurs.
TABLIER DE CUIR, s. m. Cabriolet,--dans l'argot des faubouriens.
TABLIER LÈVE (Le). Se dit--dans l'argot des bourgeois--d'une fille qui ne peut plus dissimuler sa grossesse. _Intumescit alvus._
_Faire lever le tablier._ Engrosser une fille ou une femme.
TACHE D'HUILE, s. f. Accroc à une robe, déchirure d'habit,--dans l'argot du peuple.
TACHE D'HUILE, s. f. Mauvais tour,--_crasse_ impardonnable, ineffaçable, faite par un ami à son ami.
TAF, s. m. Peur,--dans l'argot des voleurs.
_Avoir le taf._ Avoir peur.
_Coller le taf._ Faire peur.
On dit aussi _Tafferie_.
Il n'y a pas à douter que ce mot ne vienne d'une expression proverbiale ainsi rapportée par Oudin: «_Les fesses luy font taf taf_, ou _le cul lui fait tif taf_, c'est-à-dire: _Il a grand peur, il tremble de peur_.»
On dit aussi _Taffetas_.
_Avoir le taffetas du vert._ Être frileux, avoir peur du froid.
TAFFER, v. n. Avoir peur,--dans l'argot des faubouriens.
TAFFEUR, s. m. Poltron.
_Le Royal-Taffeur._ Régiment aux cadres élastiques, où l'on incorpore à leur insu tous les gens qui ont donné des preuves de couardise.
TAILLER DES BAVETTES, v. a. Bavarder comme font les commères à la veillée,--dans l'argot du peuple, qui sait que les femmes déchirent plus de réputations à coups de langue qu'elles ne cousent de robes à coups d'aiguille.
TAILLER DES CROUPIÈRES, v. a. Donner de l'inquiétude à son ennemi, le harceler sans cesse.
TAILLER LES MORCEAUX A QUELQU'UN, v. a. Limiter ce qu'il doit manger ou dépenser; lui prescrire ce qu'il doit faire.
TAILLEUSE, s. f. Nom générique de la corporation des tailleurs.
TAIRE SON BEC, v. a. Se taire,--dans l'argot du peuple.
TALBIN, s. m. Billet de complaisance,--dans l'argot des voleurs.
_Talbin d'altèque._ Billet de banque.
_Talbin d'encarade._ Billet d'entrée dans un théâtre.
TALBIN, s. m. Huissier,--dans le même argot.
TALBINER, v. a. Assigner devant le tribunal.
TALOCHE, s. f. Soufflet ou coup de poing,--dans l'argot du peuple, qui a eu l'honneur de prêter ce mot à Molière.
TALOCHER, v. a. Donner des soufflets.
TALOCHON, s. m. Petite taloche.
TALONNER, v. a. Presser, tourmenter; poursuivre.
TALON ROUGE, s. m. Aristocrate.
_Être talon rouge._ Avoir la suprême impertinence.
TALONS COURTS (Avoir les). Se dit de toute femme ou fille qui ne sait pas défendre assez vigoureusement son honneur, et qui succombe trop aisément.
TAMBOUILLE, s. f. Ragoût, _fricot_,--dans l'argot des faubouriens.
_Faire sa tambouille._ Faire sa cuisine.
TAMBOUR, s. m. Chien,--dans l'argot des voleurs.
_Roulement de tambour._ Aboiement.
TAMPON, s. m. Poing,--dans l'argot du peuple.
TAMPONNER (Se), v. réfl. Se battre à coups de poing.
On dit aussi _Se foutre des coups de tampon_.
TANGENTE, s. f. Épée,--dans l'argot des Polytechniciens.
Ils l'appellent aussi: _La tangente au point Q_.
TANNANT, E, adj. Ennuyeux, assommant,--dans l'argot des faubouriens.
TANNER, v. n. Ennuyer.
TANNER LE CUIR, v. a. Battre quelqu'un à coups redoublés.
Au XVIIe siècle on disait: _Faire péter le maroquin_.
TANTE, s. f. Individu du _troisième sexe_,--dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi _Tapette_.
TANTE (Ma). Mont-de-Piété,--dans l'argot des petites dames et des bohèmes qui croient avoir inventé là une expression bien ingénieuse, et qui se sont contentés de contrefaire une expression belge: car au XIIe siècle, dans le pays wallon, on appelait un usurier _mon oncle_.
On dit aussi _Casino_.
TANTINET, adv. Un peu,--dans l'argot du peuple qui emploie ce mot depuis quelques siècles.
On dit aussi TANTET.
TANT QUE TERRE, adv. En abondance, beaucoup.
TAP ou TAPIN, s. m. Poteau du pilori,--dans l'argot des voleurs.
_Faire le tapin._ Être exposé.
On dit aussi _Faire le singe_.
TAPAGE, s. m. Amour,--dans l'argot des typographes.
TAPAGEUR, EUSE, adj. Eclatant, voyant, _criard_,--dans l'argot des gens de lettres et des artistes.
_Couleurs tapageuses._ Couleurs trop vives qui tirent l'œil et l'agacent.
_Toilette tapageuse._ Toilette d'un luxe de mauvais goût, dressée pour faire retourner les hommes et «crever de jalousie» les femmes.
TAPAMORT, s. m. Tambour,--dans l'argot des voyous.
TAPANCE, s. f. Maîtresse ou femme légitime,--dans l'argot des typographes.
_La tapance du meg._ La femme du patron.
TAPE, s. f. Coup de la main, à plat ou fermée. Argot du peuple.
TAPÉ, adj. Réussi, émouvant, éloquent,--c'est-à-dire bourré de grosses phrases sonores et d'hyperboles de mauvais goût, comme le peuple les aime dans les discours de ses orateurs, dans les livres de ses romanciers et dans les pièces de ses dramaturges.
_Tapé dans le nœud._ Excessivement beau, ou extrêmement remarquable.
TAPE-A-L'OEIL, s. m. Homme qui a une pétéchie sur l'œil; chien blanc qui a du poil noir sur les yeux.
TAPECUL, s. m. Voiture mal suspendue qui secoue les voyageurs.
TAPE-CUL, s. m. Planche en équilibre sur laquelle on se balance à deux. Argot des gamins.
TAPEDUR, s. m. Serrurier,--dans l'argot des voleurs.
TAPÉE, s. f. Foule, grande réunion de personnes,--dans l'argot des faubouriens.
TAPER, v. a. Frapper, battre.
TAPER, v. a. et n. _Permolere uxorem, quamlibet aliam_,--dans l'argot des typographes.
TAPER, v. a. Demander de l'argent,--dans l'argot des ouvriers.
_Taper son patron de vingt francs._ Lui demander une avance d'un louis.
TAPER, v. n. Prendre sans choisir,--dans l'argot des faubouriens.
_Taper dans le tas._ Prendre au hasard dans une collection de choses ou de femmes.
_Taper sur les vivres._ Se jeter avec avidité sur les plats d'une table; manger gloutonnement.
_Taper sur le liquide._ S'empresser de boire.
TAPER DANS LE TAS. Avoir de la rondeur dans les allures, de la franchise dans le caractère.
TAPER DANS L'OEIL, v. a. Séduire,--en parlant des choses et des femmes.
TAPER DE L'OEIL, v. n. Dormir.
L'expression est plus vieille qu'on ne serait tenté de le croire, car on la trouve dans les OEuvres du comte de Caylus (_Histoire de Guillaume Cocher_).
TAPER SUR LA BOULE, v. a. Griser, étourdir, à propos d'un liquide.
TAPETTE, s. f. Verve, entrain, _platine_.
_Avoir une fière tapette._ Être grand parleur,--ou plutôt grand bavard.
TAPETTE, s. f. Individu faisant partie du _troisième sexe_.
TAPIN, s. m. Tambour,--dans l'argot des troupiers.
Le mot a au moins cent ans de bouteille.
TAPIQUER, v. n. Habiter,--dans l'argot des voleurs.
TAPIS, s. m. Conversation, causerie,--dans l'argot des bourgeois.
_Être sur le tapis._ Être l'objet d'une causerie, le sujet d'une conversation.
_Amuser le tapis._ Distraire d'une préoccupation sérieuse par une causerie agréable.
TAPIS, s. m. Cabaret, auberge, hôtel,--dans l'argot des voleurs, qui se servent là d'un vieux mot de la langue romane, _tapinet_ (lieu secret), dont on a fait _tapinois_.
Ils disent aussi _Tapis franc_, c'est-à dire Cabaret d'_affranchis_.
_Tapis de grives._ Cantine de caserne.
_Tapis de malades._ Cantine de prison.
_Tapis de refaite._ Table d'hôte.
TAPIS BLEU, s. m. Paradis,--dans l'argot des faubouriens, qui voient par avance le dedans du ciel semblable au dehors.
TAPIS BRÛLE (Le). Expression de l'argot des joueurs, pour exciter quelqu'un à se mettre au jeu.
TAPIS DE PIED, s. m. Courtisan,--dans l'argot énergique du peuple, qui sait que les gens qui veulent parvenir essuient sans murmurer, de la part des gens parvenus, toutes les humiliations et toutes les mortifications.
Il dit aussi _Lèche-tout_.
TAPISSERIE, s. f. Femmes laides ou vieilles qu'on n'invite pas à danser,--dans l'argot des bourgeois.
_Faire tapisserie._ Regarder faire, ou écouter parler les autres.
TAPISSERIE (Avoir de la). Avoir beaucoup de figures en main,--dans l'argot des joueurs.
TAPISSIER, s. m. Cabaretier.
TAPIS VERT, s. m. Tripot,--dans l'argot des voleurs et des bourgeois.
_Jardiner sur le tapis vert._ Jouer dans un tripot.
TAPON, s. m. Amas de choses,--et spécialement d'étoffes, de chiffons. Argot du peuple.
_Mettre sa cravate en tapon._ La chiffonner, la mettre sans goût, comme si c'était un chiffon.
L'expression sort évidemment du vocabulaire des marins, qui appellent _Tapon_ une pièce de liège avec laquelle on bouche l'âme des canons pour empêcher l'eau d'y entrer.
TAPOTER DU PIANO. Toucher médiocrement du piano. Argot des bourgeois.
TAPOTEUR DE PIANO, s. m. Pianiste médiocre.
TAPOTEUSE DE PIANO. Femme qui fait des gammes.
TAPPE, s. f. La marque qu'on appliquait avant 1830 sur l'épaule des condamnés aux travaux forcés.
TAQUER, v. a. Hausser,--dans l'argot des voleurs.
TARAUDER, v. n. Faire un bruit agaçant en remuant mal à propos des meubles, en secouant des tiroirs, etc. Argot du peuple.
TARAUDER, v. a. Battre, donner des coups,--dans l'argot des faubouriens.
TARD-A-LA-SOUPE, s. m. Convive qui se fait attendre,--dans l'argot du peuple.
TAROQUE, s. f. Marque du linge,--dans l'argot des voleurs.
TAROQUER, v. a. Marquer.
TARTARE, s. m. Apprenti; médiocre ouvrier,--dans l'argot des tailleurs.
On dit aussi _Chasseur_.
TARTARE, s. m. Fausse nouvelle, _canard_ politique,--dans l'argot des journalistes et des boursiers.
Se dit depuis la dernière guerre de Crimée. Un peu avant que le résultat de la bataille de l'Alma fût connu, le bruit courut,--et ce furent évidemment des spéculateurs qui le firent courir qu'un cavalier tartare était arrivé à franc étrier au camp d'Omer-Pacha, annonçant la victoire des armées alliées contre les Russes. On le crut à Paris, et les fonds montèrent. Quelques jours après, la nouvelle apocryphe devenait officielle.
TARTE, adj. Qualité bonne ou mauvaise d'une chose,--dans l'argot des voleurs.
TARTE BOURBONNAISE, s. f. Résultat du verbe _alvum deponere_,--dans l'argot du peuple, qui a la plaisanterie fécale.
Il a pour excuse l'exemple de Rabelais (_Pantagruel_, liv. II, chap.