L’ANIMAL FOU
On a discuté ces temps derniers la question de savoir si un animal pouvait devenir fou. Théoriquement, ce n’est pas douteux. La folie est une maladie du cerveau et même une maladie de l’organisme réagissant sur le cerveau. Or, l’animal qui a un cerveau peut avoir mal à ce cerveau, donc peut être atteint des mêmes troubles cérébraux que l’homme lui-même. Toutefois, l’animal étant dépourvu d’imagination, cette folie doit prendre chez lui des caractères très différents de ceux que prend la folie humaine, et surtout ils doivent être moins accentués. Il y aura toujours moins loin de la folie à la lucidité animale que de la folie à la lucidité humaine; mais s’il y a idiotie, elle aura très bien les mêmes caractères. On dit que l’idiotie et certaines formes de démence font de l’homme des brutes, mais ce qui caractérise la bute animale et normale, c’est précisément l’ordre et l’activité dans l’ordre. L’animal n’a pas beaucoup d’actes différents à sa disposition, mais il s’acquitte merveilleusement de ceux qui sont en son pouvoir et cela précisément parce qu’il n’a pas d’imagination. Dire qu’un homme est une brute, ce serait lui faire le compliment le plus délicat, car une brute est incapable de ne pas faire son devoir. Voyez comme les animaux s’en acquittent merveilleusement. Chez eux, le devoir se confond avec la fonction, tandis que chez l’homme, le devoir est presque toujours contradictoire à la fonction, donc sujet à mille erreurs. L’animal fou perd donc à la fois la notion de ses devoirs et la notion de ses fonctions. La folie se réduit donc chez lui à l’idiotie. L’animal idiot et l’homme idiot sont parfaitement identiques et l’homme normal est peut-être un animal fou, tout simplement.
LE CHIEN QUI PARLE
Nous avions déjà les chevaux qui parlent, résolvent des problèmes, extraient des racines carrées, voire des racines cubiques; le chien qui parle n’est plus beaucoup pour nous surprendre. On l’attendait. Des gens prennent au sérieux ces expériences, d’autres les tiennent pour de simples exercices de dressage, et je ne sais pas bien encore parmi lesquels je dois me ranger. Mon amour du merveilleux, du nouveau, de l’inattendu me fait pencher vers la première attitude. Sur le chien qui parle (avec la patte), nous ne savons pas encore grand’chose, mais nous sommes assez bien renseignés sur les chevaux d’Eberfeld, chez lesquels il se passe assurément quelque chose de troublant. L’orgueil humain, même si c’était hors de toute contestation, serait très longtemps à le reconnaître. Il veut entre les animaux et l’homme un fossé profond, si profond que les animaux ne puissent le franchir. S’ils le franchissaient pourtant? S’il devenait évident qu’il ne leur manque que le moyen de s’exprimer, et ce moyen leur étant fourni par l’ingéniosité humaine elle-même, s’ils prouvaient que leurs idées ne sot pas beaucoup plus courtes que celles de certains hommes? Un savant allemand, après avoir étudié les chevaux d’Eberfeld, s’est écrié: «C’est l’âme de l’animal qui se révèle!» Et vraiment, pourquoi pas? A vrai dire, elle ne s’est pas révélée d’une profondeur insondable, mais elle aurait montré qu’elle était capable de quelque spontanéité. Ce qui nous étonne, c’est qu’un animal puisse se servir d’une combinaison alphabétique, car qu’un chien dise à sa maîtresse: «Heureux!» cela n’a rien d’extraordinaire, si c’est avec ses yeux, sa queue, son attitude. Si l’homme devait frapper vingt coups avec sa patte pour figurer l’_h_ du mot, il n’en dirait peut-être pas davantage.
TU ET TOI
Je lisais l’autre jour dans un journal une nouvelle signée d’un nom qui n’est pas inconnu, mais dont je n’avais jamais rien lu encore. J’aime à me renseigner, surtout à peu de frais. Je n’aurais certes pas entrepris la lecture d’un roman signé de ce nom-là, mais une nouvelle de cinq ou six minutes! Tout d’abord cela va bien. Ce sont des mœurs anglaises et je n’ai rien à y reprendre. Rien ne me choque. Un tuteur épouse sa pupille et, quoique un peu inquiet de la disproportion des âges, se trouve parfaitement heureux, sa jeune femme ne lui donnant aucune occasion de jalousie. Cependant il y a un neveu, mais en jeune Anglais froid et raisonnable, il ne porte sur sa jeune tante nul regard concupiscent. Jusqu’ici c’est donc assez banal mais bien conforme aux mœurs nationales. Je poursuis et voilà que l’oncle a l’occasion d’entendre à travers une cloison ou un rideau les deux jeunes gens discourir familièrement. Il écoute, s’aperçoit qu’ils se tutoient, comprend tout, et meurt soudain d’une vieille maladie de cœur. Or, étant donné le milieu anglais, le dénouement est purement idéal, les Anglais, quels que soient le degré et la nature de leur intimité, ne se tutoyant jamais, comme tout le monde le sait, excepté l’auteur étourdi de ladite nouvelle. Ce n’est pas un crime d’ignorer cela, sans doute, mais c’en est peut-être un de vouloir peindre des mœurs anglaises, lorsqu’on n’y connaît rien. Et peu à peu cela me fit réfléchir à tous ces romans ou contes historiques ou exotiques, que l’on nous donne à foison et sur lesquels s’appuie la connaissance populaire de l’histoire et des mœurs étrangères. Tout est vrai en psychologie et je veux bien me moquer de la vérité psychologique, mais l’inexactitude m’exaspère. L’ignorance n’est peut-être que de la bêtise cultivée.
LE MENU
Comme c’est la saison des congrès, des hygiénistes réunis à Londres s’avisèrent de s’offrir un banquet, et ce banquet aurait ressemblé à tous les autres, s’il n’avait comporté un menu qui donnait une notice alimentaire sur chacun des mets. Celui-ci, disait la notice, et bien entendu en jargon scientifique, est lourd et celui-ci léger. Celui-ci favorise la salivation, donc il inaugure favorablement un repas, et celui-là a une vigoureuse influence sur la production du suc gastrique: rien donc ne saurait le clore plus raisonnablement. On croirait donc que ces docteurs en digestion ont apporté, outre de notables changements dans la composition de leur menu scientifique, quelques modifications dans l’ordre adopté par le commun des mortels et celui des cuisiniers en particulier. Nullement. Il s’est trouvé, comme par hasard, que le menu scientifique coïncidait assez bien avec le menu vulgaire, quoique assez distingué, qu’aurait pu commander un ignorant. Alors qu’est-ce donc que l’hygiène alimentaire, si l’explication des vieilles coutumes constitue toute sa science?
Voyez cette notice sur la langouste: «Crustacé contenant 18 % de protéine. Un peu lourd. Opportun de le servir avec une mayonnaise qui favorise le processus de la digestion». Et cette justification du sorbet: «Sorbet au Champagne. Intermède estimable. Éclaircit le palais, ouvre le pylore, vide l’estomac, suspend la sécrétion gastrique et repose les glandes». Il me semble qu’on n’avait pas attendu ce banquet hygiéniste pour manger les crustacés avec de la mayonnaise ou pour couper un repas un peu abondant par un sorbet. Les paysans normands le remplacent par un verre d’eau-de-vie de cidre et s’en trouvent bien. Reste aux hygiénistes à justifier cette coutume, sans laquelle il n’est pas de bon repas de noce, au pays des herbages. Je suis sûr qu’ils en sont très capables.
LES BOSSUS
Un médecin américain vient d’inventer une pommade à redresser les bossus. Son invention a été généralement bien accueillie. Ajoutons qu’il s’agit plutôt des déviés que des gens pourvus d’une proéminence entre les deux épaules, et que la pommade en question s’applique au moyen d’un appareil plâtré, après que l’on a préalablement soumis les patients à la torture du redressement mécanique sur une table analogue à celle dont on se sert pour courber le bois. Dirais-je que cela ne m’inspire aucune confiance et aussi que cela n’est pas très nouveau. Il y a longtemps que les orthopédistes se sont adonnés à la méthode de redressement des épines dorsales et je ne sais pas du tout s’ils y ont réussi, mais on le croirait assez, à voir la prospérité de leurs établissements. Quant aux bossus véridiques, ceux qui ont une bosse et beaucoup d’esprit dedans, il faut bien espérer qu’on n’inventera jamais rien qui fera rentrer leur bosse et leur esprit avec. Ils ne sont d’ailleurs nullement malheureux. Ceux que j’ai connus m’ont toujours paru de bonne humeur. Ils sont d’ailleurs fort recherchés des femmes à cause de la croyance qui les veut pourvus de vertus secrètes. Le bossu ne se marie pas moins facilement qu’un autre et nombre d’observateurs ont remarqué qu’il était généralement homme à bonnes fortunes. C’est peut-être que ce qui charme d’abord les femmes c’est la jovialité, et le bossu est presque toujours jovial. Il est souvent doué d’un visage doux et d’une grande facilité de parole. Or, c’est avec le visage et avec la parole que l’on capte d’abord les sympathies. Dans les campagnes, les bossus sont généralement tailleurs ambulants, passent toutes les journées avec les ménagères, ont tout le temps de faire valoir près d’elles, leur esprit, je ne dirai pas leurs grâces. Ils n’en ont guère, mais les femmes, pour ce qu’elles sont la grâce, y sont peu sensibles. Je souhaite aux bossus d’échapper à la chirurgie.
LE PETIT VERRE
Je suis fâché que cette centenaire, une centenaire de cent dix ans, une surcentenaire, prenne régulièrement à jeun, et peut-être depuis des temps immémoriaux, un petit verre d’eau-de-vie. Ce sont de ces renseignements que les hygiénistes aimeraient autant ne pas voir dans les journaux, car cela ne peut servir qu’à pervertir les consciences, affaiblir, sinon détruire, la foi hygiéniste, incliner les hommes aux plus graves manquements. Un centenaire ne devrait jamais être présenté que sous les apparences de la sobriété la plus stricte. Il est même parfait qu’il n’ait jamais bu que de l’eau, ce qui prouve la vertu conservatrice de cet élément. Loin de moi l’idée de bafouer les commandements de la Ligue anti-alcoolique. Bien plus, je veux feindre d’y croire aveuglément. Cela me coûte d’autant moins que j’ai un goût des plus modérés pour l’alcool, mais, n’étant pas fanatique, je me vois obligé d’accepter les faits tels qu’ils se présentent à mon esprit. Même si l’histoire de cette centenaire était fabuleuse, j’en pourrais conter quelques autres, non de centenaires, peut-être, mais de vieillards très avancés en âge, qui ne se départirent jamais de telles habitudes, et s’en trouvent fort bien. Mais je ne les donnerai pas non plus comme des exemples à suivre. Il faut se méfier, en ces matières, et en d’autres, des exemples à suivre. Ce qui convient à l’un est funeste à l’autre. Il s’agit de soi et non pas du voisin. Il n’y a pas de règle de régime applicable à tous les hommes, et ce qui n’a pas été néfaste à la centenaire de Marseille le pourrait bien être pour vous qui me lisez.
LE COURANT D’AIR
On peut diviser l’humanité de bien des manières, selon les qualités, selon les défauts les plus répandus. Au point de vue du courant d’air, elle se répartit en deux classes bien distinctes, ceux qui le supportent et même s’y délectent, ceux qui ne le supportent pas et pour lesquels même il peut être dangereux. Or, ces deux classes d’être humains se rencontrent en nombre à peu près égal dans les autobus et dans les tramways: d’où conflit entre ceux qui ne peuvent respirer que les vitres baissées et ceux qui les redoutent et n’y voient que des portes ouvertes aux rhumes, maux de gorge et bronchites. L’ancien système des voitures à impériales (éternellement et vainement regrettées) résolvait à peu près la question. Les gens qui avaient besoin d’air pouvaient toujours monter en haut, et les gens qui s’en passent très bien pouvaient généralement se confiner dans leur boîte. Maintenant, il n’est plus de remède et il faut ou supporter le courant d’air ou prendre une voiture. Il y a une grande différence, d’ailleurs, entre le courant d’air et l’air libre. Qui souffre d’une fenêtre ouverte supporte fort bien la voiture découverte, même par un temps frais et même froid. La solution du conflit serait peut-être dans les autobus d’été entièrement découverts et les autobus d’hiver, temps où personne n’a envie de baisser les vitres, mais l’impériale réunissait les deux systèmes. Ceux qui l’ont abolie ne connaissaient peut-être pas très bien la sensibilité de certains systèmes respiratoires. A la prochaine adjudication, quand tous ces êtres trop délicats seront trépassés, on rétablira les impériales et cela paraîtra une découverte merveilleuse.
LE POISON DE L’OR
Cette vieille femme pouvait coucher littéralement sur l’or, litière qui n’est moelleuse que par métaphore. Elle avait chez elle vingt mille pièces d’or de vingt francs. Je ne me rends pas compte de la masse. Il n’y en a de pareille que dans les coffres de ceux qui font le commerce de l’or. Cette somme, qui n’est pas énorme en papier, est énorme en monnaie. Rien qu’à l’énoncer on donne l’idée d’une vielle femme destinée à l’assassinat, mais par miracle elle y échappa, s’étant d’elle-même vouée au suicide, disent les magistrats. Le populaire cependant n’est pas de cet avis: «On ne se suicide pas, dit-il, quand on possède chez soi vingt mille pièces d’or, quand on peut prendre des bains d’or, coucher sur l’or et dans l’or, respirer l’or, vivre l’or.» Il eût compris le suicide avec une fortune en papier, une fortune sans attrait, sans magnétisme, mais il ne peut admettre que l’on renonce volontairement à la présence réelle de l’or, à la fascination de l’or. Une litière d’or, comme les vaches ont une litière de paille et de fougère, est-ce que cela ne doit pas donner des jouissances telles que la vie, c’est le cas de le dire, en devient tout à fait précieuse? Mais si l’or, par hasard, lui avait monté à la tête, si les vapeurs de l’or l’avaient empoisonnée, lui avaient troublé la raison? Ce n’est pas le premier avaricieux que l’on a trouvé mort exténué sur le tas de ses écus, et vraiment l’idée que l’on possède tant d’or, mais que l’on se sent incapable de mettre en usage une seule des possibilités qu’il contient, est bien faite pour vous mettre la cervelle à l’envers! Oui, oui, qu’on y réfléchisse bien: l’or est peut-être un poison!
UN ASSASSINAT
L’autre soir, sur le boulevard Saint-Germain, vers huit heures, un camelot criait la deuxième édition d’un grand journal du soir, en ajoutant: «L’assassinat de M. Jaurès! Tous les détails!» Et les sous s’échangeaient fiévreusement contre la feuille si bien informée. Mais la joie des badauds, s’apprêtant à savourer une nouvelle sensationnelle, était brève. L’un d’eux même, à peine eut-il jeté les yeux sur le journal, voulait le rendre, mais il le faisait si timidement que la confiance des autres n’en était pas ébranlée. Quelques-uns, avant d’avoir découvert l’entrefilet émouvant, esquissaient déjà un commentaire philosophique sans bienveillance, puis pliaient la feuille, afin de la lire en famille: «Tu ne sais pas? Devine qui on a assassiné?» Ils se représentaient déjà la tête ahurie de leur moitié, sur la bonne surprise de laquelle ils comptaient pour se faire pardonner leur rentrée tardive. Je n’avais eu qu’un quart de seconde d’hésitation, le journal en question assassinant moralement M. Jaurès tous les jours; doutant, je me repentis de ne pas l’avoir acheté pour voir qu’elle était la manchette qui avait suggéré le bon tour du camelot. Ces surprises sont assez rares, maintenant que les camelots n’ont plus le droit de crier autre chose que le titre de la feuille. Autrefois, quand ils avaient pleine liberté d’appréciation, la rue était assez gaie à partir de cinq heures du soir. Elle le redevient parfois, quand les crieurs ont bu un coup de trop, ce qui était, il me semble bien, le cas, ce jour que l’un d’eux assassinait M. Jaurès. Telle est la supériorité de la fausse nouvelle sur la vraie, qu’elle donne des émotions sans dommage pour personne.
TÉMOIGNAGES
Il ne semble pas que les magistrats français soient perfectibles. C’est peut-être qu’ils sont emprisonnés dans un code trop rigide, mais ils retombent toujours dans les mêmes préjugés. Il semble que tout ce qu’on a écrit depuis dix ans sur la fragilité des témoignages n’ait fait aucune impression sur eux, que les philosophes cherchaient pourtant particulièrement à instruire, puisque s’il est un lieu où le témoignage ait une valeur, et parfois une valeur effroyable, c’est l’enceinte même du tribunal. Je n’ai nulle sympathie pour aucun des individus de la «bande tragique», et je crois bien que Dieudonné a d’autres méfaits sur la conscience que l’attentat de la rue Ordener, mais c’est pour celui-là qu’on l’a condamné, et une seule personne l’a bien reconnu, reconnu avec véhémence, c’est la victime même, c’est-à-dire le seul être à qui il était bien permis d’avoir perdu, en un tel moment, tout son sang-froid. D’autres témoins, et qui avaient plus de raison pour le conserver, décrivent un tout autre agresseur. Il n’est pas certain que ces derniers ne se trompent pas, mais il n’est pas certain que la victime ne se trompe pas non plus. On peut en croire une empreinte, un signe matériel, mais un témoignage, il n’y a rien de plus douteux. Il est même possible que, dans l’avenir, on n’attache plus au témoignage humain une grande importance. Goncourt disait déjà qu’il n’y a pas une personne sur cent capable de répondre à cette question: «Quelle est la couleur du papier de votre chambre à coucher?» C’était peut-être la première chose à demander à la victime. On aurait jugé par là, s’il ne s’était pas trompé, de ses qualités d’observateur. Encore est-il que dans le moment où l’on aperçoit un revolver braqué sur soi, on est excusable et de fermer les yeux et de se cacher la figure sous son bras. Il y a beaucoup de chances pour que l’on ait mal distingué un visage. Que de fois j’ai pris mon propre esprit en flagrant délit d’erreur en matière de témoignage! On se dit: «Est-ce possible? J’aurais bien cru. Pourtant...» Mais le fait est là qui vous démontre votre fragilité.
VOLEURS ET VOLÉS
Les honnêtes gens ne pensent jamais aux voleurs, mais les voleurs pensent sans cesse aux honnêtes gens: de là leur supériorité pratique. Sans doute, il est bien embêtant de toujours se méfier de ses voisins, mais il est bien plus embêtant encore de se trouver privé de son portefeuille ou même de sa montre. Je crois que ceux qui veillent à la sécurité des personnes et de leurs biens seront de mon avis: les volés sont presque toujours des gens imprudents. Tels, ces voyageurs, qui sont généralement des voyageuses, marquant leur place avec un élégant sac de voyage contenant leurs bijoux, et allant ensuite faire un tour sur le quai ou au buffet. Le voleur est partout, voilà ce qu’on devrait se dire. Plus sûrement que vous il a l’œil sur votre valise et plus elle est élégante, plus elle l’intéresse. Le voleur n’est pas un homme sanguinaire, ni même un homme querelleur ni qui cherche les contestations; au contraire, il veut passer inaperçu et souvent il y réussit. Je parle du voleur de trains de luxe, puisque ces remarques ont été suggérées par une petite aventure récente dont ont parlé les journaux. Comme la volée était une actrice, elle a trouvé des confidents de son malheur, qui est arrivé comme je le dis, parce qu’elle ne se croyait entourée que d’honnêtes gens comme elle. Autre catégorie de gens pour lesquels je n’ai pas non plus une très grande pitié, ce sont ceux qui partent en voyage laissant une villa isolée sous la surveillance de la seule providence. Ils sont fort étonnés de trouver en rentrant les tiroirs vides, et moi je le suis que toutes les villas, laissées dans ces conditions, n’aient pas le même sort. Soyez sûrs que les cambrioleurs enrichis prennent quelques précautions contre leurs pareils, et que les dévaliseurs de trains de luxe ne laissent pas traîner leurs valises dans les couloirs.