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Chapitre 6 Légende du Grand Serpent

« Les Hurons n’ont pas toujours été la poignée d’hommes que tu vois dans ce village ; leurs guerriers, aussi nombreux que les étoiles du ciel pendant une belle nuit, faisaient trembler, autrefois, toutes les nations de l’Amérique du Nord, depuis les grands lacs jusqu’au bas du fleuve Saint-Laurent. Si le Huron campait au bord d’un lac ou d’une rivière, quel ennemi aurait été assez brave pour en troubler les eaux ? Quel chasseur ennemi aurait osé approcher à un mois de marche de sa bourgade ! Quand un grand chef huron frappait le poteau de sa hache, les arbres tremblaient comme dans les grandes tempêtes, et leurs feuilles couvraient au loin le sol, comme si un ouragan terrible eût passé sur la forêt. Vois, dit avec tristesse Ohiarek8en en étendant le bras vers son village, vois ce qui nous reste maintenant de tant de grandeur et de tant de gloire !

La tête du Huron retomba sur son sein, et je contemplai longtemps en silence son image dans le miroir de l’eau. Un artiste l’aurait pris pour modèle de la statue du malheur.

« – Laissons, mon frère, lui dis-je, ces pénibles souvenirs ; je connais l’histoire de ta nation, ses exploits guerriers, sa grandeur et ses infortunes. Continue, je te prie, la légende du Grand Serpent.

— C’était peu de temps après que ma tribu eut laissé Sillery pour venir habiter cette terre, qu’un vieil Huron, un saint homme de Huron, nommé Haouroukaé 1, revenant très fatigué de la chasse, par une nuit sombre, se coucha sur le bord de cette rivière, que les Français ont appelée Saint-Charles, et dont le nom primitif en huron est Oria8enrak, savoir, rivière à la truite. Il s’endormit à environ un arpent plus bas que le lieu où nous sommes. Pendant l’été, un Indien dort aussi bien et même mieux sous un arbre, quand il fait chaud, que dans une maison ou dans une cabane. Le vieillard eut un songe. Une belle femme, habillée en soie écarlate, lui apparut ; ses yeux, de couleur grenat, brillaient comme des étoiles.

« – Haouroukaé ! dit-elle d’une voix aussi douce que celle des petits oiseaux dans leurs nids, Haouroukaé ! avant que de nouvelles feuilles sortent des bourgeons des arbres de cette forêt, tu dormiras pour toujours.

— Merci, dit le Huron dans son rêve ; ce qui reste de sang dans les veines du vieux Haouroukaé, après en avoir tant versé dans les guerres contre ses ennemis et ceux des Français, ne coule plus que goutte à goutte ; son corps pèse sur ses jambes, et il ne cherche que le repos.

— Je t’aime, dit la belle femme, tu es un bon chrétien, l’exemple de ton village, et je t’ouvrirai les portes du ciel. »

« Haouroukaé s’éveilla, mais la belle femme avait disparu. Le vieillard conta son rêve, le lendemain, au missionnaire, et le prêtre lui dit que c’était Notre-Dame de Lorette, la patronne du village, qui lui était apparue. Et le vieillard était tout joyeux, et il disait à ses amis : « J’irai bien vite me reposer au ciel ; la bonne Vierge me l’a promis. »

« Après la mort de Haouroukaé, plusieurs vieillards, espérant avoir de bons rêves, allèrent aussi dormir sous l’arbre où il avait vu Notre-Dame de Lorette, mais la bonne Vierge ne voulut pas leur envoyer de songes.

« Il y a toujours eu de méchantes gens parmi les Visages-Pâles, comme parmi les Peaux-Rouges, continua philosophiquement Ohiarek8en, et il y en aura encore après nous.

— C’est vrai, mon frère, lui dis-je, ta réflexion est profonde, et prouve que tu connais le cœur humain ; mais ça n’a aucun rapport à l’histoire du Grand Serpent.

— Tu vas voir que oui, fit le Huron ; si les blancs n’avaient pas vendu du rhum aux Indiens, Otsitsot 2, que les blancs appellent le Carcajou ne nous aurait pas attiré la visite du Grand Serpent. Otsitsot était un jeune Huron qui trafiquait jusqu’à sa couverte, pour acheter de l’eau-de-feu, comme nos anciens appelaient le rhum. Il se moquait des bons chrétiens qui allaient dormir sous l’arbre de Haouroukaé, et disait : « Si je savais que Notre-Dame de Lorette me fît voir une bonne bouteille d’eau-de-feu, j’irais aussi, moi, me coucher sous l’arbre qui donne de bons rêves. »

« Mais les bons chrétiens lui disaient :

« Tu parles mal, mon frère, et il t’arrivera malheur. »

« Otsitsot se moqua d’eux, et, le soir même, il était sous l’arbre de Haouroukaé. La nuit était sombre, et il se mit à fumer en attendant le sommeil. Il était là ruminant ses malheurs, lorsqu’il entendit, bien loin dans le nord, une secousse comme si la montagne eût frémi ; et ensuite un bruit dans la forêt comme si un corps pesant s’y fût frayé un passage, en écrasant les arbres et les arbrisseaux par où il passait. La terre trembla comme quand les soldats traînent un gros canon dans les rues de la ville de Québec, lorsqu’il traversa notre village. Un corps pesant plongea dans la rivière à quelques pieds du Carcajou, et tout tomba dans le silence 3. Une grande clarté sur la rivière l’éblouit un instant, et il vit ensuite que cette lumière sortait des yeux d’un grand serpent, dont la tête était élevée à une dizaine de pieds au-dessus de l’eau. Ce reptile avait une longue crinière comme un cheval, et à mesure qu’il la secouait, il en sortait des flammèches qui pétillaient comme un sapin embrasé ; en sorte que les écailles couleur d’argent qui lui couvraient la peau, brillaient comme des lames d’or frappées par les vifs rayons d’un beau soleil du midi. Le serpent ouvrit une grande gueule armée de dents semblables à des baïonnettes, et cria d’une voix de tonnerre, qui ébranla les deux rives : « Je hais la race des Hurons, mais je t’aime, toi, le Carcajou ; je veux être ton ami et te faire du bien. »

« – Merci de ta préférence, mon frère, dit Otsitsot dont les dents claquaient dans la bouche, mais ne pourrais-tu pas adoucir un peu ta voix qui va me défoncer les oreilles et briser le crâne ?

— Je suis le petit manitou que les anciens Hurons adoraient, répliqua le serpent, et ma voix, lorsque je suis en colère, bouleverse l’eau des lacs et des rivières, et secoue les montagnes ; mais comme je t’aime, je vais l’adoucir. Et la voix du manitou devint aussi douce que celle du rossignol.

— La Robe-Noire nous dit que le petit manitou de nos pères était le diable des chrétiens ? fit le Carcajou, qui au lieu de notre bonne dame de Lorette, avait un dangereux voisin.

— Ton discours me surprend, répliqua le manitou, car je sais que tu te moques de la Robe-Noire, mais écoute, mon fils : le petit manitou est méchant comme le diable des chrétiens envers ses ennemis, et doux comme le lièvre qui vient de naître, envers ses amis. Je t’aime, vois-tu, et jasons tranquillement.

— J’ai peur, dit le Carcajou, je ne suis qu’un homme et il est difficile de jaser tranquillement avec un serpent aussi effroyable que toi.

— Qu’à cela ne tienne, fit le serpent, je vais te changer en lézard, en crapaud, en couleuvre, ou en ouaouaron ; choisis.

— Bien obligé de ta politesse, répliqua le Carcajou, j’aime mieux rester comme je suis ; mais toi ne pourrais-tu pas prendre une forme moins épouvantable ?

— Je n’ai rien à refuser à mon ami, fit le serpent, je puis me changer en ours blanc, en loup, en panthère, en serpent à sonnettes qui charmera tes oreilles, comme le son du chichicouè4 et même en homme, si tu le préfères, mon fils ?

— Je préfère la dernière forme, répondit le Carcajou.

Il avait à peine prononcé ces paroles, que le serpent avait disparu, et qu’un petit vieillard, haut de trois pieds, dont les yeux brillaient comme ceux du chat-tigre, était en face de lui.

— Maintenant, dit le manitou, fais attention à mes paroles, et fais-en ton profit. Tu es paresseux comme un cancre, mais tu pourras dormir ou te promener toute la journée avec une bourse pleine d’argent dans ton capot.

— Bon ! fit le Carcajou.

— Tu es fier et orgueilleux ; je te couvrirai de soie, d’écarlate et de cercles d’argent, comme un grand-chef qui rend visite à Ononthio.

— Bon ! fit Otsitsot.

— Tu es ivrogne, et tu auras toujours dans ton sac à pétun, une bouteille d’eau-de-feu qui ne videra jamais.

— Hoa, cria le Carcajou, tu es un bon manitou, et de précaution pour tes amis. »

À cette partie de son récit, mon interlocuteur serra les lèvres et cracha deux ou trois fois dans l’Orio8enrak, soit comme signe d’une soif ardente, ou, peut-être, de mépris pour l’eau qui coulait nos pieds. Mais comme il vit que j’étais sourd à cette marque d’altération, il marmotta entre ses dents : « Le petit manitou avait de l’esprit, il savait qu’un Sauvage a toujours soif quand il a goûté à l’eau-de-feu, le petit manitou était généreux, il donnait au Carcajou de quoi l’étancher au besoin. »

Comme je tenais à prouver au Huron que j’avais autant d’esprit et que j’étais aussi généreux que le petit manitou, je lui versai un autre coup d’eau-de-vie. Ohiarek8en, après s’être humecté le gosier, continua sa légende.

« Le Grand-Chef refuse de te donner en mariage sa fille que tu aimes, parce que tu es pauvre, paresseux, ivrogne et libertin ; et il te la donnera, quand tu seras riche, sinon je lui tordrai le cou.

— Bon ! fit Otsitsot qui tenait peu au cou de son beau-père futur.

— La Robe-Noire veut te faire chasser par les chefs de ton village, mais je lui jouerai tant de mauvais tours qu’il te laissera tranquille. J’enverrai des belettes qui étrangleront ses volailles, des rats et des souris qui mangeront sa viande et sa farine, qui déchireront ses hardes, ses livres et ses papiers. Je tiendrai le sabbat toutes les nuits sur sa maison avec les matous que je rassemblerai de vingt lieues à la ronde ; en sorte que, ne pouvant dormir, il laissera votre village.

— Bon ! dit le Carcajou ; mais s’il ne dort pas la nuit, il dormira le jour ; tu ferais mieux de lui tordre le cou ?

— C’est mon affaire et non la tienne, répliqua le manitou en colère ; je me changerai en loup invisible ; et l’on verra le beau vacarme que feront tous les chiens du village en hurlant, toute la journée, à l’entour de la maison de la Robe-Noire !

— Bon ! fit le Carcajou ; mais que faut-il faire pour obtenir tes bonnes grâces ?

— Une bagatelle, mon fils, répliqua le petit vieillard : renoncer à la religion chrétienne et prier, comme les anciens Hurons, le petit manitou.

— Mais, mon père, dit Otsitsot, il y a quelque chose qui m’inquiète : c’est de savoir où j’irai coucher la première nuit, quand je mourrai ?

— Dans mon paradis, mon fils.

— Bois-t-on de l’eau-de-feu dans ton paradis ?

— En voilà une demande ! s’écria le manitou ; il y a tant d’ivrognes dans mon paradis que je suis contraint de les tenir mort-ivres, depuis le matin jusqu’au soir et depuis le soir jusqu’au matin ; sans cela ils feraient un beau vacarme !

— Quel plaisir 5 ils doivent avoir ! observa le Carcajou ; je veux aussi, moi, aller dans ton paradis et t’adorer, mon père.

— C’est bien, dit le manitou, mais prête l’oreille à mes paroles : si tu retournes à la religion chrétienne, je m’en vengerai sur toi et sur toute ta race. Je commencerai par t’étrangler, je me baignerai tous les jours dans l’Oria8enrak et votre village restera stationnaire, sans diminuer ni augmenter. Et dans cent ans, ajouta le manitou en crachant dans la rivière, la proportion du sang huron, qui coulera dans les veines des hommes de ton village, à celui du sang français, sera comme celle de ma bave mêlée aux eaux de l’Oria8enrak. »

« Ayant ainsi parlé, le petit vieillard disparut. Le Grand Serpent éleva un instant sa tête au-dessus de l’eau, lança des flammes et disparut dans la rivière. »

Comme je vis que Ohiarek8en 6 avait repris son attitude contemplative je lui demandai ce qui fit ensuite le Carcajou.

« Il buvait quand il avait soif, répliqua le Huron d’un air bourru.

— Que le manitou t’étrangle ! dis-je en moi-même ; ton intention est de vider ma fiole sans finir ta légende ; mais à nous deux maintenant.

— Écoute, Louis ; un brave Huron est un homme de parole, je me suis en conséquence fié à la tienne ; mais puisque tu refuses de tenir nos conventions, bonsoir, et que le diable t’abreuve, s’il est de tes amis !

— Arrête ! arrête ! mon frère, cria le Huron ; j’ai du chagrin, vois-tu, quand je pense à tout cela, et ça me rend triste.

— Je comprends, Louis ; tu voudrais noyer ton chagrin, et je veux bien croire le remède efficace ; mais un brave Huron doit se mettre au-dessus de ces misères, et si tu es un homme de parole, donne-moi des nouvelles du Carcajou, que je pense être depuis longtemps dans les griffes du diable.

— Ohiarek8en, fit l’Indien en se redressant avec fierté, est aussi fidèle à sa promesse que la marée du grand lac qui remonte tous les jours les eaux du fleuve Saint-Laurent ; mais quant au Carcajou, les anciens n’étaient pas d’accord là-dessus, les uns disaient oui, les autres non. Il laissa le village la même nuit qu’il passa avec le manitou, et ne revint que longtemps après. Il était riche alors, et il donna un festin qui dura pendant huit jours ; le rhum coulait dans le village comme l’eau de l’Oria8enrak. Ah ! c’était le beau temps, va ! la jeunesse se divertissait aux dépens du Carcajou, sans s’inquiéter où il prenait l’argent. Mais les vieillards en jasaient ; les uns disaient qu’il avait trouvé un trésor, les autres qu’il avait vendu son âme au diable ; et comme il s’absentait longtemps et souvent, quelques-uns pensaient qu’il s’était fait l’espion des Français et des Anglais, toujours en guerre alors, et qu’il pêchait avec deux lignes.

Otsitsot, après s’être diverti pendant bien des années, tomba malade et demanda Aharatenha, le docteur du village.

— Tu connais, mon frère, me dit le Huron, Aharatenha que les Canadiens appellent Coska ?

— Si je connais Coska, répliquai-je ; un homme poli, un homme d’esprit, un docteur sauvage, comme il le dit lui-même quand il soigne les Canadiens ; mais ce n’est pas lui que le Carcajou fit appeler ?

— Non, non, fit Louis ; t’as pas d’esprit, mon frère, pour un avocat, de parler ainsi ; mais, vois-tu, tous les Aharatenha ont connu bonne médecine et c’était peut-être le grand grand grand-Père de celui que tu connais.

Quand Aharatenha fut arrivé avec un sac plein de bons herbages, il regarda les yeux d’Otsitsot, s’assit près de son lit, et marmotta quelque chose entre ses dents.

— Que dis-tu, mon frère ? fit le malade.

— Je dis, répliqua le docteur, que tu prépares tes raquettes, car tu as un long voyage à faire.

— Mais, reprit Otsitsot, d’une voix basse, tu vois bien, Aharatenha, que je suis trop faible pour marcher en raquette !

— Puisque tu ne me comprends pas, mon frère, fit le docteur, je vais te parler plus clairement ; tu verras peut-être le soleil couchant ce soir, mais tu ne le verras pas lever demain matin.

— Tu connais bonne médecine, Aharatenha, fais m’en boire, et si tu me guéris, je te donnerai beaucoup d’argent !

— Quand bien même tu m’en donnerais aussi gros que les montagnes du nord, je ne puis rien faire pour te sauver la vie ; l’eau-de-feu flambe dans ton estomac, et si je te faisais boire tout l’Oria8enrak, il n’éteindrait pas plus le feu qui te dévore, que ne ferait une tasséed’eau versée dans une chaudière pleine de la gomme en fusion, dont on se sert pour calfater nos canots d’écorce ; il n’en sortirait que des flammes.

— Hoa ! fit le Carcajou, et il se cacha la tête sous sa couverte.

— Écoute maintenant, dit Aharatenha, tu as toujours vécu comme un chien et si tu ne veux pas brûler, après ta mort, sur un brasier que toutes les neiges du Canada et toute l’eau du grand lac n’éteindront jamais, envoie chercher la Robe-Noire au plus vite.

Au même instant, un petit vieillard entr’ouvrit la porte de la maison, et se mit à crier : « Dépêche-toi, Otsitsot, de faire venir la Robe-Noire ! » Et il se prit à rire d’un rire si moqueur et si diabolique, que tous les assistants tremblèrent de frayeur.

— J’étouffe ! cria le Carcajou, on me serre la gorge ! vite ! la Robe-Noire !

On courut chez le missionnaire, mais il était absent ; et quand il fut de retour, le Carcajou était froid comme un ouaouaron du lac Saint-Charles. Le prêtre raconta qu’un petit vieillard était venu lui dire de se rendre au plus vite à Québec, que son frère, tombé subitement bien malade, voulait le voir avant de mourir. Et les anciens croyaient que c’était un tour que le diable lui avait joué ; car, arrivé à Québec, il trouva son frère bien portant.

— J’avais raison de te dire, Louis, que le diable finirait par gripper le chien de Carcajou.

— Qu’en sais-tu ? reprit lentement le Huron ; ce n’est pas ton affaire, ni la mienne ; il peut avoir eu un bon moment avant de mourir. »

Voyant Ohiarek8en dans des sentiments si chrétiens, si charitables, je crus qu’il avait oublié la seconde clause de notre traité, et je lui souhaitai le bonsoir ; mais il me la rappela bien vite et il me fallut lui verser le coup de l’étrier.

P. A. de Gaspé.

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1.Les Iroquois.

2.Monsieur Jean-Baptiste Couillard, seigneur de Saint-Thomas et de Saint-Pierre, fut tué par les Anglais, le 14 septembre 1759, ainsi que monsieur Joseph Couillard, ecclésiastique ; et tous deux furent inhumés dans l’église de Saint-Thomas, le 28 septembre 1759. (Note de M. l’abbé Tanguay.)

3.On l’appelle indifféremment anse de Berthier ou anse de Bellechasse.

4.Je n’ai pas connu le monsieur Couillard auquel je prête un rôle qui pourra paraître chargé à certains lecteurs, mais j’ai bien connu son fils, ayant aussi nom Jean-Baptiste, et je puis affirmer que je l’ai peint au naturel. Quoique très savant, il était exempt de pédantisme, mais il avait la naïveté d’un enfant et croyait tout le monde aussi instruit que lui. J’avais à peine onze ans qu’il m’entretenait de sciences abstraites, de sujets de haute philosophie, malgré les réclamations de mon père qui lui disait en haussant les épaules : « Mais tu vois bien, Couillard, que l’enfant ne te comprend pas ! – Il me comprend bien, cher ami, répliquait monsieur Couillard, en me regardant de cet air de douceur angélique que je n’ai vu qu’à lui. N’est-ce pas, Philippe, que tu m’as bien compris ?

5.Il faut beaucoup de temps à l’homme civilisé pour se construire une maison, c’était tout au plus l’affaire d’une petite heure pour les Indiens primitifs. Une pirogue d’écorce de bouleau de quatre places était presque toujours suffisante pour porter une famille indienne, rarement composée de plus de quatre membres, le père, la mère et d’un ou deux enfants. Ce n’était pas le bagage, réduit au plus simple nécessaire, qui surchargeait le canot : un fusil, un cornet à poudre, un sac à plomb, une petite chaudière, un chien de la taille d’un renard et un rouleau d’écorce de bouleau complétaient la cargaison. On plantait en terre une perche longue de sept à huit pieds, et l’on avait bien vite construit un joli wiggam qui servait d’abri à toute la famille.

6.Le magnifique bocage d’érables qui couronne aujourd’hui le promontoire à l’ouest de l’anse de Berthier devait s’étendre autrefois jusqu’à la petite rivière Bellechasse qui se décharge au sud à l’extrémité de ce petit golfe. Charmante rivière qui surgit au milieu d’un bosquet d’arbres et d’arbrisseaux d’espèces différentes, aux yeux surpris du spectateur.

1.Le prix d’un capot d’un castor pendant mon enfance était de cinquante louis.

1.Dieu de la guerre.

2.Aller à la découverte était synonyme de partir pour la guerre. C’était une guerre de surprise, d’embuscade, chez les Sauvages ainsi que chez les anciens Canadiens.

3.Expéditions guerrières dans les forêts.

4.Textuel.

5.Les Sauvages avaient, pendant la jeunesse de l’auteur, une telle frayeur de la petite vérole, que les femmes canadiennes qui redoutaient leur visite lorsqu’elles étaient seules leur criaient souvent : « La picote est ici ! » Et les Peaux-Rouges de se sauver à toutes jambes. Cette cruelle maladie faisait de terribles ravages parmi eux ; il était rare que ceux qui en étaient atteints en réchappassent.

1.Publiée dans le Foyer Canadien (Note de l’éditeur).

2.Cette niche était occupée par la statue de saint Jean-Baptiste. Elle était placée immédiatement au-dessus de la porte, presque à la portée de la main. C’est ce qui, d’après une tradition, fit craindre aux citoyens, après la prise de Québec, qu’elle ne fût enlevée et profanée. On la transporta au monastère de l’Hôpital-Général où elle est encore.

1.Publiée dans le Foyer Canadien (Note de l’éditeur).

2.Le chiffre 8 se prononce comme ou en langue huronne. Ohiarek8en signifie le serpent.

3.Sasennio est un nom de guerre d’origine iroquoise.

4.J’ignorais alors que Ohiarek8en remplissait ses engagements avec une exactitude scrupuleuse envers ceux qui lui faisaient des avances ; et de là mon refus.

1.L’auteur n’est pas positif quant au nom de cet Indien.

2.Le mot Otsitsot signifie, en langue huronne, le malfaisant ; et si l’on en croit les récits des aborigènes de l’Amérique du Nord, ainsi que ceux des anciens chasseurs canadiens, l’Otsitsot n’aurait pas volé son nom. Ils s’accordaient tous à lui attribuer un esprit de malveillance et d’espièglerie quasi-diaboliques. L’Otsitsot éventait non seulement les attrapes(pièges) des chasseurs indiens des anciens jours, et les détruisait ; mais il aurait aussi deviné le mécanisme des armes à feu. Il ouvrait les bassinets des fusils, que les chasseurs tendaient dans la forêt, et les remplissait de neige et le plus souvent d’immondices.

3.La tradition du Grand Serpent est encore vivace parmi les Indiens de la Jeune-Lorette. Paul Tahourhenché (Point du Jour) me disait récemment que les anciens de la tribu avaient suivi, le matin, les traces que le serpent avait laissées en passant, la nuit, dans leur village ; mais qu’ils les avaient perdues sur les galets de la rivière Saint-Charles, à environ un arpent plus bas que leur église. Que le sillon, qu’il avait fait sur la terre, ressemblait à celui qu’aurait laissé un immense arbre de pin qu’on aurait traîné ; « mais, ajoutait Paul, je n’ai jamais entendu dire que le village devait rester stationnaire parce que le serpent se baignait dans l’Oria8enrak. »

4.Le bruit des sonnettes de ce serpent, quand il est irrité, a quelque ressemblance avec le chichicouè,instrument dont se servaient les Sauvages pour battre la mesure quand ils dansaient.

5.La remarque de Carcajou me rappelle un petit dialogue, dont j’ai été témoin. Deux bons ivrognes se rencontrèrent sur le marché de la basse ville.

6.Ohiarek8en signifie serpent en langue huronne ; et par une coïncidence, due au hasard, le Serpent me contait cette légende.

Une édition

Achevé d'imprimer en France le 5 Novembre 2016.

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