‹ Divertissements: poèmes en versChapitre 33 sur 48 · III - VIII

III - VIII

Voilà toutes les fleurs, qui passaient dans les rues, En ce matin équivoque de mai. Viens, leurs demeures me sont connues: Nous les retrouverons aux jardins du passé.

Viens respirer l’odeur jeune de la vieille terre, Du bois et du grand parc abandonné aux oiseaux. Viens, nous ferons jaillir de son cœur solitaire Des moissons de fruits et de rêves tendres et nouveaux.

LÉDA

L’innocente Léda baignait ses membres nus, La grâce de son corps enchantait l’eau du fleuve, Et les roseaux, saisis de troubles inconnus, Chantaient une chanson aussi vieille que neuve,

Quand le cygne parut, blanche nef sur le fleuve.

Quand le cygne parut, blanche nef au front d’or, Léda tressaillit d’aise et demeura songeuse, Puis, lentement, sans bruit, elle revint au bord Et se coucha dans l’herbe, à l’ombre d’une yeuse;

La bête s’avançait, belle, ardente et songeuse.

La bête s’avançait, belle, ardente, et d’un air Si royal et si mâle, que Léda fut charmée Et qu’elle regretta, dans l’erreur de sa chair, De n’être pas un cygne, afin d’en être aimée

Parmi l’ombre et parmi l’herbe molle et charmée.

Parmi l’ombre et parmi l’herbe molle et les lys, Léda se ploie au poids de l’animal insigne Tout ruisselant encore des eaux de Simoïs, Et son corps étonné frissonne et se résigne

A ne caresser que le plumage d’un cygne.