‹ Divertissements: poèmes en versChapitre 32 sur 48 · II

II

Je me souviens des bois et des jardins, Des arbres et des fontaines, Des champs, des prés et aussi des chemins Aux figures incertaines.

Ce vieux bois qui, dans sa verte douceur, Aimait mon adolescence, Il a toujours l’adorable fraîcheur Et la chair de l’innocence.

Il a toujours le chant de son ruisseau, Et les plumes de ses mésanges Et de ses geais et de ses poules d’eau, Et le rire de ses anges

Car on entend souvent au fond des bois Des souffles, des voix frileuses, Et l’on ne sait si ce sont des hautbois Ou l’émoi des amoureuses.

Il a toujours les feuilles de ses aulnes Dont les troncs sont des serpents; Il a toujours ses genêts aux yeux jaunes Et ses houx aux fruits sanglants,

Ses coudriers aimés des écureuils, Ses hêtres, qui sont des charmes, Ses joncs, le cri menu de ses bouvreuils, Ses cerisiers pleins de larmes;

Ses grands iris, dans leur gaîne de lin, Qu’on appelle aussi des flambes, Ses liserons, désir rose et câlin, Qui grimpe le long des jambes:

Liserons blancs, aussi liserons bleus, Liserons qui sont des lèvres, Et liserons qui nous semblent des yeux Doux de filles ou de chèvres;

Beaux parasols semés d’insectes verts, Angéliques et ciguës; Vous qui montrez à nu vos cœurs amers, Belladones ambiguës;

Blonds champignons tapis sous les broussailles, Oreilles couleur de chair, Morilles d’or, bolets couleur de paille, Mamelles couleur de lait!

Il a toujours tout ce qui fait qu’un bois Est un lit et un asile, Un confident aimable à nos émois, Une idée et une idylle.

· · ·

Mais un désir me ramène au jardin: Je retrouve ses allées, Ses bancs verdis, ses bordures de thym, Ses corbeilles dépeuplées.

Voici ses ifs, ses jasmins, ses lauriers, Ses myrtes un peu moroses, Et voici les rubis de ses mûriers Et ses guirlandes de roses.

Je viens m’asseoir à l’ombre du tilleul, Dans la rumeur des abeilles, Et je retrouve, en méditant, l’orgueil, O sourire, et tes merveilles.

Sur ce vieux banc, je retrouve l’espoir Et la tendresse des aubes: Je veux, ayant vécu de l’aube au soir, Vivre aussi du soir à l’aube.

Le présent rit à l’abri du passé Et lui emprunte ses songes: Le renouveau d’octobre a des pensées Douces comme des mensonges.

O vieux jardin, je vous referai tel Qu’en vos nobles jours de grâce; J’effacerai tous les signes de gel Qui meurtrissaient votre face.