XIV - L’EXIL DE LA BEAUTÉ
(FRAGMENT)
A N. C. B.
«... Va, cherche dans la vieille forêt humaine L’abri que je destine à ta vie incertaine. Ne tremble pas trop quand le soir resserrera tes veines; Songe que les chairs fanées ne peuvent refleurir Et garde aux coins de ta bouche pâle l’ombre d’un sourire. Prends un bâton, si tu veux, et aussi une besace, Marche, en suivant, le long des champs, la trace Que font les bœufs qui s’en vont au labour Et les enfants en quête des fleurs nouvelles de l’amour. Tu trouveras peut-être l’amour sur ton chemin Ou la mort, ou des pauvres qui tendront la main Vers ton cœur ou bien vers ta gorge: Tu leur donneras ce que tu as, un morceau de pain d’orge, Mais ils diront des injures Et des larmes te viendront aux yeux d’entendre des paroles impures. Ne pleure pas, lève la tête, les dieux, Quand ils sont en exil, marchent encore dans les cieux. Dérobe aux hypocrites ta noble nudité, Sois pour eux la laideur, toi qui es la beauté...»