Chapitre 15
Depuis, Domnine vivait heureuse.
Elle avait cédé son atelier et quitté la ville pour suivre Trabuc au Mas de la Font-des-Tuiles. Dur sacrifice auquel, pourtant elle se résigna, et que sœur Nanon, privée d’elle, prit en esprit de pénitence.
D’ailleurs, au moins deux fois par semaine, le dimanche et le jour de marché, Domnine descendait à Rochegude avec son panier tressé d’« amarines » contenant, sous une couche d’herbes montagnardes, quelques pots de crème cuite ou une demi-douzaine de « brousses » à peine caillées. Les plus douces et les plus fraîches étaient toujours pour sœur Nanon.
Le bien-être régnait chez Trabuc ; et c’était un plaisir pour les gens de la ville quand le hasard des promenades les conduisait vers le Mas de la Font-des-Tuiles.
Il y avait tout près du chemin et le long du sentier qui mène au Mas, sous un solitaire revers de roche, une source toujours pure et vive s’épanchant au pied d’un noyer. On s’arrêtait là volontiers, pour l’heure du goûter, sous le noyer, à côté de la source.
Mais aussitôt assis, vous étiez sûr de voir le brave Trabuc apparaître.
Et, Trabuc prétendant qu’à force de mousser dans la gourde le vin « soleillé » ne vaut plus rien, qu’au surplus l’ombre du noyer est glaciale et parfois mortelle, il fallait bon gré, mal gré, s’attabler dans la cassine et laisser adjoindre à son viatique, suivant la saison, du fromage, des fruits, avec une bouteille frais tirée du joli clairet de coteau, cordial comme le soleil qui cuit les grappes sur la souche et sec comme le sol pétri de silex où les racines vont chercher leur vie.
C’est au courant d’une de ces visites que Domnine apprit le veuvage de Médéric.
La nouvelle ne l’émut point, moins encore que ne l’avait émue la nouvelle de son mariage.
Alors elle se réjouit, rassurée et presque orgueilleuse, d’avoir pu, en si peu de temps, si bien redevenir maîtresse d’elle-même.
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