i HISTOIRE CHIMIQUE DU CHLORAL
Historique. — Dans un opuscule intitulé : Combinaisons produites par l’action du chlore sur l’alcool, l’éther, le gaz oléfiant, l’esprit acétique, J. Liebig, en 1831, fit connaître au monde savant qu’il venait de découvrir un nouveau composé de chlore, de carbone et d’oxygène auquel il avait donné le nom de chloral.
Si c’est à cet illustre professeur que revient l’honneur d’avoir découvert un corps appelé à jouer un grand rôle en thérapeutique, il est juste de reconnaître que c’est à M. Dumas que l’on doit, et sa composition exacte et le meilleur procédé à suivre pour sa préparation. En effet, pour Liebig, le chloral ne renfermait nullement d’hydrogène, c’était un composé de carbone et d’oxygène. Depuis, les recherches des chimistes distingués, MM. Dumas, Regnault, Stœdœler, Kékulœ, Koop, Wurtz, Roussin, Personne, Byasson, ont fait connaître au juste la chimie de ce nouvel agent thérapeutique.
Ayant d’abord obtenu le chloral en faisant agir du chlore sur de l’alcool, on avait cru, pendant un certain temps, que c’était là le seul moyen de s’en procurer ; mais il fut reconnu bientôt que certaines substances organiques, facilement oxydables, telles que le sucre, l’amidon, soumises également à l’action du chlore, donnaient naissance au corps découvert par Liebig. Mais, ces procédés qui font honneur à la science et à ceux qui les ont découverts n’offrent aucun avantage, aussi sont-ils délaissés. Théoriquement, voici ce qui a lieu alors que l’on fait agir le chlore sur l’alcool.
Il se forme d’abord des produits intermédiaires, mais l’action du chlore se prolongeant, on obtient le chloral.
Ces deux équations chimiques, d’ailleurs purement théoriques, permettent de considérer le chloral comme de l’aldéhyde trichloré. Tous les chimistes ne sont cependant pas de cet avis ; M. Wurtz, entre autres, aime mieux voir en lui l’hydrure de trychloracétile.
Quoi qu’il en soit, laissant à d’autres plus autorisés et plus capables, le soin d’élucider cette partie intéressante de l’étude de la composition du chloral, nous allons étudier ses propriétés.
Une remarque importante que nous ne pouvons négliger pour la compréhension de ce petit mémoire est la suivante : Si l’on désigne sous le nom de chloral la substance que l’on emploie aujourd’hui en médecine, c’est par une abréviation blâmable du langage, car, ce n’est pas le chloral, mais bien son hydrate qui est seul employé.
Les deux corps se distinguent l’un de l’autre par leurs propriétés générales, ainsi que, par leurs formules qui sont pour le premier de ces agents, C 4 Cl O, et pour l’autre, C 4 Cl O (2 HO).
Notre principal but étant de tâcher de vulgariser l’emploi de l’hydrate de chloral, nous ne nous occuperons donc désormais que de ce corps et, quelle que soit l’expression que nous employons, nous prions le lecteur de se souvenir que c’est l’hydrate de chloral qui sera seul traité ici, laissant de côté le chloral anhydre et le mélachloral.