‹ Éloge du sein des femmes Ouvrage curieuxChapitre 2 sur 11 · CHAPITRE II.

CHAPITRE II.

DES BEAUX TÉTONS.

Avant de déterminer la forme et les qualités qui rendent une gorge parfaite, examinons en quoi consiste la beauté d'une femme. Il faut, dit-on, qu'elle réunisse les trente points suivants:

La jeunesse. Taille ni trop grande ni trop petite. N'être ni trop grasse ni trop maigre. La symétrie et la proportion de toutes les parties. De beaux cheveux longs et déliés. La peau délicate et polie. Blancheur vive et vermeille. Un front uni. Les tempes non enfoncées. Des sourcils comme deux lignes. L'oeil bleu, à fleur de tête; et le regard doux. Le nez un peu long. Des joues un peu arrondies, avec une petite fossette. Le rire gracieux. Deux lèvres de corail. Une petite bouche. Dents blanches et bien rangées. Le menton un peu rond et charnu, avec une fossette au bout. Les oreilles petites, vermeilles et bien jointes à la tête. Un cou d'ivoire. Un sein d'_albâtre_. _Deux boules de neige._ Une main blanche, longue et potelée. Les doigts terminés en pyramides. Des ongles de nacres, de perle, tournés en ovale. L'haleine douce. La voix agréable. Le geste libre et sans affectation. Le corsage délié. La démarche modeste.

On a dit qu'Hélène réunissait ces trente points. _Franciscus Corniger_ les a mis en dix-huit vers latins. Vincentio Calmeta les a aussi mis en vers italiens qui commencent par _Dolce Flaminia_.

Voici ceux de François Corniger:

MULIERIS PULCHRITUDO.

_Triginta hæc habeat, quæ vult formosa videri Foemina: sic Helenam fama fuisse refert. Alba tria, et totidem nigra; et tria rubra; puellæ. Tres habeat longas res, totidemque breves. Tres crassas, totidem graciles, tria stricta, tot ampla, Sint itidem huic formæ, sint quoque parva tria. Alba cutis, nivei dentes albique capilli: Nigri oculi, cunnus, nigra supercilia._ _Labra, genæ, atque ungues rubri. Sit corpore longo, Et longi crines, sit quoque longa manus. Sintque breves dentes; auris, pes. Pectora lata, Et clunes, distent ipsa supercilia. Cunnus et os strictam, stringunt ubi cingula stricta, Sint coxæ et culus, vulvaque turgidula. Subtiles digiti, crines et labra puellis. Parvus sit nasus, parva mamilla, caput._

En voici la traduction, que rapporte un vieux livre français intitulé: _De la louange et beauté des Dames_.

Trois choses blanches: la peau, les dents et les mains. Trois noires: les yeux, les sourcils et les paupières. Trois rouges: les lèvres, les joues et les ongles. Trois longues: le corps, les cheveux et les mains. Trois courtes: les dents, les oreilles et les pieds. Trois larges: la poitrine ou le sein, le front et l'entre-sourcil. Trois estroites: la bouche, _l'une et l'autre_, la ceinture ou la taille et l'entrée du pied. Trois grosses: le bras, la cuisse et le gros de la jambe. Trois déliées: les doigts, les cheveux et les lèvres. Trois petites: les tétins, le nez et la teste.

L'auteur du _Procès et amples examinations sur la vie de Carême-Prenant_, etc., dit qu'une belle femme se compose des beautés de divers pays.

Qui voudra belle femme querre (chercher), Prenne visage d'Angleterre, Ayant le corps d'une Flamande Et les tetins d'une Normande, Entés sur un cul de Paris, Il aura femme de bon prix.

· · ·

Celle qui a les bras charnus, Grosse mammelle, nez camus, Longue raison et courtes mains, Elle est sujette au bas des reins.

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Fille qui fait tetins paroir (paraître) Son corps par étroite vêture On se peut bien apercevoir Que son c.. demande pâture.

Les trois quatrains ci-dessus sont tirés du _Momus Redivivus_, t. II, p. 30 et 31, publié par Mercier de Compiègne, qui, lui-même, les a pris dans l'ouvrage cité plus haut.

BLASON DE LA BELLE FILLE.

Une dame d'excellente beauté En tous ses faits doit estre modérée, Avoir le coeur rempli de loyauté, Maintien rassis, contenance assurée; Bouche riant, mignonne, savourée, OEil verdelet, le front largettement, Clere de vis[3], de couleur proprement. Menton fourchu, la chevelure blonde. Humble regard à lever doucement, Parfaite en bien seroit la plus du monde.

Ferme tetin sur l'estomac planté, Large entre-deux, rencontre relevée Gorge plaisante, et le col long, santé, Le nez traitiz[4], sourcille déliée, Mollette main, blanche, bien alliée De doigts et bras gresle tant seulement, Gente de corps, taillée adroitement. Hauteur moyenne et de belle faconde, Gorriere[5] un peu, parler courtoyement, Parfaite en bien seroit la plus du monde.

Parmy les rains bien fournis à planté, Grosse cuisse et devant haut enc...ée, Motte à plein poing, sans être trop hantée, De doux accueil et de rebelle entrée, Le ventre épais, barbe de frais rasée, Tenir l'escu au besoing droitement, Et son bourdon serrer estroitement, Je ne m'enquiers du trop ou peu profonde, Le compagnon porter joyeusement Parfaite en bien seroit la plus du monde.

[Note 3: Visage.]

[Note 4: Bien fait, joli.]

[Note 5: Recherchée dans sa toilette.]

ENVOY.

Prince gentil, pour vostre esbatement Si vous trouvez un tel appointement Au petit pied, jambe grossette et ronde, Montez dessus et picquez hardiment, Parfaite en bien seroit le plus du monde.

PIERRE DANCRE

ÉPIGRAMME PAR LE SIEUR MOTIN.

Si les esprits sont amusez A joüer aux Champs Elisez, Quand ils veulent jouer aux quilles, Les boules sont tetins de filles. Il est bien vray qu'en cet esbat La boule les quilles abbat, Mais icy c'est une autre affaire, Car aux quilles vient le contraire, Puisqu'au lieu de les renverser Les tetins les font redresser.

CHANSON.

J'ayme une fille de village, De qui le gros sein pommelé Monstre qu'elle tient recelé Sous sa cotte un gros pucelage.

Aussi est-ce à elle qu'on baille De son village tout l'honneur, Capable d'allumer un coeur D'une autre flamme que de paille.

Le plus galant des troubadours français, le célèbre Marot, nous instruit particulièrement de la beauté des tétons dans l'épigramme suivante:

SUR LE BEAU TETIN.

Tetin refait, plus blanc qu'un oeuf, Tetin de satin blanc tout neuf, Tetin qui fait honte à la rose, Tetin plus beau que nulle chose, Tetin dur (non pas tetin, voire, Mais petite boule d'yvoire) Au milieu duquel est assise Une frèze, ou une cerise, Que nul ne void ne touche aussi; Mais je gage qu'il est ainsi, Tetin donc au petit bout rouge, Tetin qui jamais ne se bouge, Soit pour venir, soit pour aller, Soit pour courir, soit pour baller, Tetin gauche, tetin mignon, Tousjours loing de son compagnon, Tetin qui portes tesmoignage Du demeurant du personnage. Quand on te void il vient à maints Une envie dedans les mains De te taster, de te tenir: Mais il se faut bien contenir D'en approcher, bon gré ma vie, Car il viendroit une autre envie.

O tetin ne grand, ne petit, Tetin meur, tetin d'appétit, Tetin qui nuict et jour criez, Mariez moy tost mariez. Tetin qui t'enfles et repousses Ton gorgias de deux bons pousses, A bon droit heureux on dira Celui qui de laict t'emplira Faisant d'un tetin de pucelle, Tetin de femme entière et belle.

Nous croyons faire plaisir au lecteur en mettant à la suite de la pièce de Marot celle de Guichard, qui lui sert de réponse.

LES TÉTONS.--À CLÉMENT MAROT.

Sur les tétons, Marot, je pense comme vous: C'est l'ornement, le trésor d'une belle. A des tétons qui peut être rebelle? L'oeil ne peut voir rien de plus doux. Bienheureuse la main qui les tient à son aise! Et plus heureuse encor la bouche qui les baise! Hélas! pourquoi gêner leur liberté? Nul ajustement ne les pare Comme l'entière nudité. Ce qu'il faut d'embonpoint, leur élasticité, L'intervalle qui les sépare, Ce poli du satin, cette aimable rondeur, Du bouton incarnat de la rose naissante, Ce bouton surpassant la forme et la couleur, Ce transparent tissu de neige éblouissante, Et l'azur qui dessous se divise et serpente. Tout est vu, pressé, dévoré, Le BEAU TETIN, par vous gentiment célébré Valoit-il les tétons pour lesquels je soupire? Mon cher Marot, eh quoi! ces tétons pleins d'appas Ne vous font point revoler ici-bas! J'en remettrois la gloire à votre lyre.

O de tous les tétons, tétons victorieux, Chef-d'oeuvre de l'amour, tétons.... tétons des Dieux! Foible mortel, renonce à chanter leur empire; Tout l'Olympe assemblé n'y pourroit pas suffire; Et, ce qui fait leur prix, ce qui fait mon bonheur, Auprès de ces tétons je sens.... je sens un coeur.

Benserade a rivalisé avec Marot dans l'apothéose des beaux tétons; car quel poëte ne les a pas chantés! et voici la belle définition qu'il en donne dans un sonnet:

Beau sein déjà presque rempli, Bien qu'il ne commence qu'à poindre, Tétons qui ne font pas un pli, Et qui n'ont garde de se joindre.

De jeunesse ouvrage accompli, Que de fard il ne faut pas oindre; Si l'un est rond, dur et poli, L'autre l'égale et n'est pas moindre.

Sein par qui les dieux sont tentés, Digne échantillon de beautés, Que le jour n'a point regardées;

Il garantit ce qu'il promet, Et remplit toutes les idées Du paradis du Mahomet

La blancheur, la rondeur et la fermeté sont donc trois qualités essentiellement requises pour mériter aux tétons le nom de beaux. Marot, qui était connaisseur dans cette sorte de friandise, les aimait ronds, comme on le voit dans ces vers, qui renferment des conseils sur le choix d'une maîtresse.

Quand vous voudrez faire une amie, Prenez-la de belle grandeur: En son esprit non endormie, Et son tetin bonne rondeur. Douceur En coeur, Langage Bien sage, Dansant, chantant par bons accords, Et ferme de coeur et de corps.

Si vous la prenez trop jeunette, Vous en aurez peu d'entretien; Pour durer, prenez-la brunette, En bon poinct d'asseuré maintien: Tel bien Vaut bien Qu'on fasse La chasse Du plaisant gibier amoureux: Qui prend telle proye est heureux.

Marot le prouve encore par ce rondeau:

Toutes les nuicts, je ne pense qu'en celle Qui a le corps plus gent qu'une pucelle De quatorze ans, sur le point d'enrager, Et au dedans un coeur, pour abbréger, Autant joyeux qu'eut onques demoiselle.

Elle a beau teint, un parler de bon zèle, Et le tetin rond comme une groiselle, N'ay-je donq pas bien cause de songer Toutes les nuicts? Touchant son coeur, je l'ay dans ma cordelle, Et son mary n'a, sinon le corps d'elle; Mais toutefois, quand il voudra changer, Prenne le coeur, et pour le soulager, J'auray pour moi le gent corps de la belle Toutes les nuicts.

Bois-Robert, né à Caen, en 1592, a aussi chanté le sein dans les stances suivantes:

Beau sein, belles bouches d'yvoire, Vivants objects de ma memoire, Cheres delices de mes jours, Qui dedans vos rondes espaces Cachez la demeure des Graces Et la retraicte des Amours.

Gorge de lys, pommes d'albatre De qui mon oeil est idolatre, Source des amoureux desirs. Parfait assemblage de charmes, Digne sujet de tant de larmes, De tant de vers et de soupirs:

Objects d'eternelle allegresse, Petits messagers de jeunesse, Petits gemeaux ambitieux, Qui desja pour vous trop cognestre Ne faisant encor que de naistre, Vous enflez d'orgueil à nos yeux.

· · ·

Plus heureux qui pour vous soupire; Le mal qu'il se plaist d'endurer: Mais, ô merveille que j'adore, Je tiens bien plus heureux encore Celuy qui vous fait souspirer.

Charles Cotin nous fait voir dans le sonnet suivant _sur les tétons_, qu'ils doivent être fermes, ronds, et bien écartés l'un de l'autre.

Tandis que deux voisins sans se joindre véquirent, Tous deux également de tous furent aimez; Tous deux enflez d'orgueil et de grace animez. Partagèrent entr'eux l'honneur qu'ils acquirent;

Tous deux avoient quinze ans à l'âge qu'ils naquirent; Tous deux sur même moule ils paraissoient formez; L'un l'autre ils se fuyoient de dépit enflammez, L'un à l'autre enviant les conquêtes qu'ils firent.

Bien qu'un prince passât, ils ne s'ébranloient point; Mais enfin leur orgueil s'enfla jusqu'à ce point, Que leur triste union commença de paroître.

Ils se baisèrent tant, qu'ils en firent pitié; L'amour de tous naquit de leur inimitié, Et de leur union le mépris vint à naître.

M. Le Pays paraît être du même goût, quand il dit à son Iris, dans le portrait qu'il fait d'elle:

«Votre gorge semble avoir été faite au tour; et l'on peut dire que c'est une beauté achevée. Votre sein est digne de votre gorge; il est blanc, gras et potelé. Les deux petits globes qui le composent ne sont éloignez que de deux doigts, et cependant je suis assuré que de leur vie ils ne se sont baisez, quoi qu'ils soient frères, et qu'ils deussent bien s'aimer, si la ressemblance fait l'amitié.»

L'auteur de la chanson picarde, qui commence par ces mots: _Ton himeur est, Catherene_, les aimait aussi avec cette qualité; il fait dire à l'amant:

Pour ta bouche elle est plus rouge Que n'est la creste d'un cocq; Et ta gorge qui ne bouge, Paroit plus ferme qu'un roc.

Une belle gorge étant la meilleure recommandation que puisse avoir une femme, elle ne saurait trop la voiler pour la garantir du hâle; car il en est peu de privilégiées aujourd'hui à qui l'on puisse adresser ce madrigal:

On a beau dire, Iris, pour louer votre teint, Que sa blancheur est sans seconde: Pour moi qui ne dis rien de flatteur ni de feint, Je soutiens qu'il en est une plus grande au monde. N'en déplaise à la vanité De votre superbe visage; Vos tétons, belle Iris, en bonne vérité, Voudroient-ils en blancheur lui céder l'avantage?

_La Puce de Mme des Roches_, Paris, 1583, in-4o; 1610, in-8o. Réimprimé, 1868, Paris, Jouaust, petit in-8o.

On sait quelle fut l'origine de ce recueil. La haute société de Poitiers s'honorait alors de deux dames appartenant à la race des _Précieuses_, de Molière, c'étaient Mme des Roches et sa fille Catherine. Poëtes elles-mêmes, mais dans une mesure très-restreinte, elles réunissaient autour d'elles une société de beaux esprits. Les Grands-Jours, tenus à Poitiers en 1579, amenèrent autour de ces dames tous les magistrats que cette solennité avait appelés dans cette ville. Un jour, Étienne Pasquier aperçut une puce qui s'était «parquée au beau milieu du sein» de Mlle des Roches; il fit remarquer la témérité de l'animal; il s'ensuivit quelques propos badins; l'incident provoqua d'abord l'échange de deux pièces de vers entre Pasquier et Mlle des Roches; les savants magistrats, prenant fait et cause, se mirent à célébrer la puce en français, en latin, en espagnol, en grec même. Pasquier recueillit ces divers morceaux; de là vint le volume qui devait avoir pour titre: _la Puce de Mlle des Roches_, car ce ne fut pas madame sa mère qui fut l'héroïne de l'aventure. L'uniformité du sujet donne à ces compositions une teinte de monotonie, mais la forme en est toujours agréable, et on y trouve de gracieux détails. L'éditeur de 1868 a suivi le texte de l'édition de 1610, en notant les principales variantes (les préfaces des deux éditions sont tout à fait différentes); il s'est borné à reproduire les pièces françaises.

Nous nous contenterons de citer la pièce ci-dessous, d'Étienne Pasquier. Elle résume à elle seule tout ce que les autres poëtes en ont pu dire.

LA PUCE.

Ainsi que dedans le pré, D'un vert émail diapré, On voit que la blonde avette Sur les belles fleurs volette, Pillant la manne du ciel, Dont elle forme son miel; Ainsi, petite pucette, Ainsi, puce pucelette, Tu voles à tâton Sur l'un et l'autre téton; Or, ayant pris ta posture, Tu t'en viens à l'aventure. Soudain après héberger Au milieu d'un beau verger, Paradis qui me réveille, Lorsque plus elle sommeille: Là, prenant ton bel ébat, Tu lui livres un combat, Combat qui aussi l'éveille, Lorsque plus elle sommeille.

Je ne veux ni du taureau, Ni du cygne, blanc oiseau, Ni d'Amphytrion la forme, Ni qu'en pluye on me transforme. Puisque ma dame se paist Sans plus de ce qui te plaist, Plust or à Dieu que je pusse Seulement devenir puce! Tantost je prendrois mon vol Tout au plus haut de ton col, Ou, d'une douce rapine, Je sucerois ta poitrine, Ou lentement, pas à pas, Je me glisserois plus bas, Et d'un muselin folastre, Je serois puce idolastre, Pinçottant je ne sçais quoi, Que j'aime trop plus que moi!

Mais las! malheureux poëte! Qu'est-ce qu'en vain je souhaite? Cet échange affiert à ceux Qui font leur séjour aux cieux. Et partant, puce pucette, Partant, puce pucelette, Petite puce, je veux Adresser vers toi mes voeux. Si tu piques les plus belles, Si tu as aussi des aisles Tout ainsi que Cupidon, Je te requiers un seul don Pour ma pauvre âme altérée, O puce! ô ma Cythérée! C'est que ma dame, par toi, Se puisse éveiller pour moi! Que pour moi elle s'éveille, Et ait la puce en l'oreille!

ÉTIENNE PASQUIER[6].

[Note 6: Étienne Pasquier, avocat, naquit en 1529 et mourut en 1615.]

MADRIGAL.

Le téton de Babet est plus blanc que l'albastre; Pour estre ferme et rond il n'a point de pareil; On ne peut sans amour voir son bouton vermeil, Faut-il donc s'estonner si j'en suis idolastre!

Quand j'y porte la main de son consentement Rien ne peut estre égal à mon contentement, Je suis ravy d'avoir ce charmant privilége, Mais quand elle s'oppose à mon ardent dessein, O Babet! ô friponne, aussitost, m'escriay-je, Vous faites bien la fière avec votre beau sein, Ah! vrayment vostre sein est un beau sein de neige.

(_Nouveau mélange de pièces curieuses, tant en prose qu'en vers_. Paris, A. de Sommaville, 1664, in-12.)

Il existe un poëme allégorique et moral, intitulé: _Architrenius_, publié à Paris en 1517, in-4o, et dont l'auteur, Jean d'Hanteville ou d'Hanville, était un moine qui vivait à la fin du douzième siècle. Ce bon religieux mettait, dans ses vers, sans y entendre malice, des traits un peu vifs; il se plaît, par exemple, à tracer le portrait d'une jeune beauté; un passage est relatif au sein, il tombe dans notre domaine:

_Non implet longoeva sinum, puerilibus annis_ _Castigata sedes, teneroque rotundula botro...._

Nous avons sous les yeux une traduction inédite de ce fragment:

«Tel qu'une graine vermeille de raisin, un petit tetin, frais et poli, s'élève mollement sur un sein arrondi, et la couleur de rose contraste avec cette touffe de lys. Ces deux globes charmants sont grossis par l'effet de leur jeunesse, et non par le lait qui ne les a pas encore remplis. Un léger noeud de ruban les serre sans en comprimer la fermeté. Elevés au milieu d'une surface plane, ces monticules font voir au milieu d'eux comme un vallon.»

LES DÉLICES DE LA POÉSIE GALANTE. Paris, Ribou, 1666, in-12.

SIXAIN.

_En envoyant un bouquet de jassemin._

Allez, doux jassemin où l'amour vous appelle, Et si vous approchez du beau sein de Philis, Dont la blancheur ternit celle des plus beaux lis, Avant que de mourir, dites à cette belle Que je croirais mon sort bien doux D'y pouvoir mourir avec vous.

SOMAISE.

SUR UNE SANGSUE QUI PIQUE LE SEIN DE SYLVIE.

Quel objet de courroux se présente à ma vue? Un insecte cruel, une noire sangsue Pique un sein plus blanc que les lys, Dont tous les traits sont accomplis. Crois-tu bien te souler du sang de ma Silvie? Sa blancheur te devrait détourner du dessein De lui piquer le sein. Si tu veux contenter ta malheureuse envie, La peine suivra ton souhait, Car soudain tu perdras la vie Et tu n'auras sucé que des gouttes de lait.

LE BUSC.

Cette pièce étant un peu longue et assez médiocre, nous n'en reproduirons qu'un fragment:

Ce bois touche par privilege Un double petit mont de neige Qui, par un joli mouvement Se soulève fort mollement Et puis mollement se rabaisse, Allant et revenant sans cesse D'un air charmant et gracieux, Comme s'il s'approchait des yeux Pour ses beautés faire connoistre Et puis mollement disparoistre.