L'AMOUR SUR UNE GORGE REBONDIE.
SONNET.
C'est ici qu'on peut voir qu'en l'un et l'autre monde Je règne également et je donne des loix; J'en ai deux aujourd'hui que j'habite à mon choix Et dans chacun des deux ma gloire est sans seconde.
Sur deux fermes tétons mon empire se fonde; J'y soumets sans efforts les plus superbes rois; Il n'en est point qui puisse éviter mes exploits Et que ma politique à la fin ne confonde.
Je ne crains pas, comme eux, les moindres changemens; J'aime à voir remuer, et les soulèvemens Servent à ma grandeur, s'ils font leur décadence.
Et quoy que les prudens et les plus advisés Imputent la faiblesse aux États divisés, Si les miens ne l'étoient, j'aurois moins de puissance.
Louis XV demanda un jour à Bouret, secrétaire du cabinet, comment il trouvait la dauphine et si elle avait de la gorge. Il répondit que Marie-Antoinette était charmante de figure et qu'elle avait de beaux yeux. «Ce n'est pas cela dont je vous parle, répondit Sa Majesté, je vous demande si elle a de la gorge.--Sire, je n'ai pas pris la liberté de porter mes regards jusque-là.--Vous êtes un sot, continua le monarque en riant, c'est la première chose qu'on regarde aux femmes.»
RONDEAU.
Au doulx chant de ces alouettes En ces moys dauril et de may Je me mettois en grand esmoy De dire plusieurs bergerettes La desirois mes amourettes A les tenir aupres de moy Au doulx chant.
Pour manier les mammelettes Et leur bailler soubdain la foy Tout ainsi que faire le doy Dessus ces belles herbelettes Au doulx chant.
MARINO.
Les tétons des belles sont deux tours vivantes d'albâtres d'où l'Amour blesse les amants. Ce sont deux écueils contre lesquels nos libertés vont agréablement faire naufrage; deux mondes de beauté éclairés par deux beaux soleils qui sont les yeux. Un auteur français les compare à deux pommes et s'écrie:
Heureux qui peut monter sans bruit Sur l'arbre qui porte ce fruit.
Au commencement du XVIIIe siècle, les dames portaient sur leur gorge découverte des croix et des petits Saint-Esprit en diamants. Aussi, un prédicateur s'écria-t-il un jour en chaire: «Bon Dieu! peut-on plus mal placer la croix qui représente la mortification, et le Saint-Esprit, auteur de toutes bonnes pensées.»
Voici une pièce manuscrite attribuée à Voisenon; j'ignore si elle a été imprimée, mais comme elle est peu connue, les lecteurs seront sans doute charmés de la trouver ici.
LES TETONS DE MA COUSINE.
Il te souvient de ce Pygmalion, De la statue élégante qu'il aime, Et que Vénus, pour sa dévotion, Avoit changée en une autre elle-même.
En toi le cas pareil est arrivé; Tu fus statue; car, par expérience J'en suis certain, et ce qu'ici j'avance Est dans ces vers un peu plus bas prouvé.
Étant encor bloc de marbre insensible Tout étoit dur; tu n'avois nul ressort; Vénus voulut t'amollir tout le corps Pour te le rendre aux plaisirs plus flexible.
Pour recevoir et donner un baiser Bien tendrement à l'amant qui te presse, Elle amollit ta bouche enchanteresse, Elle amollit tes bras pour l'embrasser.
Jambes d'abord et ce qui les surmonte Gardent encor un peu de dureté, Moins que le marbre, et si plus haut on monte, On trouvera de l'élasticité.
Mais ce qui peut mieux prouver mon système, Elle oublia de changer tes tétons; Ils sont taillés aussi juste, aussi ronds Et blancs et durs comme le marbre même.
MADRIGAL.
Tout ici baise, Jeanneton, Ton mouchoir baise ton téton, Tes cheveux se baisent et rebaisent, Je vois tes lèvres se baiser; Et si toutes choses se baisent Voudrais-tu bien me refuser?
Je n'ai pas envie de déterminer positivement ici de quelle taille doivent être les tétons, ni prendre parti dans le différend qui pourrait s'élever sur la longueur, la largeur et la distance de ces deux parties du corps des belles; je dirai seulement que si les hommes ont raison de donner la préférence aux plus gros, d'autres n'ont pas tort de préférer un sein qui n'est pas fort garni. Il faut croire, sur ce point, que Le Pays parlait sérieusement et sans flatterie à sa Caliste, lorsqu'il s'exprimait ainsi:
«Votre sein n'est pas des plus remplis, mais ce que vous en avez est blanc; et, s'il m'est permis de le dire comme je le pense, le morceau, pour être petit, ne laisse pas d'être délicat.»
Une chose au moins que je puis avancer hardiment, c'est qu'une femme ne saurait être belle, si elle n'a une belle gorge et un beau sein. Aussi voyons-nous que de tous les faiseurs de portraits, aucun n'oublie les tétons, quand il veut peindre une beauté parfaite.
M. Victor Cousin, dans son ouvrage sur _Mme de Longueville_, parle à diverses reprises de l'objet qui nous occupe. Décrit-il (t. Ier, p. 321) un portrait de la duchesse par Anselme van Hull, il observe que «le sein à demi-découvert, paraît dans sa beauté modeste.» A-t-il l'occasion de retracer les traits d'Anne d'Autriche, de la duchesse de Chevreuse, de Mme de Montbazon, il n'oublie pas de vanter la perfection de leur gorge. Le philosophe éclectique, le traducteur de _Platon_, l'éditeur de l'infortuné _Abailard_, était connaisseur.
[Illustration]
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