‹ En Turquie d'AsieChapitre 22 sur 59 · DEUXIÈME PARTIE - CHAPITRE I - I

DEUXIÈME PARTIE - CHAPITRE I - I

LES PRODUCTIONS.--L’INDUSTRIE.--LE COMMERCE

LES VINS DE BROUSSE

La récolte des raisins.--La fabrication des vins.--Les vignes dans l’intérieur.

LA RÉCOLTE DES RAISINS

Brousse a de tous temps été renommée pour l’abondance et la qualité de ses vins.

La maladie qui a atteint la vigne en Asie-Mineure, il y a environ vingt années, a cependant porté aux vignobles un grave préjudice. Cette maladie, appelée en turc _kullemé_, présentait tous les caractères de l’oïdium: dès sa formation le raisin commençait à se rétrécir, il grossissait néanmoins, mais au lieu d’acquérir du jus, il desséchait, et quand arrivait la vendange, les grappes étaient à la vérité formées, mais noires, sèches, comme si elles eussent été passées au four. Des tentatives, infructueuses tout d’abord, ont été faites en grand nombre pour combattre les progrès de cette maladie; ce n’est qu’après un assez long temps que l’on a reconnu l’emploi du soufre comme d’une efficacité absolue. Mais déjà un grand nombre de vignerons justement effrayés avaient arraché leurs vignes et s’étaient mis à semer du blé, du maïs, etc..., d’autres les avaient totalement abandonnées. Si bien que lorsque le remède fut trouvé, le nombre des vignes était diminué de moitié.

D’autres raisons ont contribué également à diminuer l’importance des vignobles du sandjak de Brousse. Citons entre autres le tremblement de terre de 1855, qui renversa la plus grande partie de la ville, et le grand incendie de 1863, qui détruisit les meilleures caves.

Aujourd’hui le kullemé a disparu grâce à l’emploi du soufre; les vignes ne sont plus atteintes par la maladie; les tremblements de terre apparaissent moins fréquemment; quant aux incendies, quoique nombreux, comme dans toutes les villes de Turquie, ils ne peuvent plus avoir à Brousse l’importance de celui de 1863, la plus grande partie de la ville ayant été rebâtie avec des voies un peu larges et quelque peu droites.

La récolte du raisin dans le sandjak devrait donc, bien qu’elle ne puisse atteindre l’importance qu’elle avait autrefois, permettre de reconstituer les crus de vins disparus. Car, si ces crus n’existent point aujourd’hui, ce n’est point en raison du manque de raisin (la récolte est toujours très abondante), c’est faute de développement de ce commerce dans le pays, faute d’encouragements indispensables. Cette industrie n’existe pas, elle est toute à créer. Mais nous avons la certitude que le jour où l’initiative privée s’emparerait de cette question, elle mettrait pour ainsi dire la main sur une mine de richesses non encore exploitée.

Le tableau suivant dont tous les chiffres--(malgré les difficultés que l’on rencontre à chaque pas, en Turquie, pour se procurer le moindre renseignement, et surtout en raison de ces difficultés)--ont été recueillis avec grand soin et contrôlés dans la mesure du possible, indique suffisamment que ce ne sont pas les éléments qui manquent à Brousse pour produire des vins en quantités et qualités voulues.

_TABLEAU de la production des vignobles situés dans un rayon maximum de 40 kilomètres des ports d’embarquement sur le golfe de Ghemlek._

LOCALITÉS Turque PRODUCTION APPROXIMATIVE ou Raisin noir Raisin blanc chrétienne ocques kilogr. ocques kilogr.

Kiziklar (5 villages) Turcs » » 500,000 625,000 Ak-sou dito » » 200,000 250,000 Gheuzédé et Tchatal-Tépé dito » » 10,000 12,500 Dimboz dito » » 15,000 18,750 Kestel dito » » 15,000 18,750 Doudakli et Barakeuy dito » » 150,000 187,500 Kara-Hidir et Narli-Déré dito » » 200,000 250,000 Jydir, Kazikli et Agha-Keuy dito 100,000 125,000 200,000 250,000 Kélèssen Chrétiens Démirdeche dito 400,000 500,000 400,000 500,000 Alachar Turcs Kara-Baltchick Turcs » » 50,000 62,500 Sètche-Keuy dito » » 50,000 62,500 Tchourdané dito » » 150,000 187,500 Philadar Chrétiens 100,000 125,000 1,000,000 1,250,500 Aksounghour Turcs » » 15,000 18,000 Ahmed-Bey dito » » 120,000 130,750 Plaine de Brousse Turcs et chrétiens » » 100,000 125,000 Brousse, Missi et Tchékirglhé dito » » 1,800,000 2,250,000 Démirdji-Keuy Turcs » » 300,000 375,000 Tchali-Keuy dito » » 300,000 375,000 Fodra et Yayladjik dito » » 400,000 500,000 Tahtali Turcs et chrétiens » » 500,000 625,000 Kayapa Turcs » » 500,000 625,000 Hassan-Agha dito » » 500,000 625,000 Aktchaklar dito » » 200,000 260,000 Dansari-Ghuruklé Chrétiens 25,000 31,250 375,000 718,750 Quitté Turcs » » 200,000 250,000 Yénidjé-Keuy dito » » 15,000 18,750 Déré-Tchavouchou dito » » 15,000 18,750 ------- ------- --------- ---------- _Totaux_ 625,000 781,250 8,480,000 10,600,000

Brousse et sa banlieue produisent donc, lors d’une récolte moyenne, près de un million de kilogrammes de raisin noir, et près de onze millions de kilogrammes de raisin blanc.

Il faut observer que l’on n’a indiqué dans le tableau précédent que les vignobles communiquant par des chemins praticables avec la ville de Brousse ou avec les ports d’embarquement Moudania et Ghemlek. Les plus proches du littoral sont à 5 kilomètres, les plus éloignés à 40 kilomètres environ.

Les raisins blancs sont composés des cinq qualités principales ainsi dénommées dans le pays: _Ghérendjé_, _Eksènes_, _Doghrou-Tchibik_, _Amassia_, _Tchaouche_. Ces deux dernières qualités sont d’excellents raisins de table, le _Tchaouche_ surtout qui est un raisin parfumé, à gros grain, ayant beaucoup d’analogie avec le beau chasselas de Fontainebleau. Il n’y a que peu d’années que Brousse produit cette qualité, importée des rives du Bosphore (côtes d’Asie) où le _Tchaouche_ est cultivé pour la consommation de Constantinople.

Les raisins noirs se composent des deux qualités suivantes: _Djabata_, _Dimrit_. Ils sont peu agréables au goût.