‹ En Turquie d'AsieChapitre 29 sur 59 · V

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AVANTAGES QUE PRÉSENTERAIT LA CRÉATION D’UNE CONDITION DES SOIES A BROUSSE

Il arrive très fréquemment que des contestations surgissent entre certains fabricants de soie et les maisons avec lesquelles ils sont en relations commerciales à Londres, Nottingham, Lyon, Marseille, Paris.

Ces contestations sont assez généralement motivées par un déficit de poids qu’accusent les balles expédiées en France et en Angleterre.

Ce déficit doit-il être attribué ou à l’humidité de la soie à son départ de Brousse, ou à une soustraction qui aurait été opérée pendant le trajet, ou à toute autre cause, c’est ce qu’il est assez difficile et délicat de déterminer exactement.

[Illustration: TOMBEAU DE MEHMED Ier à Brousse.]

Quoi qu’il en soit, il n’en est pas moins certain que malheureusement les contestations entre vendeurs et acheteurs sont fréquentes.

Il conviendrait donc, dans l’intérêt général du commerce français avec Brousse et le vilayet de Hudavendighiar:

1º Ou d’instituer à Brousse une _Condition publique des soies_ placée sous le patronage exclusif du gouvernement français et dont on obtiendrait le privilège par firman impérial, ce à quoi la France peut et doit prétendre étant presque exclusivement intéressée dans ce commerce;

2º Ou d’établir un système mettant à même le Vice-Consulat de France à Brousse de délivrer aux expéditeurs des certificats spéciaux d’expédition pouvant avoir pleine créance sur les places françaises.

Dans les deux cas la question paraît devoir être résolue. Il s’agit donc d’appliquer le mode qui conviendrait le mieux.

La première initiative créerait en Asie un établissement _essentiellement français_. C’est là un point de vue de la question qu’il ne faut pas dédaigner si l’on tient compte des progrès commerciaux incessants que les Anglais et les Américains font en Asie-Mineure, progrès commerciaux habilement dissimulés sous couleur de propagande religieuse.

Il serait même très intéressant à ce sujet d’établir un parallèle entre les résultats pratiques que la France recueille actuellement de sa longue tradition de protection des intérêts chrétiens en Levant et les résultats déjà obtenus par les missions protestantes anglaises et américaines, missions peu anciennes d’ailleurs. On verrait ceci; c’est que les missions étrangères ne se servent, en Orient, des intérêts religieux que pour ouvrir des débouchés au commerce de leurs pays, et que la protection séculaire des intérêts chrétiens en Levant, si elle ne ferme pas précisément à la France des débouchés commerciaux, n’est pas employée à lui en créer de nouveaux.

Pour en revenir à la question principale, nous répétons que si une Condition publique des soies était créée à Brousse elle aurait tout d’abord l’avantage d’être un établissement essentiellement français. Elle aurait également un autre avantage. Elle pourrait chercher à propager à Brousse les graines de vers à soie de reproduction française et fournirait aux Chambres de commerce françaises des données techniques sinon statistiques sur les récoltes soyeuses du pays.

Cet établissement subsisterait par les taxes de conditionnement des mille balles de soie produites annuellement par les deux villes de Brousse et de Bilédjik, balles qui toutes auraient incontestablement avantage à passer par la condition des soies.

On établirait un tarif _ad hoc_ et naturellement plus élevé que les tarifs de conditionnement en France. L’intérêt que les négociants d’Asie trouveraient à faire conditionner leur soie avant l’expédition est un sûr garant de la faveur qui accueillerait l’établissement que nous préconisons.

Si la seconde initiative seule était adoptée, les certificats spéciaux d’expédition que délivrerait le Vice-Consulat pourraient être basés, ou sur une attestation émanant de l’administration des contributions indirectes du pays, constatant que telle balle contient tant d’ocques, tant de flottes, ou sur la vérification officielle faite au consulat même sur des bascules de précision.

L’une ou l’autre de ces institutions serait bien vue par les industriels de Brousse. Tous, croyons-nous, souscriraient à l’idée de l’établissement par la France d’une Condition publique des soies.

Si l’intérêt du Trésor doit entrer ici en ligne de compte il faut observer que si l’une de ces idées était adoptée les recettes du Vice-Consulat au lieu de se tenir dans une moyenne annuelle de cinq à six cents francs s’élèveraient immédiatement à douze ou quinze mille francs au minimum[10].

[10] Rapport de M. E. Dutemple, vice-consul de France à Brousse, décembre 1880.