XI
Cette lettre, d’un correcteur d’imprimerie, à l’éditeur de la Bibliothèque gauloise, M. Delahays, a été publiée dans le Bulletin de la librairie à bon marché, en 1858; elle mérite d’être recueillie:
«Monsieur,
«Vous avez bien voulu me charger de revoir, comme correcteur, une partie des réimpressions d’anciens ouvrages, qui font partie de votre Bibliothèque gauloise. Ce travail, souvent difficile, et toujours long et minutieux, m’a permis d’apprécier les différences notables qui existent entre vos éditions et d’autres éditions précédentes plus ou moins estimées. La critique actuelle se soucie bien aujourd’hui de signaler ces différences! elle ne fait même aucune distinction entre un bon et un mauvais texte. Je vous demande la permission de vous indiquer quelques-unes des variantes que j’ai eu l’occasion de remarquer dans les éditions dont j’ai corrigé les épreuves. Je commencerai par Bonaventure des Periers.
«L’édition de la Bibliothèque elzévirienne et celle de la Bibliothèque gauloise, quoique revues également sur les éditions originales, offrent une dissemblance presque radicale au point de vue de l’orthographe, de la ponctuation, etc. Il ne m’appartient pas de décider quelle est la meilleure de ces deux éditions; mais voici seulement un certain nombre de passages où le texte diffère essentiellement dans l’une et l’autre.
ÉDITION DE LA BIBLIOTHÈQUE ÉDITION DE LA BIBLIOTH. GAULOISE. ELZÉVIRIENNE.
Pages.
10. J’ay bien esprouvé que pour cent francs de melancolie n’acquitterons-nous pas pour cent n’acquittent pas. sols de debtes
30. Un homme ne se fie pas volontiers en une fille qui lui a presté un pain sur la fournée. à une fille.
31. Combien qu’ils fussent Bretons..., s’estoyent meslez de faire bons tours avec ces Bretes, qui sont d’assez bonne volonté. avec ces brettes.
33. Ilz espouserent: ilz font grande chère, ilz battent: que ils espousent... que voulez-vous plus? voulez-vous de plus?
36. Il est advenu, dit-il, depuis n’ha gueres. dit-il n’hagueres.
42. Mon amy, ce luy dit l’autre, incontinent que. Mon amy, luy dit l’autre.
51. Car volontiers, quand il en quand il advient quelque vient quelque faute aux femmes faute. grosses.
Je m’esbahy qu’il ne s’est advisé ne s’en est advisé... de le faire, tout devant que devant que de partir. departir. ...
52. Et à l’une des fois. Et à une des fois.
Demandez-le à sire André. Demandez à sire André.
Quel achevement est cecy? est ce cy?
57. Quand il se fust despouillé. Quand il fut despouillé.
59. Tantost le barbier luy Le barbier luy demandoit. demandoit.
63. Marie la prophetesse la met à propos et bien au long en un et fort bien au long... et livre..., et dit ainsi. disant ainsi.
Gehenner. geiner.
66. Il print envie de bastir une ville, et fortune voulut. une ville. La fortune.
70. Un advocat, qui s’appeloit la Roche Thomas, l’un des plus renommez de la ville, comme de ce temps y en eust bon nombre de comme que de ce temps. sçavans.
72. Quand ce fut à presenter le pasté, il estoit aysé à veoir qu’il présenter ce pasté, il avoit passé par de bonnes mains. estoit aisé de veoir.
74. La pedisseque n’avoit jamais esté desjunée de ce mot de plurier nombre, parquoy elle se le fit par quoy elle se fit expliquer au clerc, qui luy dit. expliquer par le clerc.
76. J’ay un fils qui a des-jà vingt ans passez, ô reverence! et qui est qui est assez grand; il a assez grand quierc; il a desjà. desjà. .... Comme prince qu’il estoit; et, avec sa magnificence, avoit une qu’il estoit. Avec sa certaine privaulté. magnificence, il avoit.
78. Or, est-il que le reverendissime s’appeloit, en son propre nom, Phelippes. s’appeloit Phelippes.
80. De l’enfant de Paris nouvellement marié, et de Beaufort, qui trouva un subtil moyen de. qui trouva moyen de.
Un jeune homme, enfant de Paris, après avoir hanté les Universitez natif de Paris... de çà deçà et delà les montz... se et de là les montz... se trouvant bien à son gré ainsi qu’il trouvant bien à son gré, estoit; n’ayant point faute. n’ayant point faulte.
81... qu’autant valoit-il y entrer Qu’autant valoit y de bonne heure, délibéroit de se entrer... faisant les faire sage, faisant ses desseins en desseins. soy-mesme.
86... et de vous rendre entre les mains. et vous rendre.
88... de peur qu’il se faschast qu’il se faschast. d’aventure. Il vient. D’aventure il vient.
89. O! de par le diable! dit-il en fongnant. en se fongnant.
Beaufort avoit fait une partie de ses affaires, qui se sauva. et se sauva.
C’estoit d’un feu qui ne s’estaint pas pour l’eau de la riviere. par l’eau.
94. Ce levrier se fourroit à toute heure chez luy, et luy emportoit et emportoit. tout.
Ce menuizier couroit après avec sa houssine. couroit après sa houssine.
101. Un laboureur riche et aisé, après avoir. riche, après avoir.
110. Mais par-dessus tous les par sus tous, les. cordouanniers.
111. Pour Dieu, ce dit maistre Pierre, envoyez-m’en querir. envoyez-moy querir.
113. Mes deux cordouanniers se trouverent à l’hostelerie chacun à l’hostelerie avec une bote avec une bote à la main. à la main.
114. Tandis qu’ilz estoyent en ce à ce débat. se trouverent debat. ... se trouverent bien camus. camus.
et maistre Pierre escampe de hait. eschappe de hait.
Il y en avoit un en Avignon. Il y avoit en Avignon un tel averlan. 118. Il la fit ramener le lendemain en la mesme place, pour veoir si quelqu’un se la vendiqueroit. se la revendiqueroit.
120. Un conseiller du Palais avoit gardé une mule vingt-cinq ans ou environ, et avoit eu entre autres et avoit entre autres. un pallefrenier.
121... Nous en accorderons bien, vous et moy; sinon, je la reprendray. C’est bien dit. Le C’est bien, dit le conseiller se fait amener ceste conseiller. Il se faict. mule.
126. Il avoit un maistre d’hostel qui mettoit peine de luy entretenir ce qu’il aymoit; auquel fut donné ce qu’il aymoit, et à celuy par quelqu’un de ses amys un asne. mesme fut donné.
135. En la ville de Maine-la-Juhes, au bas pays du Maine. au bas du pays du Maine.
136. Il sembloit à sa mine que quelques foys il s’efforçast de parler en son plaisant parler, au plaisant regnardois regnardois. qu’il jargonnoit.
137. Encore, pour cela, il ne manquoit pas d’en trouver tousjours quelqu’un en voye. d’en trouver quelqu’un.
141. De maistre Jean du Pontalais. de Pontalais.
142. Et ne luy sembloit point qu’il y eust homme en Paris qui le qui le surpassast en esprit passast en esprit et habileté. et en habileté.
146. Maistre Jean du Pontalais, selon sa coustume, fit sonner son fit sonner le tabourin. tabourin.
147. Il fut remonstré que ce n’estoit pas l’acte d’un sage homme. le fait d’un sage.
148. Ilz deviserent un temps. ils diviserent du temps.
149. Vous me logeastes l’autre nuict bien large. bien au large.
151. Elle se leva le matin d’auprès de monsieur. d’auprès monsieur.
155. Elle en voulut parler au curé et luy en dire ce qu’il luy en et luy dire. sembloit.
158. Le lendemain matin l’evesque Le lendemain matin voulut voulut sçavoir qu’avoyent eu ses sçavoir. chevaux.
171. Il y avoit un prestre de village, qui estoit tout fier d’avoir veu un petit plus que de un petit plus que son Caton. son Caton.
174. L’hoste le laisse entrer, et et met son cheval à luy, met son cheval en l’estable l’estable. aux vaches.
185. Chanter des leçons de matines, des leçons de matines et vigiles et benedicamus, pour luy des vigiles et des façonner sa langue; là où pourtant benedicamus... là où il ne profita pas, sinon que. pourtant il ne proufita d’autre chose, sinon que.
187. Toutesfois il tastonna tant par ceste cave environ les tonneaux. par ceste cause.
188. Eh! monsieur! que faictes-vous Eh! mon Dieu. là-bas.
Si se print à chanter le grand se print à chanter. maledicamus.
194. Qui fut du temps que les arrestz se delivroyent en latin. se livroyent.
208. Prenant poinctz de poinct. poingz de poinct.
218. Voici un pays esgaré. escarté.
222. Il tiroit l’une de ces receptes à l’adventure comme on comme on met. fait à la blanque.
225. De plain saut. de prinsaut.
229. L’abbesse qui la visitoit qui le visitoit. toute nue.
260. Un des gentilz hommes de Beausse, que l’on dit qu’ilz sont de la Beausse... Qui deux à un cheval sont deux.
264. Pleine une grande jate de bois une grande jate avec de la avec de la soupe. souppe.
277. Si est-ce qu’elle regarda ce gentilhomme de fort mauvais œil, et et si ce ne s’en peut si ne s’en peut pas taire. taire.
296. Ce qui faisoit les coqs devenir ainsi durs. aussi durs.
298. Il se declara en disant qu’il y avoit une faute qui valloit qu’il avoit faict une quinze. faute.
300. Il escoutoit d’une telle discretion, comme s’il eust entendu d’une discretion... et les parlans, en faisant signes. faisoit.
«Je m’arrête dans cette confrontation de textes, laquelle n’est pas sans intérêt, quand il s’agit des œuvres d’un écrivain classé désormais irrévocablement parmi les maîtres de notre vieille littérature. Mais je m’aperçois que j’aurais peut-être mieux constaté la différence complète qui existe entre les deux éditions, par le rapprochement d’une page entière prise dans chacune de ces éditions. C’est là une comparaison à faire que je conseille aux nombreux souscripteurs de la Bibliothèque gauloise.
«J’ai l’honneur d’être, etc.