Jadis
J’avais dix ans, un bel âge.
Seul fruit de tendres époux,
Ma mère, quand j’étais sage,
Me prenant sur ses genoux :
« Mon enfant — me disait-elle —
En grandissant, sois fidèle
Au bon Dieu, crains son courroux !
Pour ne choir dans l’athéisme,
Apprends bien ton catéchisme ! »
Après quelque peccadille,
Ma mère, pour me punir :
« Méchante petite fille,
Quoi ? Vous oseriez mentir ?
De suite, en votre chambrette
Que l’on s’enferme seulette !
Ayez, quand je vais venir,
Avec le plus grand mutisme,
En main, votre catéchisme ! »
Quand je fréquentais l’école
Monsieur le curé souvent
Venait. J’entends sa parole :
« Que fait-on de cette enfant ? »
— « Mémoire, riche nature,
Bon maintien, belle écriture. » —
« C’est bien, mais il faut avant,
Pour l’honneur du christianisme,
Savoir bien son catéchisme. »
Un examen on annonce :
Je vois encor l’inspecteur,
Devant ma sotte réponse,
Rire, jusqu’au fond du cœur :
« Et vous, élève chérie ?
Ne tremblez pas, je vous prie !
Répondez, n’ayez point peur,
Qu’appelleriez-vous un isthme ? » —
— « Est-ce dans le catéchisme ? »
Ignorante de la sorte,
Pour me donner, comme il dit,
Une instruction plus forte,
Mon père au couvent me mit.
Là, j’appris piano, la danse,
À faire une révérence :
À la hâte, on me farcit
D’un peu de tout, mysticisme,
Puis encor de catéchisme.
Oui, j’en aurai le courage,
Ayant vu de la façon
Dont s’instruisait le jeune âge,
— Ça m’a servi de leçon —
Si Dieu me donne une fille
De lui dire : « À ta famille
Sois utile, apprends du bon.
Garde-toi bien du datisme !
Surtout sur le catéchisme »