‹ Errantes et VagabondesChapitre 14 sur 46 · Tombez !

Tombez !

Feuilles et fleurs, tombez !
Vous, si fraîches naguère, étiolées et flétries !
Les cimes des monts sont blanchies,
Vents glaciaux, soufflez !
Soufflez ! point de quartier !
Laissez agir l’essor de votre froide haleine !
De débris la nature est pleine ;
Le désastre est entier !
Adieu mes bois touffus,
Aux parfums résineux, aux doux et frais ombrages !
Adieu, verts, riants paysages,
Qu’êtes-vous devenus !
Adieu, charmants côteaux,
Qu’égayaient les refrains des joyeuses bergères !
On n’entend plus dans vos fougères
Bêler les blancs troupeaux !
Avec vous tout a fui :
Pâquerette, muguet, serpolet, marguerite !
Devant le froid s’éteint bien vite
Fleur qui la veille a lui !
Où sont vos gais pinsons,
Vos joyeux passereaux, vos nuées d’alouettes ?

L’écho n’entend plus des fauvettes
Les mélodieux sons !
Hélas ! ils sont partis !
Ils ont, vers d’autres cieux, vers des plages plus belles,
Suivi le vol des hirondelles :
Frimas, je vous maudis !
Bien loin ils sont allés :
Vous ne leur donniez plus ni millet, ni verdure !
Riants tableaux de la nature
Vos jours sont écoulés !
Plus d’oiseaux ! plus de fleurs !
À peine aperçoit-on, dans le fond des vallées,
Quelques feuilles jaunies, glacées !
Témoins de mes douleurs !
Dans ce séjour de deuil
Où, mort et desséché, tout disparaît et tombe,
Bientôt ne sera qu’une tombe
Couverte d’un linceuil !
Ah ! quand reviendrez-vous,
Beaux jours qu’hiver ravit, que je regrette et pleure ?
Quand entendrai-je sonner l’heure
Où fuira son courroux ?
Quand pourrai-je venir
À vos cieux m’inspirer et calmer mon délire ?
Mon cœur ardemment vous désire !
À bientôt le ravir !

Page 1