‹ Errantes et VagabondesChapitre 2 sur 46 · Fauvette que fais-tu ?

Fauvette que fais-tu ?

Que fais-tu, charmante fauvette,
Dans ce buisson épais, touffu ?
Triste, soucieuse et muette,
Fauvette, dis-moi, que fais-tu ?
Je te vois, soudain, disparaître,
Prendre ton vol et t’en aller
Vers je ne sais où, reparaître
Et puis de nouveau t’envoler :
Quels sont donc ce secret manège,
Ces détours, cet air soucieux ?
Mignonne, mon cœur te protège :
Pourquoi te cacher à mes yeux ?
J’ai vu, petite effarouchée,
Du mil qui jadis vous nourrit
La tige morte, desséchée
À votre bec. On fait son nid ?
Pourquoi te cacher, ma petite ?
Il n’est point défendu d’aimer :
Si tout, autour de nous, s’agite
Et ne cesse de s’animer,
C’est que, vois-tu, ma toute belle,
L’Amour règne au mortel séjour :
Et la Terre n’est éternelle
Qu’autant qu’éternel est l’Amour.
Faire son nid sur une branche
Au feuillage épais, protecteur,
Près d’un ruisseau dont l’eau s’épanche
Et coule parmi mousse et fleur ;
Qu’il soit bien chaud, qu’il soit solide ;
À l’abri du souffle des vents,
Du serein, de l’orage humide,
Et surtout des regards méchants,
Tel est l’instinct qui vous anime,
De la Nature êtres ailés :
De l’arbre Dieu garde la cime
Où vos amours se sont parlés !

Oui, je sais, ô future mère,
Pourquoi ton cœur est si craintif,
Pourquoi ton vol n’est que mystère.
Tu trembles pour ton frêle esquif ?
Tu crains qu’il devienne la proie
Des oiseaux, forbans de ces lieux ;
Ou qu’il fasse la folle joie
Du dénicheur malicieux ?
Je comprends le soin qui t’agite,
Et ton mutisme et ton cœur d’or :
Cache-toi bien, ô mère ! évite
De dévoiler ton seul trésor !
Cache-toi bien ! que la Nature,
La Liberté, le Créateur,
Par ta jeune progéniture
Soient célébrés avec ardeur.
Qu’aux aériennes phalanges,
Aux chants mélodieux,
Viennent s’unir tes petits anges,
Gazouillant leurs refrains joyeux
Et qu’un jour, désir qui m’oppresse,
Je puisse voir ton vol guider
L’objet chéri de ta tendresse
Vers l’Espace, pour l’égayer.

1864.

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