Les deux chasseurs
Dans un champ de blé noir, à la surface unie,
De Diane deux fils chassaient de compagnie :
L’un côtoyait le sud, l’autre le nord longeait,
Et Pyrame, à vingt pas, entre les deux quêtait.
Quand, tout à coup, fuyant son gîte,
— Quoique fort peu surpris de semblable visite —
Un lièvre part…
Mais un peu tard :
Pan ! pan !… « Du moribond je n’entends plus le râle »
— « En effet, je crois fort que mon coup a fait balle. »
— « Votre coup ? un instant, de nous deux, sur ma foi,
Celui qui l’a tué ne peut être que moi…
Voyez plutôt ? » — « Je vois, le coup est bien à droite. »
— « Alors si vous n’avez compréhension étroite… »
— « Monsieur !… il obliquait vers vous et je suis sûr
D’avoir touché… tenez cette trace au fémur ? »
— « Cette preuve, à mes yeux, est loin d’être admissible… »
— « Et votre résultat me paraît impossible… »
— « D’un pareil jugement déclinant la valeur… »
— « Dites plutôt, monsieur, que je suis un voleur ?
— « Non pas, mais avant tout il faut être équitable. »
— « L’équité n’est qu’un mot où le droit est palpable. —
Ce lièvre m’appartient. »
— « C’est à moi qu’il revient.
Morbleu ! » Pendant qu’en son instinct fidèle
De son maître le chien épousait la querelle,
La victime blessée, oubliant sa douleur,
Aux regards ahuris des champions en fureur,
S’enfuit comme un voleur.
Combien ne voit-on pas chaque jour l’occasion
S’échapper dans la discussion.