Le curé de Planois
Depuis un temps immémorable
On n’avait vu curé semblable :
Aussi n’était-il qu’une voix
Sur le curé de Planois.
Il avait la soixantaine
Quand je le connus :
La face toujours sereine,
Ses moutons tenus
Constamment en harmonie ;
Pasteur vigilant,
Non, jamais sa colonie
Ne vit un méchant.
Quand le dimanche, à la messe,
Au prône il montait.
Sa voix, n’étant que tendresse,
Jamais ne tonnait :
« Aimez-vous, comme des frères,
Soyez justes, bons,
Louez Dieu, dans vos prières » :
Voilà ses sermons.
Si parfois une discorde
S’élevait soudain,
Je l’entends : « Que l’on s’accorde.
Donnez-vous la main… »
Il n’était pas de l’école
Qui se fait un jeu,
Des discordes, triste rôle !
De souffler le feu.
Avec lui la même cloche
Sans discernement
De chaumière ou haute roche,
Tintait saintement :
Elle appelait au baptême,
Fruit de purs liens,
Bâtard : l’onction est même
Pour les deux chrétiens.
Dans les choses de ce monde
Ouaille ne le vit
S’ingérer ; loin à la ronde
Bel exemple il fit :
Qu’ils feraient mieux, maints confrères,
À son noble instar,
De prêcher les saints mystères,
D’oublier César ?
Ce qu’il enseignait au temple,
Lui, tout le premier,
En offrait le bel exemple :
Aussi du denier
Qu’en vain attend de Lazare
Tout pauvre honteux,
Lui n’en était pas avare
Pour le malheureux.
Au cours de son ministère,
Si cœurs oppressés
Demandant une prière
Pour leurs trépassés,
Voulaient verser une aumône
Au tronc du trépas,
« Merci, » disait-il, « je donne…
Psaumes ne vends pas. »
À lui certes ne s’applique
Cette déraison,
De convertir en boutique,
De Dieu la maison :
Elle vous semblera bonne,
J’ai vu cependant
Saint mis à l’enchère au prône,
Et payé comptant.
Depuis un temps immémorable,
On n’avait vu curé semblable :
Aussi n’était-il qu’une voix
Sur le curé de Planois.