Stances
Ouvre les yeux à la voix qui t’appelle.
Réveille-toi, sors de ton lourd sommeil
Muse, regarde et vois : c’est Elle !
Après la nuit c’est le soleil.
Pour un instant, hélas ! on te crut morte :
Quand, tout à coup, par ses sons enchanteurs,
La voix, que le zéphir apporte,
Te fait sortir de ta torpeur.
« Tiens, lui dis-tu, viens, toi que je n’oublie,
Me délivrer de cette léthargie
Qui, depuis trop longtemps, m’étreint
Et, pareil au volcan éteint,
Fit de mon cœur un rocher de basalte ! »
Rassure-toi, ce n’était qu’une halte
Placée à mon lyrique cours :
Devais-je muer pour toujours ?
Quand, près de moi, rayonnant, attendrie,
Brasier ardent d’amour, mon Égérie,
Source de joies et de bonheur,
Jusqu’au bord emplit mon cœur ?…
Eh quoi ? quand tu fleuris mon existence,
Quand tout sourit à ta seule présence,
Mes sons seraient mornes et froids,
Au point d’oublier autrefois ?
Quand à ta voix harmonieuse et pure,
Me répétant : « Je t’aime !… je le jure ! »
Mes chants faisant de prompts retours,
Ne te célébreraient toujours ?
Chante, ma lyre, exalte sa conscience !
De ses vertus dévoile, en une stance,
Les trésors qu’un heureux époux
Ne doit contempler qu’à genoux :
« Grâce, bonté, jeunesse, amour fidèle,
Douceur, sagesse, à tes yeux la plus belle »
Muse, tu les redis ici.
Ô ciel, pour tous ces dons, merci !
1873.