Solitude
Je suis seul. De leur son les cloches m’assourdissent.
Dois-je m’en plaindre, alors que deux cœurs les bénissent :
Émus, tout souriants près de leur nouveau-né,
Qu’en un jour radieux l’amour leur a donné ?
Il pleut. À mon bureau, je fume ma bouffarde.
Quelqu’un qui me verrait alors que je regarde,
En spirales, monter les nuages bleuis
Du narcotique en feu vers d’éthérés pays,
« À quoi songes-tu donc ? Quoi trotte en ta cervelle ? »
Me demanderait-il. — Moi, je répondrais : « Elle ! »
À ce mot, que mon cœur a laissé s’échapper,
Pyrame en a bondi, puis s’est mis à japper.
Et de son doux glou-glou ma triste Colombine
A charmé l’alentour, puis fait joyeuse mine.
Ah ! c’est qu’elle avait cru, fuyant son froid perchoir,
Dans l’aride désert, Fée, enfin te revoir !
Elle accourait déjà vers sa chère maîtresse,
— Prête à la saluer comme une prophétesse —
Sachant que des baisers, largement dispensés,
Elle aurait bonne part. Adieu vases brisés !…
Mes bons amis, pardon ! Oui, ce n’était qu’un leurre
Involontaire ! Ô ciel ! puisse accourir cette heure
Tant désirée, où tous, enfin, ivres d’espoir,
Heureux, cent fois heureux, nous pourrons la revoir !
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Sorti de mon réduit, à l’heure où vient la brune,
J’y rentre, à la faveur d’une éclipse de lune ;
Exemple du destin qui me tient séparé
Pour un temps long, hélas ! de mon astre adoré…
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Neuf lustres ont pâli. À moins qu’il ne soit rustre
Ou brisé, pour le cœur, non, il n’est point de lustre :
Un jour, je te donnai le mien, chaud, palpitant,
Comme on sait quand on aime en faire le présent.
Depuis ce jour béni, en fidèle vestale,
Tu sus entretenir dans son charmant dédale
Le feu sacré, soudain allumé par l’amour :
Ce feu brûle pour toi comme le premier jour !
Ah ! puissé-je longtemps de ce tendre commerce
Savourer le bonheur dans lequel il me berce !
Au terrestre séjour c’est là tout mon espoir…
Minuit sonne. Ange, dans tes bras je dors !… Bonsoir.
1877.