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Essai sur le patois gallot

ESSAI SUR LE PATOIS GALLOT

Depuis un siècle, la Bretagne a été l’objet de remarquables travaux : on a étudié la langue, la littérature, les superstitions des Bretons bretonnants ; M. Le Gonidec a fait une grammaire qui jouit d’une réputation méritée ; M. de la Villemarqué a été le Mac Pherson de la poésie armoricaine, à laquelle il a rendu le service — certes considérable — d’y intéresser la masse du public. Plus tard sont venus les travaux de M. Luzel, moins agréables à lire pour les gens qui ne cherchent dans la lecture qu’un délassement de quelques instants, mais plus consciencieux, plus sincères et d’une utilité incontestablement plus grande pour la connaissance des véritables Bretons. M. de la Villemarqué a fait d’agréables tableaux de chevalet ; M. Luzel, des études d’après nature. La bibliographie des ouvrages publiés sur la Bretagne bretonnante formerait une longue liste.

La Bretagne française n’a guère été étudiée que dans son passé ; presque personne n’a semblé s’apercevoir qu’elle comprenait un groupe d’un million et demi d’habitants parlant un patois à part, ayant son originalité propre, moins saisissante que celle du pays bretonnant, mais intéressante encore.

J’ai essayé de recueillir les mots du patois gallot usités dans les pays que j’ai habités, d’en déterminer les sources, les modes de formation et la grammaire. C’est cette partie de mon travail qui fait l’objet du présent essai ; plus tard, je publierai les contes, superstitions et légendes que j’ai pu recueillir dans la Haute-Bretagne.

La Loire-Inférieure et la partie française du Morbihan sont complètement en dehors de mon travail, qui ne comprend que la langue de la portion du pays gallot située sur le versant de la Manche, et encore beaucoup de points de cette vaste contrée sont forcément restés en dehors de mes observations. Je n’ai exploré, au point de vue du langage, ni l’arrondissement de Redon, ni celui de Vitré, et je n’ai séjourné que passagèrement dans l’arrondissement de Montfort et dans la partie ouest de celui de Saint-Brieuc.

Voici, au reste, les pays où j’ai recueilli le plus de mots : Matignon, mon pays natal, et ses environs ; Ploubalay, les environs de Dinan, Saint-Glen, Penguilly (canton de Moncontour), La Malhoure (canton de Lamballe), Merdrignac (arrondissement de Loudéac) ; dans l’arrondissement de Saint-Malo, Saint-Briac (canton de Pleurtuit) et Saint-Coulomb (canton de Cancale) ; dans l’arrondissement de Bennes, le canton de Liffré, et quelques communes de celui de Saint-Aubin-du-Cormier, dans l’arrondissement de Fougères. Je laisse de côté les pays où je n’ai fait que passer, et qui par conséquent ne m’ont fourni qu’un très-petit nombre de mots.

Comme j’ai entendu tous les mots qui figurent dans mon glossaire, je n’ai pu embrasser qu’un pays assez restreint ; cependant je crois pouvoir affirmer que mon travail comprend les parties essentielles du patois gallot en usage dans l’Ille-et-Vilaine et dans les Côtes-du-Nord. Il y a un grand nombre de mots — la plupart, pourrais-je dire — qui sont communs à la fois à la côte de la Manche et aux environs de Rennes, de sorte qu’on peut affirmer que cette vaste étendue de pays a, si on considère son langage dans ses grandes lignes, un patois commun.

Les différences de prononciation constituent bien des dissemblances entre le langage de communes parfois assez rapprochées ; mais le fond est le même. C’est un dialecte de l’ancienne langue d’oïl, modifié par l’introduction de mots nouveaux, et qui a un assez grand nombre de mots qui sont usités dans les autres dialectes de la langue d’oïl, le normand, le berrichon, l’angevin, le picard et même le genevois.

Comme toutes les langues qui ne sont point écrites, le patois gallot subit des transformations ; il se francise tous les jours, surtout sur le littoral et dans les pays bien percés de chemins, dans ceux qui sont voisins des voies ferrées ou des villes.

Dans quelques communes, des mots usités couramment il y a dix ou quinze ans tendent à disparaître de l’usage général : on ne les retrouve plus guère que dans la bouche des personnes âgées.

J’ai aussi noté dans mon glossaire un certain nombre de mots qui, sans être à proprement parler du patois, constituent des provincialismes ; ils sont employés par les paysans, et souvent aussi par les gens instruits ; ceux-ci en font usage sans trop s’apercevoir, tant est grande la force de l’habitude, qu’ils se servent d’expressions non françaises.

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