‹ Essai sur le patois gallotChapitre 2 sur 13 · § 1. — ORIGINES. · A. — sources bretonnes.

§ 1. — ORIGINES. · A. — sources bretonnes.

Dans tout le pays gallot, un grand nombre de noms de lieux, de villages, de champs, de rochers, montrent encore des traces de la langue qui y fut autrefois parlée, soit que l’appellation bretonne subsiste intacte ou facile à reconnaître sous une légère déformation, soit que la moitié du nom ait été francisée, l’autre moitié restant celtique.

Dans plusieurs noms de villages ou de fermes, le ker breton est devenu « ville » par traduction, la fin du nom conservant sa forme bretonne. On trouve Kermarquer, Kermené, Kergourio, Kercado, Kerjégu, Kerjean, dans le pays bretonnant ; dans le pays gallot, c’est la ville Marquer, la ville Mené, la ville Gourio, la ville Cado, la ville Jégu, la ville Jehan.

Sur les 353 communes du département d’Ille-et-Vilaine, 50 environ ont des noms bretons (1/7) ; sur les 384 des Côtes-du-Nord, 300 (un peu plus de 3 sur 4) ont des noms bretons.

La trace celtique se retrouve aussi dans des noms de famille de cultivateurs ou de marins, qui souvent habitent loin du pays de langue bretonne.

Soit qu’on se range à l’hypothèse, assez probable du reste, qu’au moment de la formation des langues romanes, le latin était d’un usage à peu près général dans la partie française de la Bretagne ; soit qu’on admette qu’à différentes époques il y ait eu recul de la langue bretonne devant l’idiôme français, il est facile de constater un fait assurément curieux : c’est que le patois gallot contient un nombre très-restreint de mots d’origine celtique certaine ou fortement probable.

Sur les cinq mille mots que j’ai recueillis, une centaine seulement, c’est-à-dire un cinquantième, ont une origine bretonne.

Le mot yan est le reste le plus remarquable et le plus caractéristique de la langue autrefois parlée dans les endroits où le français règne maintenant sans partage. Yan est évidemment une prononciation nasale du ya breton ; comme lui, il signifie « oui ».

On le rencontre employé avec ce sens, non seulement dans les communes voisines de la limite des deux langues, mais encore dans la partie de l’ancienne province de Bretagne qui touche la Normandie, et qui forme la transition entre les deux pays.

Nonna, nona, nouna, un peu moins généralement employé, et qui semble avoir en quelques contrées une tendance à disparaître, est d’une origine bretonne moins certaine : on peut y voir une prononciation allongée et corrompue du nan breton (non), à moins qu’on ne préfère le rattacher au vieux français non a, qu’on trouve dans les auteurs des XII et XIII siècles, et qui est employé plusieurs fois dans l’immortelle farce de Maistre Pathelin.

L’interjection madé ou mada peut également être rattachée, soit au ma doué ou va doué breton (mon Dieu !), soit au juron du XVI siècle, par mananda, dont il serait une forme contracte ; mais cette hypothèse est un peu subtile, et je ne m’y arrête pas.

J’ai indiqué à leur rang alphabétique les rares mois à origine bretonne,

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