Chapitre 1
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ESSAIS
D'UN
DICTIONAIRE
UNIVERSEL,
Contenant généralement tous les mots François tant vieux que modernes, & les termes de toutes les Sciences & des Arts, specifiez dans la page suivante.
_Le tout extrait des plus excellens Auteurs anciens & modernes._
RECUEILLI ET COMPILÉ
Par Messire ANTOINE FURETIERE, Abbé de Chalivoy, de l'Academie Françoise.
[Illustration]
A AMSTERDAM,
Chez HENRI DESBORDES, dans la Kalver-Straat, prés le Dam.
M. DC. LXXXV.
La Philosophie, Logique & Phisique;
La Medecine ou Anatomie; Pathologie; Terapeutique, Chirurgie, Pharmacopée, Chymie, Botanique; ou l'Histoire naturelle des Plantes, & celle des Animaux, Minéraux, Métaux & Pierreries, & les noms des Drogues artificielles.
La Jurisprudence Civile & Canonique, Feodale & Municipale, & sur tout celle des Ordonnances;
Les Mathematiques, la Geometrie, l'Arithmetique, & l'Algebre;
La Trigonometrie, Geodesie; ou l'Arpentage, & les Sections coniques;
L'Astronomie, l'Astrologie, la Gnomonique, la Geographie;
La Musique, tant en theorie qu'en pratique, les Instrumens à vent & à cordes;
L'Optique, Catoptrique, Dioptrique, & Perspective;
L'Architecture civile & militaire, la Pyrotechnie, Tactique, & Statique;
Les Arts, la Rhetorique, la Poësie, la Grammaire, la Peinture, Sculpture, &c.
La Marine, le Manége, l'Art de faire des armes, le Blason, la Venerie, Fauconnerie, Pêche, l'Agriculture, ou Maison Rustique, & la plûpart des Arts méchaniques;
Plusieurs termes de Relations d'Orient & d'Occident, la qualité des Poids, mesures & monnoyes;
Les Etimologies des mots, l'Invention des choses, & l'Origine de plusieurs Proverbes, & leur relation à ceux des autres Langues;
Et enfin les noms des Auteurs qui ont traité des matiéres qui regardent les mots, expliquez avec quelques Histoires, Curiositez naturelles, & Sentences morales, qui seront rapportées pour donner des exemples de phrases & de constructions.
[Illustration]
AU ROY.
_Sire_,
_Le plus humble de vos Sujets se prosterne aux pieds de VOTRE MAJESTÉ, & lui demande justice & protection pour ce petit Ouvrage qu'il luy presente. C'est la priére ordinaire que font les Auteurs aux grands Princes dans leurs dédicaces: Mais elle n'a jamais été faite en une plus pressante nécessité. Ce n'est ici qu'un leger essay d'un prodigieux travail qui contient plusieurs gros Volumes. J'ai entrepris une Encyclopedie de la Langue Françoise pour la faire connoître aux Etrangers, & la transmettre dans toute son étenduë à la posterité. Comme son abondance consiste en l'explication des Arts & des Sciences; c'est à quoi je me suis particuliérement attaché, & je les ai compris en un même corps, ce qui n'a point encore été fait en pas une Langue. On peut dire, que jamais ce travail ne pouvoit venir plus à propos, puis que jamais les Arts & les Sciences n'ont été portées à un plus haut point de perfection, que sous le Régne heureux de VOTRE MAJESTÉ. Ses Conquêtes par terre & par mer ont rendu si célébres l'Art de la guerre & de la marine: La magnificence de ses bâtimens a rassemblé tout ce qu'il y a de plus exquis dans les beaux Arts: Ses liberalitez ont établi des Academies florissantes et pour l'avancement des Sciences: Il est donc nécessaire de mettre au jour un Ouvrage qui en puisse expliquer les termes, & en publier les merveilles. Tant de belles Ordonnances qu'a fait VOTRE MAJESTÉ pour le réglement de la Justice, des Finances, de la Marine, de la Guerre, des Eaux & Forêts & du commerce; contiennent des termes inconnus à plusieurs de vos Sujets: & elles pourroient avoir quelque jour le sort des Loix des 12. Tables qui n'étoient plus entenduës à Rome du temps de Jules Cesar. Cependant, SIRE, comme l'envie traverse tous les bons desseins; l'intérêt particulier d'un Libraire, qui a imprimé une petite partie du Dictionaire de l'Academie Françoise, s'oppose à l'impression de celui-ci, quoi qu'il soit entiérement different. Il a gagné quelques-uns de cet illustre Corps que je respecte. Je sçai qu'il a l'honneur d'être sous vôtre protection; Mais je sçai aussi que VOTRE MAJESTÉ ne donne protection à personne que dans la justice, & en connoissance de cause. Je sçai qu'elle a prononcé Elle-même contre ses propres intérêts quand il s'agissoit de plusieurs millions, & que cette action heroïque qui encherit sur celle des Césars, est le sujet du prix de Poësie qui doit être donné cet année. Je n'ay point besoin de combattre cette Compagnie; mais seulement quelques-uns qui veulent prendre avantage d'une clause extraordinaire qu'on a glissée dans un Privilege surpris de M. d'Aligre sur la fin de ses jours. Cette clause porte défenses à toutes personnes de faire aucun Dictionaire François pendant vingt ans, à compter du jour que celui de l'Academie sera imprimé. Elle en a fait à peine la moitié depuis cinquante ans, c'est à dire, que cette défense s'étendra à une grande partie du Siecle futur. D'ailleurs je suis trés-certain que jamais l'intention de VOTRE MAJESTÉ n'a été d'accorder une grace de cette nature, & qu'on ne lui en a jamais fait de remercimens: ce qui montre que ce n'est pas le Corps entier de l'Academie qui l'a demandée, puis qu'elle a fait des députations nombreuses à des personnes fort subalternes pour les remercier de moindres faveurs. On connoît la protection générale que VOTRE MAJESTÉ donne aux Sçavans, & on ne pourra pas croire qu'elle ait voulu ôter à la litterature cette honnête liberté dont elle a joüi dans tous les Siecles & chez toutes les Nations, ni donner une exclusion, qui s'accorde seulement pour des intérêts pecuniaires de Manufactures. L'accroissement des Lettres n'est venu que par l'émulation & la critique des Auteurs, dont le different genie ayant traité les mêmes sujets en differentes maniéres, les ont enfin épuisez. Cela doit avoir lieu particuliérement en matiére de Dictionaires, parce qu'ils ne peuvent jamais contenir assez de mots pour expliquer toutes les choses dont l'étenduë est infinie, de sorte que le moindre peut servir de supplément au meilleur. Enfin, SIRE, toutes les Muses auront grande obligation à VOTRE MAJESTÉ du champ libre qu'elle leur laissera pour s'exercer. Elles reconnoîtront cette faveur par une infinité de Poëmes & de Panegiriques qu'elles feront à sa gloire; moi-même je m'efforcerai de réveiller cette ardeur avec laquelle j'ai chanté autrefois vos victoires de la Franche-Comté, & quoi qu'avec un genie que les ans ont affoibli, je publierai chez tous les Peuples où parviendra nôtre Langue la grandeur de vos exploits, de vos bontez, & de vôtre justice, comme étant,_
_SIRE_,
DE VOTRE MAJESTÉ,
Les trés-humble, le trés-affectionné & le trés-obéïssant serviteur & sujet, FURETIERE.
AVERTISSEMENT.
Je vous prie de croire, MON CHER LECTEUR, que quand j'ay conçû le dessein de ce grand Ouvrage dont voici un petit essay, ce n'a point été pour entreprendre sur le travail de l'Academie Françoise; je la respecte autant qu'il est possible, & j'ay crû seulement contribuer de ma part au dessein qu'elle a de rendre service au Public. Deux considérations m'y ont obligé, l'une qu'elle n'a pas compris dans son Ouvrage les mots des Arts & des Sciences; ainsi j'ay crû qu'elle ne trouveroit point mauvais que quelqu'un en fît le Supplément. L'autre, que pour satisfaire l'impatience de plusieurs personnes, il étoit nécessaire de leur donner un Dictionaire qui n'est pour ainsi dire que provisionel, & le précurseur de celui qui viendra en Souverain dans une entiére pureté juger tous les mots vieux & nouveaux, & interposer son autorité pour les faire valoir; je lui laisse sa jurisdiction toute entiére, & ne prétens rien décider sur la Langue. Je lui offre cet Ouvrage comme de simples mémoires qui lui pourront servir pour achever la derniére partie de son travail, & pour remplir les omissions de la premiére.
Cependant j'ay appris que quelques-uns prétendent revendiquer quelques phrases communes, figurées & proverbiales qui ne sont ici employées que par nécessité pour servir de passage & de liaison, ou pour arrondir le globe de cette Encyclopedie de la langue que je me suis proposée. Je ne les employe que comme on fait le ciment pour lier les pierres d'un grand édifice, & je prétens n'avoir rien emprunté du Dictionaire de l'Academie, ni de ce qui lui peut appartenir en propre.
Le seul moyen de faire connoître cette verité, c'est la conference de ces deux Dictionaires, ou du moins d'un semblable Essay. Le Public en sera le juge, du moins on ne peut pas me reprocher d'en avoir rien pris depuis les lettres O & P qui ne sont pas encore faites. L'uniformité qui est en tout mon Ouvrage fera voir clairement que je n'ay pas eu besoin du Dictionaire de l'Academie pour faire les premiéres lettres, puisque sans son secours j'ay bien fait les derniéres; celles-ci pourront donner un beau champ pour exercer un droit de represailles, s'il y avoit lieu, puisqu'on y trouvera bien plus à prendre que ce qu'on pourroit prétendre que j'aurois pris. J'espere néanmoins que la seule vûë de ces deux Dictionaires fera paroître tant de difference entre l'un & l'autre, que ceux qui se donneront la peine d'en faire la conference trouveront que celui-ci n'a aucun rapport avec celui de l'Academie.
ESSAIS
D'UN
DICTIONNAIRE
UNIVERSEL,
CONTENANT GENERALEMENT tous les mots François tant vieux que modernes, & les termes de toutes les Sciences & des Arts.
A.
A. Premiere lettre de l'Alphabet François, & de toutes les autres Langues. Chez les Occidentaux cette lettre prend son nom de l'expression du son qu'elle fait. Chez les Grecs on la nomme _Alpha_: chez les Hebreux _Aleph_: chez les Pheniciens _Alioz_; & chez les Indiens _Alepha_. C'est aussi le premier son articulé que la Nature pousse, & celuy qui forme le premier cri & le bégayement des enfans. D'où vient que Jeremie répondant à Dieu qui le destinoit pour son Prophete, luy dit: A, A, A, Seigneur je ne sçay pas parler, parce que je suis un enfant. _Hierem. cap. 1._
C'est aussi ce qui exprime presque tous les mouvemens de nôtre ame, & pour rendre l'expression plus forte, on y ajoûte une _h_ devant ou aprés, comme dans l'admiration: Ha le beau tableau! Dans la joye: Ha quel plaisir! Dans la colere: Ha méchant! Dans la douleur: Ha la tête! Dans la pâmoison: Ha je me meurs! Dans le mouvement: Ha lévrier! Et generalement ce mot exprime toutes les palpitations de cœur, comme il paroît en ceux qui ont la courte haleine. Ciceron appelle l'_A_ lettre salutaire, parce que c'étoit la marque d'absolution.
Cette lettre forme souvent un mot entier, & est quelquefois article du Datif pour décliner les noms & les pronoms: Ce livre est à Pierre, à Agnés. Quand il sert à décliner des noms ordinaires, s'ils commencent par des consones, on dit _au_, comme, Au soleil: si c'est par une voyelle, on y ajoûte une _l_ au masculin, ou _la_ au feminin: A l'homme, A la femme; Et au plurier on dit en tous cas, _aux_, comme: Aux Alexandres, Aux Muses, Aux Animaux.
_A_ est quelquefois preposition. Il est à la ville, aux champs: Cela est à la mode.
_A_ est le plus souvent adverbe, non seulement de temps & de lieu, comme, Cela vient à tard, Cela est à terre: mais encore il se joint à presque tous les mots de la Langue pour faire des phrases adverbiales, qui tiennent de leurs significations & de leurs maniéres: Venir à chef, Etre à couvert, à discretion, &c.
_A_ se joint aussi aux infinitifs des verbes pour faire des phrases adverbiales: Donner à boire & à manger: Un maître à écrire: On fait à sçavoir: Au pis aller.
_A_ se dit aussi dans les temps du verbe auxiliaire Avoir: Il a gagné cent écus: Il a fait: Il a dit: Il a le temps & l'argent.
_A_ est souvent une particule indéclinable qui sert à la composition de plusieurs mots, & qui augmente, diminuë, ou change leur signification. Quand elle s'y joint, elle fait doubler ordinairement la consone qu'ils ont à la tête, comme Accorder, Addonner, Affaire, Assujettir, Attrouper, &c.
Cette lettre _A_ étoit aussi chez les Anciens une lettre numerale qui signifioit 500. comme on voit dans Valerius Probus. Il y a des vers anciens rapportez par Baronius, qui marquent les lettres significatives des nombres, dont le premier est tel:
_Possidet_ A _numeros quingentos ordine recto._
Quand on mettoit un titre, ou une ligne droite au dessus de l'_A_, il signifioit cinq mille.
ABBÉ. _s. m._ ABBESSE. _s. f._ Superieur ou Superieure d'une Abbaye d'hommes ou de filles. Il y a trois sortes d'Abbez: Régulier, Séculier, Commendataire. Ce mot vient de ce que les premiers Moines appellerent leur Superieur _Ab-bot_, qui en Langue Syriaque signifie Pere. Ainsi ces mots de _Abba Pater_, qu'on trouve dans les Epitres aux Romains & aux Galates, & ailleurs, qui semblent dire la même chose, ne font pas pourtant un pleonasme, comme dit S. Augustin, veu que l'un est un nom de nature, & l'autre de dignité. D'autres disent qu'il vient du mot Hebreu _Aba_, qui signifie aimer, vouloir du bien. _Covarruvias._
Chez les Ecrivains Grecs & Latins on appelloit _Abbez_, ceux que nous appellons maintenant _Peres_, qui étoient vénérables par leur âge & par leur sainteté. On a aussi compris sous ce nom généralement tous les Moines. Ainsi il est dit dans la Régle de S. Colomban, qu'il y avoit mille _Abbez_ sous un Chef; & S. Epiphane fait mention d'un monastere, où il y avoit mille _Abbez_ & mille cellules. On a appellé aussi _Abbé_ second, le Prieur d'un monastere, qui est le Lieutenant de l'_Abbé_. On a appellé aussi en Sicile des Evêques _Abbez_ & trés-souvent les Curez primitifs de France. On a appellé aussi _Abbé_ du Palais le Maître de la Chapelle du Roy. Voyez du Cange. Les Abbez mitrez sont ceux qui ont droit de porter les ornemens Episcopaux, comme la mitre, les sandales, les gands, l'anneau & la crosse; ce qui leur a été accordé par privilege des Papes: & pour les distinguer des Evêques. Clement IV. ordonna que les _Abbez_ Exempts porteroient des mitres brodées, mais sans pierreries & sans lames d'or & d'argent; & les non-Exempts, des mitres blanches & toutes unies.
ABBÉ s'est dit aussi de quelques Magistrats ou personnes laïques & séculiéres. Chez les Gennois il y avoit un principal Magistrat qu'on appelloit _Abbé_ du Peuple. En France il y a eu plusieurs Seigneurs, sur tout du temps de Charlemagne, à qui on donnoit le soin & la garde des Abbayes, qu'on appelloit _Abbacomites_.
Dans les anciens titres on trouve que les Ducs & les Comtes ont été appellez _Abbez_, & les Duchez & Comtez _Abbayes_; & plusieurs Seigneurs & Gentils-hommes qui n'étoient aucunement Religieux, ont aussi pris ce nom, comme remarque Ménage, aprés Fauchet & autres.
On appelle aussi _Abbé_ celuy qu'on élit en certaines Confrairies & Communautez, particuliérement entre les Ecoliers & les Garçons Chirurgiens, pour commander aux autres pendant un certain temps: & c'est de là apparemment qu'est venu le jeu de l'_Abbé_, dont la régle est, que quand le premier a fait quelque chose, il faut que tous ceux qui le suivent, fassent le semblable.
ABBÉ se dit proverbialement en ces phrases: On vous attendra comme les Moines font l'Abbé; c'est à dire, en travaillant toûjours, en commençant toûjours à dîner. On dit encore: Pour un Moine on ne laisse pas de faire un _Abbé_; pour dire que l'opposition d'un particulier n'empêche pas la déliberation d'une Compagnie, ou la conclusion d'une affaire. On dit en proverbe Espagnol: _Como canta el_ ABAD _responde al monazillo_; pour dire que les inferieurs tiennent le même langage, ou sont de même avis que les Superieurs. On appelle aussi _Abbez_ de sainte Esperance, ceux qui prennent la qualité d'_Abbez_, sans avoir d'Abbaye, & quelquefois même de Benefice.
ABINTESTAT. Terme de Jurisprudence, qui se dit de celuy qui herite d'un homme qui n'a point fait de testament: Ce fils est heritier de son pere _abintestat_. Il y a eu un temps où on privoit de sepulture ceux qui étoient décédez _abintestat_: ce qui donna lieu à un Arrest du 19. Mars 1409. portant défenses à l'Evêque d'Amiens d'empêcher, comme il faisoit, la sepulture des décédez _abintestat_.
ABYSME. _s. m._ gouffre profond où on se perd, dont on ne peut sortir: Il y a de profonds abysmes dans ces montagnes, dans ces rochers, dans ces mers, dans ces rivieres: Cette ville est fonduë en _abysme_. Ce mot vient du Grec _batos_, qui signifie la mer profonde, d'où est venu aussi le mot de _bas_ & _abaisser_. Borel.
ABYSME se dit figurément en Morale des choses où la connoissance humaine se perd, quand elle raisonne: La Physique est un _abysme_, on ne peut pénétrer dans les secrets de la Nature: Les Jugemens de Dieu, les mystéres sont des _abysmes_ dont on ne peut sonder la profondeur.
ABYSME se dit absolument des Enfers: La rebellion des Anges les fit précipiter dans l'_abysme_. Qui pourra mesurer la profondeur de l'_abysme_? On dit aussi: C'est un _abysme_ de maux, de souffrances, de malheurs.
ABYSME se dit aussi de ces dépenses excessives, dont on ne peut juger avec certitude: On ne peut certainement régler la dépense de la Marine, c'est un _abysme_: La dépense de cette maison est excessive, c'est un _abysme_. On dit en proverbe qu'un _abysme_ attire l'autre, quand d'un mal on tombe en un plus grand.
ABYSME, terme de Blason, est le cœur ou le milieu de l'Ecu. Il faut que la piéce qu'on y met, ne touche & ne charge aucune autre piéce, telle qu'elle soit. Ainsi on dit d'un petit Ecu qui est au milieu d'un grand, qu'il est mis en _abysme_: Il porte trois besans d'or avec une fleur de lys en abysme. Et tout autant de fois qu'on commence à blasonner par toute autre figure que par celle du milieu, on dit que celle qui est au milieu, est en _abysme_, comme si on vouloit dire que les autres grandes piéces étant élevées, celle-là paroît petite, comme cachée & abysmée.
ABYSME est aussi un vaisseau fait en prisme triangulaire renversé, qui sert aux chandeliers à fondre leur suif & à faire leur chandelle, en y trempant plusieurs fois leur mesche.
ABYSMER. _v. act._ Jetter dans un _abysme_, y tomber, se perdre, se noyer: Les Ouragans _abysment_ les vaisseaux: Ce terrain s'est _abysmé_, il y avoit dessous une carriere.
ABYSMER se dit figurément en Morale: Les gros interêts ont _abysmé_ ce marchand: Ce chicaneur a _abysmé_ sa partie, il l'a ruinée de fonds en comble: Il a _abysmé_ cet homme-là. Il se dit plus ordinairement avec le pronom personnel, & plus au figuré qu'au propre: Il est _abysmé_ dans la douleur: Cet homme a si mal fait ses affaires, qu'il s'est _abysmé_: Cette famille est _abysmée_, elle ne se relevera jamais: C'est un contemplatif qui _s'abysme_ dans ses pensées, qui extravague.
AGATE. _s. f._ Pierre précieuse, en partie transparente, & en partie opaque. Il y en a de plusieurs couleurs; ce qui lui a fait donner divers noms chez Pline & les autres Auteurs. Il y en a qui imitent la couleur de la cornaline; d'autres qui ont des veines fort rouges & fort blanches. On en a vû qui ont representé sept arbres tout entiers. Les _Agates Sardoines_ sont de trois couleurs: les vrayes sont entiérement rouges qu'on fait passer pour la Carneole, comme ayant une petite teinture de couleur de chair mêlée de brun: il y en a d'autres moindres, qui sont en partie mêlées de rougeur, comme celle de _sang_; & les derniéres le sont d'un rouge tirant sur le jaune. L'_Agate_ Sardonix est composée de la sardoine & de l'onix, & a une couleur sanguine & distinguée de cercles ou zones, qui semblent y avoir été peints par artifice, & quelquefois mêlée d'une blancheur surprenante. Pline, Strabon & Ciceron disent que la bague de Polycrate étoit de _Sardonix_; ce qui ne s'accorde pas avec ce qu'on dit de Mithridate, qui avoit quatre mille vases de cette même pierre: car ou cette bague n'auroit pas été de grand prix, ou ces vases d'un prix excessif.
Les _Agates Onix_ sont toutes opaques, de couleur blancheâtre & noire, tellement distinctes, qu'on croiroit qu'elles y ont été appliquées par art. Les _Agates Onix Sardonix_ sont celles où il se rencontre trois couleurs differentes, & néanmoins unies ensemble. On en a ruiné les mines; & celles qui se trouvent à present grandes & parfaites, n'ont point de prix. La couche du milieu est propre pour exprimer la carnation du visage; celle de dessus qui est _Sardoine_ ou couleur de pourpre, donne la couleur aux vêtemens; & le dessous est d'une autre couleur propre pour faire le fonds, qui détache les deux premieres, & fait un ouvrage merveilleux suivant la science du Graveur. Pyrrhus avoit une _Agate_ où étoient representées les neuf Muses & Apollon.
L'_Agate Calcedoine_ est à demy opaque, & à demy transparente, & le plus souvent de couleur de rose remplie de certain nuage. Il y en a d'entiérement blanches, qui sont les plus rares.
Les _Agates d'Egypte_ sont dures, rouges, & entremêlées de bleu & de blanc. Quand elles sont dans leur perfection, elles ont des couleurs semblables à l'Iris, & sont les plus estimées d'entre les _Agates_.
L'_Agate Romaine_ ne tient rien de celle d'Orient, & il y en a de plusieurs couleurs differentes qui les ont fait nommer differemment. On en faisoit autrefois ces vases Myrrhins si fameux dans l'Antiquité, qui avoient diverses couleurs, & qui representoient diverses figures.
Il se trouve aussi des _Agates_ en Allemagne, en Pologne & en Dannemark, dont quelques-unes ont disputé le prix aux Orientales.
Les Anciens parlent aussi d'une _Agate_ rouge comme du corail, mouchetée de points d'or, qu'on trouve en Candie, qu'on a nommée _Sacrée_, parce qu'elle préserve du venin des scorpions & des araignées. On a fait de tout temps des cachets d'_Agate_, parce que cette pierre ne retient point du tout la cire. Les Tireurs d'or brunissent l'or avec une _Agate_. Pline dit que les premieres _Agates_ furent trouvées en Sicile le long du fleuve _Achates_, qu'on nomme aujourd'huy le _Canthera_; ce qui leur a donné le nom d'_Agates_.
AILE. _s. f._ La partie de l'oiseau qui l'éleve ou qui le soûtient en l'air, quand elle est étenduë: L'aigle est un oiseau qui vole à tire d'_aile_: Les faucons se tiennent long-temps sur _aile_: Ils ont l'_aile_ vîte, trenchante, l'_aile_ forte, l'_aile_ entiére. On dit aussi: Faire voir en _aile_ l'oiseau: Le mettre en _aile_: Voler de belles _ailes_: La chauve-souri n'a point de plumes à ses _ailes_: Les poussins sont encore sous l'_aile_ de la mere. En ce sens il vient du Latin _Ala_.
AILE se dit aussi de cette partie charnuë qui s'étend de l'estomach à la cuisse dans les volailles qu'on mange: Une _aile_ de chapon, de perdrix: Il y en a qui préférent la cuisse à l'_aile_.
AILE en termes d'Anatomie se dit de plusieurs parties du corps, & premiérement les lobes du foye s'appellent souvent _ailes_ ou _ailerons_. On appelle _ailes_ & _ailerons_ des chairs molles & spongieuses, qui sortent de la partie naturelle des femmes, que quelques-uns appellent _Nymphes_ ou _Dames des eaux_, parce qu'elles servent aux conduits de l'urine. On appelle aussi _ailes_ ou _ailerons_ les deux cartilages qui sont aux côtez du nez, & qui forment les narines; pareillement on appelle _aile_ ou _aileron_ le haut de l'oreille.
L'AILE en terme de Blason, quand elle est seule, s'appelle un _demy vol_; & lorsqu'il y en a deux, s'appelle un _vol_: ce qui se dit de quelque oiseau que ce soit.
On appelle au Manége _ailes_, ces piéces de bois qu'on met aux côtez de la lance pour la charger vers la poignée.
AILE en termes de Botanique se dit des branches ou des feuïlles, qui poussent à côté l'une de l'autre sur les tiges des arbres ou des plantes: d'où est venu le nom d'_Alaternus_.
AILE se dit aussi d'un moulin à vent: ce sont ces grands chassis couverts de toile où le vent s'engouffre pour les faire tourner, qu'on appelle autrement _volants_.
Les Ouvriers nomment aussi les _ailes_ d'une fiche ou couplet, ces deux petits morceaux de fer mobiles par le moyen de leurs charnieres, qui servent à soûtenir & à faire mouvoir des portes ou des fenêtres, ou des volets brisez. Ils appellent _ailes_ de lucarne les deux côtez qui posent sur les chévrons, & qu'on appelle autrement _Joüées_ de la lucarne. Les vitriers appellent encore _ailes_ ou _ailerons_ ces petites extrêmitez du plomb, qui sert à engager les losanges de verre dans les panneaux des vitres, & à les y tenir fermes.
AILE se dit figurément en choses morales & spirituelles, & signifie protection, tutelle: C'est une fille d'honneur qui a toûjours été élevée sous l'_aile_ de la mere; & sur tout en Poësie: _Cache-la sous ton aile au jour épouventable_, dit Desportes en parlant à Dieu en faveur de l'ame pécheresse. Malherbe a dit aussi: _Et son ame étendant ses ailes fut toute prête à s'envoler_. On dit aussi: La peur luy a mis des _ailes_ aux talons; pour dire, l'a fait fuir en diligence: On peint Mercure avec des _ailes_ aux talons: L'amour luy prêtera ses _ailes_: On en donne aussi au Cheval Pegase, aux vents & autres choses semblables, &c. On dit encore poëtiquement: Son nom volera sur les _ailes_ de la Renommée: Sur l'_aile_ des beaux vers; pour dire que sa réputation ira bien loin. On dit aussi: Sur l'_aile_ des zephirs.
On donne aussi figurément des _ailes_ aux Cherubins & aux Anges: Les Cherubins devant Dieu se couvrent la face de leurs _ailes_: Ils couvroient l'Arche de leurs _ailes_.
On appelle les _ailes_ d'un bâtiment, ce qu'on bâtit à droit & à gauche, pour accompagner le principal corps de logis, & faire les deux côtez de la cour: Ce bâtiment est imparfait, il n'y a qu'une _aile_ de bâtie. On appelle aussi ces _ailes_, _bras ou potences_.
On appelle aussi _ailes_ dans les Eglises ce qui est à droit & à gauche de la croisée, & quelquefois tout le tour des bas côtez, ou des petites voutes qui sont à côté de la grande: Le portail de l'_aile_ droite plus beau que celuy de la gauche: On n'a bâti que le Chœur, on va bien-tôt travailler aux _ailes_.
AILE se dit en termes de guerre des deux extrêmitez d'une armée rangée en bataille: L'_Aile_ droite fut la premiere rompuë: La Cavalerie se met sur les _ailes_. En ce sens ce mot vient de _alauda_ selon Bochart, qui signifioit une Legion Gauloise, ainsi nommée à cause de la figure des casques que portoient les soldats qui étoient crêtez comme des allouëttes. On dit que Pan, l'un des Capitaines de Bacchus, a été le premier inventeur de cette maniére de ranger une armée en bataille: d'où vient que les Anciens l'ont peint avec des cornes à la tête, parce qu'ils appelloient cornes ce que nous appellons les _ailes_.
AILE se dit aussi des deux côtez de chaque bataillon ou escadron; des derniéres filles: Les picquiers sont rangez au milieu, & les mousquetaires sur les _ailes_: On a commencé à défiler par l'_aile_ droite. Les manches d'un bataillon sont aussi ses _ailes_.
AILE se dit aussi dans le discours ordinaire, de ceux qui marchent à côté; & un peu à l'écart, pour donner secours au besoin: Il sembloit que ce Prevost marchât seul, mais il y avoit plusieurs Archers sur les _ailes_ pour l'assister.
AILE se dit aussi en termes de fortification du flanc d'un bastion, & plus ordinairement des longs côtez d'un ouvrage à corne ou à couronne, qui sont flanquez par quelque endroit de la place, par quelque dehors ou travail particulier.
AILE se dit proverbialement en ces phrases: Cet homme ne bat plus que d'une _aile_; pour dire que son crédit, sa fortune, son esprit, sont diminuez, & qu'il n'en peut plus: On luy a tiré une plume de son _aile_; pour dire qu'on luy a arraché quelque chose de son bien: qu'On en tirera pied ou _aile_; pour dire qu'on tirera quelque chose d'une affaire, & qu'on ne perdra pas tout: On luy a rogné les _ailes_; pour dire qu'on a retranché de son autorité, de ses richesses. On dit d'un téméraire, qu'Il a voulu voler avant que d'avoir des _ailes_, qu'Il n'a pas encore l'_aile_ assez forte; pour dire qu'il a commencé trop tost quelque entreprise au dessus de ses forces. On dit d'un homme malheureux, qu'Il en a dans l'_aile_, pour dire qu'il luy est arrivé quelque accident fâcheux, ou bien qu'il a passé les 50. ans qu'on marque avec une L.
AILÉ, ée. _adj._ qui a des _ailes_: Pegase est un cheval _ailé_. Les Poëtes appellent les oiseaux, les peuples _ailez_: Les papillons, les cigales sont des insectes _ailez_: Il y a des poissons _ailez_ qui sont fréquens sur l'Ocean Athlantique.
En termes de Blason on appelle un oiseau _ailé_, quand ses ailes sont d'une autre émail que son corps. On appelle aussi _ailé_ tout ce qui est peint avec des _ailes_, quoy que contre sa nature, comme un cerf _ailé_, un cœur _ailé_, des dragons, des serpens _ailez_, une main _ailée_, une tête de leopard _ailée_, une bande _ailée_, &c.
ALGEBRE. _s. f._ science qui sert à éclaircir, à étendre & à perfectionner l'Arithmetique, la Geometrie & toutes les sciences mathematiques. Quelques-uns l'ont définie, l'Arithmetique des nombres figurez, comme a fait Salignac de Bordeaux, qui en a fait un sçavant Traité. Elle considere les grandeurs, & s'applique aux nombres, aux lignes, aux figures, aux poids & aux vîtesses des mouvemens, tant en general qu'en particulier, en faisant abstraction de toutes matiéres: de sorte qu'on la pourroit appeller une _Geometrie metaphysique_. L'idée en a été prise sur la Régle qu'on appelle de fausse position en Arithmetique: car en operant sur une supposition incertaine, ou même fausse, elle fait connoître des veritez infaillibles & démontrées. Il y a deux especes d'_Algebre_: la premiere est la supputation des chiffres & des nombres avec des especes ou des lettres; la seconde est l'Analyse ou l'art de résoudre les questions, & de découvrir les veritez generales des Mathematiques. Ménage dérive ce mot de l'Arabe _Algebra_, qui signifie le rétablissement d'un os rompu, de la racine _Giabarra_, supposant que la principale partie de l'_Algebre_, est la consideration des nombres rompus: il y a apparence qu'il se trompe, & qu'il a pris l'origine d'un autre mot Espagnol _Algebrista_, qui signifie un Renoüeur de membres disloquez, que nous appellons en France un _Balleüil_: car la fraction n'a rien de commun avec l'_Algebre_, qui ne considere pas plus les nombres rompus que les entiers, & qui même exprime ses puissances par des lettres, qui ne sont pas susceptibles de fractions. Il est vray que le mot _Algebre_ est un mot Arabe, mais il est primitif de la langue, & il luy a été donné par son auteur qui étoit Arabe. Cardan dit qu'il se nommoit Mahomet fils de Moïse, & il le met au 9. rang des 12. plus excellens hommes, qu'il a choisis dans l'Antiquité pour la subtilité de leur esprit. Mais Scriverius en attribuë l'invention à Diophante Auteur Grec, dont Regiomontanus a recueilli 13. livres, qui ont été commentez par Gaspard Bachet, sieur de Meziriac, de l'Academie Françoise.
Les notes de l'Algebre sont telles:
+ signifie plus: ainsi 9 + 3 veut dire 9 plus 3.
- signifie moins: ainsi 14 - 2 veut dire 14. moins 2.
= est la note de l'égalité: ainsi 9 + 3 = 14 - 2 veut dire, neuf plus trois est égal à 14. moins deux.
:: Les quatre points entre deux termes devant & deux termes aprés, marquent que les quatre termes sont en proportion géometrique: ainsi 6. 2 :: 12. 4. veut dire, comme 6 est à deux, ainsi 12 est à quatre.
÷÷ est la note d'une proportion continuë. ÷÷ 3. 9. 27. veut dire que trois est autant de fois dans neuf, comme neuf dans 27.
: Ces deux points au milieu marquent la proportion arithmetique entre ces nombres. 7. 3: 13. 9. veut dire, 7. surpasse 3. comme 13. surpasse 9.
÷ Cette note marque la proportion arithmetique continuë: ainsi ÷ 3. 7. 11. veut dire, 3 est surpassé de 7. autant que 7. par 11.
Deux lettres ensemble marquent une multiplication de deux nombres ou grandeurs: ainsi _b d_ est le produit de deux nombres, comme 2. & 4. dont le premier s'appelle _b_, & l'autre _d_.
_V_ signifie racine, ainsi _V_4, c'est à dire, la racine de 4, qui est 2, lequel multiplié par lui-même fait 4.
On dit proverbialement quand quelqu'un n'entend rien à quelque chose qu'il lit, ou qu'il écoute, que C'est de l'_Algebre_ pour luy.
ALKALI. _s. m._ terme de Chymie & de Physique. C'est un sel vuide & poreux disposé à se joindre facilement à tous les acides. C'est par son moyen que les Chymistes rendent facilement la raison de la composition de tous les corps naturels, & la font voir par des experiences sensibles. Ils comparent ce sel à une terre vuide qui auroit été aux trois premiers jours du monde, avant qu'elle fut allumée par les rayons du soleil, qui s'étant incorporez dans cet _Alkali_, ont fait ensemble tous les corps sublunaires. L'acide donne les deux qualitez mâles, le chaud & le sec; & l'_Alkali_ les feminines, le froid & l'humide: ce qui a donné lieu à plusieurs beaux Traitez des Philosophes modernes, entre autres d'_Otho Takenius_, qui dans son _Hippocrates Chymicus_ en a écrit des premiers fort sçavamment; de _Bernard Swalue_ Medecin, dans le Combat de l'Art & de la Nature; & aux Entretiens de François André Medecin de Caën, sur l'Acide & l'_Alkali_. Ce mot est Arabe, & vient de _al_, qui signifie sel, & de _kali_ qui est une herbe que nous appellons _soude_. Et parce que son sel a la propriété d'absorber & de mortifier les acides, & de s'en impreigner plus facilement que les autres, on a appellé tous les sels de cette nature, sels _Alkali_, quelques-uns l'appellent autrement, _alun Catin_. Le tartre est le plus fort de tous les sels _Alkali_, & quand il est mêlé avec l'esprit de vitriol qui est un fort Acide, ils font une soudaine ébullition & coagulation, qui de liquides qu'ils étoient, font un corps solide. Les Philosophes proposent cette union comme un exemple general de la composition de tous les corps, qui se fait par les acides & les _Alkali_, à cause de la grande alteration qui arrive à la saveur & aux autres qualitez de ces sels unis. Il faut remarquer que leur effervescence & leur action cesse, lorsqu'ils se sont réciproquement pénétrez & rassasiez les uns des autres, car elle n'arrive plus par quelque addition qu'on puisse faire de l'un ou de l'autre, lors qu'ils sont proportionnellement unis. Ordinairement on appelle sels _Alkali_, tous les sels lexiviaux & artificiels qui se tirent des plantes.
ANTIMOINE. _s. m._ C'est un corps mineral qui approche de la nature des métaux, & que quelques-uns croyent en contenir tous les principes, parce qu'il se trouve prés des mines des uns & des autres, & sur tout dans celles d'argent & de plomb, & souvent il a sa mine propre. On l'appelle aussi Marchasite de plomb, & les Chymistes le nomment le _Loup_ ou le _Saturne des Philosophes_, parce qu'il devore les autres métaux, quand on les fond ensemble, & qu'il les consume tous à la réserve de l'or. On l'appelle aussi _Prothée_, à cause de la diversité des couleurs qu'il prend par le moyen du feu. On le tient composé d'un double soulfre mineral, l'un métallique approchant de la pureté & de la couleur de celui de l'or, & l'autre terrestre & combustible semblable presque au soulfre commun; d'un mercure fuligineux & mal digeré, participant de la nature du plomb & d'un peu de sel terrestre. Il ressemble à de l'écume d'argent, & il a une couleur claire & luisante, il se dissout difficilement au feu, & plus facilement dans l'eau. Il est fragile comme le verre, & tient le milieu entre les métaux & les pierres, parce qu'il se fond comme le métail; mais il n'est pas ductile non plus que les pierres. Il y en a un mâle qui est plus sablonneux, & un autre femelle qui est plus pesant, plus brillant & plus friable. On le mêle avec d'autres métaux pour faire des miroirs, parce qu'il les rend capables d'un plus beau poli. On le mêle aussi pour faire des cloches, parce qu'il rend leurs sons plus clairs; on le mêle à l'étaim pour le rendre plus dur, plus blanc & plus sonnant: & enfin au plomb dans les fontes des caracteres d'Imprimerie, pour les rendre plus durs & plus unis. Il aide generalement à la fusion des autres métaux, & sur tout à celle des boulets de canon. On a crû qu'il pouvoit servir à une medecine universelle: car c'est en effet celui qui fournit le plus de remédes, & pour un plus grand nombre de maladies. Sa principale qualité est de provoquer le vomissement, & de purger par haut & par bas: ce qui en fait faire diverses préparations, que les Medecins appellent _Emetiques_. Ils donnent aussi ce nom au vin blanc, dans lequel il est infusé, parce qu'il fait vomir. Les Latins l'appellent _stibium_, & les Grecs _stimmi_.
L'_Antimoine crud_ est celui qu'on broye sur le porphyre, tel qu'il vient de la mine.
L'_Antimoine préparé_ est celui qui a passé par les mains des Artistes, pour le purger de ses mauvaises qualitez, & faire diverses operations.
Le _Verre d'Antimoine_ est de l'antimoine broyé, cuit & calciné par un feu violent dans un pot de terre, jusqu'à ce qu'il ne jette plus de fumée: ce qui est une marque que tout son soulfre est évaporé. On le réduit en verre dans le fourneau à vent, & alors il est fort diaphane, rouge & brillant & de couleur d'hyacinthe.
Le _Regule d'Antimoine_ est le culot, ou ce qu'on trouve au fond & au dessous dans le creuset, où il y a de l'_Antimoine_, aprés qu'il a été fondu avec des matiéres capables de séparer ses parties pures d'avec les impures. On en fait des balles purgatives qui servent toûjours, & des gobelets, ou laissant reposer quelque temps des liqueurs, elles deviennent aussi purgatives.
Les _Fleurs d'Antimoine_ sont de l'_Antimoine_ en poudre sublimé dans un aludel, dont les parties volatiles s'attachent à ses pots, en projettant peu à peu la poudre.
Le _Beurre d'Antimoine_ est une liqueur blanche & gommeuse, qu'on nomme autrement _Liqueur glaciale d'Antimoine_, qui se fait avec du _Regule d'Antimoine_ & du sublimé corrosif. Cette liqueur se coagule en forme de glace dans le récipient, & est fort caustique, de sorte qu'on ne l'employe qu'à l'exterieur, pour arrêter la cangrene, guérir la carie des os, des cancers, des fistules, &c.
Le _Safran d'Antimoine_ se fait d'_Antimoine_ & de nitre mis en poudre & au feu, lequel aprés la détonation & la fusion, fait descendre au fond du vaisseau les parties les plus pures de l'_Antimoine_. Elles ont la figure d'un foye, qui font qu'on lui donne aussi le nom de _Foye d'Antimoine_, ou de _Safran des métaux_. On le nomme aussi _Magnesie Opaline_, à cause qu'il a la figure de Marchasite, & la couleur de l'Opale: on en fait les poudres & le vin Emetiques.
L'_Antimoine Diaphoretique_ est celui qui est mêlé & préparé avec du nitre, qui change ses qualitez vomitives & purgatives en diaphoretiques.
L'_Huile d'Antimoine_ est de l'_Antimoine_ pilé & mêlé, mis en digestion dans un vase plein de fort vinaigre sous du fumier pendant plusieurs jours, & aprés cette operation plusieurs fois réïterée, le vinaigre qu'on distile, donne une liqueur sanguine, qu'on appelle _Huile d'Antimoine_, & qui colore l'argent en or.
La _Chaux d'Antimoine_ s'appelle quelquefois _Ceruse_ à cause de son extrême blancheur.
La fortune de l'_Antimoine_ a souvent changé dans l'Ecole de Medecine. Elle fit donner un Arrest du Parlement en l'année 1566. qui fit défenses d'employer l'_Antimoine_ en médicamens, parce qu'elle prétendit qu'il avoit une qualité veneneuse, qui ne se peut corriger par quelque préparation que ce soit. Mais depuis, la même Faculté le fit mettre au rang des médicamens purgatifs dans l'Antidotaire, qui fut imprimé par son ordre en 1637. Et enfin elle a fait donner un Arrest du 29. Mars 1668. qui a donné permission aux Docteurs de Medecine de s'en servir, avec défenses aux autres personnes de l'employer que par leur avis.
Ce mot d'_Antimoine_ vient selon quelques-uns de ce qu'un Moine Allemand qui cherchoit la Pierre Philosophale, ayant jetté aux pourceaux de l'_Antimoine_, dont il se servoit pour avancer la fonte des métaux, reconnut que les pourceaux qui en avoient mangé, aprés avoir été purgez trés-violemment, en étoient devenus bien plus gras: ce qui lui fit penser qu'en purgeant de la même sorte ses confreres, ils s'en porteroient beaucoup mieux. Mais cet essai lui réüssit si mal, qu'ils en moururent tous: ce qui fut cause qu'on appella ce mineral _Antimoine_, comme qui diroit _contraire aux Moines_. Cette étymologie vient d'un vieux manuscrit d'Allemagne, qui est dans la Bibliotheque de M. Moreau Medecin du Roi, cité par M. Perrault dans son livre du Rabat-joye de l'_Antimoine_.
B.
BAN. _s. m._ publication à haute voix au son du tambour, ou de la trompette, ou des tymbales, de l'ordre d'un Superieur, ou de la part du Roi & de la Justice: On a fait un _ban_ portant défenses de sortir du camp, d'aller à la petite guerre: On a fait un _ban_ dans les carrefours, qui défend les passements d'or & d'argent. On trouve ces phrases dans les Coûtumes, Crier au _ban_, Cas de _ban_, A peine de _ban_, Proceder à _ban_, &c. On appelle aussi _ban_ la publication & le cri que fait faire le Seigneur feodal pour se faire rendre les hommages, ou lui payer les redevances, & le venir reconnoître. On dit aussi, _ban_ de vendanges, ouverture de _ban_, &c. pour dire, la publication de la permission des vendanges. Ménage dérive ce mot de l'Allemand _ban_, qui signifie proprement _publication_, & en suite _proscription_, parce qu'elle se faisoit à son de trompe, d'où sont venus les mots de _Bannir_, _Ban_, _Bannissement_, de _Bandi_, de _Ban_ & _arriére-Ban_, _Banlieuë_, _Banniére_, _Bannal_, _abandonner_, &c. Nicod le dérive d'un autre mot Allemand _Ban_, qui signifie champ & territoire, dautant que c'est en vertu de ce qu'on tient des fiefs, champs & heritages, qu'on est obligé au _ban_ & _arriére-ban_, & que le four à _ban_ est le four du territoire de la Seigneurie. Borel le dérive du Grec _pan_, qui signifie tout, parce que la convocation est generale.
BAN se dit aussi des publications qui se font aux Prônes des Paroisses, des noms de ceux qui veulent se marier, ou prendre les Ordres. Le Concile de Trente a ordonné la publication de trois _Bans_, pour empêcher les mariages clandestins. Ces publications ne sont pas de l'essence du mariage, on obtient aisément dispense des _Bans_, on achete les deux derniers _Bans_, quand le premier a été publié.
BAN se dit aussi de la publication qui se fait pour convoquer tous les Nobles d'une Province pour servir le Roi dans ses armées, suivant qu'ils y sont obligez par la Loy des Fiefs. On a publié le _Ban_ & l'_Arriere-ban_.
BAN est aussi l'Assemblée de ces Nobles en corps d'armée. Le _Ban_ & l'_Arriereban_ est long-temps à se mettre en campagne.
BAN se dit aussi des assignations qui se font à cri public aux vassaux pour comparoir devant leur Souverain en certaines occasions, & pour rendre compte de leurs actions. Les Princes d'Allemagne sont souvent assignez, sont mis au _Ban_ de l'Empire, & on confisque leurs Fiefs faute d'y rendre l'hommage, & le service dont ils sont tenus.
BAN signifie aussi bannissement, & on dit en termes de Palais: Il lui est enjoint de garder son _Ban_ à peine de la hart: Il a obtenu un Rappel de _Ban_.
BAN signifie encore un droit & un lieu public qu'ont les Seigneurs des grands Fiefs, pour obliger les Habitans d'une Seigneurie de venir cuire au four du Seigneur, moudre à son moulin, ou d'apporter leur vendange à son pressoir. Ainsi on dit, un four à _Ban_, un moulin à _Ban_, un pressoir à _Ban_; & on appelle sujets _banniers_ & droit de _bannée_, ceux qui sont obligez à ce droit. En quelques Coûtumes on appelle four _bandier_, moulin _banquier_, ce qu'on appelle ailleurs _Bannal_.
BANQUE. _s. f._ Trafic d'argent qu'on fait remettre de place en place, d'une Ville à une autre, par des lettres de change & par correspondance. Il est permis à toutes sortes de personnes de faire la _Banque_ sans être Marchand. Ce Marchand a quitté le négoce, il ne fait plus que la _Banque_. Ce mot vient de l'Italien _banca_, qui a été fait de _banco_. C'étoit un siége où les Banquiers s'asseoient dans les places de commerce, d'où on a fait aussi _banqueroute_. Ménage.
BANQUE se dit aussi du lieu public où s'exerce ce trafic, où les Banquiers s'assemblent, & où ils avoient autrefois un Banc. On l'appelle aussi d'autres noms; à Londres, c'est la _Bourse_; à Lyon, le _Change_; à Paris, la place du _Change_. On met son argent à la _Banque_, on y prête, & on y fait valoir son argent à gros interest, même en quelques lieux à fonds perdu.
BANQUE se dit aussi des Sociétez, Villes ou Communautez qui se chargent de l'argent des Particuliers, pour le leur faire valoir à gros interest: la _Banque_ de Venise, de Hollande: la Ville de Lyon a établi une _Banque_ pour prendre de l'argent à fonds perdu au denier huit & un tiers.
BANQUE se dit aussi en plusieurs Jeux, comme à l'Occa, à la Bassette; du fond de celui qui est maître du Jeu, qui se charge de payer ceux qui gagneront.
BANQUEROUTE. _s. f._ Faillite, fuite, abandonnement de biens que font des Banquiers, ou négocians publics à leurs créanciers avec fraude & malice. Beaucoup de Marchands s'enrichissent par des banqueroutes frauduleuses, en mettant leurs biens à couvert. La _Banqueroute_ est differente de la faillite, parce que la _Banqueroute_ est volontaire & frauduleuse, quand le _Banqueroutier_ s'enfuit & emporte le plus liquide de ses biens; la _faillite_ est contrainte & necessaire, & est causée par quelque fortune, ou accident. Et on tient qu'un homme a fait _faillite_ dés qu'il a manqué à acquitter des lettres de change, ou qu'il y a quelque desordre dans son négoce.
BANQUEROUTE se dit aussi de l'insolvabilité des Bourgeois, ou autres personnes, qui doivent plus qu'ils n'ont vaillant, & qui ne payent pas leurs dettes.
BANQUEROUTE se dit figurément en choses spirituelles: Il a fait _Banqueroute_ à l'honneur, au bon sens, à Dieu; & on le dit encore de ceux qui manquent à executer leurs promesses, à se trouver aux rendez-vous qu'ils ont donnez, ou de ceux qui se retirent secrettement d'une compagnie sans dire adieu. Ce mot vient de l'Italien _banca Rotta_, banque rompuë.
BANQUEROUTIER. iere. _s. m. & f._ Marchand ou Banquier qui fait Banqueroute: On n'est pas assez sévére pour condamner les _Banqueroutiers_ frauduleux, on ne les met qu'au pilori, & souvent ils méritent la corde, quoi que l'Ordonnance d'Henry IV. de l'an 1609. & celle de l'an 1673. ordonnent qu'ils soient poursuivis extraordinairement & punis de mort, ce qui a eu peu souvent son execution. On appelle proprement _banqueroutiers_ frauduleux ceux qui divertissent leurs effets, ou qui les mettent à couvert sous des noms interposez par de fausses ventes ou des transports simulez, ou qui font paroître de faux créanciers. On les condamne en quelques lieux à porter le bonnet verd, & à Luques à porter un bonnet orangé.
BANQUET. _s. m._ Festin, grand repas qu'on fait à ses amis: Assuerus fit un fameux _Banquet_ à toute sa Cour, dont il est parlé au Livre d'Esther. Plutarque a écrit du _Banquet_ des sept Sages. Ce mot vieillit & vient de l'Allemand _pancket_, dont les Italiens ont fait _banquetto_, & les Espagnols _banquette_.
BANQUET se dit aussi en matiére spirituelle: Tous les Chrêtiens doivent participer au sacré _Banquet_ celeste.
BANQUET en termes de manége, est la petite partie de la branche de la bride qui est au dessous de l'œüil, qui assemble les extrêmitez de l'embouchure avec la branche, & qui est cachée sous le chaperon ou fonceau.
BANQUETER. _v. act._ faire un festin, faire grande chere avec ses amis. Ce mot vieillit.
BANQUETTE. _s. f._ Terme de fortification. C'est un degré ou deux qui régnent tout le long des parapets, afin qu'on puisse tirer par dessus: La _Banquette_ doit avoir un pied & demi de haut & trois pieds de large.
BANQUETTE se dit aussi d'une petite élevation au dessus du niveau de la ruë, pour servir de chemin commode aux gens de pied; comme il y en a à Paris au Pont-Neuf & au Pont-Marie.
BANQUIER. _s. m._ Negociant en argent, qui donne des lettres de change pour faire tenir de l'argent de place en place.
BANQUIER Expeditionaire en Cour de Rome, est un Officier de nouvelle création, qui se charge de faire venir toutes les bulles, dispenses & autres expeditions qui se font en la Cour Romaine, & en la Legation d'Avignon, soit de la Chancellerie, soit de la Penitencerie. L'origine de ces Banquiers vient de ce que les Guelphes du temps des guerres civiles d'Italie se réfugierent en Avignon & dans les Païs d'obédience; & comme ils étoient favorisez des Papes, dont ils avoient soûtenu le parti, ils se mêlerent de faire obtenir les graces & expeditions de Cour de Rome, & s'appellerent _mercatores_ & _scambiatores Domini Papæ_, comme témoigne Matthieu Paris: mais comme ils se rendirent odieux alors par de grosses usures, on les appella _Carsins_, ou _Caorsins_, du nom de _Caors_ Ville de Querci, dont le Pape Jean XXII. qui siégeoit alors étoit natif, à cause que de son temps ces usuriers étoient en leur plus haute élevation, comme témoigne Adam Theveneau en ses Commentaires sur les Ordonnances, au titre des Usures. Les Italiens en firent aussi pour eux le mot _scarsi_, qui signifie _avares_; & ils eurent tant de haine pour cette Ville, que le Poëte Dante dans son Enfer, met au même rang Sodome & Cahors, & y place tous les scelerats & les usuriers. Les marques de cette haine ont duré long-temps en France, & on a appellé en Chancellerie les _Lettres Lombardes_ les Lettres qui s'expedioient en faveur des Lombards & Italiens, qui vouloient trafiquer ou tenir _Banque_ en France, qui se taxoient au double des autres, en haine de ce qu'on appelloit alors tous les Changeurs, _Banquiers_, Revendeurs, & Usuriers d'Allemagne, & de Flandres même, Lombards, de quelque nation qu'ils fussent, & on les appelle encore ainsi en plusieurs lieux. La place du Change & la Fripperie d'Amsterdam s'appellent _Places Lombardes_.
BANQUIER se dit aussi en certains Jeux, comme l'Occa, la Bassette, de celui qui tient le Jeu & l'argent, & qui a le fonds devant lui, pour payer ceux qui gagnent.
BEFFROY. _s. m._ lieu élevé où il y a une cloche dans une place frontiére, où on fait le guet, & d'où on sonne l'allarme, quand les ennemis paroissent. Nicod dérive ce mot de _bée_ & de _effroy_, parce qu'il est fait pour beer & regarder, & en suite donner l'effroy.
BEFFROY est aussi la charpenterie qui soûtient les cloches dans un clocher.
On appelle aussi _Beffroy_, ces tours ou machines de charpente qu'on faisoit autrefois en assiégeant les places, auparavant l'invention de l'Artillerie.
BEFFROY se dit aussi de certaines cloches qui sont dans des lieux publics, qu'on ne sonne qu'en certaines occasions, comme de réjouïssances, d'allarmes ou d'incendie: Il y a trois Beffrois à Paris, celui de l'Hôtel de Ville, du Palais, & de la Samaritaine: quand il naît un Fils de France, on donne ordre de tinter le _Beffroy_ pendant 24. heures.
BEFFROY en termes de Blason, est un nom que les Rois d'armes & Herauts ont donné à un Ecu vairé, ou composé de trois titres de vair, parce qu'il est fait en forme de cloches qui servent à sonner à l'effroy: & quand on dit simplement _Beffroy_, on doit entendre qu'il est composé d'argent & d'azur.
BILAN. _s. m._ terme de Banque. C'est un petit livre que les Marchands, ou Banquiers portent sur eux, où d'un côté ils écrivent leurs dettes actives, & de l'autre leurs dettes passives. Ce mot vient du Latin _Bilanx_, parce que ce Livre leur sert à _balancer_ leurs gains & leurs pertes. Il leur sert aussi au virement des parties. Les Marchands de Lyon appelloient ci-devant _Bilan des acceptations_; un petit livre qu'ils portoient sur la place, où ils écrivoient toutes les Lettres de change tirées sur eux; & leur acceptation n'étoit autre chose que de mettre à côté de la Lettre qu'ils avoient enregistrée dans leur _Bilan_, une croix qui signifioit _acceptée_: s'ils vouloient déliberer sur l'acceptation, ils mettoient un V, qui signifioit _vûë_; & s'ils ne la vouloient point accepter, ils mettoient S. P. qui signifioit _sous protest_. Mais depuis l'Ordonnance de 1677. il ne se fait plus d'acceptation que par écrit.
On appelle l'entrée & l'ouverture du _Bilan_, le sixiéme jour du mois des payemens, jusqu'à la fin duquel on fait le virement des parties, où les Marchands écrivent chacun de leur côté les parties virées.
On appelle aussi _Bilan_, ou _Balance_ l'arrêté ou la clôture de l'inventaire d'un Marchand, où on a écrit vis à vis tout ce qu'il doit, & tout ce qui lui est dû: Un Marchand aprés sa faillite, pour s'accommoder avec ses créanciers leur doit presenter un _Bilan_, qui contienne l'état au vrai de ses affaires: Si un Négociant qui a accoûtumé de porter _Bilan_ sur la place, ou autre pour lui, ne s'y rencontre pendant le temps du payement, il est réputé avoir fait faillite.
BILBOQUET. _s. m._ Jeu d'enfans fait d'un bâton creusé en rond par les deux bouts, au milieu duquel est une corde, où une balle de plomb est attachée, ils la jettent en l'air, & la reçoivent alternativement dans ces deux concavitez. On appelle ironiquement un nombril, un _Bilboquet_.
BOIS. _s. m._ substance qui forme le corps des arbres, & qui prend son accroissement du suc de la terre. Il y a des _Bois_ durs, comme le cormier, le poirier; des _bois_ legers, comme le liége, &c. On a peint ce lambris en couleur de _bois_. Monsieur Grew dans son Anatomie des plantes a découvert que la partie qu'on appelle proprement le _Bois_ dans un vegetable, n'est autre chose qu'une infinité de canaux fort petits, ou de fibres creuses, dont les unes s'élevent en haut, & se rangent en forme d'un cercle parfait, & les autres qu'il appelle insertions, vont de la circonference au centre, elles se croisent mutuellement comme les lignes de longitude & de latitude sur un globe, ou les fils des tisserans étendus en long & en large, & entrelassez ensemble. Nicod dérive ce mot du Grec _boscon_, qui signifie _lignum_; Ménage de _boscium_, qu'on a fait de _boscum_ ou _boscus_, qui signifie forest. Il vient plûtôt de l'Allemand _busch_, d'où les Italiens ont fait _Bosco_, & les Espagnols _Bosqué_. En vieux François on disoit _bos_; du diminutif _Boskettus_ on a fait _bosquet_ & _bouquet_, & de _boscium_ on a fait pareillement _buisson_, de _bosca_, _busche_, & de _boscagium_, _bocage_.
On appelle chez les Chrêtiens par excellence, le sacré _Bois_ de la Croix, le _bois_ de la vraye Croix, celui où fut attaché nôtre Sauveur.
BOIS se distingue en plusieurs sortes, tant par sa nature, ses vertus & ses qualitez, que par ses defauts, ses façons, ses voitures, ses mesures, & ses emplois.
BOIS consideré selon ses diverses qualitez, utiles, curieuses, & medicinales, est premiérement le _bois_ de charpente ou à bâtir, tels que sont les chênes, le châtagnier, le sapin, qu'on scie & qu'on équarrit, &c. qui sert à bâtir les maisons, à faire les planchers & les toits, les moulins, les machines, &c.
Les _Bois_ estimez par curiosité sont les _Bois_ de citron, de cédre, d'ébene, de Calemba ou Calembouc, de bouïs, à cause de leur odeur & de leur dureté, & parce qu'ils reçoivent un beau poli dont on fait des tables, des buffets, des chapelets, des peignes. Les _bois_ des teintures sont _bois_ d'Inde, _bois_ de Bresil, _bois_ de campêche, _bois_ jaune, &c.
Les _Bois_ medicinaux sont le Gayac, que les Espagnols appellent _Ligno santo_, l'Aloës ou _agallochum_, le Kinquinna, le _bois_ d'aigle ou Pao d'aquila, & autres qui seront expliquez à leur ordre.
BOIS en termes d'eaux & forêts, consideré suivant son état, s'appelle _bois en étant_ lorsqu'il est debout & sur pied, vivant & prenant son accroissement sur la terre. Cette expression vient de ce que ce mot, _étant_, étoit autrefois un nom substantif, & on disoit qu'un homme étoit en son _étant_, pour dire qu'il étoit debout sur ses pieds, comme on dit encore qu'il est en son _séant_, pour dire qu'il est à demi couché.
_Bois_ vif, est celui qui prend nourriture, ou qui porte du fruit, qui pousse des branches & des feüilles.
_Bois d'entrée_ est celui que est entre verd, & sec, dont les arbres ont les houppiers, ou quelques branches séches, & d'autres vertes, la couppe en est défenduë aux Usagers.
_Bois gisant_, celui qui est couppé ou abattu & couché sur terre.
_Bois mort_, celui qui est seché sur pied, qui n'a plus de seve.
_Mort-bois_, est celui qui est expliqué & désigné dans la charte Normande accordée par Louïs X. en 1313. il y en a neuf especes, saux, marsaux, épines, puisnes, aulnes, le seur ou sureau, genest, geniévre, & ronces. Dans l'Ordonnance de François I. sur le fait des Chasses art. 55. le Roi déclare que pour ôter toute difficulté sur ce qu'on doit appeller _bois mort_, & _mort bois_, il veut qu'on suive l'interpretation & la restriction qui est contenuë en la charte aux Normands, du Roi Louïs X. Les Ordonnances postérieures y sont conformes. Ce mot s'est dit selon quelques-uns par corruption, pour _maubois_ ou mauvais _bois_, qui ont voulu y comprendre tout le bois en étant qui n'avoit ni fruit, ni graine. Cependant il y a bien d'autres arbres qui ont vie, & qui ne portent point de fruit, qui ne sont pas renfermez dans le petit nombre d'espéces que l'Ordonnance met sous ce nom de _mort bois_, qui n'est en usage que suivant les restrictions qui y sont comprises. Le _mort-bois_ n'est point sujet au tiers & danger.
_Bois blanc_, est le peuplier, le bouleau, le tremble, & autre _bois_ leger & peu solide. Il n'y doit avoir que le tiers au plus de _bois blanc_ dans la voye de bois de corde ou à brûler, suivant l'Ordonnance.
_Bois en grume_, est tout le bois qu'on améne sans être équarri, qui est avec son écorce, & tel qu'il est sur pied, comme sont les pilotis & plusieurs _bois_ de charronage, & d'ouvrages. Il y a des Régles pour réduire le _bois en grume_ au quarré, c'est à dire, pour sçavoir combien un arbre sur pied de tant de pourtour donnera de pieds de _bois_ équarri.
_Bois chablis_ sont _bois_ abattus, ou rompus par les vents, soit par le pied, soit ailleurs, au corps, ou aux branches, ou déracinez; on l'appelle aussi _caable_ ou _bois_ versé: tous les arbres de condamnation pour forfaiture, ou délit y sont aussi compris.
_Bois encroüé_, est un arbre qui en l'abattant est tombé sur un autre, & dont les branches sont engagées les unes dans les autres. L'Ordonnance défend d'abattre les bois sur lesquels d'autres sont _encroüez_.
Le BOIS consideré selon ses defauts, est premiérement le _bois roulé_, c'est du _bois_ où les cruës de chaque année n'ont point fait corps ensemble, mais sont demeurées de leur épaisseur sans aucune liaison. Ce _bois_ ne peut être debité ni en fente, ni en autre marchandise.
_Bois trenché_, est celui qui a le fil de travers, qui au lieu de suivre le long de l'arbre, le traverse d'un côté à l'autre de l'écorce: il ne peut être employé à la fente, & il se casse aisément.
_Bois charmez_, sont des _bois_ auxquels on a fait quelque chose pour les faire mourir, ou tomber.
_Bois arsins_, sont des bois où a été le feu, soit qu'on l'y ait mis par malice, soit qu'il y ait pris par accident.
On appelle _louppes de bois_ des bosses ou gros nœuds qui s'élevent sur l'écorce.
_Bois Rabougris_ ou _Abougris_, _Broutez_ ou _Avortez_ sont les _bois_ tortus & malfaits, qui ne croissent qu'à la maniére des pommiers, qui ne sont pas de belle venuë, & qui doivent être récépez.
_Bois Rustique_ & _Noailleux_, est celui qui a crû sur le gravier, & est exposé au soleil de midi, qui ne se peut fendre, si ce n'est un peu vers le tronc. On le dit aussi des racines d'olivier, de noyer, & d'autres _bois_ veinez, qui servent aux Ebenistes pour des ouvrages de placage, on l'appelle aussi _bois madré_.
_Bois mouliné_ ou _bois carié_, est du _bois_ corrompu, pourri, & où il y a des vers & des malandres.
_Bois bombé_, est celui qui est naturellement un peu courbe, & qu'on pose sur son fort, quand on met par dessus sa partie la plus élevée, & qui fait sa bosse.
Le BOIS se considere aussi, selon sa taille & ses façons.
_Bois d'équarrissage_, ou _Bois quarré_, est tout le _bois_ équarri destiné à bâtir, qui est au dessus de six pouces, & selon qu'il est debité, chaque grosseur porte son nom particulier.
_Bois flacheux_, est celui qui n'est pas bien équarri, & a vive arrête.
Un cent de _bois_ chez les Charpentiers c'est cent fois 72. pouces de _bois_ en longueur, ou une piéce qui a 12. pieds de long sur six pouces d'épaisseur & de largeur: de sorte qu'une seule poutre est souvent comptée pour 15. ou 20. piéces de _bois_. Tout le _bois_ de charpente se réduit à cette mesure, soit pour la vente, soit pour la voiture, soit pour le toisé des ouvrages. Il est taillé en longueur depuis six jusqu'à 30. pieds, en augmentant les piéces toûjours de trois pieds en trois pieds. Celles de menuiserie ne vont guéres qu'à 15. pieds avec la même gradation. Ainsi on dit en ce sens, qu'un Navire de 1100. tonneaux, comme le Victorieux, qui a 120. pieds de quille portant sur gréve, est composé de 17465. piéces de _bois_ réduites selon l'usage de Paris; & sa mâture de 4000. qui font bien 1800. charretées de _bois_, tant que deux chevaux en peuvent tirer, sans les affûts de canon & les piéces de rechange. Le Caron Arpenteur a fait deux petits volumes de la qualité & du toisé des _bois_ fort utiles pour les Marchands, ou Bourgeois qui veulent acheter du _bois_ à bâtir.
_Bois de charronnage_, est celui qui sert à faire des Rouës, des charriots & charrettes, comme l'orme & le chêne.
_Bois de sciage_, est le _bois_ couppé en planches, & en solives qui sert pour les menuisiers: comme aussi tout le _bois_ quarré dont l'épaisseur est moindre de six pouces, s'appelle _bois de sciage_.
_Bois d'ouvrage_, est celui qu'on travaille dans les forêts, dont on fait des sabots, des pelles, des seaux, des lattes, des cercles, des éclisses, &c.
On appelle aussi en général du _bois ouvré_, ou non _ouvré_, celui qui est façonné par les mains des Ouvriers, ou celui qui est en état de l'être.
_Bois merrein_, c'est du bois fendu en petits ais, dont on fait les douves des tonneaux, des cuves. On l'appelle aussi _bois à Barils_, _bois d'enfonçures_, _bois à douvin_, _bois à pipes_. Les Menuisiers en font aussi des panneaux, mais il ne sert point à bâtir, quoi qu'abusivement quelques-uns l'étendent à tout le _bois_ de charpente, & plusieurs aux perches, échalats, &c.
Les Menuisiers appellent aussi du _bois refait_, du _bois_ équarri & dressé sur toutes ses faces. Ils appellent courroyer le _bois_, quand ils lui donnent cette façon; ils disent aussi que des _bois_ sont bien poussez & bien rabbotez, quand ils sont bien unis.
Les Charpentiers appellent aussi _bois affoiblis_, les _bois_ qu'on a taillez en cintre, qu'on a rendus courbes. Les _bois_ affoiblis exprés sont toisez de la grandeur de leur bossage, & les courbes de la grandeur de leur plein cintre; c'est à dire, qu'il faut comprendre le plus grand vuide de la courbe avec sa largeur.
_Bois à brûler_, est celui qu'on destine à faire du feu, qui se divise en plusieurs espéces.
_Bois flotté_, est celui qu'on améne en trains, & lié avec des perches & des rouëttes, sur des riviéres.
_Bois perdu_, est celui qu'on jette dans les petites Riviéres qui n'ont pas assez d'eau pour porter des trains, ni des bâteaux, & qu'on va recueillir & mettre en trains aux lieux où elles commencent à porter. Il est permis aux Marchands de jetter leurs _bois à bois perdu_, en avertissant les Seigneurs dix jours auparavant: comme aussi de faire des canaux, & de prendre les eaux des étangs pour les faire flotter, en dédommageant.
_Bois volants_, sont les bois qui viennent par le flot droit au port, où on les recueille.
_Bois échappez_, ceux qui par les innondations, s'échappent dans les prez & dans les terres.
_Bois canars_, ceux qui demeurent au fond de l'eau, ou qui s'arrêtent sur les bords des ruisseaux, où on a jetté un flot de _bois à bois perdu_. Les Marchands ont 40. jours aprés que le flot est passé, pour faire pêcher leurs _bois canars_ sans rien payer.
_Bois neuf_, est le bois qui vient dans des bateaux sans tremper dans l'eau.
_Bois pelard_ est du bois menu & rond, dont on a ôté l'écorce pour faire du tan.
_Bois de moulle_ ou de quartier, est du _bois_ qui est mesuré, il doit avoir au moins 18. pouces de grosseur. Les Marchands Ventiers doivent fournir aux Bûcherons des chaînes & mesures de ces longueurs.
_Bois de corde_, est du _bois_ fait ordinairement de branchages ou de taillis, on l'appelle ainsi quand il est au dessous de 17. pouces de grosseur. Il doit être au moins de six, & se vend à la membrure, qui a quatre pieds de haut sur quatre pieds de large. Il est ainsi appellé à cause qu'on le mesuroit n'aguéres à Paris avec des cordes, comme on le fait encore sur les lieux. Tout _bois_ à brûler en général doit avoir trois pieds & demi de long, y compris la taille. La corde de bois vaut deux voyes de Paris. La mesure de la corde de _bois_ selon l'Ordonnance est de 8. pieds de long & de 4. de haut. Du _bois_ en chantier, c'est du _bois_ en pile & en magasin.
_Bois de compte_, est celui dont les 62. bûches au plus se trouveront remplir les trois anneaux qui composent la voye de _bois_ par les Ordonnances de la Ville, & ceux qui sont au dessous de 18. pouces de grosseur doivent être rejettez & renvoyez parmi le _bois_ de corde.
Mouleur de _bois_ est un Officier de Ville établi sur les Ports, pour faire mesurer le _bois_ dans les moulles ou membrures.
On appelle à Paris _bois de gravier_, un _bois_ demi flotté, qui vient de la forest de Montargis, & qui est plus cher que le bois ordinaire.
On appelle du _bois d'Andelle_, un _bois_ de deux pieds & demi au plus, qui vient par bateaux par la Riviére d'Andelle; il est ordinairement de hestre.
Brin de _bois_, est un morceau de _bois_ de belle venuë, droit & long qui n'est point scié, si ce n'est pour l'équarrissage, & qui est de toute la grosseur de l'arbre: il est excellent pour faire des planchers.
On appelle aussi un Brin de _bois_, un _bois_ de pique, un _bois_ de lance, ou les _bois_ de ces armes avant qu'ils soient ferrez.
Les anciens Chevaliers appelloient _bois_ leurs lances: leurs _bois_ volerent en éclats; & on disoit qu'ils portoient bien leurs _bois_, lors qu'ils couroient en lice de bonne grace. C'est de là que figurément on dit qu'une femme porte bien son _bois_, pour dire qu'elle a bonne mine à marcher.
On dit en termes de guerre, quand on fait faire alte à l'Infanterie, haut le _bois_, à cause qu'on leve alors les piques; & dans sa marche, faire long _bois_, quand on veut augmenter l'intervale qui est entre les rangs.
On appelle en Menuiserie des meubles de _bois_, des tables, des siéges, des _bois_ de lit, quand ils n'ont point de garniture d'étoffe ni de tapisserie.
En termes de venerie, on dit un _bois_ de cerf, ce qu'on appelle autrement _corne de cerf_; & l'on dit qu'un cerf a touché au _bois_, quand il a dépoüillé la peau de sa tête, en frottant contre des arbres.
On dit figurément en ce sens qu'une femme fait porter du _bois_ à son mari, pour dire qu'elle lui fait porter les cornes, qu'elle lui est infidéle.
En Agriculture _bois_ se dit des menuës branches, sions, ou rejettons que les arbres poussent chaque année: ainsi on dit qu'un arbre nain pousse trop de _bois_, qu'une vigne est trop chargée de _bois_, pour dire qu'il la faut tailler, & qu'il faut émonder ou élaguer les arbres. On appelle aussi la vigne, le _bois_ tortu.
_Bois gentil_ est une plante medicinale qui jette plusieurs surgeons, qui a ses branches hautes d'un palme; ses feüilles sont semblables à celles de l'olivier, quoi que plus menuës & plus améres. Elles ont un goût si piquant, qu'elles écorchent la langue & le gosier, on l'appelle en Latin _chamelœa_, & est de grand usage en Medecine.
BOIS est aussi un nom collectif, qui signifie les arbres qui sont plantez fort épais & en grand nombre, soit dans un jardin, soit à la campagne: un _bois_ épais: un _bois_ dégradé.
_Bois de haute fûtaye_, c'est le _bois_ qui est parvenu à sa plus grande hauteur, qui est réputé immeuble, & qui ne peut être abattu par un usufruitier.
On appelle _bois de haut revenu_, celui qui est de demie fûtaye de 40. ou de 60. ans.
_Bois sur le retour_, est un _bois_ trop vieux, qui commence à diminuer de prix, & à se corrompre, qui a plus de 200. ans à l'égard des chênes: il est different du _bois_ taillis qui renaît sur les vieilles souches de la haute fûtaye, coupées, & qu'on peut couper tous les neuf, douze, ou quinze ans, qui tourne au profit de l'usufruitier.
_Bois taillis_, est le _bois_ qu'on met en coupes ordinaires tous les dix ans, & qui est au dessous de 40. ans, car au delà c'est une _fûtaye sur taillis_, c'est dont on fait le charbon & le _bois_ à brûler.
_Bois à faucillon_, est un petit taillis, qu'on peut couper avec un petit ferrement.
_Bois en pueil_, c'est un _bois_ nouvellement coupé, & qui n'a pas encore trois ans. Ce mot se trouve en plusieurs Coûtumes, & entr'autres en celle d'Auvergne.
On appelle un _Bois en défens_, quand on a défendu de couper un _bois_, qu'on a reconnu de belle venuë dans quelque triage, pour le conserver & le laisser croître jusqu'à ce qu'on en ait besoin; & on dit qu'un _bois_ est jugé _défensable_, quand le Juge a donné permission d'y faire entrer les bestiaux en panage.
_Bois marmenteaux_ ou _bois de touche_, sont des _bois_ au tour d'une maison ou d'un parterre, pour leur servir d'ornement, ausquels on ne touche point. Les usufruitiers ne peuvent faire couper les _bois marmenteaux_ & _bois de touche_, ni en haute fûtaye, ni en taillis, quand ils servent à la décoration d'une maison ou d'un Château.
Une coupe de _bois_ réglée est une division qui se fait d'un grand _bois_ en certaines portions, afin qu'on en coupe chaque année une certaine quantité sans dégrader le _bois_, ni en diminuer le revenu. On appelle l'âge du _bois_, ou l'essence du _bois_, le temps écoulé depuis sa derniére coupe.
L'usance du _bois_ se dit de son exploitation.
_Garde Bois_, est l'Officier préposé pour empêcher les dégradations des _bois_, & conserver le gibier.
En Poësie on appelle les Divinitez des _bois_ les Driades, Hamadriades, les Faunes, les Satyres, &c.
En termes de Marine on dit faire du _bois_, pour dire descendre en terre pour aller couper des _bois_ nécessaires à l'équipage. On dit aussi qu'un vaisseau a reçû des coups en _bois_, pour dire dans les bas, dans les œuvres vives.
HAUT BOIS. _s. m._ Est une flûte qui est de differente grandeur selon les quatre parties, qui servent à en faire un concert. Il est devenu depuis peu un instrument militaire, le Roi en ayant mis dans les Compagnies des Mousquetaires.
On dit figurément qu'un homme jouë du _haut bois_, quand il fait abattre, &c.