C.
CACAO. _s. m._ Fruit dont on fait le chocolate avec quelques autres ingrédiens; il croît en abondance dans la nouvelle Espagne à un arbre qui se nomme la _cucuhua-guahuilt_; il est de la même grandeur que l'oranger; il a les mêmes feüilles, mais un peu plus grandes. Ce fruit est de la figure d'un concombre, ou melon, qui est rayé, cannelé & roux, plein de plusieurs noix qui sont proprement appellées _cacao_, plus petites qu'une amende: il est d'une moyenne saveur, entre le doux & l'amer; d'un temperament froid & humide. Il y a dix ou douze _cacao_ enfermez dans une même coque; cet arbre est si delicat qu'il le faut planter auprés d'un grand arbre nommé _atlinan_ afin qu'il le couvre de sa grande ombre, autrement le Soleil le brûle. On en tire aussi du beurre, dont les femmes se font un fard pour le visage. Le _cacao_ sert aussi de menuë monnoye dans la Province; _Laët_, _Acosta_, _Clusius_ en ont écrit.
CALANDRE. _s. f._ Terme de Manufactures. C'est une machine propre pour presser les draps, les toiles, & autres étoffes, & pour les rendre polies, unies & lissées: elle sert aussi pour y faire ces ondes qui sont sur le tabis & les moheres: Elle est composée de deux gros rouleaux de bois, autour desquels on roule les piéces d'étoffe; on les met entre deux gros madriers de bois dur, large, épais & poli; celui de dessous sert de base, celui de dessus est mobile, par le moyen d'une rouë telle que celle des gruës. Un cable est attaché à un tour qui compose son axe; cette partie du dessus est d'un poids prodigieux, par fois de cinquante ou soixante milliers; c'est cette pesanteur qui fait les ondes sur les étoffes qui sont autour de ces rouleaux par le moyen d'une legere gravûre qu'ils contiennent: on met & on ôte ces rouleaux en inclinant un peu la machine. Ce mot vient du Latin _cylindrus_, parce que tout l'effet de la machine vient d'un cylindre. Borel dit que ce nom lui vient d'un petit oiseau de même nom, parce que les marques qu'elle imprime sont semblables à ses plumes.
CALANDRE, petit oiseau du genre des alloüettes, qui n'a point de crête: En Latin _corydalos minima_.
CALANDRE, petit ver qui se fourre dans le bled & le mange, qu'on appelle aussi _charançon_, ou _patepeluë_: en Latin _curculio_.
CALANDRER. _v. act._ Mettre une étoffe sous la _calandre_ pour la presser ou tabiser.
CALANDRÉ éé. part.
CALCINATION. _s. f._ Action par laquelle on réduit en chaux, ou en poudre trés-subtile les métaux & les minéraux, avec un feu violent. La _calcination_ actuelle se fait seulement par le feu, la potencielle se fait par le moyen d'un esprit corrosif, qui les pénétre & les dissout, comme l'argent & l'or par les eaux fortes & l'eau régale, & cette _calcination_ est appellée _immersive_.
CALCINER. _v. act._ Terme de Chimie. Réduire les métaux ou les minéraux en chaux, ou poudre trés-subtile par le moyen du feu. L'or se calcine au feu de Reverbere avec le mercure & le sel armoniac. L'argent avec le sel commun & le sel alkali: le cuivre avec le sel & le soulfre: le fer avec le sel armoniac & le vinaigre: l'étain avec l'antimoine, le plomb & le soulfre: le mercure avec l'eau forte, il se calcine aussi tout seul par le feu. Tous les autres minéraux se calcinent au feu, sans addition d'aucune drogue.
CAMPHRE. _s. m._ C'est la gomme d'un arbre qui croît aux Indes dans les montagnes maritimes, lequel est de telle hauteur & largeur, qu'un escadron de cent hommes pourroit demeurer dessous à l'ombre. On dit qu'elle sort en plus grande abondance durant la tempête & les tremblemens de terre. Il y en a de plusieurs sortes, car on en trouve une entre les veines du bois, & une autre qui sort par l'écorce rompuë, comme une résine, & demeure attachée à l'arbre: elle est rouge d'abord, & devient blanche, ou par la chaleur du Soleil, ou à force de feu. Il y en a une brune & obscure qui est moins estimée. Il y a aussi un _camphre_ en rose, qui n'a point passé par le feu, & un autre qui a été purifié & blanchi, & fait par sublimation. Le _camphre_ est si subtil que souvent de lui-même il se resout en fumée. Il est si odorant, que sur les lieux on s'en sert en guise d'encens; pour être bon il doit être blanc, pur, reluisant, transparent, de forte odeur, & il faut qu'il devienne moüillé quand on le met sur un pain chaud. Quelques-uns, comme Fuchsius, croyent que c'est un Bitume des Indes. On l'appelle en Latin _camphora_, qui vient du mot Hebreu _copher_.
On fait du _camphre_ artificiel avec de la sandaraque, qu'on appelle autrement gomme de genévre, vernis blanc, ou mastic bien pulvérisé, du vinaigre blanc bien distilé, qu'on met vingt jours dans le fumier de cheval, & qu'on laisse aprés au Soleil pendant un mois pour secher, & on trouve le _camphre_ fait comme une croûte de pain blanc. La chymie ne travaille point sur le _camphre_, puisqu'il surmonte en pureté, en subtilité, en volatilité & en pénétration tout ce qu'on en pourroit tirer par la distillation: Elle ne peut enchérir sur sa perfection: sa diaphanéïté est grande, sa blancheur égale à celle de la neige; son goût acre, son odeur forte témoignent sa volatilité; son inflammabilité dans l'eau, & sa totale consomption sans laisser aucune trace au vaisseau dans lequel on l'allume, montrent sa pureté & la subtilité de ses parties. On a fait ce proverbe sur le _camphre_.
_Camphora per nares castrat odore mares._
La principale qualité du _camphre_ est de retenir & de conserver un feu inextinguible qui brûle dans l'eau, sur la glace, & dans la neige, à cause qu'il est d'une nature fort tenuë & grasse, jusques-là que si on en jette dans un bassin sur de l'eau de vie, & qu'on les fasse boüillir jusqu'à leur entiére évaporation dans quelque lieu étroit & bien fermé, & que par aprés on y entre avec un flambeau allumé, tout cet air renfermé conçoit en un moment le feu qui paroît comme un éclair sans incommoder le bâtiment, ni les spectateurs.
CHARTEPARTIE. _s. f._ Terme de marine, c'est l'acte d'affretement sur l'Ocean, ou de nolissement sur la Mediterranée; c'est un écrit contenant la convention pour le loüage d'un Vaisseau, ou la Lettre de facture & le Contract de cargaison du Vaisseau: elle doit être rédigée par écrit, & passée entre les Marchands & le Maître, ou le propriétaire du Bâtiment: Elle doit contenir le nom & le port du Vaisseau, celui du Maître & de l'Affreteur, le prix du fret, & les autres conditions dont les parties seront convenuës, comme il est porté au Livre troisiéme de l'Ordonnance de la marine: dans cet acte les Capitaines & Officiers confessent avoir reçû un tel Navire bien & dûment calfeutré, étanché, victuaillé, munitionné, & agréé pour un tel voyage. La _chartepartie_ est distinguée d'avec le connoissement, parce que celle-la se fait pour l'entier affrettement du Navire, & pour l'aller & pour le retour; au lieu que le connoissement n'est fait que pour une partie de la charge, & se fait par une promesse particuliére, pour l'aller ou pour le retour seulement. Le Président Boyer dit que ce mot vient de ce que _per medium carta incidebatur & sic fiebat carta partita_; parce qu'au temps que les Notaires étoient moins communs, on n'expédioit qu'un acte de la convention qui servoit aux deux parties, on le coupoit en deux pour en donner à chacune sa portion; elles les rassembloient au retour pour connoître si elles avoient satisfait à leurs obligations; ce qu'il atteste avoir vû encore pratiquer de son temps, de même qu'en usoient les Romains dans leurs stipulation, au rapport d'Isidore, qui rompoient un bâton dont chacun gardoit un morceau pour en conserver la marque.
CHIEN. _s. m._ Chienne. _s. f._ Animal domestique, qui aboye, qui sert à garder la maison, & à la chasse. Le _chien_ est le simbole de la fidélité. Les _chiens_ sont en telle abomination aux Maldives, que si un _chien_ avoit touché quelqu'un du païs, il s'iroit incontinent baigner pour se purifier. Peirard. Au contraire chez les Gaures ils sont en si grande vénération, que les Prêtres se servent des _chiens_ pour purifier leurs penitens. Tavernier.
Il y a plusieurs sortes de _chiens_ differens, tant pour la taille que pour le naturel, ou le service qu'ils rendent aux hommes.
Les premiers sont les _chiens_ de chasse dont les plus nobles sont les _chiens_ courans, ou _allans_, qui chassent par la force de l'odorat. Entre les _chiens_ François, quelques-uns sont appellez de _race Royale_, qui courent à force les cerfs, chevreüils, loups, & sangliers. Les _chiens_ courans appellent les Veneurs, & pour cela dit qu'ils chassent de gueule.
Il y en a d'autres de race commune, qui chassent seulement le chevreüil, le loup & le sanglier; d'autres de race mêlée, ou petite racine, qui chassent les liévres tant dans les bois que dans la plaine.
Il y a aussi des _chiens_ Anglois de trois sortes, ceux de la race Royale servent à chasser cerfs, daims, & chevreüils. Les chiens _Baubis_ sont pour les liévres, renards & sangliers, on leur couppe presque à tous la queuë; ils sont plus bas de terre & plus longs que les autres, de gorge effroyable, qui heurlent sur la voye, & qui ont le nez dur, & sont barbets à demi poil. Les _Bigles_ sont pour les liévres & lapins; il y en a de grands & de petits, & sont excellens pour courir le liévre dans les plaines.
Les levriers sont _chiens_ à hautes jambes, qui chassent de vîtesse. Voyez Levrier.
Limiers sont des _chiens_ muets, qui servent à quêter & à détourner le cerf, _chien_ quêtant & requerant.
Chiens _Baux_, qu'on surnomme _Greffiers_, sont des _chiens_ blancs, dont la race vient de Barbarie, ils sont bons chasseurs requerans & forcenans; ils chassent de haut nez, gardent bien le change; ils sont de bonne creance, & tiennent mieux dans les chaleurs; ce sont les meilleurs pour courir le cerf.
Les _chiens gris_ sçavent faire tous métiers, & courent toutes sortes de bêtes. Les _chiens noirs_, qu'on appelle _de saint Huber_, sont bons pour les bêtes puantes; on en conserve sa race en mémoire de ce Saint, en l'Abbaye qui porte son nom dans les Ardennes. Les _chiens_ fauves ou rouges sont _chiens_ de grand cœur, fort hardis & _chiens_ d'entreprise. On appelle _chiens_ tout d'une piéce ceux qui sont tout d'une couleur, tout blancs, ou tout noirs, &c.
Les _chiens_ couchans sont _chiens_ de l'arquebuse, qui chassent de haut nez, & arrêtent tout: les meilleurs viennent d'Espagne, ils servent à faire lever les perdrix & les cailles, & ces _chiens_ sont au poil & à la plume; & on dit que des _chiens_ piquent la sonnette, pour dire qu'ils courent trop vigoureusement aprés l'oiseau.
Braques sont des _chiens_ de même allure, aussi bien que les turquets & metis.
Epagneuls, ou espagnols sont des _chiens_ qui chassent de gueule, & forcent les lapins dans les brossailles, ils rident ou suivent la piste de la bête sans crier, ils sont bons aussi pour les oiseaux, & chassent le nez bas.
Griffon, se dit aussi d'une espece de _chiens_ qui chassent le nez haut, & qui arrêtent tout; ils viennent d'Italie & de Piedmont.
Bassets, qu'on appelle autrement _chiens de terre_, sont des _chiens_ qui entrent dans les taniéres des renards & taissons; ils viennent de Flandres & d'Artois; ils attaquent tout ce qui se terre, comme blereaux, renards, chats harets, foüines, putois; ils quêtent bien & servent aussi à l'arquebuse; ils sont noirs à demi poil, avec la queuë en trompe: il y en a qui ont double rang de dents comme les loups, & qui sont sujets à mordre, qui ont les pattes de devant tortuës. On parle aux bassets en leur criant, _coule, coule Bassets_.
Barbets, sont _chiens_ frisez qui chassent le nez bas quand le gibier fuit, & le nez haut quand il demeure; Ils l'arrêtent sur terre & dans l'eau: leur principale nature est de rapporter, & ce sont les plus fideles _chiens_ du monde, qui ne veulent connoître qu'un maître, & ne le perdre jamais de vûë: on les appelle aussi _chiens à gros poil_.
Dogues, sont _chiens_ de combat, qui servent à assaillir les grosses bêtes, comme des taureaux, des lions, &c. Les Espagnols doivent une partie des conquêtes de l'Amerique à des _Dogues_ d'Angleterre, comme on voit dans Herrera.
Mâtins, sont _chiens_ de garde qu'on laisse dans les bassecours pour aboyer. Il y a aussi des _Mâtins_ dans le vautrait, pour chasser au sanglier.
Chiens _allans_ ou _gentils_ sont de gros _chiens_, qui en allant détournent le gibier: On le dit aussi des _chiens_ de Bouchers qui servent à conduire leurs troupeaux.
On appelle _chiens_ trouveurs, des _chiens_ qui vont requerir un Renard, quand il y auroit vingt-quatre heures qu'il seroit passé.
CHIEN _barreur_ est le meilleur _chien_ pour le chevreüil.
On appelle un _chien_ secret, un limier qui pousse la voye sans appeller; on l'appelle aussi muet, & on dit qu'il ride.
Un _chien_ babillard, ou qui caquette, est celui qui crie hors la voye, & le plus souvent d'ardeur, ou qui crie des matinées entiéres.
Un _chien_ menteur est un _chien_ qui cele la voye pour gagner le devant.
Un _chien_ vicieux, celui qui chasse tout ce qu'il rencontre, & qui s'écarte toûjours de la meute.
Un _chien_ de bonne créance, de bonne affaire, celui qui est docile & obéïssant: un _chien_ qui chasse de forlonge, qui sent de loin le gibier; un _chien_ qui ne se rompt point au bruit.
Un _chien_ sage, qui chasse bien, qui tourne juste, _chien_ de tête & un _chien_ d'entreprise, qui est hardi & vigoureux.
On dit qu'un _chien_ a le nez dur, lors qu'il rentre mal-aisément dans la voye, & qu'il reprend lentement; qu'il est de haut nez lors qu'il va requerir sur le haut du jour; & qu'il a le nez fin lors qu'il chasse bien dans les chaleurs, & dans la poussiére.
On appelle _chien d'aiguail_, celui qui chasse bien le matin lors que la rosée est sur la terre, & qui ne vaut rien au haut du jour; & au contraire un _chien_ du haut du jour, qui ne vaut rien dans l'aiguail.
On appelle _chien étruffé_ celui qui a une cuisse qui ne prend point de nourriture, & qui est boiteux; _chien butté_ celui à qui la jointure des jambes de devant grossit; _chien épointé_, celui qui a des os des cuisses rompus; _chien allongé_, celui qui a les doigts du pied étendus par quelque blessure qui a touché les nerfs; & _chiens courtauts_ ceux à qui on a coupé la queuë.
On dit qu'un _chien_ a belle gorge lors qu'il crie bien, & qu'il a la voix grosse & forte, qu'un _chien_ aboye quand il sent le gibier; ou quelque chose d'étrange; qu'un _chien_ jappe lors qu'il crie sans sujet, ou au moindre bruit de nuit ou de jour; & qui hurle lors qu'il sent des loups, ou une _chienne_ chaude qu'il ne peut joindre. On dit que le _chien_ sonne, pour dire qu'il appelle au bon chemin ayant trouvé la trace.
On appelle _chien armé_, quand il est couvert pour attaquer un sanglier.
C'est une bonne qualité de _chien_ d'avoir le jarret droit & bien herbé.
A la chasse on dit parler aux _chiens_, pour dire les réjouïr comme on fait à la chasse du cerf; ou les exciter ou les menacer, comme on fait à celle du sanglier avec des cris rudes & furieux, & avec la trompe. On appelle titre de _chiens_ le lieu où on pose les _chiens_, afin que quand la bête passera ils la courent bien à propos. Ces _chiens_ sont mis en bon titre, pour dire sont postez en un bon relais.
Trait de _chiens_ se dit des laisses de crin, & des colliers qui servent à coupler les _chiens_; ainsi on dit qu'un cerf, ou une autre bête, a senti le vent du trait, pour dire des _chiens_.
Rompre les _chiens_ se dit de la faute d'un Piqueur & Chasseur, lors qu'ils passent à travers des _chiens_, pendant qu'ils courent, & ainsi rompent leur course. Il faut quelquefois rompre les _chiens_, les menacer, les recoupler, & frapper à route, afin de suivre & relancer le cerf, qui leur a donné le change & les a fait tomber en defaut.
On dit figurément en ce sens rompre les _chiens_, quand on interrompt quelqu'un dans son discours, pour empêcher qu'il ne dise quelque chose desavantageuse, ou qu'il n'entreprenne quelque affaire.
Le droit des _chiens_ est ce qu'on leur donne à la curée, comme la langue, le muffle, les oreilles d'un cerf.
Il y a enfin des _chiens_ de chambre pour le divertissement des Dames, qu'on nourrit pour leur petitesse, & leur beauté, & qu'on appelle _chiens_ de manchon, comme les _chiens_ de Boulogne, d'Artois, épagneuls, bichons, barbets, levrons, _chiens_ ras ou de Barbarie, &c.
CHIEN, se dit aussi par injure, & pour reprocher à quelqu'un ses defauts. Les Turcs nous appellent _chiens_, nous traitent comme des _chiens_. On appelle un _chien_ de valet, un _chien_ de Procureur, un _chien_ de frippon. On appelle une femme paillarde une _chienne_, une carogne, une _chienne_ chaude, _chienne_ de voirie: ce qui se dit aussi des choses: voilà des beaux _chiens_ de vers; voilà un beau logement de _chien_, un beau present de _chien_.
On appelle Cerbere le _chien_ à trois têtes, que les Poëtes ont feint être commis à la garde des Enfers.
Le _chien_ céleste est une constellation; il y en a deux; le grand _chien_, qu'on nomme autrement _Sirius_, est une constellation composée de 18 étoiles selon Ptolomée, de la nature de Jupiter & de Venus, dont la principale est tenuë plus grande que tous les autres Astres, même que le Soleil. La petite _chienne_, qu'on appelle autrement la _canicule_, on _Procyon_, n'a que deux étoiles, dont l'une est de la premiére grandeur, & de la nature de Mars, c'est celle qui cause les plus grandes chaleurs de l'Eté.
CHIEN de mer ou marin, est un poisson long & à museau pointu, qui a des dents, en Latin _galeus_. Le grand _chien_ de mer qu'on appelle _canis carcharias_, a quatre ou cinq rangs de dents à chaque mâchoire, dont quelques-unes ont un pouce de long, & sont extrêmement rudes, tranchantes & pointuës, qui ne leur servent pourtant point à manger leur proye, parce qu'on a trouvé des hommes tout entiers dans leur ventre.
CHIEN de pistolet, est une piéce de fer mobile appliquée sur la platine d'un pistolet, d'un fusil, d'une arquebuse; elle tient la pierre & fait le feu, quand elle est lâchée. Il courut le pistolet bandé, la carabine à la main, avec le _chien_ abattu, &c.
CHIEN se dit proverbialement en ces phrases; on dit de deux amis qui ne vont point l'un sans l'autre, que c'est saint Roch & son _chien_. On dit, qui aime Bertrand aime son _chien_, pour dire qu'il faut prendre les passions, les intérêts, & les sentimens de son ami. On dit d'un traître, d'un hypocrite, d'un flatteur, qu'il fait bien le _chien_ couchant. On dit de deux ennemis, que leurs _chiens_ ne chassent pas ensemble. On dit d'un homme odieux qui entre en quelque lieu, qu'il y est bien venu comme un _chien_ dans un jeu de quilles. On dit des gens qui se haïssent, qu'ils s'accordent comme _chiens_ & chats. On dit encore de celui dont on souhaite la mort, & qui échappe de quelque péril, qu'il mourroit plûtôt un bon _chien_ de Berger. On dit qu'il vaut autant être mordu d'un _chien_ que d'une _chienne_, pour dire que de quelque côté que vienne le mal, il est également sensible. On dit qu'il ne se faut pas moquer des _chiens_ qu'on ne soit hors du village, pour dire qu'il ne faut pas choquer un homme tant qu'on est en un lieu, où il est le plus fort, où il nous peut nuire.
On dit à un glorieux qui se fâche, qu'on le regarde trop fixement, un _chien_ regarde bien un Evêque. On dit encore, il ne faut pas tant de _chiens_ aprés un os, pour dire qu'il est fâcheux de partager un profit avec beaucoup de personnes, ou d'être plusieurs à avoir les mêmes prétentions. On dit aussi, jamais à un bon _chien_ il ne vient un bon os, pour dire que ceux qui ont bonne envie de travailler, n'en trouvent pas les occasions. On dit jetter un os à la gueule d'un _chien_ pour le faire taire, ce qui a lieu au figuré, pour dire faire un present à quelqu'un pour l'empêcher de crier & de venir troubler quelque affaire importante. On dit qu'il n'est telle chasse que de vieux _chiens_, & qu'un bon _chien_ chasse de race, pour dire que la naissance & l'experience donnent de grands avantages sur les autres. On dit d'un homme peu consideré, qu'il a du crédit comme un _chien_ à la boucherie. On dit cela n'est pas tant _chien_, pour dire cela n'est pas mauvais. On dit qu'un homme n'est pas bon à jetter aux _chiens_, quand il a fait quelque lâcheté, quelque indignité. On dit, de celui qui a des prétentions à quelque chose, quoi que fort éloignées, qu'il n'en jette pas sa part aux _chiens_. On dit aussi, petit _chien_ belle queuë. On dit à ceux qui ont une méchante cause, si vous n'avez pas d'autre filet vôtre _chien_ est perdu. On dit d'un homme peu complaisant, qui ne fait rien de ce qu'on desire, que c'est un _chien_ de Jean de Nivelle qui s'enfuit quand on l'appelle. Voyez l'origine de ce proverbe au mot de _Jean_. On dit d'un envieux qu'il est comme le _chien_ du Jardinier, il ne mange point de choux, & ne veut pas que les autres en mangent. On dit de ceux qui entreprennent quelque chose au delà de leurs forces, qu'ils font comme les grands _chiens_, qu'ils veulent pisser contre les murailles. On dit des pécheurs qu'ils font comme les _chiens_, qu'ils retournent à leur vomissement. On dit de ceux qui font quantité de cris & d'imprécations inutiles, que ce sont des _chiens_ qui aboyent à la Lune. On dit aussi de ceux qui font des menaces vaines, _chien_ qui aboye ne mord pas. On dit aux gens quéreleux, que les _chiens_ hargneux ont toûjours les oreilles déchirées. On dit des gens timides, entrez il n'y a point de danger, nos _chiens_ sont liez: On dit aussi pour reprocher ou plaindre la misere de quelqu'un, on l'abandonne comme un pauvre _chien_, il mene une vie de _chien_; il n'a ni foy ni loy, il vit comme un _chien_; il est comme un _chien_ à l'attache, il est las comme un _chien_, on l'a battu, on l'a étrillé comme un _chien_ courtaut. Les coups de bâton sont pour les _chiens_. On dit d'un miserable qu'on abandonne, qu'on ne lui demande pas, és-tu _chien_, és-tu loup. On dit aussi quand on veut noyer son _chien_, on l'accuse de la rage. On dit d'un jeune étourdi, qu'il est foû comme un jeune _chien_, qu'il court comme un _chien_ foû. On dit d'une chose tortuë, d'une jambe mal faite, qu'elle est droite comme la jambe d'un _chien_. On appelle figurément un _chien_ au grand collier celui qui meine les autres, qui est principal dans une maison, dans une assemblée. On dit d'un homme accoûtumé à la fatigue, il y est accoûtumé comme un _chien_ à aller nud tête, d'aller à pied. On dit encore tandis que le _chien_ pisse le loup s'enfuit, pour dire que tous les momens sont précieux en certaines occasions. Un bon _chien_ n'abboye point à faux, ce qui se dit au figuré d'un habile homme qui fait toûjours bien réüssir ses entreprises, parce qu'il sçait bien prendre son temps, & ménager les occasions. On dit battre le _chien_ devant le lion, pour dire châtier un petit devant un plus puissant, qui a commis la même faute. On dit encore entre _chien_ & loup, pour signifier le crepuscule, ou le temps sombre qui est entre le jour & la nuit, & où on ne peut discerner le _chien_ d'avec le loup.
COCAGNE. _s. f._ C'est le nom qu'on donne en Languedoc à un petit pain de pastel avant qu'il soit réduit en poudre, & vendu aux Teinturiers: on en fait grand trafic en ce païs-là; & parce qu'il ne vient que dans des terres fort fertiles, & qu'il apporte un trés-grand revenu à ses maîtres, vû qu'on en fait jusqu'à cinq ou six récoltes par an; quelques-uns ont nommé le haut Languedoc un païs de _cocagne_. Et c'est là-dessus qu'est fondée la fable du Royaume de _Cocagne_, des païs imaginaires, où les habitans vivent fort heureux sans rien faire.
COCATRIX. _s. m._ Espece de basilic qui s'engendre dans les cavernes & les puits, en Latin _Basiliscus_, _regulus_. Il y a en la Cité de Paris un fief qui s'appelle _Cocatrix_, dans une ruë du même nom.
COHUE. _s. f._ Vieux mot qui signifioit autrefois l'assemblée des Officiers de Justice, que se faisoit en certain lieu pour juger les procés, comme on voit dans les Ordonnances de l'Echiquier de Normandie de l'an 1383. On s'en est servi depuis pour signifier le lieu destiné à tenir la Justice dans les Villages par des Juges pedanées, ainsi appellez _à coëunte multitudine_. Ménage témoigne que _coüa_ a été dit autrefois pour halle; or c'est dans les halles que se tiennent la plûpart des petites Justices. On appelle encore la halle & _cohuë_ de Quintin en Bretagne, le lieu où se font les publications de justice.
COHÜE, se dit figurément des assemblées tumultuaires où il n'y a point d'ordre, où chacun parle en confusion. On tenoit autrefois de belles conferences chez un tel, mais il y est venu tant d'impertinens, que cela est dégéneré en _cohuë_.
COULEUR. _s. f._ lumiére refléchie & modifiée selon la disposition des corps, qui les fait paroître bleus, jaunes, rouges, &c. & qui les rend objets de la vûë. Les experiences modernes ont prouvé clairement que les Anciens se sont fort trompez, en distinguant les _couleurs_ en vrayes & en apparentes. Virgile a eu raison de dire que la nuit ôtoit la _couleur_ à toutes choses. Il y a des _couleurs_ simples, comme sont les cinq _couleurs matrices_ des Teinturiers, dont toutes les autres dérivent; il y en a de composées, sçavoir le bleu, le rouge, le jaune, le fauve, ou _couleur_ de racine, & le noir. A l'égard du verd il n'y a point dans la nature de drogue qui serve à teindre en cette _couleur_, mais on teint les étoffes deux fois, d'abord en bleu, & puis en jaune, & elles deviennent verdes. Du mêlange des premiéres _couleurs_ il s'en fait un grand nombre, comme le violet, le gris de lin, incarnat, &c. expliquées à leur ordre. Le mercure est le fondement des _couleurs_, comme le sel des saveurs, & le soulfre des odeurs.
On appelle aussi _couleurs_ simples, celles qui servent aux Enlumineurs & aux Peintres, qui viennent des vegetaux, & qui ne peuvent pas souffrir le feu, comme le jaune fait de safran ou de graine d'Avignon, la laque, & autres teintures extraites des fleurs. Les autres sont minerales, qui se tirent des métaux, & qui souffrent le feu; ce sont les seules propres à faire l'émail: ainsi on tire de l'or & du fer le rouge, de l'argent le bleu, du cuivre le verd, du plomb le blanc ou la ceruse, quand il est dissous avec le seul vinaigre; mais quand la ceruse a été cuite dans le fourneau, elle donne du massicot, & du minium quand elle est poussée davantage au feu.
Les Peintres distinguent aussi les _couleurs_ en legéres & en pesantes; sous le blanc on comprend toutes les _couleurs_ légéres. L'outremer est mis au rang des _couleurs_ légéres. Sous le noir on comprend toutes les _couleurs_ pesantes & terrestres. Le brun-rouge, la terre d'ombre: le verd-brun & le bistre sont les _couleurs_ les plus pesantes & les plus terrestres aprés le noir. Les Peintres appellent aussi _couleurs_ rompuës, les _couleurs_ trop vives qu'ils affoiblissent par le mêlange d'autres plus sombres. On dit que l'azur d'outremer est rompu de laque & d'ocre jaune, pour dire qu'il y entre un peu de ces _couleurs_. Les _couleurs_ rompuës servent à l'union & à l'accord des _couleurs_, soit dans les tournans des corps, soit dans leurs ombres. On appelle _couleurs_ noyées, celles qui s'affoiblissent insensiblement, comme sont celles que forment les nuances. Et on appelle un ton de _couleur_, un degré de _couleur_, par rapport au clair obscur. Les _couleurs_ changeantes sont celles qui dépendent de la situation des objets à l'égard de la lumiére, comme celle des taffetas changeans, de la gorge des pigeons, &c. néanmoins quand on regarde attentivement avec un bon microscope les plumes de la gorge d'un pigeon, on voit que chaque petit fil de ses plumes est composé de plusieurs petits carrez alternativement rouges & verds, & ainsi ce sont des _couleurs_ fixes. Le Pere Kircher dit que les _couleurs_ changeantes qu'on void sur les plumes des pigeons & des paons viennent de ce que ces plumes sont diaphanes, & d'une figure semblable à celle des triangles de cristal, ou primes de verre, qui étant opposez à la lumiére font voir des iris. Les _couleurs_ fixes & permanentes ne se font point par des réflexions comme les changeantes, mais par le passage de la lumiére à travers certains corps, soit en les traversant entiérement, soit en se reflêchissant sur quelques-unes de leurs parties internes, ou aprés avoir un peu pénétré leurs superficies. Il y a deux ordres differens dans les _couleurs_, pour passer du blanc au noir; l'un est le blanc, le jaune, le rouge, & le noir; l'autre est le blanc, le bleu, le violet & le noir; c'est la doctrine du Sieur Mariotte dans l'excellent Livre qu'il a fait des _couleurs_. Il y a des _couleurs_ ou teintures fixes, comme la teinture jaune de l'or, ou la bleuë du _lapis lazuli_, que le feu ne diminuë point, & il est trés-difficile de les tirer par les dissolvans ordinaires.
COULEUR, se dit encore des corps solides, des drogues qui servent aux Peintres & aux Teinturiers pour faire paroître ces _couleurs_. Un Peintre prépare ses _couleurs_ sur sa palette. On appelle de mauvais Peintres des broyeurs de _couleurs_; & quand on dit que l'air mange les _couleurs_, on entend que son intemperie détache de petits corps des sujets, sur lesquels elles avoient été attachées, lors de leur teinture.
COULEUR, est quelquefois opposée au noir, parce qu'en effet le noir n'est pas une _couleur_, à cause qu'il imbibe toute la lumiére, & qu'il n'en refléchit aucune partie. En ce sens on dit que les gens de guerre, & les Courtisans portent des habits de _couleur_, & que les gens de robbe, ou d'Eglise en portent de noirs.
En approchant de ce sens on appelle _couleur_ haute, _couleur_ rude, _couleur_ forte, gaye, _couleur_ éclatante, _couleur_ claire, celle qui refléchit à nos yeux plus de rayons de lumiére, comme la _couleur_ de cerise, la _couleur_ de feu, l'incarnat; & au contraire on appelle _couleur_ douce, sombre, morne, triste, modeste, celle qui en refléchit le moins, comme le gris de lin, feüille-morte, _couleur_ d'olive, _couleur_ de pensée, &c.
COULEUR d'eau, c'est un certain brillant violet qu'acquiert le fer bien poli, quand il a passé au feu dans un certain degré de chaleur.
On dit qu'on met une chose en _couleur_, quand on rafraîchit les peintures, quand on les décrasse, quand on y met du vernis, & autres drogues qui en font revivre, ou paroître les _couleurs_ à demi effacées.
Nuance de _couleurs_, est une certaine disposition de la même _couleur_, mêlangée & montant par degrez depuis le plus clair jusqu'au plus obscur: leurs noms seront expliquez à leur ordre.
COULEUR se dit aussi de la disposition du teint, du visage, & des chairs. Les gens qui se portent bien ont la _couleur_ vermeille, sont hauts en _couleur_. Les Espagnols ont la _couleur_ olivastre. Les filles qui ont leurs ordinaires ont la _couleur_ plombée; celles qui sont trop amoureuses ont les pâles _couleurs_. Quand la cangrene paroît, elle rend la chair de _couleur_ livide.
On le dit aussi des alterations qui se font au visage par les mouvemens interieurs de l'Ame. Un reproche veritable fait à un homme, le fait changer de _couleur_, il rougit de honte, & pâlit de colere. La _couleur_ lui a monté au visage, pour dire il a rougi.
COULEUR, se dit encore des changemens qui arrivent aux corps par la differente cuisson & application du feu, & sur tout en Chymie. Ce pain, ce rost est cuit, mais il n'a pas encore assez de _couleur_. Les Chymistes admirent les changemens de _couleurs_ qui se font dans les métaux, & cherchent sur tout le beau rouge, le beau citrin, qui sont les _couleurs_ de la Benoiste.
COULEUR, en termes de Fleuriste, se dit d'une tulippe qui n'est que d'une _couleur_, dont la plus fantasque est la plus estimée: On a mis les panachées dans ces carreaux, & les _couleurs_ sont dans les costieres.
COULEUR, en termes de blason, est une des principales désignations des piéces de l'Ecu: On n'en admet que cinq, gueule c'est le rouge, azur le bleu, sinople le verd, le sable le noir, le pourpre est mêlangé de gueules & d'azur: leurs significations seront expliquées à leur ordre, c'est une maxime qu'il ne faut point mettre _couleur_ sur _couleur_, ni métail sur métail.
COUPELLE. _s. f._ Petit vaisseau plat préparé pour essayer les métaux; il est fait de cendres de bois leger, comme aubier de chêne, & de cendres d'os sans moëlle, comme de pieds de mouton. Dans ce vaisseau on fait fondre l'or, ou l'argent qu'on veut éprouver, ou purger, sur un feu ardent de charbon, & on y mêle un peu de plomb, lequel s'imbibe dans ce creuset, ou s'évapore; & il emporte avec lui toute l'impureté du métail.
On dit figurément qu'un homme a passé par la _coupelle_, quand il a subi un trés-severe examen, quand il a été bien seigné, & bien purgé, aprés une grande maladie, comme on examine & on purge les métaux par la _coupelle_.
D.
DEGRÉ _s. m._ Terme d'Architecture, escalier, montée qui sert à monter & descendre du haut en bas d'un Bâtiment. Il y a un beau _degré_ en rampe à la Chambre des Comptes. Un petit _degré_ est fort commode pour dégager les appartemens.
_Degré._ Est aussi chaque marche d'un escalier: Il lui a fait sauter les _degrez_ quatre à quatre.
_Degré._ Se dit figurément des choses qui servent de moyens pour parvenir à une plus haute, ainsi Corneille a dit d'Auguste dans le Cinna:
_Que de ses propres mains mon pere massacré Du Trône où je le voi fait le premier_ degré.
En Morale on dit qu'il faut aller de _degré_ en _degré_, venir au dernier _degré_ de perfection, au plus haut _degré_ d'honneur, de gloire, de vertu: Venir d'Avocat Conseiller, Maître des Requêtes, Président; de Soldat, Enseigne, Lieutenant, Capitaine, c'est monter par _degrez_: On le dit aussi en mauvaise part. Il est méchant, avare, orgueilleux au dernier, au souverain _degré_.
_Degré._ Se dit aussi des marques, ou divisions de plusieurs choses, qui reçoivent du plus ou du moins, qui vont en descendant, ou successivement les unes aprés les autres: ainsi on dit en Théologie il y a plusieurs _degrez_ de gloire dans le Paradis, plusieurs _degrez_ de peine dans l'Enfer: les vertus Chrêtiennes sont autant de _degrez_ pour monter au Ciel.
On appelle aussi _degrez_ de Jurisdiction, les Tribunaux qui reçoivent l'appel des Justices inferieures. On a vû jusqu'à cinq _degrez_ de Jurisdiction de Justices ordinaires: L'Ordonnance les a réduits à quatre.
_Degré._ Se dit aussi dans les Universitez, des Lettres qu'on donne à quelqu'un pour lui permettre d'enseigner, après qu'il en a été jugé capable par un long examen.
Le _degré_ de Maître és Arts, de Bachelier, de Licencié, de Docteur; ces trois derniers se donnent en Théologie, en Droit Civil, & Canon, & en Medecine: Il a obtenu un Benefice en vertu de ses _degrez_.
_Degré._ En terme de Jurisprudence se dit des générations, suivant lesquelles on compte la proximité où l'éloignemcnt des parentez & alliances. L'Ordonnance a permis les récusations & les évocations jusqu'au quatriéme _degré_ de parenté & d'alliance, c'est à dire, jusqu'au cousin issu de germain, & en matière criminelle jusqu'au cinquiéme _degré_: Un pere & son fils sont parens au premier _degré_. Le Droit Civil compte les _degrez_ de parenté autrement que le Droit Canon, il n'en faut qu'un de celui-là pour en faire deux de ceux-ci. On dit absolument au Palais, il a des parens au _degré_, pour dire, il ne peut être juge.
_Degré._ En termes de Fauconnerie se dit de l'endroit où l'oiseau durant sa montée ou élevation en l'air tourne la tête, & prend une nouvelle carriere qu'on appelle second ou troisiéme _degré_, jusqu'à ce qu'il se perde de vûë au quatriéme.
_Degré._ En termes de Medecine, est une certaine extention des qualitez Elementaires, on ne les divise qu'en quatre, le poivre est chaud en un tel _degré_.
En termes de Phisique ancienne les mêmes qualitez sont divisées en huit: Le dernier ou souverain _degré_ d'intention s'appelle dans l'Ecole _ut octo_: Le feu est chaud au huitiéme _degré_ & sec au quatriéme.
En termes de Chymie on appelle donner le feu par _degrez_, lors qu'on ouvre ou qu'on ferme les regîtres ou trous, qu'on fait exprés dans les fourneaux, pour augmenter ou diminuer la violence du feu.
_Degré._ Se dit aussi des divisions des lignes qui se font sur plusieurs instrumens de Mathematique, comme sur l'Arbalête ou Bâton de Jacob. Il sert aussi sur les Thermometres, ou Barometres, à marquer par les divisions qui sont sur la table qui les supporte, les _degrez_ de chaleur & de pesanteur des corps liquides, par le moyen desquels la Physique moderne a beaucoup encheri sur l'ancienne, pour la subdivision de ces qualitez.
_Degré._ En termes de Géometrie & d'Astronomie, c'est la division qu'on fait sur les cercles pour servir de mesure: tout cercle se divise en 360. _degrez_: Cet Astre est élevé de tant de _degrez_ sur l'Horison, il décline de l'Equateur de tant de _degrez_ de longitude & de latitude: Un angle droit est de 90. _degrez_. Ptolomée a observé qu'un _degré_ sur la terre valoit 68. milles & deux tiers, mais les Arabes n'ont trouvé que 56. milles, quand ils l'ont observé exactement dans les plaines de Seniar par l'ordre d'Almamoum. Ptolomée contoit sur le pied de 500. stades pour _degré_. Le mille Arabique étoit égal à sept stades & demie. Mais voici des observations plus modernes & plus certaines, Fernel a observé qu'un _degré_ d'un grand cercle de la terre contenoit 68096. pas Géometriques, qui valent 56746. toises, quatre pieds de Paris. Snellius a observé que ce _degré_ étoit de 28500. perches du Rhin, qui font 55021. toises de Paris. Riccioli a fait le _degré_ de 64363. pas de Boulogne qui font 62900. de nos toises; mais M. Picard de l'Academie des Sciences, l'ayant mesuré par ordre du Roi avec toute l'exactitude possible, a trouvé qu'il étoit de 57060. toises suivant l'étalon de Paris, lesquelles étant réduites à la mesure universelle ou invariable, qu'il établit sur la pendule qui a sa proportion avec la toise de Paris, comme de 881. à 864. le _degré_ se trouve de 55959. toises de la mesure universelle. En voici la réduction juste à diverses mesures.
_Chaque degré du grand cercle contient_
Toises du Chatelet de Paris 57060. Pas de Boulogne 58481. Verges de Rhin de 12. pieds 29556. Lieuës Parisiennes de 2000. toises 28. 1/4 Lieuës communes de France de 2280 toises 25. Lieuës de Marine de 2853. toises 20. Milles d'Angleterre de 5000. pieds 73. 7/200 Milles de Florence de 3000. brasses 63. 7/10 La minute d'un degré de la terre est de 951. toises & la seconde de 16. toises.
DEVISE. _s. f._ Terme de Blason, ce mot se dit en général des chiffres, des caractéres, des rebus, des sentences de peu de mots & des proverbes, qui par figure ou par allusion avec les noms des personnes ou des familles, en font connoître la Noblesse ou les qualitez. _La Devise_ en ce sens est d'un usage plus ancien que le Blason, & c'est d'elle que les armoiries ont pris leur origine; ainsi l'Aigle a été appellée la devise de l'Empire, & S. P. Q. R. étoit la devise du Peuple Romain, qui est encore aujourd'hui ce qui compose l'Ecu de la Ville de Rome. Les _devises_ ont été de simples Lettres semées sur les bords des cottes d'armes, sur les haussures & dans les Banniéres; ainsi le K. a été la _devise_ de nos Rois nommez Charles, depuis Charles V. jusqu'à Charles IX. Il y a eu aussi des devises par rebus, équivoques, ou allusions tant aux noms qu'aux armes, Messieurs de Guise ont pris des A. dans des O. pour signifier _chacun A son tour_, la Maison de Seneçay, _in virtute & honore Senesce_. Morlaix, _s'il te mord, mord-le_. Ceux qui ont eu des tours dans leurs armoiries, _turris mea Deus_, _&c._ Il y en a d'autres énigmatiques ou à demi mot, comme celle de la Toison d'or, _Autre n'aurai_, pour dire que Philippes le Bon qui institua cet Ordre, renonçoit à toute autre femme qu'à Isabelle de Portugal, qu'il épousoit alors. Les _Devises_ contiennent quelquefois des proverbes entiers & sentences, comme celle de Cesar Borgia, _aut Cæsar, aut nihil_. On met les _Devises_ des armes dans des rouleaux ou listons tout au tour des armoiries, ou bien en cimier, & quelquefois aux côtez & au dessous, & celles des Ordres sur leurs colliers.
_Devise._ En termes de Blason se dit de la division de quelques piéces honorables de l'Ecu. Quand une fasce n'a que la troisiéme partie de sa largeur ordinaire; elle s'appelle fasce en _Devise_, ou _Devise_ seulement, & il n'y en doit avoir qu'une en écu. On le dit aussi du chef lors qu'on le pose en sa partie basse, & qu'il n'a que le tiers de sa largeur ordinaire, & alors on l'appelle chef du second surmonté ou chargé de tant d'étoiles, de molettes, ou autres meubles semblables. Ce mot de _Devise_ s'est dit, parce qu'elle servoit à _diviser_, à separer, & à remarquer les gens & les partis, ce qui se faisoit par les habits, les livrées, les écharpes, & enfin par les paroles ou sentences particuliéres que les Chevaliers prenoient pour se faire remarquer. On les a en suite posées sur les Ecus, d'où sont venuës insensiblement les armoiries. On disoit en vieux François faire sa _Devise_, pour dire faire son testament ou la division de ses biens, comme on voir dans Villehardoüin.
On a appellé aussi autrefois _Devise_, les robes de deux couleurs, comme sont celles des Maires & Echevins, & des Huissiers & Bedaux des Villes, des Paroisses, & des Communautez de Marchands: Et cela par la même raison qu'elles étoient divisées en deux couleurs.
_Devise_ se prend maintenant en un sens plus étroit, & signifie une embleme qui consiste en la representation de quelque corps naturel, & en quelque mot qui l'applique en un sens figuré à l'avantage de quelqu'un; le tableau s'appelle le corps, & le mot l'ame de la _devise_. On met des _Devises_ sur les monnoyes, sur les jetons, sur les écus des Cavaliers, dans les ornemens des Arcs de triomphe, de feux d'artifice, & autres solemnitez. Les _Devises_ sont des espéces d'images qui representent les entreprises de guerre, d'amour, de pieté, d'étude, d'intrigue, de fortune, &c. Les François sont les premiers qui ont fait des _Devises_, & les Italiens les premiers qui en ont donné des régles. Les Peres Menétrier & le Moine Jesuïtes ont écrit de l'art des _Devises_.
DRAGON. _s. m._ Serpent monstrueux qui est parvenu avec l'âge à une prodigieuse grandeur. Les anciens Naturalistes se sont égayez à décrire ce monstre en diverses maniéres, ils lui ont donné des aîles, des crêtes, des pieds & des têtes de differentes figures, jusques-là qu'Aldroandus fait mention d'un _Dragon_ né de l'accouplement d'une aigle avec une louve, qui avoit de grandes aîles, une queuë de serpent & des pieds de loup: mais il est le premier à dire avec les modernes, que c'est un Animal chimerique, si on le prétend faire differer d'un vieux serpent. Quelques-uns mêmes ont dit qu'il y a en Afrique des _Dragons_ volans, qui peuvent emporter un homme & un cheval, & qu'ils emportent souvent des vaches. Albert le Grand fait mention d'un _Dragon_ de mer, semblable à un serpent qui a les aîles courtes & le mouvement trés-prompt, & si venimeux qu'il fait mourir par sa morsure. On appelle aussi la _Vive_, _Dragon_ de mer, ou _araignée_ de mer. Les Poëtes qui ont feint que le jardin des Hesperides étoit gardé par un _Dragon_, ont entendu la mer Oceane, qui fermoit l'entrée aux Iles fortunées ou à l'Amerique, d'où venoient de beaux fruits & où se trouvoient les mines d'or. On peint un _Dragon_ auprés de sainte Marguerite, on appelle _Dragon_ la gargoüille de Roüen. Voyez fierte.
_Dragon._ En termes de l'Ecriture se dit figurément du serpent infernal, de Satan. Ainsi quand il est dit dans l'Apocalypse, ch. 12. que le _Dragon_ & ses Anges combattoient contre Saint Michel, il est expliqué aussi-tôt que c'étoit le Diable, & Satan. Et de même au ch. 13. quand il est dit, que le _Dragon_ a été adoré, & pareillement quand il est dit dans les propheties d'Isaïe & de Daniel, que le _Dragon_ a été blessé, a été mis à mort, cela s'entend du mystére de la Rédemption, qui a détruit l'Empire de Satan.
_Dragon._ Se dit hyperboliquement de ceux qui font les méchans & les difficiles à contenir dans le devoir: on le dit même des femmes & des enfans. Cette femme crie toûjours son mari, c'est un vrai _Dragon_. Cet enfant est un vrai _Dragon_, il est incorrigible & mutin.
_Dragon._ En termes de guerre est une sorte de Cavalier sans bottes, qui marche à cheval & qui combat à pied. On a beaucoup multiplié en France le corps de _Dragons_. Les _Dragons_ sont postez à la tête du Camp, & vont les premiers à la charge comme les enfans perdus: ils sont réputez du corps de l'Infanterie, & en cette qualité ils ont des Colonels & des Sergens, mais ils ont des Cornettes comme la Cavalerie. Ménage dérive ce mot du Latin _Draconarÿ_, qu'on trouve dans Vegece dans la signification de Soldats, mais il y a plus d'apparence qu'il vient de l'Allemagne _tragen_, ou _draghen_, qui signifie Infanterie portée.
_Dragon_ volant, est aussi un nom qu'on a donné à une ancienne coulevrine extraordinaire qui a 39. calibres de long, & qui tire 32. livres de balle, selon Hanzelet.
_Dragon_ est aussi une maladie qui vient aux yeux des chevaux. Ce cheval a diminué de prix depuis qu'il lui est venu dans l'œil un _dragon_.
_Dragons_ en termes de marine, ce sont de gros tourbillons d'eau qu'on trouve souvent sous la ligne, qui briseroient ou couleroient à fonds les Navires s'ils passoient pardessus, & les Mariniers ont la superstition de croire qu'ils les détournent à côté en battant leurs épées nuës en croix du côté d'où vient l'orage, comme dit François Peyrard.
_Dragon_ est aussi une constellation celeste vers le Pole Arctique, ayant 31. Etoiles selon Ptolomée, 32. selon Kepler, & 33. selon Bayer, qui sont de la nature de Saturne & de Jupiter.
En terme d'Astronomie on appelle la tête & la queuë du _Dragon_, les points des intersections de l'Eclyptique par l'orbite des autres Planettes, & particuliérement par celle de la Lune. Le ventre du _Dragon_ est l'endroit de ces cercles où se trouve leur plus grande latitude & éloignement; comme ces cercles marquent une plus grande enflûre au milieu qu'aux extrêmitez, cela a fait croire qu'ils avoient la figure d'un _Dragon_, ce qui les a fait nommer ainsi, & c'est dans ces seuls points d'intersection que se font toutes les éclipses; on les marque dans les horoscopes avec ces signes Ω tête de _Dragon_, ℧ queuë de _Dragon_: mais il n'y a rien de plus vain que les prédictions que font là-dessus les Astrologues, car en effet ces points n'ont aucune vertu, ni influence.
_Dragon_ est aussi un méteore qui se forme de quelques nuées enflammées, qui jettent quelques étincelles qui ont divers plis, & qui imitent la figure d'un _Dragon_.
_Dragon_ en termes de Blason, quand on le dit simplement, s'entend du _terrestre_, qui doit avoir deux pieds, & la queuë en pointe. Il y en a d'autres qu'on appelle _monstrueux_, qui ont des aîles; & qu'on appelle _Dragonnez_, les autres animaux qui sont peints avec des queuës de _Dragons_, ou de Serpens.
Sang de _Dragon_, Terme de Pharmacie. Les Anciens ont crû que le _Dragon_ combattoit contre l'Elephant, qu'il lui suçoit tout son sang par les yeux & les oreilles, que l'Elephant tombant mort écrasoit le _Dragon_, & que de ce sang mêlé tombant sur la terre on en recueilloit ce qu'ils appelloient sang de _Dragon_, dont ils faisoient grand état; c'est ainsi qu'en parlent _Solin_, _Pline_, _Isidore_, & plusieurs autres aprés eux: mais ce combat est une fable inventée par les Marchands. On appelle aussi le _Cinnabre_ sang de _Dragon_, selon _Avicenne_ & _Serapion_. Mais le vrai naturel sang de _Dragon_ est un suc, ou gomme d'un arbre nommé _anchuse_ qui vient d'Afrique, & il s'en fait d'artificiel avec du santal, ou de la gomme de cerisier ou amandier dissoute & cuite dans la teinture du bois de Bresil. Cardan dit qu'il vient d'un autre arbre de l'Ile _Zocotora_.
Il y a un vray sang de _Dragon_ dont François Cauche fait mention en son voyage de Madagascar. Il dit qu'on lui fit present de six morceaux de sang de _Dragon_, chacun long de trois pouces, ressemblans à des morceaux de boudin, marbrez comme le savon d'Alican, de rouge, de noir & de blanc, ce que les Habitans appellent onguent pour étancher le sang. Ils sont faits de feüilles pilées d'un arbre fort branchu & gros comme un poirier, qui a les feüilles longues & plus étroites que celles du laurier, ayant une odeur de violette, les fleurs sont blanches & odoriferantes, venant en bouquet, rondes & n'ayant que cinq feüilles bien ordonnées, elles se ferment la nuit & ne sont pas plus larges qu'un double; il sort du milieu un filet rougeâtre, qui se recoquille en telle sorte qu'il fait la figure d'un _Dragon_. Amatus Lusitanus, Mathiole & Bisciola, rapportent quelque chose de semblable, & disent qu'il y a de grands arbres à Madere, à Porto santo, aux Canaries & en Afrique, appellez _Dragons_ & _Draconaries_, qui jettent en larmes des gouttes ou gommes rouges & luisantes, desquelles si on touche quelque chose, il y paroît une rougeur noirâtre, & qu'on nomme cette goutte le sang de _Dragon_. Ils produisent un fruit semblable à une cerise, qui a au dessous de la peau qui la couvre la figure d'un _Dragon_, aussi bien representé, que s'il avoit été taillé par un Sculpteur, avec la gueule ouverte, un long col & une longue queuë, ce qui a donné à l'arbre le nom de _Dragon_, & la couleur rouge de la gomme lui a donné le nom de sang.
_Dragonné_, _adj._ terme de Blason, qui se dit du lyon, ou autre animal qui est representé avec une queuë de Dragon.
_Dragonneau_, _s. m._ C'est selon quelques Medecins, un animal semblable à un ver long & large, qui se meut entre cuir & chair & qui vient aux jambes, & quelquefois aux muscles du bras. Il est ainsi nommé, parce qu'il a la figure & la tortuosité d'un petit serpent. Il paroît sur tout sous la peau des Côtes, & les Habitans des Païs chauds y sont fort sujets.
_Drague_, _s. f._ Outil qui sert à tirer du sable des riviéres, à curer les puits, & à tirer les immondices de quelque endroit. C'est une espéce de pelle de fer ayant une perche, ou un long manche de bois, qui a des rebords de trois côtez, & est platte par le devant pour enlever ce sable & ces ordures.
_Drague_ est aussi un outil de Vitriers, ou pinceau qui leur sert à signer, ou à marquer leur verre.
_Drague_, _s. m._ terme de Marine, est un gros cordage dont on se sert sur les Vaisseaux, pour arrêter le recul des Canons quand ils tirent.
DROIT. oite. _adj._ & _subst._ Terme de Géometrie. Ce qui ne décline ni d'un côté, ni d'autre. Une ligne _droite_ est la plus courte entre deux points. Le plus _droit_ chemin, de _droit_ fil. Ce mot vient de _directus_. Nicod.
_Droit._ Signifie aussi perpendiculaire, qui est à plomb. Un angle _droit_ est un angle de 90. degrez, qui se fait quand une ligne tombe à plomb sur une autre. Ce mur n'est pas _droit_, il menace ruïne. Cette femme danse mal, elle ne se tient pas _droite_.
En termes d'Architecture on appelle _pied droit_, le rang de pierres, qui fait chacun des côtez d'une porte cochere. On le dit aussi des côtez, ou tableaux des fenêtres.
En termes d'Astronomie on appelle la Sphere _droite_, celle où l'Equateur coupe l'horison à angles _droits_, ou perpendiculairement, en laquelle les jours sont toûjours égaux aux nuits. L'ascension _droite_ & oblique, _voyez_ à leur ordre.
En termes de chasse on appelle le _droit_, lors qu'on est au vray chemin que la bête tient, & qu'on a redressé le change. Quand on a connoissance du _droit_, on sonne deux mots pour appeller les piqueurs. Les bons chiens connoissent le _droit_, courent bien le _droit_.
_Droit._ En termes de Medecine, c'est le dernier des boyaux ou intestins, parce qu'il s'étend tout _droit_ depuis l'os sacré jusqu'au siége ou à l'anus, sans faire aucuns tours ni replis; sa partie inferieure, est serrée & fermée par des muscles qu'on nomme _Sphincteres_, c'est à dire, _fermeurs_ ou tirans. Les Medecins appellent aussi _Rectum_.
On dit en généalogie, il descend en ligne _droite_ ou en ligne collaterale d'un tel Prince.
_Droit._ Signifie aussi le côté où la main est ordinairement la plus forte, & de laquelle on se sert naturellement pour faire quelque ouvrage qu'on fait d'une seule main, en ce sens il est opposé à _gauche_. Le côté droit est le plus honorable. On donne la _droite_ à ceux qu'on respecte. La main gauche, la main _droite_. On dit l'aîle _droite_, l'aîle gauche d'une Armée, d'un bâtiment.
_Droit._ En termes de manége se dit d'un cheval qui ne boite point, & qu'on garantit _droit_, chaud & froid, c'est à dire, qu'il ne boite point ni lors qu'il est échauffé, ni lors qu'il est refroidi. On dit aussi qu'un cheval est _droit_ sur ses jambes, quand le devant du boulet tombe à plomb sur la couronne, en sorte que le canon & le paturon sont en ligne _droite_. On dit aussi promener un cheval par le _droit_, le guider _droit_, le faire partir & reculer _droit_, quand il va sur une ligne _droite_ sans se traverser, ni se jetter de côté.
_Droit._ Se dit figurément en choses spirituelles. Cet homme a l'ame _droite_, a l'intention _droite_, pour dire il est bon & équitable, il a l'esprit _droit_, pour dire qu'il a l'esprit juste, qu'il ne s'égare d'un côté ni d'autre.
On dit aussi figurément d'un homme à l'égard d'un autre, que c'est son bras _droit_, pour dire que c'est son principal appui, celui qui luy sert dans ses principales actions.
_Droit._ _s. m._ Terme de Jurisprudence. Ce qui est juste, raisonnable, qui est établi par les Loix, qui rend à chacun ce qui lui appartient. Il y a trois sortes de _droits_, le _droit_ de nature qui nous est connu par la seule lumiére de la raison, & qui est general à tous les hommes; le _droit_ des gens qui s'observe dans presque toutes le Nations, comme de ne point violer les Ambassadeurs; & le _droit_ de chaque Nation particuliére, qui a ses maximes & son gouvernement differens.
_Droit divin_, est celui qui a été ordonné & établi de Dieu, lequel nous a revelé sa volonté par ses Prophetes. _Droit humain_ ou _positif_, celui qui a été établi par la police des hommes.
_Droit Civil_ est proprement le _Droit Romain_ contenu dans le Digeste, le Code & les Instituts, où sont les Loix Romaines compilées par l'ordre de Justinien. On l'appelle autrement _droit écrit_, & il y a plusieurs Provinces en France qui se gouvernent par le _droit écrit_, le Lyonnois, le Languedoc, &c.
Le _Droit écrit_ qui est établi dans la Gascogne, vient de ce que les Visigots ayant vécu sous les Coûtumes anciennes du païs d'Aquitaine jusqu'à la vingt-deuxiéme année du Régne d'Alaric II. il ordonna que le Code Théodosien, réformé par Aman l'un de ses principaux Conseillers, fût observé par tout le païs de son obéïssance. _Pasquier._
_Droit Canon_, est le _droit_ Ecclesiastique qui est reçû en France, à l'exception de quelques cas contraires aux libertez de l'Eglise Gallicane. Le _Droit Canon_ consiste premiérement au decret, qui a été compilé par Gratien Boulonnois du temps de Louïs VII. qu'il divisa en deux parties, l'une de distinctions & l'autre de questions. Il est composé de plusieurs Canons des Conciles, des décisions & autoritez des Peres, dont la premiére compilation a été faite du temps de Clovis par Isidore Evêque de Seville, selon l'ordre des dattes; la seconde du temps du Roi Robert par Burchard, sous le nom de decret, qu'il divisa en vingt Livres; la troisiéme sous Philippes premier, par Yves Evêque de Chartres, qu'il fit en dix-sept Livres, où il mêla plusieurs Loix du Code Theodosien & des Capitulaires; & enfin celle de Gratien ci-dessus. La seconde partie contient les Decretales de Gregoire en cinq Livres, & la troisiéme partie le Sexte de Boniface VIII. les Clementines du Pape Clement V. qui furent mises en lumiére par Jean XXII. son successeur; & en fin les Extravagantes du même Jean XXII.
_Droit._ Signifie aussi la Jurisprudence, les Ecoles de _droit_, les régles du _droit_, une question de _droit_, une présomption de _droit_, cela est de _droit_. On appelle _droit étroit_, la rigueur de _droit_, ce qui ne reçoit point d'extension. Cela est fondé en _droit_ & raison, est jugé selon _droit_ & raison. On appelle un sifleur de _droit_, celui qui le montre en chambre; un Professeur de _droit_, celui qui l'enseigne publiquement.
_Droit Coûtumier_, est celui de plusieurs Provinces qui ont conservé leurs Coûtumes particuliéres, lesquelles ont été rédigées par écrit, & réformées de temps en temps. Paris, la Normandie, la Bretagne, sont des païs de _droit coûtumier_.
_Droit commun_, est le _droit_ ordinaire & fondé sur les maximes générales, qui est opposé aux privileges qui en font exception.
_Droit_ signifie encore autorité, puissance. Les Anciens avoient _droit_ de vie & de mort sur leurs Esclaves. Il n'y a en France que le Roi qui ait ce _droit_-là sur ses Sujets.
_Droit_ signifie aussi une puissance qu'on a de donner ou de faire quelque chose. Le Pape a conferé ce Benefice de plein _droit_, ou par _droit_ qui lui a été dévolu. Un Prélat n'a pas _droit_ de faire les Ordres hors de son Diocese, sans permission.
_Droit._ Signifie aussi action qu'un homme peut poursuivre en Justice, pour demander un bien qui lui appartient. Chacun est reçû à poursuivre ses _droits_ en Justice. Un cessionaire de _droits_ litigieux. Une fille majeure usante & joüissante de ses _droits_. Je suis en _droit_, en possession de passer sur cette terre. C'est un _droit_ acquis, un _droit_ hereditaire. Il a épousé cette fille avec ses _droits_. Il est subrogé en tous ses _droits_, noms, raisons, & actions. Il exerce les _droits_ de son debiteur, il les poursuit au lieu de lui. Il a été pourvû de cette Charge avec tous ses _droits_, profits & émolumens.
Un _droit_ de bannalité, de pressoir, de four, de moulin. Un _droit_ d'aubeine, de désherence.
_Droit._ Signifie aussi titre qu'on a pour posseder quelque chose, ou y prétendre. Il y a plusieurs prétendans _droit_ à ce Benefice, l'un comme résignataire, l'autre comme indultaire. Il a accumulé _droits_ sur _droits_. Il a dit cela par surabondance de _droit_. Cela lui appartient de _droit_. Il a le _droit_ d'ancienneté. Les Princes ont le _droit_ de bien-seance, de represailles, &c.
_Droit._ Signifie aussi redevance, chose qu'on possede avec un titre. René Chopin a écrit des _droits_ du Roi, des _droits_ Domaniaux. Les _droits_ de cens, surcens, dixmes, champarts, de lods & ventes, de rachapt &c. sont _droits_ Seigneuriaux. Le Seigneur saisit le fief, faute de _droits_ & devoirs non faits & non payez. _Droits_ honorifiques & de patronage, sont ceux qui sont dûs aux Fondateurs des Eglises, aux Seigneurs hauts Justiciers. Le _droit_ de Régale est un _droit_ du Roi de pourvoir aux Benefices, le Siége Episcopal vacant.
_Droit._ Se dit aussi de toutes sortes d'impositions établies pour soûtenir les charges de l'Etat. On a établi un _droit_ sur le vin, sur le bois, sur telle marchandise. L'ancien & le nouveau _droit_ du pied fourché. Il ne faut pas frauder les _droits_ du Roi.
_Droit._ Signifie aussi salaire qu'on taxe, ou qui est ordonné à quelqu'un, pour ses peines & vacations. Le _droit_ du Greffe, du Controlle, de la signature d'un Arrêt. _Droit_ de consultation, de revision dû aux Procureurs. On appelle _droit_ d'avis la paraguante qu'on est obligé de donner à celui qui a été cause qu'une affaire a réüssi, qui en a donné le premier avis.
_Droit._ Signifie aussi un privilege accordé par le Roi ou par la Loi, qui donne prérogative à quelqu'un, pour excepter du _droit_ commun de la Régle générale. _Droit_ de Committimus. _Droit_ de franc salé. _Droit_ d'entrer aux Etats. _Droit_ de Bourgeoisie. _Droit_ d'aînesse.
En terme de pratique on dit être à _droit_, pour dire comparoître en jugement pour y être interrogé. Appointement en _droit_, c'est un réglement qu'on donne aux parties pour écrire & produire sur quelque question de _droit_, ou en premiére instance. Appointement à ouïr _droit_, est le réglement qu'on donne en matiére criminelle, aprés la confrontation pour ouïr le jugement. On dit aussi qu'on a fait _droit_ sur le tout, pour dire qu'on a prononcé sur toutes les demandes. On dit aussi, sans garder ordre de _droit_, ni forme de justice. On dit aussi, prendre _droit_ par les charges, pour dire s'en rapporter aux témoins, sans préjudice du _droit_ des parties au principal. Le Roi finit ainsi ses Lettres Patentes, sauf en autre chose nôtre _droit_, & l'autrui en toutes. On dit aussi deffendre ses _droits_, user de son _droit_, renoncer à son _droit_. C'est un passe-_droit_, une grace, une faveur.
_Droit._ En termes de chasse signifie la part de la bête défaite qui appartient aux veneurs, ou aux chiens. Le pied _droit_ du Cerf est celui qu'on offre au Roi, ou au maître de la chasse. Le _droit_ des chiens est ce dont on leur fait curée. On dit aussi en Fauconnerie le _droit_ de l'oiseau, lors qu'on le paît de ce qu'il a volé, comme la tête, la cuisse, le cœur, le foye de la perdrix, l'aîle de la corneille, &c.
_Droit_ adverbial, d'une maniére _droite_. Cet homme va _droit_ au but. Il lui a tiré _droit_ dans la tête. Il faut marcher _droit_, aller _droit_ avec lui. Il va _droit_ en besogne. Il a mis tout _droit_ la main dessus, il veut avoir cela à tort, ou à _droit_. On dit aussi à bon _droit_, pour dire avec raison, avec juste cause. On dit aussi à _droit_, à gauche, pour dire qu'il faut tourner de ce côté-là.
On dit proverbialement que, où il n'y a pas de quoi, le Roi perd son _droit_, pour dire qu'il est inutile de plaider contre des insolvables; que bon _droit_ a besoin d'aide, pour dire qu'il ne faut pas négliger la sollicitation des meilleurs procés. On dit aussi, c'est le _droit_ du jeu, pour dire on a accoûtumé d'en user ainsi. On dit encore qu'un homme est _droit_ comme un jonc, comme un échalas, comme un cierge, comme un sapin, pour dire qu'il se tient bien _droit_. On dit ironiquement, cela est _droit_ comme la jambe d'un chien.
DUEL. _s. m._ Combat de particuliers assigné à certain lieu & heure, en suite d'un appel ou d'un défi. Les _Duels_ étoient autrefois permis pour défendre, ou accuser en Justice dans les cas dont on ne pouvoit avoir de preuve: Le _Duel_ étoit un moïen si ordinaire pour vuider les differens des Nobles, qu'on n'en dispensoit pas même les Ecclesiastiques, & afin qu'ils ne se soüillassent pas de sang, on les obligeoit seulement de donner des gens, &c.
E.
EAU. _s. f._ C'est le troisiéme des quatre anciens Elemens, qui est froid & humide par sa nature: ce nom se donne à tous les corps clairs & liquides qui coulent sur la terre, comme _eau_ de mer, de riviére, de fontaine, d'étangs, de sources, de cîternes, de puits. Cela est clair comme _eau_ de roche. Thalés soûtenoit que l'_eau_ étoit le principe de tous les corps, & cette opinion a été renouvellée en nos jours par _Robert Flud_, qui en a fait un sistême compris en plusieurs volumes. Ce mot est dérivé du Latin _aqua_, d'où on a fait premiérement _aiguë_, témoin _aiguës mortes_, _aiguë perse_, _aiguë belette_; en suite on a dit _ayve_ & _ayau_, qu'on dit encore en quelques lieux, dont enfin on a fait _eau_. Borel dit que ce mot vient du vieux gaulois _aven_ ou _avon_, qui signifioit autrefois riviere, d'où sont venus les noms des Villes _Gandavum_, _Genabum_, & autres.
On dit en général aller par _eau_, pour dire naviger, voyager sur la mer, sur les lacs, & sur les rivieres. Passer l'_eau_, c'est à dire, de l'autre côté de la riviere. Les _eaux_ sont débordées, sont cruës.
On dit qu'une chose ne sent que l'_eau_, quand elle n'a ni sel, ni saveur. Jeûner au pain & à l'_eau_. On a observé que l'_eau_ d'une fontaine est d'un autre poids à sa source qu'à quelque distance de là, & qu'aprés son dégel elle est d'un autre poids qu'elle n'étoit auparavant. Une pinte d'_eau_ du Gange est plus legere d'une once, que quelque autre _eau_ que ce soit: le Mogol n'en boit point d'autre, en quelque lieu qu'il se trouve.
EAU en particulier se dit de la pluye. Ce nuage épais nous menace d'_eau_; il tombe de l'_eau_; une ondée d'_eau_.
L'Ecriture distingue les _eaux_ qui sont au dessus du Firmament, & celles qui sont au dessous; ici le Firmament est pris pour l'air. L'Esprit de Dieu étoit porté sur les _eaux_.
EAU, en termes de Théologie, se dit premiérement de celle avec laquelle on baptise. Le pécheur est régénéré par les _eaux_ du Baptême, par les _eaux_ de la grace.
EAU benîte, est une _eau_ qui se fait dans l'Eglise avec certaines priéres, exorcismes, & cérémonies; on la prend à l'entrée & au sortir de l'Eglise. L'_eau_ benîte de Pâques est celle qu'on préparoit autrefois, seulement pour baptiser les enfans. Celle de la Pentecôte & celle qu'on fait tous les Dimanches sert pour la dévotion, pour effacer les péchez veniels, chasser les démons, préserver du tonnerre, &c.
On appelle aussi _eau_ benîte, cette cérémonie & ces priéres qui se font les Dimanches avant la grande Messe pour benir l'_eau_, comme voilà l'_eau_ benîte qui sonne.
Dans le Livre des Nombres il est fait mention d'une _eau_, qui servoit à éprouver si une femme étoit adultere. Chez nos Anciens on faisoit la preuve des crimes par l'immersion du corps, ou du bras dans de l'_eau_ chaude, ou dans de l'_eau_ froide avec plusieurs cérémonies Ecclesiastiques; ce qui a encore lieu chez plusieurs Nations. Voyez Preuve.
En dévotion il y a de l'_eau_ de S. Clair qui guérit du mal des yeux, de l'_eau_ de sainte Geneviefve qui guérit la fiévre. Chez les Payens on appelloit l'_eau_ lustrale, une _eau_ qu'ils préparoient avec plusieurs cérémonies à leur mode.
EAU en termes de Physique, se dit aussi des humiditez qui sortent des corps, comme de l'urine & de la sueur. Il est allé faire de l'_eau_, lâcher de l'_eau_, un filet d'_eau_; il ne peut tenir son _eau_. Cette course, cet accés de fiévre l'a mis tout en _eau_. On le dit aussi de l'_eau_ qui est enfermée dans quelque bube ou vessie, ou entre cuir & chair qui forme l'hydropisie. Il a vuidé quantité d'_eaux_. Il lui est tombé des _eaux_ sur les jambes; ce qui se dit plus ordinairement des chevaux, quand il leur tombe de mauvaises humeurs sur le boulet & le paturon. On dit fondre en _eau_, pour dire pleurer abondamment.
En termes de Marine on dit faire de l'_eau_, pour dire faire aiguade, faire ses provisions d'_eau_ douce au milieu d'un voyage de long cours. Ce Navire fait _eau_, c'est à dire, que l'_eau_ entre dans le Navire par quelque ouverture, ou voye d'_eau_. Ce Vaisseau tire tant d'_eau_, pour dire enfonce dans l'_eau_ de tant de pieds. Il faut attendre le vif de l'_eau_, ou la haute _eau_, pour dire la pleine marée: on dit au contraire basse _eau_, ou _eau_ morte dans le reflus, lors que la marée est basse, & que la mer refoule. Les _eaux_ vives régnent trois jours devant & trois jours après la nouvelle ou pleine Lune. Les _eaux_ mortes viennent aprés les six jours qu'ont occupé les _eaux_ vives. Ce Vaisseau alloit à fleur d'_eau_, c'est à dire, n'avoit guéres de bord hors de l'_eau_. Ce Navire étoit percé à l'_eau_, c'est à dire, dans les œuvres vives, ou qui plongent dans l'_eau_. On dit aussi qu'un Navire est sur l'_eau_ d'un autre, pour dire qu'il suit son cours, son sillage. On dit aussi mettre un Navire à l'_eau_, le pousser à l'_eau_, quand du chantier où il étoit pour le bâtir ou le radouber on le pousse dans la mer. Des courans d'_eau_, ce sont des mouvemens d'_eau_ impetueux, qui se trouvent le long des côtes ou détroits, & qui naissent de leurs sinuositez. Le courant de l'_eau_, ou le fil de l'_eau_ se dit seulement de l'endroit des riviéres où l'_eau_ est la plus forte. On appelle aussi chef d'_eau_ la haute marée, & dans la bonasse on dit que l'_eau_ est platte & courtoise.
On dit en termes d'hydrauliques conduire les _eaux_, pour dire les enfoncer dans des tuyaux ou canaux & élever les _eaux_ par des machines, comme par des pompes qui l'élevent par aspiration jusqu'à trente-deux pieds, ou par compression en pressant l'_eau_ pour l'élever si haut qu'on veut, parce que l'_eau_ ne se condense jamais. Faire un jet d'_eau_, c'est élever l'_eau_ & la faire jaillir en l'air. Un boüillon d'_eau_, est celui qui ne s'éleve guéres au dessus du tuyau. Une chute d'_eau_ ou cascade. Une nappe d'_eau_ se dit, quand l'_eau_ s'étend comme une nappe sur une pierre d'où elle tombe. Un Soleil d'_eau_, quand les jets se distribuent en rayons. Une verge d'_eau_, quand il y a grand nombre de tuyaux prés l'un de l'autre qui jettent de l'_eau_ ensemble. Un berceau d'_eau_, quand il y a des jets d'_eau_ à droit & à gauche qui se courbent en arc par dessus la tête. Un rond d'_eau_, un réservoir d'_eau_, ou un regard, un pouce d'_eau_. _Bernard Palissi_, _Jacques Buffon_, _Serlio_ & _le théatre d'Agriculture_, ont écrit de l'art de conduire les _eaux_, de trouver des sources & des fontaines.
En Medecine on appelle _eaux_ cordiales, certains remédes qui confortent le cœur. _Eaux_ minerales, celles qui servent de reméde, & qui ont contracté quelque vertu en passant à travers des mineraux, comme alun, vitriol, soulfre. Les _eaux_ de Bourbon, de Forges, de Spa, de Pougues; & on dit absolument il est allé aux _eaux_, on lui a donné les _eaux_. _Eau_ panée, _eau_ battuë, est celle où on a mis tremper du pain, ou qu'on a battuë, pour lui ôter sa crudité. _Eau_ ferrée, celle où on a atteint une bille d'acier rougie au feu. On dit aussi saigner le pied en l'_eau_.
Les Apothicaires font aussi des _eaux_ cephaliques, ophthalmiques, thoraciques, stomachiques, hepatiques, spleniques, nephretiques, hysteriques, arthritiques, & autres contre plusieurs maladies, que l'on peut voir dans la Framboisiere & les dispensaires.
En termes de chymie on appelle aussi _eaux_, les sucs qui se tirent par la distillation ou avec la force du feu, comme _eau_ de senteur, de rose, de fleur d'orange, de naphte. _Eau_ d'ange, _eau_ de plantin.
EAU forte, ou _eau_ ardente ou caustique, c'est de l'_eau_ qui se fait par la distillation du vitriol seul, ou avec alun & salpêtre, qui est la base ordinaire des _eaux_ fortes, ou avec d'autres sels mêlez ensemble, elle sert à graver & dissout tous les métaux: à la réserve de l'or, on l'appelle en Latin _aqua stygia_.
EAU _philosophique_, ou _des deux champions_, est celle qui se fait avec du salpêtre & du sel armoniac.
EAU _seconde_, est l'_eau_ forte qui a déja servi à la dissolution de quelques métaux, qui par ce moyen a perdu une partie de sa force.
EAU _régale_ ou de _départ_, c'est de l'_eau_ forte dans laquelle on a ajoûté en la faisant du sel commun, du sel gemme, ou du sel armoniac, laquelle en ce cas dissout l'or sans toucher aux autres métaux; toutes ces _eaux_ s'appellent aussi _menstruës_ ou _dissolvantes_.
EAU _de la Reine de Hongrie_, est une distillation qui se fait au bain de sable, des fleurs de romarin, mondées de leur calices sans aucune partie de l'herbe, dans de l'esprit de vin bien rectifié; on l'appelle ainsi à cause du merveilleux effet, qu'en ressentit une Reine de Hongrie à l'âge de 72. ans.
EAU _imperiale_, c'est de l'_eau_ distillée de noix muscade, écorce de citron, cloux de girofle, feüilles de laurier, d'hyssope, de thim, de marjolaine, de sauge, de romarin, de lavende, des fleurs d'orange, &c.
EAU _stiptique_, est celle qui est faite avec une dissolution de vitriol.
EAU de _vie_, c'est du vin qu'on fait distiller dans un matras au bain marie, ou à petit feu de flamme, & qu'on réduit environ à la sixiéme partie, le reste est une flegme insipide: on fait passer le col du matras en serpentant dans un tonneau d'_eau_ froide, pour le refroidir plûtôt; quand cette _eau_ de vie est distillée encore une fois & réduite à la septiéme partie, on a de l'esprit de vin, lequel étant derechef distillé, donne de l'esprit de vin rectifié.
EAU _gommée_, c'est celle qui se fait en y laissant tremper de la gomme arabique enfermée dans un morceau de linge: les femmes en font aussi pour gommer leurs cheveux, en y laissant tremper des pepins de coin.
EAU de _blanc d'œuf_, c'est de l'_eau_ qui se fait en foüettant bien le blanc d'œuf, ou bien en le faisant abreuver par une éponge plusieurs fois, & l'épreignant aussi-tôt, puis la faisant couler par le papier gris, c'est une _eau_ jaunâtre qui est la plus fine de toutes les colles.
Les Limonadiers font aussi des _eaux_, pour chatoüiller le goût, des _eaux_ de cerise, de groseille, de frangipane, qui sont des _eaux_ succrées & parfumées où on a mis des groseilles, des cerises, des parfums.
EAU, se dit aussi du suc de quelque fruit que ce soit: cette poire est de bonne _eau_.
En termes de Joüailliers on appelle _eau_ l'éclat des perles & des diamans, qu'on suppose être faits d'_eau_. Cette perle est de belle _eau_: l'_eau_ de ce diamant est trouble. Donner l'_eau_ à un drap, c'est le lustrer, le calandrer. On dit aussi des cuirs quand ils sont à la tannerie, qu'on leur donne plusieurs _eaux_ pour les préparer.
En Astronomie on appelle un signe celeste, le verseur d'_eau_ qui est l'onziéme à compter d'Aries.
EAUX, se dit au plurier en ces phrases: le grand Maître des _eaux_ & forêts prend la qualité d'Enquêteur & de Réformateur des _eaux_ & forêts. Les maîtrises particuliéres des _eaux_ & forêts, la réformation générale des _eaux_ & forêts, ce sont des Officiers, ou des Jurisdictions qui jugent des causes concernant les _eaux_ & les forêts. Intendant des _eaux_, celui qui a soin de faire aller les _eaux_ des Maisons Royales.
EAU, se dit proverbialement en ces phrases. Un Medecin d'_eau_ douce, c'est à dire un mal-habile Medecin qui n'a pour reméde que de l'_eau_ douce. On dit qu'un homme a mis de l'_eau_ dans son vin, pour dire qu'il est revenu de son emportement. Ses desseins vont à vau l'_eau_, pour dire ne réüssissent pas. L'_eau_ lui en vient à la bouche, pour dire cela lui donne l'envie d'en tâter. On dit d'un homme qui fait beaucoup de complimens ou de promesses, sur lesquelles il ne faut pas faire grand fondement, que c'est de l'_eau_ benîte de Cour, parce qu'on n'est point chiche de belles promesses à la Cour, non plus que d'_eau benîte_ à l'Eglise. On dit d'un homme dont le mérite n'est point connu, qu'il faut qu'il fasse voir de son _eau_, pour dire qu'il fasse voir ce qu'il sçait faire. On appelle des gens de delà l'_eau_, des gens grossiers & mal instruits des nouvelles & des affaires du temps. Les _eaux_ sont basses, pour dire qu'on n'a point de fonds, point d'argent en bourse. Suer sang & _eau_, pour dire faire un effort, ou un travail extraordinaire pour parvenir à quelque chose. On appelle un beuveur d'_eau_, un homme froid & incapable de grandes affaires. On dit faire venir l'_eau_ au moulin, pour dire faire venir du profit, de l'argent à la maison. Nager en grande _eau_, pour dire être en fortune, dans les grands emplois: il est heureux comme le poisson dans l'_eau_, pour dire il est en son élevement où il se plaît, ou il est bien.
Revenir sur l'_eau_, se dit d'un homme qu'on croyoit abîmé, & qui rétablit ses affaires, & r'entre dans le négoce. On dit aussi rompre l'_eau_ à quelqu'un, pour dire apporter quelque obstacle à sa fortune, à ses affaires, ce qui se dit au propre des chevaux, qu'on oblige à boire à plusieurs reprises. On dit qu'un valet est allé à la bonne _eau_, pour dire qu'il est trop long-temps à revenir d'un message. Laisser courir l'_eau_, pour dire ne se pas soucier comment vont les affaires. Battre l'_eau_, pour dire travailler inutilement. On dit encore, tant va la cruche à l'_eau_ qu'enfin elle se brise, pour dire qu'à la fin on périt dans les dangers, où on s'expose trop souvent. Nager entre deux _eaux_, c'est à dire, être incertain quel parti ou opinion on doit suivre. Pêcher en _eau_ trouble, c'est à dire, profiter du desordre du temps, du mauvais état d'une famille. On dit encore d'un homme malheureux, qu'il se noyeroit dans un verre d'_eau_, d'un avare, qu'il ne donneroit pas un verre d'_eau_, qu'il ne donne rien du tout; d'un mélancolique & méchant, que c'est une _eau_ dormante, qu'il n'y a point d'_eau_ pire que celle qui dort; d'un homme inutile, qu'il ne gagne pas l'_eau_ qu'il boit.
Porter de l'_eau_ à la mer, c'est à dire, donner à quelqu'un des choses dont il n'a déja que trop. C'est une goute d'_eau_ dans une mer, c'est à dire, que ce qu'on met dans quelque chose ne la fait pas paroître davantage. Il n'y fera que de l'_eau_ toute claire, pour dire qu'il ne réüssira pas en telle affaire. On dit de deux gemeaux, qu'ils se ressemblent comme deux goutes d'_eau_; de deux personnes qui se haïssent, que c'est le feu & l'_eau_; d'une affaire qui n'a point réüssi, tout s'en est allé en _eau_ de boudin, ou à vau l'_eau_; d'un homme niais & innocent, qu'il ne sçait pas l'_eau_ troubler. Tenir le bec en l'_eau_, c'est à dire, amuser long-temps une personne sans lui tenir ce qu'on lui fait esperer. On dit aussi d'un homme officieux, qu'il se mettroit dans l'_eau_ jusqu'au cou pour servir ses amis; d'un homme qui se noye, que l'_eau_ est entrée dans ses souliers par le collet de son pourpoint. On dit des enfans, qu'il les faut garder de feu & d'_eau_, jusqu'à sept ans. On dit encore ce crime est si grand, que toute l'_eau_ de la mer ne suffiroit pas pour le laver; & au contraire il fait aussi peu de scrupule de cela, que de boire un verre d'_eau_. On dit aussi si on l'envoyoit à la riviere il ne trouveroit point d'_eau_, pour dire qu'il ne pourroit pas trouver les choses les plus communes. On dit aussi il passera bien de l'_eau_ sous les ponts entre ci & là, pour dire cela n'arrivera de long-temps. On dit aussi gare l'_eau_ là bas, quand on veut jetter par les fenêtres quoi que ce soit.
EAU benîtier, termes d'Orfévres, ils nomment ainsi les vaisseaux d'argent qu'ils préparent pour mettre de l'_eau benîte_: ils doivent être contre-marquez au corps, au collet de pied & goupillon; à l'égard de la gorge, creux ou panache, quarré de pied ou anse, ils sont seulement marquez du poinçon du maître.
EBE. _s. f._ terme de Marine, c'est le reflus de la mer, la basse marée ou l'eau morte, lors que la mer refoule & s'en retourne. Il est opposé au flot & au montant; on l'appelle autrement _jussant_.
ELECTUAIRE. _s. m._ terme de Pharmacie, c'est un médicament composé de poudres, ou d'autres drogues incorporées avec du miel & du sucre; il est ainsi nommé à cause que les parties qui le composent doivent être curieusement choisies, il est de consistance moyenne entre les opiates, les lenitifs & les confections; il y en a deux sortes, les mols sont en consistance d'opiate, & se font de trois onces de poudre sur une livre de miel écumé; les solides se font en forme de tablettes, où on met trois onces de poudre sur une livre de sucre clarifié, dissous en quelque liqueur & cuit en suite en perfection: sous les especes d'_électuaires_ on met le mithridate, la theriaque, la confection Hamec, celle d'Akermes, le catolicon, le diaprunum, diaphœnicum, diacartami, diatragagant, &c. qui sont expliquez à leur ordre.
_L'hiere_ picre de Galien, est mise aussi au rang des _électuaires_; il y a un _électuaire_ de citron qu'on nomme de _Guy de Cauliac_, fameux Chirurgien, qui l'a mis le premier en vogue, la benedicte de Nicolas, & autres.
ELIXIR. _s. m._ terme de Medecine, c'est une liqueur spiritueuse destinée à des usages internes, contenant la plus pure substance des mixtes choisis, qu'on lui a communiquée par infusion & maceration. Les esprits tirez des vegetaux, ou leurs eaux spiritueuses sont d'ordinaire la base des _elixirs_, & les menstruës dont on se sert pour dissoudre & retenir la vraye essence des médicamens, qui entrent dans leur composition. L'esprit de vin est l'_elixir_, le menstruë, le plus commode de tous. L'_elixir_ approche beaucoup de la nature des teintures.
ELIXIR de _propriété_, est un reméde inventé par Paracelse, composé d'esprits de soulfre, d'aloës, de myrrhe, de safran, &c. dissous par un puissant dissolvant nommé _alkaest_. Crollius veut que cet _elixir_ soit le baume des Anciens, & contienne toutes les vertus du baume naturel.
ELIXIR, terme de chymie, c'est la substance la plus subtile interne & specifique de chaque corps, qui en est comme l'essence. Les charlatans abusent beaucoup de ce nom, & le donnent à plusieurs simples extraits pour vendre plus cher leurs drogues: on l'appelle autrement _quinte-essence_. Ménage tient que ce mot vient de l'Arabe _elexir_, qui signifie proprement fraction, à cause que l'_elixir_ a la force de rompre les maladies, & de rompre les métaux en les dissolvant: d'autres le dérivent avec plus d'apparence de l'Arabe _alechstro_, qui signifie une extraction artificielle de quelque essence: d'autres veulent qu'il vienne du Grec _elayon_, & _syro_, comme une extraction d'huiles, qui est la partie essencielle des mixtes: d'autres enfin du verbe Grec _alexeo_, à cause du grand secours qu'on reçoit des _elixirs_. D'autres appellent _elicsir_, une prétenduë poudre qui convertit les métaux en or, qu'on appelle poudre de projection.
EOLIPILE. _s. f._ Terme des Hydraulyques. C'est une petite boule de fer ou de cuivre, ayant une queuë où il y a un fort petit trou pour la charger: on la chauffe pour rarefier l'air qui est dedans, & puis on la jette dans l'eau. Il y en entre autant qu'il faut pour remplir le vuide que laisse l'air condensé par la froideur de l'eau; & quand cette boule est derechef mise au feu, il en sort du vent, avec une impetuosité & une durée qui surprennent. On la nomme autrement poire à feu. C'est par la comparaison de ces _éolipiles_, que Descartes explique admirablement bien la cause naturelle des vents.
EPACTE. _s. f._ Terme de comput Ecclesiastique, c'est la difference de l'année Lunaire, qui n'est que de 354. jours d'avec l'année Solaire, qui est de 365. jours. Cette difference fait que les nouvelles Lunes reculent tous les ans d'onze jours. On trouve l'âge de la Lune en ajoûtant l'_épacte_ de l'année au nombre des jours du mois où on est, & au nombre des mois écoulez depuis celui de Mars. En observant aussi de retrancher trente jours quand ces trois sommes ajoûtées vont au-delà. Le cicle des _Epactes_ est de dix-neuf ans, répondant au nombre d'or, ou cicle Lunaire, aprés lequel toutes les Lunations reviennent au même jour.
EPARER. _v. n._ Terme de manége, qui se dit d'un cheval qui détache des ruades, & qui nouë l'aiguillette; un cheval doit s'_éparer_ de toute force à l'air des cabrioles.
EPANORTHOSE. _s. f._ Terme de Réthorique, c'est une figure, par laquelle on corrige, ou on révoque ingenieusement ce qu'on avoit auparavant allegué.
EPHEMERE _adj._ Terme de Medecine, qui ne dure qu'un jour, il se dit en cette phrase, fiévre _Ephemere_. La fiévre _Ephemere_ des Anglois est une espéce de peste.
EPHEMERE. En termes de Botanique, est une flambe sauvage, ses feüilles sont semblables à celles du lis, quoi que plus menuës, sa tige pareillement. Sa fleur est blanche & amére, sa graine est tendre, sa racine est grosse d'un doigt, longue, astringeante & odorante. Mathiole dit que l'_Ephemeron_ de Dioscoride est le _colchicum_, qui est un poison croissant au païs de Colchos, il est si dangereux qu'il fait mourir en moins d'un jour ceux qui en mangent, ce qui lui a donné ce nom d'_Ephemere_, & il ajoûte que ce n'est autre chose qu'un oignon blanc, que les Apothicaires appellent _hermodactylus_.
EPHEMERE, est aussi un petit animal qui ne vit que cinq heures, pendant lesquelles il naît, il étend ses membres, il paroît jeune, il change deux fois sa peau, il fait des œufs, jette des semences, vieillit & meurt. Aristote en a fait la description, & l'a ainsi nommé, parce qu'il ne dure qu'un jour. Il paroît vers la Saint Jean, c'est un insecte volant, qui naît à six heures aprés midi, & meurt à onze heures. Il est vrai toutefois qu'avant que d'avoir pris cette figure, il a vécu trois ans sous celle d'un verd au bord de l'eau, dans la vase, ou dans des trous qu'il y a creusé lui-même; il s'en trouve de deux ou trois pouces. Les pescheurs s'en servent pour appâter leurs hameçons. On a observé dans quelques-uns de ces insectes jusqu'à 7000. yeux semez par tout le corps, ils ne s'accouplent point, la femelle jette ses œufs, & le mâle les rend feconds en les couvrant de sa semence. Il ne prend aucun aliment depuis qu'il est changé, & il ne change que pour se multiplier. Aldrovandus, Jonston, & Clusius en ont écrit, mais bien plus incertainement que Swammerdam, qui en a fait les dissections & les observations avec le microscope. Il en est aussi parlé dans le recueil de Thevenot.
EPHEMERIDES. _s. f. plur._ Terme d'Astronomie, ce sont des Tables calculées par des Astronomes, qui marquent l'état du Ciel tous les jours à midi, c'est à dire, le lieu où à midi se trouvent toutes les Planettes, & ce sont des Tables qui servent à dresser les horoscopes, ou themes celestes. Les _Ephemerides_ d'Origan, de Kepler, d'Argolus, de Joannes Heckerus, &c. Jean Dominique Cassini a fait des _Ephemerides_ des Astres de Medicis, ou des satellites de Jupiter, qui servent à la découverte des longitudes.
Ephialtes. _Voyez_ Incube.
EQUATION. _s. f._ Terme d'Astronomie, qui se dit de la maniére de réduire le temps ou les mouvemens inégaux du Soleil, à un temps ou à un mouvement égal & moyen. Le jour astronomique se compte depuis le départ du soleil d'un Méridien jusqu'à ce qu'il y retourne le jour suivant, c'est ce qu'on appelle le jour & le mouvement égal; mais parce que cependant le Soleil avance dans l'Eccliptique tantôt plus, tantôt moins à nôtre égard, selon qu'il est apogée, & perigée, & parce que les arcs de l'Ecliptique sont aussi inégaux à nôtre égard, à cause de l'obliquité de la sphere; c'est ce qui rend les jours inégaux. Il a donc fallu que les Astronomes, qui ont besoin d'un jour égal pour faire leurs supputations, trouvassent ce mouvement, ou temps moyen, & c'est ce qu'on appelle _équation_, par laquelle on trouve 59. minutes & huit secondes qu'il faut ajoûter au vrai jour égal, pour faire ce moyen mouvement journalier. Jean Baptiste Morin a fait un beau traité des _équations_ en son Livre des longitudes. Monsieur Huggens a donné une Table exacte de l'_équation_ des jours, pour régler les mouvemens des horloges à pendules, où on void combien ces horloges doivent avancer ou reculer en chaque jour de l'année, à cause de l'irrégularité du mouvement du Soleil & de l'obliquité de l'Eccliptique.
EQUATION, en termes d'Algebre est la réduction de deux nombres heterogenes, ou de diverse nature à une même nature en valeur, pour les rendre égaux. L'_équation_ se dit aussi de la connoissance juste de la partie qu'il faut ajoûter à deux nombres differens, pour les mettre dans l'égalité. La science des _équations_ est la principale partie de l'algebre. L'_équation_ se marque ainsi.
ECHELLE. _s. f._ Instrument qui sert à monter; il est composé de deux perches ou piéces de bois longues & legéres, traversées de pied en pied de menus bâtons qu'on nomme _échelons_, sur lesquels on met les pieds l'un aprés l'autre pour monter. Jacob vit une _échelle_ par où les Anges descendoient & montoient du Ciel en terre. Les soldats, les voleurs se servent d'_échelles_ pour surprendre les Villes, pour entrer dans les maisons par les fenêtres, par dessus les murs. Les Maçons se servent d'_échelles_ pour monter sur les échaffauts.
On fait aussi des _échelles_ de corde, de soye, qui se plient & qui sont portatives; on en fait aussi de brisées. Il y en a aussi de doubles, qui sont étenduës par le pied, qui servent aux Peintres. Il y en a d'autres pour la guerre qu'on transporte sur des rouës, & qui sont de diverses constructions, dont on void les figures dans la pyrotecnie de Hanselet.
ECHELLE, se dit aussi d'un méchant escalier qui est tout droit. Les escaliers de la Halle sont des échelles, sont droits comme des _échelles_.
ECHELLE, se prend quelquefois pour le gibet, à cause qu'on monte avec une _échelle_ ceux qu'on pend à une potence; ainsi on dit celui-là a été condamné à assister à l'execution, à avoir le foüet au pied de l'_échelle_: il a été long-temps sur l'_échelle_ avant que d'être jetté. On coupe souvent des bourses au pied de l'_échelle_.
ECHELLE, se dit aussi d'un rang de nœuds de Ruban, que les femmes mettent par ornement le long de leur busque, à cause que cela ressemble à une _échelle_. Cette Dame avoit une _échelle_ de rubans de satin bleu.
ECHELLE. En termes d'Architecture & de Géographie, se dit d'une ligne divisée en parties égales, qui sert de mesure commune à toutes les parties d'un bâtiment, à la description des cartes topographiques. Pour sçavoir combien cet étage a de haut, il en faut prendre avec un compas la mesure sur l'_échelle_. On en use de même pour sçavoir combien il y a de lieuës, entre deux Villes marquées sur une carte.
ECHELLE, ou bâton de Jacob, en termes de Marine est un instrument en croix divisé en semblables parties égales, qui a été décrit ci-devant au mot d'_Arbalête_.
ECHELLE, est aussi un nom qu'on donne sur la Méditerranée, ou mer du Levant aux Villes de commerce. La France a ses Consuls, ses Magasins, ses Bureaux en toutes les _échelles_ du Levant, aussi bien que la plûpart des autres Nations, à Smirne, à Said, à Alep, au Caire, &c. On appelle aussi ces places des Ports & Etapes. Ce mot vient d'_escale_, vieux terme de marine, qui signifie _port de mer_; qu'on trouve sur sa route, où on entre par occasion pour acheter quelques vivres, pour éviter la tempête ou les ennemis.
ECHELLE _campanale_, est une régle qu'ont les fondeurs pour proportionner la longueur, largeur, & épaisseur d'une cloche à son poids, & pareillement celle de son batail pour lui faire rendre un certain son, ils ont fait cette _échelle_ par une longue experience, plûtôt que par une voye géometrique; elle est cependant curieuse, & on la trouve au sixiéme Livre de la Pyrotecnie de Biringuccio, & dans le Pere Mersenne; on l'appelle aussi _Brochette_, _Bâton_, _Régle_, & _Diapason_.
ECHELLE, est aussi un instrument de musique assez grossier, composé de douze bâtons enfilez ensemble & separez l'un de l'autre par des grains de chapelet; ils vont toûjours en diminuant depuis le grand qui a dix pouces jusqu'au plus petit qui en a trois, leur figure peut être ronde ou quarrée, ou en forme de prisme, ou de parallellepipede; on en jouë avec un petit bâton, dont une des extrêmitez est tournée en boule; quand cet instrument est bien touché, il rend une symphonie assez agréable.
On dit proverbialement qu'il faut tirer l'_échelle_ aprés quelqu'un, pour dire qu'il n'y a rien à faire aprés lui, qu'il a épuisé la matiére, qu'il a appris tout ce qu'on en pouvoit sçavoir. On dit aussi qu'on punit comme voleurs, ceux qui tiennent le pied de l'_échelle_.
ECHELER, _v. act._ Vieux mot, au lieu duquel on dit à present _escalader_.
ECHELETTE. _s. f._ espéce de petite _échelle_ qu'on attache sur le bast d'une bête de somme pour y accrocher de la viande, du foin, de la paille, &c.
ECHELIER. _s. m._ Est une piéce de bois traversée de longues & grosses chevilles, qui sert à monter au haut des gruës, des engins, & des estrapades, on l'appelle aussi _Rancher_.
ECHELON, _s. m._ petite piéce de bois qui traverse l'_échelle_: cette _échelle_ avoit trente échelons.
ECHELON, se dit figurément en choses morales. La qualité d'Avocat est un _échelon_ pour monter à celle de Conseiller, de Maître des Requêtes. Il est monté d'un _échelon_, d'un degré, il est avancé d'autant.
ECROU. _s. m._ piéce de bois, ou de fer, ou d'autre métail qui a un trou, relatif à la grosseur d'une vis, & qui sert à la serrer, ou à la retenir quand on la fait entrer dedans. Il faut que les vis de ce lit ayent été changées, elles ne peuvent entrer dans leurs _écrous_.
En Mathematique on appelle le clou de l'alhidade l'_écrou_, ou le chevalet.
ECROU. Est aussi l'acte d'emprisonnement d'une personne écrit sur le Registre de la geole. Il faut attacher son _écrou_ à la Requête d'élargissement, quand on est recommandé pour plusieurs affaires, ce sont autant d'_écrous_, quand on déclare un emprisonnement injurieux, tortionaire & déraisonnable, on ordonne que l'_écrou_ sera rayé & biffé. On disoit autrefois _écrouë_.
ECROÜE. _s. f._ chez le Roi se dit des rolles ou états de la dépense de sa maison, qui se mettent dans des peaux de parchemin qu'on coud & qu'on attache les unes aux autres, dont on fait de gros rouleaux qui sont signez & arrêtez au Bureau par les Maîtres & Controlleurs de la maison du Roi. On le dit aussi des rolles que les Receveurs des tailles, ou des amendes baillent aux Sergens pour en faire le recouvrement, qui sont appellez _écrouës_ dans plusieurs Edits.
On void dans la Chambre des Comptes une _écrouë_ du Parlement tenu sous Louïs Hutin, qui contient la liste des Conseillers du Conseil étroit, des Maîtres des Requêtes, & autres Officiers.
ECROÜE, en plusieurs Coûtumes se dit de la déclaration, dénombrement & aveu d'heritages cottiers que le sujet donne à son Seigneur. En l'Edit de l'établissement de l'Echiquier de Normandie, on appelle _écrouës_ les écritures qui contiennent les faits & raisons des parties; où il est dit aussi que les Sergens doivent bailler leurs exploits par _écrouës_, c'est à dire, par écrit. Borel estime que ce mot vient d'_écrit_, ou _écrire_, parce qu'on a appellé aussi _écrouë_ une quittance en faveur de celui qui a manié les finances; & on dit bailler _écrouë_ à un Receveur de sa recepte, pour dire souder son compte.
ECROÜER. _v. act._ Charger un Geolier de la personne d'un prisonnier, en écrivant sur son registre par l'Officier qui l'arrête la cause pour laquelle il est emprisonné, & par quelle autorité, ou Ordonnance; il est défendu sévérement aux Geoliers de détenir qui que ce soit sans être _écroüé_. Cujas estime que ce mot vient du Grec _Encrouo_, c'est à dire, _injicio_: & Ragueau au contraire de _Eccrouein_ qui signifie _extendere_, _liberare_; _missum facere_.
ECROÜÉ, ée. _part. pass. & adj._
ECROÜELLES. _s. f. pl._ Terme de Medecine, ce sont des tumeurs sanguines faites aux parties glanduleuses, comme aux mammelles, aux aisselles & aux aînes. Elles sont presque toûjours enveloppées dans une membrane propre, engendrées de pituite gypsée, grosse & visqueuse. Lors qu'il s'y mêle de l'humeur mélancolique, elles s'échauffent & deviennent malignes, & font un ulcére corrosif & chancreux, qui ronge la substance des glandes; & quand cette humeur court par le corps, elle altére & pourrit les os où elle s'assied, alors c'est une maladie incurable par Art. Les Latins l'appellent _scrophulæ_ du mot _scropha_, qui signifie une truye, & les Grecs _choirades_ du mot Grec _choiros_ qui signifie un pourceau, parce que les pourceaux sont sujets à avoir ces tumeurs sous la gorge, & ceux qui mangent de leur chair y ont aussi plus de disposition. Le Roi de France a le don de guerir des _écroüelles_, en touchant les malades.
ECROÜI. _adj._ Est un terme de monnoye qui se dit des piéces durcies à la sortie du moulin, & qu'il faut faire recuire.
ECROULEMENT, _s. m._ Eboulement de terres, d'édifices qui ne sont pas soûtenus.
ECROULER, _v. n._ Vieux mot qui signifie s'ébouler. Aprés une vingtaine de volées de canon, tout le bastion s'écroula.
ECROUTER. _v. act._ Oter la croûte du pain, le couper mal proprement. On dégoûte les gens quand on écroute le pain.
ECROUTÉ. ée. _part. & adj._
ECRÜE. _adj._ c'est une épithete qu'on donne aux soyes & aux toiles qui n'ont jamais été moüillées. Il est défendu aux tapissiers de doubler les tapisseries de toiles _écrües_, parce qu'elles se retirent. Les belles étoffes se font de soye cuitte, & les petites de soye _cruë_ ou _écruë_. Il est sévérement défendu de mêler la soye cuitte avec la soye _écruë_. On dit aussi du fil _écru_.
F.
FANON _s. m._ le devant d'un bœuf, d'un taureau. Rampale dans ses Idiles a dit, _la peau d'un gras fanon lui bat sur les genoux_. Les Latins l'appellent _Paleare_.
FANON en termes de manége se dit d'un gros toupet de poil ou de crin, qui vient au derriére du Boulet de plusieurs chevaux. Les chevaux de carrosse ont souvent de gros _fanons_.
FANON, se dit aussi des barbes de Baleine, qui pendent des deux côtez de la gueule de ce monstre: le cent pesant de _fanons_ de Baleine a été réglé par Arrêt du Conseil à 67l. 10. sols: c'est ce qui sert à mettre dans le corps de juppe des femmes & à plusieurs sortes d'ouvrages, où on a besoin d'une matiére pliante & qui fasse ressort.
FANON en termes de marine est un racourcissement du point d'une voile & particuliérement de celle d'Artimon, lors qu'on la trousse & ramasse avec des garcettes, pour prendre moins de vent. Ces _fanons_ sont des bouts de corde divisez en plusieurs articles ou marticles attachez aux grandes voiles, qui les embrassent & serrent quand il est de besoin.
FANON en termes d'Eglises signifie un manipule ou ornement sacerdotal, que les Prêtres, les Diacres & soûdiacres mettent au bras gauche en officiant: il est fait en forme de petite étole. Voyez manipule où on a fait voir que c'étoit autrefois une espéce de mouchoir blanc, comme témoigne Durandus: son primitif est _Pannus_, dont les Allemans ont fait _fanus_, parce qu'ils changent ordinairement le p. en f.
FANON se dit aussi des deux pendants, qui sont au derriére de la Mître d'un Evêque, & aussi du bonnet ou de la Couronne de l'Empereur.
FANON, en termes de blason est un large brasselet fait à la maniére du _fanon_ de Prêtre pendant du bras droit, au lieu que celui du Prêtre pend du bras gauche: c'étoit autrefois une manche pendante qu'on portoit prés du poignet sur tout en Allemagne d'où ce nom nous est venu, parce que les Allemans appellent _fanen_ une piéce de linge ou d'étoffe, & quelquefois une banniére, on l'appelle autrement _Dextrochere_.
FANON se prend aussi quelquefois pour _gonfanon_, voyez gonfanon; & en ce sens Borel le dérive du grec _phaino_, _appareo_, parce qu'on le void de loin étant au bout d'une pique.
FAUCON _s. m._ Oiseau de leurre, qui a le plus beau vol & qui est le plus noble & le plus estimé entre les oiseaux de proye, c'est pourquoi il donne le nom à la _fauconnerie_, il a les pieds jaunes, la tête noire, & est semé sur le dos de plusieurs taches. Le bon _faucon_ a la tête ronde, le bec court & gros, le col long, les épaules larges, les pennes des aîles subtiles & déliées, les cuisses longues, les jambes courtes, les pieds, ou mains longs, larges & grands: il y a des _faucons_ riviereux, d'autres champêtres propres à voler sur les riviéres ou les campagnes, en Latin _falco_, _triorches_, _buteo_, & en général _accipiter_, qui est le nom de la meilleure espéce, qui l'a donné aux autres.
FAUCON _pelerin_, est celui qui vient des païs lointains, dont on ne trouve point l'aire, qui est pris depuis le mois d'Octobre jusqu'en Janvier.
FAUCON _gentil_, de passage, qui vient des païs circonvoisins, le plus aisé à dresser, qui est pris en Août ou en Septembre; ce mot vient de _Gentilis_.
FAUCON _niais_, qui n'a jamais été à soi qui est pris au nid, ou dans le roc quand il est fort petit, on l'appelle aussi _faucon_ Royal, parce qu'on l'éleve facilement.
FAUCON _sor_, c'est un faucon qui a encore son premier plumage, les pennes du premier an.
FAUCON _hagard_, c'est à dire, _fier_ & _bisarre_ celui qui n'est plus sor quand on le prend, qui a mué ou changé de plumes, on l'appelle aussi _faucon de repaire_.
FAUCON _antanaire_ ou _antenaire_, qui est pris au printemps avant la muë.
FAUCON _mué_ en main d'homme se dit simplement du _faucon mué_; quand il est mué des champs & puis pris au passage il se dit _ardoisé_, _madré_ ou _fleuri_, hors de connoissance, & vieil _faucon_.
FAUCON _tagarot_, c'est un oiseau fort long & flouet, d'une espéce particuliére, on l'apporte du côté d'Egypte.
FAUCON _Tartaret_, qui vient de Tartarie, c'est un grand oiseau dit de _haute maille_, appellé des Turcs _faucon sahin_.
FAUCONS _Balarins_, qui viennent de Hongrie sont des _faucons_ communs petits, de pennage brun avec la tête noire.
FAUCON _familleux_, c'est un faucon famelic, ou sujet à la faim.
Le _Faucon montanier_ est brun & hardi, & se doit entretenir entre gras & maigre.
Le Faucon _Thunisien_, qui vient de Thunis, nommé autrement _alphanet_ de _alpha_, parce que les Grecs le mettent au premier rang des faucons. Il y a des _faucons_ qu'on appelle du Perou, & autrement _neblies_, qui volent plus haut que les autres, qui ont des serres fortes & une couleur tirant sur le noir.
Le gerfaut, le sacre, le lanier sont des espéces de _faucons_.
FAUCON. Terme d'artillerie espéce de Canon qui a trois pouces de diamêtre & qui porte une livre & demie de balle.
FAUCONNEAU _s. m._ piéce d'artillerie, qui tient le sixiéme rang entre les Canons, qui a six à sept pieds de long, & deux pouces de diamêtre, dont la balle pese environ une livre & demie, mais selon Hanzelet c'est une huitiéme de coulevrine qui a 35. calibres de long, qui tire deux livres & demie de fer avec deux livres de poudre, & le bâtard à 30. calibres, tire trois livres de fer avec autant de poudre.
FAUCONNEAU chez les maçons, est la piéce de bois la plus haute d'un engin à élever des fardeaux, elle porte les deux poulies par où passent les cables.
FAUCONNERIE _s. f._ l'art de dresser, d'affaiter, de gouverner, d'apprivoiser & d'assûrer les oiseaux de proye, Desparon a bien écrit de la _fauconnerie_.
FAUCONNERIE se dit aussi de l'équipage de la chasse, qui se fait avec les oiseaux. Ce Prince aime la _fauconnerie_, il a beaucoup d'Officiers de _fauconnerie_. La _fauconnerie_ du Roi est en tel endroit.
FAUCONNIER _s. m._ affaiteur, ou apprivoiseur d'oiseaux, celui qui dresse & qui gouverne, ou qui a le soin des oiseaux de proye, des gants de _fauconnier_. Le grand Seigneur entretient ordinairement six mille _fauconniers_ & le moins qu'il en ait eu c'est trois mille.
On appelle chez le Roi le grand _fauconnier_, l'officier qui a soin de toute sa fauconnerie.
On dit en termes de manége, monter à cheval en _fauconnier_, pour dire monter du pied droit.
FAUCONNIERE _s. f._ poche ou bourse de fauconnier.
On appelle aussi _fauconniére_ une espéce de Bissac de cuir ou double gibeciére qu'on porte à cheval & qu'on met des deux côtez de l'arçon de la selle, où on serre les menuës hardes nécessaires pour un voyage.
FEU. _s. m._ Element chaud & sec, qui entre en la composition de tous les corps naturels, & sur tout de ceux qui sont animez. Les anciens ont crû qu'il y avoit un _feu_ élementaire dans le concave de la Lune, ce qui est une pure vision établie sans fondement. Le _feu_ n'est autre chose qu'une matiére fort subtile & violemment agitée. Le _feu_ est le plus violent de tous les acides. Dans les forges on n'employe que du _feu_ de Charbon, dans les Verreries que du _feu_ de bois sec; dans les Chambres on allume du _feu_ clair, du _feu_ de fagot quand on veut prendre l'air du _feu_, une poignée de _feu_. Les pauvres font du _feu_ de tourbes & de mottes. Les volcans sont de grands gouffres de _feu_, des feux soûterrains qui sortent de temps en temps. On fait du _feu_ avec des pierres, avec un fuzil. Aux Indes Orientales on en fait en frottant deux morceaux de bois de Candou l'un contre l'autre. Aux Occidentales avec un autre bois qu'on appelle _Ticaca_, qui ressemble à la canelle & qui sert de fuzil. Mathiole dit que les Anciens avant l'invention de l'Acier, tiroient le feu d'un bois dur, frotté avec un bois tendre & spongieux, tel que le bois de la vigne sauvage.
FEU, en termes de Chymie, se dit des degrez de la chaleur, qui servent à en faire les operations. Ainsi les Chymistes appellent _feu_ de digestion, le fumier qu'ils nomment autrement ventre de Cheval, dont la chaleur est telle qu'on ne sçauroit tenir la main dans le milieu d'un grand tas de fumier échauffé, ni souffrir dans la main une verge de fer qu'on y aura introduite & tenuë quelques momens. Le second _feu_ est celui du bain vaporeux, du Bain marie, du Bain de cendre, du Bain de sable, du Bain de limaille & autres qui sont expliquez à Bain. Le troisiéme est le _feu_ ordinaire qu'on applique sous le Vaisseau. Le quatriéme _feu_ est le _feu_ de Lampe qui est moderé & égal, qu'on peut augmenter par la grosseur & le nombre des méches qu'on allume, c'est celui qui sert aux Emailleurs. Le cinquiéme est le _feu_ de Roüe qu'on allume en rond autour d'un Creuset, qu'on approche peu à peu autour du vaisseau également & pour l'échauffer. Le sixiéme _feu_ est nommé de suppression, qui se donne lorsque non seulement on environne le vaisseau, mais aussi lors qu'on le couvre tout à fait de charbons allumez, dont on augmente la force suivant le besoin. Le septiéme _feu_, est celui de Reverbere clos, qui se fait dans un fourneau, où non seulement il frappe le vaisseau, mais encore il le refléchit & le refrappe par dessus & tout autour: il y a encore _feu_ de Reverbere ouvert, qui se fait dans un fourneau qui n'a point de couverture. Le huitiéme _feu_ est le feu de flame ou de fusion, qui se fait pour la fusion & calcination des Métaux & Mineraux, on l'appelle aussi feu d'atteinte. Le neuviéme _feu_ est celui des grandes Verreries, qui sert à vitrifier les Cendres des plantes, les sables & les caillous, qui est plus violent que tous les autres.
ON dit mesurer le _feu_, donner le _feu_ par degrez, pour dire le donner plus ou moins violent, en ouvrant ou fermant les registres ou trous du fourneau, & on l'appelle alors un _feu_ gradué.
ON croit aussi en Chymie qu'il y a un _feu_ central qui cuit & produit les métaux & les mineraux qu'on nomme l'_Archée_. On dit aussi qu'on éprouve les métaux par le _feu_, qu'il faut qu'ils souffrent le _feu_, pour dire la coupelle: en d'autres occasions on dit qu'il faut qu'ils passent par le _feu_, sur le _feu_, pour les purger du mauvais air.
ON a vû ces derniéres années quelques Charlatans à Paris qui ont mangé du _feu_, qui ont marché sur le _feu_, qui ont lavé leurs mains de plomb fondu; ce qui n'est pas un secret nouveau, puis qu'Ambroise Paré dit avoir éprouvé lui-même, qu'aprés avoir lavé ses mains de son urine, ou bien avec de l'_unguentum aureum_, on les peut laver seurement de plomb fondu. Il dit aussi qu'il fit distiller du lard fondu avec une pelle rouge sur ses mains, aprés les avoir lavées avec du _jus d'oignon_.
FEU, signifie aussi incendie, embrasement. Le _feu_ a pris à la maison, à la cheminée. On sonne le tocsin, on crie au _feu_ quand le _feu_ est quelque part. Une petite bluette, une étincelle de _feu_ cause souvent une grande incendie. Il a fallu abattre ce corps de logis à cause que le _feu_ gagnoit.
FEUX d'artifice ou _feux_ de joïe, sont des _feux_ faits artistement avec de la poudre à Canon, qu'on tire dans les réjouïssances publiques, ou dans les régals magnifiques. Ils sont composez de fusées volantes, saucissons, petards, lances à feu, pots à feu, girandoles, &c. Et accompagnez pour l'ornement de plusieurs figures & devises. On fait à la gréve un _feu_ de joïe la veille de la Saint Jean, on en fait aux naissances, entrées & mariages des Rois, dont les compositions se trouvent dans les pyrotecnies de _Hanzelet_, _Vanoccio_, _Malthus_, & sur tout de _Casimir simieirowies Polonnois_, qui en a fait un excellent Livre in folio. On dit aussi au figuré qu'un homme fait des _feux_ de joïe dans son cœur, quand il se réjouït secrettement dans son ame de quelque chose qui est arrivée.
FEU, se dit souvent en termes de guerre. On voyoit les _feux_ de l'Armée, c'est à dire, les _feux_ qu'on allume la nuit dans un Camp. Les Armes à _feu_ sont celles qu'on charge de poudre, comme pistolets, mousquets, fusils, carabines, canons, grenades, bombes & carcasses, on les appelle quelquefois bâtons à _feu_. On dit des Villes prises d'assaut, qu'on y a mis tout à _feu & à sang_. Le _feu_ de la place, c'est le flanc, ou la partie de la courtine où aboutit la ligne de défense, d'où on a fait _feu_ pour défendre la face du Bastion opposé: la meilleure façon de fortifier est celle qui donne plus de _feu_, en cet Assaut la courtine étoit toute en _feu_, il falut soûtenir, essuyer le feu de cette demi-lune. Cette trenchée étoit en filée, exposée au _feu_ de la place.
ON appelle _feu gregeois_ un _feu_ d'artifice qui brûle dans l'eau, qu'on dit avoir été inventé par Callinicus, vers l'an de grace 660. comme remarque le P. Petault fondé sur l'autorité de Nicetas & de Zonare: ce fut par son moyen que l'Empereur Constantin Pogonat ou Barbu défit les Agarennes ou Sarrasins qui le tenoient assiégé à Constantinople. Il est inextinguible, si ce n'est avec du sable, du vinaigre, ou des cuirs verds. Mais d'autres soûtiennent qu'il est plus ancien, & qu'il fut inventé par Marcus Gracchus: en effet il y a quelques Auteurs qui font mention que les Grecs & les Romains s'en sont servis dans leurs guerres, pour attaquer & défendre les Places & les Vaisseaux.
On dit d'un homme brave & intrépide qu'il ne craint point le _feu_, qu'il va au _feu_ comme à la nopce.
FEU, signifie quelquefois simplement la lumiére d'une bougie, d'une chandelle, d'un flambeau. Dans les Villes policées il est défendu de marcher la nuit sans _feu_, sans flambeau & sans lanterne. On demande du _feu_ pour cacheter une lettre. Les fermes du Roi s'adjugent au premier _feu_, au second _feu_, c'est à dire, à l'extinction de la premiére ou seconde bougie qu'on allume pendant les Enchéres. Il est défendu de pêcher, de chasser au _feu_, c'est à dire, la nuit avec de la lumiére.
FEU, en termes de Marine signifie le fanal ou lanterne, qui est sur la pouppe des Vaisseaux pour servir de guide la nuit. L'Amiral porte quatre _feux_, fanal de quatre _feux_. Le Vice-Amiral, le Contre-Amiral, & chef d'Escadre en portent chacun _trois_, les autres Vaisseaux n'en portent qu'un; le _feu_ sert aussi de signal pour régler la route, la voilure & la manœuvre: on le met en divers endroits & aux haubans de divers mats, suivant qu'il a été concerté entre les Officiers. On dit des grands vaisseaux qu'ils ne craignent que la terre & le _feu_, un Corsaire qui craint la corde s'il est pris, met le _feu_ aux poudres & fait sauter le Vaisseau. On appelle aussi _feux_, ces fanaux qui sont allumez sur le haut d'une tour, sur la côte ou à l'entrée des Ports & des Riviéres pour éclairer & guider pendant la nuit les vaisseaux dans leur route.
FEU, signifie quelquefois la cheminée. Il y a tant de _feux_ en cette maison, c'est à dire, tant de chambres à _feu_ ou à cheminées, quelquefois il se dit du _feu_ actuel qu'on entretient dans un âtre. Il me faut 20. voïes de bois par an, car j'ai toûjours deux _feux_ jour & nuit; quelquefois il se dit des utenciles qui servent à attiser, détiser, entretenir & souffler le _feu_, comme grille, pelle, pincettes, tenailles, soufflet. Un _feu_ garni d'argent.
FEU. Se dit quelquefois aussi d'un ménage, de toute une famille, il y a tant de _feux_ en cette Paroisse. Le beaupere & son gendre ne font qu'un _feu_, c'est à dire, vivent ensemble, ne font qu'un ménage: ce mot vient du latin _focus_.
FEU. En termes de Théologie, se dit des _feux_ immateriels dont Dieu se sert pour punir les méchans. Les _feux_ d'Enfer, & du Purgatoire sont des _feux_ inextinguibles qui brûlent les malheureux sans les consumer. Le monde doit périr par un deluge de _feu_. Sodome & Gomorre furent punis par le _feu_ du Ciel: ils avoient fait des crimes qui méritoient le _feu_. Dieu apparut à Moïse sous la figure d'un _feu_ ardent en un buisson, le S. Esprit descendit sur les Apôtres en langue de _feu_. Le Camp des Israëlites étoit guidé par une colonne de _feu_. Les Hebreux conservoient un _feu_ sacré dans le Temple. Les Payens ont adoré le _feu_. Les Vestales gardoient le _feu_ sacré des Romains. Les Perses ont encore des _feux_ qui brûlent depuis plus de mille ans sur des montagnes.
FEU. Se dit aussi des Astres & des Méteores. Les Poëtes appellent tous les Astres les _feux_ du firmament, les _feux_ de la nuit, des globes de _feu_. La Lune est un des moindres _feux_ du Ciel, les _feux_ follets ou ardens sont des exhalaisons qui s'enflamment. On dit que le Ciel est tout en _feu_, pour dire qu'il tonne & éclaire beaucoup. On appelle sur la mer le _feu_ saint Elme, certains _feux_ volans autour des mâts & des manœuvres, & de la cage, causez apparemment par quelques exhalaisons qui restent aprés une tempête & qui en présagent la fin. Les Mariniers les appellent saint Nicolas, sainte Claire, sainte Helene. Les Italiens _hermo_, les Castillans _san Elmo_, les Anciens _Castor_ & _Pollux_: quand il n'en paroît qu'un on l'appelle _furolle_ ou _helene_, ce qu'on tient de mauvais présage, quand il en paroît deux les Mariniers s'en réjouïssent & les saluent avec leurs sifflets.
FEU. Se dit aussi en Médecine & en Chirurgie. Le _feu_ saint Antoine étoit autrefois une maladie fort dangereuse. Le _feu_ volage est une espece de dartre qui s'enflamme & qui vient sur tout au visage. On ôte le vin aux malades de crainte de mettre le _feu_ dans une playe, d'augmenter le _feu_ de la fiévre. L'Arsenic met le _feu_ dans la bouche, dans les entrailles. Il y a des playes qui ne se guérissent qu'avec le _feu_. Le _feu_ actuel est un bouton de _feu_, un fer chaud. Un _feu_ potentiel est celui qui est enfermé dans les remédes caustiques comme les cauteres, & en quelques minéraux ou plantes corrosives. On dit aussi donner le _feu_ à un Cheval, quand on lui applique un bouton ou un couteau de _feu_ pour le guérir du farcin ou de quelques autres maladies.
FEU. Se dit en termes de Lapidaires, de l'éclat, de la vivacité de quelque corps, de la lumiére qu'il jette ou qu'il refléchit. Un Diamant fin jette bien du _feu_, de l'éclat. L'Escarboucle est une pierre imaginaire qu'on dit jetter assez de _feu_ pour éclairer une chambre. Des yeux vifs & brillans jettent du _feu_. Les vers luisans, la pierre de Boulogne, le phosphore la nuit jettent du _feu_. On appelle couleur de _feu_ un rouge vif & foncé qui a l'éclat du _feu_.
FEU. Se dit aussi de certains poils roux qui viennent autour des yeux des petits Chiens, qui les font beaucoup estimer par ceux qui en sont curieux.
FEU. Se dit figurément en choses spirituelles & morales de la vivacité de l'esprit, de l'ardeur des passions. Cet Avocat a bien du _feu_, c'est un esprit tout de _feu_. Ce Poëte n'a point de genie, il n'eut jamais de _feu_. Le _feu_ brille par tout dans ses écrits. Il a l'ame échauffée d'un beau _feu_, d'un noble _feu_.
On dit d'un homme en colere qu'il a les yeux tout en _feu_, que le _feu_ lui a monté au visage, qu'il jette _feu & flammes_, qu'il lui faut laisser jetter son _feu_. On dit aussi d'un homme amoureux qu'il brûle d'un beau _feu_, qu'il nourrit un _feu_ discret, un _feu_ caché sous la cendre, un _feu_ qui le devore. La bonne morale veut qu'on éteigne le _feu_ de la concupiscence. On dit aussi brûler d'un _feu_ divin, d'un _feu_ celeste, d'un amour divin. On dit en ce sens qu'il faut laisser passer le _feu_ de la jeunesse, ses emportemens. Le _feu_ se dit aussi du courage. On a du mal à soûtenir le premier _feu_, la premiére impetuosité des François.
FEU. Se dit aussi des troubles, des séditions. Pendant les Guerres des Huguenots tout le Royaume étoit en _feu_. Des Prédicateurs séditieux mettoient le _feu_ par tout, le Roi a éteint enfin le _feu_ de la sédition. Quand on use en ces occasions de remédes violens, on dit qu'il y faut appliquer le fer & le _feu_.
On dit au lansquenet que le premier Roi qui viendra fera _feu_, pour dire qu'il fera gagner ou perdre quelque coup notable.
FEU. Se dit proverbialement en ces phrases. Un _feu_ à rôtir un bœuf, c'est un grand _feu_ de reculée. On dit aussi il n'est _feu_ que de gros bois. On dit des débauchez qu'ils font grande chere & bon _feu_. On dit aussi qu'un homme a mis le _feu_ à la cheminée, pour dire qu'il a mangé des viandes trop salées & trop épicées, & qu'il s'est mis le gosier, le palais en _feu_. On dit aussi c'est un _feu_ de paille, d'une émotion qui ne dure pas long-temps, d'une entreprise qu'on n'achevera point. On dit aussi faire du _feu_ violet pour dire faire quelque chose avec vigueur, ou éclat, à cause que le _feu_ de bois vert qui est le plus violent tire sur le violet. On dit encore le bois tortu fait le _feu_ droit. On dit d'un homme qui s'enfuit fort vîte, qu'il court comme s'il avoit le _feu_ au cul. On dit de deux personnes ennemies qui ne se sçauroient souffrir, que c'est le _feu_ & l'eau. On dit aussi dites-lui cela & vous allez chauffer au coin de son _feu_, pour dire allez lui reprocher cela en face. On dit d'une maison qu'on trouve en desordre, qu'il n'y a ni pot au _feu_, ni écuelles lavées. On dit d'un homme fort pauvre qu'il n'a ni _feu_ ni lieu, quand il n'a aucune retraite, aucune demeure assurée. On dit de celui qui n'a point voyagé, ni n'a point vû le grand monde, qu'il n'a jamais bougé du coin de son _feu_. On dit faire mourir quelqu'un à petit _feu_, pour dire le faire languir dans une longue attente d'une chose dont il a besoin. On dit que le _feu_ ne va point sans fumée, pour dire qu'il paroît toujours quelque signe au dehors d'une violente passion qu'on a dans l'ame, & qu'il y a toûjours quelque chose de vrai de ce qu'on dit publiquement. On dit encore mettre les fers au _feu_, en parlant d'une affaire, pour dire commencer à la remuer, ou s'y appliquer vigoureusement. On dit aussi, que le _feu_ est à une marchandise, pour dire, qu'il y a presse à l'acheter qu'on y court comme au _feu_. On dit mettre le _feu_ aux étouppes, mettre le _feu_ aux poudres, jetter de l'huile sur le _feu_, mettre le _feu_ sous le ventre à quelqu'un: pour dire l'exciter, l'encourager à faire quelque action, à laquelle il étoit déja porté d'ailleurs, animer sa colére, sa passion. On dit, qu'un homme se mettroit au _feu_ pour son ami, pour dire qu'il est prêt de le servir dans les choses les plus difficiles; & qu'il mettroit sa main au feu, son doigt au feu, quand il propose quelque chose dont il est trés-assuré: ce proverbe se dit par allusion à une coûtume qu'on avoit autrefois, de se purger d'une accusation par l'attouchement du fer chaud. Cunegonde femme de l'Empereur Henri de Baviére se purgea du soupçon que son mari avoit contre elle, en marchant les pieds nuds sur 12 socs de charruë ardens.
FEU. Feuë. Subst. terme indéclinable dont on se sert en parlant des défunts, dont la mémoire est encore assez récente. Le _feu_ Roi se dit du Roi dernier mort; la feuë Reine. _Feu_ mon pere, mon oncle. Les Notaires de quelques Provinces disent encore au plurier _furent_ en parlant de deux personnes conjointes & décedées, ce qui marque que ce mot vient de _fuit_ & de _fuerunt_, néanmoins, Ménage prétend avec quelque apparence qu'il vient de _functus_, au lieu de _fato functus_.
_S'il se trouve quelque conformité en cet endroit avec le Dictionnaire de l'Academie, le Lecteur n'en doit pas être surpris, puisque c'est le même Auteur qui en a fait le canevas, dont la minute qui est écrite de sa main peut faire foi. Ce mot qui apparemment se fera distinguer des autres, doit suffire pour faire cesser le reproche qui lui est fait de n'avoir pas voulu communiquer ses lumiéres à la compagnie, puis qu'il n'en a pas été chiche toutes les fois qu'on les a voulu recevoir._
FIEF _s. m._ Terre, Seigneurie, ou droits qu'un Seigneur dominant donne à un vassal à la charge de foi & hommage avec quelques redevances. Les fiefs n'étoient point connus dans le droit Romain, mais ils sont établis dans toutes les Coûtumes de France, & plusieurs tiennent qu'ils sont venus des Lombards. Pasquier soûtient le contraire & prouve par un passage d'Aimoin qu'ils étoient en usage en France dés le temps de Clovis. On possede en _fief_ non seulement des heritages, mais des droits incorporels, comme dîmes, champarts & autres redevances & même des Offices & dignitez. Ce mot est dérivé selon quelques-uns de _fœdus_ comme venant d'un traité & d'une Alliance faite avec le Seigneur; les autres de _fides_, à cause de la foi qu'on est obligé de porter & de garder à celui dont on releve; Bodin tient que le mot _fedum_ latin vient par la contraction de ces lettres initiales, _fidelis ero domino vero meo_, qui est une ancienne formule de la foi & hommage; Nicod tient qu'il vient de _felo_ Allemand signifiant la même chose; d'autres de _foden_ qui signifie _nourrir_, ou du saxon _feod_ qui signifie _stipendium_, le _fief_ étant une espéce de prébende pour vivre; on a commencé de se servir de ce mot sous Charles le Gros. Fief _dominant_ est celui à qui on doit foi & hommage; _fief_ servant, celui qui releve d'un autre _fief_, ou qui n'a sous soi que des rotures.
Un _fief en nuesse_ ou de _Hautbert_, est celui qui reléve de la Couronne nuëment & immédiatement, ce qu'on appelle aussi de _nud à nud_, qui tient du Roi sa Seigneurie en plein _fief_, ce qu'on appelle aussi fief _chevel_. Fief _noble_, est celui qui est tenu en plein hommage, ou en pairie, ou en plein lige, où il y a Justice, Maison ou Château notable, motte, fossez ou autres signes de noblesse & d'ancienneté, on appelle les autres _fiefs_ ruraux & non nobles qu'on appelle quelquefois _fiefs restraints_ ou _abregez_. On a appelé aussi _fiefs roturiers_, des mairies, & _fiefs boursiers_ ou _boursaux_, des _fiefs_ acquis de bourse roturiére qu'on appelle en plusieurs lieux _coûtumiére_; les portions de _fief_ qui appartiennent aux aînez s'appellent aussi _Bourseaux_ en la Coûtume du grand perche. Franc fief, cette épithete est donnée aux _fiefs_, parce qu'ils ne doivent être tenus que par des personnes franches & nobles de race ou annoblies, qui sont franches libres & exemptes de tailles, aides & subsides, & on appelle _francs fiefs & nouveaux acquets_, la taxe qu'on fait tous les 30 ou 40 ans sur les roturiers, les Eglises, les Communautez & gens de main morte pour les _fiefs_ qu'ils tiennent, ou qu'ils ont acquis de nouveau, qui ne sont point amortis, afin qu'ils ne soient point obligez d'en vuider leurs mains; cette taxe se fait sur le pied du revenu de six années à l'égard des _fiefs_ qui sont tenus du Roi nuëment, & de trois ans à l'égard de ceux qui n'en relevent qu'en _arriére fief_. _Pied de fief_ est un fief dépecé & démembré dont il est fait souvent mention en la Coûtume de Tours.
Fief de _danger_ est celui dont on ne peut prendre possession qu'aprés avoir fait la foi & hommage, & qu'on ne peut aliener sans le congé du Seigneur, autrement il est confisqué.
Il y a des _fiefs_ à vie, d'autres qu'on appelle _fiefs morts_ qui sont des heritages tenus à rente seche, qui ne portent point de profit de cens, ni de rente fonciére. On dit, qu'un Seigneur de son domaine fait son _fief_ quand de son plein _fief_ il en donne une partie à un vassal pour en faire un _arriére fief_, & au contraire, que de son _fief_ il fait son domaine, quand il y réünit un _arriére fief_, ou quand il le retire par puissance de _fief_. Il y a aussi des _fiefs_ en régale, ou des fiefs de dignité comme étoit autrefois la charge de Connêtable que le Roi donnoit en _fief_, & dont on lui faisoit foi & hommage.
Fief _en l'air_, c'est un _fief_ qui n'a point de Château ou principal manoir où les tenanciers soient obligez de venir faire les devoirs & payer les droits.
Profit de _fief_, se dit des droits Seigneuriaux, comme quints & requints, rachats, laods & ventes qui se payent à chaque mutation des heritages ou _fiefs_ servans quand le _fief_ est ouvert ou vacant. On dit aussi qu'un Seigneur peut se joüer de son _fief_, pour dire le démembrer.
Puissance de _fief_, est un droit Seigneurial qui donne pouvoir à un Seigneur de retirer & de prendre un heritage dépendant de lui, pour le même prix qu'il est vendu à un étranger, & non lignager de celui qui vend, ou du vassal.
Commise de _fief_, c'est la dénégation que fait un vassal de tenir un _fief_ de son Seigneur, ce qui en emporte confiscation, d'où est venu ce proverbe qui _fief_ nie, ou _fief_ rogne, perd son fief.
Arriére _fief_, est un _fief_ relevant d'un autre _fief_, lequel en a encore un autre au-dessus de lui.
Fieffer. _v. act._ donner en _fief_ une terre, un droit à la charge de foi & hommage, & de quelque redevance.
Fieffé, ée. _part._ un Officier, un Sergent _fieffé_, sont ceux qui dépendent d'un _fief_. Il y a quantité d'Offices _fieffez_ & hereditaires. On a appellé Tailleur _fieffé_, celui qui tenoit en foi & hommage du Roi le pouvoir de tailler les monnoyes de France. On dit aussi par injure & exaggeration, un coquin _fieffé_, une coquette _fieffée_, de ceux qui font profession d'être malhonnêtes gens ou qui sont galantes de profession.
FOYER _s. m._ l'âtre de la cheminée d'une chambre où on fait le feu. Les Penates des anciens étoient appellez les Dieux des _foyers_. Ce mot vient du latin _foculare_. Ménage.
Foyer se prend quelquefois pour la maison. Ce Gentilhomme a envoyé ses enfans à la guerre, & il est demeuré pour garder son _foyer_; cela se dit aussi des faineans ou poltrons qui ne veulent point s'éloigner du coin de leur feu.
Foyer, en termes de Marine se dit des feux allumez au haut d'une Tour éminente pour donner la nuit par leur lumiére l'adresse aux vaisseaux, comme la Tour de Cordoüan sur la riviére de Bourdeaux, les lanternes de la Rochelle, de Boulogne, de l'Ecluse, le Phare d'Alexandrie, &c. On le dit aussi des feux, que ceux qui font le guet sur la côte doivent avoir pour faire des signaux. On appelle aussi _foyer_ dans les vaisseaux l'endroit où on fait le feu.
Foyer en termes de Géometrie se dit des centres des ellipses, des paraboles & des hyperboles où aboutissent les réflexions des rayons qui tombent sur leurs surfaces, & d'où on tire des lignes qui ont de particuliéres proprietez amplement démontrées par Appollonius Pergeus dans ses sections coniques. Les Ellipses ont deux _foyers_ ou centres sur lesquels la figure est décrite, d'où les lignes qui sont tirées à quelque endroit que ce soit de la circonference égalent étant prises ensemble le grand Diametre.
On appelle aussi _foyer_ dans les miroirs ardens, le point brûlant où se rassemblent les rayons soit par la réflexion, soit par réfraction à travers un verre de lunette quand il est taillé en sorte que les rayons soient convergens.
Le foyer solaire est un rond ou cone de brillante clarté & fort vive qui se forme des rayons de lumiére brisez dans un verre sphérique & convergents qui aboutissent à un point brûlant. C'est une erreur de croire que ce _foyer_ soit justement au centre du verre qui a causé la réfraction, il ne va que jusqu'au tiers ou au quart du rayon. Il faut que la retine soit au _foyer_ du cristalin afin que la vision soit parfaite.
En termes de Médecine on appelle _foyer_ le lieu où on croit qu'est le principe & le levain de la fiévre. Les fiévres tierces & quartes viennent de ce que la corruption des humeurs est faite en deux ou trois _foyers_ differents.
FUGUE, _s. f._ Terme de musique, est une suite de consonances qui se chantent à deux parties, dont la premiere s'appelle _guide_ qui précede & montre le chemin à la seconde qu'on appelle _consequente_ ou _imitation_, _replique_, _redite_, _écho_, c'est à dire, qu'elle montre par quels degrez ou intervalles elle doit aller. La seconde commence à chanter par une notte qui est à la quinte ou à la quarte de la premiere notte. Lorsque la premiere notte de la consequente est à la quarte de la premiere de la _guide_, on l'appelle _fugue en diatessaron_, & quand elle est à la quinte _fugue en diapente_, & ainsi des autres. La _fugue grave_ se jouë dans la grande orgue sur le bourdon, prestant, trompette & clairon.
La _contrefugue_ se fait lors que l'une des parties monte, & que l'autre descend par mêmes intervalles, comme quand la guide fait la, sol, fa, & la consequente fa, sol, la, &c.
G.
GALEASSE. _s. f._ c'est un Bâtiment de bas bord, le plus grand de tous les Vaisseaux à Rames. Elle a ses Rameurs sous couverte, & elle peut porter 20. canons avec une pouppe capable de loger un grand nombre de Mousquetaires: elle va à Rames & à voiles, & à trois Masts, Maestre, Misaine & Artimon qu'elle ne desarbore point: elle a 32. bancs & six ou sept Forçats à chacun, elle a trois batteries à proüe l'une sur l'autre de deux canons chacune, de 36, de 24. & de dix livres de boulet; elle en a deux à pouppe chacune de trois canons de 18. livres. Les seuls Venitiens ont eu jusqu'ici des Vaisseaux de cette espece. Guillaume de Tyr fait mention de Galeasses qui ont 100. bancs de Rames.
GALEBANS. _s. m._ Terme de marine, ce sont deux cordages qui tiennent les masts de hune dans leur assiéte & qui secondent les aubans, on les appelle aussi _Galaubans_ & _Galans_.
GALEE, en termes d'Imprimerie, est la planche qui sert à poser les lettres à mesure qu'elles sont arrangées par le Compositeur avant que de les imposer pour en faire les formes.
GALIMATHIAS. _s. m._ Discours obscur & embroüillé où on ne comprend rien.
On le dit aussi des affaires fort embarassées & des maisons qui sont en trouble & en desordre; le mari plaide contre sa femme, le fils contre le pere, c'est un Galimathias où on ne comprend rien. Ce mot vient de _Polimathie_ qui signifie diversité de sciences; à cause que ceux qui ont la mémoire chargée de plusieurs sortes de sciences, sont d'ordinaire confus & s'expliquent mal.
GARDE. _s. f._ Terme de Guerre, de Chasse, &c. Défense ou conservation de quelque chose; Le Roi a commis la _garde_ de ce Château à un tel Capitaine: Cette Ville est de grande _garde_; Une fille à marier, de petits enfans, sont de difficile _garde_.
On le dit aussi des gens qui sont préposez pour aider à cette _garde_; Il faut bien deux mille hommes pour la _garde_ de cette Ville. Les Academiciens sont exempts de guet & de _garde_.
Garde, est aussi la faction ou la vigilance qu'on a dans le service pour la défense d'une Place; ainsi on dit, un tel Régiment est aujourd'hui de _garde_, entre en _garde_, monte, descend, réleve la _garde_, un Officier, un Sergent de _garde_. Un corps de _garde_ est un poste où on met plusieurs Soldats qui se relevent de temps en temps, & qui relevent aussi les sentinelles: il se dit non seulement du lieu, mais aussi des Soldats qui y sont postez pour s'y défendre, soit au Camp, soit dans la Ville.
On dit chez les Grands, que des Officiers, des Pages, des Laquais sont de _garde_, pour dire qu'ils sont de jour, & obligez à être assidus au service de leur Maître, tandis que les autres se reposent.
Grande _garde_, en termes de Guerre est un corps de Cavalerie composé de plusieurs Escadrons détachez à la tête d'un Camp pour résister quelque temps à l'ennemi, jusqu'à ce que l'Armée ait loisir de se mettre en ordre pour combattre.
On dit aussi _garde avancée_ ou _garde folle_, celle d'un corps de 15 ou 20 Maîtres qui est au delà de la grande _garde_ pour avertir des approches de l'ennemi.
On dit en termes de Palais, mettre à la _garde_ de quelqu'un, pour dire charger quelqu'un de la conservation du quelque chose: On a mis ce Prisonnier à la _garde_ d'un Huissier, pour dire qu'il sera tenu de répondre de sa personne. On a laissé tous les meubles saisis de cette maison, à la _garde_ d'un voisin qu'on en a chargé, qui a pris tout en sa _garde_. On a mis cette fille à la _garde_ d'une telle Dame.
On dit aussi payer la _garde_ de quelque chose, pour dire le salaire qu'on donne à celui qui a eu le soin de la garder & conserver. On lui a taxé tant pour ses frais de _garde_.
On appelle aussi lettres de _garde-gardienne_, des Lettres de privilége que le Roi donne à quelques personnes & Communautez, par lesquelles, il déclare qu'il les prend en sa _garde_ particuliére, & pour cet effet il leur assigne de certains Juges, par devant lesquels toutes leurs causes sont commises; anciennement c'étoit le Prévôt de Paris, & maintenant ce sont les Requêtes du Palais & de l'Hôtel. L'Université de Paris, l'Abbaïe de S. Victor ont des Lettres de _garde-gardienne_ attributives de Jurisdiction au Prévôt de Paris.
Garde-_noble_, Terme de Coûtumes, est un droit que les peres & les meres nobles ont de joüir du bien de leurs enfans mineurs jusqu'à un certain âge, qui est de 20. ans pour les mâles & de 15. ans pour les filles en la Coûtume de Paris, sans être tenus d'en rendre compte: à la charge de les entretenir selon leur qualité, de tenir les bâtimens en bon état, & de païer toutes leurs dettes mobiliaires. En Normandie le Seigneur Feodal à la _garde-noble_ des orfelins de ses vaisseaux & de leurs Fiefs tenus de lui en hommage.
Garde _Bourgeoise_ ou _roturiere_, est un droit ou privilége accordé aux Bourgeois de Paris par la Coûtume, qui est le même à l'égard des peres ou meres bourgeois, que celui de _garde-noble_ à l'égard des Gentilshommes.
Garde, en termes des Eaux & Forêts, est une étenduë de païs, dans laquelle certains _gardes_ & Officiers sont commis pour l'a conservation des bois: Les grands Maîtres sont obligez par l'Ordonnance de faire leurs visites de _garde_ en _garde_.
Garde, signifie quelquefois protection: Ainsi le Roi finit les Lettres qu'il écrit à ses sujets, priant Dieu qu'il vous ait en sa sainte _garde_: On dit aussi à ceux qu'on éconduit, allez vous-en à la _garde_ de Dieu.
Garde, signifie aussi précaution, & on dit absolument prenez _garde_, ou prenez _garde_ à vous, à vôtre conduite: Il faut bien se tenir sur ses _gardes_ quand on a à faire à des méchans: Il faut se donner de _garde_ des surprises des chicaneurs: Il faut être toujours en _garde_ contre les tentations de l'Esprit malin: Je n'ay _garde_ de manquer au respect que je vous dois: On dit aussi, il n'a _garde_ d'être aussi brave que son aîné, pour dire il s'en manque beaucoup.
Garde, signifie aussi considération. Vous ne prenez pas _garde_ que ce que vous dites fait contre vous: Quand on contracte il faut bien prendre _garde_ à ce qu'on dit, & à ce qu'on fait: Quand on juge, quand on fait des experiences, il faut prendre _garde_ jusqu'aux moindres circonstances, jusqu'aux moindres minuties: on dit aussi il faut toûjours être en _garde_ avec cet homme-là, pour dire qu'il est accoûtumé à tromper, à surprendre les gens: Cet avare prend _garde_ jusqu'à la moindre obole, il est exact à ne rien relâcher: Il ne faut pas prendre _garde_ à ce que dit un foû, un yvrogne, pour dire, s'en fâcher, y ajoûter foi, &c.
Garde, en termes de négoce, signifie conservation, durée, en même état: Le vin est verd cette année, il sera de _garde_. Les fruits d'Eté ne sont pas de _garde_, il les faut confire pour être de _garde_: La mode de ces étoffes se passe; la _garde_ n'en vaut rien.
On appelle chez les Joüeurs de Piquet une _garde_, certaine petite carte de même point que le Roi qu'ils ont en main & dont ils n'ont pas l'AS: On perd souvent une belle partie de Piquet pour avoir écarté sa _garde_: Une double _garde_, ce sont deux cartes de ce même point.
Garde, est aussi une femme qui est attachée au service d'un malade, ou d'une femme en couche: Les pareins & mareines font un présent à la sage femme & à la garde.
Garde, est aussi un terme d'escrime, & on dit être en _garde_ & se mettre en _garde_, pour dire se mettre en posture pour se défendre de son ennemi les armes à la main.
Il y a quatre _gardes_ générales de l'Epée, que pour bien concevoir, il faut se représenter un cercle décrit sur un mur à plomb & divisé en ses quatre points cardinaux, de haut en bas & de droit à gauche: quand on porte la pointe de son Epée au point inferieur du cercle, avec le fort opposé au point superieur du même cercle, & le corps fort penché en avant, c'est ce qu'on appelle la _prime_ ou la _premiere garde_; la _seconde garde_ que plusieurs nomment _tierce_, mais improprement, se fait en portant la pointe de l'Epée au deuxiéme point du même cercle distant d'un quart du premier point, & montant à gauche, le fort de l'Epée tourné à droit en dehors, & le corps relevé à proportion: La _tierce_ ou la _troisiéme garde_ se fait en posant la pointe de l'Epée au point superieur du même cercle, qui est diametralement opposé à l'inferieur de la _prime_, & alors le corps, le bras, & l'Epée sont dans leur naturelle disposition, & dans le milieu des extrêmitez de leurs mouvemens: La _quarte_ se fait en portant la pointe de l'Epée au quatriéme point du même cercle, directement opposé à celui de la seconde, en descendant à droit à un quart de la tierce, le côté exterieur du bras & le plat de l'Epée étant tournez vers la terre, le corps étant hors la ligne à droit, & le fort de l'Epée vers la ligne à gauche: Il y a une _quinte_ & cinquiéme _garde_ qui n'est que le retour de la pointe de l'Epée à droit aprés la révolution de ce cercle, au point inferieur de la _prime_ d'où elle étoit partie & néanmoins avec une autre disposition du corps, du bras, & de l'Epée.
Toutes ces _gardes_ s'appellent aussi _figures_ & _postures_; le centre de ces mouvemens doit être à l'épaule: En toutes ces sortes de _gardes_ il y en a de _hautes_ avancées, hautes retirées, hautes moyennes, quand elles sont posées devant la plus haute partie du corps, aiant le bras tout étendu, fort retiré, ou entre l'une & l'autre extrêmité: Les _gardes_ moyennes avancées, ou simplement moyennes sont celles où l'Epée est posée devant la partie moyenne du corps: Les _gardes-basses_ avancées, retirées, ou basses-moyennes sont celles où le bras & l'Epée sont avancez, retirez, ou entre les deux extrêmitez, & sont situez devant la partie basse du corps. Quelques-uns croyent que la principale _garde_ est celle de _prime_; les autres la _quinte_; d'autres avec plus de raison croyent que c'est la _tierce_, parce qu'elle est composée de lignes droites, qui sont plus aisées à défendre que les obliques comme sont du côté droit la prime & la seconde, & du côté gauche la quarte & la quinte.
GARDE. Se dit aussi de la défense qui est auprés de la poignée d'une épée pour empêcher que la main ne soit offensée par l'ennemi. Une _Garde_ d'argent, une _Garde_ damasquinée. Il lui a enfoncé son épée jusqu'à la _Garde_. Il lui en a donné jusqu'aux _Gardes_. Il y a des _Gardes_ à branches & des _Gardes_ à ponte.
Gardes. En termes de Venerie se dit des ergots du sanglier, ou des os de derriere les jambes proche les pieds, en Latin _apri calcaria_.
En termes de Marchands on appelle _garde_ forte & _garde_ foible dans la Balance Romaine, des broches de fer qui passent à travers de la branche, où est attaché l'anneau qui soûtient la Balance. La foible est la plus éloignée, & la forte la plus proche du centre de la balance: celle-ci soûtient un plus grand poids que l'autre.
Garde de peson sont des boucles qui sont attachées aux broches du peson.
Gardes. En termes de Marine, ce sont les deux Etoiles les plus voisines du Pole Arctique, qui sont les dernieres du chariot de la petite Ourse, sur lesquelles si on éleve un triangle équilateral, sa pointe tombera justement sur le point du Pole; car c'est abusivement qu'on dit l'Etoile Polaire, parce qu'il n'y en a point précisément sur le Pole. Quelques-uns mettent trois _gardes_ au lieu de deux.
Gardes. En termes de Serrurier sont de petites pointes ou lames de fer, qui sont tellement disposées pour entrer dans les dents ou les fentes du paneton de la clef, que pour peu qu'il y ait de changement la clef ne tourne plus: & quand on dit changer les gardes, c'est changer ces petites piéces de fer.
Garde, _s. m._ Archer ou soldat détaché d'une Compagnie pour protéger quelqu'un, ou pour l'arrêter, ou pour veiller à ses actions. Les Maréchaux de France ont envoyé un _Garde_ à chacun de ces Gentilshommes qui se vouloient battre. On le dit aussi de tout le corps des Compagnies, des Régimens d'Archers ou de Cavaliers: & en ce sens on dit Capitaine des _Gardes_, de ceux qui commandent les Compagnies des _Gardes_ du Corps du Roi, & Capitaine aux _Gardes_, des Capitaines du Régiment des _Gardes_ Suisses ou Françoises. Un cadet aux _Gardes_. Les _Gardes_ de la Manche, les Chevaux legers de la _Garde_.
On dit aussi les _Gardes_ d'un Prince, d'un Général, d'un Gouverneur. Les _Gardes_ de la Prévôté de l'Hôtel, du Prévôt de Paris. Les _Gardes_ du Sel, des Aides. Les _Gardes_ des Ports. _Gardes_ des pertuis, des riviéres, &c. Il est fait mention aussi dans les Coûtumes des _Gardes liges_, qui sont des vassaux qui sont obligez à garder le corps de leur Seigneur avec armes suffisantes.
Les _Gardes_ de la Marine sont des Gentilshommes destinez à servir sur les vaisseaux, pour être auprés de l'Amiral, ou pour aider aux Officiers dans leurs fonctions.
On appelle aussi _Garde_ celui qui a le soin de quelque chose. Le _Garde_ de la Bibliotheque du Roi. Le _Garde_ des Chartres. Le _Garde_ des Livres de la Chambre des Comptes.
On appelle aussi dans les six Corps des Marchands les Maîtres & _Gardes_, ceux qui sont élûs de ces Corps pour être Jurez, & faire observer par les autres les Statuts & Réglemens de chacune de ces Communautez. Dans les Corps des Artisans il n'y a que des Jurez. Il y a aussi des _Gardes_ & _Contre-gardes_ des marais, îles & salines.
Gardes. En termes des Monnoyes, ce sont des Officiers considerables & les premiers Juges des Monnoyes, dont les appellations ressortissent à la Cour; Il y en a deux établis dans chaque Hôtel, où on les fabrique. Leur institution est ancienne & auparavant l'an 689. comme il résulte d'un titre rapporté par Dargentré. Leur fonction est de veiller sur tout le travail de la Monnoye, à ce qu'il soit fait selon l'Ordonnance, de peser, rebuter & faire refondre les espéces trop foibles de poids & de loi, d'en tenir Registre & d'en faire des Procés verbaux, & de les envoyer à la Cour, avec les boëtes dans lesquelles ils enferment les piéces & échantillons pour être jugées.
Garde _bois_. _s. m._ Sergent ou Archer commis à la garde des Forêts.
Garde-_chasse_. _s. m._ Sergent ou Archer que le Roi ou les Seigneurs commettent à la _garde_ de leurs chasses.
Garde _côte_. _s. m._ Vaisseau armé en guerre qui croise la mer le long des côtes pour la préserver de la pillerie des pirates, & escorter les vaisseaux Marchands. Il y a aussi sur terre des Capitaines _Garde côtes_ distribuez le long des côtes de la mer pour veiller à la conservation de la côte, & empêcher les descentes dans une certaine étenduë de Païs dépendante de leur Capitainerie. Les Capitaines _Garde côtes_ sont exempts de l'arriere-ban, comme il est porté dans la Nouvelle Ordonnance de la Marine.
_Garde marteau._ Officier des Eaux & Forêts qui garde le marteau avec lequel on marque le bois qu'on doit couper dans les Forêts du Roi quand on fait des ventes. Le _Garde marteau_ assiste au jugement des procés, & y a voix déliberative, même y tient le Siege en l'absence du Maître & du Lieutenant.
Garde. Se dit aussi de plusieurs Officiers de Justice, Monsieur le Garde des Sceaux est un grand Officier à qui le Roi commet la _garde_ de son Scel Royal quand il n'y a point de Chancelier, ou lors qu'il ne luy est plus agréable. Il y a aussi des _Gardes_ du petit Scel dans les Jurisdictions Royales, du nom desquels sont intitulez les Contrats qui se passent dans leur ressort.
On appelle le Prévôt de Paris simplement _Garde_ de la Prévôté, à cause que c'est le Roi qui est le premier Juge & Prévôt, & pour cela il y a un dais au dessus du Siége du Prévôt de Paris, ou de son Lieutenant Civil; ce qui n'est pas même dans les Parlemens, sinon quand le Roi y va tenir son Lit de Justice. On l'appelle aussi _Garde_ & Conservateur des Priviléges de l'Université, des Foires, &c.
_Garde rôle._ Est un Officier de Chancellerie qui garde les rôles des oppositions qui se font au Sceau à la résignation des Offices de ceux qui ont des créanciers. Il y en a aussi d'établis pour les rentes de l'Hôtel de Ville, qu'on appelle Conservateurs des hypotheques. Les _Garde rôles_ rapportent à Monsieur le Chancelier des Provisions des Offices, & les Conservateurs, des Lettres de ratification de la vente des rentes sur la Ville.
_Gardenotte._ _s. m._ C'est la qualité que prennent les Notaires, qui se disent Notaires & _Gardenottes_ du Roi; c'est à dire, qu'ils gardent les minutes des contrats que les particuliers passent devant eux; qui originairement s'appelloient _Nottes_.
_Garde-sacs._ Est un Greffier dépositaire & chargé des sacs & productions des parties; & particuliérement au Conseil, & dans les Parlemens.
_Garde vaisselle._ Est un Officier chez le Roi qui a soin de la vaisselle d'or & d'argent.
_Garde meuble._ Officier qui garde les meubles du Roi, dont on ne se sert pas actuellement: on le dit aussi du lieu où ces meubles sont conservez. Le _Garde meuble_ du Roi est la chose la plus magnifique qui soit au monde.
_Garde-magazin._ Est un Officier d'un Arsenal; qui tient registre des poudres, canons, armes, provisions, & toute autre chose qu'on lui laisse en garde.
_Garde._ Se dit aussi d'autres lieux & de ce qui sert à la conservation des autres choses.
_Garde manger._ Lieu où on serre la viande & autres choses bonnes à manger, il se dit tant d'une petite chambre qui est à côté de la cuisine, que d'une armoire, ou même d'un grand bassin.
_Garde robbe._ _s. f._ Petite chambre voisine de celle où on couche qui sert à serrer les habits & les hardes d'une personne, ou à coucher les valets qu'on veut avoir prés de soi la nuit. Dans les logis Bourgeois on appelle _garde robbe_ toute petite chambre qui accompagne une grande.
_Garde robbe._ Chez le Roi & les Princes est un appartement où on met les habits du Roi & des Princes, & tout ce qui sert à leur personne, & où se retirent les Officiers qui y servent.
On appelle aussi la _Garde robbe_ tous les Officiers qui y sont en fonction. La _garde robbe_ du Roi suit toûjours sa Personne. Le grand Maître de la _Garde robbe_. Les valets de la _Garde robbe_. Le premier valet de la _Garde robbe_.
On le dit aussi des hardes & habits de la _Garde robbe_. A la mort de ce Prince, sa _Garde robbe_ fut estimée dix mil écus; Il donna sa _Garde robbe_ à ses Officiers.
On appelle aussi _garde robbe_ un aisement, un privé. Aller à la _garde robbe_ c'est aller décharger son ventre. Ces pilules font aller deux ou trois fois à la _garde robbe_.
Garde robbe. _s. m._ Tablier de toile que mettent les femmes de basse condition pour conserver leurs habits.
Garde bonnet. C'est une coiffe de toile qu'on met sur le bonnet des enfans pour empêcher qu'ils ne le salissent. On appelle aussi _garde manches_, les fausses manches qui servent à même effet.
Garde-infant. _s. m._ Grand vertugadin que portent les femmes Espagnoles sur les reins, & qu'on portoit il y a quelque temps en France, qui sert à empêcher qu'elles ne soient incommodées dans la presse; c'est une espéce de ceinture rembourée ou soûtenuë par de gros fils de fer, qui est fort utile aux femmes grosses.
Gardes corps. En termes de Marine, sont de gros tissus fort épais faits de nattes ou de cordages tressez, qu'on étend avec les pavois sur le bord du vaisseau pour couvrir le soldat dans les combats de mer.
Garde-feux. En terme de Marine, ce sont les boëttes où on met les gargouches.
Gardefou. _s. m._ Petit parapet ou barriére que l'on met aux bords des lieux ou passages élevez pour empêcher qu'une personne tombe, comme sur les ponts, quais, chaussées & terrasses des tours ou des bâtimens.
Garde feu. _s. m._ Grilles, ou barres de fer qu'on met à une cheminée, pour empêcher que les enfans ne tombent dans le feu.
Garde boutique. Se dit chez les Marchands, de la marchandise frippée & hors de mode, qu'il est difficile de vendre & qui demeure long-temps dans la boutique.
Avant-garde. Arriére-garde. Contregarde. Sauve-garde. Mégarde, seront à leur ordre.
GAUDE. _s. f._ Drogue de Teinturier qui teint en jaune, c'est une plante qu'on seme dans des terres legéres en Mars ou en Septembre. La Gaude la plus menuë & roussette est la meilleure.
_Gauder._ _v. act._ Teindre une étoffe avec de la Gaude. Les bleus teints en indigo doivent être gaudez, & deviennent verds.
GENETTES. _s. f._ Ce sont des animaux qui ressemblent en grandeur aux chats d'Espagne, ou à des fouïnes, qui ont un nez long & menu, le col & le corps grêles & souples, dont les peaux échauffées sentent comme des Civettes ou du Musc. Quelques-uns les appellent _Chats d'Espagne_; d'autres croyent que c'est la petite _Panthére_ d'Oppian. Cet animal est plus petit qu'un Renard, quelquefois il est roux & a des taches noires. Voyez sa figure dans Jonston, chap. 12. liv. 3. tom. 2. On en trouva quantité de peaux dans le camp d'Abderama, lors de la grande victoire que Charles Martel obtint contre lui, en mémoire de laquelle fut établi le premier Ordre de Chevalerie qu'on ait vû en France, qu'on appella du _Genet_. Cette peau est extrêmement noire, luisante comme un satin & marquetée de rouge.
GIRON. _s. m._ Espace qui est depuis la ceinture jusques aux genoux, il se dit particuliérement des femmes & du tablier qu'elles portent, & sur tout quand elles sont assises. Elle a toûjours un enfant, un petit chien sur son giron. Cette païsane a apporté des champignons plein son _giron_, pour dire plein son tablier. Ce mot vient de ce que les habits longs s'élargissans par en bas, & se retrecissant par en haut, forment vers la ceinture une espéce de _giron_ d'Armoiries, ou de triangle, à l'endroit que les Latins appelloient _gremium_; les Italiens appellent encore _gheroni_, les _girons_ des habits: & c'est un proverbe parmi eux, que ce qui ne va pas aux manches, va au _giron_, pour dire que ce qui ne sert pas à un usage, peut servir à un autre.
_Giron._ Se dit figurément de l'Eglise, & on dit qu'un huguenot, un apostat est revenu au _giron_ de l'Eglise: pour dire s'est converti & a reconnu sa faute.
_Giron._ En Architecture est la largeur de la marche d'un escalier, ou le lieu où on pose le pied; Il se dit particuliérement des marches d'une vis d'escalier qui vont en tournant & qui sont plus larges par un bout que par l'autre.
_Giron_ ou _guiron_. Terme de Blason, c'est une figure triangulaire qui a une pointe longue faite comme une marche d'escalier à vis, & qui finit au cœur de l'Ecu. On voit des Ecus qui ont six, huit, dix, douze & jusqu'à seize _girons_ qui se joignent par leurs pointes à l'abysme de l'Ecu; ils sont alternativement de métail & de couleur.
_Gironné. ée._ Terme de Blason qui se dit d'un Ecu divisé en plusieurs _girons_; quand il est gironné de huit on l'appelle absolument _gironé_; D'autres l'appellent parti, coupé, trenché & taillé, parce qu'il est fait par ces divisions de l'Ecu; y ayant quatre girons qui forment un sautoir, & les quatre autres une croix; Quand il y a plus ou moins de girons, il en faut exprimer le nombre.
GNOMON, _s. m._ Est le style qu'on met sur les Cadrans pour marquer les heures.
_Gnomon._ Signifie aussi cette petite aiguille de cuivre qu'on met au centre d'un petit cercle polaire sur le méridien d'un globe, & qui a le même mouvement que l'axe.
_Gnomonique._ _s. f._ Science qui fait partie des Mathématiques; Elle enseigne à faire toutes sortes de Cadrans au Soleil & à la Lune pour connoître les heures par le moïen des ombres, & d'un _gnomon_ ou style qui les marque: on y décrit tous les autres cercles de la Sphére si on veut. Clavius a fait un Livre in folio de la _Gnomonique_, qui comprend tout ce qu'on peut sçavoir sur les Cadrans. Sebastien Munster a fait un traité fort joly de la _Gnomonique_. On a aussi écrit de la _Gnomonique_ speculaire. Elle enseigne l'art de faire des Cadrans qui marquent l'heure par la réflexion de la lumiére sur toutes sortes de surfaces.
GONFANON. _s. m._ Terme de Blason; quelques-uns disent _confaron_, ou _gonferon_, ou _gonfalon_: c'est une forme de Banniére d'Eglise à trois ou quatre _fanons_, ou piéces pendantes & aboutissantes non pas en quarrez comme les Banniéres, mais en pointes mousses & à demi rondes, dont les plus usitées sont à trois pendans, & quelques-unes bordées & frangées d'un émail different. Ce _Gonfanon_ étoit la Banniére de l'Armée Chrêtienne prise par Baudoüin Comte de Boulogne & d'Auvergne, frere de Geoffroy ou Godefroy de Boüillon, auquel elle avoit été envoyée par le Pape, comme au vray défenseur de l'Eglise contre les infidéles.
Le _Gonfanon_ de l'Eglise de S. Pierre est de gueules à deux clefs d'argent passées en sautoir. Le Pape & d'autres Prélats ont donné des _Gonfanons_ à des Séculiers, en leur donnant le titre d'avoüez & de défenseurs des Eglises & des Abbayes. L'Eglise de Lyon a un _gonfanon_ rouge chargé d'un lyon d'argent qu'elle fait porter aux Processions.
Le _Gonfanon_ est la marque des Eglises Patriarchales, qui le font porter devant elles quand elles marchent en Procession. Ce mot vient de ce que le _Gonfanon_ est composé de plusieurs piéces pendantes, dont chacune se nomme _Fanon_ de l'Allemand _Fanen_, qui signifie une piéce de linge ou d'étoffe & une banniére.
On appelle aussi _Gonfanons_ d'Eglise des Baniéres qui se font pour certaines solemnitez & cérémonies, comme en celle de la Canonisation des Saints, que l'on charge des Armoiries des Papes, des Cardinaux Patrons, des Légats, des Evêques, & des Saints canonisez: Comme aussi des Ordres, Communautez ou Confrairies dont ils ont été membres, des Princes dont ils étoient sujets, ou qui ont fait le plus d'instance pour les faire canoniser.
GONFANONIER ou _Gonfalonier_, _s. m._ qui porte l'Etandart de l'Eglise. Il vient du mot de _Gunt Fanonarius_, qui se trouve dans les Capitulaires de Charles le Chauve. _Ménage._
On a appellé aussi _Gonfanoniers_ les protecteurs que les Papes établirent dans les principales Villes du patrimoine de saint Pierre, depuis que les Empereurs s'éleverent contre l'Eglise, & perdirent la qualité de ses protecteurs. On a appellé aussi _Gonfanoniers_ de l'Eglise de saint Martin de Tours les Comtes d'Anjou, depuis que par leur soin le corps de saint Martin fut rapporté d'Auxerre en son Eglise. On appelloit aussi les anciens Comtes du Vexin _Gonfanoniers_ de l'Eglise de saint Denis en France, parce qu'ils portoient la Banniére, qui s'appelloit l'Oriflame. Les Ducs de Modéne, d'Urbin & de Parme, se glorifient de ce que ceux de leur famille ont possedé la charge de _Gonfanoniers_ de l'Eglise, & ils en portent le _Gonfanon_ dans leurs écus.
Chez les Florentins il y a eu un Magistrat qu'on appelloit le _Gonfalonier_ de la Justice. A Lucques le chef de la République s'appelle aussi _Gonfalonier_.
GRAIRIE. _s. f._ Terme des Eaux & Forêts, Partie d'un Bois qui est possedée en commun. Il en est fait mention en la plûpart des articles de la nouvelle Ordonnance des Eaux & Forêts.
GRAIRIE. Est aussi un droit que le Roi prend sur les bois qui sont sur le trés-fonds d'autrui, à cause de la justice qu'il fait exercer par ses Officiers des Eaux & Forêts pour leur conservation, comme à Orleans on paye deux sols parisis d'une part, & dix-huit deniers d'autre pour ce droit, comme dit Chauffour. Ce droit est different selon les lieux.
GROUPPE. _s. m._ Terme que les Peintres & Sculpteurs ont emprunté des Italiens, qui se dit d'une piéce de sculpture ou d'un endroit de tableau où il y a plusieurs figures assemblées qui ont quelque rapport ensemble d'hommes, d'animaux, ou de fruits. Il y a dans les Tuilleries un beau Grouppe de marbre. On dit aussi telle & telle chose font grouppe avec telle ou telle autre, quoi que ce soient des corps de differente nature. Il faut que dans un tableau toutes les figures soient divisées en deux ou trois grouppes, ou bandes. Il vient de l'Italien Groppo.
GRIOTTE. _s. f._ grosse cérise à courte queuë plus douce que les autres & qui tire sur le noir; il y en a aussi quelques-unes qui sont aigres. On dit que ce mot vient du Grec _agrioti_, qui marque l'acidité de ce fruit.
_Griottier._ _s. m._ Arbre qui porte les griottes.
_Grip._ _s. m._ vieux terme de marine qui signifioit un petit bâtiment pour aller en course, comme aujourd'hui le Brigantin. Les Corsaires qui partent pour courir les mers, disent encore qu'ils vont au Cap de _Grip_.
GUESDE. _s. f._ ou pastel, qui est la même chose. C'est une herbe semblable au Plantin, excepté qu'elle a ses feüilles un peu plus grosses & plus noires, & qu'elle a la tige de deux pieds de haut. Voyez Pastel. Elle est de grand usage chez les Teinturiers. Les anciens Bretons s'en peignoient le visage pour être plus terribles en guerre, comme témoigne Cesar; & Pline dit que les femmes en usoient de même en certains sacrifices. Ce mot vient du Latin _Guastum_, ou _Guasdum_, qui signifie la même chose, & qui est un vieux mot Gaulois, comme on infere du passage de Pline. On appelle encore _Vouede_ en Normandie le petit _Pastel_, ou _Guesde_. Il y a plus d'apparence que l'un de ces mots vient de la corruption de l'autre. On l'appelle aussi _Isatis_. Saumaise soûtient qu'il faut dire _guastum_, & non pas _glastum_, comme il est écrit communément dans les Livres.
GUEUSE. _s. f._ Terme de Fondeur, est une grosse piéce de fer qui dans sa premiére fonte coule dans des Canaux triangulaires, & se forme en gros lingots du poids de trois, cinq, & jusqu'à six mil livres. On porte de là les gueuses à la Forge, ou à la Fonderie, où on les forge, & on les fend avec l'aide des moulins qui remuent un puissant marteau. En Latin on l'appelle _Sporca triangularis_.
H.
HAMAC. _s. m._ Terme de Relations. C'est un lit de cotton dont on fait grand trafic en toutes les Indes Occidentales. Pour s'en servir on le suspend à deux Arbres, & il garantit ainsi des Animaux farouches & des insectes. Les Caraybes sont si superstitieux qu'ils les travaillent avec grande cérémonie, ils mettent au bout du Métier des Pacquets de cendre, faute de quoi ils croyent que leur _Hamac_ ne dureroit pas: s'ils avoient mangé des figues quand ils ont un _Hamac_ neuf ils croyent que cela le feroit pourrir, & ils n'osent manger d'un poisson qui a de bonnes dents croyant que cela seroit cause que leur _Hamac_ seroit bien-tôt percé. On en a apporté plusieurs en France, où quelques-uns s'en servent.
HAMADE, ou _Hamaide_, ou _Hameïde_, Terme de Blason. C'est une fasce de trois piéces alaisées qui ne touchent point les bords de l'Ecu: ces trois fasces paralelles ne font qu'une piéce de Blason qu'on appelle _Hamaïde_, de même que les Jumelles sont de deux piéces. On croit que ce nom vient de la Maison d'_Hamaide_ en Angleterre qui porta des Armes de cette sorte, qui sont selon Upton une étoffe découppée en trois piéces en forme de fasce, qui laisse voir par ses ouvertures une étoffe d'une autre couleur mise au dessous; d'autres croyent que c'est une clôture ou barriére quarrée & à jour de trois piéces, qui sert à fermer les chemins des hameaux pour empêcher le bêtail d'y entrer, ou d'en sortir, comme on en trouve quantité en Allemagne; d'autres que ce sont des barriéres de manége qu'on nomme en Turc _Atmeidan_; d'autres enfin disent que les _Hameides_ representent des chantiers qui supportent les Vaisseaux à mettre du vin, qu'en Flamand on appelle _Hames_, qui ont emprunté ce mot de _Hama_ ou _Hamula_, qu'on a dit dans la Basse latinité pour signifier vase & bouteille.
HAMADRIADE. _s. f._ Divinité fabuleuse des Payens qu'ils croyoient présider aux Forêts, & être enfermée sous des écorces de chênes, comme témoigne le mot _drys_ qui signifie _quercus_, _chêne_.
HANOUARDS. Vieux mot qui signifie des Porteurs de Sel. Il en est fait mention dans la grande Ordonnance du Roi Jean du 30. Janvier 1350. c'étoient alors des Officiers dépendans de la Ville au temps que la Gabelle n'étoit pas encore établie en France. Il y a encore maintenant des Jurez Hanoüards qu'on nomme simplement _Porteurs de Sel_ établis pour le porter du bateau au Grenier, & du Grenier aux maisons des Bourgeois.
HANSIERE. _s. f._ Terme de Marine. Est un gros cordage que l'on jette aux chalouppes & aux bâtimens qui veulent venir à bord d'un autre Vaisseau: Elle sert aussi pour remorguer les vaisseaux & les tirer sur la terre aprés y avoir fait porter un ancre. Elle signifie aussi le cable du plus petit ancre & celui dont on amarre l'esquif. On appelle collier de hansiere une corde ou sangle pendante en écharpe du col de ceux qui halent ou qui tirent.
HARO. _s. m._ Terme de la Coûtume de Normandie. C'est un cri qu'on fait en Normandie lors qu'on trouve sa partie & qu'on la veut mener devant le Juge; car alors elle est obligée de suivre celui qui a crié _Haro_ sur elle, & l'un & l'autre demeurent en prison, ou en la maison du Juge, jusqu'à ce qu'il ait prononcé sur leur different du moins par provision. _Haro_ sur toi & sur ta bête. Les Lettres de Chancellerie portent ordinairement, nonobstant _clameur_ de _Haro_, Chartre Normande & autres privileges à ce contraires.
Le _Haro_. Est interjetté non seulement pour crime, mais aussi pour l'introduction de tous les procés, même en matiére beneficiale tant pour meuble que pour héritage; & les parties sont tenuës de donner respectivement caution, l'une de poursuivre, l'autre de défendre le _Haro_, aprés quoi la chose est sequestrée, & le jugement emporte l'amende, comme il est porté dans la Coûtume de Normandie. Ce mot vient de _Ha_ & _Raoul_, comme étant une invocation du secours du Prince pour défendre le foible contre le puissant, à cause que _Raoul_ étoit un grand Justicier qu'on regrettoit & qu'on reclamoit aprés sa mort quand on souffroit quelque oppression. D'autres disent que dés son vivant on crioit _à Raoul_, pour dire je t'assigne à comparoir devant _Raoul_; parce qu'il jugeoit lui-même les affaires de ses Sujets. D'autres croyent que ce mot vient de _Harouenna_ vieux mot François qui signifioit le lieu où se tenoit la Justice. Borel dit que d'autres dérivent ce mot de _Harola_ Roi de Dannemarck, qui l'an 826. fut fait à Mayence le grand Conservateur de la Justice. D'autres d'un mot Danois _aa rau_, qui signifie aide moi, depuis qu'un Roi de Dannemarck se fit Duc de Normandie.
HARPAIL. _s. m._ Terme de Chasse, troupes de bêtes fauves, voyez Harde.
HAUTBERT. _s. m._ Terme de Jurisprudence feodale. C'est un plein fief avec justice, mouvant immédiatement de la Couronne ou d'un Prince jouïssant des droits de Souveraineté, ou qui en releve de nud à nud, & sans moyen; on l'appelloit aussi fief chevel ou regalien selon Ragueau. Ce mot vient de _Halberk_ Saxon, qui signifie cotte de mailles, parce que le feudataire étoit obligé d'en porter une, lors qu'il alloit en guerre servir le Prince dont il relevoit, comme disent Spelman, Vossius, Mattinius & du Cange, qui disent aussi que les anciens l'écrivoient avec un K. ou un G; quelques-uns distinguent le Fief de _Hautbert_ qui étoit tenu immédiatement du Roi avec justice, de celui de _Hautbert_, qui étoit un Fief du moyen genre non Royal, qui n'avoit pas la haute Justice unie au Fief avec le droit & jouïssance des Armes; de sorte qu'il faut ajoûter au premier la qualité de plein Fief, ou de plein _Hautbert_.
HAUTBERT. Est aussi un vieux mot François qui signifioit _haut Baron_; car _Bers_ signifioit Gentilhomme, & quand on disoit _haut Bers_, c'étoit à dire, haut & puissant Seigneur, comme on voit dans Villehardoüin, & quelques-uns prétendent que c'est de là qu'est venu le nom du Fief de _Hautbert_; En effet ces Barons possedoient les pleins Fiefs de _Hautbert_ mouvans de la Couronne, & il falloit quatre Fiefs de _Hautbert_, ou du moyen genre pour faire une haute Baronnie.
HAUTBERGIER. _s. m._ Celui qui tient un Fief de _Hautbert_, qui est obligé d'accompagner son Seigneur à la guerre en cette qualité. Les Vassaux servoient autrefois leurs Seigneurs en qualité d'Ecuyers, de _Hautbergiers_, de Lanciers, d'Arbalestiers, &c.
HAUTBERT. Est aussi une cotte de mailles à manches & gorgerin que portoient sur leurs Armes les Seigneurs de _Hautbert_, qui tenoit lieu de Haussecol, Brassars & Cuissarts.
HAUTBERGEON. _s. m._ Signifie aussi bien que _Haubert_ une cotte de mailles. C'étoit une ancienne arme défensive en forme de cotte, qui venoit jusqu'à mi-jambes, dont les François furent inventeurs, comme témoigne Varron. Il est fait de plusieurs petits anneaux de fer, comme hameçons accrochez ensemble. Spelman dit qu'il vient d'un vieux mot François _hame_, _haim_, ou _hameçon_ & _crohet_, & de _Berg_ qui étoit une armure de chaînettes de fer entrelacées & l'une harpant l'autre. On l'a nommée aussi _halecret_ & _brigantine_ ou _brigandine_, parce que les voleurs s'en servoient; Nicod l'appelle aussi _Ecaille_, parce qu'elle étoit composée de certains ronds comme une Ecaille; & enfin on l'a appellée _Jaquedemaille_ qui est un _Haubert_ de coton. Ménage dit que _Hauberg_ arme vient de _alle_ qui signifie _tout_ en Allemand & de _Bergen_ qui signifie couvrir. Ce mot ne se dit plus qu'en cette phrase proverbiale, maille à maille se fait le _haubergeon_, pour dire qu'il faut faire les choses à loisir & les unes aprés les autres: ou bien qu'en faisant plusieurs petites épargnes on peut amasser beaucoup de bien.
HELICE. _adj. & subst. f._ Terme de Géometrie & d'Architecture. C'est une ligne tracée avec inclination & en forme de vis autour d'un cylindre qui est toûjours également distante de son Axe. Un Escalier en _hélice_ est composé de marches gironnées qui sont attachées les unes sur les autres autour d'une piéce de bois ou de pierre Cylindrique qui sert de noyau. Cette ligne differe de la spirale en ce que la spirale est une ligne décrite en forme de vis autour d'un cone qui s'approche continuellement de son Axe. La vis d'Archimede n'est autre chose qu'un tuyau posé sur un cylindre en forme d'_Helice_.
HELICE. En termes de Médecine se dit de tout le circuit de l'oreille de l'homme, comme qui diroit tour ou tortis.
HELICE. Est aussi un nom qu'on donne à une constellation du Ciel qui est la grande Ourse, à cause qu'on la voit toujours tourner autour du pole dans un petit cercle, elle a 35. étoiles selon Ptolomée, dont il y en a 27. qui composent sa figure & 8. qui sont au dehors. Bajerus n'en compte que 32. mais Quepler dit y en avoir observé 56. Il y en a sept principales de la seconde grandeur en forme de chariot, ce qui l'a fait appeller de ce nom par le peuple.
HOURDER. _v. act._ maçonner grossiérement. On dit qu'un mur est seulement hourdé, lors qu'il n'y a point encore d'enduit, qu'il est encore rude & inégal.
On dit proverbialement qu'un homme est crotté & _hourdé_ quand il revient de ville salle & crotté comme un messager, ou _hourdé_ comme s'il avoit travaillé à la maçonnerie à _hourder_ un mur.
HOURDI, ou lisse de Hourdi. Terme de Marine. C'est le dernier des baus vers la pouppe.
HOURET. _s. m._ mauvais chien de chasse. Moliere raille en ses fâcheux un Chasseur qui chasse avec quelques _hourets_ galeux.
HOURQUE, ou Houcre. _s. m._ Terme de marine. C'est un Vaisseau leger & plat de varengue dont se servent les Hollandois, qui est rond de bordage comme les flûtes ou fustes & masté comme un heu, ayant quelquefois un beaupré. Il est du port depuis 50. jusqu'à 200. ou 300. tonneaux. Il est facile à conduire & propre à louvoyer. On tient qu'il fut inventé par Erasme pour aller sur les canaux de Hollande; car il va à vent contraire en faisant plusieurs petites bordées sur des canaux étroits qui n'ont que quatre ou cinq longueurs du bâtiment. Ce mot vient de l'Espagnol _urca_, qui signifie la même chose.
HYDROGRAPHIE. _s. f._ Ce mot par son Etimologie signifie seulement la description des eaux; mais dans l'usage ordinaire on entend la science qui apprend l'art de naviger, de faire les cartes marines, de conduire les vaisseaux & de connoître dans les voyages de long cours le lieu précis où on est; c'est de toutes les sciences celle qui approche le plus de la perfection, & il ne lui manque guéres que la connoissance des longitudes. Le Pere Fournier a amplement écrit de l'_Hydrographie_, & aprés lui le Pere _Deschales_. L'Ordonnance de la marine au titre huit, parle des Professeurs d'_Hydrographie_, qu'elle veut être établis dans tous les ports.
HYDROGRAPHIQUE. _adj._ qui appartient à l'_Hydrographie_; des cartes _Hydrographiques_, c'est à dire, marines, ou dressées exprés pour les Pilotes. On y marque les rums des vents, les méridiens y sont paralelles les uns aux autres; on y marque aussi les basses, les rochers, & les bancs. Christophle Colomb étoit un homme qui gagnoit sa vie à faire des Cartes _Hydrographiques_, il se trouva héritier des mémoires d'un fameux Pilote nommé Alonso Sanchez de Huelva, Capitaine de Vaisseau, lequel par hazard avoit été poussé par une tempête en l'Isle de S. Dominique, & qui mourut chez lui au retour de son voyage; cela lui fit entreprendre la découverte des Indes Occidentales, qui lui réüssit. Cesar d'Arcons a enseigné la maniére de faire un vase qu'il appelle _Hydrographique_, par lequel il explique le flus & le reflus de la mer, & on y voit produire les mêmes mouvemens & régularitez qu'on a remarquez par toutes les mers suivant le sisteme qu'il en a donné dans son Livre du flus & du reflus de la mer.
HYDROMANTIE. _s. f._ Divination qui se fait par le moyen de l'eau. Varron dit que l'_Hydromantie_ a été inventée par les Perses, & que Numa Pompilius & Pithagore s'en sont fort servis.
HYDROMEL. _s. m._ Breuvage qui se fait avec de l'eau & du miel. L'_Hydromel_ vineux se fait avec de l'eau de pluye & du miel de Narbonne qu'on fait cuire & écumer jusqu'à ce qu'un œuf y surnage, & aprés que la liqueur qu'on en tire a été exposée au Soleil pendant 40. jours pour la faire bien fermenter, on y mêle du vin d'Espagne, & si on ne s'en sert que deux ou trois mois aprés, il aura alors un goût approchant de la malvoisie. On fait aussi de l'_Hydromel_ vineux sans y mettre du vin & en le laissant boüillir au Soleil: Les Polonois & les Moscovites en font leur boisson ordinaire. L'_Hydromel_ s'appelle en Grec _melicratum_, & en Latin _aqua mulsa_; il est appellé simple quand il n'y entre rien que de l'eau & du miel; & quand il y a beaucoup d'eau & peu de miel on le nomme _aqueux_, lequel se peut faire en tout temps; quand on y mêle quelques autres drogues on l'appelle _composé_, & on l'appelle _vineux_, quand sa force égale celle du vin, laquelle il acquiert non seulement par la grande quantité de miel qu'il reçoit; mais aussi par sa grande coction & insolation, & il ne se fait bien que durant les grandes chaleurs de l'Eté.
HYDROPHOBIE. _s. f._ Terme de Medecine qui signifie crainte de l'eau. C'est un Symptome qui arrive aux malades mordus de bêtes enragées; de sorte qu'on appelle aussi la maladie de la rage _Hydrophobie_.
HYPOCONDRE. _s. m._ Terme d'Anatomie, qui se dit proprement de chaque côté de la region Epigastrique ou superieure du bas ventre. Ce mot est Grec, & signifie sous les cartilages des fausses côtes. En l'_Hypocondre_ droit est situé presque tout le foye, au gauche la rate & la plus grande portion du ventricule ou de l'estomac: quelquefois Hyprocrate a appellé _Hypocondre_ tout le ventre inferieur.
HYPOCONDRIAQUE. _adj. m. & f. & subst._ qui est travaillé des vapeurs & fumées qui s'élevent des _Hypocondres_ qui troublent le cerveau, d'où vient qu'on appelle visionaire, un foû mélancolique un _Hypocondriaque_, un foû par intervalles.
HUCHE. _s. f._ grand coffre de bois dans lequel les Bourgeois & les Païsans paîtrissent le pain.
HUCHE. Se dit aussi d'un coffre qui est dans la dépense où on serre le pain & autres choses qui servent sur la table.
HUCHE de Moulin est un coffre de bois, dans lequel tombe la farine mouluë en sortant de dessous la meule. En quelques lieux on le dit aussi de la tremie où se met le grain pour le faire tomber sur la meule petit à petit.
HUCHE. Terme de Marine. On appelle un navire en _Huche_ celui qui a la pouppe trés-haute.
HUCHER. _v. act._ vieux mot qui signifioit autrefois _appeller_, il n'est plus en usage que dans les Provinces. Nicod dérive ce mot du Latin _heus_; mais Ménage prétend qu'il vient par corruption du mot de _vocare_ qui signifie _appeller_, ou de _levare huescum_ qui signifie _acclamare_.