CHAPITRE XXVI.
Ce chapitre est numéroté XXVII dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.
23, +Suffisance+.--Rien n’est plus vrai du fait même de notre raison dont la conception est des plus limitées, qui ne peut en outre juger que par déduction et est bien loin de voir les choses comme elles sont et en ignore toujours les causes premières, et plus encore par les influences des milieux ambiants qu’elle subit jusqu’à complet anéantissement.
Cet effet est particulièrement manifeste quand on considère à quelle omnipotence atteignent les croyances les plus contraires à la raison: «_Credo quia absurdum_, je crois par cela même que c’est absurde», aphorisme émis par Tertullien en matière de foi, est un axiome d’application constante.
De fait, une croyance ne dépend pas de la part de vérité ou d’erreur qu’elle peut contenir, mais uniquement des sentiments qu’elle fait naître et des sentiments qu’elle inspire. Impérative au suprême degré, elle n’admet ni analyse ni discussion et par elle les erreurs les plus évidentes se transforment en vérités éclatantes; chez les convaincus, l’intelligence la plus haute est impuissante contre l’entraînement de la foi; l’apôtre ne doute de rien, aucune difficulté ne l’embarrasse.
En dépit de tout raisonnement, les croyances communes constituent une force qui donne à un peuple une cohésion, une énergie qui contribuent dans la plus large mesure à sa sauvegarde; et l’un de nos plus grands dangers à l’époque actuelle est bien certainement de n’avoir plus guère de croyances communes (G. LEBON).
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29, +Saturúsque+.--Le texte latin porte _satiate_; _saturus_ mis pour _satur_ constitue un barbarisme. LE CLERC.
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1, +Iuger+.--Add. des éd. ant.: _des choses_.
2, +Nature+.--Les éd. ant. port.: _Dieu_.
12, +Rien trop+.--Maxime philosophique célèbre attribuée par ARISTOTE à Bias; PLINE en fait honneur à Chilon; DIOGÈNE LAERCE pareillement, mais ensuite il en dote Solon; on l’a attribuée à d’autres encore.--Elle a été émise à maintes reprises; on en retrouve le sens dans HOMÈRE; TÉRENCE, dans son _Andrienne_, la met dans la bouche d’un esclave: «Je pense, dit-il, que beaucoup est chose utile dans la vie, pourvu que beaucoup ne soit pas trop.» HORACE, dans sa satire I, la développe en deux vers souvent cités: «En toutes choses, il est certain tempérament, il y a des limites déterminées et le bien ne se trouve ni en deçà ni au delà.» ABSTEMIUS l’exprime de la sorte: «Nul immodéré ne dure longtemps.» «Trop, c’est trop,» a dit RIVAROL. «Surtout, Messieurs, pas de zèle,» répétait TALLEYRAND à ses diplomates. «L’excès en tout est un défaut,» est un aphorisme des plus usités. On dit encore: «De peu on jouit, de trop on pâtit.» Dans le _Paradis perdu_ de MILTON, Adam demande à l’ange Gabriel s’il vivra longtemps: «Oui, dit l’ange, si tu observes la règle: Rien de trop.» LA FONTAINE en a fait le titre d’une de ses fables et a dit d’elle avec vérité:
«Rien de trop est un point Dont on parle souvent et qu’on n’observe point.»
Enfin, on peut en dire aussi qu’elle était la maxime favorite de MONTAIGNE, qui aurait pu la prendre pour devise au même titre que «Que sçay-ie», car dans ses jugements en toutes choses, comme dans tous les actes de sa vie politique et privée, il en a fait une application constante.
15, +Moquer+.--En 1385. FROISSART, III, 17, dit que la rapidité avec laquelle la nouvelle en parvint du Portugal en France, au comte de Foix, fut attribuée à ce que celui-ci avait à son service un malin esprit qui lui rapportait la nuit les nouvelles de ce qui, présentant de l’intérêt pour lui, s’était passé la veille dans le monde entier.
25, +Perdue+.--En 93. Antonius Saturninus, qui commandait deux légions dans la Germanie supérieure, s’était soulevé et avait été battu par le lieutenant de l’empereur en Gaule. La distance du lieu du combat à Rome, évaluée par PLUTARQUE, _Paul Émile_, à 20.000 stades (le stade valant 150 pas environ), ce qui ferait 500 lieues, est en réalité de 250. La nouvelle s’en répandit dans la capitale de l’empire, le jour même où le fait se produisit, et Domitien, parti nonobstant à la tête d’une armée pour le combattre, rencontra, chemin faisant, le courrier qui lui était envoyé pour lui annoncer sa défaite.
26, +L’accident+.--_Guerre civile_, III, 36.
35, NATURE.--Il est exact que Pline présente comme vrais, nombre de faits qui depuis ont été controuvés, mais c’est inévitable, et dans le domaine de la science bien des vérités du jour au lendemain perdent cette qualité; c’est ainsi qu’il n’existe plus de gaz permanents, alors qu’il n’y a pas un demi-siècle, on en comptait cinq. Par contre, certaines autres de ses assertions que nous tenons comme invraisemblables, ne le sont sans doute que parce que nous ne les avons pas encore vérifiées: telle cette propriété qu’il relate de l’huile maintenant le calme dans une certaine mesure parmi les flots d’une mer agitée, ce que longtemps on a considéré comme une fable, jusqu’à ce qu’assez récemment le hasard l’ait confirmé. Pline, qui manquait des moyens d’investigation si nombreux aujourd’hui, a composé son Histoire naturelle, comme Buffon a écrit la sienne qui, sous le rapport de l’exactitude, laisse aussi fort à désirer, ce dont ce dernier est peut-être moins excusable, vu la différence des temps et une plus grande facilité de contrôle; il n’en est pas moins un auteur éminemment précieux qui a conservé à la postérité beaucoup d’indications, de procédés que nous avons utilisés et qui, sans lui, ne seraient pas parvenus jusqu’à nous.
38, +Impudence+.--L’édition de 1588 porte: _imprudence_.
39, +Tesmoigne+.--_De Civitate Dei_, XXII.--Les corps de ces deux frères, martyrisés au Ier siècle, découverts, d’après une tradition, en 380, par saint Ambroise, sur l’indication qu’eux-mêmes, dans une apparition, lui avaient donnée du lieu où ils avaient été ensevelis, furent transférés par ses soins dans la cathédrale qu’il faisait construire à Milan; et c’est dans le cours de cette translation, qu’un aveugle qui avait touché le brancard portant ces reliques avait recouvré la vue.
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12, +Recors+.--Témoins; du verbe latin _recordari_, se souvenir. D’où cette appellation donnée couramment à ceux qui assistent un huissier pour lui servir de témoins et lui prêter main-forte en cas de besoin.
16, +Frangerent+.--On s’étonne de voir Montaigne, surtout après avoir décliné la croyance aux miracles attribués à saint Hilaire, se faire le défenseur si zélé de ceux que rapporte saint Augustin, parmi lesquels se trouvent quelques cas de résurrection. La vertu et la piété des témoins ne sont pas en pareille matière d’importance primordiale, elles peuvent même porter à se défier de témoignages de personnes dont la foi a pu sur ce point troubler le jugement et faire préférer ceux de profanes moins portés à céder à semblable entraînement.--Il y a du reste un point qui, en fait de guérisons miraculeuses, donne à réfléchir: Pourquoi tous les miracles de cette nature, des temps anciens comme de nos jours, prêtent-ils tous à être expliqués par la science à laquelle il arrive de résoudre elle-même des cas semblables? Que n’a-t-on vu une fois, une seule fois, une impossibilité indiscutable se réaliser, quelqu’un amputé d’un membre, par exemple, ne serait-ce que d’un petit doigt, le recouvrer soudainement et en user, comme avant l’accident survenu; ce serait là un miracle indéniable que seraient obligés de reconnaître les plus incrédules.
26, +Creance+.--C’est ce triage entre les choses à croire et celles à ne pas croire qui dans l’Église a donné naissance à la plupart des hérésies et des schismes, ce qu’indique l’étymologie même du mot hérésie, αἵρησις;, qui signifie proprement choix; quant au schisme, de σχίσμα, division, il n’en est que la conséquence.
34, +Obeissance+.--C’est le principe même de la religion catholique et, de fait, une religion ne saurait être une sans cela; seulement l’application de cette autorité souveraine est chose délicate: l’obligation de ne pas empiéter sur ce qui n’est pas de son domaine, de s’adapter, dans chaque pays, à ses mœurs et à ses lois, de n’être ni oppressive ni opprimée, est de bien grande difficulté, d’autant que toute erreur, toute maladresse préjudicie, à tort mais d’une façon effective, à la religion elle-même, surtout en des temps comme les nôtres de libre discussion et d’indifférence religieuse.
39, +Sçauans+.--Add. des éd. ant.: _et bien fondez_.