‹ Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IVChapitre 194 sur 241 · CHAPITRE XII.

CHAPITRE XII.

+Chapitre XII+.--Le plus long et, au jugement de bien des gens, le plus important et le plus curieux des Essais.--RAYMOND SEBOND, dans son ouvrage la _Théologie naturelle_, ou _Livre des créatures_, paru pour la première fois en 1487, écrit en un latin barbare, et qui fut condamné au concile de Trente, a voulu démontrer que les seules lumières de la raison suffisent, sans la révélation, pour admettre les bases de la religion, à l’encontre de ceux qui soutiennent, au contraire, qu’on ne peut prouver par des moyens humains l’existence de Dieu et de sa Providence. Il voit la preuve de son assertion dans l’infériorité et la soumission de tous les animaux vis-à-vis de l’homme, qui ne peut avoir reçu que d’un Dieu cette supériorité en toutes choses, d’où il conclut à quels devoirs de reconnaissance il est tenu envers son Créateur et qu’il peut s’élever jusqu’à lui, par l’observation de ses commandements.--Montaigne, lui, dans ce chapitre, fait plus l’apologie de la religion révélée que celle de l’ouvrage de Sebond, il tient à l’encontre de celui-ci que notre première illusion est de nous imaginer supérieurs aux autres animaux; leurs actes sont de fait semblables aux nôtres: Nous prétendons que c’est l’instinct seul qui les guide; quel avantage, si cela est, n’ont-elles pas sur nous, de faire d’elles-mêmes ce à quoi notre raison nous conduit d’un pas si incertain et sans toujours aboutir? Puis, laissant les bêtes, il s’attache à l’homme lui-même; nous montre les mieux doués, ceux-là mêmes qui ont fait de la raison l’étude de toute leur vie, en arriver à reconnaître que l’esprit humain est hors d’état d’atteindre à la vérité et de la distinguer de l’erreur. Passant en revue, d’une manière succincte et un peu confuse, mais cependant complète, les systèmes philosophiques des anciens et, sous prétexte de défendre Sebond qu’il a traduit, exposant ses propres idées, il va, en réalité, directement à l’opposite de la pensée et du dessein de l’auteur qu’il prétend appuyer; il fait ressortir de quelle incertitude est empreint le témoignage de nos sens, par lequel nous communiquons avec ce qui est en dehors de nous; combien la raison est elle-même limitée dans ses connaissances, que d’erreurs elle commet dans ses déductions; et, devant son impuissance à conduire l’homme à aucune vérité certaine, il conclut que dans le chaos des contradictions humaines, la foi en la religion chrétienne apparaît comme le parti le plus simple et le plus probable; et il l’adopte, non par conviction, mais par esprit de conduite et par insouciance, s’y abritant comme dans un port tranquille où il cherche le repos et un certain engourdissement de l’âme. En somme, il sacrifie la philosophie à la théologie, acceptant et mettant hors de cause tout ce que la foi nous enseigne, à l’opposé d’Abailard qui soutenait «qu’il ne faut croire que les choses qui se peuvent prouver par des raisons naturelles», ce qui, du reste, le fit considérer comme hérétique; mais les motifs qui le font se montrer aussi exclusivement chrétien, c’est encore chez lui du scepticisme, c’est uniquement parce que la raison humaine courte et débile ne le mène à rien et que l’Église assure l’avenir, sans qu’il ait à s’en inquiéter davantage.--Scaliger, qui était un critique de parti pris de Montaigne, dit de ce chapitre: «Il y a de tout, et cela produit le même effet que Magnificat à matines.»

+Sebonde+.--Montaigne écrit indifféremment Sebon, Sebond, Sebonde, Sabonde.

15, +Contens+.--DIOGÈNE LAERCE, VII, 165.

17, +L’ignorance+.

«Du vieux Zénon l’antique confrérie Disait tout vice être issu d’ânerie.»

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8, +Luther+.--A la suite de persécutions amenées par une protestation de sa part contre la vente des indulgences, Luther se sépara de l’Église catholique, ne reconnaissant d’autre autorité que celle des livres saints, attaquant le Pape et l’Église romaine, les vœux monastiques, le célibat des prêtres, la hiérarchie ecclésiastique, la possession de biens temporels par le clergé, rejetant le culte des saints, le purgatoire, les commandements de l’Église, la confession, le dogme de la transsubstantiation, la messe, la communion sous une seule espèce, ne conservant d’autres sacrements que le baptême et l’eucharistie sous les deux espèces.--Excommunié en 1520, il n’en devint que plus ardent, parcourut l’Allemagne, propageant ses idées nouvelles; il fit de nombreux prosélytes qui résistèrent aux persécutions par les armes et, après de nombreuses vicissitudes, ses sectateurs obtinrent définitivement, par la paix de Nimègue (1582), la liberté de conscience. Conséquent avec lui-même, Luther s’était marié en 1526.--Vers 1538, Calvin se faisait, en Guyenne, l’initiateur de cette même doctrine.

12, +Atheisme+.--En matière d’athéisme, les hommes, à peu près dans tous les temps, ont communément traité d’athées ceux qui simplement ne pensent pas comme eux; si bien que, de fait, nous en sommes arrivés à confondre dans une même acception ces deux termes de théiste et d’athée qui, grammaticalement parlant, sont tout l’opposé l’un de l’autre. En fait, l’athée n’existe pas; il n’est personne qui nie l’existence d’un principe inconnu, qui n’a pas eu de commencement, qui n’aura pas de fin et qui fait que l’univers existe; mais son essence, la façon dont il s’exerce, la raison d’être de toutes ses créatures, des mondes et des êtres animés et inanimés dont ils se composent, échappent à la faiblesse de notre intelligence, et tous nous errons quand nous cherchons à le pénétrer, parce qu’il est au-dessus de toute conception de notre part et que nous n’avons de données sur ce point que de soi-disant révélations contestables et contestées. En cette recherche stérile qui ne saurait aboutir et qui ne conduit à aucun résultat autre que le doute, non sur l’existence de Dieu, mais sur sa nature et sur notre fin, l’esprit humain s’égare et s’attriste; reste la foi, mais la foi ne se commande pas.

12, +Vulgaire+.--Les éd. ant. aj.: (_et tout le monde est quasi de ce genre_).

14, +Mesmes+.--Les éd. ant. aj.: _et par la raison_.

32, +Foible+.--C’est le cas des Essais traduits en langage de nos jours. Le style de l’auteur a un cachet, un charme si particuliers, la langue française de son époque, surtout sous sa plume, avait tellement plus d’énergie qu’actuellement, que toute traduction, quoi qu’on fasse, sera toujours inférieure au texte primitif pour ceux à même de le lire à peu près couramment.

37, +Mort+.--Montaigne commença cette traduction en 1567; il l’avait terminée en 1568. Elle fut imprimée une première fois en 1569, mais d’une façon si incorrecte que les éd. ant. des Essais aj. ici: _auec la nonchalance qu’on void, par l’infiny nombre de fautes, que l’imprimeur y laissa, qui en eust la conduite luy seul_. Elle a été réimprimée, en 1581, dans de meilleures conditions.

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9, +Turnebus+.--Les éd. ant. port.: _Tournebeuf_.

11, +D’Aquin+.--Le plus grand théologien de l’Église d’Occident et le plus grand philosophe du moyen âge. Ses ouvrages principaux sont: la Somme de la foi, établissant toutes les vérités catholiques d’après les Écritures, et la Somme théologique longtemps classique, où l’auteur discute les principales questions de la théologie, de la philosophie et de la morale (somme, terme de théologie, signifie ouvrage abrégé d’un plus grand; de la même étymologie vient sommaire).

25, +Bonté+.--Les éd. ant. port.: _sacrosaincte bonté_.

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30, +Sua+.--Vers imités de Virgile, faits par un auteur inconnu à la louange de Ronsard.

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2, +Chrestiens+.--Socrate n’était pas chrétien, ce qui n’a pas empêché qu’il soit parvenu à un si haut degré de vertu, que le paganisme peut l’opposer à tous ceux que le christianisme présente en ce genre: sa mort excite l’admiration; jusqu’à son dernier soupir, il se montra aussi grand qu’il avait vécu; on peut apprendre de lui à bien vivre et à bien mourir.--Erasme, cet autre sage de son temps, dit quelque part: «Peu s’en faut que je ne dise: Saint Socrate, priez pour nous!»

4, +Martyres+.--Il y a des martyrs dans toutes les religions; TERTULLIEN disait: «Ce n’est pas le supplice qui fait le martyre, mais la cause.»

8, +Tartare+.--JOINVILLE, 19.--Le pape Innocent VII avait envoyé, pour y prêcher le christianisme, des missionnaires en Tartarie, dont le roi projeta d’envoyer une ambassade à Rome, pour vérifier les assertions de ces missionnaires; mais eux-mêmes, par crainte de la mauvaise impression qu’elle pourrait en rapporter, le dissuadèrent d’y donner suite. Ce qui a pu porter Montaigne à penser que c’était saint Louis qui l’en avait détourné, c’est qu’à ce moment il était en Chypre, se rendant en Terre sainte, et l’ambassade vint l’y saluer, mais ne poussa pas plus loin.

18, +Vicieuses+.--Montaigne paraît avoir emprunté cette histoire du _Décaméron_ de BOCCACE, 2e journée, 2e nouvelle, où le juif Abraham, pressé par un ami de se faire chrétien, s’y résout, après un voyage à Rome, par les raisons indiquées ici.

20, +Parole+.--_Évangile_ selon S. MATTHIEU, XVII, 19 et S. PAUL, _Épître aux Corinthiens_.

23, +Credas+.--Cette citation est de Quintilien qui n’était pas chrétien, c’est dire que Montaigne la détourne du sens qu’elle a dans le texte latin.

34, +A nos passions+.--Les éd. ant. port.: _aux hommes_.

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19, +Celle là+.--Allusion à la situation de Henri III après le traité de Loches (1576). Mécontents des concessions faites par le roi aux Protestants, les Catholiques, qui jusqu’alors avaient marché avec lui, se liguent contre lui, tandis que ses adversaires de la veille se déclarent pour lui.

20, +Besoing+.--C.-à-d. n’admettre pour vrai que ce qu’il est de notre intérêt qu’on croie tel.

21, +Dire+.--BAYLE, dans son dictionnaire, remarque I de l’art. _Hotman_, cite et commente ce passage, disant: «Tant que le monde sera monde, il y aura partout des doctrines ambulatoires dépendantes des lieux et des temps.» C’est ce qu’à notre époque nous appelons l’opportunisme, qui, quoi qu’on en puisse dire, est l’une des lois les plus sensées de la politique, dont les principes sont tout autres que ceux de la morale avec lesquels ils sont rarement du tout au tout conciliables; celle-ci est la théorie, celle-là la pratique.

32, +Remuent+.--Au début des troubles qui agitèrent la France à cette époque, les Protestants, visant à renverser Charles IX et à faire arriver au trône Henri de Navarre, mettent en avant le droit de déposer les rois et de tuer les tyrans; les Catholiques, au contraire, repoussent tout principe autre que la légitimité. A la mort de Henri III, le roi de Navarre se trouvant, par droit d’hérédité, appelé à lui succéder, ce sont les Catholiques qui contestent ce principe de la légitimité qu’a pour lui Henri IV et qui revendiquent le droit de passer outre et de lui substituer un prétendant de leur choix; chaque parti se trouvait ainsi avoir changé de thèse et adopté celle de ses adversaires.

35, +Chrestienne+.--C.-à-d. il n’est point d’hostilités qui se prêtent mieux à la satisfaction de nos passions que celles qui ont pour cause l’intérêt de la religion.

37, +Detraction+.--Larcin, du latin _detractio_ qui a même signification.

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1, +Vices+.--Sous-entendu: et, au contraire.

2, +Dict+.--C.-à-d. frauder la dîme, en ne donnant que de la paille sans grain; Dieu est mis ici pour les ministres du culte, par un tour d’expression dont l’usage est aussi ancien que le monde. COSTE..--De ce dicton qui signifie se moquer, aussi bien que frustrer quelqu’un de ce qui lui est dû, on donne encore une autre explication, cela voudrait dire: «Faire la barbe avec un bouchon de paille.» PAYEN.--Rabelais, I, 11, l’emploie avec une variante: «Gargantua faisoit gerbe de feurre aux Dieux.»

14, +Bigue+.--C.-à-d. voulut échanger l’un pour l’autre.--Bigue signifiait échanger, troquer.

17, +Orpheus+.--DIOGÈNE LAERCE, VI, 4.--Les initiés composaient une secte dissidente des philosophes pythagoriciens; ils avaient en vue la pratique de la vertu, croyaient à l’expiation des crimes dans l’autre monde et s’abstenaient de manger la chair des animaux; ils prétendaient avoir reçu d’Orphée les dogmes qu’ils professaient.

26, +Prestre+.--DIOGÈNE LAERCE, VI, 39.

35, +Iesus-Christ+.--S. PAUL, dans son _Épître aux Philipp._, I, 23.

36, +Donnoit+.--CICÉRON, _Tusc._, I, 34; CALLIMAQUE, _Epigr._, 24; OVIDE, _in Ibin_, v. 495; S. AUGUSTIN, _De Civit. Dei_, I, 22.

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1, +Alemans+.--VOLTAIRE, dans _Zaïre_, exprime la même idée:

«Je le vois trop: les soins qu’on prend de notre enfance, Forment nos sentiments, nos mœurs, notre croyance. J’eusse été, près du Gange, esclave des faux dieux, Chrétienne dans Paris, musulmane en ces lieux: L’instruction fait tout; et la main de nos pères Grave en nos faibles cœurs ces premiers caractères.»

9, +Ne ramene+.--Var. des éd. ant. à 88: _vne extreme douleur ou voisinage de la mort, ne ramenent par force_...

13, +Plato+.--_Lois_, au commencement du liv. X, passage déjà cité dans les Essais, =I=, 580.

17, +Dit-il+.--PLATON, _République_, I.

23, +Loix+.--C’est le résultat de ce que dit PLATON sur la fin du second livre au commencement du troisième de sa _République_.

29, +Bion+.--DIOGÈNE LAERCE, IV, 4.--Cette réflexion même, si juste et si naturelle, est de Diogène Laërce, qui d’ordinaire s’abstient de tout commentaire.

31, +Force+.--Les sectateurs d’Aristippe et d’Épicure fondaient la religion sur la crainte; la loi, sur l’utilité; la justice, sur la coutume.

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29, +Luy-mesmes+.--S. PAUL, _Épître aux Romains_.--C’est Dieu qui est présenté comme tenant ce langage parce que l’apôtre est considéré comme parlant en son nom.

32, +Facteur+.--«Tout ainsi que par ce peu de lumiere que nous auons la nuict, nous imaginons la lumiere du soleil qui est esloignée de nous; de mesme, par l’estre du monde que nous connoissons, nous argumentons l’estre de Dieu, qui nous est caché...» R. SEBOND, _Théologie naturelle_, 24, traduction de Montaigne.

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4, +Œuures+.--Dans l’_Épître aux Romains_.--S. Paul, surnommé l’apôtre des Gentils parce qu’il a évangélisé en dehors de la Judée, n’est ni du nombre des douze apôtres proprement dits, quoiqu’il soit toujours compté comme tel, ni même des disciples de Jésus-Christ. Né de parents juifs, il se nommait Saul et fut d’abord un persécuteur violent du christianisme; mais, sur le chemin de Damas, il eut une vision, se convertit, devint un des plus ardents propagateurs de la religion nouvelle et finit par obtenir le martyre à Rome. On a de lui les _Actes des apôtres_ qui sont sa propre histoire et quatorze lettres aux Églises avec lesquelles il était en relation, elles se distinguent par la logique et la sagesse des principes qu’il expose.--Godeau, évêque de Grasse (1605-1672), dit de lui:

«Et la grâce en son cœur ayant fait des miracles, Sa bouche expliquera les plus sacrés oracles.»

9, +Leges+.--Les éd. ant. aj.: _Si mon imprimeur_ (de la Théologie naturelle) _estoit si amoureux de ces prefaces questées et empruntées, de quoy par l’humeur de ce siecle il n’est pas liure de bonne maison, s’il n’en a le front garny, il se deuroit seruir de tels vers, que ceux cy qui sont de meilleure et plus ancienne race que ceux qu’il est allé planter_.

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3, +Couche+.--On incline, on penche en faveur.--Les éd. ant. port.: _Celui qui est d’ailleurs imbu d’vne creance reçoit bien plus aisément les discours qui lui seruent, que ne fait celuy qui est abreuué d’vne opinion contraire, comme font ces gens icy_, au lieu de: «On couche... en soy».

21, +Ἑαυτόν+.--Cette pensée est d’HÉRODOTE, qui la met dans la bouche d’Artaban cherchant à détourner Xerxès de son expédition contre les Grecs.

24, +Platon+.--Dans le _Timée_.

32, +S. Augustin+.--_De civitate Dei_, XXI, 5.--Le premier des Pères de l’Église. Eut une jeunesse fort dissipée, se convertit, fut baptisé à 32 ans et devint, par la parole et la plume, un des plus ardents et solides défenseurs du christianisme. Ses principaux ouvrages sont: _La Cité de Dieu_, son chef-d’œuvre, admirable peinture de la religion chrétienne; ses _Confessions_, où il fait l’histoire de ses erreurs et de sa conversion, et le _Traité sur la grâce et le libre arbitre_; on a encore de lui nombre de sermons, de lettres et d’écrits contre les hérétiques de son temps.

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3, +Philosophie+.--S. PAUL, _Aux Colossiens_, II, 8.

5, +Dieu+.--S. PAUL, _Aux Corinthiens_, I, 3, 19.

5, +Vanitez+.--Pensée tirée de l’_Ecclésiaste_ et de PLINE.

7, +Sçauoir+.--Pensée tirée de LUCRÈCE et de l’_Épître_ de S. PAUL _aux Corinthiens_.

8, +Trompe+.--Cette pensée se trouve également dans LUCRÈCE et dans S. PAUL, _Épître aux Galates_.

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1, +Cestuy-la+.--Le philosophe stoïcien Balbus qui, dans Cicéron, s’exprime comme le porte la citation qui suit.

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6, +Mouuements+.--On croyait encore généralement alors que le soleil tournait autour de la terre, etc.

13, +Plutarque+.--Plutarque dit bien que, peut-être, la Lune est habitée, que ses habitants doivent y être plus dispos, plus légers au physique, plus faciles à nourrir que nous, mais il ne parle pas de colonies.

19, +Quant et quant+.--Les éd. ant. aj.: _dict Pline_.

23, +Trois+.--C.-à-d. avec les animaux vivant sur terre, et, par cela même, de pire condition que ceux des deux autres espèces: les oiseaux qui volent dans les airs, et les poissons qui nagent dans les eaux.

34, +D’elle+.--Cette pensée a été traduite en vers par Senecé:

«Mais sait-on, dit Montaigne, Quand avec son chat d’Espagne Un homme prend ses ébats, Si le chat n’a pas en tête Que l’homme est une bête Propre à divertir les chats.»

Observons, en passant, que cette rime, dans les deux premiers vers, de Montaigne avec Espagne, montre bien comment encore à cette époque (1717) on prononçait le nom de l’auteur des Essais.--A propos de chat, Mahomet en avait un qu’il aimait au point qu’un jour, dit-on, cet animal dormant sur un pan de son caftan, et le moment de la prière étant venu, le prophète coupa son vêtement, afin de ne pas troubler le sommeil de l’animal.

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2, +Saturne+.--Dans _la Politique_.--Chassé du ciel par Jupiter, et accueilli sur terre par Janus, roi du Latium, auquel il succéda, Saturne apprit aux Latins l’art des semailles, fit fleurir la paix, l’abondance, la justice, et son règne fut l’âge d’or pour l’Italie. _Myth._

18, +Troglodytes+.--Ancien peuple de l’Afrique qui vivait dans des cavernes ou dans des trous creusés dans la terre. Mais, dans bien des contrées, voire même en France, existent des vestiges de pareilles habitations établies dans des anfractuosités naturelles, grossièrement aménagées et qui remontent aux temps préhistoriques; on a qualifié de ce même nom de Troglodytes, ceux dont elles ont été la demeure.

20, +Thyaneus+.--PHILOSTRATE, _Apollonius de Thyane_, I, 20.

20, +Melampus+.--APOLLODORE, I, 9, 11.

20, +Tirasias+.--APOLLODORE, III, 6, 7, etc.

22, +Roy+.--Dans l’intérieur de l’Afrique, dit PLINE, _Hist. nat._, IV, 30, au delà de la Nubie, se trouvent les Ptoemphanes, qui ont pour roi un chien, dont ils consultent les divers mouvements.--Cette erreur ne proviendrait-elle pas de la similitude du mot latin _canis_ (chien) avec les mots qui dans plusieurs langues signifient le roi ou seigneur comme, par exemple, Khan chez les Tartares, King en anglais, Kœnig en Allemagne? PAYEN.

24, +Nous+.--«Les enfants des hommes sont en eux-mêmes semblables aux bêtes, ils ont même destinée; l’homme n’a pas d’avantage sur la bête.» _Ecclésiaste_, III.

25, +Intelligence+.--Les éd. ant. aj.: _de leurs mouuemens et_.

34, +Qu’il y a+.--Add. des éd. ant. à 88: _de la menasse et_.

36, +Voix+.--C.-à-d. qui ne profèrent aucun son.

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27, +Cestuy-cy+.--Ce langage par gestes.

32, +Langue+.--Aux extrémités de l’Éthiopie, dit PLINE, VI, naissent des animaux et des hommes de formes monstrueuses; l’excessive mobilité des feux solaires varie les corps et les multiplie à l’infini; et, parmi ces phénomènes, il en est certains qui n’ont d’autre langage que les gestes et les signes.

37, +Mot+.--PLUTARQUE, _Apophth. des Lacédémoniens_.

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6, +Prudence+.--Les éd. ant. port.: _prouidence_.

39, +Par art+.--Les éd. ant. aj.: _et par industrie_.

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33, +Vniforme+.--Les éd. ant. aj.: _la foiblesse de nostre naissance se trouue à peu pres en la naissance des autres creatures_.

40, +Souffrir+.--Les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux aj.: _le visage, les pieds, les mains, les iambes, les espaules, la teste, selon que l’vsage nous y conuie_.

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3, +Nombril+.--Louis XIII avait une profonde répugnance pour cette exagération qui se maintint jusqu’au milieu du XVIIIe siècle; on cite de lui à cet égard plusieurs anecdotes.--Voulant, un jour, s’emparer d’une lettre qu’une dame de sa cour avait cachée dans son sein et qu’il avait intérêt à connaître, il alla l’y chercher avec des pincettes.--Une autre fois, se trouvant à table et voyant s’approcher de lui une femme habillée et découverte suivant cette mode, il retint une gorgée de vin dans la bouche et la lui lança dans le sein, ce qui la fit se retirer toute honteuse.

6, +Plier+.--PLUTARQUE, _Lycurgue_, 13.

21, +Labourage+.--Les éd. ant. aj.: _sans aucune nostre industrie_.

22, PLANTÉ.--En abondance.--Ce mot dérive de plénité, qui vient du latin _plenitas_ qui a ce même sens: saturation complète, plénitude.

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6, +Ichneumon+.--Appelé aussi mangouste et rat de Pharaon; carnassier de la grosseur d’un chat et de la forme de la martre; les Égyptiens le révéraient parce qu’il détruit les œufs de crocodile.

7, +Crocodile+.--Appelé aussi alligator, reptile de l’ordre des sauriens, amphibie à quatre pattes de la forme d’un énorme lézard, mais atteignant jusqu’à 3 et 4 mètres de longueur; se rencontre sur les bords de grands cours d’eau de la zone tropicale en Afrique, en Asie et en Amérique; le crocodile était à Thèbes, en Égypte, l’objet d’une grande vénération.

13, +Faire+.--Ce fait s’est rencontré en Allemagne (Gaspard Hauser), en France (le sauvage de l’Aveyron), et on pourrait en citer d’autres.--Gaspard Hauser qui, de 1828 à 1833, excita vivement l’attention en Bavière, fut découvert à l’âge apparent de 15 à 16 ans; il semblait n’avoir jamais rien vu, rien appris, être absolument étranger à la vie commune; il n’avait aucune idée du temps, des distances, était presque inconscient de ses mouvements.--Le sauvage de l’Aveyron, enfant trouvé en 1800 dans les forêts de cette région, pouvait avoir une dizaine d’années, il se trouvait physiquement et moralement en même état que Gaspard Hauser; il fut placé à l’institution des sourds et muets, où plusieurs années de soins assidus parvinrent à éveiller, mais bien faiblement, son intelligence et le langage.

22, +Oyseaux+.--C.-à-d. ne conversons-nous pas avec eux dans un autre langage et en employant d’autres termes qu’avec les oiseaux.

27, +Lactance+.--_Inst. div._, III, 10.

28, +Encore+.--Quant au rire, cela se rencontre parfois chez le chien; on en a vu riant comme fait une personne, sans éclat de voix cependant. Pour ce qui est de la parole proprement dite, il en est qui pensent que les animaux, ou au moins certains d’entre eux, la possèdent; toujours est-il que jusqu’ici on n’en trouve que trois qui, d’après la Bible et la fable, aient usé de la même langue que l’homme: l’ânesse de Balaam, le berger de Phryxus et le cheval d’Achille.--Balaam, dit la Bible, était un prophète madianite; l’ânesse qu’il montait, effrayée par la vue d’un ange, demeuré invisible à Balaam, ayant à trois reprises fait un écart, et son maître la frappant, elle finit par protester en paroles très nettes; et ses yeux se dessillant alors, Balaam aperçut l’ange et reconnut que tout cela s’était accompli par la volonté de Dieu.--Phryxus, fils du roi de Thèbes, fuyant une accusation d’inceste, avait traversé sur un bélier à toison d’or le détroit qui sépare l’Europe de l’Asie, et abordant sur la côte opposée, s’y était endormi. Les habitants le découvrirent et se disposaient à lui faire un mauvais parti, lorsque son bélier le réveilla et lui apprit avec une voix humaine le danger auquel il était exposé. _Myth._--Dans l’_Iliade_, lorsque Achille s’élance pour venger Patrocle, Xanthe, un de ses chevaux, avec la permission de Junon, lui prédit sa mort prochaine.

30, +Aristote+.--_Hist. des animaux_, IV, 9.

37, +Deuination+.--Conjecture.

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24, +Desespoir+.--«L’homme n’a qu’un privilège, celui de l’imagination, et il le paie cher.» SAINTE-BEUVE.--Est-il prouvé que les animaux n’ont pas d’imagination?

31, +Meilleure+.--Cette question de l’âme des bêtes, leur connaissance, leur raisonnement, discutée à toutes les époques, a donné lieu à de nombreux ouvrages où sont cités à l’appui d’innombrables exemples dont quelques-uns sont reproduits dans les pages suivantes. Montaigne, dans cette controverse, semble pencher pour l’affirmative, au point que Bayle prétend que son intention a été que l’apologie de Raymond Sebond fût en partie celle des bêtes. Les auteurs qui ont agité ce problème, inclinant soit dans un sens, soit dans un autre, abondent aussi bien dans l’antiquité que de nos jours; parmi eux: Aristote, Pline, Descartes, Leibnitz, Locke, Toussenel.

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17, +S’auancer+.--PLUTARQUE, _De l’Industrie des animaux_, 12.

22, +Paix+.--Argumentation souvent citée en logique et connue sous le nom de «Sorite du renard»; sorite signifie une série de propositions si bien liées entre elles, que la dernière est ou semble la conclusion naturelle de la première.

31, +Climacides+.--Mot dont la signification est échellières.--PLUTARQUE, _Comment on peut discerner le flatteur d’avec l’ami_, 3.

35, +Concubines+.--Ce terme n’éveillait dans l’antiquité aucune idée d’immoralité; c’était une femme au même titre que l’épouse dite légitime, mais de condition sociale inférieure à celui qui l’épousait.

36, +Mary+.--Chacun, dit HÉRODOTE, V, 5, a plusieurs femmes; lorsqu’il vient à mourir, il s’élève entre elles de grandes contestations pour savoir celle qu’il aimait le mieux; ses amis s’intéressent vivement à la dispute. Celle en faveur de qui on s’est prononcé reçoit les éloges de l’assistance; son plus proche parent l’immole ensuite sur le tombeau de son mari et on l’enterre avec lui; les autres femmes sont très affligées de cette préférence, qui est pour elles un très grand affront.--Voir aussi POMPONIUS MELA, II, 3, etc.

40, +Capitaines+.--Le chef des Sotiates, peuple de l’Aquitaine (Gaule), dit CÉSAR, _De Bello Gall._, III, 22, était accompagné de 600 hommes dévoués, liés à lui par un pacte tel qu’ils jouissaient de tous les biens de la vie dont ce chef lui-même avait la jouissance, mais par contre, s’il venait à périr de mort violente, ils participaient à son sort et se tuaient de leurs propres mains; institution à laquelle certains font remonter l’origine du régime féodal.

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5, +Seruice+.--PÉTRONE, _Sat._, 117.

15, +Tombe+.--HÉRODOTE, IV, 71 et 72.

23, +Sert+.--DIOGÈNE LAERCE, VI, 75.

36, +Partons+.--Du verbe partir, partager, diviser en plusieurs parts. Ce mot vieilli n’est plus d’usage que dans cette phrase proverbiale: «Ils ont toujours maille à partir entre eux»; mais on le retrouve dans ses dérivés: répartir, répartition, etc.

38, +Chasseurs+.--PLINE, X, 8.

43, +Colliers+.--Collets, lacs à prendre des lièvres, des lapins, etc.

44, +Seche+.--PLUTARQUE, _De l’Industrie des animaux_, 28.--La sèche, ou seiche, mollusque de mer, qui projette autour de lui un liquide noirâtre, quand il cherche à se dérober à un ennemi, liquide duquel on extrait la sépia.

=156=,

10, +Sylla+.--Allusion à la maladie pédiculaire dont il mourut (=78=), conséquence des débauches auxquelles il se livra toute sa vie. Cette maladie, connue sous le nom de phtiriase, est très rare; elle est caractérisée par la génération rapide d’une telle quantité de vermine, qu’elle finit par ronger vivant le malheureux atteint de cette affection. Le roi Hérode, l’empereur Galère périrent de la sorte, et les premiers chrétiens y virent une punition céleste du premier pour le massacre des innocents, du second pour la persécution dont eux-mêmes furent l’objet sous le règne de Dioclétien et dont il avait été le principal instigateur; il s’en produirait encore des cas, particulièrement chez les alcooliques invétérés.--PASCAL a exprimé d’une façon analogue cette fragilité de l’homme: «Cromwell allait ravager toute la chrétienté; la famille royale était perdue et la sienne à jamais puissante, sans un petit grain de sable qui se mit dans son urètre; Rome même allait trembler sous lui, mais ce petit gravier qui n’était rien ailleurs, mis en cet endroit, le voilà mort, sa famille abaissée et le roi rétabli.» Seulement, Pascal a fait erreur: Cromwell n’est pas mort de la pierre, mais de la fièvre.

11, +Empereur+.--Du latin _imperator_, titre qui se décernait, à Rome, aux généraux victorieux; c’est le sens dans lequel il est employé ici.

15, +Rubarbe+.--Rhubarbe; plante dont la racine est stomachique et purgative.

15, +Polypode+.--Sorte de fougère qui s’emploie contre la toux.

17, +Dictame+.--Plante aromatique et vulnéraire.

19, +Origanum+.--Origan; plante aromatique qui ne croît qu’aux hautes altitudes.

19, +Dragon+.--Petit lézard inoffensif.

20, +Fenoil+.--Fenouil; plante aromatique et apéritive.

21, +Elephans+.--Le plus gros des animaux de notre époque; mammifère de l’ordre des pachydermes, remarquable par sa taille, ses défenses et sa trompe; on distingue l’éléphant d’Afrique et celui d’Asie, ce dernier notablement plus grand que le premier. Dans l’Inde, on emploie l’éléphant comme bête de trait et de somme; il y est l’objet d’une grande vénération; on lui prête des vertus et des vices; des mœurs raisonnées, jusqu’à l’observance d’un culte, celui du soleil et de la lune; il vit en société. Anciennement il était fort employé à la guerre par certains peuples (V. N. =II=, 56: Elephans); plus tard à Rome, dans les divertissements publics; on en cite de capables de tracer des caractères, d’autres se distinguant dans la danse, l’acrobatie.

23, +Porus+.--PLUTARQUE, _De l’Industrie des animaux_, 13.

31, +Chrysippus+.--SEXTUS EMPIRICUS, _Pyrrh. hypot._, I, 14.

34, +A la queste... poursuite+.--Var. des éd. ant.: _estant à la suyte de son maistre (lequel il a esgaré pour s’estre endormy et ne l’auoit vu partir du logis) ou à la queste_.

36, +Ratiocination+.--Add. des éd. ant.: _et sans discours_.

=158=,

37, +Plutarque+.--_De l’Industrie des animaux_, 18.

38, +Pere+.--Vespasien le père de Titus et de Domitien.

=160=,

8, +Reuenu+.--Ranimé. Se revenir, du latin _se recolligere_, a cessé d’être pronominal, et on dit aujourd’hui: revenir d’un profond sommeil, d’un évanouissement.

12, +Languedoc+.--C’étaient des roues à chapelet ou à godets, qu’en Espagne on nomme _norias_, appellation qui est passée dans notre langue; leur usage est très répandu en raison même de la rusticité du système.

16, +Court+.--PLUTARQUE, _De l’Industrie des animaux_, 20.--Les paysans vendéens disaient: «Nos bœufs connaissent le dimanche et ne veulent pas travailler ce jour-là.»

20, +Democritus+.--PLUTARQUE, _De l’Ind. des anim._, 14.

22, +Tistre+.--Vieux mot qui signifie faire quelque ouvrage de fil, de soie ou de cheveux.

24, +Aristote+.--PLUTARQUE, _De l’Ind. des anim._, 18; PLINE, _Hist. nat._, X, 29.

38, +Arrius+.--ARRIEN, _Hist. Indic._, 14.--Arrius est une faute d’impression qui se trouve dans toutes les éditions originales, qui devraient porter Arrianus.

=162=,

4, +Apprendre+.--PLUTARQUE, _De l’Ind. des anim._, 12.

7, +Maistres+.--PLUTARQUE, _De l’Ind. des anim._, 12; PLINE, VIII, 3.--Le fait est donné comme s’étant produit du temps de l’empereur Domitien; battu pour n’avoir pas bien exécuté sa leçon, un de ces animaux fut vu la répétant de lui-même, la nuit suivante, au clair de lune.

8, +Respondant+.--PLUTARQUE, _De l’Ind. des anim._, 18.

23, +Dit+.--PLUTARQUE, _De l’Ind. des anim._, 12.

32, +Barbarie+.--PLUTARQUE, _De l’Ind. des anim._, 12.--La Barbarie, partie septentrionale de l’Afrique depuis Tripoli jusqu’au Maroc, ainsi nommée au moyen âge des Berbers, ses premiers habitants, qui subsistent encore sous les noms de Kabyles, de Touareg, absolument distincts des Arabes.

34, +Iuba+.--PLUTARQUE, _De l’Ind. des anim._, 10.--Juba avait passé une grande partie de sa jeunesse à Rome, et s’était adonné à l’étude de l’histoire et de la nature; il a écrit, en grec, divers ouvrages aujourd’hui perdus.

=164=,

12, +Cendre+.--PLUTARQUE, _De l’Ind. des anim._, 10.--Dans le même genre, on cite encore ce trait d’un éléphant qu’un peintre voulant peindre la trompe élevée, son cornac, pour le maintenir en cette position, feignait de lui jeter du pain. Ennuyé d’être ainsi dupé, l’animal remplit sa trompe d’eau et, ne se trompant pas sur la cause de la mauvaise plaisanterie qu’on lui faisait, en aspergea le peintre et son tableau que celui-ci dut renoncer à terminer.

16, +Elephans+.--Add. des éd. ant.: _qu’on y mesloit_.

21, +Tyrio+.--Annibal est qualifié de tyrien par le poète, comme étant de Carthage fondée elle-même par une colonie phénicienne (=870=).

39, +Aspreté+.--C’est ce que plusieurs peuples de l’antiquité avaient déjà pratiqué. PLINE, VIII, 40, conte: «En vue de la guerre, les Colophoniens et aussi les Castabalenses organisent des troupes de chiens qu’ils font combattre en première ligne et qui jamais ne cèdent; ce sont là des auxiliaires qui ne le cèdent pas aux mercenaires.»--STRABON dit, de son côté, que les anciens Gaulois se servaient à la guerre de chiens d’Angleterre aussi bien que de ceux de leur pays.--Cet emploi s’est depuis reproduit souvent en Amérique et en Afrique, dans les rencontres d’Européens avec des adversaires d’autre race; il était rendu possible surtout par la quasi-nudité de ceux-ci et la différence d’odeur qu’ils exhalent; et, dans la chasse des nègres fugitifs, du temps où l’esclavage existait, il était d’usage courant. On s’est occupé, en ces dernières années, de leur utilisation dans la guerre moderne: les expériences n’ont pas été satisfaisantes; en tout cas, si jadis il a pu être question de meutes lâchées sur l’ennemi, leur action ne saurait être aujourd’hui qu’individuelle et fort restreinte, par exemple, comme auxiliaire d’une sentinelle pour éventer l’approche ou la présence de quelqu’un.--On semble devoir éprouver moins de déconvenue dans l’essai que l’on tente aujourd’hui de les adjoindre à la police, dans ses rondes de nuit; leur concours paraît devoir être précieux contre ces rôdeurs et assassins dont le nombre et l’audace vont croissant dans des proportions excessives dans les grandes villes et leurs banlieues, et dont on n’aura raison que par le rétablissement des peines corporelles.

=166=,

3, +Passé+.--Les éd. ant. port.: _Nous viuons, et eux et nous, sous même tact, et humons vn mesme air; il y a, sauf le plus et le moins, entre nous, vne perpetuelle ressemblance_, au lieu de: «C’est vne... le passé» (lig. 1 à 3).

20, +Murene+.--PLUTARQUE, _De l’Ind. des anim._, 24.--La murène est un poisson de mer qui ressemble à l’anguille; il était fort estimé des anciens Romains qui en conservaient dans des viviers.

22, +Arethuse+.--Les eaux de cette source passaient pour conserver toute leur pureté à travers les eaux amères et fangeuses dans lesquelles elles vont se perdre.--L’éd. de 80 aj. ici: _et d’autres poissons_.

28, +Religion+.--PLINE, VIII, 1.--Démocrite, Xénocrate et plusieurs autres philosophes dans l’antiquité ont accordé une religion aux animaux.

35, +Part+.--C.-à-d. nous ne pouvons prendre ni en bonne ni en mauvaise part les actions dont les mobiles nous sont absolument inconnus.

38, +Vid+.--PLUTARQUE, _De l’Ind. des anim._, 12.

39, +Fourmis+.--Fourmi, aujourd’hui féminin, était autrefois masculin.

=168=,

9, +Par là+.--Les éd. ant. aj.: (_encore qu’à son iugement les bestes soient incapables de raison_).

17, +Nauale+.--Bataille d’Actium (auj. Arta), sur la côte orientale de la mer Ionienne; bataille gagnée par Agrippa, qui, en donnant la supériorité à Octave (devenu depuis l’empereur Auguste) sur Antoine son rival, mit fin de fait à la république romaine (=31=).

29, +Dehors+.--PLINE, XXXII, 1.--Remora signifie en latin retardement, obstacle.--Le remora est un petit poisson qui s’attache aux vaisseaux, aux rochers, quelquefois à d’autres poissons; mais qu’il puisse retarder la marche même d’une simple barque, et a fortiori l’arrêter, est pure fable.--Les anciens lui attribuaient du reste bien d’autres propriétés: il servait à composer des poisons capables d’amortir et d’éteindre les feux de l’amour, d’arrêter l’action de la justice, de prévenir les accidents chez les femmes enceintes; conservé dans du sel, il avait pouvoir de retirer du fond d’un puits l’or qui pouvait y être tombé. Quant à sa propriété capitale d’arrêter la marche d’un bateau, il la partageait avec cette coquille du genre porcelaine, du nom de conque de Vénus, qui lui aurait été donné en mémoire du fait suivant: Périandre, tyran de Corinthe, ayant envoyé un navire portant l’ordre de mutiler, en vue de les rendre impropres à la reproduction, trois cents enfants nobles de Corcyre, un grand nombre de ces coquillages s’attachèrent à la carène du vaisseau qui ne put avancer malgré toute la fureur du vent.

34, +Tirer+.--PLUTARQUE, _De l’Ind. des anim._, 15.

35, +Assis+.--PLUTARQUE, _De l’Ind. des anim._, 28.

=170=,

6, +Nous+.--Toute cette partie de l’apologie de Sebond, dans laquelle Montaigne a exalté les animaux comparés à l’homme, et qui a eu pour objet de rabaisser ce dernier et de lui faire sentir la débilité de sa nature et le ridicule de son orgueil, a été approuvée par PASCAL qui a soutenu la même thèse; BOSSUET, au contraire, l’a réfutée. Dans son troisième sermon pour la Toussaint, prêché devant le roi, en 1669, après avoir nommé Montaigne, il l’apostrophe ainsi: «Mais dites-moi, subtil philosophe, qui vous riez si finement de l’homme, parce qu’il s’imagine être quelque chose, comptez-vous donc pour rien de connaître Dieu? en connaître le principe, adorer son éternité, admirer sa toute-puissance, louer sa sagesse, s’abandonner à sa Providence, obéir à sa volonté, n’est-ce là rien qui nous distingue des bêtes?» C’est là une belle période oratoire mais qui, au fond, n’est qu’une manifestation de plus de l’immense orgueil de l’homme uniquement étayée sur le magnifique langage propre à Bossuet, qui en outre a le tort de prendre ainsi de la sorte Montaigne à partie comme entaché d’athéisme, rien dans son livre ni dans sa vie ne l’y autorisant.--CICÉRON, beaucoup plus rationnel, concilie ainsi, dans les Tusculanes, ces opinions si divergentes: «Toutes les âmes renferment je ne sais quoi de mou, de lâche, de bas, d’énervé, de languissant: s’il n’y avait que cela en lui, rien ne serait plus hideux que l’homme; mais, en même temps, il s’y trouve bien à propos cette maîtresse, cette reine absolue, la raison, qui, par les efforts qu’elle a d’elle-même le pouvoir de faire, se perfectionne et devient la suprême vertu. Or, pour être vraiment homme, il faut lui donner pleine autorité sur cette autre partie de l’âme dont le devoir est d’obéir.» Dans le même ordre d’idées, Cicéron écrit ailleurs: «Quand on a dit à l’homme: Connais-toi toi-même, ce n’était pas seulement pour rabaisser son orgueil, c’était aussi pour lui faire sentir ce qu’il vaut.»

8, +Oyseaux+.--SEXTUS EMPIRICUS, _Pyrr. hypot._, I, 14.

16, +Torpille+.--Poisson du genre de la raie, qui présente la propriété d’être une source d’électricité, dont la décharge engourdit qui la touche, et se transmet dans l’eau, en raison de la conductibilité de ce liquide, à tout corps à distance suffisamment courte; de là l’appellation donnée à l’engin de guerre de ce nom, destiné à couler les navires ennemis.

38, +Nostre+.--Les éd. ant. aj.: _Car à nos enfans il est certain que bien auant en l’aage, nous n’y découurons rien sauf la forme corporelle, par où nous en puissions faire triage_.

=172=,

6, +Beste+.--BOERHAAVE, médecin célèbre du XVIIIe siècle, laissa en mourant un gros registre, dans lequel on comptait trouver de précieux renseignements sur son art; on y lut seulement ce conseil, aphorisme populaire dont l’origine se perd dans la nuit des temps: «Tenez-vous la tête fraîche, le ventre libre, les pieds chauds, et moquez-vous des médecins.» PAYEN.

10, +Effectuelle+.--Add. des éd. ant.: _et plus naturelle_.

30, +Hyrcanus+.--PLUTARQUE, _De l’Ind. des anim._, 13.

33, +Pyrrhus+.--_id._, _ibid._

=174=,

15, +Iour+.--St Pierre, dit-on, à un moment de son existence, ne mangeait que des olives, et même que des mauves d’après St Grégoire de Nazianze; mais avec, il mangeait du pain. PAYEN.

25, +Saisissant+.--La présence d’étrangers, même en petit nombre, suffit à altérer l’âme d’un peuple. Ce fut l’infiltration pacifique des Barbares, bien plus que leurs invasions guerrières, qui amenèrent la transformation de la civilisation romaine; et c’est là un danger pour les États-Unis qu’envahit l’émigration étrangère, aujourd’hui presque entièrement composée d’éléments inférieurs; de 1880 à 1890, ils ont reçu près de 6.000.000 d’émigrants.--Il en est de même de la France, pays riche dont la population ne s’accroît plus (l’excédent des naissances sur les décès n’a été en 1905 que de un sur mille), entouré de pays pauvres dont la population s’accroît constamment et dont les tendances à l’émigration sont favorisées par les exigences croissantes de nos ouvriers qui les rendent nécessaires pour les besoins de l’agriculture et de l’industrie. Ils n’étaient pas 400.000, il y a cinquante ans; ils dépassent aujourd’hui un million et demi et arrivent en rangs chaque jour plus pressés.--Parmi les moyens préconisés pour ralentir ce mouvement, sont: le service dans la légion étrangère pour ceux âgés de moins de vingt-cinq ans et ayant deux ans de présence; une taxe militaire pour ceux plus âgés; suppression à peu près absolue de la naturalisation; impôt du quart des revenus et des salaires pour tous les individus d’origine étrangère, naturalisés ou non, établis en France depuis moins de cinquante ans (G. Lebon).

26, +Sont+.--Add. des éd. ant.: _à la verité_.

=176=,

2, +Tettins+.--PLUTARQUE, _De l’Ind. des anim._, 17.--Les éléphants semblent prêter volontiers à des histoires de ce genre: JUBA en mentionnait un qui aimait une marchande de parfums et lui versait dans le sein les pièces de monnaie qu’il recevait; on en cite un autre qui, passionné pour un jeune syracusain de l’armée de Ptolémée, refusait de manger chaque fois qu’il ne le voyait pas.

4, +Glaucia+.--PLUTARQUE, _De l’Ind. des anim._, 17.

6, +Parenté+.--OPPIEN, _Poème de la chasse_, I, 236.--VARRON dit: «Il s’est produit à cet égard un fait incroyable. On voulait faire saillir à un cheval la jument de laquelle il était né; ne pouvant l’y amener, on lui couvrit les yeux; quand, après la monte, on les lui découvrit, il se précipita contre un mur et se tua net» (V. N. =I=, 634: Desdaigner).

22, +Finesse+.--PLUTARQUE, _De l’Ind. des anim._, 15; ELIEN, _Hist. des anim._, VII, 42.--LA FONTAINE a traité ce sujet à peu près de même façon dans sa fable «L’âne chargé d’éponges et l’âne chargé de sel».

=178=,

31, +Duello+.--Il s’agit ici de la guerre de Troie, l’événement le plus célèbre des temps mythologiques.--Cette guerre causée par l’enlèvement par Pâris, prince troyen, d’Hélène femme de Ménélas, roi de Sparte, dura dix ans et se termina par la prise de la ville et la destruction de ce royaume par les Grecs confédérés, sous les ordres d’Agamemnon, roi d’Argos (1200 av.). V. N. =III=, 512: _Pomme_.

35, +Trouble+.--LA FONTAINE, dans sa fable des _Deux coqs_, a exprimé la même idée à sa façon:

«Deux coqs vivaient en paix; une poule survint, Et voilà la guerre allumée! Amour, tu perdis Troie; et c’est de toi que vint Cette querelle envenimée Où du sang des dieux même on vit le Xanthe teint.»

45, +Futuam+.--Subjonctif de _futuere_, qui vient du grec φυτεύω (je plante), signifiait accomplir l’acte de génération et uniquement entre hommes et femmes; contrairement à _pædicem_ qui s’entendait du commerce avec les garçons, parfaitement admis avant le christianisme; _mentula_, membre indicateur du sexe masculin, est souvent employé dans Martial. Le grave Théodore de Bèze, docteur du protestantisme, s’est laissé aller à en faire le sujet d’une petite pièce qui ne manque pas d’agrément (V. N. =III=, 208: Fouteau).

49, +Canant+.--Cette épigramme est de l’empereur Auguste; elle nous a été conservée par MARTIAL, qui en la reproduisant dit, avec juste raison, que ses propres vers n’offrent rien de pire. FONTENELLE s’est risqué à la traduire, mais, à la différence du poète latin, il a transformé les quelques mots, et particulièrement ceux relatifs à Manius, qui constituent la satire la plus mordante à l’égard de Fulvie:

«Parce qu’Antoine est charmé de Glaphyre, Fulvie à ses beaux yeux pense m’assujettir. Antoine est infidèle: eh bien, serait-ce à dire Que des fautes d’Antoine on me fera pâtir? Qui? moi! Que je serve Fulvie! Suffit-il qu’elle en ait envie? A ce compte, on verrait se retirer vers moi Mille épouses mal satisfaites. Aime-moi, me dit-elle, ou combattons? Mais quoi, Elle est bien laide! Allons, sonnez trompettes.»

=180=,

1, +Donné+.--Marguerite de France, femme du roi de Navarre, depuis Henri IV, à laquelle, croit-on, Montaigne adressait cette apologie de Sebond.--Sœur de Charles IX, son mariage, né de la politique, ne fut pas heureux: mari et femme étaient aussi dévergondés l’un que l’autre: leur union se termina par une annulation prononcée par le Pape en 1599. Longtemps Marguerite (Margot comme on l’appelait) s’y refusa, «ne voulant pas, écrivait-elle en 1593 à Duplessis, que cette bagasse (ancienne prostituée,--il s’agissait de Gabrielle d’Estrées) soit mise à sa place sur le trône de France». Elle finit cependant par céder, mais sa rivale n’en bénéficia pas: la demande d’annulation, faite en février, fut prononcée en décembre; dans l’intervalle, en avril, la favorite était morte subitement.

2, +Mouuements+.--C.-à-d. une armée.

3, +Lybico+.--Les anciens donnaient le nom de mer de Libye aux deux golfes formés par la mer Méditerranée sur les côtes de la Tripolitaine et de la Tunisie et qui, remplis de bas-fonds, étaient très redoutés des navigateurs.

9, +Brouée+.--Brouillard épais, brume qui souvent règne l’hiver, dans la matinée.

10, +Terre+.--PASCAL s’est inspiré de cette idée: «L’esprit du plus grand homme du monde n’est pas si indépendant, qu’il ne soit sujet à être troublé par le moindre tintamarre qui se fait autour de lui; il ne faut pas le bruit du canon pour empêcher ses pensées, il ne faut que le bruit d’une girouette ou d’une poulie.»

18, +Poëte+.--Allusion aux abeilles que chante Virgile, et aux essaims desquels on se rend maître en les enfumant.

21, +Armes+.--PLUTARQUE, _Sertorius_, 6.--Ce ne fut pas contre Pompée que Sertorius se donna l’avantage de combattre un adversaire aveuglé par la poussière, mais contre les Caracitaniens, peuple d’Espagne, qui s’étaient réfugiés dans de profondes cavernes creusées dans le roc, dont il parvint à les déloger en plaçant devant l’entrée des tas de terre qu’il avait remarqués se réduisant facilement en poussière qu’un vent contraire, qui persista pendant deux jours, emporta dans le repaire de l’ennemi qui, suffoqué, dut capituler (=82=).--Dans les guerres d’Algérie, le maréchal Pelissier, alors colonel, eut recours à un procédé analogue, pour avoir raison au Dahra (1845) d’insurgés réfugiés avec leurs familles et leurs biens dans des gorges inaccessibles. Il les y enfuma en mettant le feu à des broussailles amoncelées à l’entrée; cinq cents périrent.

21, +Antigonus+.--Le fait s’est bien produit dans un combat entre Eumène et Antigone et où le premier eut l’avantage; mais il fut indépendant de sa volonté et profita également à son adversaire qui, grâce à cette même poussière produite par le piétinement des chevaux sur un sol sablonneux et qui obscurcissait la vue, sauva ses bagages des mains de l’ennemi.

21, +Crassus+.--A la bataille de Carrhes, en Mésopotamie (Asie), où les Romains, commandés par Crassus, furent vaincus par les Parthes et perdirent 30.000 h. (=55=); la cavalerie adverse souleva des nuages si épais de poussière que les Romains, sur lesquels le vent la faisait refluer, ne pouvaient ni se voir, ni se parler; mais ce fut là un fait qui n’avait pas été prémédité.--Inversement à la grande bataille de Verceil où Marius anéantit les Cimbres (=101=), par suite des mouvements de ces multitudes, une poussière intense s’éleva protégeant les Romains contre les efforts de leurs adversaires, soutenant leur courage en leur cachant la supériorité numérique considérable des ennemis qui avaient encore ce désavantage d’avoir le soleil en face et d’être incommodés par une chaleur (on était à la fin de juillet) à laquelle ils n’étaient pas habitués. PLUTARQUE.

33, +Dire+.--Le roi Emmanuel, qui dirigeait ce siège, y fut blessé d’une flèche; cette circonstance et le peu d’importance de la place le décidèrent à lever le siège (1510).--Les gens de Tamly utilisant les abeilles pour se défendre, eurent recours, certainement à leur propre insu, à un procédé mentionné dans la Bible: «J’enverrai devant toi les frelons, dit Jéhovah à Moïse sur le Sinaï, qui chasseront loin de ta face les Hévéens, les Chananéens et les Héthéens». _Exode_, XXIII, 28.

34, +Sauatier+.--Savetier. Savatier, qui vient plus directement de savate, prévalait jadis; c’est ainsi qu’on trouve dans Villon: «Et vous, Blanche la savatière.»

34, +Moule+.--Cette phrase: «Les âmes des empereurs et des savetiers sont jetées dans le même moule», a servi d’épigraphe en 1792 à un journal de la Révolution, intitulé «Journal des Sans-culottes».--L’idée s’en retrouve dans _La Servitude volontaire_ de LA BOÉTIE: «Nature le ministre de Dieu et la gouvernante des hommes, nous a tous faits de même forme, et, comme il semble, à même moule.»

37, +Importantes+.--«Quelquefois, quand les rois sont en conseil, les peuples croient qu’ils parlent de changer le pôle arctique de l’antarctique; et le plus souvent ils prennent des mouches» (MALHERBE), ainsi que faisait Domitien qui, au début de son règne, s’enfermait des heures entières dans son cabinet, se livrant à cette occupation. SUÉTONE.--«Ces grandes et éclatantes actions qui éblouissent les yeux, sont représentées par les politiques comme les effets de grands desseins, au lieu que ce sont d’ordinaire les effets de l’humeur et de la passion; ainsi la guerre d’Auguste et d’Antoine, qu’on rapporte à l’ambition qu’ils avaient de se rendre maîtres du monde, n’était peut-être qu’un effet de jalousie.» LA ROCHEFOUCAULD. On pourrait inférer de l’épigramme d’Auguste: _Quod futuit Glaphyran..._, qu’a reproduite Montaigne à la page précédente, que la guerre entre Antoine et lui a été amenée par un caprice de Fulvie auquel il s’est dérobé, mais il y a lieu d’observer que celle-ci est morte en =40=, alors que n’avait pas encore éclaté leur rupture définitive dont fournirent l’occasion les amours d’Antoine avec Cléopâtre, reine d’Égypte, qui lui firent délaisser Octavie, sa seconde femme, sœur d’Octave (nom de l’empereur Auguste avant son avènement à l’empire).--Pareillement, cette visite de l’empereur d’Allemagne à Tanger qui, en 1905, fit de la question marocaine une question européenne, visite attribuée à une politique préconçue, est née d’une simple boutade, parce qu’on se trouvait dans le voisinage, et que la mer était quelque peu forte. Si elle n’avait pas eu lieu, trois grandes puissances ne seraient pas revenues sur des accords déjà pris, nous ne nous retrouverions pas avoir les mains liées à tout jamais à l’égard du Maroc et nous n’aurions pas été réduits au ridicule d’accepter d’y exercer en coopération la police sous le contrôle de l’Europe, tâche qui n’offre que des difficultés en perspective, et où notre impuissance n’aura d’égale que la responsabilité que nous assumons.

43, +Plus+.--«Les grands et les petits ont mesmes accidents, mesmes fascheries et mesmes passions; mais les uns sont en haut de la roue, les autres près du centre et ainsi moins agités par les mesmes mouvements.» PASCAL.

43, +Ciron+.--Très petit insecte de la famille des parasites, qui s’attache à la peau.

=182=,

8, +Iustice+.--PLUTARQUE, _De l’Ind. des anim._, 12.--C’est sur un acte de même nature que repose la légende du chien de Montargis: «Sous Charles V, un gentilhomme aurait été assassiné dans la forêt de Bondy; ce gentilhomme avait un chien qui, témoin du meurtre, après l’avoir fait découvrir en s’obstinant à demeurer près du corps, s’acharnant ensuite contre l’assassin chaque fois qu’il l’apercevait, fit soupçonner la vérité. Un combat singulier fut ordonné entre eux, et l’homme, vaincu, avoua son crime.» Mais le même fait, avec des acteurs de même nom, se retrouvant dans une chanson de geste du temps de Charlemagne, on estime aujourd’hui que la scène finale ne s’est pas passée à Montargis, comme on le répète généralement, et que ce n’est que parce qu’elle a été reproduite par hasard, en peinture, dans la salle du château, lors de sa restauration par Charles VIII, que cette croyance s’est formée.

10, +Maistre+.--PLUTARQUE, _ibid._; PAUSANIAS, IX, 31.

27, +Siecle+.--PLUTARQUE, _ibid._; ELIEN, _De Animal._, VII, 13.

30, +Spectateur+.--C’est AULU-GELLE, V, 14, qui rapporte le fait comme le tenant d’Appion qu’il déclare sujet à caution; mais il est confirmé par SÉNÈQUE qui dit: «Nous avons vu dans l’amphithéâtre un lion qui, ayant reconnu un homme auquel il avait appartenu autrefois, le protégea contre les autres bêtes qui allaient fondre sur lui.» ELIEN, _De Animal._, VII, 48, en nomme le héros Androclès au lieu d’Androdus.--Cet épisode a été mis en vers français.

=184=,

13, +Embatis+.--Je rencontrai, je gagnai. S’embattre, c’était arriver fortuitement en un lieu, et aussi intentionnellement.

16, +Mussé+.--Caché, blotti; mot d’étymologie grecque.

24, +En hors+.--Désormais, depuis ce moment, dès lors.

35, +L’empereur+.--D’après Appion, cet empereur serait Caracalla; mais si Sénèque en a été témoin, ce ne peut être que Néron ou l’un de ses prédécesseurs. V. N. =II=, 182: Spectateur.

46, +Ora+.--PLINE, VIII, 42, affirme expressément lui aussi que les chevaux pleurent quelquefois la mort de leur maître et assure que le roi Nicomède ayant été tué, son cheval se laissa mourir faute de manger.

=186=,

7, +Escare+.--PLUTARQUE, _De l’Ind. des anim._, 26.

12, +Barbiers+.--PLUTARQUE, _De l’Ind. des anim._, 26.--Le barbier est un poisson de mer du genre osseux.

17, +Balaine+.--Énorme cétacé qui atteint 20 à 25 mètres de long et un poids de 100.000 kilos; sa peau a jusqu’à trois centimètres d’épaisseur. Sa pêche, à peu près épuisée dans les mers du Nord, s’effectue actuellement plutôt dans les mers australes; l’espèce tend à disparaître. On utilise surtout, dans la baleine, l’huile, le lard et les fanons, lames cornées, au nombre de 7 à 800, qui garnissent la bouche.

19, +Guide+.--PLUTARQUE, _De l’Ind. des anim._, 32.--Le requin serait, pareillement, constamment accompagné d’un poisson, qu’on appelle «pilote», jouant le même rôle.

28, +Gouuernail+.--Le caracal, carnassier du genre chat, qui a l’odorat aussi développé que le lion l’a peu, en agirait à peu près de même avec celui-ci. Faible, pas plus gros qu’un renard, il va devant le lion, lui découvre une proie et l’en avertit; le lion met à profit l’avertissement et laisse en rémunération une partie de la victime à son batteur d’estrade.

39, +L’offenser+.--PLUTARQUE, _De l’Ind. des anim._, 32; PLINE, VII, 25; ELIEN, _De Animal._, III, 11, etc.--Le crocodile (V. N. =II=, 148: Crocodile), dans l’eau, absorbe des sangsues; à terre, des fourmis pénètrent dans sa gueule béante; les unes et les autres s’y attachent sans que, en raison de la disposition de sa langue, il puisse s’en débarrasser; le pluvier entre dans sa bouche et lui rend service, becquetant ses dents, son palais, ses gencives. HÉRODOTE.--Un autre oiseau, le piquebœuf, rend au buffle les mêmes offices: avide des tiques qui le dévorent, il l’en débarrasse et celui-ci endure patiemment des coups de bec dont il reconnaît l’utilité; de plus, si l’oiseau aperçoit un chasseur, il pousse un cri et s’envole, ce qui est un avertissement pour le buffle. _Cosmos._

40, +Nacre+.--La nacre n’est pas un coquillage, mais une matière blanchâtre et brillante qui forme l’intérieur de beaucoup de coquilles marines univalves et bivalves; la partie est ici prise pour le tout.

40, +Pinnothere+.--PLUTARQUE, _De l’Ind. des anim._, 32; CICÉRON, _De Nat. deor._, II, 48.--Le pinnothère est une espèce de crabe qui vit ordinairement dans les coquilles des testacés bivalves.

=188=,

4, +Tuns+.--PLUTARQUE, _De l’Ind. des anim._, 29, 31; ARISTOTE, _De Animal._, VIII, 13; ELIEN, _De Animal._, IX, 42.--Le thon est un gros poisson qui va par bande et se trouve principalement sur les côtes de la Méditerranée.

5, +Mathematique+.--Ailleurs (=I=, 226 et N. Mathematique), Montaigne compte quatre parties dans les mathématiques; ici, il en distrait la musique qu’on y comprenait.

16, +Longueur+.--Les oies sauvages, dans leurs migrations, se forment bien géométriquement en triangle, par bandes de quarante à cinquante individus. L’oie qui est en tête fend la première la résistance de l’air: cette fonction est très fatigante et, pour la remplir, toutes se relèvent successivement, celle qui la quitte se mettant à la queue. Lorsqu’elles s’arrêtent, quelques-unes font sentinelle et chacune y passe à son tour.--Les canards sauvages voyagent aussi par troupes, mais moins bien organisées et ne s’élevant pas aussi haut dans les airs.

23, +Luy+.--PLUTARQUE, _De l’Ind. des anim._, 14.

27, +Mourir+.--ARRIEN, _Hist. Indic._, 14.

32, +Hoste+.--PLUTARQUE, _De l’Ind. des anim._, 19.

37, +Halcyons+.--PLUTARQUE, _De l’Ind. des anim._, 34; PLINE, X, 32; ELIEN, _De Animal._, X, 17.--L’alcyon est un oiseau assez semblable à l’hirondelle, qui fréquente la mer et les marécages.

=190=,

1, +Latone+.--Neptune, d’un coup de son trident, fit sortir cette île du fond de la mer, pour assurer à Latone, persécutée par Junon, un lieu où elle pût mettre au monde Apollon et Diane. Dans la suite, par reconnaissance, Apollon, dont elle devint le sanctuaire principal, de flottante qu’elle était, la rendit immobile. _Myth._

21, +Desmeut+.--Dérange, disjoint; du latin _dimovere_ qui a ce même sens.

30, +Seulement+.--Cette description du nid de l’alcyon rappelle une des plus gracieuses pages de saint François de Sales. Chez Montaigne, la description est plutôt technique et scientifique, d’une grande habileté, exacte et pittoresque; chez saint François de Sales, elle est plutôt poétique, d’une grâce et d’une fraîcheur incomparables, et il en tire des inductions mystiques, pleines de justesse, de charme et de profondeur. ABBÉ SAGETTE.

=192=,

40, +Appetit+.--LA BRUYÈRE est d’un avis opposé; il dit au ch. _Des femmes_: «L’agrément est arbitraire; la beauté est quelque chose de plus réel et de plus indépendant du goût et de l’opinion.»

41, +Color+.--PROPERCE, II, 17, 26.--Les populations du N. de l’Europe ont le teint plus pâle que celles du Midi, chez lesquelles il est plus basané, ce qui peut tenir à ce qu’elles vivent davantage au grand air, sous un soleil plus ardent, et à un effet d’atavisme se joignant à cette cause première.

=194=,

9, +Oreille+.--WILLIAM DALTON rapporte qu’il est de coutume chez les Bernias de se percer dans le lobe de l’oreille un large trou que, suivant sa richesse ou sa position, chacun remplit par un ornement d’or, d’argent, de papier doré et de bois; et qu’invariablement, quand cette ouverture n’est pas occupée autrement, hommes, femmes et enfants l’utilisent comme porte-cigarette lorsque, pendant qu’ils fument, ils viennent à être interrompus dans cette occupation, y plaçant alors machinalement le bout non allumé.

10, +Soing+.--L’usage du bétel, plante de l’Inde, dont les Hindous mâchent les feuilles, produit cet effet.

14, +Pline+.--Livre IV, 13.

20, +Massiue+.--Chez les Hollandais, c’est bien autre chose encore; on peut en juger en comparant les tableaux de Rubens, Rembrandt, etc., avec ceux de Raphaël, Léonard de Vinci, etc.

20, +Estrillée+.--Mince et svelte, ce que Montaigne appelle (=I=, 460) un corps bien espagnolé.

26, +Aualler+.--Comprendre, admettre, adopter; se dit encore aujourd’hui dans ce sens en langage trivial: Faire avaler quelque chose à quelqu’un, lui en conter.

26, +Boule+.--Dans le _Timée_; voir également CICÉRON, _De Nat. deor._, I, 10.

=196=,

7, +Constitution+.--Décrites par PLATON et CICÉRON: par le premier dans le _Timée_; par le dernier dans son traité _De la Nature des dieux_, II, 54 etc.

13, +Vitales... c’est+.--Les éd. ant. port.: _et plus nobles, c’est à ce que disent les médecins_.

17, +Excusables+.--Les éd. ant. aj.: _puis que l’homme n’auoit pas de quoy se presenter nud à la veue du monde_.

20, +Soye+.--Les éd. ant. aj.: _et autres commoditez empruntées_.

25, +Libre+.--Add. des éd. ant.: _connoissance_.

31, +Refroidie+.--Les éd. ant. port.: _desgoutée_.

32, +Cognoissance+.--Var. des éd. ant.: _iouyssance_.

33, +Autres+.--C’est ce qu’exprime cet adage ancien:

«Après trois jours, l’homme s’ennuie De femme, d’hôte et de pluie.»

=198=,

4, +Ordre+.--C.-à-d.: ce que je dis là ne concerne que le commun des hommes et des femmes, et je ne serai pas sacrilège au point...

5, +Sacrilege+.--Var. des éd. ant.: _Temeraire_.

8, +Terrestre+.--Compliment à l’adresse de la reine Marguerite. V. N. =II=, 180: Donné.

13, +Raison+.

«De tous les animaux qui s’élèvent dans l’air, Qui marchent sur la terre ou nagent dans la mer, De Paris au Pérou, du Japon jusqu’à Rome Le plus sot animal, à mon avis, c’est l’homme.»

BOILEAU, _Sat._, VIII.

17, +Faire+.--Les Latins disaient: «Se bien porter, est la première des choses»; les Grecs: «Qui n’a santé, n’a rien»; c’est ce que nous disons tous quand nous l’avons perdue.

18,--+Stoïque+.--PLUTARQUE, _Des communes conceptions contre les Stoïciens_.

23, +Circé+.--A fourni à l’_Odyssée_ d’HOMÈRE un de ses principaux épisodes: Ulysse ayant abordé dans son île (l’île d’Æa, au S. de l’Italie), elle transforma, par ses breuvages enchantés, tous ses compagnons en pourceaux; seul il échappa, grâce à un antidote que Mercure lui avait donné. Devenue éprise de lui, Circé rendit à ses compagnons leur forme première et les retint près d’elle une année entière.

36, +Abandon+.--Cette phrase, ainsi qu’en témoigne du reste sa contexture, est une ironie de la part de Montaigne.

38, +Vaine fantasie+.--L’éd. de 80 port.: _biffe et piperie_.

41, +Insensé+.--Les éd. ant. aj.: _C’est donc toute nostre perfection d’estre homme_.

=200=,

3, +Discours+.--C.-à-d. par de bonnes raisons.

5, +Societé+.--Voir N. =II=, 170: Nous.

11, +Surpayé+.--Exalté cette belle raison.

15, +Socrates+.--XÉNOPHON, _Mémoires sur Socrate_, I, 4, 12.--L’éd. de 88 port.: _la philosophie_.

34, +Grecs+.--Varron et Aristote.--Varron, homme de loi, fut aussi tribun du peuple, exerça un commandement militaire en Espagne; d’une immense érudition, était surnommé par ses contemporains «le plus savant des Romains»; a écrit plus de cinq cents volumes dont il ne nous reste que fort peu.--Aristote, V. N. =I=, 32: Aristote.

=202=,

1, +Sienne+.--Aristote fut l’objet de nombreuses imputations, mais qui sont loin d’avoir été prouvées. On a dit que, dans sa jeunesse, il avait dissipé son patrimoine; qu’à Athènes, il aurait joué le rôle d’espion, lorsqu’en 348 av. J.-C. la guerre éclata entre les Athéniens et Philippe de Macédoine; qu’il aurait comploté contre Alexandre, parce que Callisthène, son parent et disciple, s’était attiré la haine de ce prince; enfin, il fut accusé d’impiété comme ayant rendu un culte à sa femme, en l’érigeant en divinité à l’égal de Cérès.

4, +Rigent+.--«Au jeu d’amour, le muletier fait rage,» répond LA FONTAINE.

11, +Tient... choses+.--Var. des éd. ant.: _est encore moins_.

13, +Plus comme+.--L’ex. de Bordeaux ajoute: _la beauté_.

36, +Epicurus+.--Ou plutôt l’épicurien Colotès, ainsi qu’on peut voir dans le traité que PLUTARQUE a écrit contre lui.--Un autre philosophe de cette même école a dit: «Si tous les hommes pouvaient voir les choses de la même manière et se ressouvenir à propos du parti le plus utile à prendre, ils n’auraient pas besoin de lois.»

=204=,

1, +Cuider+.--La présomption, la prétention, une confiance exagérée en soi.

5, +Sereines+.--Par la douceur de leur chant, les Sirènes entraînaient les voyageurs pour lesquels elles étaient invisibles à se précipiter dans la mer, où ils se noyaient.--Dans l’_Odyssée_, XII, 188, Ulysse, prévenu, ne leur échappe qu’en bouchant avec de la cire les oreilles de ses compagnons et se faisant attacher lui-même au mât de son navire. V. aussi CICÉRON, _De Fin._, V, 18.

11, +Cecy+.--Add. des éd. ant.: _pour le moins_.

14, +Nous+.--Var. des éd. ant.: _La science ne nous décharge point de douleur, de crainte, de desir et de reume_, au lieu de: «Mais... nous».

17, +Pituita+.--Pituite; humeur blanchâtre et visqueuse que, dans certaines indispositions, on rejette par la bouche.

20, +Presumption+.--L’éd. de 80 aj.: _et la gloire_.

20, +Epictete+.--_Manuel_, 11.

26, +Braues+.--C.-à-d.: entendez ce pauvre et malheureux animal faire le brave, se pavaner.

31, +Offense+.--CICÉRON, _Tusc._, I, 26.

=206=,

7, +Cestuy-cy+.--Lucrèce. Un breuvage que lui donna sa femme ou sa maîtresse lui troubla la raison et il finit par se donner la mort. _Chron._ d’EUSÈBE.

9, +Sapience+.--«Folie et génie sont congénères»; c’est une des applications fréquentes de cet autre proverbe: «Les extrêmes se touchent», et les exemples à l’appui sont nombreux. En tout cas, il faut reconnaître que beaucoup d’hommes de génie et de personnages illustres se sont trouvés affectés d’une demi-aliénation mentale et sujets à un état anormal du système nerveux: Socrate, Malebranche, Newton, Descartes, J.-J. Rousseau, Le Tasse, étaient hallucinés; Lucrèce, Pierre le Grand, Balzac, Michel-Ange étaient maniaques.--CICÉRON dit qu’«il ne se trouve pas d’esprit sublime sans quelque mélange de folie, et que la mélancolie est le propre des natures excellentes».--Mme DE STAEL: «La mélancolie est le sceau du génie.»

10, +Choses+.--CICÉRON, _Acad._, II, 23.

11, +Mortels+.--CICÉRON, _De Fin._, II, 13.

12, +Dieu+.--PLUTARQUE, _Des communes conceptions_, etc., 30.

14, +De soy+.--Add. des éd. ant.: _et aquis par ses estudes_.

17, +Surmonte+.--SÉNÈQUE, _Epist._ 23, à la fin.

19, +Il n’y a+.--Les éd. ant. font précéder ces mots de: _et toutesfois ie reconnoy qu’il_.

27, +Poules+.--Il usera jusqu’à épuisement de toutes ses ressources.--«Faire de ses œufs poules», c’est s’abuser sur sa richesse, ses ressources; c’est un proverbe qui a le même sens que le proverbe anglais: «Tout homme prend ses oies pour des cygnes.»

28, +Chemise+.--Proverbe; c.-à-d. le réduire à la pauvreté la plus absolue, presque à la nudité.

32, +Mal+.--CICÉRON, _Tusc._, II, 25.

34, +Secte+.--Add. des éd. ant.: _ce n’est que vent et paroles_.

35, +Carneades+.--CICÉRON, _De Fin._, V, 31.--Un des familiers d’Épicure, par suite, autre que le fondateur de la nouvelle académie qui est postérieure de 60 ans à ce dernier.

=208=,

5, +Stoïques+.--Le fait est donné par CICÉRON, _Tusc._, II, 25, qui, dans un autre passage, dit que ce même philosophe, ayant mal aux reins, criait à tue-tête que tout ce qu’il avait jugé auparavant de la douleur était faux.

6, +Rabattre+.--Les éd. ant. aj.: _quelque chose des pointes de la douleur et de_.

8, +Pyrrho+.--DIOGÈNE LAERCE, IX, 69.--Pyrrhon, chef de l’école des Sceptiques, posait en principe que rien n’est certain; qu’à chaque proposition on peut opposer une proposition contraire également probable; que, par suite, le sage doit suspendre son jugement et tout soumettre à l’examen (en grec Σκέπτις). On a prêté à Pyrrhon mille folies que dément la réputation de sagesse dont il jouissait auprès de ses contemporains.

17, +Naturelle+.--Add. des éd. ant.: _Certes la cognoissance nous esguise plutost au ressentiment des maux qu’elle ne les allege_.

19, +Ignorance+.--Certains ont voulu voir là une allusion à la castration; le texte s’explique cependant très bien sans semblable hypothèse; de ce que l’enfant ne s’attend pas à une opération quelle qu’elle soit, qu’on va lui faire subir, et que chez un cheval, il ne s’en rend pas compte davantage, n’éprouvant pas d’appréhensions, ils s’en défendent moins.

22, +Discours+.--Sorte de gens sur lesquels, dans _Le Malade imaginaire_, Molière a si spirituellement exercé sa verve satirique.

23, +Science+.--C’est la médecine que Montaigne met ici en cause; ce qu’il indique lui-même plus loin, en ajoutant du reste que ce qu’il en dit s’applique à toutes autres.

27, +Indisposition+.--Critique à l’adresse de la chiromancie qui, ainsi que l’astrologie, avait encore nombre d’adeptes à cette époque.

=210=,

2, +Philosophes+.--Des philosophes sceptiques. V. N. =II=, 208: Pyrrho.

13, +Viure+.--Allusion aux avances qui lui étaient faites pour obtenir qu’il rentrât dans la vie publique, dont il s’était déjà retiré.

14, +Maladies+.--Les éd. ant. aj.: _et de foiblesse_; et 80 aj. en plus: _Les hommes engagés au seruice des Muses m’en sçauroient bien que dire_.

24, +Homme+.--Idée qu’a traduite La Fontaine. V. N. =II=, 202: _Rigent_.--Avant Montaigne et lui, MAROT avait dit:

«Six ou sept fois, ce n’est point le mestier D’homme d’honneur; c’est pour le muletier.»

=212=,

14, +Ouurages+.--Un oratorien, Thomassin (1619 à 1695), homme d’une érudition profonde, qui avait fait de nombreuses conférences sur les Pères de l’Église, les conciles, l’histoire, oublia sur la fin de sa vie tout ce qu’il avait su et ne se souvenait même plus d’avoir rien écrit. PAYEN.

15, +Informes+.--Il s’agit ici du Tasse, l’auteur de la _Jérusalem délivrée_, qui, lorsque Montaigne voyageait en Italie, en 1580, était enfermé comme fou dans un couvent de Ferrare où il demeura ainsi pendant sept ans, de 1579 à 1586. Le texte pris à la lettre implique que Montaigne l’a vu dans sa prison et la gravure a reproduit cette visite; néanmoins il ne semble pas qu’elle ait eu lieu et il n’en dit rien dans son journal de voyage. Le mot «voir» serait, dans ce cas, mis pour avoir appris, savoir, sens dans lequel il est assez fréquemment employé, en parlant d’un fait accompli.

18, +Assagir+.--St PAUL, _Épître aux Romains_, a dit de même en renversant la proposition: «Ils allaient disant vouloir devenir des sages, ils sont devenus des sots.»--Assagir, rendre sage, n’est pas demeuré dans la langue française, qui a retenu abestir, rendre bête, stupide; dans La Boétie, on trouve de même formation assotir, pour rendre sot.

19, +Guider+.--«Prenez de l’eau bénite, faites dire des messes, cela vous fera croire et vous abêtira; étrange moyen de nous rapprocher de Dieu, que d’étouffer la raison qui est un don de lui et nous fait à son image.» PASCAL.--TERTULLIEN n’a-t-il pas dit: «_Credo quia absurdum_ (_j’y crois par cela même que c’est une absurdité_)»;--et BOSSUET: «Nous ne sommes capables d’entendre Dieu, que par une entière cessation de notre intelligence»;--JOUBERT: «Ferme les yeux et tu verras»;--HUET: «Pour arriver à croire, il est utile de ne pas croire»;--DIDEROT: «Le premier pas vers la philosophie, c’est l’incrédulité»;--la reine CHRISTINE: «En matière de foi, il faut se crever les yeux pour voir clair»;--enfin l’Évangile: «Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux.»

24, +Fuir+.--Les éd. ant. port.: _à desirer qu’à craindre_, au lieu de: «à coup qu’à fuir».

32, +Valentem+.--Ces vers sont tirés de la _satire_ de LA BOÉTIE, dont il a été question liv. I, ch. XXVII, =I=, 306.

34, +Volupté+.--La secte d’Épicure.--Les éd. ant. aj.: _et l’a montée à son plus haut pris_.

36, +Auoir de bien+.--Var. des éd. ant.: _heureux bien estre_.

38, +Mali+.--Citation que Montaigne fait précéder de sa traduction.

=214=,

7, +Plombée+.--Dans un tel état d’apathie.

13, +Sentir+.--CICÉRON, _Tusc._, III, 7.

=216=,

1, +Soufferts+.--CICÉRON, _Tusc._, III, 45.

2, +Oubly+.--C’est pourtant là le moyen le plus efficace, peut-être le seul de retrouver le calme et de n’être pas trop malheureux. Ressasser constamment, au contraire, en son esprit, les griefs vrais ou imaginaires que l’on peut avoir contre les hommes ou contre les choses, rend l’existence insupportable. «Ce qui est passé, est mort,» dit un proverbe arabe; et, quand on s’y applique, il n’est pas si malaisé que le dit Montaigne. La nature nous y aide, en atténuant avec le temps nos souvenirs; mais il faut pour cela écarter résolument et aussi souvent qu’ils se présentent à nous, les sujets dont nous voulons nous dégager; et, si nous y joignons une occupation suivie qui empêche que nous ne demeurions sans cesse en tête-à-tête avec nos pensées, sur ce point comme sur bien d’autres, la volonté finit par avoir raison de toute obsession, quelle qu’elle soit.

13, +Perdre+.--«On s’en souvient, en songeant qu’il faut qu’on l’oublie.» MONCRIF.

17, +Ausus+.--D’Épicure.

31, +Acceptassent+.--Il est douteux que semblable marché soit accepté de quiconque a encore du sang dans les veines. Cette vie agréable et tranquille que les Italiens qualifient de _vita del beato porco_ (_vie béate du porc_) ne saurait convenir à qui a du cœur et se sent capable de faire mieux, état d’âme que RACINE a mieux su rendre que Montaigne, quand il fait dire à Achille:

«Je puis choisir, dit-on, ou beaucoup d’ans sans gloire, Ou peu de jours suivis d’une longue mémoire; Mais, puisqu’il faut enfin que j’arrive au tombeau, Voudrais-je, de la terre inutile fardeau... Et toujours de la gloire évitant le sentier, Ne laisser aucun nom et mourir tout entier?»

=218=,

7, +Desplaisir+.--Cette histoire et celle de Lycas qui précède sont tirées d’ATHÉNÉE, XIII.

9, +Βίος+.--Montaigne a traduit ce vers avant de le citer.

10, +Ecclesiaste+.--Ch. 1, versets 17 et 18.

18, +Resiste+.--Le commencement de cette citation est un passage altéré de Sénèque; le reste est de Cicéron.

20. Cette réflexion sur la transformation du B en V ne doit s’appliquer ici qu’à _bibat_; introduite dans _abeat_, elle n’aurait aucun sens; le proverbe latin: «_Aut bibat, aut abeat_ (_qu’il boive ou qu’il s’en aille_)» qui signifie: «Il faut s’accoutumer à l’humeur de ceux avec qui on vit ou s’en séparer», devient alors avec la prononciation gasconne: «_Aut vivat aut abeat_ (_qu’il vive ou qu’il meure_).»--C’est cette même transformation de lettres familière aux Gascons qui a fait dire d’eux: «_Beata gens, cui bibere idem est ac vivere_ (_Heureuses gens pour qui boire et vivre ne font qu’un_)»; ou encore: «_Felices quibus bibere, vivere est_ (_Heureux ceux pour lesquels boire, c’est vivre_).»

32, +Pendre+.--PLUTARQUE, _Contredits des philosophes stoïques_, 14.

34, +Approcher+.--_Id._, _ibid._

36, +Hart+.--DIOGÈNE LAERCE, VI, 86.

37, +Plutarque+.--_Comment on pourra apercevoir si on s’amende_, etc., 5.--Sextus le pythagoricien est cité fréquemment par SÉNÈQUE dans ses différents ouvrages, en particulier dans ses _lettres_ 59, 64, etc.

=220=,

12, +Valentian+.--L’empereur Valens.

14, +Mahumet+.--Mahomet, fondateur de l’Islamisme qu’il commença à prêcher à la Mecque vers quarante ans; l’opposition qu’il rencontra au début l’obligea à s’enfuir à Yatreb (622) où il fut accueilli avec transports et dont le nom, dans la suite, a été changé en celui de Médine (ville du prophète), en souvenir de cette fuite ou hégire, d’où date l’ère des Musulmans (Musulman et Islamisme ont même étymologie et viennent de l’arabe سلم _selam_, qui signifie abandon complet en Dieu de sa personne et de ses biens, résignation). A partir de ce moment, Mahomet poursuivit avec succès son œuvre les armes à la main; et, à sa mort, survenue en 632 à Médine où est sa tombe, dans la majeure partie de l’Arabie, y compris la Mecque, la religion nouvelle avait remplacé le culte des idoles. Ses successeurs ou khalifes (lieutenants), continuant ses conquêtes et son prosélytisme, ont été en progrès constant jusqu’au XIVe siècle; leurs croyances dominent encore aujourd’hui sur une grande partie du globe: l’Asie occidentale, l’Afrique septentrionale, la Turquie. Les dogmes et les préceptes de la religion de Mahomet sont consignés dans le Coran (le livre, livre par excellence), qui embrasse à la fois la religion, la législation pénale et civile, ainsi que l’administration. Ses principaux dogmes sont: l’unité de Dieu, l’immortalité de l’âme, un paradis avec des jouissances toutes sensuelles; le fatalisme, n’excluant pas pourtant la responsabilité de nos actes; les préceptes sont: la circoncision, la prière, l’aumône, les ablutions, le jeûne, l’abstinence du vin et de toutes les liqueurs fermentées; la polygamie est autorisée, le Coran autorise quatre femmes légitimes.--Mahomet n’a nullement interdit ni les sciences, ni les lettres à ses adeptes; mais dans le principe, ses lieutenants se conduisirent à la vérité comme si elles étaient proscrites. Un revirement se fit plus tard et pendant un temps les arts et les sciences ont compté des savants émérites parmi ses sectateurs, mais il faut convenir qu’actuellement il ne semble plus guère en être question dans le monde musulman.

16, +Lycurgus+.--Sa législation, qui fit de Sparte une république militaire plus qu’une monarchie, et à laquelle elle dut la prépondérance sur toute la Grèce, tant qu’elle l’observa fidèlement, avait principalement pour but d’établir l’égalité entre tous les citoyens et de former un état guerrier sans esprit de conquêtes. Ses dispositions essentielles étaient: le partage des terres en portions égales, avec interdiction d’accroître, de diminuer et d’aliéner tout ou partie du lot échu à chaque famille; la substitution d’une monnaie de fer à la monnaie d’or et d’argent; les repas pris en commun; une éducation austère, toute martiale, et exclusivement dirigée en vue de développer la moralité, la force et l’adresse, donnée en public; les arts, les sciences, et tous les métiers en général abandonnés aux esclaves; comme gouvernement: deux rois, ayant l’initiative des lois, présidant à tous les actes de la vie publique, commandant les armées, mais dont l’autorité était limitée par les Ephores; un sénat de 28 membres décidant de la paix ou de la guerre et des alliances; l’assemblée du peuple élisant les magistrats, votant les contributions, ratifiant les lois.--D’après la tradition, Lycurgue, après avoir fait jurer aux Spartiates l’observation de ses lois jusqu’à ce qu’il revînt, se serait expatrié sans esprit de retour.

37, +Vices+.--Ce passage est une reproduction d’une idée de Varron, qu’on trouve consignée dans NONIUS MARCELLUS.

=222=,

11, +Droicturiere+.--C’est là, bien qu’il ne les nomme pas, une sortie de Montaigne contre Luther et Calvin.

13, +Δεισιδαιμονία+.--Desdémone (superstition); c’est le nom de l’héroïne de la tragédie d’_Othello_, de Shakespeare.

14, +Πείτεται+.--Mot attribué à Socrate et que Montaigne a traduit avant de le citer.

15, +Empesches+.--PASCAL s’est inspiré de cette pensée: «Il y a, dit-il, assez de lumière pour ceux qui ne désirent que voir, et assez d’obscurité pour ceux qui sont en disposition contraire; assez de clarté pour éclairer les uns et assez d’obscurité pour les porter à s’humilier; assez d’obscurité pour aveugler les autres et assez de clarté pour les condamner et les rendre inexcusables,... c’est pourquoi il est juste et utile que Dieu nous soit en partie caché et en partie découvert.»--«La vanité et l’orgueil coûtent plus que la faim et la soif.» JEFFERSON.

16, +Sage+.--PLATON, _Apologie de Socrate_.--Chérophon, disciple et ami de Socrate, étant à Delphes, demanda à l’oracle s’il y avait sur la terre un homme plus sage que Socrate; la prêtresse lui répondit qu’il n’y en avait aucun; ce que Socrate interpréta, en disant que la réponse de l’oracle n’avait d’autre but que de le donner pour exemple, parce qu’il reconnaissait qu’il n’y avait véritablement aucune sagesse en lui. V. N. =III=, 576: L’vn.

24, +Sagesse+.--«La vanité est l’amour-propre qui se montre; la modestie, l’amour-propre qui se cache.» FONTENELLE.

26, +Cendre+.--«Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière», c’est la formule, tirée de la GENÈSE, III, 19, de l’Église à la cérémonie du mercredi des cendres.

«Dieu connaît le néant d’où naissent les humains, Puisque ses propres mains Les ont jadis créés de poussière et de boue; Il connaît leur faiblesse, et sait de quel mépris La fortune se joue De tous les grands desseins que forment leurs esprits.» RACAN.

27, +Ombre+.--Cette phrase se trouve dans les _Psaumes_ de DAVID.--On lit encore dans l’ECCLÉSIASTE: «Dieu a fait l’homme semblable à l’ombre après le coucher du soleil»; et aussi: «Pendant les jours de sa vie fugitive, l’homme passe comme l’ombre.»--Dans l’oraison funèbre d’Henriette d’Angleterre, BOSSUET dit: «L’homme que Dieu a fait à son image, n’est-il qu’une ombre?»

38, +Scire+.--«Dieu t’a fait pour l’aimer, et non pour le comprendre.» L. RACINE.

=224=,

4, +Ayme+.--Ne trouve-t-on pas dans l’Écriture elle-même que Dieu se repent: «Jéhovah se repentit du mal qu’il avait parlé de faire à son peuple», _Exode_, XXXIII, 14; qu’il se moque, qu’il se rit, etc.

8, +Cognoistre+.

«Qu’est-ce que Dieu? Loin de rien décider de cet être suprême, Gardons, en l’adorant, un silence profond; Le mystère est immense et l’esprit s’y confond. Pour dire ce qu’il est, il faut être lui-même.» L. RACINE.

10, +Prudence+.--Le passage qui suit est une traduction intégrale de CICÉRON, _De Nat. deor._, III, 15.

20, +Aristote+.--_Morale à Nicomaque_, VII, 1.

=226=,

6, +Croyans+.--S. PAUL, _Ep. aux Corinthiens_, I, 1, 19.

11, +Recognoistre+.--Add. des éd. ant.: _sa vilité et_.

17, +Cornes+.--L’idée est reproduite de PLUTARQUE, _Contredits des philosophes stoïques_, 10; mais l’expression appartient à Montaigne.

22, +Appris+.--CICÉRON, _De Nat. deor._, I, 17.

29, +Descouure+.--DIOGÈNE LAERCE, I, 122.

29, +Onques+.--Socrate (V. N. =II=, 222: Sage).--Les éd. ant. aj.: (_Et qui à l’auenture n’eust nulle plus viste occasion, d’estre appelé sage, que cette sienne sentence_).

31, +Rien+.--«Je ne sais qu’une chose, c’est que je ne sais rien,» disait aussi de lui-même PLINE L’ANCIEN.

39, +Lettres+.--VALÈRE MAXIME, II, 2, 3, ne dit rien de semblable; Montaigne a été ici induit en erreur par une incorrection qui subsiste dans quelques éditions de cet auteur.

=228=,

21, +Admirables+.--Les éd. ant. aj.: _en reglement et en droicture_.

28, +Queste+.--C’est précisément par là que SEXTUS EMPIRICUS, d’où Montaigne a tiré bien des choses, commence son livre des _Hypotyposes_ (_expositions_, _hypothèses_) _pyrrhoniennes_, et en déduit d’une façon générale la caractéristique des différentes manières de philosopher: l’une dogmatique, c’est celle qui assure avoir trouvé la vérité; une autre académique, appliquée par ceux qui déclarent qu’elle est au-dessus de notre compréhension; la troisième sceptique, qui est le propre de ceux qui la cherchent encore.

30, +Stoiciens+.--Péripatéticiens, V. N. =I=, 32: Aristote, et =I=, 82: Peripatéticiens;--Epicuriens, V. N. =I=, 30: L’aduenir;--Stoiciens, V. N. =I=, 18: Stoiques.

33, +Academiciens+.--École philosophique fondée à Athènes, par Platon, vers =388=; elle tirait son nom d’un jardin, devenu promenade publique, ayant appartenu primitivement à un certain Academus et dans lequel Platon donnait ses leçons.--On compte trois Académies: la première, ou Académie ancienne, avait pour base les enseignements de Socrate, transmis et érigés en système par Platon: elle admettait l’existence d’un Dieu, d’une Providence, l’immortalité de l’âme; au point de vue moral, elle considérait la raison humaine comme impuissante à nous donner la solution précise de toutes les questions en présence desquelles l’homme se trouve, et indiquait dans l’ordre moral la pratique du bien, comme le plus sûr moyen d’arriver au bonheur; dans les arts, le beau, comme l’idéal du but à poursuivre; Aristote, qui plus tard fonda l’école des Péripatéticiens, Speusippe, Xénocrate, Crantor en firent partie. La deuxième, ou Académie moyenne, fondée vers =244=, par Arcésilas, posait en principe qu’en rien on ne peut arriver à la certitude. La troisième, ou Académie nouvelle, fondée par Carnéade, vers =160=, sans tomber dans un scepticisme absolu, enseignait que l’on ne peut atteindre qu’au probable.--Ces principes se modifièrent encore par la suite, avec Philon notamment qui, vers l’an =88=, revint à la doctrine de Platon et s’efforça de la concilier avec le stoïcisme.

37, +Epechistes+.--Qui hésitent, qui s’abstiennent de juger; qualification donnée aux sceptiques et que Montaigne explique un peu plus loin.--V. N. =II=, 208: Pyrrho, et _Lexique_ au mot Sceptiques.

38, +Homere+.--Auteur de l’_Iliade_ et de l’_Odyssée_, considérées toutes deux comme les chefs-d’œuvre de l’épopée. On ne sait que peu de chose de lui; la tradition le représente vieux et aveugle, errant de ville en ville et récitant ses vers; certains ont contesté son existence et émis l’idée que ces deux poèmes résument les œuvres éparses d’une époque fabuleuse de la Grèce.--Dans l’_Iliade_, Homère chante les effets de la colère d’Achille, les malheurs des Grecs au siège de Troie pendant la retraite de ce héros et la vengeance terrible qu’il tire du meurtre de Patrocle son ami. On y admire la grandeur des conceptions, la beauté et la simplicité du plan, la hardiesse de l’imagination, la richesse et la sublimité des images.--Dans l’_Odyssée_, il raconte les aventures d’Ulysse errant de contrée en contrée après la prise de Troie, et le retour de ce prince dans son royaume d’Ithaque. Le plan en est régulier, l’imagination moins éclatante, mais un vif intérêt et une séduisante naïveté vous captivent.--Ces deux poèmes, en dehors de leur beauté intrinsèque, avaient pour les anciens le mérite de renfermer les traditions théologiques, les noms et l’origine des peuples, la description et la situation des pays, et, à ce titre, jouissaient chez eux, sous ces divers rapports, d’une grande autorité.

38, +Sages+.--Thalès, Solon, Bias, Chilon, Cléobule, Pittacus, Périandre; quelques-uns substituent à ce dernier Myson, d’autres Anacharsis, bien que celui-ci fût scythe; ils s’occupaient surtout de morale et de politique.

39, +Archilochus+.--Aussi méchant que licencieux dans ses poésies; il fut banni par plusieurs villes qui mirent ses écrits en interdit, et il finit par être assassiné; il était cependant tellement estimé pour ses talents poétiques, qu’on le regardait presque comme l’égal d’Homère; il ne reste de lui que quelques fragments de poésie.

39, +Euripide+.--Son style, modèle d’élégance, brille surtout par le pathétique; il fait exprimer à ses héros des maximes philosophiques d’une grande hardiesse. Il avait composé, dit-on, 84 tragédies; il ne nous en est parvenu que dix-neuf; les plus estimées sont _Hécube_, les _Troyennes_, _Médée_, _Iphigénie en Tauride_.

=230=,

21, +Science+.--CICÉRON, _Acad._, II, 47.

=232=,

27, +Infrasquer+.--Du latin _infrascare_ qui signifie couvrir de feuillages, d’où par métaphore, embrouiller, embarrasser.

31, +Choisissiez+.--CICÉRON, _Acad._, II, 43.

=234=,

1, +Panætius+.--Montaigne continue de traduire CICÉRON, _Acad._, II, 33.

8, +Præoccupé+.--Prévenu, rempli de préjugés.

17, +Sustineatur+.--CICÉRON, _Acad._, I, 2.--Le texte porte _assensio_, au lieu de _assertio_, qui semble une erreur de copie.

=236=,

2, +Naturelles+.--SEXTUS EMPIRICUS, _Pyrrh. hypot._, I, 6.

7, +Pyrrho+.--Les éd. ant. port.: _ce que Laertius dict de la vie de Pyrrho et à quoy Lucianus, Aulus Gellius et autres semblent incliner, car ils_, au lieu de: «ce qu’on... Ils».--Du temps de Julien, la plupart des écrits de Pyrrhon avaient déjà péri, et cet empereur s’en félicitait. LEBEAU.

11, +Souche+.--Montaigne, qui se déclare ici ouvertement et avec raison contre cette aveugle insensibilité qu’on a attribuée à Pyrrhon, semble la reconnaître ailleurs (liv. II, ch. XXIX, =II=, 592), quoiqu’elle lui paraisse, dit-il, quasi incroyable.

17, +Secte+.--Ici encore l’auteur copie CICÉRON, _Acad._, II, 31.

37, +Deuement+.--La complaisance avec laquelle Montaigne s’étend ici sur le Pyrrhonisme et conclut en sa faveur, montre bien qu’il est de cette école. Tous les principes qu’il expose comme étant ceux de ces philosophes sont les siens; cela ne fait pas doute pour qui est au fait de sa vie et auxquels les Essais sont quelque peu familiers; ce sont eux qui lui ont inspiré sa devise «Que sais-je?» que l’on retrouve un peu plus loin; il leur a même emprunté la leur «Ἐπέχω (je m’abstiens)». V. N. =II=, 276: Que sçay-ie?

=238=,

14, +L’Ecclesiaste+.--III, 22, et V, 17.

20, +Troisiesme+.--Les deux premières comprennent les Académiciens et les Sceptiques; la troisième, que Montaigne désigne sous le nom collectif de Dogmatistes, comprend les Péripatéticiens, les Stoïciens, les Épicuriens.

29, +Sectateurs+.--Des sectateurs de Platon, de qui est le _Timée_ dont il vient d’être question, et non des Dogmatistes dont l’auteur semble, au début de l’alinéa, vouloir nous entretenir en détail; du reste le philosophe qu’il met en cause est Cicéron, qui était de l’école des Académiciens.

=240=,

6, +Et si+.--C.-à-d. Aristote est le prince des dogmatistes, et cependant nous apprenons de lui.

7, +Doubter+.--Cette pensée n’est pas d’Aristote; on l’attribue à ÆNEAS SYLVIUS, qui a été pape en 1458, sous le nom de Pie II.

8, +Escient+.--Les éd. ant. aj.: (_comme pour exemple sur le propos de l’immortalité de l’âme_).

19, +Difficulté+.--L’obscurité,--_pour en voiler leurs opinions_ (add. de l’éd. de 1588).

23, +Estoit+.--CICÉRON, _Acad._, II, 45.

24, +Facilité+.--C.-à-d. c’est pourquoi Épicure a évité dans ses écrits d’être clair et facile à entendre.

25, +Σκοτεινὸς+.--Le ténébreux. CICÉRON, _De Fin._, II, 5.

31, +Cicero+.--_De Offic._, I, 6.

35, +Cyrenaiques+.--DIOGÈNE LAERCE, II, 92.--Secte de philosophes grecs qui avaient pour chef Aristippe de Cyrène (Afrique sept.), qui, après la mort de Socrate, dont il était un des disciples, fonda cette école, qui ne tarda pas à se fondre avec les Épicuriens. Dénaturant la morale de son maître, il plaçait le souverain bien dans les plaisirs des sens modérés par la raison.

37, +Disciplines+.--DIOGÈNE LAERCE, VIII, 32.

39, +Exercice+.--Chrysippe, dans PLUTARQUE, _Contredits des philosophes stoïques_, 25, dit le contraire de ce que Montaigne lui fait dire ici.

=242=,

9, +Profuerunt+.--Ici, comme en maintes autres, le texte de la citation est altéré.

10, +Sçauoir+.--Add. des éd. ant.: _et par la philosophie_.

13, +Dubitateur+.--Add. des éd. ant.: _et ne rien établissant_.

22, +Asseuerante+.--Chancelante et n’assurant rien.

22, +L’est+.--Pic de la Mirandole, un des disciples les plus fervents de Platon, à dix-huit siècles d’intervalle, après beaucoup d’efforts pour déterminer le but de chacun des dialogues de ce philosophe, fut obligé de convenir qu’il n’y en avait pas. Dans le traité des Lois, il est parlé de la nature de l’âme, de sa génération, de son immortalité; il est encore question de cette immortalité dans Phédon, le Phèdre et le Timée; il est parlé de géométrie dans le dialogue de Menon, qui est un discours sur la vertu, sur laquelle on trouve une digression dans celui d’Alcibiade, etc. etc. PAYEN.--On s’étonne quelque peu de voir cet admirateur sans égal de Montaigne relever chez un autre ce désordre littéraire, quand c’est là une des caractéristiques essentielles de son auteur de prédilection.

22, +Disoit+.--Dans le _Théétète_ de PLATON.

30, +Engin+.--Esprit; du latin _ingenium_.

31, +D’autrui+.--Socrate résumait son rôle, en se disant «Accoucheur d’esprits», avouant et rappelant ainsi la profession de sa mère qui, elle-même, était sage-femme. V. N. =III=, 576: L’vn.

38, +Prez+.--Les éd. ant. port.: _Chez qui se peut voir cela plus clairement, que chez nostre Plutarque? combien diuersement discourt il de mesme chose? combien de fois nous presente il deux ou trois causes contraires de mesme subiect, et diuerses raisons, sans choisir celle que nous suons à suiure_, au lieu de: «Cela... prez» (lig. 36 à 38).

=244=,

5, +Fantasies+.--Socrate entendant Platon lire son dialogue de Lysis, ou de l’Amitié, se serait écrié: «Dieux! que de choses ce jeune homme me prête!» Et, en effet, Platon a mis sous le nom de son maître beaucoup de choses que celui-ci n’a jamais dites. DIOGÈNE LAERCE.

26, +Verité+.--Add. de 88: _Car au bout de ses discours, il venoit à s’escrier..._

29, +Elle est+.--CICÉRON, _Acad._, II, 5; SEXTUS EMPIRICUS, _Adv. mathem._

35, +Bride+.--Retenue; _modération_, comme port. les éd. ant.

36, +Figues+.--Le texte grec de PLUTARQUE, _Propos de table_, I, 10, porte concombre au lieu de figue (ce qui du reste importe peu à la moralité de l’histoire); Montaigne a suivi ici la version française d’Amyot ou le latin de Xylander. COSTE.

=246=,

3, +Despita+.--Add. des éd. ant.: _et se mit en cholere_.

26, +Profession+.--Ainsi s’exprime CICÉRON, _Acad._, II, 41.

31, +Soudainement+.--PLUTARQUE. _Qu’on ne saurait vivre joyeusement selon la doctrine d’Epicure_, 8.--L’éd. de 88 aj.: _comme fut Phaeton_.

=248=,

1, +Nombres+.--Les Atomes, les Idées, les Nombres, sont des hypothèses diverses imaginées par ces philosophes pour expliquer, chacun à sa façon, leurs théories sur le système du monde; c’est du reste ce qu’indique la citation latine qui suit.

2, +Sages+.--Les éd. ant. port.: _cleruoyans_.

8, +Contraires+.--C’est l’idée du proverbe italien: «_Se non e vero, e bene trovato_ (_si ce n’est vrai, c’est bien trouvé_).»

15, +Religions+.--Les éd. ant. aj.: _car il n’est pas deffendu de faire nostre profit de la mensonge mesme, s’il est besoing_.

20, +A certes+.--C.-à-d. comme certain.

26, +Loix+.--Les _Lois_, de PLATON, traité sur les institutions à donner à un peuple.

31, +Republique+.--Liv. V. La _République_ de PLATON, traité sur la meilleure forme de gouvernement.

32, +Piper+.--D’où cette coutume, assez généralement existante dans les religions anciennes, de s’entourer de mystères et d’en tenir les profanes à l’écart. En Gaule, notamment, les Druides agissaient ainsi: ils cachaient avec soin au peuple les doctrines qu’ils s’étaient faites sur la terre et les cieux, ne les enseignaient qu’à leurs disciples sans les écrire, et il fallait à ceux-ci jusqu’à vingt années d’études pour acquérir toute cette science.

38, +Academique+.--V. N. =II=, 228: Academiciens.

40, +Belutez+.--Etudiés, scrutés; bluter, c’est passer au blutoir (tamis pour séparer la farine du son).

=250=,

28, +Sortables+.--Montaigne (liv. I, ch. XXXI, =I=, 378) blâme l’usage «de chercher à affermir et appuyer nostre religion par la prospérité de nos entreprises; nostre créance, ajoute-t-il, a assez d’autres fondemens, sans l’authoriser par les euenemens».

36, +Et+.--Add. des éd. ant.: _voylà pourquoi_.

39, +Excusable+.--Saint Paul, ayant reçu mission du Saint-Esprit de prêcher les Gentils, était à Athènes (51). Conférant avec quelques philosophes épicuriens et stoïciens sur les idées qu’il venait propager, ceux-ci le menèrent à l’Aréopage pour qu’il y exposât sa doctrine, et là il s’exprima de la sorte: «Athéniens, lorsqu’en passant je regardais les objets de votre culte, j’ai aperçu un autel avec cette inscription: Au dieu inconnu; ce Dieu que vous adorez sans le connaître, c’est lui que je viens vous annoncer.» _Actes des apôtres_,