‹ Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IVChapitre 204 sur 241 · CHAPITRE XIX.

CHAPITRE XIX.

Ce chapitre, traduit presque textuellement d’Ammien Marcellin, contient un bel éloge de l’empereur Julien; et, à son tour, a fourni à Voltaire la plupart de ce qu’il a dit sur ce prince.--Ce même chapitre, en raison des termes en lesquels il y est parlé de Julien, et avec lui les passages où, dans les Essais, sont taxés de cruauté les supplices au delà de la mort simple, et surtout l’usage répété qui s’y rencontre du mot «fortune», employé dans le sens de hasard, de fatalité, en place de celui plus orthodoxe de Providence, donnèrent lieu, à Rome, en 1580, de la part de la censure, à des observations dont l’auteur, du reste, ne tint aucun compte. V. N. =I=, 588: _Indisciplinatis_, et V. N. =III=, 474: Reuere.

=530=,

16, +Monde+.--VOPISCUS, _in Tacito imp._, 10.

18, +Creance+.--Une grande partie des ouvrages de cet historien a été perdue, Montaigne en donne l’explication. Nous n’avons que des fragments de ses Annales qui allaient de la mort d’Auguste à celle de Néron; et de ses Histoires qui vont de l’avènement de Galba jusqu’à Nerva. Tacite est universellement regardé comme le plus grand historien des temps anciens; il est grave, profond, énergique, concis sans manquer d’abondance; il peint ses portraits des plus vives couleurs; ses jugements flétrissent le crime et la tyrannie; il est d’ailleurs exact, n’écrivant que ce qu’il a vu ou que des contemporains lui ont raconté.

22, +Julian+.--Était neveu de Constantin le Grand. Envoyé en Gaule avec le titre de César, il fixa son séjour à Lutèce (Paris) et se signala contre les Germains. Élu empereur en 361, il renonça ouvertement au christianisme dans lequel on l’avait élevé, ce qui le fit surnommer l’Apostat (du grec ἀφίσταμαι, se retirer), et fit de vains efforts pour relever le paganisme. Il ne régna que deux ans; durant ce temps, il fit de sages lois, réforma les abus les plus criants, fit la guerre aux Perses, débuta par des succès, mais dut battre en retraite, la région où il avait pénétré ayant été dévastée par l’ennemi et n’offrant plus aucunes ressources; blessé mortellement au cours de cette retraite, il mourut peu après (363).--Dédaigné à la cour dans sa jeunesse, il s’était adonné à l’étude et possédait à fond l’éloquence et la philosophie; il appartenait à l’école des Stoïciens dont il portait le manteau, la longue barbe, en même temps qu’il pratiquait l’austérité de leurs mœurs; jamais sa haine contre le christianisme ne le porta à aucune violence contre les Chrétiens.

23, +L’apostat+.--«Ce sont deux grands écueils de tout croire et de ne rien croire. Si vous voulez savoir quels étaient Constantin et Julien, ne croyez ni tout le mal qu’on a dit de Julien, ni tout le bien qu’on a dit de Constantin.» CATHERINOT.

23, +Rare+.--Par ses vertus et ses actes, l’empereur Julien a été au-dessus de son époque, et Montaigne, avec juste raison, le représente comme tel.--Il est à observer toutefois, d’une façon générale, que notre auteur ne se piquait nullement d’exactitude, acceptait sans les contrôler (il en a fait l’aveu =I=, 150) tous faits et dires qu’il jugeait à propos, pour les traiter à sa mode; si ses déductions sont presque toujours frappées au coin de la logique et du bon sens, on ne saurait cependant sans discussion s’appuyer sur son autorité en matière d’histoire ou de science.

30, +Vne+.--AMMIEN MARCELLIN, XXIV, 8.

=532=,

2, +Predecesseurs+.--AMMIEN MARCELLIN, XXII, 10; XXV, 5 et 6.--«Julien, a dit Voltaire, qui eut le malheur d’abandonner la religion chrétienne, mais qui fit tant d’honneur à la religion naturelle; Julien, le scandale de notre église et la gloire de l’empire romain.»--Plus philosophe qu’empereur, il était de ceux qui, si déjà l’empereur Antonin ne l’avait exprimé, auraient pu inspirer à ETIENNE TABOUROT, auteur comique du XVIe siècle, ces mauvais vers qui traduisent une pensée assurément juste:

«Heureuses seront les provinces, Dedans lesquelles régneront Des princes qui philosopheront, Ou quand les sages seront princes.»

4, +Marcellinus+.--Ammien Marcellin.--V. =II=, 58 et N. Marcellinus. A écrit une histoire des empereurs romains depuis Nerva jusqu’à Valentinien; le premier livre en est perdu. Cet ouvrage jouit d’une grande autorité, surtout dans sa dernière partie, où l’auteur rapporte ce qu’il a vu; la modération, bien rare pour l’époque, qu’il apporte quand il parle du christianisme et du paganisme, fait qu’on ne peut deviner par ses écrits et qu’on ne sait, quoique Montaigne donne à supposer ici qu’il était chrétien, à quelle religion il appartenait.

4, +Histoire+.--AMM. MARCELLIN, XXII, 10, etc.

9, +Nous+.--Chrétiens.

11, +Recitent+.--SOZOMÈNE, _Hist. ecclés._, V, 4.

16, +Affectant+.--Julien affecta, témoigna en cette circonstance.

21, +Sang+.--EUTROPE, X, 8.--Sans persécution; par opposition à celles qu’à diverses reprises avait eu à endurer le christianisme naissant.--L’édition de 1580 porte ici le passage afférent à l’exclamation prêtée à l’empereur Julien, lorsqu’il se sentit frappé à mort, que l’édition de 1595 reproduit légèrement modifiée, un peu plus loin (=II=, 534: Ce langage, etc.).

24, +Constantius+.--AMM. MARCELLIN, XXII, 2.--A la mort de Constantin le Grand (337), l’empire fut partagé entre ses trois fils: Constantin, Constance et Constant. Le second ne tarda pas à demeurer seul par suite de la mort de ses frères (350); mais il se rendit tellement odieux, que les armées de Gaule proclamèrent Julien empereur; il marchait contre lui, quand la mort le surprit en route (361).

26, +Accoustumoit+.--Les éd. ant. ajoutent: _tousiours_.

27, +Guerre+.--AMM. MARCELLIN, XVI, 2.

31, +Estudier+.--_Id._, XVI, 17; XXVI, 5.

40, +Artifice+.--_Id._, XVI, 2.

=534=,

8, +Armées+.--AMM. MARCELLIN, XXV, 3.

13, +Sacrifices+.--_Id._, XXV, 6.

27, +Gloire+.--_Id._, XXV, 4.

28, +Brutus+.--Dans la nuit qui précéda la première bataille de Philippes (=42=), où Cassius, battu, se tua, Brutus, qui commandait avec lui, avait vu apparaître un fantôme qui, interpellé, lui dit: «Je suis ton mauvais génie, tu me verras dans les plaines de Philippes.» Un mois après, la veille de la deuxième bataille de ce nom, où, à son tour, Brutus éprouva le même sort que Cassius, et comme lui se tua, cette vision se serait renouvelée. V. N. =II=, 646: Brutus.

29, +Mort+.--AMM. MARCELLIN, XX, 5; XXV, 2.

30, +Nazareen+.--THÉODORET, _Hist. ecclés._, III, 20.

35, +Attache+.--Ce passage: «Ce langage... attache» (lig. 29 à 35), existe un peu modifié dans l’édition de 1580 (V. N. =II=, 532: Sang); supprimé dans les éditions suivantes, il a été rétabli dans celle-ci où nous le retrouvons.

36, +Marcellinus+.--AMM. MARCELLIN, XXI, 2.

=536=,

5, +Constantinople+.--Paraît avoir été fondée par les Grecs, sous le nom de Byzance, à une époque très reculée et avoir joué dès les temps les plus anciens un rôle important; à diverses reprises ravagée ou détruite, elle devint sous Constantin le Grand, qui lui donna son nom, la capitale de l’empire (330), et bientôt surpassa Rome même, par la magnificence de ses monuments, sa population, ses richesses et son commerce. Les Turcs s’en sont emparés et en ont fait leur capitale en 1453.

8, +Religion+.--AMM. MARCELLIN, XXII, 3.

12, +Intelligence+.--Cette même politique avait été observée, au dire de DIODORE DE SICILE, par les Égyptiens qui laissaient se multiplier chez eux divers cultes, dans l’idée que les dissensions qui se produiraient entre eux, détourneraient de créer des difficultés au gouvernement; c’est un peu ce que chercha à faire Catherine de Médicis pour contenir les catholiques par les protestants et réciproquement; c’est également le système actuel de gouvernement des sultans de Constantinople, ce n’est en somme qu’une application particulière du principe d’application si générale: «Diviser, pour régner.»