‹ Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IVChapitre 206 sur 241 · CHAPITRE XXI.

CHAPITRE XXI.

23, +Debout+.--SUÉTONE, _Vespasien_, 24.

25, +Propos+.--SPARTIEN, _Verus_, 6. «Un empereur doit mourir dans la plénitude de ses facultés physiques et morales et non affaibli par l’âge ou les maladies.» On peut du reste en dire autant de tous ceux qui ont à commander ou à administrer, toutefois l’application de ce principe augmente d’autant plus d’importance que la fonction occupée en a elle-même davantage.

30, +Appoltronny+.--Proprement accoutumé au lit; viendrait de poltroniser, dérivé lui-même de _poltro_ qui, en italien, signifie lit, couche, oreiller, coussin; d’où, par extension, s’accoutumer à la paresse, rendu lâche, énervé; c’est là une étymologie de notre mot poltron, quelque peu différente de celle qu’on lui attribue généralement (V. N. =II=, 568: Voyage).

32, +Nonchalant+.--Si peu soucieux.

=544=,

13, +Absence+.--Henri de Navarre, devenu Henri IV.

13, +Selym I+.--Plein de courage et de fermeté, mais ambitieux, perfide et cruel, Sélim Ier détrôna et fit périr son père, ordonna la mort de plusieurs de ses frères, soumit la Syrie et prit le titre de calife (vicaire de Mahomet), dont il déposséda le dernier calife Abbasside de Bagdad et que ses successeurs à Constantinople ont conservé depuis; conquit l’Égypte sur les Mamelouks, la Mecque et Alger.

15, +Completes+.--Cela est exact; mais, par contre, tout aussi vrai quand au lieu de victoires que l’on remporte, ce sont des défaites que l’on éprouve: François Ier, à Pavie; Philippe de Valois, à Crécy; Jean le Bon, à Poitiers; Charles XII, à Pultawa; Napoléon, à Waterloo, etc.--C’est là du reste une question qui n’est pas d’actualité en France où de parti pris le chef de l’État n’a guère chance d’être un soldat; il semble d’ailleurs devoir en être de même dans un avenir prochain du Ministre de la guerre. Les gens politiques n’ont-ils pas toute science infuse, et qu’y aura-t-il de changé sauf que les bureaux dirigeront au lieu d’être dirigés, et que le personnel sera bouleversé au gré des influences et passions politiques du moment? Aussi, ce qu’en semblable situation on peut espérer de mieux pour notre état militaire c’est l’existence d’un Conseil supérieur de la guerre, comprenant tous ceux désignés pour, en cas de guerre, exercer le commandement de nos armées, dont les avis en toute question militaire de quelque importance soient d’obligation et toujours communiqués in extenso à qui il appartient de décider; l’établissement des tableaux d’avancement et l’initiative des nominations à tous les hauts grades et emplois de l’armée devraient également lui être attribués. La guerre éclatant, le Ministre, qu’il soit civil ou militaire, demeurerait, continuant à pourvoir aux besoins de tous, avec l’assistance de l’un des sous-chefs de l’État-Major général du temps de paix, toujours prêt à remplacer son chef, devenant, ipso facto, le Major général des armées opérant sur le principal théâtre d’opérations. Une fois les hostilités commencées, ce sont les événements qui décident de ce qui suit, toute prévision à cet égard est sans objet, toute idée préconçue peut être une entrave; il faut et il suffit que les hommes appelés à y pourvoir aient été choisis à hauteur de la tâche qui peut leur incomber, qu’ils soient au fait de la situation et aient du caractère.

17, +Pensée+.--Cela n’a jamais été d’une absolue vérité, l’action dirigeante du chef en dehors du combat ayant toujours eu quelque influence sur le résultat, bien qu’incomparablement moindre qu’aujourd’hui, comparée à sa conduite pendant le combat proprement dit. D’abord on ne manœuvrait guère autrefois, on se bornait généralement à se porter à la rencontre les uns des autres; et, d’autre part, le combat se livrait sur une étendue peu considérable, si élevés que fussent les effectifs en présence; tout ce qui s’y passait, était vu d’un grand nombre et, transmis à la voix, était à l’instant su de tous; l’effet en était immédiat, et dans ces conditions l’attitude du chef était d’importance capitale.--De nos jours, c’est tout autre: Dès le principe et longtemps avant qu’on n’en vienne aux mains, le chef manœuvre en vue d’acquérir la supériorité morale, d’avoir toute liberté de mouvements et d’entraver celle de l’adversaire, et de faire que, tout en ne se compromettant pas trop lui-même, un succès de sa part, quand le heurt se produira, soit aussi désastreux que possible pour son ennemi. Quand approche le moment de l’action, il prend, dans la mesure du possible, les dispositions que commande la situation. Quand elle s’engage, il observe, mais de loin pour mieux juger de l’ensemble sans être distrait par les détails, et n’intervient que par l’envoi en ligne de ses réserves quand il le juge utile. Lorsqu’elle prend fin, c’est lui qui, s’il a le dessus, s’applique à faire que la poursuite transforme la défaite de l’adversaire en déroute, ou à le contenir s’il a le dessous. Du commencement à la fin, sa pensée est toujours en action, et moins il engage sa personne, mieux il fait; sur une zone aussi étendue que celle sur laquelle se livrent les combats actuels, à moins qu’il ne s’agisse d’un engagement insignifiant par le nombre des combattants, l’intervention personnelle d’un chef, dans la mêlée, ne saurait guère excéder en résultat physique celle du moindre de ses soldats, elle a toute chance d’être sans effet réellement utile, et risque fort de compromettre la direction.--Cette dernière partie de l’assertion de Montaigne qui, de fait, est on ne peut plus vraie, doit donc s’entendre du chef qui, présent sur le théâtre de l’action, exerce le commandement effectif des troupes engagées, à l’encontre de celui qui, à distance, prétend gouverner les événements et dicter des ordres à ceux qui, sur place, sont aux prises avec les difficultés dont il ne peut juger.

20, +Ferme+.--«Ayant les pieds sur la terre ferme», comme un planteur de choux. COSTE.

21, +Hottomane+.--Branche de la race turcomane (race dominante dans le Turkestan, en Perse et en Asie Mineure), du nom d’Othman I, fondateur de l’empire turc (XIIIe siècle).

25, +Ammurath+.--Vainquit les Perses et les Hongrois, enlevant aux premiers trois provinces, aux seconds, l’importante place de Raab; avait débuté en faisant étrangler ses cinq frères, tous en bas âge.

27, +Edouard+.--Prétendant à la couronne de France, du chef de sa mère, sœur de Charles le Bel, gagnait contre Philippe de Valois la bataille de Crécy (1346), prit Calais (1347) et plusieurs autres villes; son fils le prince de Galles gagnait sur le roi Jean, successeur de Philippe, la bataille de Poitiers (1356); mais moins heureux contre Charles V, il perdait peu à peu toutes ses conquêtes et ne possédait plus que quelques places maritimes en France, quand il mourut.

28, +Charles+.--Fit avec succès la guerre à Edouard III d’Angleterre qui avait envahi la France, au roi de Castille, et réunit à la couronne le Poitou, la Saintonge, le Rouergue, une partie du Limousin, le comté de Ponthieu et la Guyenne. Il eut pour généraux Olivier de Clisson, Bertrand du Guesclin, Boucicaut; témoin des malheurs causés par la captivité de son père Jean le Bon, fait prisonnier à la bataille de Poitiers, il s’était fait une loi de ne point commander ses troupes en personne et dirigeait tout du fond de son cabinet.

33, +Castille+.--Montaigne fait ici allusion à la découverte et à la conquête du Mexique, du Pérou, de la Nouvelle-Grenade, du Chili et de Buenos-Ayres, réalisées à cette époque, au nom des rois de Castille, par les Christophe Colomb, les Fernand Cortez, les Pizarre, etc.

33, +Portugal+.--Par les expéditions de Diaz, de Vasco de Gama, de Cabral, les conquêtes d’Albuquerque, le Portugal, au XVIe siècle, était maître, en Asie, des Indes, des Moluques, et en Amérique, du Brésil.

35, +Facteurs+.--Agents des grandes compagnies par lesquelles, jadis, les états européens exploitaient leurs colonies.

39, +Respirer+.--ZONARAS, d’où ceci est tiré, dit: «Julien se démontra si sobre, que presque il ne rotait ni ne crachait et allait jusqu’à dire que, s’il était possible, un philosophe devrait même se garder de respirer.»

=546=,

3, +Persienne+.--XÉNOPHON, _Cyropédie_, I, 2, 16, ne parle pas plus de la sueur à propos des Perses, que Zonaras à propos de Julien; il dit seulement qu’il était déshonnête parmi eux de cracher, de se moucher et de paraître plein de vents.

5, +Seneque+.--_Epist._ 88.

10, +Fortune+.--«Venez voir mourir un maréchal de France,» disait Ney faisant à Waterloo (1815) un dernier effort, avec la brigade Brue, contre les lignes anglaises prenant l’offensive pour seconder l’action de Blücher. «Je ne rentrerai à Paris que mort ou victorieux,» disait de son côté le général Ducrot, en sortant pour livrer la bataille de Champigny (1871). Et tous deux, bien que demeurés constamment exposés aux coups des ennemis, se retrouvaient vivants en fin d’action, malgré ce qu’ils avaient dit et espéré.

17, +Gradiuum+.--Porteur de glaive, surnom du dieu Mars.

18, +Deos+.--En =479=. Les Romains, en guerre avec les Èques, avaient vu échouer leurs efforts par l’insubordination de leurs soldats, motivée par une loi agraire en discussion à Rome. Redoutant la même mauvaise volonté l’année suivante, alors qu’on était en présence des Étrusques, qui venaient les insulter jusque dans leur camp, les consuls refusèrent quand même d’en venir aux mains, jusqu’à ce que leurs soldats eussent juré de vaincre ou de mourir, ce qu’ils firent, et tinrent parole, à l’encontre de ce qu’en dit Montaigne.--Celui-ci semble confondre cet épisode avec celui des Fabiens, guerriers à l’effectif de 306, tous de la famille Fabia, qui, deux ans après (=477=), ayant à leur tête le consul Fabius Vibulanus, se chargèrent à eux seuls de combattre les Véiens, qu’ils battirent en diverses rencontres; mais étant tombés dans une embuscade, ils périrent tous, accablés par le nombre.

31, +Philistus+.--PLUTARQUE, _Dion_, 8. Philistus défait fut, suivant les uns, pris et tué par les ennemis; selon d’autres, il se tua pour ne pas tomber entre leurs mains.

38, +Frustratoirement+.--Inutilement, en vain. Frustratoire est encore en usage au palais; frustratoirement n’est plus français.

=548=,

4, +Castille+.--DE THOU, LXV.--Bataille d’El-Ksar el-Kebir, au Maroc, en 1578. Y périrent: Sébastien, roi de Portugal, qui disparut dans le combat; le vainqueur Muley Abd el-Melek, roi de Fez et de Maroc, terrassé par la maladie dans le cours même de la bataille; Muley Mohammed, son neveu, qu’il avait détrôné et à l’instigation duquel était venu Sébastien, auquel il s’était joint, se noya dans sa fuite; de la sorte périrent par la maladie, le fer et l’eau, trois rois dans cette même journée.--Sébastien ne laissant pas d’enfants, le cardinal Henri, son oncle, lui succéda; et, à la mort de celui-ci (1580), Philippe II, roi d’Espagne, s’empara de la couronne du Portugal.

34, +Tracasser+.--Mener çà et là, malgré les souffrances qu’il éprouvait.

=550=,

2, +Nouuelle+.--De Thou, LXV, raconte qu’on prêtait le même fait à Charles de Bourbon, l’ancien connétable, tombant expirant au pied des murailles de Rome, à laquelle il donnait l’assaut avec les bandes à la tête desquelles il s’était mis (1527).--Nelson, en 1805, à Trafalgar, en agit de même: blessé à mort sur le pont de son vaisseau amiral, et transporté dans sa chambre, il se fit couvrir la figure et ses décorations de son mouchoir, afin de n’être pas remarqué de l’équipage et de ne pas l’impressionner défavorablement.

10, +Main+.--V. N. =II=, 430: Premier.--Une fois sa résolution arrêtée, dit PLUTARQUE qui raconte cette mort avec grands détails, ayant près de lui l’épée avec laquelle il était décidé à se tuer, il s’endormit lisant le Phédon et alternativement prenant un peu de repos.