CHAPITRE XLVII.
=Incertitude de notre jugement=, =I=, 519.--En maintes occasions on peut être incertain sur le parti à prendre, par exemple: Faut-il poursuivre à outrance un ennemi vaincu? L’adversaire peut regarder comme un témoignage de faiblesse que vous ne poursuiviez pas le cours d’un succès; et, d’autre part, c’est quelquefois une imprudence qui peut devenir fatale, le désespoir pouvant donner de nouvelles forces au vaincu (le duc d’ANJOU à Montcontour, les ESPAGNOLS à S.-Quentin, POMPÉE à Oricum, SYLLA et MARIUS pendant la guerre sociale, M. DE FOIX à Ravenne, les LACÉDÉMONIENS, CLODOMIR, roi d’Aquitaine), 519.--Faut-il permettre que les soldats soient richement armés? Leur courage en est quelquefois exalté; ils sont plus fiers et ont davantage le désir de conserver des armes précieuses, mais on présente à l’ennemi un appât de plus (les PEUPLES D’ASIE, les ROMAINS et les SAMNITES, réponse d’ANNIBAL à ANTIOCHUS, LYCURGUE), 521.--Faut-il permettre aux soldats de braver l’ennemi par leurs propos au moment d’en venir aux mains? S’il est bon de maintenir en eux l’idée de leur supériorité sur leurs adversaires, il peut arriver aussi que les injures rendent le courage à ceux qui l’avaient perdu (VITELLIUS et OTHON), 523.--Un général doit-il, pour le combat, se déguiser pour n’être pas reconnu des ennemis? Cette ruse a quelquefois du succès, mais elle expose le chef à être méconnu de ses troupes (le roi PYRRHUS, ALEXANDRE, CÉSAR, LUCULLUS, AGIS, AGÉSILAS, GYLIPPE), 523.--Est-il préférable au combat de demeurer sur la défensive ou de prendre l’offensive? D’une part celui qui attend en position sent faiblir son courage; mais, de l’autre, en se portant à l’attaque, on risque de se désagréger et d’épuiser ses forces dans la course finale (bataille de PHARSALE, CLÉARQUE à Cunaxa), 525.--Vaut-il mieux attendre l’ennemi chez soi ou aller le combattre chez lui? Chez soi, le pays est foulé par les deux partis, ses ressources sont annihilées, les habitants molestés, un échec peut les conduire à prendre de fâcheuses résolutions; par contre, on y dispose de tout, il vous est favorable et connu dans tous ses détails, les communications de l’ennemi y sont difficiles, il est obligé de se garder de toutes parts, en cas de revers la retraite peut lui être coupée (invasion de la PROVENCE par les Espagnols sous FRANÇOIS Ier, SCIPION et ANNIBAL, les ATHÉNIENS en Sicile, AGATHOCLE en Afrique), 525.--Cette même indécision, que nous relevons dans des circonstances ayant trait à la guerre, existe dans toutes les déterminations, de quelque nature qu’elles soient, que nous pouvons avoir à prendre, 529.