‹ Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IVChapitre 58 sur 241 · CHAPITRE X.

CHAPITRE X.

=Des livres=, =II=, 61.--En écrivant ses Essais, Montaigne n’a pas de plan arrêté, il donne libre cours à sa fantaisie; il sait combien il est ignorant, aussi, tout en disant sur chaque chose ce qu’il juge à propos, peu lui importe les erreurs que l’on pourra relever, 61.--Double motif qu’il a pour ne pas nommer les auteurs auxquels il emprunte des idées, voire même des passages entiers et dont il donne des citations; il veut orner son ouvrage et rire de la critique que l’on fera peut-être en lui, et sans s’en douter, des auteurs de l’antiquité auxquels il fait des emprunts, 61.--Il renouvelle l’aveu de son ignorance, mais la science coûte trop à acquérir et il préfère passer doucement la vie; aussi, ne lit-il que les auteurs qui l’amusent et ceux qui lui apprennent à bien vivre et à bien mourir, 63.--Parmi les auteurs des temps modernes simplement amusants, Montaigne n’apprécie guère que BOCCACE, RABELAIS et JEAN SECOND; il a toujours trouvé insipides les romans des AMADIS et, l’âge ayant modifié ses goûts, ARIOSTE et même Ovide qui dans son enfance lui plaisait tant, n’ont plus d’attrait pour lui, 65.--Il regrette d’avoir à confesser qu’il n’apprécie pas l’AXIOCHE de PLATON, c’est probablement un effet de son ignorance, 65.--Les fables d’Ésope renferment généralement un sens plus profond que celui qui ressort à première vue, 67.--Parmi les poètes latins, les premiers pour lui, sont: VIRGILE, surtout par ses GÉORGIQUES et le cinquième livre de l’ÉNÉIDE; LUCRÈCE, CATULLE et HORACE; il prise aussi LUCAIN, mais plus pour ses pensées que pour son style, 67.--Combien TÉRENCE est au-dessus de PLAUTE; quelle élégance, quelle grâce inimitable, un rien lui suffit pour provoquer l’intérêt; quelle différence sous ce rapport entre eux et les poètes comiques de nos jours! 67.--Les bons poètes ont toujours évité l’affectation et la recherche: c’est ce qui fait que les épigrammes de CATULLE sont si supérieures dans leur simplicité, aux satires de MARTIAL dont les pointes sont aiguisées avec tant de soin, 69.--Comme les bons plaisants, les bons poètes n’ont pas non plus besoin de déguisements, d’ornements superflus pour exciter l’intérêt: Que l’on compare VIRGILE et ARIOSTE: le premier fend l’air d’un vol hardi, le second ne fait que voleter de branche en branche, 71.--D’entre les ouvrages sérieux, PLUTARQUE et SÉNÈQUE sont ceux que préfère Montaigne; comparaison entre ces deux auteurs, 71.--Quant à Cicéron, ce que Montaigne apprécie le plus en lui, ce sont ses ouvrages philosophiques; mais il l’ennuie par ses longs préambules et ses éternelles définitions, il arrive trop tard au sujet. On peut en dire autant de PLATON dont la forme dialoguée alourdit le style, ce n’est point ainsi qu’écrivent PLINE et quelques autres, 73.--Les lettres de CICÉRON à Atticus sont d’un grand intérêt par les particularités qu’elles contiennent sur les mœurs et le caractère de l’auteur qui, bon citoyen, avait peu d’énergie, était dévoré d’ambition et de vanité et avait la faiblesse de se croire un grand poète (BRUTUS), 75.--Son éloquence hors de pair, a trouvé cependant des censeurs; on lui a reproché ses trop longues périodes et les mots à effet par lesquels il les termine si souvent (CICÉRON LE JEUNE et CESTIUS), 75.--De tous les auteurs de divers genres, les historiens sont ceux que Montaigne affectionne le plus, parce qu’ils font connaître l’homme en général; et, parmi les historiens ceux qui, tels que PLUTARQUE et DIOGÈNE LAERCE, ont écrit la vie de grands personnages, 77.--Éloge des COMMENTAIRES DE CÉSAR, 77.--Les meilleurs historiens, sont ceux, assez rares du reste, qui, ayant le génie de l’histoire, s’imposent par leur valeur, et ceux qui l’écrivent avec simplicité et bonne foi; les autres nous induisent en erreur par leurs relations tronquées ou altérées et leurs jugements erronés (FROISSART), 79.--Les bonnes histoires sont surtout celles faites par des hommes ayant pris part aux événements qu’ils racontent; difficulté de fixer, même dans ce cas, les détails de certains faits (ASINIUS POLLIO et les COMMENTAIRES DE CÉSAR, BODIN), 81.--Jugements de Montaigne sur GUICHARDIN, PHILIPPE DE COMINES, GUILLAUME et MARTIN DU BELLAY; ces deux derniers paraissent avoir eu pour but de faire le panégyrique de François Ier, plutôt que d’écrire des mémoires (Sire DE JOINVILLE, ÉGINHARD), 81.