CHAPITRE XXXVII.
=De la ressemblance des enfants avec leurs pères=, =III=, 23.--Comment Montaigne a fait son livre: il n’y travaillait que lorsqu’il avait des loisirs; un valet lui a emporté une partie de son manuscrit, il le regrette peu, 23.--Il y a sept ou huit ans qu’il a commencé à l’écrire, et depuis dix-huit mois il souffre d’un mal qu’il avait toujours redouté, de coliques néphrétiques, 23.--Combien les hommes sont attachés à la vie! Pour lui, il est bien plus sensible aux maux physiques qu’aux douleurs morales, et cependant il commence à s’habituer à sa cruelle maladie qui lui offre cet avantage de le mieux familiariser avec la mort (MÉCÈNE, TAMERLAN et les lépreux, ANTISTHÈNE et DIOGÈNE), 23.--Il n’est point de ceux qui réprouvent que l’on témoigne par des plaintes et des cris les souffrances que l’on ressent, quoiqu’il arrive à assez bien se contenir, et que, même dans les plus grandes douleurs, il conserve sa lucidité d’esprit, s’observe et se juge, 27.--Ce qui l’étonne et qu’il ne peut s’expliquer, ce sont ces transmissions physiques et morales, directes et indirectes, des pères, des aïeux, des bisaïeuls aux enfants (la famille des LÉPIDES à Rome, une famille de THÈBES), 31.--Il pense tenir de son père ce mal de la pierre dont il est affecté, comme aussi il a hérité de lui de son antipathie pour la médecine, 31.--Motif du peu d’estime en laquelle il tient cette science, elle fait plus de malades qu’elle n’en guérit, 35.--La plupart des peuples, les Romains entre autres, ont longtemps existé sans connaître la médecine (les ROMAINS, CATON LE CENSEUR, les ARCADIENS, les LIBYENS, nos VILLAGEOIS), 39.--L’utilité des purgations imaginées par la médecine n’est rien moins que prouvée; sait-on du reste jamais si un remède agit en bien ou en mal et s’il n’eût pas mieux valu laisser faire la nature (un LACÉDÉMONIEN, l’empereur ADRIEN, un LUTTEUR et DIOGÈNE, NICOCLÈS), 39.--Les médecins se targuent de toutes les améliorations qu’éprouve le malade et trouvent toujours à excuser le mauvais succès de leurs ordonnances (PLATON, ÉSOPE), 41.--Loi des ÉGYPTIENS obligeant les médecins à répondre de l’efficacité du traitement de leurs malades (ESCULAPE), 43.--Le mystère sied à la médecine; le charlatanisme qu’apportent les médecins dans la désignation et le mode d’emploi de leurs drogues, leur attitude compassée près de leurs malades en imposent; ils devraient toujours discuter à huis clos et se garder de traiter à plusieurs un même malade, ils éviteraient ainsi de déceler les contradictions qui règnent entre eux, 45.--Sur la cause même des maladies, que d’opinions diverses! 47.--Quand la médecine a commencé à être en crédit; fluctuations que, depuis cette époque, ont subies les principes sur lesquels elle repose (HIPPOCRATE, CHRYSIPPE, ÉRASISTRATE, HIÉROPHILE, ASCLÉPIADE, THÉMISSON, MUSA, VECTIUS VALENS, THESSALUS, CRINAS de Marseille, CHARINUS, PLINE L’ANCIEN, PARACELSE, FIORAVENTI, ARGENTARIUS), 47.--Rien de moins certain que les médicaments qui ne font pas de bien ne font pas de mal; en outre, les méprises sont fréquentes; la chirurgie offre une bien plus grande certitude, 49.--Comment ajouter foi à des médicaments complexes, composés en vue d’effets différents, souvent contraires, devant se produire simultanément sur divers de nos organes? 53.--Chaque maladie devrait être traitée par un médecin distinct qui s’en serait spécialement occupé (les ÉGYPTIENS), 55.--Faiblesse et incertitude des raisonnements sur lesquels est fondé l’art de la médecine: l’un condamne ce que l’autre approuve, 55.--Quoique Montaigne n’ait confiance en aucun remède, il reconnaît que les bains sont utiles, peut-être aussi les eaux thermales; diversité dans les modes d’emploi de ces eaux (sources minérales en FRANCE, en ALLEMAGNE, en ITALIE), 57.--Conte assez plaisant contre les gens de loi et les médecins (les HABITANTS du pays de Lahontan), 61.--Autre conte sur la médecine (un BOUC nourri d’herbes apéritives et de vin blanc), 63.--Ce n’est que leur science que Montaigne attaque chez les médecins et non eux, pour lesquels il a la même estime que pour les gens de n’importe quelle autre profession; limite dans laquelle il se confie à eux; combien au surplus ne font pas, pour eux-mêmes, usage des drogues qu’ils prescrivent à autrui (LYCURGUE, un GENTILHOMME gascon), 65.--C’est la crainte de la douleur, de la mort, qui fait qu’on se livre communément aux médecins (les BABYLONIENS, les ÉGYPTIENS), 67.--Sur quoi, du reste, la connaissance que les médecins prétendent avoir de l’efficacité de leurs remèdes est-elle fondée (GALIEN)? 69.--Insertion d’une lettre de Montaigne à Madame de Duras. Elle lui a entendu exposer ses idées sur la médecine, elle les retrouvera dans son ouvrage où il se peint tel qu’il est, ne voulant pas paraître après lui autre qu’il n’était de son vivant, se souciant peu de ce que, lui mort, on en pourra penser (TIBÈRE), 71.--S’il a parlé si mal de la médecine, ce n’a été qu’à l’exemple de PLINE et de CELSE, les seuls médecins de Rome ancienne qui aient écrit sur leur art, 75.--Il se peut que lui-même en arrive à se remettre entre les mains des médecins; c’est qu’alors, comme tant d’autres, il sera gravement atteint et ne sera plus en possession de la plénitude de ses facultés; au surplus, sur ce sujet comme sur toutes autres choses, Montaigne admet fort bien que tout le monde ne soit pas de son avis (PÉRICLÈS), 75.
[B.44] LIVRE TROISIÈME.