‹ ÉthiqueChapitre 292 sur 459 · Troisième partie : De l’origine et de la nature des affections · DÉMONSTRATION

Troisième partie : De l’origine et de la nature des affections · DÉMONSTRATION

La Joie et la Tristesse et conséquemment les Affections qui en sont composées ou en dérivent, sont des passions (Scolie de la Prop. 11) ; nous pâtissons d’ailleurs (Prop. 1) nécessairement en tant que nous avons des idées inadéquates et dans l’exacte mesure seulement où nous en avons (Prop. 3) ; c’est-à-dire (Scolie 1 de la Prop. 40, p. II) nous pâtissons dans la mesure seulement où nous imaginons, en d’autres termes (Prop. 17, p. II, avec le Scolie) où nous sommes affectés d’une affection qui enveloppe la nature de notre Corps et celle d’un corps extérieur. La nature donc de chaque passion doit être nécessairement expliquée de façon que s’exprime la nature de l’objet par où nous sommes affectés. Je dis que la Joie qui naît d’un objet, par exemple de A, enveloppe la nature de cet objet A, et que la Joie qui naît de l’objet B, enveloppe la nature de l’objet B ; et ainsi ces deux affections de Joie sont différentes par nature, naissant de causes de nature différente. De même aussi l’affection de Tristesse qui naît d’un objet est différente par nature de la Tristesse qui naît d’une autre cause, et il faut l’entendre ainsi de l’Amour, de la Haine, de l’Espoir, de la Crainte, de la Fluctuation de l’âme : et, par suite, il y a nécessairement autant d’espèces de Joie, de Tristesse, d’Amour, de Haine que d’espèces d’objets par où nous sommes affectés. Quant au Désir, il est l’essence même de chacun, ou sa nature, en tant qu’il est conçu comme déterminé à faire quelque chose par sa constitution telle qu’elle est donnée (Scolie de la Prop. 9) ; dès lors donc que chacun est affecté par des causes extérieures de telle ou telle espèce de Joie, de Tristesse, d’Amour, de Haine, c’est-à-dire dès lors que sa nature est constituée de telle façon ou de telle autre, son Désir sera nécessairement tel ou tel, et la nature d’un Désir différera de celle d’un autre Désir autant que les affections d’où ils naissent diffèrent entre elles. Il y a donc autant d’espèces de Désir que de Joie, de Tristesse, d’Amour, etc., et conséquemment (par ce qui a été montré déjà) qu’il y a d’espèces d’objets par où nous sommes affectés. C. Q. F. D.

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