‹ ÉthiqueChapitre 325 sur 459 · Troisième partie : De l’origine et de la nature des affections · EXPLICATION

Troisième partie : De l’origine et de la nature des affections · EXPLICATION

Je dis en premier lieu qu’une Affection ou passion de l’âme est une idée confuse. Nous avons montré en effet que l’Âme est passive (Prop. 3) en tant seulement qu’elle a des idées inadéquates ou confuses. Je dis ensuite par laquelle l’Âme affirme une force d’exister de son Corps ou d’une partie d’icelui plus grande ou moindre qu’auparavant. Toutes les idées de corps que nous avons, indiquent plutôt en effet l’état actuel de notre Corps (Coroll. 2 de la Prop. 16, p. II) que la nature du Corps extérieur ; et celle qui constitue la forme d’une affection doit indiquer ou exprimer l’état qu’a le Corps ou une de ses parties, par suite de ce que sa puissance d’agir ou sa force d’exister est accrue ou diminuée, secondée ou réduite. On doit noter toutefois que, si je dis force d’exister plus grande ou moindre qu’auparavant, je n’entends point par là que l’Âme compare l’état présent du Corps avec le passé, mais que l’idée constituant la forme de l’affection, affirme du Corps quelque chose qui enveloppe effectivement plus ou moins de réalité qu’auparavant. Et comme l’essence de l’Âme consiste (Prop. 11 et 13, p. II) en ce qu’elle affirme l’existence actuelle de son Corps, et que par perfection nous entendons l’essence même d’une chose, il suit donc que l’Âme passe à une perfection plus grande ou moindre, quand il lui arrive d’affirmer de son Corps ou d’une partie d’icelui quelque chose qui enveloppe plus ou moins de réalité qu’auparavant. Quand donc j’ai dit plus haut que la puissance de penser de l’Âme était accrue ou diminuée, je n’ai rien voulu entendre, sinon que l’Âme avait formé de son Corps, ou d’une partie d’icelui, une idée exprimant plus ou moins de réalité qu’elle n’en avait affirmé de son Corps. Car on estime la valeur des idées et la puissance actuelle de penser suivant la valeur de l’objet. J’ai ajouté enfin que par la présence de cette idée l’Âme est déterminée à penser à telle chose plutôt qu’à telle autre, afin d’exprimer, outre la nature de la Tristesse ou de la Joie, celle aussi du Désir.

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