Quatrième partie : De la servitude de l’homme · SCOLIE
Personne donc n’omet d’appéter ce qui lui est utile ou de conserver son être sinon vaincu par des causes extérieures et contraires à sa nature. Ce n’est jamais, dis-je, par une nécessité de sa nature, c’est toujours contraint par des causes extérieures qu’on a la nourriture en aversion ou qu’on se donne la mort, ce qui peut arriver de beaucoup de manières ; l’un se tue, en effet, contraint par un autre qui lui retourne la main, munie par chance d’un glaive, et le contraint à diriger ce glaive vers son propre cœur ; ou encore on est, comme Sénèque, contraint par l’ordre d’un tyran de s’ouvrir les veines, c’est-à-dire qu’on désire éviter un mal plus grand par un moindre, ou, enfin, c’est par des causes extérieures ignorées disposant l’imagination et affectant le Corps de telle sorte qu’à sa nature se substitue une nature nouvelle contraire et dont l’idée ne peut être dans l’Âme (Prop. 10, p. III). Mais que l’homme s’efforce par la nécessité de sa nature à ne pas exister, ou à changer de forme, cela est aussi impossible qu’il est impossible que quelque chose soit fait de rien, comme un peu de réflexion permet à chacun de le voir.
Nul ne peut désirer de posséder la béatitude, de bien agir et de bien vivre, sans désirer en même temps d’être, d’agir et de vivre, c’est-à-dire d’exister en acte.